Sougya : Le daf s'ouvre sur le roi cananéen d'Arad qui attaqua Israël : quelle nouvelle avait-il entendue ? La mort d'Aharon et le retrait des nuées de gloire, d'où le verset 'toute la communauté vit (vayirou) que mourut Aharon' que R.
Abbahou relit vayeraou (ils furent vus/exposés), le KI signifiant ici 'car' selon les quatre sens du mot énoncés par Rech Lakich (im, dilma, ela, deha). Une baraita identifie Si'hon, Arad et Kenaan comme un seul et même personnage.
La Guemara établit ensuite le cœur de la sougya : les années de règne des rois se comptent à partir de Nissan. Elle écarte tour à tour Iyar, Sivan, Tamouz, Av et Adar comme nouvel an, apporte la preuve de R.
Elazar (Salomon, II Chron 3:2), répond aux objections de Ravina, puis cite une baraita conforme à R. Yo'hanan.
Enfin Rav H'isda distingue : pour les rois des nations, on compte depuis Tichri, preuve tirée de Nehemie.
'Et le Cananéen, roi d'Arad, entendit' (Nombres 21:1) : quelle nouvelle entendit-il ? Il entendit qu'Aharon était mort et que les nuées de gloire (anane ha-kavod) s'étaient retirées, et il crut qu'il lui avait été donné la permission de combattre Israël.
Et c'est [le sens de] ce qui est écrit : 'Et toute la communauté vit que mourut Aharon' (Nombres 20:29).
Le daf enchaîne sur une discussion chronologique : quand le roi cananéen d'Arad attaqua-t-il Israël ? La Guemara explique la nouvelle qu'il entendit : la mort d'Aharon et le retrait des anane ha-kavod (nuées de gloire) qui protégeaient le camp. Sans cette protection, il crut avoir la permission d'attaquer.
Et Rabbi Abbahou dit : ne lis pas 'vayirou' (et ils virent), mais 'vayeraou' (et ils furent vus/exposés), conformément à [l'enseignement de] Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : [le mot] 'ki' s'emploie en quatre sens : 'im' (si), 'dilma' (peut-être), 'ela' (mais), 'deha' (car).
R. Abbahou relit le verbe : non pas vayirou (ils virent) mais vayeraou (ils furent vus, exposés) - les nuées s'étant retirées, la communauté devint visible et vulnérable. Le mot KI prend alors le sens 'car' : ils furent exposés car Aharon mourut. Rech Lakich enseigne les quatre sens de ki : im (si), dilma (peut-être/de peur que), ela (mais au contraire), deha (car).
Est-ce comparable ? Là-bas [dans Massei] il s'agit de Kenaan, ici [dans H'oukat] de Si'hon !
[Le Talmud répond :] un Tana a enseigné : il est [le même] Si'hon, il est Arad, il est Kenaan. [Il est appelé] Si'hon parce qu'il ressemble à un poulain (sayah') dans le désert ; Kenaan d'après [le nom de] son royaume ; et quel est son nom [propre] ?
Arad est son nom. Certains disent : [il est appelé] Arad parce qu'il ressemble à un onagre (arod) dans le désert ; Kenaan d'après son royaume ; et quel est son nom ?
Si'hon est son nom.
Objection : les deux versets (Massei et H'oukat) ne parlent pas du même roi - l'un dit Kenaan, l'autre Si'hon. Réponse d'une baraita : c'est un seul personnage aux trois noms. Si'hon (de sayah', poulain) et Arad (de arod, onagre sauvage) sont des surnoms tirés de sa nature indomptable ; Kenaan vient de son royaume. Deux versions divergent sur son nom propre.
Et dis [plutôt] que le nouvel an [du comput] est Iyar !
La Guemara passe au cœur de la sougya : d'où compte-t-on les années ? On a établi qu'Av et le Chevat qui suit appartiennent à la même année. Mais rien ne prouve encore que le comput parte précisément de Nissan. Objection : et si le nouvel an était le mois suivant, Iyar ?
Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'Et ce fut au premier mois, en la seconde année, au premier du mois, que fut dressé le Tabernacle' (Ex 40:17), et il est écrit : 'Et ce fut en la seconde année, au deuxième mois, que s'éleva la nuée de dessus le Tabernacle du témoignage' (Nombres 10:11). Du fait que [l'Écriture] parle de Nissan et l'appelle 'seconde année', et parle d'Iyar et l'appelle [aussi] 'seconde année' - il ressort que le nouvel an n'est pas Iyar !
Réfutation : le premier mois (Nissan) et le deuxième mois (Iyar) sont tous deux appelés 'seconde année' par la Torah (Ex 40:17 et Nombres 10:11). Si le nouvel an tombait à Iyar, l'année aurait changé entre les deux et ils ne porteraient pas le même numéro d'année. Donc le nouvel an n'est pas Iyar.
Et dis [plutôt] que le nouvel an est Sivan ! Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'Au troisième mois de la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte' (Ex 19:1) ; et s'il en était [ainsi, le verset] aurait dû dire 'au troisième mois, en la seconde année de la sortie, etc.' !
Nouvelle objection : et si le nouvel an était Sivan (troisième mois) ? Réfutation : le verset de la révélation au Sinaï dit simplement 'au troisième mois de la sortie d'Égypte' (Ex 19:1), sans dire 'seconde année'. Si Sivan inaugurait une année nouvelle, le verset l'aurait précisé.
Et dis Tamouz ! Et dis Av !
Et dis Adar !
La Guemara énumère les autres candidats possibles : Tamouz (4e mois), Av (5e mois), Adar (12e mois). Rachi précise que tous les mois situés entre Av et Chevat ont déjà été écartés plus haut, du fait qu'Av et Chevat portent le même numéro d'année (an 40).
Plutôt, Rabbi Elazar a dit : [c'est] d'ici [qu'on le prouve] : 'Et il commença à bâtir au deuxième mois, au 'second', en la quatrième année de son règne' (II Chroniques 3:2). Que signifie ce 'second' ?
N'est-ce pas [qu'il est] second par rapport au mois à partir duquel on compte son règne ?!
Preuve positive de R. Elazar : le verset sur la construction du Temple par Salomon (II Chron 3:2) dit qu'il commença 'au deuxième mois, au second'. Ce mot redondant 'second' signifie : deuxième par rapport au mois d'où l'on compte le règne. Donc on compte le règne depuis le premier mois, Nissan.
Ravina objecte : et dis [que 'second' signifie] le deux du mois [= le 2e jour du mois] ! [Le Talmud répond :] s'il en était ainsi, [l'Écriture] aurait écrit explicitement 'le deux du mois'.
Objection de Ravina : peut-être 'second' désigne-t-il le 2e jour du mois ? Réponse : l'Écriture emploie toujours une formule explicite pour un jour du mois ('le X du mois'). L'absence de cette formule montre que 'second' ne désigne pas un jour.
Et dis [que 'second' signifie] le deuxième [jour] de la semaine ! Premièrement : nous ne trouvons pas [de cas où] le deuxième jour de la semaine soit écrit [pour dater un événement].
Et de plus : on rapproche le second [mot] 'second' du premier [mot] 'second' : de même que le premier 'second' [désigne] un mois, de même le dernier 'second' [désigne] un mois.
Autre objection : 'second' = le 2e jour de la semaine (lundi) ? Double réfutation : (1) l'Écriture ne date jamais un événement par le jour de la semaine ; (2) par une hekech (rapprochement), le second 'second' se lit comme le premier 'second' du verset, qui désigne un mois - donc lui aussi un mois.
Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yo'hanan : d'où [sait-on] qu'on ne compte les [années des] rois qu'à partir de Nissan ? Car il est dit : 'Et ce fut en la quatre-cent-quatre-vingtième année après la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte, etc.' (I Rois 6:1), et il est écrit : 'Et Aharon le prêtre monta sur le mont Hor sur l'ordre de Hachem, etc.
[et il mourut là, en la quarantième année, au cinquième mois, au premier du mois]' (Nombres 33:38), et il est écrit : 'Et ce fut en la quarantième année, au onzième mois [que Moche parla, etc.]' (Deut 1:3).
Une baraita confirme l'avis de R. Yo'hanan : on compte le règne des rois depuis Nissan. Le raisonnement s'appuie sur une chaîne de versets datant précisément des événements (mort d'Aharon au 5e mois de l'an 40 ; discours de Moche au 11e mois de l'an 40), pour montrer que ces événements tombent dans la même année de comput, laquelle débute donc à Nissan.
Et il est écrit : 'Après qu'il eut battu Si'hon, etc.' (Deut 1:4), et il dit : 'Et le Cananéen, etc. entendit' (Nombres 33:40), et il dit : 'Et toute la communauté vit que mourut Aharon, etc.' (Nombres 20:29), et il dit : 'Et ce fut au premier mois, en la seconde année, etc.' (Ex 40:17).
Suite de la chaîne de versets de la baraita : le discours de Moche eut lieu après la défaite de Si'hon (Deut 1:4), laquelle suivit la nouvelle entendue par le roi d'Arad (Nombres 33:40), qui elle-même suivit la mort d'Aharon (Nombres 20:29). Ces repères s'articulent avec l'érection du Tabernacle 'au premier mois, seconde année' (Ex 40:17).
Et il dit : 'Et ce fut en la seconde année, au deuxième mois, etc.' (Nombres 10:11), et il dit : 'Au troisième mois de la sortie des enfants d'Israël, etc.' (Ex 19:1), et il dit : 'Et il commença à bâtir, etc.' (II Chroniques 3:2).
Fin de la chaîne de versets qui résume la démonstration de R. Yo'hanan : départ de la nuée 'seconde année, deuxième mois' (Nombres 10:11), révélation 'au troisième mois' (Ex 19:1), construction du Temple par Salomon (II Chron 3:2). L'ensemble prouve que le comput royal part de Nissan.
Rav H'isda dit : ils n'ont enseigné [cela] que pour les rois d'Israël ; mais pour les rois des nations du monde, on compte à partir de Tichri. Comme il est dit : 'Paroles de Nehemie fils de H'akhalia.
Et ce fut au mois de Kislev, en la vingtième année, etc.' (Nehemie 1:1), et il est écrit : 'Et ce fut au mois de Nissan, en la vingtième année d'Artahchasta [Artaxerxes], etc.' (Nehemie 2:1).
Distinction de Rav H'isda : la règle de Nissan ne vaut que pour les rois d'Israël. Pour les rois des nations, on compte depuis Tichri (l'automne). Preuve : chez Nehemie, Kislev puis le Nissan suivant sont tous deux appelés 'vingtième année' du règne d'Artaxerxes - ce qui n'est possible que si l'année ne change pas à Nissan.
Du fait que [l'Écriture] parle de Kislev et l'appelle 'vingtième année', et parle de Nissan et l'appelle [aussi] 'vingtième année' - il ressort que le nouvel an [des rois des nations] n'est pas Nissan.
Conclusion du raisonnement : Kislev et le Nissan qui le suit portent le même numéro d'année (an 20). Si le nouvel an tombait à Nissan, l'année aurait changé entre les deux. Donc, pour les rois des nations, le nouvel an n'est pas Nissan - c'est Tichri.
[La Guemara objecte :] admettons pour ce [verset]-là [de Nissan], qui précise [qu'il s'agit] d'Artahchasta ; mais celui-ci [de Kislev], d'où [sait-on] qu'il [se rapporte] à Artahchasta ? Peut-être...
Objection : le verset de Nissan (Neh 2:1) mentionne explicitement Artaxerxes. Mais le verset de Kislev (Neh 1:1) ne nomme aucun roi : comment savoir qu'il se rapporte au même règne ? La démonstration exige que les deux versets parlent du même roi. La réponse se poursuit sur le folio suivant (3b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).