Rosh Hashanah 3a - la mort d'Aharon et le roi cananéen d'Arad, les quatre sens de KI, et le nouvel an des rois (Nissan pour Israël, Tichri pour les nations)

Rosh Hashanah 3a

Sougya : Le daf s'ouvre sur le roi cananéen d'Arad qui attaqua Israël : quelle nouvelle avait-il entendue ? La mort d'Aharon et le retrait des nuées de gloire, d'où le verset 'toute la communauté vit (vayirou) que mourut Aharon' que R.

Abbahou relit vayeraou (ils furent vus/exposés), le KI signifiant ici 'car' selon les quatre sens du mot énoncés par Rech Lakich (im, dilma, ela, deha). Une baraita identifie Si'hon, Arad et Kenaan comme un seul et même personnage.

La Guemara établit ensuite le cœur de la sougya : les années de règne des rois se comptent à partir de Nissan. Elle écarte tour à tour Iyar, Sivan, Tamouz, Av et Adar comme nouvel an, apporte la preuve de R.

Elazar (Salomon, II Chron 3:2), répond aux objections de Ravina, puis cite une baraita conforme à R. Yo'hanan.

Enfin Rav H'isda distingue : pour les rois des nations, on compte depuis Tichri, preuve tirée de Nehemie.

Les quatre sens du mot KI (ki) selon Rech Lakich i (im) = si / lorsque exemple : ki yihye lahem davar (Ex 18:16) dilma = peut-être / de peur que exemple : ki tomar bilvavkha (Deut 7:17) ela = mais (au contraire) exemple : lo, ki tsahaqt (Gen 18:15) deha = car / parce que exemple : ki gava Aharon (Nomb 20:29) Ici on lit vayeraou (ils furent vus) . . . KI (car) mourut Aharon les nuées de gloire s'étant retirées, la communauté fut exposée aux ennemis
Les quatre acceptions du mot KI (segments 1-2) et son sens 'car' dans notre verset.
D'où compte-t-on les années de règne d'un roi ? Rois d'Israël Rois des nations Nissan Tichri 1er du 1er mois = nouvel an du règne (R. Yo'hanan) preuve : Salomon, ziv = 2e mois (I Rois 6:1 ; II Chron 3:2) année comptée depuis l'automne (Rav H'isda) preuve : Nehemie, kislev puis nissan = même an 20 (Neh 1:1 ; 2:1)
La règle de Rav H'isda : Nissan pour les rois d'Israël, Tichri pour les rois des nations (segments 7, 13-14).
Élimination des candidats au nouvel an du règne (la Guemara écarte chaque mois) Nissan RETENU 1er mois = nouvel an Iyar Sivan Tamouz Av Adar Nissan et Iyar = même année 2 3e mois sans année nouvelle exclu par le même raisonnt Av et Chevat = même an 40 idem (mois entre Av-Chevat)
Comment la Guemara élimine chaque mois candidat pour ne retenir que Nissan (segments 3-7).
1
״וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ עֲרָד״, מַה שְׁמוּעָה שָׁמַע? שָׁמַע שֶׁמֵּת אַהֲרֹן, וְנִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, וּכְסָבוּר נִיתְּנָה רְשׁוּת לְהִלָּחֵם בְּיִשְׂרָאֵל. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ כָּל הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן״,

'Et le Cananéen, roi d'Arad, entendit' (Nombres 21:1) : quelle nouvelle entendit-il ? Il entendit qu'Aharon était mort et que les nuées de gloire (anane ha-kavod) s'étaient retirées, et il crut qu'il lui avait été donné la permission de combattre Israël.

Et c'est [le sens de] ce qui est écrit : 'Et toute la communauté vit que mourut Aharon' (Nombres 20:29).

🗂️ Tossefot (1)
וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ עֲרָד. בַּמִּדְרָשׁ אָמְרִינַן דְּהַיְינוּ עֲמָלֵק כְּמוֹ שֶׁיָּסַד הַפַּייָּט בַּפִּזְמוֹן שֶׁל פָּרָשַׁת זָכוֹר כְּסוּת וּלְשׁוֹן שֵׁינָה הֱיוֹת כְּמֶלֶךְ עֲרָד אֲבָל מ"מ דִּיֵּיק שַׁפִּיר דַּהֲוָה סִיחוֹן קַיָּים מִדְּשִׁינָּה עֲמָלֵק עַצְמוֹ לָבֹא כִּדְמוּתוֹ וְנִרְאֶה דְּמֵהַהוּא דְּמַסְעֵי קָא דְּרֵישׁ דְּאִי מֵהַהוּא דְּחֻקַּת הָא מְפָרֵשׁ דְּשָׁמַע כִּי בָּא יִשְׂרָאֵל דֶּרֶךְ הָאֲתָרִים וְרַשִׁ"י לָא דַּק בְּפִי' חֻומָּשׁ:
'Et le Cananéen, roi d'Arad, entendit' - dans le Midrach nous disons qu'il s'agit d'Amalec, comme l'a établi le paytan dans le pizmon de la parachat Zakhor : 'changeant de vêtement et de langue, tel était le roi d'Arad'. Mais quoi qu'il en soit, [le raisonnement] est bien exact : Si'hon était [encore] vivant, puisque Amalec s'est lui-même déguisé pour venir sous son apparence. Et il semble que [le Talmud] tire son enseignement du [passage] de Massei, car si [c'était] de celui de H'oukat, il y est explicite qu'il entendit 'qu'Israël venait par le chemin des Atarim' (Nombres 21:1) [et non la mort d'Aharon] ; et Rachi n'a pas été précis dans son commentaire sur le H'oumach.
💡 Explication

Le daf enchaîne sur une discussion chronologique : quand le roi cananéen d'Arad attaqua-t-il Israël ? La Guemara explique la nouvelle qu'il entendit : la mort d'Aharon et le retrait des anane ha-kavod (nuées de gloire) qui protégeaient le camp. Sans cette protection, il crut avoir la permission d'attaquer.

🖼️ Schéma
Les quatre sens du mot KI (ki) selon Rech Lakich i (im) = si / lorsque exemple : ki yihye lahem davar (Ex 18:16) dilma = peut-être / de peur que exemple : ki tomar bilvavkha (Deut 7:17) ela = mais (au contraire) exemple : lo, ki tsahaqt (Gen 18:15) deha = car / parce que exemple : ki gava Aharon (Nomb 20:29) Ici on lit vayeraou (ils furent vus) . . . KI (car) mourut Aharon les nuées de gloire s'étant retirées, la communauté fut exposée aux ennemis
Le contexte : la mort d'Aharon expose Israël aux attaques.
2
וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אַל תִּקְרֵי ״וְיִרְאוּ״, אֶלָּא ״וַיִּירְאוּ״, כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, ״כִּי״ מְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת: אִי, דִּילְמָא, אֶלָּא, דְּהָא.

Et Rabbi Abbahou dit : ne lis pas 'vayirou' (et ils virent), mais 'vayeraou' (et ils furent vus/exposés), conformément à [l'enseignement de] Rech Lakich. Car Rech Lakich a dit : [le mot] 'ki' s'emploie en quatre sens : 'im' (si), 'dilma' (peut-être), 'ela' (mais), 'deha' (car).

📜 Rachi (2)
אֶלָּא וַיִּירְאוּ נִתְגַּלּוּ:
'Mais vayeraou' - [signifie] ils furent dévoilés (exposés à la vue).
כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ כִּי גָּוַע נְתִינַת טַעַם הוּא לַדָּבָר שֶׁלְּפָנָיו נִתְגַּלּוּ הָעֵדָה לְפִי שֶׁגָּוַע אַהֲרֹן שֶׁלְּשׁוֹן כִּי בַּד' לְשׁוֹנוֹת מְשַׁמֵּשׁ בַּמִּקְרָא פְּעָמִים בָּא בְּמָקוֹם אִם פַּעֲמֵי' בָּא בְּמָקוֹם דִּילְמָא שֶׁמָּא פַּעֲמֵי' בָּא בְּמָקוֹם דְּהָא שֶׁנּוֹתֵן טַעַם לַדָּבָר פְּעָמִים בָּא בִּמְקוֹם אֶלָּא וְסוֹתֵר אֶת דִּבּוּר שֶׁלְּפָנָיו כִּי יִהְיֶה לָהֶם דָּבָר (שְׁמוֹת י״ח:ט״ז) כִּי תִּפְגַּע (שָׁם כג) כִּי יִקְרָא קֵן (דְּבָרִים כ״ב:ו׳) כֻּולָּן לְשׁוֹן אֵם הֵם וְכֵן כִּי תָבֹאוּ (שְׁמוֹת יב) כִּי תֵּלְכוּן (שָׁם ג) כִּי תְכַלֶּה (דְּבָרִים כו) כִּי תִשָּׂא (שְׁמוֹת ל) וְכָל הַמְשַׁמְּשִׁין בִּמְקוֹם כַּאֲשֶׁר וּבִמְקוֹם אֲשֶׁר כֻּולָּן לְשׁוֹן אֵם הֵם שֶׁמָּצִינוּ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת אִם מְשַׁמֵּשׁ לְשׁוֹן כַּאֲשֶׁר וּלְשׁוֹן אֲשֶׁר כְּמוֹ וְאִם יִהְיֶה הַיּוֹבֵל (בַּמִּדְבָּר ל״ו:ד׳) שֶׁהֲרֵי בְּוַדַּאי יִהְיֶה וְאִם תַּקְרִיב מִנְחַת בִּכּוּרִים (וַיִּקְרָא ב׳:י״ד) הֲרֵי זֶה וְכַאֲשֶׁר תַּקְרִיב שֶׁהֲרֵי חוֹבָה הוּא וְכֵן אִם כֶּסֶף תַּלְוֶה (שְׁמוֹת כ״ב:כ״ד) אִם יְבַלְּעֶנּוּ מִמְּקוֹמוֹ (אִיּוֹב ח׳:י״ח) הַמְדַבֵּר בְּשַׁלְוַת רְשָׁעִים דִּילְמָא כְּגוֹן כִּי תֹּאמַר בִּלְבָבְךָ (דְּבָרִים ז׳:י״ז) שֶׁמָּא תֹּאמַר רַבִּים הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה לֹא תֹּאמַר כֵּן לֹא תִירָא מֵהֶם כִּי תֹאמְרוּ מַה נִּרְדָּף לוֹ (אִיּוֹב י״ט:כ״ח) וְכִי תֹאמְרוּ מַה נֹּאכַל בַּשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית (וַיִּקְרָא כ״ה:כ׳) כִּי תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂונַאֲךָ וְחָדַלְתָּ (שְׁמוֹת כ״ג:ה׳) (כִּי תִרְאֶה וְהִתְעַלַּמְתָּ) וְהַרְבֵּה כְּאִלּוּ לְשׁוֹן שֶׁמָּא הֵן לֹא צָחַקְתִּי כִּי יָרֵאָה (בְּרֵאשִׁית י״ח:ט״ו) ה"ז לְשׁוֹן דְּהָא לְפִי שֶׁיִּרְאֶה וַיֹּאמֶר לֹא כִּי צָחָקְתְּ (שָׁם) ה"ז לְשׁוֹן אֶלָּא כִּי גָּוַע אַהֲרֹן כְּשֶׁאַתָּה קוֹרֵא וְיִירְאוּ הֲרֵי זֶה לְשׁוֹן דְּהָא הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב (תְּהִילִּים קי״ח:א׳) שֶׁהֲרֵי טוֹב לֹא תִּקְפֹּוץ אֶת יָדְךָ וְגוֹ' (דְּבָרִים ט״ו:ז׳) אֶלָּא פָּתוּחַ תִּפְתַּח:
'Conformément à Rech Lakich' - [le mot] 'ki' dans 'car (ki) mourut Aharon' donne la raison de ce qui précède : la communauté fut exposée parce que mourut Aharon ; car le mot 'ki' s'emploie dans l'Écriture en quatre sens. Parfois il vient à la place de 'im' (si) ; parfois à la place de 'dilma' (peut-être, de peur que) ; parfois à la place de 'deha' (car), pour donner la raison d'une chose ; parfois à la place de 'ela' (mais), contredisant ce qui précède. 'Si (ki) survient entre eux une affaire' (Ex 18:16), 'si (ki) tu rencontres' (Ex 23), 'si (ki) se trouve un nid' (Deut 22:6) : tous sont au sens de 'im' (si). De même 'lorsque (ki) vous entrerez' (Ex 12), 'lorsque (ki) tu iras' (Ex 3), 'lorsque (ki) tu achèveras' (Deut 26), 'lorsque (ki) tu compteras' (Ex 30), et tous ceux qui s'emploient au sens de 'lorsque' (kaacher) ou de 'que/dont' (acher), tous sont au sens de 'im' (si) ; car nous trouvons en maints endroits que 'im' s'emploie au sens de 'lorsque' et de 'que'. Ainsi 'et lorsque (im) viendra le jubilé' (Nombres 36:4), car [le jubilé] viendra certainement ; 'et lorsque (im) tu offriras une oblation de prémices' (Lev 2:14), c'est-à-dire 'et lorsque tu offriras', car c'est une obligation. De même 'si (im) tu prêtes de l'argent' (Ex 22:24), 'si (im) on l'engloutit de son lieu' (Job 8:18), qui parle de la quiétude des méchants, [au sens de] 'peut-être'. Comme 'peut-être (ki) diras-tu en ton cœur' (Deut 7:17) : peut-être diras-tu 'ces nations sont nombreuses', ne dis pas cela, ne les crains pas ; 'peut-être (ki) direz-vous : comment le persécuter' (Job 19:28) ; 'et peut-être (ki) direz-vous : que mangerons-nous la septième année' (Lev 25:20) ; 'peut-être (ki) tu verras l'âne de ton ennemi et tu t'abstiendrais' (Ex 23:5) - et beaucoup de semblables sont au sens de 'peut-être'. 'Je n'ai pas ri, car (ki) elle eut peur' (Gen 18:15) : c'est le sens de 'deha' (car), parce qu'elle eut peur et dit ; 'non, mais (ki) tu as ri' (ibid.) : c'est le sens de 'ela' (mais). 'Car (ki) mourut Aharon', quand tu lis 'vayeraou', c'est le sens de 'deha' (car). 'Rendez grâce à Hachem, car (ki) Il est bon' (Ps 118:1), car Il est bon. 'Ne ferme pas ta main, [mais (ki)] ouvre, tu ouvriras' (Deut 15:7), au sens de 'ela' (mais).
🗂️ Tossefot (2)
אֶלָּא וַיִּירְאוּ כדר"ל. כְּלוֹמַר שֶׁנִּתְגַּלּוּ לְפִי שֶׁמֵּת אַהֲרֹן וְהַיְינוּ בִּלְשׁוֹן דְּהָא דְּאִי אָמְרַתְּ וַיִּירְאוּ לְשׁוֹן רְאִיָּיה אֵין מִתְייַשֵּׁב לְפָרֵשׁ הַאי כִּי בְּשׁוּם [אֶחָד] מֵהָנָךְ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת מִיהוּ קַשְׁיָא דִּילְמָא לְשׁוֹן כַּאֲשֶׁר כְּלוֹמַר וַיִּרְאוּ כַּאֲשֶׁר גָּוַע אַהֲרֹן כְּמוֹ וַיִּרְאוּ אֲחֵי יוֹסֵף כִּי מֵת אֲבִיהֶם וַיֹּאמְרוּ לוּ יִשְׂטְמֵנוּ (בְּרֵאשִׁית נ׳:ט״ו) וַיִּרְאוּ פְּלִשְׁתִּים כִּי מֵת גִּבּוֹרָם (שְׁמוּאֵל א י״ז:נ״א) וְשֶׁמָּא אֵין מִתְיַשֵּׁב כָּאן כְּמוֹ בְּהָנֵי וְהָא דִּמְפָרְשִׁינַן קְרָאֵי בִּלְשׁוֹן כַּאֲשֶׁר כְּמוֹ כִּי בָא סוּס פַּרְעֹה (שְׁמוֹת ט״ו:י״ט) כִּי תַּרְבּוּ וּפְרִיתֶם (יִרְמְיָהוּ ג׳:ט״ז) אֵין זֶה לָשׁוֹן חֲמִישִׁי כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּכִי תָּבֹא וְכִי תֵּלְכוּן כִּי תִשָּׂא כִּי תְכַלֶּה וְכָל הַמְשַׁמְּשִׁין בִּלְשׁוֹן כַּאֲשֶׁר לְשׁוֹן אֵם הֵם מְשַׁמְּשִׁין שֶׁמָּצִינוּ בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי אִם מְשַׁמֵּשׁ בִּלְשׁוֹן כַּאֲשֶׁר כְּמוֹ וְאִם יִהְיֶה הַיּוֹבֵל הֲרֵי זֶה כַּאֲשֶׁר יִהְיֶה שֶׁהֲרֵי וַדַּאי יִהְיֶה וְכֵן וְאִם תַּקְרִיב מִנְחַת בִּכּוּרִים ה"ז כַּאֲשֶׁר תַּקְרִיב שֶׁהֲרֵי הוּא חוֹבָה וּמַה שָׁפֵי' כָּאן בַּקּוּנְטְרֵס כָּל הַמְשַׁמֵּשׁ בִּלְשׁוֹן אֲשֶׁר לְשׁוֹן אֵם הֵם לֹא יִתָּכֵן וּבְסוֹף הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין דַּף צ.) פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁהֵם לְשׁוֹן דְּהָא וְכֵן עִיקָּר:
'Mais vayeraou, conformément à Rech Lakich' - c'est-à-dire qu'ils furent exposés parce que mourut Aharon, et c'est [le mot ki] au sens de 'deha' (car). Car si tu dis 'vayirou' au sens de 'voir', il ne convient d'expliquer ce 'ki' par aucun des quatre sens. Toutefois il y a une difficulté : peut-être est-ce au sens de 'kaacher' (lorsque), c'est-à-dire 'ils virent lorsque mourut Aharon', comme 'les frères de Yossef virent que (ki) leur père était mort et dirent : peut-être nous haïr-t-il' (Gen 50:15), [ou] 'les Philistins virent que (ki) leur héros était mort' (I Sam 17:51). Et peut-être ne convient-il pas ici comme dans ces [versets]. Et ce que nous expliquons des versets au sens de 'kaacher' (lorsque), comme 'lorsque (ki) vint le cheval de Pharaon' (Ex 15:19), 'lorsque (ki) vous vous multiplierez et fructifierez' (Jer 3:16), ce n'est pas un cinquième sens comme l'a expliqué dans le commentaire [de Rachi]. Car 'lorsque tu viendras', 'lorsque tu iras', 'lorsque tu compteras', 'lorsque tu achèveras' et tous ceux qui s'emploient au sens de 'kaacher' sont [en fait] au sens de 'im' (si), car nous trouvons en maints endroits que 'im' s'emploie au sens de 'kaacher', comme 'et lorsque (im) viendra le jubilé', c'est 'kaacher (lorsque) viendra' puisqu'il viendra certainement, et de même 'et lorsque (im) tu offriras une oblation de prémices', c'est 'kaacher (lorsque) tu offriras' puisque c'est une obligation. Et ce qu'a expliqué ici le commentaire [de Rachi], que tous ceux qui s'emploient au sens de 'acher' (que/dont) sont au sens de 'im' (si), n'est pas exact ; et à la fin de [Ha-megarech] (Guittin 90a) le commentaire [de Rachi] a expliqué qu'ils sont au sens de 'deha' (car), et c'est cela l'essentiel.
אִי דִּילְמָא אֶלָּא דְּהָא. כִּי יִמָּצֵא כִּי יִקָּרֵא כִּי תִרְאֶה כִּי תִּפְגַּע כֻּולָּם ל' אִם הֵם וְכֵן רֻובָּם כִּי תֹּאמַר בִּלְבָבְךָ אֵין שַׁייָּךְ לְפָרֵשׁ בִּלְשׁוֹן אִם דַּהֲוָה מַשְׁמַע לְשׁוֹן אֵם תֹּאמַר לֹא תִּירָא הָא אִם לֹא תֹּאמַר תִּירָא וע"כ לְשׁוֹן דִּילְמָא הוּא כלומ' שֶׁמָּא תֹאמַר בִּלְבָבְךָ רַבִּים הַגּוֹיִם וְגוֹ' לֹא תֹּאמַר כֵּן וְכֵן כִּי תֹּאמַר מַה נִרְדָּף לוֹ וְכִי תֹאמְרוּ מַה נֹּאכַל כִּי תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂונַאֲךָ כִּי גָּוַע אַהֲרֹן דְּמַשְׁמַע לְשׁוֹן דְּהָא וְהַיְינוּ לְשׁוֹן אֲשֶׁר:
'Im, dilma, ela, deha' - 'si (ki) l'on trouve', 'si (ki) survient', 'si (ki) tu vois', 'si (ki) tu rencontres' : tous sont au sens de 'im' (si), et de même la plupart. 'Peut-être (ki) diras-tu en ton cœur' : il n'est pas possible de l'expliquer au sens de 'im' (si), car cela signifierait 'si tu dis, ne crains pas ; donc si tu ne dis pas, crains', [ce qui est absurde] ; il faut donc [comprendre] au sens de 'dilma' (peut-être), c'est-à-dire 'peut-être diras-tu en ton cœur : les nations sont nombreuses', ne dis pas cela. De même 'peut-être (ki) diras-tu : comment le persécuter', 'peut-être (ki) direz-vous : que mangerons-nous', 'peut-être (ki) tu verras l'âne de ton ennemi'. 'Car (ki) mourut Aharon' est au sens de 'deha' (car), et c'est [aussi] le sens de 'acher' (que/parce que).
💡 Explication

R. Abbahou relit le verbe : non pas vayirou (ils virent) mais vayeraou (ils furent vus, exposés) - les nuées s'étant retirées, la communauté devint visible et vulnérable. Le mot KI prend alors le sens 'car' : ils furent exposés car Aharon mourut. Rech Lakich enseigne les quatre sens de ki : im (si), dilma (peut-être/de peur que), ela (mais au contraire), deha (car).

🖼️ Schéma
Les quatre sens du mot KI (ki) selon Rech Lakich i (im) = si / lorsque exemple : ki yihye lahem davar (Ex 18:16) dilma = peut-être / de peur que exemple : ki tomar bilvavkha (Deut 7:17) ela = mais (au contraire) exemple : lo, ki tsahaqt (Gen 18:15) deha = car / parce que exemple : ki gava Aharon (Nomb 20:29) Ici on lit vayeraou (ils furent vus) . . . KI (car) mourut Aharon les nuées de gloire s'étant retirées, la communauté fut exposée aux ennemis
Les quatre sens du mot KI.
3
מִי דָמֵי? הָתָם כְּנַעַן, הָכָא סִיחוֹן! תַּנָּא: הוּא סִיחוֹן, הוּא עֲרָד, הוּא כְּנַעַן. סִיחוֹן — שֶׁדּוֹמֶה לִסְייָח בַּמִּדְבָּר, כְּנַעַן — עַל שֵׁם מַלְכוּתוֹ, וּמַה שְׁמוֹ — עֲרָד שְׁמוֹ. אִיכָּא דְאָמְרִי: עֲרָד — שֶׁדּוֹמֶה לְעָרוֹד בַּמִּדְבָּר, כְּנַעַן — עַל שֵׁם מַלְכוּתוֹ, וּמַה שְׁמוֹ — סִיחוֹן שְׁמוֹ.

Est-ce comparable ? Là-bas [dans Massei] il s'agit de Kenaan, ici [dans H'oukat] de Si'hon !

[Le Talmud répond :] un Tana a enseigné : il est [le même] Si'hon, il est Arad, il est Kenaan. [Il est appelé] Si'hon parce qu'il ressemble à un poulain (sayah') dans le désert ; Kenaan d'après [le nom de] son royaume ; et quel est son nom [propre] ?

Arad est son nom. Certains disent : [il est appelé] Arad parce qu'il ressemble à un onagre (arod) dans le désert ; Kenaan d'après son royaume ; et quel est son nom ?

Si'hon est son nom.

📜 Rachi (2)
סְיָיח עַייִר בֶּן סוּס:
'Sayah'' - un ânon, petit de la jument.
עָרוֹד חֲמוֹר הַבָּר:
'Arod' - l'âne sauvage (onagre).
🗂️ Tossefot (1)
עֲרָד שְׁמוֹ. וּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא עֲרָד שֵׁם הַמְּדִינָה אוֹ שֵׁם עִירוֹ:
'Arad est son nom' - et le sens simple du verset : Arad est le nom du pays, ou le nom de sa ville.
💡 Explication

Objection : les deux versets (Massei et H'oukat) ne parlent pas du même roi - l'un dit Kenaan, l'autre Si'hon. Réponse d'une baraita : c'est un seul personnage aux trois noms. Si'hon (de sayah', poulain) et Arad (de arod, onagre sauvage) sont des surnoms tirés de sa nature indomptable ; Kenaan vient de son royaume. Deux versions divergent sur son nom propre.

4
וְאֵימָא רֹאשׁ הַשָּׁנָה אִיָּיר!

Et dis [plutôt] que le nouvel an [du comput] est Iyar !

💡 Explication

La Guemara passe au cœur de la sougya : d'où compte-t-on les années ? On a établi qu'Av et le Chevat qui suit appartiennent à la même année. Mais rien ne prouve encore que le comput parte précisément de Nissan. Objection : et si le nouvel an était le mois suivant, Iyar ?

🖼️ Schéma
Élimination des candidats au nouvel an du règne (la Guemara écarte chaque mois) Nissan RETENU 1er mois = nouvel an Iyar Sivan Tamouz Av Adar Nissan et Iyar = même année 2 3e mois sans année nouvelle exclu par le même raisonnt Av et Chevat = même an 40 idem (mois entre Av-Chevat)
Premier candidat écarté : Iyar.
5
לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ הוּקַם הַמִּשְׁכָּן״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי נַעֲלָה הֶעָנָן מֵעַל מִשְׁכַּן הָעֵדֻות״, מִדְּקָאֵי בְּנִיסָן וְקָרֵי לַהּ ״שָׁנָה שֵׁנִית״, וְקָאֵי בְּאִיָּיר וְקָרֵי לַהּ ״שָׁנָה שֵׁנִית״ — מִכְּלָל דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאו אִיָּיר הוּא!

Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'Et ce fut au premier mois, en la seconde année, au premier du mois, que fut dressé le Tabernacle' (Ex 40:17), et il est écrit : 'Et ce fut en la seconde année, au deuxième mois, que s'éleva la nuée de dessus le Tabernacle du témoignage' (Nombres 10:11). Du fait que [l'Écriture] parle de Nissan et l'appelle 'seconde année', et parle d'Iyar et l'appelle [aussi] 'seconde année' - il ressort que le nouvel an n'est pas Iyar !

🗂️ Tossefot (1)
וְקָאֵי בְּאִיָּיר וְקָרֵי לֵיהּ שָׁנָה הַשֵּׁנִית. וְאֵין לוֹמַר דִּקְרָא דְּאִיָּיר לַהֲקָמַת הַמִּשְׁכָּן הוּא דְּקָחֲשִׁיב וּלְעוֹלָם ר"ה אִיָּיר דְּאָמַר שָׁנָה הַשֵּׁנִית לג"ש כִּדְאָמַר לְעֵיל גַּבֵּי שְׁנַת מ' וּשְׁנַת כ' וּמִיהוּ הֲוָה מָצֵי לַאֲתוּיֵי קְרָא דְּפָרָשַׁת בְּמִדְבַּר סִינַי וְלָא הֲוָה צָרִיךְ לִגְזֵרָה שָׁוָה זוֹ דִּמְפָרֵשׁ בֵּיהּ קְרָא בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ [הַשֵּׁנִי] בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית לְצֵאתָם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם (בַּמִּדְבָּר א׳:א׳):
'Et parle d'Iyar et l'appelle seconde année' - on ne peut dire que le verset relatif à Iyar compte à partir de l'érection du Tabernacle, et que malgré tout le nouvel an [serait] Iyar, [le fait] qu'il dise 'seconde année' [servant] pour une guezera chava, comme on l'a dit plus haut au sujet de la 'quarantième année' et de la 'vingtième année'. Toutefois [le Talmud] aurait pu apporter le verset de la parachat Bamidbar Sinaï, et n'aurait pas eu besoin de cette guezera chava, car le verset y précise 'au premier du deuxième mois, en la seconde année de leur sortie du pays d'Égypte' (Nombres 1:1).
💡 Explication

Réfutation : le premier mois (Nissan) et le deuxième mois (Iyar) sont tous deux appelés 'seconde année' par la Torah (Ex 40:17 et Nombres 10:11). Si le nouvel an tombait à Iyar, l'année aurait changé entre les deux et ils ne porteraient pas le même numéro d'année. Donc le nouvel an n'est pas Iyar.

6
וְאֵימָא רֹאשׁ הַשָּׁנָה סִיוָן? לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי לְצֵאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם״, וְאִם אִיתָא — ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית לְצֵאת וְגוֹ׳״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Et dis [plutôt] que le nouvel an est Sivan ! Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : 'Au troisième mois de la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte' (Ex 19:1) ; et s'il en était [ainsi, le verset] aurait dû dire 'au troisième mois, en la seconde année de la sortie, etc.' !

💡 Explication

Nouvelle objection : et si le nouvel an était Sivan (troisième mois) ? Réfutation : le verset de la révélation au Sinaï dit simplement 'au troisième mois de la sortie d'Égypte' (Ex 19:1), sans dire 'seconde année'. Si Sivan inaugurait une année nouvelle, le verset l'aurait précisé.

🖼️ Schéma
Élimination des candidats au nouvel an du règne (la Guemara écarte chaque mois) Nissan RETENU 1er mois = nouvel an Iyar Sivan Tamouz Av Adar Nissan et Iyar = même année 2 3e mois sans année nouvelle exclu par le même raisonnt Av et Chevat = même an 40 idem (mois entre Av-Chevat)
Sivan écarté à son tour.
7
וְאֵימָא תַּמּוּז! וְאֵימָא אָב! וְאֵימָא אֲדָר!

Et dis Tamouz ! Et dis Av !

Et dis Adar !

📜 Rachi (1)
וְאֵימָא אָב וְאֵימָא אֲדָר דְּכָל חֳדָשִׁים שֶׁבֵּין אָב לִשְׁבָט פָּקַע לָן לְעֵיל מִדְּקָאֵי בְּאָב וְקָרֵי לֵיהּ שְׁנַת אַרְבָּעִים כו':
'Et dis Av, et dis Adar' - car tous les mois qui sont entre Av et Chevat tombent [d'eux-mêmes] pour nous d'après ce qui précède, du fait que [l'Écriture] parle d'Av et l'appelle 'quarantième année', etc.
💡 Explication

La Guemara énumère les autres candidats possibles : Tamouz (4e mois), Av (5e mois), Adar (12e mois). Rachi précise que tous les mois situés entre Av et Chevat ont déjà été écartés plus haut, du fait qu'Av et Chevat portent le même numéro d'année (an 40).

🖼️ Schéma
Élimination des candidats au nouvel an du règne (la Guemara écarte chaque mois) Nissan RETENU 1er mois = nouvel an Iyar Sivan Tamouz Av Adar Nissan et Iyar = même année 2 3e mois sans année nouvelle exclu par le même raisonnt Av et Chevat = même an 40 idem (mois entre Av-Chevat)
Tamouz, Av, Adar : les derniers candidats écartés.
8
אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מֵהָכָא: ״וַיָּחֶל לִבְנוֹת בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי בַּשֵּׁנִי בִּשְׁנַת אַרְבַּע לְמַלְכוּתוֹ״. מַאי ״שֵׁנִי״? לָאו שֵׁנִי לְיֶרַח שֶׁמּוֹנִין בּוֹ לְמַלְכוּתוֹ?!

Plutôt, Rabbi Elazar a dit : [c'est] d'ici [qu'on le prouve] : 'Et il commença à bâtir au deuxième mois, au 'second', en la quatrième année de son règne' (II Chroniques 3:2). Que signifie ce 'second' ?

N'est-ce pas [qu'il est] second par rapport au mois à partir duquel on compte son règne ?!

📜 Rachi (1)
מַאי שֵׁנִי דַּהֲדַר כְּתַב פַּעַם אַחֶרֶת בִּקְרָא בְּשֵׁנִי מֵהָכָא שָׁמְעִי' דְּשֵׁנִי לְיֶרַח שֶׁמּוֹנִין בּוֹ לַמְּלָכִים:
'Que signifie ce second' - puisque [l'Écriture] revient l'écrire une seconde fois dans le verset ['au second'], de là nous apprenons qu'il est second par rapport au mois à partir duquel on compte [les années] des rois.
💡 Explication

Preuve positive de R. Elazar : le verset sur la construction du Temple par Salomon (II Chron 3:2) dit qu'il commença 'au deuxième mois, au second'. Ce mot redondant 'second' signifie : deuxième par rapport au mois d'où l'on compte le règne. Donc on compte le règne depuis le premier mois, Nissan.

🖼️ Schéma
D'où compte-t-on les années de règne d'un roi ? Rois d'Israël Rois des nations Nissan Tichri 1er du 1er mois = nouvel an du règne (R. Yo'hanan) preuve : Salomon, ziv = 2e mois (I Rois 6:1 ; II Chron 3:2) année comptée depuis l'automne (Rav H'isda) preuve : Nehemie, kislev puis nissan = même an 20 (Neh 1:1 ; 2:1)
La preuve de R. Elazar : Nissan comme point de départ du comput royal.
9
מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא: וְאֵימָא שֵׁנִי בְּחֹדֶשׁ! אִם כֵּן, ״שֵׁנִי בְּחֹדֶשׁ״ בְּהֶדְיָא הֲוָה כְּתִיב בֵּיהּ.

Ravina objecte : et dis [que 'second' signifie] le deux du mois [= le 2e jour du mois] ! [Le Talmud répond :] s'il en était ainsi, [l'Écriture] aurait écrit explicitement 'le deux du mois'.

📜 Rachi (1)
שֵׁנִי בַּחֹדֶשׁ בְּהֶדְיָא הָוֵי כְּתִיב בֵּיהּ כְּדִכְתִיב בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ וּכְתִיב בַּשָּׁנָה הַשְּׁלִישִׁית בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ:
''Le deux du mois' aurait été écrit explicitement' - comme il est écrit en maints endroits 'au premier du mois', et il est écrit 'en la troisième année, le dix du mois'.
💡 Explication

Objection de Ravina : peut-être 'second' désigne-t-il le 2e jour du mois ? Réponse : l'Écriture emploie toujours une formule explicite pour un jour du mois ('le X du mois'). L'absence de cette formule montre que 'second' ne désigne pas un jour.

10
וְאֵימָא בְּשֵׁנִי בְּשַׁבָּת! חֲדָא, דְּלָא אַשְׁכְּחַן שֵׁנִי בַּשַּׁבָּת דִּכְתִיב. וְעוֹד: מַקִּישׁ שֵׁנִי בָּתְרָא לְשֵׁנִי קַמָּא: מַה שֵׁנִי קַמָּא — חֹדֶשׁ, אַף שֵׁנִי בָּתְרָא — חֹדֶשׁ.

Et dis [que 'second' signifie] le deuxième [jour] de la semaine ! Premièrement : nous ne trouvons pas [de cas où] le deuxième jour de la semaine soit écrit [pour dater un événement].

Et de plus : on rapproche le second [mot] 'second' du premier [mot] 'second' : de même que le premier 'second' [désigne] un mois, de même le dernier 'second' [désigne] un mois.

📜 Rachi (1)
שֵׁנִי בְּשַׁבָּת לָא אַשְׁכְּחַן דִּכְתִיב בֵּיהּ קְרָא דְּהָדַר בֵּיהּ קְרָא בַּשֵּׁנִי:
'Le deuxième jour de la semaine, nous ne trouvons pas de verset qui l'écrive' - [de sorte] que l'Écriture y revienne [avec le mot] 'second'.
🗂️ Tossefot (1)
שֵׁנִי בְּשַׁבָּת לָא אַשְׁכְּחַן. וְהָא דִּכְתִיב וַיְהִי בֹוקֶר יוֹם שֵׁנִי (בְּרֵאשִׁית א׳:ח׳) מְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי אֵין לְמֵדִין מִבְּרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם כְּלוֹמַר דְּלָאו אַשַּׁבָּת קָאֵי אֶלָּא שֶׁהָיָה יוֹם שֵׁנִי לִבְרִיָּיתוֹ שֶׁל עוֹלָם:
'Le deuxième jour de la semaine, nous ne trouvons pas' - et ce qui est écrit 'et il y eut soir, jour deuxième' (Gen 1:8), on l'explique dans le [Talmud] de Jérusalem : 'on n'apprend pas de là création du monde', c'est-à-dire que [ce 'deuxième'] ne se rapporte pas au chabbat/[jour de la semaine], mais [signifie] que c'était le deuxième jour de la création du monde.
💡 Explication

Autre objection : 'second' = le 2e jour de la semaine (lundi) ? Double réfutation : (1) l'Écriture ne date jamais un événement par le jour de la semaine ; (2) par une hekech (rapprochement), le second 'second' se lit comme le premier 'second' du verset, qui désigne un mois - donc lui aussi un mois.

11
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּייִן שֶׁאֵין מוֹנִין לָהֶם לַמְּלָכִים אֶלָּא מִנִּיסָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי בִשְׁמוֹנִים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה לְצֵאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וַיַּעַל אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֶל הֹר הָהָר עַל פִּי ה׳ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בְּאַרְבָּעִים שָׁנָה בְּעַשְׁתֵּי עָשָׂר חֹדֶשׁ״.

Une baraita a été enseignée conformément à Rabbi Yo'hanan : d'où [sait-on] qu'on ne compte les [années des] rois qu'à partir de Nissan ? Car il est dit : 'Et ce fut en la quatre-cent-quatre-vingtième année après la sortie des enfants d'Israël du pays d'Égypte, etc.' (I Rois 6:1), et il est écrit : 'Et Aharon le prêtre monta sur le mont Hor sur l'ordre de Hachem, etc.

[et il mourut là, en la quarantième année, au cinquième mois, au premier du mois]' (Nombres 33:38), et il est écrit : 'Et ce fut en la quarantième année, au onzième mois [que Moche parla, etc.]' (Deut 1:3).

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן בְּכוּלֵּי קְרָאֵי דְּאַיְּיתִי לְעֵיל:
'Une baraita conforme à Rabbi Yo'hanan' - dans tous les versets qu'on a apportés plus haut.
🗂️ Tossefot (1)
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן. לָאו לְאַפּוּקֵי דָּר' אֶלְעָזָר דְּהָא מַיְיתֵי נַמֵּי דָּר' אֶלְעָזָר בְּהַךְ בָּרַייְתָא וּבִקְרָא דָּר' אֶלְעָזָר לָא סַגִּי דַּהֲוָה אָמֵינָא דְּלִשְׁלֹמֹה וַדַּאי הָוֵי שֵׁנִי לַיֶּרַח שֶׁמּוֹנִין לוֹ לְמַלְכוּתוֹ לְפִי שֶׁעָמַד בְּנִיסָן אֲבָל לִשְׁאָר מְלָכִים לֹא לְהָכֵי צָרִיךְ נָמֵי דְּמַקִּישׁ לִיצִיאַת מִצְרַיִם:
'Une baraita conforme à Rabbi Yo'hanan' - [cela] ne vient pas exclure [l'avis de] Rabbi Elazar, car [la baraita] apporte aussi le [verset] de Rabbi Elazar dans cette même baraita ; et le verset de Rabbi Elazar ne suffit pas [seul], car j'aurais pu dire que pour Salomon, certes, c'est bien 'second par rapport au mois à partir duquel on compte son règne', parce qu'il monta [sur le trône] à Nissan, mais pour les autres rois, non. C'est pourquoi il faut aussi qu'il [le] rapproche de la sortie d'Égypte.
💡 Explication

Une baraita confirme l'avis de R. Yo'hanan : on compte le règne des rois depuis Nissan. Le raisonnement s'appuie sur une chaîne de versets datant précisément des événements (mort d'Aharon au 5e mois de l'an 40 ; discours de Moche au 11e mois de l'an 40), pour montrer que ces événements tombent dans la même année de comput, laquelle débute donc à Nissan.

12
וּכְתִיב: ״אַחֲרֵי הַכֹּותוֹ אֶת סִיחֹון וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״וַיִּרְאוּ כָּל הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״וַיְהִי בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית וְגוֹ׳״.

Et il est écrit : 'Après qu'il eut battu Si'hon, etc.' (Deut 1:4), et il dit : 'Et le Cananéen, etc. entendit' (Nombres 33:40), et il dit : 'Et toute la communauté vit que mourut Aharon, etc.' (Nombres 20:29), et il dit : 'Et ce fut au premier mois, en la seconde année, etc.' (Ex 40:17).

💡 Explication

Suite de la chaîne de versets de la baraita : le discours de Moche eut lieu après la défaite de Si'hon (Deut 1:4), laquelle suivit la nouvelle entendue par le roi d'Arad (Nombres 33:40), qui elle-même suivit la mort d'Aharon (Nombres 20:29). Ces repères s'articulent avec l'érection du Tabernacle 'au premier mois, seconde année' (Ex 40:17).

13
וְאוֹמֵר: ״וַיְהִי בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי לְצֵאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳״, וְאוֹמֵר: ״וַיְחַל לִבְנוֹת וְגוֹ׳״.

Et il dit : 'Et ce fut en la seconde année, au deuxième mois, etc.' (Nombres 10:11), et il dit : 'Au troisième mois de la sortie des enfants d'Israël, etc.' (Ex 19:1), et il dit : 'Et il commença à bâtir, etc.' (II Chroniques 3:2).

💡 Explication

Fin de la chaîne de versets qui résume la démonstration de R. Yo'hanan : départ de la nuée 'seconde année, deuxième mois' (Nombres 10:11), révélation 'au troisième mois' (Ex 19:1), construction du Temple par Salomon (II Chron 3:2). L'ensemble prouve que le comput royal part de Nissan.

14
אָמַר רַב חִסְדָּא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְמַלְכֵי יִשְׂרָאֵל, אֲבָל לְמַלְכֵי אֻומּוֹת הָעוֹלָם — מִתִּשְׁרֵי מָנֵינַן, ״שֶׁנֶּאֱמַר: ״דִּבְרֵי נְחֶמְיָה בֶּן חֲכַלְיָה וַיְהִי בְחֹדֶשׁ כִּסְלֵיו שְׁנַת עֶשְׂרִים וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וַיְהִי בְּחֹדֶשׁ נִיסָן שְׁנַת עֶשְׂרִים לְאַרְתַּחְשַׁסְתְּא וְגוֹ׳״.

Rav H'isda dit : ils n'ont enseigné [cela] que pour les rois d'Israël ; mais pour les rois des nations du monde, on compte à partir de Tichri. Comme il est dit : 'Paroles de Nehemie fils de H'akhalia.

Et ce fut au mois de Kislev, en la vingtième année, etc.' (Nehemie 1:1), et il est écrit : 'Et ce fut au mois de Nissan, en la vingtième année d'Artahchasta [Artaxerxes], etc.' (Nehemie 2:1).

💡 Explication

Distinction de Rav H'isda : la règle de Nissan ne vaut que pour les rois d'Israël. Pour les rois des nations, on compte depuis Tichri (l'automne). Preuve : chez Nehemie, Kislev puis le Nissan suivant sont tous deux appelés 'vingtième année' du règne d'Artaxerxes - ce qui n'est possible que si l'année ne change pas à Nissan.

🖼️ Schéma
D'où compte-t-on les années de règne d'un roi ? Rois d'Israël Rois des nations Nissan Tichri 1er du 1er mois = nouvel an du règne (R. Yo'hanan) preuve : Salomon, ziv = 2e mois (I Rois 6:1 ; II Chron 3:2) année comptée depuis l'automne (Rav H'isda) preuve : Nehemie, kislev puis nissan = même an 20 (Neh 1:1 ; 2:1)
Rav H'isda : Tichri pour les rois des nations.
15
מִדְּקָאֵי בְּכִסְלֵיו וְקָרֵי לֵיהּ ״שְׁנַת עֶשְׂרִים״, וְקָאֵי בְּנִיסָן וְקָרֵי לֵיהּ ״שְׁנַת עֶשְׂרִים״ — מִכְּלָל דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה לָאו נִיסָן הוּא.

Du fait que [l'Écriture] parle de Kislev et l'appelle 'vingtième année', et parle de Nissan et l'appelle [aussi] 'vingtième année' - il ressort que le nouvel an [des rois des nations] n'est pas Nissan.

🗂️ Tossefot (1)
מִכְּלָל דְּנִיסָן לָאו רֹאשׁ הַשָּׁנָה. אע"פ שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה חֳדָשִׁים בֵּין נִיסָן לְתִשְׁרֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹמַר שֶׁהֵם רֹאשׁ הַשָּׁנָה מ"מ הוֹאִיל דְּאַפֵּיקְתֵּיהּ מִנִּיסָן אוֹקְמֵיהּ אַתִּשְׁרֵי דְּאַשְׁכְּחַן דַּהֲוָה רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְכַמָּה דְּבָרִים לִשְׁמִיטִּין וְלַיּוֹבְלוֹת:
'Il ressort que Nissan n'est pas [le] nouvel an' - bien qu'il y ait plusieurs mois entre Nissan et Tichri dont on pourrait dire qu'ils sont le nouvel an, néanmoins, dès lors qu'on l'a exclu de Nissan, on l'établit à Tichri, car nous trouvons que [Tichri] est le nouvel an pour plusieurs choses : pour les chemitot (années sabbatiques) et pour les yovlot (jubilés).
💡 Explication

Conclusion du raisonnement : Kislev et le Nissan qui le suit portent le même numéro d'année (an 20). Si le nouvel an tombait à Nissan, l'année aurait changé entre les deux. Donc, pour les rois des nations, le nouvel an n'est pas Nissan - c'est Tichri.

16
בִּשְׁלָמָא הֵיאַךְ — מְפָרֵשׁ דִּלְאַרְתַּחְשַׁסְתְּא, אֶלָּא הַאי — מִמַּאי דִּלְאַרְתַּחְשַׁסְתְּא? דִּילְמָא

[La Guemara objecte :] admettons pour ce [verset]-là [de Nissan], qui précise [qu'il s'agit] d'Artahchasta ; mais celui-ci [de Kislev], d'où [sait-on] qu'il [se rapporte] à Artahchasta ? Peut-être...

💡 Explication

Objection : le verset de Nissan (Neh 2:1) mentionne explicitement Artaxerxes. Mais le verset de Kislev (Neh 1:1) ne nomme aucun roi : comment savoir qu'il se rapporte au même règne ? La démonstration exige que les deux versets parlent du même roi. La réponse se poursuit sur le folio suivant (3b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).