Rosh Hashanah 30b — le hadach le jour du omer, la réception des témoins de la néoménie et le chant des Lévites

Rosh Hashanah 30b

Sougya : Le daf achève d'expliquer que R. Yo'hanan ben Zakai, en interdisant le hadach (nouvelle récolte) tout le jour où l'on brandit le omer (yom ha-nef), parlait selon la Tora (comme R.

Yehouda : 'jusqu'au cœur de ce jour', ad ve-ad bikhlal), et non par décret rabbinique. La michna retrace ensuite l'histoire de la réception du témoignage sur la néoménie (edout ha-hodech) : d'abord tout le jour, puis, après un incident où les témoins tardèrent et où les Lévites se troublèrent dans le chant (chir), seulement jusqu'à minha ; après la destruction du Temple, R.

Yo'hanan ben Zakai rétablit la réception tout le jour. La guemara demande en quoi consista le 'ratage' (kilkoul) des Lévites : les uns disent qu'ils ne chantèrent rien du tout, R.

Zeira qu'ils chantèrent le psaume du jour ordinaire ; une baraita, citant 'un chant erroné', tranche pour R. Zeira.

Elle détaille enfin quel psaume est dit à Roch Hachana au tamid, au moussaf et à minha, et le cas où Roch Hachana tombe un jeudi.

Yom ha-Nef : le 16 Nissan, jour où l'on brandit le omer La nouvelle récolte (hadach) est-elle permise ce jour-là ? (Lev 23:14 : 'jusqu'au cœur de ce jour') Du temps du Temple Après la destruction Le omer est offert le matin du 16. Dès qu'il est offert, le hadach devient permis (le omer 'permet'). Donc : permis dès le matin. Plus de omer à offrir. R. Yo'hanan ben Zakai : hadach interdit TOUT le jour du 16. Selon R. Yehouda : c'est déjà la Tora ('ad ve-ad bikhlal'). hadach PERMIS le matin du 16 hadach INTERDIT tout le 16
Le hadach le jour du omer (yom ha-nef) : du temps du Temple vs après la destruction (segments 0-3, 7).
Réception du témoignage sur la néoménie (edout ha-hodech) 1. Au début on reçoit les témoins TOUT le jour 2. Un incident les témoins tardent ; les Lévites se trompent de chant (chir) 3. On restreint on ne reçoit plus que jusqu'à minha 4. Après la destruction du Temple : R. Yo'hanan ben Zakai rétablit on reçoit de nouveau les témoins TOUT le jour (plus de korban, donc la raison de la restriction a disparu)
L'histoire de la réception du témoignage sur la néoménie, en quatre étapes (segments 4-7).
Quel fut le 'ratage' (kilkoul) des Lévites dans le chant ? Version de Bavel ('hakha targimou') R. Zeira Ils n'ont dit AUCUN chant (ni celui du jour ordinaire, ni celui de Yom Tov) : dans le doute, ils se sont tus. Ils ont dit le chant du JOUR ORDINAIRE (chol) avec le tamid du soir - alors qu'il fallait celui de Yom Tov. objection : 'ratage' = acte erroné, un silence n'est pas un acte... réponse : rien de plus raté qu'un chant totalement omis La baraita (chant chol -> 'chiboush') tranche en faveur de R. Zeira
La mahloket sur le 'ratage' des Lévites dans le chant (segments 8-10).
1
בְּשִׁיטַת רַבִּי יְהוּדָה אֲמָרָהּ, דְּאָמַר: ״עַד עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה״, עַד עַצְמוֹ שֶׁל יוֹם. וְקָסָבַר: עַד, וְעַד בִּכְלָל.

[Rabban Yo'hanan ben Zakai] l'a énoncé selon l'avis de Rabbi Yehouda, qui dit : [le verset] 'jusqu'au cœur même de ce jour' (Lev 23:14) [signifie] jusqu'à l'essence [même] du jour (le 16 Nissan tout entier). Et il tient : [le terme] 'ad' (jusqu'à), [c'est] 'ad ve-ad bikhlal' (jusqu'à, ce terme inclus).

📜 Rachi (1)
בְּשִׁיטַת ר' יְהוּדָה אֲמָרָהּ דְּאָמַר מִן הַתּוֹרָה אָסוּר כָּל הַיּוֹם בַּזְּמַן הַזֶּה דְּקָסָבַר עַד וְעַד בִּכְלָל:
[Il] l'a énoncé selon l'avis de Rabbi Yehouda — qui dit : par la Tora [le hadach] est interdit tout le jour à l'époque actuelle (sans Temple), car il tient 'ad ve-ad bikhlal' (jusqu'à, ce terme inclus).
💡 Explication

La guemara concilie l'ordonnance de R. Yo'hanan ben Zakai avec un verset. Selon R. Yehouda, 'jusqu'au cœur de ce jour' veut dire que le hadach (nouvelle récolte) reste interdit tout le 16 Nissan (yom ha-nef). C'est la règle 'ad ve-ad bikhlal' : le mot 'jusqu'à' inclut le jour-limite lui-même. Donc, après la destruction du Temple (plus de omer pour permettre), le hadach est interdit toute la journée, par la Tora.

🖼️ Schéma
Yom ha-Nef : le 16 Nissan, jour où l'on brandit le omer La nouvelle récolte (hadach) est-elle permise ce jour-là ? (Lev 23:14 : 'jusqu'au cœur de ce jour') Du temps du Temple Après la destruction Le omer est offert le matin du 16. Dès qu'il est offert, le hadach devient permis (le omer 'permet'). Donc : permis dès le matin. Plus de omer à offrir. R. Yo'hanan ben Zakai : hadach interdit TOUT le jour du 16. Selon R. Yehouda : c'est déjà la Tora ('ad ve-ad bikhlal'). hadach PERMIS le matin du 16 hadach INTERDIT tout le 16
Le hadach le jour du omer selon R. Yehouda.
2
וּמִי סָבַר לָהּ כְּוָותֵיהּ? וְהָא מַפְלִיג פְּלִיג עָלֶיהָ, דִּתְנַן: מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁיְּהֵא יוֹם הֶנֶף כֻּולּוֹ אָסוּר. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: וַהֲלֹא מִן הַתּוֹרָה הוּא אָסוּר, דִּכְתִיב: ״עַד עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה״!

Mais tient-il [réellement] comme lui (R. Yehouda) ?

Or il est [pourtant] en désaccord avec lui, car nous avons appris (Soucca 41a) : depuis que le Temple fut détruit, Rabban Yo'hanan ben Zakai ordonna que tout le jour du 'brandissement' (yom ha-nef) demeure interdit. Rabbi Yehouda dit : mais n'est-ce pas [déjà] interdit par la Tora, comme il est écrit 'jusqu'au cœur même de ce jour' ?!

📜 Rachi (1)
א"ר יְהוּדָה גָּרְסִי' וְלָא גָּרְסִי' אָמַר לוֹ רַ' יְהוּדָה שֶׁהֲרֵי לֹא רָאָהוּ מִיָּמָיו אֲבָל תָּמַהּ בְּדוֹרוֹ עַל תַּקָּנַת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְאָמַר מָה חִידּוּשׁ חִידֵּשׁ רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וַהֲלֹא מִן הַתּוֹרָה אָסוּר:
La leçon est 'Rabbi Yehouda dit' (amar R. Yehouda) — et non 'Rabbi Yehouda lui dit' (amar lo R. Yehouda), car il ne l'a jamais vu [de son vivant] ; mais il s'étonna, en son temps, de l'ordonnance de Rabban Yo'hanan ben Zakai et dit : quelle nouveauté Rabban Yo'hanan ben Zakai a-t-il donc introduite ? N'est-ce pas [déjà] interdit par la Tora ?!
💡 Explication

Objection : R. Yo'hanan ben Zakai ne peut pas tenir comme R. Yehouda, puisqu'ils s'opposent dans une michna (Soucca 41a). R. Yo'hanan ben Zakai ordonne (langage de décret rabbinique) l'interdiction du hadach le yom ha-nef ; R. Yehouda rétorque que c'est déjà une interdiction de la Tora ('jusqu'au cœur de ce jour'). Il semble donc y avoir désaccord.

3
הָתָם — רַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּקָא טָעֵי. אִיהוּ סָבַר רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִדְּרַבָּנַן קָאָמַר, וְלֹא הִיא, מִדְּאוֹרַיְיתָּא קָאָמַר.

Ce (désaccord), c'est Rabbi Yehouda qui se trompe : lui pensait que Rabban Yo'hanan ben Zakai parlait [d'une interdiction] rabbinique ; or il n'en est rien — c'est [d'une interdiction] de la Tora qu'il parlait.

📜 Rachi (1)
מִדְּרַבָּנָן קָאָמַר כְּלוֹמַר הוּא בָּא לִגְזֹור עָלָיו מִשּׁוּם הַהוּא טַעַם דִּלְעֵיל דְּשֶׁמָּא יִבְנֶה:
Il parlait [d'une interdiction] rabbinique — c'est-à-dire [R. Yehouda crut] qu'il venait décréter [l'interdiction] pour le motif énoncé plus haut, 'de peur que [le Temple] soit reconstruit' (et qu'on croie à tort le hadach permis dès le matin).
💡 Explication

Réponse : il n'y a en réalité pas de désaccord. C'est R. Yehouda qui a mal compris R. Yo'hanan ben Zakai : il a cru que celui-ci instituait un décret rabbinique, alors qu'en fait R. Yo'hanan ben Zakai visait bien l'interdiction de la Tora. Les deux tiennent donc la même position de fond.

4
וְהָא הִתְקִין קָתָנֵי! מַאי הִתְקִין — דָּרַשׁ וְהִתְקִין.

Mais [la michna] enseigne 'il ordonna' (hitkin) [terme de décret rabbinique] ! Que signifie 'il ordonna' ?

Il exposa (darach) [le verset] et ordonna [d'agir en conséquence].

📜 Rachi (1)
דָּרַשׁ וְהִתְקִין דָּרַשׁ לָהֶם הַמִּקְרָא וְהִתְקִין שֶׁיִּנְהֲגוּ אִיסּוּר לְפִי שֶׁעַד עַכְשָׁיו הָיָה הֶיתֵּר בַּדָּבָר מִשֶּׁקָּרַב הָעֹומֶר שֶׁהָעֹומֶר מַתִּיר:
Il exposa et ordonna — il leur exposa le verset et ordonna qu'ils pratiquent l'interdiction, car jusqu'à présent la chose était permise [dès le matin], une fois le omer offert — puisque c'est le omer qui [le] permet.
💡 Explication

Nouvelle difficulté : la michna dit bien 'hitkin' (il ordonna) — langage de takana rabbinique, pas de Tora. Réponse : ici 'hitkin' ne crée pas une nouvelle loi ; cela veut dire qu'il exposa (darach) le verset et établit qu'on agisse désormais ainsi. Du temps du Temple, la question ne se posait pas, car le omer offert rendait le hadach permis.

5
מַתְנִי׳ בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מְקַבְּלִין עֵדוּת הַחֹדֶשׁ כָּל הַיּוֹם.

MICHNA. Au début, on recevait le témoignage [sur la naissance] de la [nouvelle] lune tout le jour.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ מְקַבְּלִין עֵדוּת הַחֹדֶשׁ כו':
MICHNA. Au début, on recevait le témoignage de la [nouvelle] lune, etc.
💡 Explication

Début d'une nouvelle michna, sur la réception du témoignage de la néoménie (edout ha-hodech). À l'origine, le beit din acceptait les témoins toute la journée du 30 : si des témoins venus de loin attestaient avoir vu la nouvelle lune la veille au soir, on sanctifiait ce jour comme Roch Hodech.

🖼️ Schéma
Réception du témoignage sur la néoménie (edout ha-hodech) 1. Au début on reçoit les témoins TOUT le jour 2. Un incident les témoins tardent ; les Lévites se trompent de chant (chir) 3. On restreint on ne reçoit plus que jusqu'à minha 4. Après la destruction du Temple : R. Yo'hanan ben Zakai rétablit on reçoit de nouveau les témoins TOUT le jour (plus de korban, donc la raison de la restriction a disparu)
Étape 1 : réception tout le jour.
6
פַּעַם אַחַת נִשְׁתַּהוּ הָעֵדִים מִלָּבוֹא, וְנִתְקַלְקְלוּ הַלְּוִיִּם בְּשִׁיר. הִתְקִינוּ שֶׁלֹּא יְהוּ מְקַבְּלִין אֶלָּא עַד הַמִּנְחָה.

Une fois, les témoins tardèrent à venir, et les Lévites se troublèrent dans le chant (chir). On ordonna qu'on ne reçoive plus [le témoignage] que jusqu'à [l'heure de] minha.

📜 Rachi (1)
הַלְּוִיִּים בַּשִּׁיר בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
Les Lévites dans le chant — [ce point] est expliqué dans la guemara.
🗂️ Tossefot (1)
וְנִתְקַלְקְלוּ הַלְּוִיִּם בְּשִׁיר. בְּתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אֲבָל בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר לֹא תִּקְּנוּ שִׁיר שֶׁל י"ט כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס לְפִי שֶׁבְּרֹוב הַשָּׁנִים אֵין הָעֵדִים בָּאִין קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר וְסָפֵק יִתְקַדֵּשׁ הַיּוֹם סָפֵק לֹא יִתְקַדֵּשׁ וא"ת וְאַמַּאי לָא חֲשִׁיב קִלְקוּל שֶׁל מוּסָף שֶׁלֹּא הִקְרִיבוּ מוּסָף שֶׁל ר"ח שֶׁאַחַר הַתָּמִיד אֵין יְכוֹלִין לְהַקְרִיבוֹ כִּדְדָרְשִׁינַן עָלֶיהָ הַשָּׁלֵם בְּפֶ' תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים ד' נח: וְשָׁם) וְכִי תֵּימָא דְּמַעֲלֶה וּמָלִין בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ דַּעֲלִיָּה הַשְׁלֵם לֹא שַׁיָּיךְ אֶלָּא בְּהַקְטָרָה וְאֵין מַקְטִיר עַד לְמָחָר הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר בְּפֶ' הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פז.) אֵין לִינָה מוֹעֶלֶת בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ אֲבָל לְמַאן דְּאָמַר מוֹעֶלֶת מַאי אִיכָּא לְמֵימַר וְכִי תֵּימָא דְּהִקְרִיבוּ כֶּבֶשׂ אֶחָד עַל תְּנַאי דְּאִם יָבוֹאוּ עֵדִים יְהֵא מוּסָף וְאִם לֹא יָבוֹאוּ עֵדִים יְהֵא תָּמִיד דא"כ בְּמַאי קִלְקְלוּ בְּתָמִיד דְּאִי מִשּׁוּם דְּהָיוּ סְבוּרִים שֶׁלֹּא יָבֹאוּ עֵדִים וְאָמְרוּ שִׁיר שֶׁל חוֹל זֶהוּ הַקִּלְקוּל לֹא הָיָה בְּתָמִיד אֶלָּא בְּמוּסָף שֶׁל ר"ח שֶׁאָמְרוּ עָלָיו שִׁיר שֶׁל תָּמִיד שֶׁל חוֹל וְעוֹד לָמֶ"ד שֶׁלֹּא אָמְרוּ שִׁירָה כָּל עִיקָּר הַייְנוּ לְפִי שֶׁהָיוּ מַמְתִּינִין כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה שֶׁמָּא עֲדַייִן יָבֹאוּ עֵדִים וְלֹא הָיוּ יוֹדְעִין מַה שִׁיר יֹאמְרוּ וְהַשְׁתָּא אִם בָּאוּ עֵדִים וְלֹא הָיָה לָהֶם שְׁהוּת בַּיּוֹם לוֹמַר שִׁיר א"כ עֲדַייִן נִתְקַלְקְלוּ יוֹתֵר בִּשְׁאָר קָרְבָּנוֹת שֶׁלֹּא קָרְבוּ מִיהוּ אֶפְשָׁר לוֹמַר כְּשֶׁלֹּא בָּאוּ לְפִיכָךְ לֹא הָיָה לָהֶם קִלְקוּל אֶלָּא בְּשִׁיר וי"ל דְּאַחַר הַתָּמִיד יָכוֹל לְהַקְרִיב מוּסָף שֶׁל ר"ח מִשּׁוּם דְּאָתֵי עֲשֵׂה דְרַבִּים וְדָחֵי עֲשֵׂה דְּהַשְׁלָמָה כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לח:) גַּבֵּי שִׁחְרֵר עַבְדּוֹ וְהִשְׁלִימוֹ לַעֲשָׂרָה מִצְוָה דְּרַבִּים שָׁאנֵי וְגַבֵּי עֲשֵׂה דְּהַשְׁלָמָה אָמְרִי' נָמֵי בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף נט. וְשָׁם) שֶׁנִּדְחָה מִקַּמֵּי עֲשֵׂה דְּפֶסַח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת וּבְפֶ' שִׁלּוּחַ הַקֵּן (חֻולִּין ד' קַמָּא.) נָמֵי אֲמַרִי' דַּעֲשֵׂה דִּמְצוֹרָע דּוֹחֶה עֲשֵׂה דְּשִׁלּוּחַ מִשּׁוּם שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ וּמִיהוּ יֵשׁ לִתְמֹוהַּ אַמַּאי נִתְקַלְקְלוּ בְּשִׁיר וַהֲלֹא בִּשְׁעַת נְסָכִים הָיָה הַשִּׁיר כִּדְאָמְרִינַן בְּכָל דֻּוכְתָּא (בְּרָכוֹת דַּף לה.) אֵין אוֹמֵר שִׁירָה אֶלָּא עַל הַיַּיִן וְאִיתָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי דַּעֲרָכִין (דַּף יב. וְשָׁם) וְיָכוֹל לְהַמְתִּין מִלְּהָבִיא נְסָכִים עַד הַלַּיְלָה אוֹ עַד לְמָחָר כִּדְאִיתָא בְּהַקּוֹמֵץ זוּטָא (מְנָחוֹת דַּף טו:) דְּמֵבִיא אָדָם זִבְחוֹ הַיּוֹם וְנִסְכּוֹ מִכָּאן וְעַד עֲשָׂרָה יָמִים ובפ"ב דִּתְמוּרָה (דַּף יד.) מִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה מִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם עַד לְמָחָר וְנִרְאֶה לִי דִּלְכַתְּחִלָּה יֵשׁ לְהָבִיא נְסָכִים עִם הַזֶּבַח דְּאִי מֵבִיא בַּלַּיְלָה אֵין יָכוֹל לוֹמַר שִׁירָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' שֵׁנִי דַּעֲרָכִין (דַּף יא.) מַה כַּפָּרָה בַּיּוֹם אַף שִׁירָה בַּיּוֹם וּלְמָחָר נָמֵי אִם מְבִיאָה מִבַּעְיָא לָן הָתָם (דַּף יב.) אִם טְעוּנִין שִׁירָה דְּאִיבַּעְיָא לְהוּ נְסָכִין הַבָּאִים בִּפְנֵי עַצְמָן כְּלוֹמַר שֶׁהֵבִיא קָרְבַּן צִבּוּר הַיּוֹם וּנְסָכִין לְמָחָר טְעוּנִין שִׁירָה אוֹ אֵינָן טְעוּנִין שִׁירָה וְלָא אִיפְּשׁוּט וְהָא דְּאָמַר ר"מ הָתָם (דַּף יא.) דְּשִׁיר מְעַכֵּב הַקָּרְבָּן הַייְנוּ בִּנְסָכִים הַבָּאִין עִם הַזֶּבַח שֶׁקָּרְבוּ בִּשְׁעַת שְׁחִיטַת הַזֶּבַח דְּאֵין קְרֵבִין אֶלָּא בַּיּוֹם כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' שֵׁנִי דִתְמוּרָה (דַּף יד.) וְאוֹתָן טְעוּנִין שִׁירָה וְאַפֵּי' אִם תִּמְצֵי לוֹמַר דִּבְאֵין בִּפְנֵי עַצְמָן טְעוּנִין שִׁירָה מ"מ טוֹב שֶׁיְּבִיאֵם עִם הַזֶּבַח כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה כִּדְאָמַר הָתָם בַּעֲרָכִין (דַּף יב.) אוֹ דִּלְמָא אַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה אָמְרָה אַשְּׁתִיָּה לְחוּדֵיהּ לֹא אָמְרָה וְהַהִיא דְּמֵבִיא אָדָם זִבְחוֹ הַיּוֹם וְנִסְכּוֹ מִכָּאן עַד י' יָמִים מַשְׁמַע דִּלְכַתְּחִלָּה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת כֵּן הָנֵי מִילֵּי בְּקָרְבַּן יָחִיד דְּאֵין טָעוּן שִׁירָה דְּאֵין אוֹמְרִים שִׁירָה אֶלָּא עַל קָרְבַּן צִבּוּר הַקָּבוּעַ לָהֶם זְמַן כִּדְמוֹכַח הָתָם בַּעֲרָכִין (דַּף יא.):
'Et les Lévites se troublèrent dans le chant.' [Il s'agit] du tamid de l'entre-deux-soirs (le sacrifice quotidien de l'après-midi), comme l'explique la guemara. Mais au tamid du matin, on n'avait pas institué le chant de Yom Tov, comme l'a expliqué Rachi (be-kountres), parce que, la plupart des années, les témoins n'arrivent pas avant le tamid du matin : il est alors douteux que le jour soit sanctifié ou non. Et si tu objectes : pourquoi ne compte-t-on pas comme 'ratage' celui du moussaf, [à savoir] qu'on n'a pas offert le moussaf de Roch Hodech (car après le tamid on ne peut plus l'offrir, selon l'exégèse de 'aleha hachlem' au chapitre Tamid nichhat, Pessahim 58b) ? Et si tu dis qu'on l'élève et le laisse passer la nuit au sommet de l'autel — [car] 'aleha hachlem' ne s'applique qu'à l'action de faire fumer, et on ne fait fumer que le lendemain — cela va bien pour celui qui dit (au chapitre Ha-mizbeah mekadech, Zevahim 87a) que le fait de passer la nuit n'invalide pas au sommet de l'autel ; mais pour celui qui dit que cela invalide, que répondre ? Et si tu dis qu'on offrit un [des deux] agneaux sous condition — que si des témoins viennent ce sera le moussaf, et sinon ce sera le tamid — [cela ne résout rien,] car alors en quoi se trompa-t-on dans le tamid ? Si c'est parce qu'ils pensaient que les témoins ne viendraient pas et dirent le chant du jour ordinaire, ce ratage-là ne fut pas dans le tamid mais dans le moussaf de Roch Hodech, pour lequel ils dirent le chant du tamid ordinaire. En outre, pour celui qui dit qu'ils ne dirent aucun chant du tout, c'est parce qu'ils attendaient à chaque instant que des témoins viennent encore, et ne savaient quel chant dire ; or, si des témoins vinrent et qu'il ne leur resta pas assez de jour pour dire le chant, alors ils se trouvèrent avoir 'raté' plus encore par les autres sacrifices non offerts. On peut toutefois dire que, faute de témoins venus, il n'y eut de ratage que dans le chant. Et l'on peut répondre qu'après le tamid on peut [encore] offrir le moussaf de Roch Hodech, parce qu'arrive un 'faire' [mitsvat asse] de la collectivité qui repousse le 'faire' de la 'clôture' (hachlama), comme nous disons au chapitre Ha-choleah (Guittin 38b) à propos de qui affranchit son esclave pour le compléter à dix — 'une mitsva de la collectivité, c'est différent' ; et au sujet du 'faire' de la clôture nous disons aussi (Pessahim 59a) qu'il est repoussé devant le 'faire' du korban Pessa'h qui comporte le karet ; et au chapitre Chilouah ha-ken (Houllin 141a) nous disons de même que le 'faire' du metsora repousse le 'faire' du renvoi [du nid] pour la paix entre l'homme et sa femme. Toutefois, il y a lieu de s'étonner : pourquoi se troublèrent-ils dans le chant, alors que le chant se disait au moment des libations (nessakhim), comme nous disons partout (Berakhot 35a) 'on ne dit le chant que sur le vin' ? Et il est [enseigné] au deuxième chapitre de Arakhin (12a) qu'on peut attendre pour apporter les libations jusqu'à la nuit ou jusqu'au lendemain, comme dans Ha-kometz zouta (Menahot 15b) : 'l'homme apporte son sacrifice aujourd'hui et sa libation d'ici à dix jours', et au deuxième chapitre de Temoura (14a) : 'leurs offrandes de farine et leurs libations [peuvent être apportées] même la nuit ; leurs offrandes de farine et leurs libations [peuvent l'être] jusqu'au lendemain'. Il me semble [répondre] qu'a priori il faut apporter les libations avec le sacrifice, car si on les apporte la nuit on ne peut dire le chant, comme nous disons au deuxième chapitre de Arakhin (11a) : 'de même que l'expiation se fait le jour, de même le chant se dit le jour' ; et le lendemain aussi, on se demande là-bas (12a) si [les libations] requièrent un chant — car on s'y interrogea sur les 'libations venant seules' (c'est-à-dire qu'on apporta un sacrifice public aujourd'hui et les libations le lendemain), [pour savoir] si elles requièrent un chant ou non, et [la question] ne fut pas tranchée. Et ce que dit R. Meir là-bas (11a), que le chant est indispensable au sacrifice, [ne vaut] que pour les libations qui viennent avec le sacrifice et furent offertes au moment de l'abattage, [libations] qui ne s'offrent que de jour, comme nous disons au deuxième chapitre de Temoura (14a) ; celles-là requièrent un chant. Et même si tu veux dire que les [libations] venant seules requièrent un chant, mieux vaut cependant les apporter avec le sacrifice, afin qu'on dise [le chant] 'sur le manger et le boire', comme on dit là-bas dans Arakhin (12a) — ou bien [la question est] : est-ce 'sur le manger et le boire' qu'on [le] dit, ou 'sur le boire' seul on ne [le] dit pas ? Et ce [passage] 'l'homme apporte son sacrifice aujourd'hui et sa libation d'ici à dix jours', qui laisse entendre qu'a priori on peut agir ainsi, [ne concerne] que le sacrifice d'un particulier, qui ne requiert pas de chant — car on ne dit le chant que sur un sacrifice public à l'heure fixée, comme il ressort là-bas dans Arakhin (11a).
💡 Explication

L'incident fondateur de la takana : un jour, les témoins arrivèrent tard, et les Lévites se troublèrent dans le chant (chir) — ne sachant plus, tard dans la journée, s'il fallait chanter le psaume du jour ordinaire ou celui de Yom Tov. En conséquence, on restreignit la réception du témoignage à minha (le milieu de l'après-midi) ; passé cette heure, on prolongeait Eloul à 30 jours.

🖼️ Schéma
Réception du témoignage sur la néoménie (edout ha-hodech) 1. Au début on reçoit les témoins TOUT le jour 2. Un incident les témoins tardent ; les Lévites se trompent de chant (chir) 3. On restreint on ne reçoit plus que jusqu'à minha 4. Après la destruction du Temple : R. Yo'hanan ben Zakai rétablit on reçoit de nouveau les témoins TOUT le jour (plus de korban, donc la raison de la restriction a disparu)
Étapes 2-3 : l'incident, puis la restriction à minha.
7
וְאִם בָּאוּ עֵדִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה — נוֹהֲגִין אוֹתוֹ הַיּוֹם קֹודֶשׁ, וּלְמָחָר קוֹדֶשׁ.

Et si des témoins venaient depuis [l'heure de] minha et au-delà, on traitait ce jour-là comme saint (kodech), et le lendemain [également] comme saint.

📜 Rachi (1)
נוֹהֲגִים אוֹתוֹ הַיּוֹם קֹודֶשׁ בר"ה קָאֵי דְּמִשֶּׁחָשְׁכָה לֵילֵי עֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה נָהֲגוּ בּוֹ קוֹדֶשׁ שֶׁמָּא יָבוֹאוּ עֵדִים מָחָר וִיקַדְּשׁוּהוּ ב"ד וְנִמְצָא שֶׁהַלַּיְלָה הַזֶּה לֵיל י"ט הוּא וְכֵן לְמָחָר כָּל הַיּוֹם עַד הַמִּנְחָה וְאִם בָּאוּ עֵדִים קֹודֶם הַמִּנְחָה ב"ד מְקַדְּשִׁים אֶת הַחֹדֶשׁ וְנוֹדַע שֶׁיָּפֶה נָהֲגוּ בּוֹ קוֹדֶשׁ וְאִם מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה בָּאוּ אע"פ שֶׁאֵין ב"ד מְקַבְּלִין אוֹתָן לְקַדְּשׁוֹ הַיּוֹם וְיַעַבְרוּ אֶת אֱלוּל וִיקַדְּשׁוּהוּ לְמָחָר אעפ"כ גּוֹמְרִים אוֹתוֹ בִּקְדֻושָּׁה וְאָסוּר בִּמְלָאכָה דִּלְמָא אָתֵי לְזִלְזוּלֵי בֵּיהּ לַשָּׁנָה הַבָּאָה וְיַעֲשׂוּ בּוֹ מְלָאכָה כָּל הַיּוֹם וְיֹאמְרוּ אֶשְׁתָּקַד נָהַגְנוּ בּוֹ קוֹדֶשׁ חִנָּם וּמִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה חָזַרְנוּ וְנָהַגְנוּ בּוֹ חוֹל:
On traite ce jour-là comme saint — [le contexte] porte sur Roch Hachana : dès la tombée de la nuit du 29 [Eloul], on l'observait comme saint, de peur que des témoins ne viennent le lendemain et que le beit din ne le sanctifie — auquel cas cette nuit-là serait la nuit de Yom Tov. De même le lendemain, tout le jour jusqu'à minha : si des témoins venaient avant minha, le beit din sanctifiait le mois, et l'on savait qu'on avait eu raison de l'observer comme saint. Et si c'est depuis minha et au-delà qu'ils venaient — bien que le beit din ne les reçoive plus pour sanctifier [le mois] ce jour-là (on prolonge alors Eloul et on le sanctifie le lendemain) — on l'achève néanmoins dans la sainteté, et le travail y est interdit, de peur qu'on n'en vienne à le mépriser l'année suivante et qu'on y travaille tout le jour, en disant : 'l'an passé nous l'avons observé comme saint pour rien, et depuis minha nous sommes revenus à le traiter en jour profane'.
💡 Explication

Suite de la michna : si les témoins arrivaient après minha (trop tard pour sanctifier ce jour), le beit din reportait Roch Hachana au lendemain. Néanmoins, on continuait d'observer ce jour-là comme saint (pour éviter qu'à l'avenir on ne le traite en jour profane et qu'on y travaille dès le matin), et l'on observait aussi le lendemain comme saint — jour où Roch Hachana était pleinement établi.

8
מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁיְּהוּ מְקַבְּלִין עֵדוּת הַחֹדֶשׁ כָּל הַיּוֹם.

Depuis que le Temple fut détruit, Rabban Yo'hanan ben Zakai ordonna qu'on reçoive le témoignage [sur la naissance] de la lune tout le jour.

💡 Explication

Dernière clause de la michna : après la destruction du Temple, la raison de la restriction (le service du chant au tamid de l'après-midi) avait disparu. R. Yo'hanan ben Zakai rétablit donc la réception du témoignage toute la journée, comme à l'origine.

🖼️ Schéma
Réception du témoignage sur la néoménie (edout ha-hodech) 1. Au début on reçoit les témoins TOUT le jour 2. Un incident les témoins tardent ; les Lévites se trompent de chant (chir) 3. On restreint on ne reçoit plus que jusqu'à minha 4. Après la destruction du Temple : R. Yo'hanan ben Zakai rétablit on reçoit de nouveau les témoins TOUT le jour (plus de korban, donc la raison de la restriction a disparu)
Étape 4 : R. Yo'hanan ben Zakai rétablit la réception tout le jour.
9
גְּמָ׳ מֶה קִלְקוּל קִלְקְלוּ הַלְוִיִּם בַּשִּׁיר? הָכָא תַּרְגִּימוּ: שֶׁלֹּא אָמְרוּ שִׁירָה כָּל עִיקָּר. רַבִּי זֵירָא אָמַר: שֶׁאָמְרוּ שִׁירָה שֶׁל חוֹל עִם תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם.

GUEMARA. Quel [genre de] ratage (kilkoul) les Lévites ratèrent-ils dans le chant ?

Ici (à Bavel), on l'a expliqué [ainsi] : ils ne dirent aucun chant du tout. Rabbi Zeira dit : ils dirent le chant du jour ordinaire (chol) avec le tamid de l'entre-deux-soirs.

📜 Rachi (3)
גְּמ' ה"ג מַאי קִלְקוּל קִלְקְלוּ הַלְּוִיִּם כו' וְלָא גָּרְסִינַן ת"ר:
GUEMARA. La leçon est 'Quel ratage les Lévites ratèrent-ils, etc.' — et l'on ne lit pas 'nos maîtres ont enseigné' (tanou rabbanan).
הָכָא תַּרְגִּימוּ בְּבָבֶל:
Ici on l'a expliqué — à Bavel.
שֶׁלֹּא אָמְרוּ שִׁירָה כָּל עִיקָּר בְּתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם לְפִי שֶׁלֹּא יֵדְעוּ מַה שִׁיר יֹאמְרוּ שֶׁמָּא עוֹד סוֹף הָעֵדִים לָבוֹא הַיּוֹם וְשִׁיר שֶׁל י"ט יֵשׁ לוֹמַר אוֹ לֹא יָבוֹאוּ וְנִמְצָא שֶׁהוּא חוֹל אֲבָל בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר אֵין סָפֵק שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁבְּרֹוב הַשָּׁנִים אֵין הָעֵדִים בָּאִין קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר וְסָפֵק יִתְקַדֵּשׁ הַיּוֹם סָפֵק לֹא יִתְקַדֵּשׁ לֹא תִּקְּנוּ שִׁיר שֶׁל י"ט שַׁחֲרִית בר"ה כִּדְתָנֵי לְקַמָּן תָּמִיד שֶׁל ר"ה שַׁחֲרִית קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ אֲבָל לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם תִּקְּנוּ שִׁיר שֶׁל י"ט שֶׁכְּבָר בָּאוּ הָעֵדִים לְפִיכָךְ אוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁנִּשְׁתַּהוּ לָבֹא לֹא יָדְעוּ מַה יֹאמְרוּ:
Ils ne dirent aucun chant du tout — au tamid de l'entre-deux-soirs, parce qu'ils ne savaient quel chant dire : peut-être des témoins allaient-ils encore venir ce jour-là, et [alors] il faut dire le chant de Yom Tov ; ou bien ils ne viendraient pas, et [le jour] se trouve être profane. Mais au tamid du matin il n'y a pas de doute : puisque la plupart des années les témoins n'arrivent pas avant le tamid du matin, et qu'il est douteux que le jour soit sanctifié ou non, on n'a pas institué de chant de Yom Tov le matin à Roch Hachana — comme il est enseigné plus loin : 'le tamid de Roch Hachana, le matin, est offert selon sa règle [ordinaire]'. Mais pour le tamid de l'entre-deux-soirs, on avait institué le chant de Yom Tov, car les témoins étaient déjà venus ; c'est pourquoi, l'année où ils tardèrent à venir, on ne sut quel [chant] dire.
💡 Explication

La guemara ouvre l'analyse du 'ratage' des Lévites. Deux avis : selon la version enseignée à Bavel, dans le doute (psaume du jour ordinaire ou de Yom Tov ?), ils ne chantèrent rien du tout. Selon R. Zeira, ils chantèrent par erreur le psaume du jour ordinaire (chol) au tamid de l'après-midi, alors que les témoins étant finalement venus, il aurait fallu celui de Yom Tov.

🖼️ Schéma
Quel fut le 'ratage' (kilkoul) des Lévites dans le chant ? Version de Bavel ('hakha targimou') R. Zeira Ils n'ont dit AUCUN chant (ni celui du jour ordinaire, ni celui de Yom Tov) : dans le doute, ils se sont tus. Ils ont dit le chant du JOUR ORDINAIRE (chol) avec le tamid du soir - alors qu'il fallait celui de Yom Tov. objection : 'ratage' = acte erroné, un silence n'est pas un acte... réponse : rien de plus raté qu'un chant totalement omis La baraita (chant chol -> 'chiboush') tranche en faveur de R. Zeira
Les deux explications du ratage des Lévites.
10
אָמַר לוֹ רַבִּי זֵירָא לְאַהֲבָה בְּרֵיהּ, פּוּק תָּנֵי לְהוּ: הִתְקִינוּ שֶׁלֹּא יְהוּ מְקַבְּלִין עֵדוּת הַחֹדֶשׁ אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיְּהֵא שְׁהוּת בַּיּוֹם לְהַקְרִיב תְּמִידִין וּמוּסָפִין וְנִסְכֵּיהֶם, וְלוֹמַר שִׁירָה שֶׁלֹּא בְּשִׁיבּוּשׁ. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא אֲמוּר שִׁירָה דְחוֹל — הַיְינוּ דְּאִיכָּא שִׁיבּוּשׁ. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא אֲמוּר כְּלָל — מַאי שִׁיבּוּשׁ אִיכָּא!

Rabbi Zeira dit à Ahava son fils : sors [et] enseigne-leur [ceci] : on ordonna qu'on ne reçoive le témoignage de la lune que s'il reste [assez] de jour pour offrir les tamidin et les moussafin avec leurs libations, et pour dire le chant sans confusion (chiboush). Or, si tu admets qu'ils dirent le chant du jour ordinaire — voilà [bien] où il y a confusion.

Mais si tu dis qu'ils ne dirent rien du tout — quelle confusion y a-t-il [alors] ?!

📜 Rachi (1)
פּוּק תָּנֵי לְהוּ לִבְנֵי בָּבֶל הָאוֹמְרִים לֹא אָמְרוּ שִׁירָה כָּל עִיקָּר שָׁנָה לָהֶם בָּרַייְתָא זוֹ שֶׁמִּמֶּנָּה יִלְמְדוּ שֶׁאָמְרוּ שִׁיר שֶׁל חוֹל:
Sors [et] enseigne-leur — aux gens de Bavel qui disent qu'ils n'ont dit aucun chant : enseigne-leur cette baraita, d'où ils apprendront qu'ils dirent [bien] le chant du jour ordinaire.
💡 Explication

R. Zeira étaye son avis par une baraita : on ne reçoit les témoins que s'il reste assez de temps pour offrir tamidin, moussafin, leurs libations, et dire le chant 'sans chiboush' (sans confusion, sans erreur). Or, argue-t-il, il n'y a de 'chiboush' (chant erroné) que si l'on a effectivement chanté — donc le psaume du jour ordinaire (comme il le soutient). Si l'on n'avait rien chanté, quel 'chiboush' y aurait-il ? 'Chiboush' désigne un acte fautif, pas une omission.

11
כֵּיוָן דְּלָא אֲמוּר כְּלָל — אֵין לְךָ שִׁיבּוּשׁ גָּדוֹל מִזֶּה.

Dès lors qu'ils ne dirent rien du tout — tu n'as pas de confusion plus grande que celle-là !

💡 Explication

Réfutation de l'argument de R. Zeira : au contraire, le fait de ne rien chanter du tout constitue la plus grande confusion (chiboush) possible — l'omission complète du chant désorganise tout le service. Le mot 'chiboush' peut donc bien viser un silence, et l'avis de Bavel tient.

12
מֵתִיב רַב אַחָא בַּר הוּנָא: תָּמִיד שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה שַׁחֲרִית קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ, בְּמוּסָף מַהוּ אוֹמֵר — ״הַרְנִינוּ לֵא-לֹהִים עוּזֵּנוּ הָרִיעוּ לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״, בְּמִנְחָה מַהוּ אוֹמֵר — ״קוֹל ה׳ יָחִיל מִדְבָּר״.

Rav Aha bar Houna objecte : le tamid de Roch Hachana, le matin, est offert selon sa règle [ordinaire] ; au moussaf, que dit-on ? 'Chantez [de joie] pour le Elokim notre force, acclamez le Elokei de Yaacov' (Ps 81:2) ; à minha, que dit-on ? 'La voix du [Nom] fait trembler le désert' (Ps 29:8).

📜 Rachi (3)
קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ אוֹמְרִים הַלְּוִיִּם עַל נְסָכָיו שִׁיר שֶׁל חוֹל כְּמִשְׁפַּט הַיּוֹם כְּמוֹ שֶׁאָנוּ שׁוֹנִים בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (פ"ז מִשְׁנָה ד) הַשִּׁיר שֶׁהַלְּוִיִּם הָיוּ אוֹמְרִים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן כו':
Est offert selon sa règle — les Lévites disent, sur ses libations, le chant du jour ordinaire, selon l'usage du jour [de la semaine], comme nous l'apprenons dans le traité Tamid (chap. 7, michna 4) : 'le chant que les Lévites disaient au Temple : le premier jour [de la semaine ils disaient tel psaume], etc.'
הָרִיעוּ לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב וְכָל הַמִּזְמוֹר וְהוּא שִׁיר שֶׁל חֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת בְּשַׁחֲרִית בַּחוֹל וְאוֹמְרִין אוֹתוֹ עַל מוּסְפֵי ר"ה לְפִי שֶׁהוּא יוֹם תְּרוּעָה:
Acclamez le Elokei de Yaacov — et tout le psaume ; c'est le chant du cinquième jour de la semaine (jeudi) au matin, en jour ordinaire, et on le dit sur les moussafin de Roch Hachana parce que c'est un jour de teroua (sonnerie du chofar).
קוֹל ה' יָחִיל מִדְבָּר כְּדֵי לְהַזְכִּיר בר"ה זְכוּת קוֹל שׁוֹפָרוֹת שֶׁל מַתַּן תּוֹרָה:
La voix du [Nom] fait trembler le désert — afin d'évoquer à Roch Hachana le mérite des voix des chofaroth du don de la Tora.
💡 Explication

Rav Aha bar Houna objecte à partir d'une baraita détaillant les psaumes de Roch Hachana. Au tamid du matin : le psaume ordinaire du jour de la semaine. Au moussaf : Ps 81 ('Chantez pour notre force... acclamez', évoquant la teroua du chofar). À minha : Ps 29 ('La voix du [Nom] fait trembler le désert', rappel des voix du chofar au don de la Tora).

13
וּבִזְמַן שֶׁחָל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לִהְיוֹת בַּחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת, שֶׁהַשִּׁירָה שֶׁלּוֹ ״הַרְנִינוּ לֵא-לֹהִים עוּזֵּנוּ״ — לֹא הָיָה אוֹמֵר בְּשַׁחֲרִית ״הַרְנִינוּ״, מִפְּנֵי שֶׁחוֹזֵר וְכוֹפֵל אֶת הַפֶּרֶק.

Et lorsque Roch Hachana tombe le cinquième jour de la semaine (jeudi), dont le chant [ordinaire] est 'Chantez pour le Elokim notre force' — on ne disait pas 'Chantez' le matin, parce qu'on revient [le] redire (et donc dédouble) le psaume [au moussaf].

📜 Rachi (3)
וְאִם חָל ר"ה בַּחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת וּבָאוּ עֵדִים קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר:
Et si Roch Hachana tombe le jeudi — et que des témoins vinrent avant le tamid du matin.
לֹא הָיוּ אוֹמְרִים שַׁחֲרִית שִׁיר שֶׁל חוֹל דְּהַייְנוּ הַרְנִינוּ מִפְּנֵי שֶׁחוֹזֵר וְכוֹפְלוֹ שְׁנִיָּה בְּמוּסָף:
On ne disait pas le matin — le chant du jour ordinaire, à savoir 'Chantez' (Ps 81), parce qu'on le redit une seconde fois au moussaf.
הַפֶּרֶק הַמִּזְמוֹר:
Le psaume (ha-perek) — le mizmor (le chapitre des Psaumes).
💡 Explication

Cas particulier : si Roch Hachana tombe un jeudi, or le psaume ordinaire du jeudi est justement le Ps 81 ('Chantez pour notre force') — celui-là même qu'on dit au moussaf de Roch Hachana. Pour ne pas chanter deux fois le même psaume (au tamid du matin, puis au moussaf), on ne le dit pas le matin.

14
אֶלָּא מַהוּ אוֹמֵר — ״הֲסִירוֹתִי מִסֵּבֶל שִׁכְמוֹ״. וְאִם בָּאוּ עֵדִים אַחַר תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר, אוֹמֵר ״הַרְנִינוּ״ אַף עַל פִּי שֶׁחוֹזֵר וְכוֹפֵל אֶת הַפֶּרֶק.

Mais que dit-on [alors le matin] ? 'J'ai écarté son épaule du fardeau' (Ps 81:7). Et si des témoins venaient après le tamid du matin, on dit 'Chantez', bien qu'on revienne [le] redire (dédoublant) le psaume.

📜 Rachi (2)
הֲסִירוֹתִי מִסֵּבֶל שִׁכְמוֹ מִשּׁוּם דבר"ה יָצָא יוֹסֵף מִבֵּית הָאֲסוּרִים:
J'ai écarté son épaule du fardeau — parce qu'à Roch Hachana Yossef sortit de la prison.
וְאִם בָּאוּ עֵדִים בַּחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת אַחַר תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר דְּבִשְׁעַת שִׁיר שֶׁל תָּמִיד לֹא הָיוּ יוֹדְעִין אִם יִתְקַדֵּשׁ הַיּוֹם וי"ל הֲסִירוֹתִי אוֹ שֶׁמָּא חוֹל הוּא וְשִׁירוֹ הַרְנִינוּ יֹאמְרוּ [הַרְנִינוּ] מִסָּפֵק וְיַחְזְרוּ וְיֹאמְרוּ אוֹתוֹ בְּמוּסָף וְנִמְצָא שֶׁכְּפָלוּהוּ:
Et si des témoins venaient — le jeudi, après le tamid du matin : au moment du chant du tamid on ne savait pas si le jour serait sanctifié — [auquel cas] on dirait 'J'ai écarté' — ou s'il serait profane et son chant 'Chantez' ; ils disaient donc 'Chantez' par doute, puis revenaient le redire au moussaf — et il se trouve qu'ils l'avaient dédoublé.
💡 Explication

À la place, le matin du jeudi, on dit la seconde moitié du même Ps 81 : 'J'ai écarté son épaule du fardeau' (v. 7, allusion à Yossef, libéré de prison à Roch Hachana). Mais si les témoins n'arrivaient qu'après le tamid du matin (on avait donc déjà dû chanter dans le doute), on dit alors 'Chantez' au moussaf, quitte à redire le psaume deux fois.

15
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא, כָּל הֵיכָא דְּמִסְתַּפְּקָא אָמְרִינַן שִׁירָה דְחוֹל — הַייְנוּ דְּקָאָמַר: אוֹמְרוֹ וְכוֹפְלוֹ. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לָא אֲמוּר כְּלָל — מַאי אוֹמְרוֹ וְכוֹפְלוֹ?

Or, si tu admets que partout où il y a doute on dit le chant du jour ordinaire — voilà [bien] ce que [la baraita] veut dire : 'on le dit et on le dédouble'. Mais si tu dis qu'ils ne dirent rien du tout — que signifie 'on le dit et on le dédouble' ?!

📜 Rachi (1)
אע"פ שֶׁהַפֶּרֶק שֶׁלּוֹ אוֹמְרוֹ וְכוֹפְלוֹ אע"פ שֶׁהַפָּרָשָׁה שֶׁל מִזְמוֹר זֶה תְּהֵא אֲמוּרָה וּכְפוּלָה הַיּוֹם:
Bien que ce soit son psaume, on le dit et on le dédouble — bien que la section de ce mizmor se trouve dite et redoublée ce jour-là.
💡 Explication

Rav Aha bar Houna conclut son objection contre l'avis de Bavel : la baraita dit expressément qu'en cas de doute 'on dit [le psaume] et on le dédouble'. Cela n'a de sens que si, dans le doute, on chante effectivement le psaume du jour ordinaire (comme le tient R. Zeira). Si l'on ne chantait rien du tout, l'expression 'on le dit et on le dédouble' serait vide de sens.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).