Sougya : Le daf achève l'énumération des exils (gueliyot) successifs du Sanhédrin, de Yavne jusqu'à Tveria, la plus basse de toutes ; R. Yo'hanan enseigne que c'est précisément du point le plus bas que viendra le rachat.
Une michna rapporte une takana de Rabban Yo'hanan ben Zakai (RYbZ) : les témoins de la néoménie ne se rendent qu'au lieu de réunion du beit din, même si le av beit din est ailleurs ; la guemara la distingue du cas monétaire (Amemar excommunie une femme qui ne l'a pas suivi à Mehoza, car 'l'emprunteur est esclave du prêteur'). La suite dénombre les neuf takanot de RYbZ : six dans notre chapitre, une au premier, et une dernière qui fait l'objet d'une mahloket entre Rav Papa (la vigne de quatrième année, kerem revai) et Rav Nahman bar Yits'hak (le ruban écarlate, lachon chel zehorit).
Chacun réfute l'attribution de l'autre à RYbZ par des arguments de chronologie et de titre (maître vs collègue).
...et de Yavne à Ousha, et d'Ousha [de nouveau] à Yavne, et de Yavne à Ousha, et d'Ousha à Chefaram, et de Chefaram à Beit Chearim, et de Beit Chearim à Tsippori, et de Tsippori à Tveria. Et Tveria est la plus basse (amouka) de toutes, comme il est dit : 'et abaissée tu parleras depuis la terre' (Isaie 29:4).
Fin de la liste des exils (gueliyot) du Sanhédrin : le siège se déplace au gré du nassi. Yavne et Ousha alternent, puis Chefaram, Beit Chearim, Tsippori, enfin Tveria, située dans la vallée du Jourdain, géographiquement la plus basse — image de l'abaissement d'Israël, appuyée sur Isaie 29:4.
Rabbi Elazar dit : six exils, comme il est dit : 'car Il a abaissé ceux qui habitent en haut, la cité élevée, Il l'abaissé, Il l'abaissé jusqu'à terre, Il la fait toucher jusqu'à la poussière' (Isaie 26:5). Rabbi Yo'hanan dit : et de là ils seront rachetés à l'avenir, comme il est dit : 'secoue-toi de la poussière, lève-toi, siège [Yerouchalayim]' (Isaie 52:2).
R. Elazar compte six exils par les six expressions d'abaissement du verset (Isaie 26:5). R. Yo'hanan renverse l'image : c'est du point le plus bas (la poussière) que jaillira la guueoula (rachat) — 'secoue-toi de la poussière, lève-toi' (Isaie 52:2).
MICHNA. Rabbi Yehochoua ben Korha dit : et voici encore une [ordonnance] qu'a instituée Rabban Yo'hanan ben Zakai — que même si le chef du beit din (roch beit din) est en quelque autre lieu, les témoins n'aillent qu'au lieu de réunion (mekom ha-vaad).
Michna. Une takana de plus de RYbZ : normalement la sanctification du mois dépend du roch beit din. Néanmoins, même s'il s'est absenté, les témoins de la néoménie ne se rendent qu'au lieu habituel de réunion du Sanhédrin (mekom ha-vaad), qui sanctifie le mois en son absence.
GUEMARA. Une certaine femme fut convoquée en jugement devant Amemar à Nehardea.
Amemar s'en alla à Mehoza, et elle ne le suivit pas. Il écrivit contre elle une petiha (acte d'excommunication).
Rav Achi dit à Amemar : mais nous avons appris [dans la michna] 'même si le chef du beit din est en quelque autre lieu, les témoins n'aillent qu'au lieu de réunion' !
Guemara. Cas pratique : Amemar convoque une femme à Nehardea, puis part à Mehoza ; elle ne l'y suit pas, et il l'excommunie (petiha). Rav Achi objecte depuis notre michna : puisque les témoins ne suivent pas le juge hors de son siège, pourquoi cette femme devrait-elle le suivre à Mehoza ?
Il lui dit : cela ne vaut que pour le témoignage du [nouveau] mois, car si [tu les faisais peiner], il se trouverait que tu les ferais trébucher pour l'avenir. Mais ici — 'l'emprunteur est esclave du prêteur' (Proverbes 22:7).
Réponse d'Amemar : la dispense de la michna est propre au témoignage de la lune — si on faisait peiner les témoins à suivre le juge, ils se décourageraient et ne viendraient plus (obstacle 'pour l'avenir'). Mais en matière monétaire, le principe inverse s'applique : l'emprunteur est esclave du prêteur (Proverbes 22:7) ; le défendeur doit se plier à la commodité du demandeur et du tribunal.
Nos maîtres ont enseigné : les cohanim ne sont pas autorisés à monter en sandales sur l'estrade (doukhan) [pour la bénédiction]. Et ceci est l'une des neuf takanot qu'institua Rabban Yo'hanan ben Zakai : six [relèvent] de ce chapitre, et une du premier chapitre.
Nouvelle baraita : les cohanim ne montent pas en sandales au doukhan (estrade) pour la bénédiction sacerdotale (birkat cohanim). C'est l'une des neuf takanot de RYbZ. La guemara commence le compte : six figurent dans notre chapitre, une dans le premier.
Et l'autre [takana], comme il est enseigné : un converti (gueir) qui se convertit de nos jours doit mettre de côté un quart [de chekel] pour son nid (ken) [de deux oiseaux]. Rabbi Chimon ben Elazar dit : déjà Rabban Yo'hanan [ben Zakai] a fait voter à son sujet et l'a annulée, à cause de l'écueil (takala).
La huitième takana (celle de notre michna) : par la Tora, un gueir (converti) devait apporter deux offrandes d'oiseaux. Après la destruction on institua qu'il mette de côté un quart de chekel (valeur du 'nid') en attente du Temple. Mais RYbZ annula cette règle à cause d'un écueil (takala) : on risquait d'user par mégarde de cet argent consacré (meila, détournement de biens sacrés).
Et l'autre [takana, la neuvième] est [l'objet de] la controverse (peluguta) de Rav Papa et de Rav Nahman bar Yits'hak. Rav Papa dit : la vigne de quatrième année (kerem revai).
Rav Nahman bar Yits'hak dit : le ruban écarlate (lachon chel zehorit).
La neuvième takana n'est pas identifiée de façon univoque : mahloket (controverse). Pour Rav Papa, il s'agit de la kerem revai (vigne de quatrième année) ; pour Rav Nahman bar Yits'hak, du lachon chel zehorit (ruban écarlate de Kippour). La guemara développe ensuite chaque position.
Rav Papa dit : la vigne de quatrième année, comme il est enseigné : la [vendange de la] vigne de quatrième année montait à Yerouchalayim [depuis] une distance d'un jour de marche de tous côtés ; et voici sa limite (tehouma) : Eilat au nord, Akrabat au sud, Lod à l'ouest, et le Yarden (Jourdain) à l'est.
Position de Rav Papa. Le fruit de la kerem revai a le statut du maaser cheni : on devait le consommer à Yerouchalayim. Les Sages décrétèrent que, dans un rayon d'un jour de marche autour de la ville, on monte le fruit lui-même (sans le racheter). La tehouma (limite) est fixée : Eilat (nord), Akrabat (sud), Lod (ouest), le Jourdain (est).
Et Oulla dit — et certains disent : Rabba bar Oulla dit au nom de Rabbi Yo'hanan — quelle en est la raison ? Afin de parer les marchés de Yerouchalayim de fruits.
Le motif du décret : garnir les marchés de Yerouchalayim de fruits (le-atter choukei Yerouchalayim be-peirot). Amener le fruit lui-même, plutôt que sa valeur, assure une abondance visible dans la ville.
Et il est enseigné : Rabbi Eliezer possédait une vigne de quatrième année à l'est de Lod, à côté du village de Tavi, et Rabbi Eliezer voulut la rendre sans maître (le-hafkir) au profit des pauvres.
Baraita : Rabbi Eliezer avait une vigne de quatrième année à l'est de Lod (donc dans le rayon imposé), près du village de Tavi. Le Temple étant détruit, il ne pouvait plus monter le fruit ; il voulut la déclarer hefker (sans maître) pour que les pauvres en profitent — eux pour qui l'effort de la monter en vaudrait la peine.
Ses élèves lui dirent : Rabbi, déjà tes collègues (haverékha) ont voté à son sujet et l'ont permise. Qui sont 'tes collègues' ?
Rabban Yo'hanan ben Zakai.
Les élèves répondent : inutile — 'tes collègues' ont déjà voté et permis (après la destruction, il n'y a plus lieu de parer les marchés). La guemara précise : ces 'collègues' (haverim) désignent Rabban Yo'hanan ben Zakai. C'est ce mot 'haverékha' (tes collègues) qui nourrira l'objection du segment 14.
Rav Nahman bar Yits'hak dit : le ruban écarlate, comme il est enseigné : au début on attachait un ruban écarlate (lachon chel zéhorit) au linteau du Oulam (vestibule), à l'extérieur ; s'il blanchissait, ils se réjouissaient ; s'il ne blanchissait pas, ils s'attristaient. On institua de l'attacher au linteau du Oulam, à l'intérieur.
Position de Rav Nahman bar Yits'hak. À Kippour, on liait un ruban écarlate à la porte du Oulam, côté extérieur : s'il blanchissait (signe du pardon), joie ; sinon, tristesse. Comme le peuple s'affligeait trop, on institua de l'attacher à l'intérieur, où peu de gens le voyaient.
Mais ils regardaient encore par les interstices et voyaient : s'il blanchissait, ils se réjouissaient ; s'il ne blanchissait pas, ils s'attristaient. On institua d'en attacher une moitié au rocher (sela) et une moitié entre les cornes du bouc émissaire (saïr ha-michtaléah).
Comme on continuait à épier le ruban de l'intérieur, on institua une dernière disposition : en lier une moitié au rocher (près duquel se tenait celui qui menait le bouc) et l'autre entre les cornes du saïr ha-michtaléah (bouc émissaire), de sorte que nul ne sache le résultat avant la fin de Kippour. Cette takana est attribuée à RYbZ.
Rav Nahman bar Yits'hak, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rav Papa ? Il te dira : s'il te venait à l'esprit [que c'est] Rabban Yo'hanan ben Zakai, était-il l'un des collègues (haverim) de Rabbi Eliezer ?
Il était son maître (rabbô) ! Et l'autre [Rav Papa] ?
Puisqu'ils étaient [ses] élèves, il n'est pas convenable (lav orah ara) de dire à son maître 'ton maître' (rabbékha).
Pourquoi Rav Nahman bar Yits'hak rejette-t-il l'avis de Rav Papa ? Argument de titre : le texte du seg. 11 dit 'tes collègues (haverékha)' ont voté ; or RYbZ était le maître (rav) de R. Eliezer, pas son collègue — donc ce n'est pas de RYbZ qu'il s'agit dans l'épisode de la vigne. Réponse de Rav Papa : les élèves ont dit 'haverékha' par déférence — il n'est pas séant de dire à son maître 'ton maître (rabbékha)'.
Et Rav Papa, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rav Nahman bar Yits'hak ? Il te dira : s'il te venait à l'esprit [que c'est] Rabban Yo'hanan ben Zakai — du vivant de Rabban Yo'hanan ben Zakai, y avait-il [encore] un ruban écarlate ?
Or il est enseigné : toutes les années de Rabban Yo'hanan ben Zakai [furent] cent vingt ans : quarante ans il s'occupa de commerce (perakmatia), quarante ans il étudia, quarante ans il enseigna.
Pourquoi Rav Papa rejette-t-il l'avis de Rav Nahman bar Yits'hak ? Argument de chronologie : la takana du ruban aurait-elle pu être instituée par RYbZ ? Il vécut 120 ans — 40 de commerce (perakmatia), 40 d'étude, 40 d'enseignement — et il n'instituait des takanot que dans ses dernières années, après la destruction. Le segment suivant montre qu'à cette époque le ruban ne blanchissait déjà plus.
Or il est enseigné : quarante ans avant que le Temple ne fut détruit, le ruban écarlate ne blanchissait plus, mais rougissait. Et nous avons appris [dans la michna] : c'est après la destruction du Temple que Rabban Yo'hanan ben Zakai institua [ses takanot] !
Et l'autre [Rav Nahman bar Yits'hak] ? Durant ces quarante ans où il étudia, il était un élève assis devant son maître, et il énonça une parole dont le raisonnement fut agréé.
Preuve de Rav Papa : quarante ans avant la destruction, le ruban ne blanchissait déjà plus. Or la michna dit que RYbZ institua ses takanot après la destruction ; il n'a donc pas pu instituer celle du ruban. Réponse de Rav Nahman bar Yits'hak : il l'énonça durant ses années d'étude, alors qu'il était encore élève devant son maître — il proposa la mesure et son raisonnement fut agréé par les Sages, même si ce n'était pas au titre de nassi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).