Rosh Hashanah 31b — les six exils du Sanhédrin jusqu'à Tveria, et les neuf takanot de Rabban Yohanan ben Zakai

Rosh Hashanah 31b

Sougya : Le daf achève l'énumération des exils (gueliyot) successifs du Sanhédrin, de Yavne jusqu'à Tveria, la plus basse de toutes ; R. Yo'hanan enseigne que c'est précisément du point le plus bas que viendra le rachat.

Une michna rapporte une takana de Rabban Yo'hanan ben Zakai (RYbZ) : les témoins de la néoménie ne se rendent qu'au lieu de réunion du beit din, même si le av beit din est ailleurs ; la guemara la distingue du cas monétaire (Amemar excommunie une femme qui ne l'a pas suivi à Mehoza, car 'l'emprunteur est esclave du prêteur'). La suite dénombre les neuf takanot de RYbZ : six dans notre chapitre, une au premier, et une dernière qui fait l'objet d'une mahloket entre Rav Papa (la vigne de quatrième année, kerem revai) et Rav Nahman bar Yits'hak (le ruban écarlate, lachon chel zehorit).

Chacun réfute l'attribution de l'autre à RYbZ par des arguments de chronologie et de titre (maître vs collègue).

Les exils (gueliyot) du Sanhédrin : de Yavne à Tveria Yavne Ousha Yavne Ousha Chefaram Beit Chearim Tsippori Tveria Tveria est la plus basse de toutes : 'et abaissée tu parleras depuis la terre' (Isaie 29:4) R. Yo'hanan : de là (du point le plus bas) ils seront rachetés
Les étapes des exils du Sanhédrin (seg. 0-1).
Les neuf takanot de Rabban Yo'hanan ben Zakai 6 dans notre chapitre + 1 au 1er chapitre + 2 baraitot (une seule des deux compte) Les six de ce chapitre 1. Sonner le chofar à Yavne même un chabbat 2. Prendre le loulav sept jours [partout, après la destruction] 3. Tout le jour du balancement (yom ha-nef) le nouveau grain est interdit 4. Recevoir le témoignage [de la lune] tout le jour 5. Les témoins ne vont qu'au lieu de réunion (mekom ha-vaad) 6. Les cohanim ne montent pas au doukhan en sandales La 7e (1er chapitre) On ne profane le chabbat [pour la lune] que pour Nissan et Tichri La 9e : deux candidats (une seule compte) Rav Papa kerem revai (vigne de 4e année : plus obligatoire de monter le fruit) Rav Nahman b. Yits'hak lachon chel zehorit (ruban écarlate attaché à l'intérieur, non plus à l'extérieur) [La 8e = notre michna : le gueir met de côté un quart pour son nid — annulée]
Vue d'ensemble des neuf takanot de RYbZ (seg. 5-16).
Quelle est la 9e takana ? Rav Papa vs Rav Nahman bar Yits'hak Rav Papa : kerem revai Rav Nahman b.Y. : ruban écarlate Position : la takana visa la vigne de 4e année dans le rayon d'un jour autour de Yerouchalayim — on annula l'obligation d'y monter le fruit lui-même. Position : la takana visa le ruban écarlate de Kippour — on l'attacha à l'intérieur du Oulam, puis moitié au rocher moitié aux cornes du bouc, pour éviter la tristesse. Objection de RNbY : RYbZ était le maître (rav) de R. Eliezer, pas son collègue (haver) — or le texte dit 'tes collègues ont voté'. Objection de RP : Du vivant de RYbZ, y avait-il un ruban ? 40 ans avant la destruction il ne blanchissait déjà plus — donc avant ses takanot. Réponse : un élève n'appelle pas son maître 'rabbekha' Réponse : il l'énonça en élève, son raisonnement fut agréé
La mahloket sur la 9e takana : Rav Papa vs Rav Nahman bar Yits'hak (seg. 7-16).
1
וּמִיבְנֶה לְאָוְשָׁא, וּמֵאָוְשָׁא לְיַבְנֶה, וּמִיבְנֶה לְאָוְשָׁא, וּמֵאָוְשָׁא לְשֶׁפְּרָעָם, וּמִשֶּׁפְּרָעָם לְבֵית שְׁעָרִים, וּמִבֵּית שְׁעָרִים לְצִפּוֹרִי, וּמִצִּפּוֹרִי לִטְבֶרְיָא. וּטְבֶרְיָא עֲמֻוקָּה מִכֻּולָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּשְׁפֵלַת מֵאֶרֶץ תְּדַבְּרִי״.

...et de Yavne à Ousha, et d'Ousha [de nouveau] à Yavne, et de Yavne à Ousha, et d'Ousha à Chefaram, et de Chefaram à Beit Chearim, et de Beit Chearim à Tsippori, et de Tsippori à Tveria. Et Tveria est la plus basse (amouka) de toutes, comme il est dit : 'et abaissée tu parleras depuis la terre' (Isaie 29:4).

📜 Rachi (3)
וּמִיַּבְּנָא לְאָוְשָׁא כְּשֶׁהָיָה הַנָּשִׂיא דָּר בּוֹ כֵּיוָן שֶׁהָיְתָה סַנְהֶדְרִין עִמּוֹ וּכְשֶׁמִּסְתַּלֵּק הוּא אוֹ בְּנוֹ לְמָקוֹם אַחֵר גּוֹלֶה הַיְּשִׁיבָה אַחֲרָיו יִבְנֶה בִּימֵי רַבָּן יוֹחָנָן אָוְשָׁא בִּימֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְחָזְרוּ מֵאָוְשָׁא לְיַבְנֶה וּבִימֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בְּנוֹ חָזְרוּ כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן בְּפִרְקִין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף לב.) וּכְשֶׁקִּידְּשׁוּ בֵּית דִּין כו':
Et de Yavne à Ousha — lorsque le nassi y résidait : puisque le Sanhédrin était avec lui, et lorsque lui, ou son fils, se retirait ailleurs, l'académie (yechiva) était exilée à sa suite. Yavne au temps de Rabban Yo'hanan [ben Zakai] ; Ousha au temps de Rabban Gamliel ; et ils revinrent d'Ousha à Yavne ; puis au temps de Rabban Chimon son fils ils revinrent [à Ousha], comme il est enseigné plus loin dans notre chapitre (Roch Hachana 32a) : 'et lorsque le beit din sanctifiait [le mois]...'.
בֵּית שְׁעָרִים וְצִיפּוֹרִי וּטְבֶרְיָא כֻּולָּן בִּימֵי רַבִּי הָווּ כִּדְאָמְרִי' (סַנְהֶדְרִין דַּף לב:) אַחֲרֵי רַבִּי לְבֵית שְׁעָרִים וְשׁוּב כְּשֶׁחָלָה הוֹלִיכוּהוּ לְצִיפּוֹרִי כִּדְאָמְרִינַן בִּכְתֻובּוֹת (דַּף קג:) וּבִטְבֶרְיָא הָיָה בִּימֵי אַנְטוֹנִינוּס:
Beit Chearim, Tsippori et Tveria — toutes furent au temps de Rabbi, comme on le dit (Sanhédrin 32a) : 'après [la mort de] Rabbi, [le siège alla] à Beit Chearim' ; et de nouveau, lorsqu'il tomba malade, on le conduisit à Tsippori, comme on le dit dans Ketoubot (103b) ; et à Tveria [le Sanhédrin] fut au temps d'Antonin.
וּטְבֶרְיָ' עֲמֻוקָּה מִכֻּולָּן שְׁפָלִים הָיוּ אָז מִכָּל הַמַּסָּעוֹת שֶׁגָּלוּ:
Et Tveria est la plus basse de toutes — ils étaient alors plus abaissés (chefalim) que dans tous les déplacements où ils furent exilés.
💡 Explication

Fin de la liste des exils (gueliyot) du Sanhédrin : le siège se déplace au gré du nassi. Yavne et Ousha alternent, puis Chefaram, Beit Chearim, Tsippori, enfin Tveria, située dans la vallée du Jourdain, géographiquement la plus basse — image de l'abaissement d'Israël, appuyée sur Isaie 29:4.

2
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: שֵׁשׁ גָּלוּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי הֵשַׁח יֹושְׁבֵי מָרוֹם קִרְיָה נִשְׂגָּבָה יַשְׁפִּילֶנָּה יַשְׁפִּילָהּ עַד אֶרֶץ יַגִּיעֶנָּה עַד עָפָר״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּמִשָּׁם עֲתִידִין לִיגָּאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִתְנַעֲרִי מֵעָפָר קוּמִי שְּׁבִי״.

Rabbi Elazar dit : six exils, comme il est dit : 'car Il a abaissé ceux qui habitent en haut, la cité élevée, Il l'abaissé, Il l'abaissé jusqu'à terre, Il la fait toucher jusqu'à la poussière' (Isaie 26:5). Rabbi Yo'hanan dit : et de là ils seront rachetés à l'avenir, comme il est dit : 'secoue-toi de la poussière, lève-toi, siège [Yerouchalayim]' (Isaie 52:2).

📜 Rachi (1)
שֵׁשׁ גָּלוּת הַשָּׂח חֲדָא יַשְׁפִּילֶנָּה תְּרֵי יַשְׁפִּילָהּ תְּלָת עַד אֶרֶץ אַרְבַּע יַגִּיעֶנָּה חֲמִשָּׁה עַד עָפָר שֵׁשׁ דְּמָצֵי לְמֵימַר יַשְׁפִּילֶנָּה עַד אֶרֶץ וּלְעָפָר:
Six exils — 'Il a abaissé' : un ; 'Il l'abaissé' : deux ; 'Il l'abaissé' : trois ; 'jusqu'à terre' : quatre ; 'Il la fait toucher' : cinq ; 'jusqu'à la poussière' : six ; car [le verset] aurait pu dire 'Il l'abaissé jusqu'à terre et jusqu'à la poussière' [en moins de mots].
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: שֵׁשׁ גָּלִיּוֹת גָּלוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד בָּזֶה מוּבָן הֵיטֵב מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּדְרָשׁ רָבָא פָּרָשַׁת וַיִּשְׁלַח (בְּרֵאשִׁית כח, א) 'וַיִּקְרָא יִצְחָק אֶל יַעֲקֹב וַיְבָרֶךְ אִתּוֹ' אָמַר לוֹ בֹּא וַאֲבָרְכֶךָּ בְּרָכוֹת שֶׁל גָּלִיּוֹת שֶׁיַּחֲזֹור עָלֶיךָ הקב"ה וִיקַבֶּצְךָ מִבֵּין הַגְלָיוֹת וּמָה הֵן הַבְּרָכוֹת? 'בְּשֵׁשׁ צָרוֹת יַצִּילֶךָּ וּבְשֶׁבַע לֹא יִגַּע בְּךָ רָע'! וּלְפִי זֶה שֵׁשׁ צָרוֹת אֵלּוּ שֵׁשׁ גָּלִיּוֹת שֶׁגָּלוּ סַנְהֶדְרִין. וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם שֶׁגָּלוּ 'שֵׁשׁ גָּלִיּוֹת' כְּנֶגֶד מַה שֶׁחָטְאוּ יִשְׂרָאֵל בִּכְבוֹד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים, וְלָכֵן בִּזְכוּת הַמִּשְׁנָה נִגְאָלִין כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (הוֹשֵׁעַ ח, י) 'גַּם כִּי יִתְנוּ בַגּוֹיִם עַתָּה אַקָּבְצָם' יִתְּנוּ לְשׁוֹן מַתְנִיתִין.
'Rabbi Elazar dit : six exils furent exilés.' Il me semble, avec l'aide du Ciel, que par là se comprend fort bien la parole de nos maîtres z"l dans le Midrach Rabba, parachat Vayichlah (Berechit 28:1) : 'Yits'hak appela Yaakov et le bénit' — il lui dit : viens que je te bénisse des bénédictions [relatives] aux exils, [afin] que le Saint béni soit-Il te ramène et te rassemble d'entre les exils. Et quelles sont ces bénédictions ? 'Dans six détresses Il te délivrera, et dans sept le mal ne t'atteindra pas' (Job 5:19) ! Selon cela, ces six détresses sont les six exils qu'exila le Sanhédrin. Et il me semble que la raison pour laquelle ils furent exilés 'six exils' est en regard de ce qu'Israël avait fauté à l'égard de l'honneur de la Tora orale, qui est [en] six ordres (chicha sedarim) ; c'est pourquoi c'est par le mérite de la Michna qu'ils sont rachetés, comme l'ont dit nos maîtres z"l sur le verset (Osée 8:10) 'même s'ils enseignent [yitnou] parmi les nations, maintenant Je les rassemblerai' — 'yitnou' au sens de matnita (michna).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּמִשָּׁם עֲתִידִין לִגְאֹל, שֶׁנֶּאֱמַר: (יְשַׁעְיָהוּ נב, ב) "הִתְנַעֲרִי מֵעָפָר קוּמִי שְּׁבִי יְרוּשָׁלִָים". 'קוּמִי שְׁבִי יְרוּשָׁלַיִם' כְּלוֹמַר מִן טְבֶרְיָה יִגָּאֲלוּ. וְהִנֵּה הָרַב אֱמֶת לְיַעֲקֹב נִינְיוֹ זַ"ל בְּדַף צ"א כָּתַב טַעַם נָכוֹן מַדּוּעַ יִתְגַּלֶּה הַמָּשִׁיחַ תְּחִילָּה בְּעִיר הַקֹּודֶשׁ טְבֶרְיָה תוב"ב [תִּבָּנֶה וְתִכּוֹנֵן בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ] שֶׁהַגְּאֻולָּה תִּהְיֶה עַל פִּי סְבָרַת רַבִּי מֵאִיר ע"ה (קִידּוּשִׁין לו.) דִּסְבִירָא לֵיהּ גַּם בָּאִין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם קָרַוְיִין בָּנִים, וּלְכָךְ תּוֹעִיל הַצְּדָקָה דְּהָוֵי מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁכָּעַס עַל בְּנוֹ וְכוּ' וּבָזֶה פֵּירֵשׁ הַטַּעַם דְּמִנְהַג יִשְׂרָאֵל לִנְדֹּור צְדָקָה עַל שֵׁם רַבִּי מֵאִיר, וְלָכֵן הַמָּשִׁיחַ שֶׁיָּבֹא בב"א [בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן] בִּזְכוּת הַצְּדָקָה יִתְגַּלֶּה בִּטְבֶרְיָה דְּהוּא אַתְרֵיהּ דְּמוֹר אַף עַל גַּב דְּרַבִּי יְהוּדָה פְּלִיג, וְלָכֵן אָמַר רַבִּי מֵאִיר בְּעֵת פְּטִירָתוֹ 'הָא מְשִׁיחֲכוֹן דִּידְכוֹן' (יְרוּשַׁלְמִי כִּלְאַיִם פ"ט, סוֹף ה"ג) דְּלָא עַל עַצְמוֹ אָמַר אֶלָּא עַל מָשִׁיחַ הָעִיקָּרִי. וּבָזֶה פֵּירֵשׁ הַמַּאֲמָר דְּאָמַר הקב"ה אֲנִי מְדַבֵּר בַּעֲדָם בִּזְכוּת הַצְּדָקָה שֶׁעוֹשִׂין זֶה בָּזֶה נִגְאָלִין הֲדָא הוּא דִכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ סג, א) 'אֲנִי מְדַבֵּר בִּצְדָקָה רַב לְהוֹשִׁיעַ', וְקָשֶׁה מִיכָאֵל לָמָּה נֶעֶלְמָה מִמֶּנּוּ סָנֵגוֹרְיָא זוֹ שֶׁל צְדָקָה? אַךְ מִשּׁוּם דְּהַצְּדָקָה לֹא תּוֹעִיל לִסְבָרַת רַבִּי יְהוּדָה בִּזְמַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם וְקַיְימָא לָן רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה לְכָךְ לֹא טָעַן אוֹתָהּ מִיכָאֵל, יְעֻויַּן שָׁם, ודפח"ח [דִּבְרֵי פִי חָכָם חֵן] . וַאֲנָא עַבְדָּא תֵּרַצְתִּי בָּזֶה דִּקְדּוּק גָּדוֹל שֶׁיֵּשׁ בַּמִּדְרָשׁ הַנִּזְכָּר לְעֵיל (מִדְרַשׁ שׁוֹחֵר טוֹב יט, יז) בְּאוֹתָהּ שָׁעָה מִיכָאֵל סָנֵיגוֹרָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל מִשְׁתַּתַּק שֶׁנֶּאֱמַר (דָּנִיֵּאל יב, א) 'וּבָעֵת הַהִיא יַעֲמֹד מִיכָאֵל' וְאֵין יַעֲמֹוד אֶלָּא שְׁתִיקָה שֶׁנֶּאֱמַר עָמְדוּ וְלֹא עָנוּ עוֹד, וְכֵיוָן שֶׁהוּא מִשְׁתַּתֵּק אוֹמֵר הקב"ה מִיכָאֵל נִשְׁתַּתַּקְתָּ וְאֵין אַתָּה מְלַמֵּד סָנֵגוֹרְיָא עַל בָּנַי? חַיֶּיךָ שֶׁאֲנִי מְלַמֵּד וּמְדַבֵּר עֲלֵיהֶם בִּצְדָקָה וּמוֹשִׁיעָן! שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ סג, א) 'אֲנִי מְדַבֵּר בִּצְדָקָה רַב לְהוֹשִׁיעַ' עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, כַּנִּזְכָּר בְּיַלְקוּט יְשַׁעְיָה ס"ו ס"ג, יְעֻויַּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כֵּיוָן דְּבֶאֱמֶת נִשְׁתַּתֵּק, לָמָּה אָמַר לוֹ הקב"ה מִיכָאֵל נִשְׁתַּתַּקְתָּ דְּנִרְאִין דְּבָרִים אֵלּוּ לָשׁוֹן יֶתֶר ח"ו לְלֹא צֹורֶךְ? גַּם מַה שֶּׁאָמַר לוֹ וְאֵין אַתָּה מְלַמֵּד סָנֵגוֹרְיָא עַל בָּנַי מַה צֹורֶךְ לוֹמַר לוֹ כֵּן אַחַר שֶׁאָמַר לוֹ נִשְׁתַּתַּקְתָּ? וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד כִּי יָדוּעַ דְּמִיכָאֵל הוּא שַׂר הַחֶסֶד דְּאָחוּז בְּמִדַּת הַחֶסֶד, וְיָדוּעַ כָּל מַלְאָךְ שְׁמוֹ מוֹרֶה עַל מִדָּה הָאָחוּז בָּהּ, וְלָזֶה אָמַר לוֹ 'מִיכָאֵל נִשְׁתַּתַּקְתָּ?' פֵּירוּשׁ כֵּיוָן שֶׁאַתָּה מִיכָאֵל שֶׁאָחוּז בְּמִדַּת הַחֶסֶד הָיָה לְךָ לְלַמֵּד סָנֵגוֹרְיָא מִצַּד הַחֶסֶד שֶׁעוֹשִׂין זֶה בָּזֶה שֶׁהוּא מִדָּה שֶׁאַתָּה אָחוּז בָּהּ וְאֵיךְ נִשְׁתַּתַּקְתָּ? וּפֵירֵשׁ לוֹ טַעֲנָה עוֹד וְאֵין אַתָּה הַיָּדוּעַ שֶׁאַתָּה שַׂר הַחֶסֶד מְלַמֵּד סָנֵגוֹרְיָא עַל בָּנַי דַּייְקָא שֶׁהָיָה לְךָ לִטְעוֹן שֶׁיֵּשׁ לָהֶם דִּין בָּנִים וְאָב שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ כְּבוֹדוֹ מָחוּל. וּלְפִי זֶה הַגְּאֻולָּה שֶׁתִּהְיֶה בִּזְכוּת הַצְּדָקָה הִיא בְּנוּיָה עַל פִּי סְבָרַת רַבִּי מֵאִיר דַּוְקָא וְלֹא כְּפִי סְבָרַת רַבִּי יְהוּדָה וְלָכֵן הֵבִיא רַבִּי יוֹחָנָן עַל זֶה פָּסוּק 'הִתְנַעֲרִי מֵעָפָר' דְּרֹאשׁ וְסוֹף ב' תֵּיבוֹת אֵלּוּ הוּא 'הָרִים' וְיָדוּעַ אוֹת הֵ"א תִּתְחַלֵּף בְּאָלֶ"ף וְנִמְצָא 'הָרִים' אוֹתִיּוֹת 'מֵאִיר' גַּם 'מֵאִיר' [251] עִם הָאוֹתִיּוֹת 'מֵאִיר' [251+4=255] 'הָרִים' [255] דְּעַל פִּי סְבָרָתוֹ 'הִתְנַעֲרִי מֵעָפָר קוּמִי'. וּבָזֶה יוּבַן (תְּהִלִּים קכא, א) 'אֶשָּׂא עֵינַי אֶל הֶהָרִים' רוֹצֶה לוֹמַר אֶשָּׂא עֵינַי לְצַפּוֹת לִגְאוּלָּה בִּשְׁבִיל הֶהָרִים הוּא סְבָרַת רַבִּי מֵאִיר שֶׁרָמוּז בֶּהָרִים, אַךְ בֶּאֱמֶת 'מֵאַיִן יָבֹא עֶזְרִי' מֵאַחַר דְּקַיְימָא לָן רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה לָזֶה אָמַר עֶזְרִי מֵעִם ה' עֹשֵׂה שָׁמַיִם וָאָרֶץ וְהַאי כְּלָלָא לָא אִתְּמַר גַּבֵּי שְׁמַיָּיא וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב הַנִּזְכָּר מִשּׁוּם דְּטַעֲמָא דְּלָא קָבְעוּ הֲלָכָה כָּמוֹהוּ לְמַטָּה מִפְּנֵי שֶׁלֹּא יֵרְדוּ חֲבֵירָיו לְסוֹף דַּעְתּוֹ וְדָבָר זֶה לֹא שַׁיָּיךְ גַּבֵּי שְׁמַייָּא נִמְצָא מִטְּבֶרְיָא עֲתִידִין לִיגָּאֵל. וְנִרְאֶה לִי לָכֵן טְבֶרְיָא אוֹתִיּוֹת אֲרִי טָב כְּלוֹמַר חֹודֶשׁ אָב שֶׁמַּזָּלוֹ אֲרִי יִהְיֶה טָב לְיִשְׂרָאֵל כִּי יֵשׁ לִדְרֹושׁ טְבֶרְיָא בְּאָלֶ"ף דְּהַמִּבְטָא שָׁוֶה.
'Rabbi Yo'hanan dit : et de là ils seront rachetés à l'avenir, comme il est dit (Isaie 52:2) : secoue-toi de la poussière, lève-toi, siège, Yerouchalayim.' 'Lève-toi, siège, Yerouchalayim' — c'est-à-dire : c'est de Tvéria qu'ils seront rachetés. Or le Rav Émet le-Yaakov ('les descendants' z"l), au feuillet 91, écrit une raison juste [expliquant] pourquoi le Machiah se révélera d'abord dans la ville sainte de Tvéria (puisse-t-elle être rebâtie bientôt de nos jours) : la guueoula se fera selon l'avis de Rabbi Meir, la paix soit sur lui (Kidouchin 36a), qui tient que même lorsqu'ils n'accomplissent pas la volonté du Lieu (l'Omniprésent), ils sont appelés 'fils' ; c'est pourquoi la tsedaka est utile — à l'image d'un roi qui s'était irrité contre son fils, etc. Il a ainsi expliqué la coutume d'Israël de vouer une tsedaka au nom de Rabbi Meir : le Machiah qui viendra bientôt de nos jours, amen, par le mérite de la tsedaka, se révélera à Tvéria, qui est le lieu de notre maître [Rabbi Meir], bien que Rabbi Yehouda soit en désaccord. C'est pourquoi Rabbi Meir dit au moment de sa mort 'voici votre Machiah, le vôtre' (Talmoud de Yerouchalayim, Kilayim 9, fin de la hal. 3) : il ne parlait pas de lui-même, mais du Machiah véritable. Il a ainsi expliqué la parole : le Saint béni soit-Il dit 'Moi Je parle en leur faveur' — par le mérite de la tsedaka qu'ils se font l'un à l'autre ils sont rachetés, ainsi qu'il est écrit (Isaie 63:1) 'Moi qui parle en justice (tsedaka), grand pour sauver'. On demande : pourquoi cette défense [fondée sur] la tsedaka échappa-t-elle à [l'ange] Mikhael ? Mais c'est parce que la tsedaka n'est d'aucune utilité selon l'avis de Rabbi Yehouda lorsqu'ils n'accomplissent pas la volonté du Lieu, et nous tenons pour règle que dans [un différend entre] Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha suit Rabbi Yehouda ; c'est pourquoi Mikhael ne l'invoqua pas — vois cela là-bas, et ce sont paroles de sage pleines de grâce. Et moi, le serviteur, j'ai résolu par là une grande difficulté du midrach cité plus haut (Midrach Chohar Tov 19:17) : 'à cette heure-là Mikhael, défenseur d'Israël, se tait, comme il est dit (Daniel 12:1) : et en ce temps-là se dressera Mikhael' — et 'se dresser' ne signifie que le silence, ainsi qu'il est dit 'ils se tinrent (amdou) et ne répondirent plus' ; et puisqu'il se tait, le Saint béni soit-Il dit : 'Mikhael, tu t'es tu ? ne plaides-tu pas la défense de Mes fils ? sur ta vie, Moi J'enseigne et Je parle en leur faveur par la tsedaka et Je les sauve, comme il est dit (Isaie 63:1) Moi qui parle en justice, grand pour sauver'. Il y a lieu de demander : puisqu'en vérité il s'était tu, pourquoi le Saint béni soit-Il lui dit-il 'Mikhael, tu t'es tu ?' — ces mots paraissent superflus, à Dieu ne plaise, sans nécessité ? Et ce qu'Il ajoute 'ne plaides-tu pas la défense de Mes fils ?' — à quoi bon le lui dire après lui avoir dit 'tu t'es tu' ? J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel : on sait que Mikhael est le ministre du 'Hessed (bonté), attaché à la mesure du 'Hessed ; on sait que le nom de chaque ange indique la mesure à laquelle il est attaché. C'est pourquoi Il lui dit 'Mikhael, tu t'es tu ?' — à savoir : puisque tu es Mikhael, attaché à la mesure du 'Hessed, tu aurais dû plaider la défense du côté du 'Hessed que [les hommes] se font l'un à l'autre, qui est la mesure à laquelle tu es attaché ; et comment donc t'es-tu tu ? Puis Il lui exposa un autre grief : 'et toi, connu pour être le ministre du 'Hessed, ne plaides-tu pas la défense de Mes fils' précisément — car tu aurais dû plaider qu'ils ont le statut de fils, et [qu'à l'égard d'] un père qui renonce à son honneur, son honneur est renoncé. Selon cela, la guueoula qui se fera par le mérite de la tsedaka est fondée sur l'avis de Rabbi Meir précisément, et non selon l'avis de Rabbi Yehouda ; c'est pourquoi Rabbi Yo'hanan apporte à ce sujet le verset 'secoue-toi de la poussière (hitnaari me-afar)', dont la première et la dernière lettre des deux mots [ה et ם] forment 'harim' (montagnes) ; et l'on sait que la lettre hé permute avec la lettre alef, de sorte que 'harim' [en] lettres [équivaut à] 'Meir' ; de plus 'Meir' [valeur 251] avec les [quatre] lettres [du mot lui-même, 251+4=255] égale 'harim' [255] — [pour signifier] que c'est selon son avis que 'secoue-toi de la poussière, lève-toi'. Par là se comprend (Psaumes 121:1) 'je lève mes yeux vers les montagnes (harim)' : je lève mes yeux dans l'attente de la guueoula à cause des 'montagnes', qui sont l'avis de Rabbi Meir allusivement contenu dans 'harim' ; mais en vérité 'd'où viendra mon secours ?' — puisque nous tenons pour règle que dans [un différend entre] Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suit Rabbi Yehouda ; c'est pourquoi [le verset] dit 'mon secours vient de l'Éternel, auteur des cieux et de la terre' : et cette règle [halakha comme Rabbi Yehouda] n'a pas été énoncée à l'égard du Ciel — comme l'écrit le Rav cité [ci-dessus] — parce que la raison pour laquelle on ne fixa pas la halakha comme lui ici-bas est que ses collègues ne pénétrèrent pas jusqu'au fond de sa pensée, chose qui ne s'applique pas à l'égard du Ciel ; il s'ensuit que c'est de Tvéria qu'ils seront rachetés à l'avenir. Et il me semble que pour cela [le nom] 'Tvéria' [a pour] lettres 'ari tov' (bon lion), c'est-à-dire : le mois d'Av, dont le signe est le Lion (Ari), sera bon (tov) pour Israël — car on peut interpréter 'Tvéria' avec un alef, la prononciation étant identique.
💡 Explication

R. Elazar compte six exils par les six expressions d'abaissement du verset (Isaie 26:5). R. Yo'hanan renverse l'image : c'est du point le plus bas (la poussière) que jaillira la guueoula (rachat) — 'secoue-toi de la poussière, lève-toi' (Isaie 52:2).

🖼️ Schéma
Les exils (gueliyot) du Sanhédrin : de Yavne à Tveria Yavne Ousha Yavne Ousha Chefaram Beit Chearim Tsippori Tveria Tveria est la plus basse de toutes : 'et abaissée tu parleras depuis la terre' (Isaie 29:4) R. Yo'hanan : de là (du point le plus bas) ils seront rachetés
Les six exils et le renversement en rachat.
3
מַתְנִי׳ אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: וְעוֹד זֹאת הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, שֶׁאֲפִילּוּ רֹאשׁ בֵּית דִּין בְּכָל מָקוֹם, שֶׁלֹּא יְהוּ הָעֵדִים הוֹלְכִין אֶלָּא לִמְקוֹם הַוַּעַד.

MICHNA. Rabbi Yehochoua ben Korha dit : et voici encore une [ordonnance] qu'a instituée Rabban Yo'hanan ben Zakai — que même si le chef du beit din (roch beit din) est en quelque autre lieu, les témoins n'aillent qu'au lieu de réunion (mekom ha-vaad).

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה כּוּ' שֶׁאֲפִילּוּ רֹאשׁ בֵּית דִּין בְּכָל מָקוֹם שֶׁנִּצְרָךְ לִפְרֹושׁ מִמְּקוֹם הַווַּעַד לְמָקוֹם אַחֵר שֶׁהֲרֵי עִיקַּר הַחֹדֶשׁ תְּלוּיָה בּוֹ כְּדִתְנַן בְּפִרְקִין דִּלְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כֹּד.) רֹאשׁ ב"ד אוֹמֵר מְקֻודָּשׁ וְיָלְפִינַן מִקְּרָאֵי:
Michna. Rabbi Yehochoua ben Korha, etc., que même si le chef du beit din est en quelque autre lieu — [même] s'il lui a fallu se retirer du lieu de réunion vers un autre endroit ; car l'essentiel [de la sanctification] du mois dépend de lui, comme nous l'avons appris au chapitre précédent (Roch Hachana 24a) : 'le chef du beit din dit : sanctifie', et nous le dérivons des versets.
לֹא יְהוּ צְרִיכִין עֵדֵי הַחֹדֶשׁ לְהַלֵּךְ אַחֲרָיו:
N'aillent [pas] — les témoins du [nouveau] mois n'ont pas à le suivre,
אֶלָּא לִמְקוֹם הַוַּעַד שֶׁל יְשִׁיבָה יֵלְכוּ וְסַנְהֶדְרִין יְקַדְּשׁוּהוּ בְּלֹא רֹאשׁ ב"ד:
Mais [seulement] au lieu de réunion — [c'est] au lieu de réunion de l'académie qu'ils iront, et le Sanhédrin le sanctifiera sans le chef du beit din.
💡 Explication

Michna. Une takana de plus de RYbZ : normalement la sanctification du mois dépend du roch beit din. Néanmoins, même s'il s'est absenté, les témoins de la néoménie ne se rendent qu'au lieu habituel de réunion du Sanhédrin (mekom ha-vaad), qui sanctifie le mois en son absence.

4
גְּמָ׳ הַהִיא אִיתְּתָא דְּאַזְמְנוּהָ לְדִינָא קַמֵּיהּ דְּאַמֵּימָר בִּנְהַרְדְּעָא. אָזַל אָמֵימָר לְמָחוֹזָא, וְלָא אָזְלָה בָּתְרֵיהּ. כָּתַב פְּתִיחָא עִילָּוַהּ. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר, וְהָא אֲנַן תְּנַן: אֲפִילּוּ רֹאשׁ בֵּית דִּין בְּכָל מָקוֹם, שֶׁלֹּא יְהוּ הָעֵדִים הוֹלְכִין אֶלָּא לִמְקוֹם הַוַּעַד!

GUEMARA. Une certaine femme fut convoquée en jugement devant Amemar à Nehardea.

Amemar s'en alla à Mehoza, et elle ne le suivit pas. Il écrivit contre elle une petiha (acte d'excommunication).

Rav Achi dit à Amemar : mais nous avons appris [dans la michna] 'même si le chef du beit din est en quelque autre lieu, les témoins n'aillent qu'au lieu de réunion' !

📜 Rachi (1)
גְּמ' פְּתִיחָא שְׁטַר שַׁמְתָּא:
Guemara. Petiha — un acte (chetar) d'excommunication (chamta).
💡 Explication

Guemara. Cas pratique : Amemar convoque une femme à Nehardea, puis part à Mehoza ; elle ne l'y suit pas, et il l'excommunie (petiha). Rav Achi objecte depuis notre michna : puisque les témoins ne suivent pas le juge hors de son siège, pourquoi cette femme devrait-elle le suivre à Mehoza ?

5
אֲמַר לֵיהּ: הָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן עֵדוּת הַחֹדֶשׁ, דְּאִם כֵּן נִמְצֵאתָ מַכְשִׁילָן לֶעָתִיד לָבֹא. אֲבָל הָכָא — ״עֶבֶד לֹוֶה לְאִישׁ מַלְוֶה״.

Il lui dit : cela ne vaut que pour le témoignage du [nouveau] mois, car si [tu les faisais peiner], il se trouverait que tu les ferais trébucher pour l'avenir. Mais ici — 'l'emprunteur est esclave du prêteur' (Proverbes 22:7).

📜 Rachi (1)
דא"כ אִם אַתָּה מַטְרִיחָן:
Car si — si tu les fais peiner.
💡 Explication

Réponse d'Amemar : la dispense de la michna est propre au témoignage de la lune — si on faisait peiner les témoins à suivre le juge, ils se décourageraient et ne viendraient plus (obstacle 'pour l'avenir'). Mais en matière monétaire, le principe inverse s'applique : l'emprunteur est esclave du prêteur (Proverbes 22:7) ; le défendeur doit se plier à la commodité du demandeur et du tribunal.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין כֹּהֲנִים רַשָּׁאִין לַעֲלוֹת בְּסַנְדְּלֵיהֶן לַדּוּכָן, וְזוֹ אֶחָד מִתֵּשַׁע תַּקָּנוֹת שֶׁהִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי. שִׁית דְּהַאי פִּירְקָא, וַחֲדָא דְּפִירְקָא קַמָּא.

Nos maîtres ont enseigné : les cohanim ne sont pas autorisés à monter en sandales sur l'estrade (doukhan) [pour la bénédiction]. Et ceci est l'une des neuf takanot qu'institua Rabban Yo'hanan ben Zakai : six [relèvent] de ce chapitre, et une du premier chapitre.

📜 Rachi (3)
אֵין הַכֹּהֲנִים רַשָּׁאִין לַעֲלוֹת בְּסַנְדְּלֵיהֶן לַדּוּכָן שֶׁנּוֹשְׂאִין כַּפֵּיהֶן וּבְמַסֶּכֶת סוֹטָה מְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּפֶרֶק וְאֵלּוּ נֶאֱמָרִין (סוֹטָה דַּף מ.):
Les cohanim ne sont pas autorisés à monter en sandales sur l'estrade — [l'estrade] où ils élèvent leurs mains (birkat cohanim) ; et dans le traité Sota, au chapitre 'Vé-elou neemarin' (Sota 40a), on en explique la raison.
שִׁית דְּהַאי פִּירְקָא חֲדָא הַאי וְחָמֵשׁ דְּמַתְנִי' הִתְקִין שֶׁיְּהוּ תּוֹקְעִין וְשֶׁיְּהֵא לוּלָב נִיטָּל שִׁבְעָה וְשֶׁיְּהֵא יוֹם הֶנֶף כֻּולּוֹ אָסוּר וְשֶׁיְּהוּ מְקַבְּלִין כָּל הַיּוֹם וְשֶׁלֹּא יְהוּ עֵדִים הוֹלְכִין אֶלָּא לִמְקוֹם הַוַּועַד:
Six de ce chapitre — celle-ci (les sandales), et cinq de la michna qu'il institua : que l'on sonne [du chofar même un chabbat], que le loulav soit pris sept jours, que tout le jour du balancement (yom ha-nef) soit interdit, que l'on reçoive [le témoignage] tout le jour, et que les témoins n'aillent qu'au lieu de réunion.
וַחֲדָא דְּפִירְקָא קַמָּא (דַּף כא:) שֶׁלֹּא יְהוּ מְחַלְּלִין אֶלָּא עַל נִיסָן וְתִשְׁרֵי בִּלְבַד:
Et une du premier chapitre — (feuillet 21b) que l'on ne profane [le chabbat pour la lune] que pour Nissan et Tichri seulement.
💡 Explication

Nouvelle baraita : les cohanim ne montent pas en sandales au doukhan (estrade) pour la bénédiction sacerdotale (birkat cohanim). C'est l'une des neuf takanot de RYbZ. La guemara commence le compte : six figurent dans notre chapitre, une dans le premier.

🖼️ Schéma
Les neuf takanot de Rabban Yo'hanan ben Zakai 6 dans notre chapitre + 1 au 1er chapitre + 2 baraitot (une seule des deux compte) Les six de ce chapitre 1. Sonner le chofar à Yavne même un chabbat 2. Prendre le loulav sept jours [partout, après la destruction] 3. Tout le jour du balancement (yom ha-nef) le nouveau grain est interdit 4. Recevoir le témoignage [de la lune] tout le jour 5. Les témoins ne vont qu'au lieu de réunion (mekom ha-vaad) 6. Les cohanim ne montent pas au doukhan en sandales La 7e (1er chapitre) On ne profane le chabbat [pour la lune] que pour Nissan et Tichri La 9e : deux candidats (une seule compte) Rav Papa kerem revai (vigne de 4e année : plus obligatoire de monter le fruit) Rav Nahman b. Yits'hak lachon chel zehorit (ruban écarlate attaché à l'intérieur, non plus à l'extérieur) [La 8e = notre michna : le gueir met de côté un quart pour son nid — annulée]
Le dénombrement des neuf takanot commence ici.
7
וְאִידָךְ, דְּתַנְיָא: גֵּר שֶׁנִּתְגַּייֵּר בַּזְּמַן הַזֶּה, צָרִיךְ שֶׁיַּפְרִישׁ רֹובַע לְקִינּוֹ. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: כְּבָר נִמְנָה עָלֶיהָ רַבָּן יוֹחָנָן וּבִיטְּלָהּ, מִפְּנֵי הַתַּקָּלָה.

Et l'autre [takana], comme il est enseigné : un converti (gueir) qui se convertit de nos jours doit mettre de côté un quart [de chekel] pour son nid (ken) [de deux oiseaux]. Rabbi Chimon ben Elazar dit : déjà Rabban Yo'hanan [ben Zakai] a fait voter à son sujet et l'a annulée, à cause de l'écueil (takala).

📜 Rachi (2)
צָרִיךְ שֶׁיַּפְרִישׁ רֹובַע לְקִינּוֹ רֹובַע שֶׁקֶל דְּהַייְנוּ חֲצִי דִּינָר וְהֵן הֵן דְּמֵי קֵן כְּדִתְנַן (כְּרִיתוֹת דַּף ח.) עָמְדוּ קִינִּין בּוֹ בַּיּוֹם בְּרִבְעָתַיִם שֶׁהַגֵּר חַייָּב בְּקָרְבָּן כִּדְתַנְיָא (שָׁם דַּף ט.) כָּכֶם כַּגֵּר יִהְיֶה כַּאֲבוֹתֵיכֶם מָה אֲבוֹתֵיכֶם לֹא נִכְנְסוּ לַבְּרִית אֶלָּא בְּמִילָה וּטְבִילָה וְהַרְצָאַת דָּמִים וְהַזָּאַת דָּמִים דִּכְתִיב וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת הַדָּם וַיִּזְרֹוק וְגוֹ' וְאֵין הַזָּאָה בְּלֹא טְבִילָה וְהַרְצָאַת דָּמִים דִּכְתִיב וַחֲצִי הַדָּם זָרַק עַל הַמִּזְבֵּחַ אַף הֵם לֹא יִכָּנְסוּ אֶלָּא בְּמִילָה וּטְבִילָה וְהַרְצָאַת דָּמִים כּוּ' בְּמַסֶּכֶת כְּרִיתוֹת בְּרֹאשׁ פֶּרֶק אַרְבָּעָה מְחֻוסְּרֵי כַּפָּרָה (שָׁם) מַסִּיק מִילְּתָא דְּסַגִּי לֵיהּ בְּעוֹלַת הָעוֹף הִלְכָּךְ יַפְרִישׁ רֹובַע לְקִינּוֹ שֶׁמָּא יִבָּנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּיָמֵינוּ וְיַקְרִיבֶנּוּ:
Doit mettre de côté un quart pour son nid — un quart de chekel, soit un demi-dinar, et c'est là le prix d'un nid (ken), comme nous l'avons appris (Keritot 8a) : 'les nids se fixèrent ce jour-là à un quart [de dinar]', car le converti est tenu à un sacrifice, comme il est enseigné (ibid. 9a) : 'comme vous, ainsi sera le converti' — de même que vos pères n'entrèrent dans l'alliance que par la circoncision (mila), l'immersion (tevila) et l'aspersion du sang (harastat damim), et l'aspersion du sang, ainsi qu'il est écrit 'Moche prit le sang et [le] répandit', et il n'y a pas d'aspersion sans immersion, ainsi qu'il est écrit 'et la moitié du sang il répandit sur l'autel' — de même eux [les convertis] n'entrent que par mila, tevila et harastat damim, etc. ; dans le traité Keritot, au début du chapitre 'Arbaa mehousserei kappara' (ibid.), on conclut que l'offrande d'un oiseau en holocauste (olat ha-of) lui suffit ; c'est pourquoi il met de côté un quart pour son nid, [au cas où] le Temple serait rebâti de nos jours et [qu']il l'offre.
מִפְּנֵי הַתַּקָּלָה דִּלְמָא אָתֵי לְאִתְהֲנוֹיֵי מִינֵּיהּ:
À cause de l'écueil — de peur qu'on n'en vienne à tirer profit (de cet argent consacré).
🗂️ Tossefot (1)
רֹובַע לְקִינּוֹ. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס רֹובַע שֶׁקֶל דְּהַייְנוּ חֲצִי דִּינָר וְכֵן מַשְׁמַע לִכְאוֹרָה בְּיוֹמָא בְּפֶ' הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף נה: וְשָׁם) דְּאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא הָכִי הָוֵי דְּקָאָמַר וְנִשְׁקוֹל אַרְבַּע זוּזֵי וְנִשְׁדֵּי בְּנַהֲרָא וְהַיְינוּ אַרְבַּע זוּזֵי פְּשִׁיטֵי חֲצִי דִּינָר צֹורִי דְּדִינַר מְדִינָה אֶחָד מִשְּׁמוֹנָה בְּדִינָר צֹורִי וּמִיהוּ בְּפֶ' שֵׁנִי דִּכְרִיתוֹת (דַּף י: וְשָׁם) מוּכָח בְּהֶדְיָא דְּהָוֵי רֹובַע דִּינָר עַל הַהִיא דְּעָמְדוּ קִנִּים בְּרִבְעָתַיִם דְּחָס רַחֲמָנָא עֲלֵיהּ דְּדַלּוּת וְלָא מַייְתֵי אֶלָּא חַד מִשִּׁיתְּסַר בַּעֲשִׁירוּת דְּהַייְנוּ כֶּבֶשׂ בְּסֶלַע וְסֶלַע אַרְבַּע דִּינָר הֲרֵי דְּאֶחָד מִשֵּׁשׁ עֲשָׂרָה הוּא רֹובַע דִּינָר וְהָא דִּנְקַט בְּיוֹמָא אַרְבַּע זוּזֵי נְקַט לְפִי הַיֹּוקֶר שֶׁרְגִילִין לְהִתְייַקֵּר פְּעָמִים עַד כָּךְ: [וע"ע בְּתוֹסְ' מְנָחוֹת קז: ד"ה כֶּבֶשׂ]:
Un quart pour son nid. Rachi explique : un quart de chekel, soit un demi-dinar ; et c'est bien ce qui paraît à première vue dans Yoma, au chapitre 'Hotsiou lo' (Yoma 55b), où la manière ordinaire de la chose est ainsi, puisqu'il dit 'prenons quatre zouz et jetons[-les] au fleuve' — et ce sont quatre zouz 'pechitin', [soit] un demi-dinar tyrien, le dinar de la province [valant] un huitième du dinar tyrien. Toutefois, au deuxième chapitre de Keritot (10b) il est prouvé explicitement que c'est un quart de dinar, d'après [la michna] 'les nids se fixèrent à un quart' — car la Tora eut pitié de [l'homme] pauvre et ne lui fait apporter qu'un seizième [de ce qu'apporte] le riche, à savoir un agneau [valant] un sela, et le sela [vaut] quatre dinars : voilà qu'un seizième est un quart de dinar. Et ce que [la guemara] de Yoma prend 'quatre zouz', elle le prend selon la cherté [du moment], car [les prix] ont coutume de renchérir parfois jusqu'à ce point. [Voir encore Tossefot Menahot 107b, s.v. 'kevess'.]
💡 Explication

La huitième takana (celle de notre michna) : par la Tora, un gueir (converti) devait apporter deux offrandes d'oiseaux. Après la destruction on institua qu'il mette de côté un quart de chekel (valeur du 'nid') en attente du Temple. Mais RYbZ annula cette règle à cause d'un écueil (takala) : on risquait d'user par mégarde de cet argent consacré (meila, détournement de biens sacrés).

8
וְאִידַּךְ פְּלֻוגְתָּא דְּרַב פָּפָּא וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק. רַב פָּפָּא אָמַר: כֶּרֶם רְבָעִי, רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית.

Et l'autre [takana, la neuvième] est [l'objet de] la controverse (peluguta) de Rav Papa et de Rav Nahman bar Yits'hak. Rav Papa dit : la vigne de quatrième année (kerem revai).

Rav Nahman bar Yits'hak dit : le ruban écarlate (lachon chel zehorit).

💡 Explication

La neuvième takana n'est pas identifiée de façon univoque : mahloket (controverse). Pour Rav Papa, il s'agit de la kerem revai (vigne de quatrième année) ; pour Rav Nahman bar Yits'hak, du lachon chel zehorit (ruban écarlate de Kippour). La guemara développe ensuite chaque position.

🖼️ Schéma
Quelle est la 9e takana ? Rav Papa vs Rav Nahman bar Yits'hak Rav Papa : kerem revai Rav Nahman b.Y. : ruban écarlate Position : la takana visa la vigne de 4e année dans le rayon d'un jour autour de Yerouchalayim — on annula l'obligation d'y monter le fruit lui-même. Position : la takana visa le ruban écarlate de Kippour — on l'attacha à l'intérieur du Oulam, puis moitié au rocher moitié aux cornes du bouc, pour éviter la tristesse. Objection de RNbY : RYbZ était le maître (rav) de R. Eliezer, pas son collègue (haver) — or le texte dit 'tes collègues ont voté'. Objection de RP : Du vivant de RYbZ, y avait-il un ruban ? 40 ans avant la destruction il ne blanchissait déjà plus — donc avant ses takanot. Réponse : un élève n'appelle pas son maître 'rabbekha' Réponse : il l'énonça en élève, son raisonnement fut agréé
Les deux candidats pour la 9e takana.
9
רַב פָּפָּא אָמַר: כֶּרֶם רְבָעִי, דְּתַנְיָא: כֶּרֶם רְבָעִי הָיָה עוֹלֶה לִירוּשָׁלַיִם מַהֲלַךְ יוֹם לְכָל צַד, וְזוֹ הִיא תְּחֻומָּהּ: אַיֶּלֶת מִן הַצָּפוֹן, וְעִקְרַבְתְּ מִן הַדָּרוֹם, לוֹד מִן הַמַּעֲרָב, וְיַרְדֵּן מִן הַמִּזְרָח.

Rav Papa dit : la vigne de quatrième année, comme il est enseigné : la [vendange de la] vigne de quatrième année montait à Yerouchalayim [depuis] une distance d'un jour de marche de tous côtés ; et voici sa limite (tehouma) : Eilat au nord, Akrabat au sud, Lod à l'ouest, et le Yarden (Jourdain) à l'est.

📜 Rachi (1)
הָיָה עוֹלֶה לִירוּשָׁלַיִם הַפֵּירוֹת עַצְמָן אע"ג דְּמִן הַתּוֹרָה בֵּין מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בֵּין כֶּרֶם רְבָעִי נִפְדִּים וּמִתְחַלְּלִים בִּפְסִיעָה אַחַת חוּץ לַחוֹמָה רַבָּנָן גְּזוּר בְּכָל מְהַלֵּךְ שֶׁל יוֹם אֶחָד שֶׁיַּעֲלוּם וְיֹאכְלוּם שָׁם כְּדֵי לְעַטֵּר שׁוּקֵי יְרוּשָׁלַיִם:
Montait à Yerouchalayim — les fruits eux-mêmes ; bien que, selon la Tora, aussi bien le maaser cheni que la vigne de quatrième année soient rachetés et désacralisés [dès] un pas hors de la muraille, les Sages décrétèrent que, dans tout le [rayon d']un jour de marche, on les monte et on les mange là-bas, afin de parer les marchés de Yerouchalayim.
💡 Explication

Position de Rav Papa. Le fruit de la kerem revai a le statut du maaser cheni : on devait le consommer à Yerouchalayim. Les Sages décrétèrent que, dans un rayon d'un jour de marche autour de la ville, on monte le fruit lui-même (sans le racheter). La tehouma (limite) est fixée : Eilat (nord), Akrabat (sud), Lod (ouest), le Jourdain (est).

10
וְאָמַר עֻולָּא, וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר עֻולָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַה טַעַם — כְּדֵי לְעַטֵּר שׁוּקֵי יְרוּשָׁלַיִם בְּפֵירוֹת.

Et Oulla dit — et certains disent : Rabba bar Oulla dit au nom de Rabbi Yo'hanan — quelle en est la raison ? Afin de parer les marchés de Yerouchalayim de fruits.

💡 Explication

Le motif du décret : garnir les marchés de Yerouchalayim de fruits (le-atter choukei Yerouchalayim be-peirot). Amener le fruit lui-même, plutôt que sa valeur, assure une abondance visible dans la ville.

11
וְתַנְיָא: כֶּרֶם רְבָעִי הָיָה לוֹ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּמִזְרַח לֹוד בְּצַד כְּפַר טָבִי, וּבִיקֵּשׁ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְהַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים.

Et il est enseigné : Rabbi Eliezer possédait une vigne de quatrième année à l'est de Lod, à côté du village de Tavi, et Rabbi Eliezer voulut la rendre sans maître (le-hafkir) au profit des pauvres.

📜 Rachi (2)
בְּמִזְרַח לוֹד הַייְנוּ בֵּין לוֹד לִירוּשָׁלַיִם שֶׁהֲרֵי יְרוּשָׁלַיִם לְמִזְרָחָהּ שֶׁל לוֹד הִיא:
À l'est de Lod — c'est-à-dire entre Lod et Yerouchalayim, car Yerouchalayim est à l'est de Lod.
לְהַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים שֶׁיִּשְּׂאוּ שָׁם פֵּירוֹת וְיֹאכְלוּם שָׁם שֶׁהָיָה עָלָיו טֹורַח לְהַעֲלוֹתָן:
La rendre sans maître au profit des pauvres — qu'ils portent là les fruits et les mangent là-bas, car il lui était pénible de les monter.
🗂️ Tossefot (1)
וּבִיקֵּשׁ ר"א לְהַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים. בפ"ב דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף טז. וְשָׁם) מְסַפְּקָא לָן בר"א אִי סָבַר קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ כו' אוֹ לֹא קִדְּשָׁה וּמֵהָכָא לֹא מָצִינוּ לְמִיפְשַׁט מִידִי דְּהֻוצְרַךְ לְהַעֲלוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף ה: וְשָׁם) וא"ת וְאִם לֹא קָדְשָׁה מֶה הָיוּ מַרְוִיחִים עֲנִיִּים הֲרֵי לֹא יוּכְלוּ לֶאֱכֹול בִּירוּשָׁלַיִם אִם בָּטְלָה קְדֻושָּׁתָהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּיכוֹלִין לְחַלֵּל שָׁוֶה מָנֶה עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה כִּדְאָמְרִינַן (בּ"מ דַּף נז.) הֶקְדֵּשׁ שָׁוֶה מָנֶה שֶׁחִלְּלוֹ עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה מְחֻולָּל ואע"ג דִּבְפֶרֶק הַזָּהָב (שָׁם) פְּלִיגִי בְּשֶׁחִלְּלוֹ אִי דִּיעֲבַד אוֹ לְכַתְּחִילָּה הָא מַסְּקִינַן בְּסוֹף הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ (עֲרָכִין דַּף כט.) דְּבַזְּמַן הַזֶּה אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה מֵהֶקְדֵּשׁ לְמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְכֶרֶם רְבָעִי דְּפֶ' הִתְקַבֵּל (גִּיטִּין דַּף סה.) גַּבֵּי מַעֲרִימִין עַל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי דִּמְשַׁנֵּי הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי בַּזְּמַן הַזֶּה דְּרַבָּנָן וּפָרִיךְ וְאָמָה הָעִבְרִיָּה בִּזְמַן הַזֶּה מִי אִיכָּא הֲוָה לִי' לְאַקְשׁוֹיֵי מִמַּעֲשֵׂר שֵׁנִי בַּזְּמַן הַזֶּה מָה הַעֲרָמָה צָרִיךְ וַהֲלֹא עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה יָכוֹל לְחַלֵּל הַכֹּל קֶרֶן וְחֹומֶשׁ וּמִיהוּ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת וּבִשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי פָּסְקוּ דִּבְמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּבְכֶרֶם רְבָעִי יָכוֹל לְחַלֵּל שָׁוֶה מָנֶה עַל שָׁוֶה פְּרוּטָה וְהַהִיא דְּהִתְקַבֵּל שַׁפִּיר הֲוָה מָצֵי פָּרִיךְ עֲלָהּ:
Et Rabbi Eliezer voulut la rendre sans maître au profit des pauvres. Au deuxième chapitre de Chevouot (16a) nous demeurons dans le doute au sujet de Rabbi Eliezer : tient-il que la première sainteté a sanctifié [la Terre] pour son temps [et non pour l'avenir], ou [tient-il] qu'elle ne l'a pas sanctifiée ? — et d'ici on ne peut rien trancher, car il fut obligé de la monter parce que c'est 'une chose [fixée] par un vote' (davar che-be-minyan), comme nous le disons au premier chapitre de Betsa (5b). Et si tu dis : si [la Terre] n'a pas été sanctifiée, que gagnaient les pauvres, puisqu'ils ne pourront pas [la] manger à Yerouchalayim si sa sainteté est abolie ? Il y a lieu de répondre : ils peuvent désacraliser [une valeur] de cent [zouz] sur [une valeur d']une perouta, comme nous le disons (Baba Metsia 57a) : 'un [bien] consacré valant cent [qu']on désacralise sur [une valeur d']une perouta est désacralisé' — et bien qu'au chapitre 'Ha-zahav' (ibid.) on soit en désaccord sur [le cas] où on l'a désacralisé, [de savoir] si [c'est valable] à posteriori ou même à priori, nous concluons à la fin de 'Ha-makdich sadehou' (Arakhin 29a) que, de nos jours, [c'est valable] même à priori. Toutefois, il n'y a pas de preuve [tirée] du [bien] consacré pour le maaser cheni et la vigne de quatrième année : au chapitre 'Ha-mitkabbel' (Guittin 65a), à propos de 'on use d'un artifice sur le maaser cheni', [la guemara] répond 'ici, de quoi traite-t-on ? du maaser cheni de nos jours, [qui n'est que] rabbinique', et objecte 'et une servante hébraïque, de nos jours, y en a-t-il ?' — [or] elle aurait dû objecter [directement] à partir du maaser cheni de nos jours : à quoi bon un artifice, puisqu'on peut tout désacraliser, le principal (keren) et le cinquième (homech), sur [une valeur d']une perouta ? Néanmoins, dans les Halakhot Guedolot et les Chealtot de Rav Ahai on tranche que, pour le maaser cheni et la vigne de quatrième année, on peut désacraliser [une valeur] de cent sur [une valeur d']une perouta ; et sur cette [baraita] de 'Ha-mitkabbel' [la guemara] aurait bien pu objecter.
💡 Explication

Baraita : Rabbi Eliezer avait une vigne de quatrième année à l'est de Lod (donc dans le rayon imposé), près du village de Tavi. Le Temple étant détruit, il ne pouvait plus monter le fruit ; il voulut la déclarer hefker (sans maître) pour que les pauvres en profitent — eux pour qui l'effort de la monter en vaudrait la peine.

12
אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי, כְּבָר נִמְנוּ חֲבֵרֶיךָ עָלָיו וְהִתִּירוּהוּ. מַאן חֲבֵרֶיךָ — רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי.

Ses élèves lui dirent : Rabbi, déjà tes collègues (haverékha) ont voté à son sujet et l'ont permise. Qui sont 'tes collègues' ?

Rabban Yo'hanan ben Zakai.

📜 Rachi (1)
וְהִתִּירוּהוּ לִפְדּוֹתָן וּלְהַעֲלוֹת הַדָּמִים דְּכֵיוָן דְּחָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם לֹא חָשׁוּ לָהּ חֲכָמִים לַעֲטָרָה מֵעַתָּה:
Et l'ont permise — de les racheter et d'[en] monter la valeur ; car, dès lors que Yerouchalayim fut détruite, les Sages ne se soucièrent plus de la parer désormais.
💡 Explication

Les élèves répondent : inutile — 'tes collègues' ont déjà voté et permis (après la destruction, il n'y a plus lieu de parer les marchés). La guemara précise : ces 'collègues' (haverim) désignent Rabban Yo'hanan ben Zakai. C'est ce mot 'haverékha' (tes collègues) qui nourrira l'objection du segment 14.

13
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית, דְּתַנְיָא: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ קוֹשְׁרִין לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית עַל פֶּתַח אוּלָם מִבַּחוּץ, הִלְבִּין — הָיוּ שְׂמֵחִין, לֹא הִלְבִּין — הָיוּ עָצְבִין, הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ עַל פֶּתַח אוּלָם מִבִּפְנִים.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : le ruban écarlate, comme il est enseigné : au début on attachait un ruban écarlate (lachon chel zéhorit) au linteau du Oulam (vestibule), à l'extérieur ; s'il blanchissait, ils se réjouissaient ; s'il ne blanchissait pas, ils s'attristaient. On institua de l'attacher au linteau du Oulam, à l'intérieur.

💡 Explication

Position de Rav Nahman bar Yits'hak. À Kippour, on liait un ruban écarlate à la porte du Oulam, côté extérieur : s'il blanchissait (signe du pardon), joie ; sinon, tristesse. Comme le peuple s'affligeait trop, on institua de l'attacher à l'intérieur, où peu de gens le voyaient.

14
וַעֲדַייִן הָיוּ מְצִיצִין וְרוֹאִין, הִלְבִּין — הָיוּ שְׂמֵחִין, לֹא הִלְבִּין — הָיוּ עָצְבִין, הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ קוֹשְׁרִין אוֹתוֹ חֶצְיוֹ בְּסֶלַע וְחֶצְיוֹ בֵּין קַרְנָיו שֶׁל שָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ.

Mais ils regardaient encore par les interstices et voyaient : s'il blanchissait, ils se réjouissaient ; s'il ne blanchissait pas, ils s'attristaient. On institua d'en attacher une moitié au rocher (sela) et une moitié entre les cornes du bouc émissaire (saïr ha-michtaléah).

💡 Explication

Comme on continuait à épier le ruban de l'intérieur, on institua une dernière disposition : en lier une moitié au rocher (près duquel se tenait celui qui menait le bouc) et l'autre entre les cornes du saïr ha-michtaléah (bouc émissaire), de sorte que nul ne sache le résultat avant la fin de Kippour. Cette takana est attribuée à RYbZ.

15
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַב פָּפָּא? אָמַר לָךְ: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, חֲבֵרָיו דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מִי הֲוָה? רַבּוֹ הֲוָה. וְאִידָךְ? כֵּיוָן דְּתַלְמִידִים הָווּ — לָאו אֹורַח אַרְעָא לְמֵימְרָא לֵיהּ לְרַבֵּיהּ ״רַבְּךָ״.

Rav Nahman bar Yits'hak, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rav Papa ? Il te dira : s'il te venait à l'esprit [que c'est] Rabban Yo'hanan ben Zakai, était-il l'un des collègues (haverim) de Rabbi Eliezer ?

Il était son maître (rabbô) ! Et l'autre [Rav Papa] ?

Puisqu'ils étaient [ses] élèves, il n'est pas convenable (lav orah ara) de dire à son maître 'ton maître' (rabbékha).

💡 Explication

Pourquoi Rav Nahman bar Yits'hak rejette-t-il l'avis de Rav Papa ? Argument de titre : le texte du seg. 11 dit 'tes collègues (haverékha)' ont voté ; or RYbZ était le maître (rav) de R. Eliezer, pas son collègue — donc ce n'est pas de RYbZ qu'il s'agit dans l'épisode de la vigne. Réponse de Rav Papa : les élèves ont dit 'haverékha' par déférence — il n'est pas séant de dire à son maître 'ton maître (rabbékha)'.

16
וְרַב פָּפָּא מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק? אֲמַר לָךְ: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי — בִּימֵי רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מִי הֲוָה לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית? וְהַתַּנְיָא: כָּל שְׁנוֹתָיו שֶׁל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה. אַרְבָּעִים שָׁנָה — עָסַק בִּפְרַקְמַטְיָא, אַרְבָּעִים שָׁנָה — לָמַד, אַרְבָּעִים שָׁנָה — לִימֵּד.

Et Rav Papa, pour quelle raison n'a-t-il pas dit comme Rav Nahman bar Yits'hak ? Il te dira : s'il te venait à l'esprit [que c'est] Rabban Yo'hanan ben Zakai — du vivant de Rabban Yo'hanan ben Zakai, y avait-il [encore] un ruban écarlate ?

Or il est enseigné : toutes les années de Rabban Yo'hanan ben Zakai [furent] cent vingt ans : quarante ans il s'occupa de commerce (perakmatia), quarante ans il étudia, quarante ans il enseigna.

💡 Explication

Pourquoi Rav Papa rejette-t-il l'avis de Rav Nahman bar Yits'hak ? Argument de chronologie : la takana du ruban aurait-elle pu être instituée par RYbZ ? Il vécut 120 ans — 40 de commerce (perakmatia), 40 d'étude, 40 d'enseignement — et il n'instituait des takanot que dans ses dernières années, après la destruction. Le segment suivant montre qu'à cette époque le ruban ne blanchissait déjà plus.

17
וְתַנְיָא: אַרְבָּעִים שָׁנָה קֹודֶם שֶׁנֶּחֱרַב הַבַּיִת לֹא הָיָה לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית מַלְבִּין אֶלָּא מַאֲדִים. וּתְנַן: מִשֶּׁחָרַב הַבַּיִת הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי! וְאִידָךְ: אוֹתָם אַרְבָּעִים שָׁנָה דְּלָמַד — תַּלְמִיד יוֹשֵׁב לִפְנֵי רַבּוֹ הֲוָה, וַאֲמַר מִילְּתָא וְאִסְתַּבַּר טַעְמֵיהּ.

Or il est enseigné : quarante ans avant que le Temple ne fut détruit, le ruban écarlate ne blanchissait plus, mais rougissait. Et nous avons appris [dans la michna] : c'est après la destruction du Temple que Rabban Yo'hanan ben Zakai institua [ses takanot] !

Et l'autre [Rav Nahman bar Yits'hak] ? Durant ces quarante ans où il étudia, il était un élève assis devant son maître, et il énonça une parole dont le raisonnement fut agréé.

📜 Rachi (2)
מִי הֲוָה לָשׁוֹן שֶׁל זְהוֹרִית מַלְבִּין בְּיָמִים שֶׁהָיָה רַבָּן יוֹחָנָן מוֹרֶה הוֹרָאוֹת וּמְתַקֵּן תַּקָּנוֹת:
Y avait-il [encore] un ruban écarlate qui blanchissait — dans les jours où Rabban Yo'hanan enseignait des instructions (horaot) et instituait des takanot.
וּתְנַן מִשֶּׁחָרַב בהמ"ק הִתְקִין תַּקָּנוֹת אַלְמָא לְאַחַר הַחֻורְבָּן הָיָה שָׁנָה אוֹ שְׁתַּיִם וְכֵיוָן דְּאַרְבָּעִים שָׁנָה קֹודֶם חֻורְבָּן לֹא הִלְבִּין הַלָּשׁוֹן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים נִמְצָא שֶׁלֹּא הִלְבִּין בְּתוֹךְ שְׁנוֹתָיו הָאַחֲרוֹנִים שֶׁלִּימֵּד בָּהֶם לַאֲחֵרִים וְתִיקֵּן תַּקָּנוֹת:
Or nous avons appris : c'est après la destruction du Temple qu'il institua — [ces] takanot ; il apparaît donc que ce fut après la destruction, un an ou deux [plus tard] ; et puisque, quarante ans avant la destruction, le ruban ne blanchissait plus à Kippour, il se trouve qu'il ne blanchissait pas durant ses dernières années, celles où il enseigna à autrui et institua des takanot.
💡 Explication

Preuve de Rav Papa : quarante ans avant la destruction, le ruban ne blanchissait déjà plus. Or la michna dit que RYbZ institua ses takanot après la destruction ; il n'a donc pas pu instituer celle du ruban. Réponse de Rav Nahman bar Yits'hak : il l'énonça durant ses années d'étude, alors qu'il était encore élève devant son maître — il proposa la mesure et son raisonnement fut agréé par les Sages, même si ce n'était pas au titre de nassi.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).