Sougya : Le daf poursuit l'examen de Koresh (Cyrus) : ses dons généreux au Temple prouvaient-ils sa piété, ou agit-il par intérêt ? La Guemara établit qu'il 'a tourné' (hé-hmitz) : il finance les korbanot pour qu'on prie pour lui, place une rangée de bois inflammable au bas du Temple en cas de révolte, s'unit à une chienne (la shegal) et finit par plafonner ses dons.
Un long développement lexical explore le mot shegal (consort / chienne) à travers plusieurs versets. La deuxième moitié commente la michna : le 1er Nisan est Roch Hachana pour les regalim, ce qui importe pour le bal te'aher (interdiction de différer un vœu), selon R.
Chimon qui exige trois fêtes de pèlerinage dans leur ordre, Pessa'h en tête.
['...et ce dont ils ont besoin, jeunes taureaux, béliers et agneaux pour les holocaustes du Dieu du ciel, blé, sel, vin et huile, selon la parole des prêtres de Jérusalem, qu'on le leur donne jour par jour sans faute' (Ezra 6:9) - cette générosité de Koresh ne prouve-t-elle pas sa crainte du Ciel ?] Rabbi Yitzhak lui dit : Rabbi, de ton propre fardeau [je te réfute] : '[afin] qu'ils offrent des sacrifices d'agréable odeur au Dieu du ciel et prient pour la vie du roi et de ses fils' (Ezra 6:10).
Rav Kahana voulait prouver la piété de Koresh (Cyrus) par sa libéralité envers le Temple (Ezra 6:9). Rabbi Yitzhak le réfute par le verset suivant : Koresh finance les korbanot pour qu'on prie pour lui et ses fils (Ezra 6:10) - donc par intérêt, non par pure crainte du Ciel.
Et celui qui agit ainsi [donner pour son bénéfice], n'est-ce pas [tout de même] une belle chose ? N'a-t-on pas enseigné (baraita) : celui qui dit 'ce sela est pour la tsedaka afin que mes enfants vivent', ou 'afin que je mérite par elle la vie du Monde à venir' - voici un juste parfait (tsadik gamour) !
Objection : donner en conditionnant ('pour que mes enfants vivent') n'est pas repprehensible - une baraita déclare un tel donateur juste parfait. Pourquoi alors reprocher à Koresh d'avoir donné pour qu'on prie pour lui ?
Ce n'est pas une difficulté : ici [le juste parfait], il s'agit d'un Juif ; là [Koresh], il s'agit des nations.
Réponse : la différence tient à l'auteur. Un Juif qui donne conditionnellement reste juste, car même si son vœu n'est pas exaucé il ne murmure pas contre le Ciel (il attribue son malheur à ses fautes). Un goy, lui, se plaint si sa contrepartie tarde.
Et si tu veux, dis : d'où [savons-nous] qu'il a tourné ? De ce qu'il est écrit : 'trois rangées de grandes pierres et une rangée de bois neuf, et que la dépense soit payée par la maison du roi' (Ezra 6:4).
Pourquoi a-t-il agi ainsi [du bois] ? Il pensait : si les Judéens se révoltent contre moi, je l'incendierai par le feu.
Deuxième preuve qu'il a tourné (hé-hmitz) : Koresh ordonne de bâtir le Temple avec une rangée de bois (Ezra 6:4). Pourquoi du bois ? Pour qu'en cas de révolte il puisse aisément l'incendier.
Est-ce à dire que Salomon n'a pas agi ainsi ? N'est-il pas écrit : 'trois rangées de pierres de taille et une rangée de poutres de cèdre' (I Rois 6:36) ?
Salomon a mis [le bois] en haut, et lui [Koresh] l'a mis en bas ; Salomon l'a enfoncé dans la construction, lui ne l'a pas enfoncé ; Salomon l'a enduit de plâtre, lui ne l'a pas enduit de plâtre.
Objection : Salomon aussi employa du bois (I Rois 6:36) ! Réponse : trois différences montrent l'intention maligne de Koresh. Salomon plaça le bois en haut (le socle de pierre survivrait à un incendie), enfoui dans la maçonnerie et enduit de plâtre (peu inflammable) ; Koresh le plaça en bas, à nu, non enduit - prêt à brûler.
Rav Yossef dit - et certains disent : Rabbi Yitzhak - d'où [savons-nous] qu'il a tourné ? De ceci : 'et le roi me dit, la shegal étant assise près de lui' (Nehemie 2:6).
Qu'est-ce que 'shegal' ? Rabba bar Lima dit au nom de Rav : une chienne (kalbeta).
Troisième preuve : le verset parle de la shegal assise près du roi (Neh 2:6). D'après Rav (via Rabba bar Lima), shegal désigne ici une chienne (kalbeta) que Koresh utilisait pour ses relations - signe de sa dépravation.
Mais alors, ce qui est écrit : 'et contre le Maître du ciel tu t'es élevé, et on a apporté devant toi les vases de sa maison, et toi, tes grands, ta shegal et tes concubines, vous y avez bu du vin' (Daniel 5:23) - si 'shegal' est une chienne, une chienne boit-elle du vin ?! Cela n'est pas une difficulté : on l'entraînait et elle buvait.
Difficulté : dans Daniel 5:23 (Belchatsar), la shegal boit du vin - une chienne ne boit pas de vin ! Réponse : on pouvait l'habituer à en boire.
Mais alors, ce qui est écrit : 'des filles de rois parmi tes favorites, la shegal se tient à ta droite, dans l'or d'Ophir' (Psaumes 45:10) - si shegal est une chienne, que vient annoncer le prophète à Israël ?! Voici ce qu'il dit : en récompense de ce que la Torah est aussi chère à Israël que la shegal l'est aux nations, vous avez mérité l'or d'Ophir.
Autre difficulté : dans Ps 45:10, la shegal est une figure d'honneur pour Israël - comment y voir une chienne ? Réponse : le verset enseigne que la Torah est aussi chérie d'Israël que la shegal (chienne) l'est des nations, et pour cet attachement Israël mérite l'or d'Ophir.
Et si tu veux, dis : en vérité 'shegal' [partout] désigne une reine, et Rabba bar Lima le tenait par tradition (gemara gamir la). Et pourquoi l'appelle-t-il 'shegal' ?
Parce qu'elle lui était aussi chère qu'une shegal (reine). Ou bien : parce qu'il l'a assise à la place d'une shegal (reine).
Alternative : partout shegal veut dire 'reine'. Rav savait seulement par tradition que, dans le cas de Koresh, il s'agissait d'une chienne. On la nomme 'shegal' soit parce qu'elle lui était aussi chère qu'une reine, soit parce qu'il l'avait installée à la place d'une reine.
Et si tu veux, dis : d'où [savons-nous] qu'il a tourné ? De ceci : 'jusqu'à cent talents d'argent, jusqu'à cent kor de blé, jusqu'à cent bat de vin, jusqu'à cent bat d'huile, et du sel sans qu'il soit écrit [de limite], etc.' (Ezra 7:22).
Au début [il donnait] sans limite, et maintenant avec une limite.
Quatrième preuve : dans Ezra 7:22, Koresh plafonne ses dons ('jusqu'à cent...'). Au début il donnait sans limite (Ezra 6:9) ; maintenant il fixe une limite - signe que sa ferveur a tourné.
Et peut-être au début ne connaissait-il pas [encore] la limite [des besoins] ? Plutôt, il est clair [que la preuve tient] comme nous l'avons répondu au début [par la shegal].
Rejet de la quatrième preuve : peut-être Koresh ignorait-il au début les besoins réels du Temple, et fixa-t-il ensuite une limite appropriée une fois informé. Conclusion : la vraie preuve qu'il a tourné reste celle du début (la shegal).
[La michna enseigne :] 'et pour les regalim'. Les regalim [commencent-ils] au premier Nisan ?!
[Le premier regel] est le quinze Nisan ! Rav Hisda dit : [la michna veut dire] le regel qui s'y trouve [dans ce mois], voilà le Roch Hachana pour les regalim.
La michna dit que le 1er Nisan est Roch Hachana pour les regalim (fêtes de pèlerinage). Difficulté : le premier regel (Pessa'h) tombe le 15 Nisan, non le 1er ! Réponse de Rav Hisda : le sens est que le regel du mois de Nisan (Pessa'h) constitue le point de départ annuel pour les regalim.
La conséquence pratique (nafka mina) concerne celui qui fait un vœu, pour lui appliquer le 'bal te'aher' (interdiction de différer) ; et c'est [l'avis de] Rabbi Chimon. Car on a enseigné (baraita) : celui qui fait un vœu, celui qui consacre, et celui qui fait une évaluation (erekh) - dès que trois regalim ont passé sur lui, il transgresse le 'bal te'aher'.
Enjeu pratique : le décompte des regalim détermine quand un homme qui a fait un vœu (offrande, consécration, erekh) transgresse le 'bal te'aher' ('tu ne différeras pas', Deut 23:22). Selon R. Chimon, la transgression survient une fois passées trois fêtes de pèlerinage.
Rabbi Chimon dit : trois regalim dans leur ordre, avec la fête des Matsot (Pessa'h) en premier. Et de même Rabbi Chimon ben Yohai disait : les regalim [à compter] sont parfois trois, parfois quatre, parfois cinq.
Comment cela ? [Celui qui] a fait un vœu avant Pessa'h - trois ; avant Chavouot - cinq ; avant Souccot - quatre.
R. Chimon précise : il faut trois regalim dans l'ordre, Pessa'h en tête. D'où un compte variable : vœu avant Pessa'h = 3 regalim (P, C, S) ; vœu avant Souccot = 4 ; vœu avant Chavouot = 5 (il faut attendre le prochain Pessa'h pour commencer l'ordre).
Nos maîtres ont enseigné (baraita) : ceux qui sont assujettis aux [vœux de] valeurs monétaires (damim) et aux évaluations (erakhin), aux [vœux d']interdits (haramim) et aux consécrations (hekdechot), aux sacrifices expiatoires (hataot) et de culpabilité (achamot), aux holocaustes (olot) et sacrifices de paix (chelamim), aux [dons de] tsedaka et aux dîmes (maasrot), au premier-né (bekhor), à la dîme [animale] (maaser) et à l'agneau pascal (pessa'h),
Début d'une baraita énumérant toutes les obligations soumises au 'bal te'aher' : vœux de valeur (damim), évaluations (erakhin), interdits (haramim), consécrations, offrandes expiatoires et de culpabilité, holocaustes et sacrifices de paix, tsedaka, dîmes, premier-né, dîme animale, agneau pascal (la suite sur 4b/5a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).