Sougya : Ce daf poursuit la sougya de bal teaher, l'interdit de tarder à s'acquitter de ses vœux, offrandes et dons obligatoires (leket, chikhecha, pea) apportés au Temple. Une michna et une baraita opposent quatre positions sur le nombre de fêtes qui doivent passer avant la transgression : R.
Meir (une seule fête), R. Eliezer ben Yaakov (deux), le Tana Kama et les Sages (trois), R.
Chimon (trois mais dans l'ordre, Pessa'h en premier et Souccot en dernier). La Guemara établit l'assise scripturaire de chaque avis (Dt 12, Dt 16:16, Nb 29:39).
Elle explique ensuite ce que R. Meir et R.
Eliezer ben Yaakov dérivent du verset des trois fêtes : la règle de R. Ochaya selon laquelle Chavouot dispose de sept jours de rattrapage (tashlumin) de la hagiga, par analogie avec Pessa'h plutôt qu'avec Souccot — car le huitième jour (Chemini Atseret) est une fête distincte (acronyme PZR KCB), et selon le principe tefasta mouat tefasta (en cas de doute, retenir le petit nombre).
[Il en va de même pour] le leket (glanage), la chikhecha (gerbe oubliée) et la pea (coin du champ) : dès lors que trois fêtes (regalim) sont passées sur eux, on transgresse [l'interdit] de bal teaher (ne pas tarder). Rabbi Chimon dit : [il faut] trois fêtes dans leur ordre, avec la fête des Matsot (Pessa'h) en premier.
La michna traite de bal teaher : l'interdit de tarder à s'acquitter de ses obligations envers le Temple et les pauvres. Comme pour les vœux, il s'applique aussi aux dons agricoles — leket (épis tombés lors de la moisson), chikhecha (gerbe oubliée), pea (coin du champ) — laissés aux pauvres.
Position ouverte : trois regalim (fêtes de pèlerinage) doivent passer. R. Chimon ajoute une exigence : les trois fêtes doivent se succéder dans l'ordre, Pessa'h venant en premier.
Rabbi Meir dit : dès lors qu'une seule fête est passée sur eux, on transgresse bal teaher. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : dès lors que deux fêtes sont passées sur eux, on transgresse bal teaher.
Rabbi Elazar berabbi Chimon dit : dès lors que la fête de Souccot est passée sur eux, on transgresse bal teaher.
Suite de la michna, avec trois autres avis. R. Meir : une seule fête suffit. R. Eliezer ben Yaakov : deux fêtes. R. Elazar fils de R. Chimon : dès que Souccot (la dernière des trois fêtes de l'année) est passée, quelle que soit la fête par laquelle on a commencé.
Quelle est la raison du Tana Kama (premier maître) ? Puisque [l'Écriture] venait de finir de traiter [des fêtes], pourquoi ai-je besoin qu'elle revienne les écrire : 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot (Semaines) et à la fête de Souccot' (Dt 16:16) ?
Apprends-en [que c'est venu] pour bal teaher.
La Guemara cherche la source du Tana Kama (trois fêtes). Le passage de Dt 16 vient de traiter des trois fêtes de pèlerinage, puis les renomme une seconde fois ('à la fête des Matsot... des Chavouot... de Souccot'). Cette redondance apparente enseigne bal teaher : on ne transgresse qu'après le passage des trois fêtes citées.
Et Rabbi Chimon dit : il n'était pas nécessaire de dire 'à la fête de Souccot', puisque c'est d'elle que parlait l'Écriture ; pourquoi [donc] est-ce dit ? Pour dire que celle-ci est la dernière.
R. Chimon exploite une redondance interne : l'Écriture parlait déjà de Souccot ; la mentionner à nouveau enseigne que Souccot doit être la dernière des trois fêtes qui passent — d'où son exigence d'ordre (Pessa'h en premier, Souccot en dernier).
Et Rabbi Meir, quelle est sa raison ? Car il est écrit : 'et tu viendras là... et vous apporterez là' (Dt 12:5-6).
Source de R. Meir (une seule fête) : le verset 'et tu viendras là et tu apporteras là' (Dt 12:5-6) juxtapose l'arrivée au Temple et l'apport des offrandes. Dès la première venue (la première fête), on doit apporter — sinon on transgresse.
Et les Rabbanan (les Sages) [du Tana Kama] : ce [verset] vient pour [enseigner] un [commandement] positif.
Pour les Sages (trois fêtes), le verset de R. Meir n'enseigne pas bal téaher mais seulement une mitsva positive : il y a un commandement d'apporter dès la première fête ; mais qui tarde n'a pas [encore] transgressé l'interdit — il a seulement manqué le commandement positif.
Et Rabbi Meir : dès lors que le Miséricordieux lui a dit 'apporte' et qu'il n'a pas apporté — de soi-même il se trouve sous [le coup de] bal téaher.
Réponse de R. Meir : puisque la Tora a fixé l'apport à la première fête, laisser passer ce moment constitue déjà un retard ; il tombe donc automatiquement sous bal téaher dès la première fête — sans besoin d'un verset supplémentaire.
Et Rabbi Eliezer ben Yaakov, quelle est sa raison ? Car il est écrit : 'celles-ci vous ferez pour l'Éternel en vos temps fixés (moadéikhem)' (Nb 29:39) — et le minimum de 'temps fixés' [au pluriel] est deux.
Source de R. Eliezer ben Yaakov (deux fêtes) : 'en vos moadim (temps fixés)' (Nb 29:39). Le pluriel 'moadim' implique au minimum deux ; on ne transgresse donc qu'après deux fêtes.
Et les Rabbanan : ce [verset] vient pour [enseigner] la [règle] de Rabbi Yona. Car Rabbi Yona a dit : toutes les fêtes ont été rapprochées (assimilées) les unes aux autres, [en ceci] qu'elles expient toutes pour l'impureté du sanctuaire et de ses choses saintes.
Pour les Sages, le verset 'moadéikhem' ne sert pas à compter les fêtes de bal téaher mais à l'enseignement de R. Yona : toutes les fêtes sont mises sur le même plan (hekech, analogie) — les boucs offerts en sacrifice de faute à chaque fête expient l'impureté du Temple et de ses saintetés, comme le bouc de Roch Hodech.
Et Rabbi Elazar berabbi Chimon, quelle est sa raison ? Car il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Elazar berabbi Chimon dit : [l'Écriture] ne dira pas 'la fête de Souccot', puisque c'est d'elle que parlait l'Écriture ; pourquoi est-ce dit ?
Pour dire que celle-ci [en] est la cause (gorem).
Source de R. Elazar fils de R. Chimon : même redondance sur Souccot, mais lue autrement — Souccot est la cause (gorem) qui fait tomber sous bal téaher. Dès que Souccot passe, quelle que soit la fête par laquelle on a commencé, on transgresse (il ne requiert pas l'ordre).
Et Rabbi Meir et Rabbi Eliezer ben Yaakov : ce [verset] 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot et à la fête de Souccot' (Dt 16:16), qu'en exposent-ils ? Il leur est nécessaire pour [la règle] de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya.
Car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où [sait-on] que Chavouot (Atseret) dispose d'un rattrapage (tashlumin) pendant sept [jours] ? [L'Écriture] dit : 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot et à la fête de Souccot' — [cela] rapproche (assimile) la fête des Chavouot de la fête des Matsot : de même que la fête des Matsot dispose d'un rattrapage pendant sept [jours], de même la fête des Chavouot dispose d'un rattrapage pendant sept [jours].
Puisque R. Meir et R. Eliezer ben Yaakov n'ont pas besoin du verset des trois fêtes pour bal téaher, ils l'emploient pour la règle de R. Ochaya : Chavouot (appelée Atseret) dispose de sept jours de rattrapage (tashlumin) pour la hagiga. Le verset assimile Chavouot à Pessa'h, qui dure sept jours et offre sept jours pour rattraper l'offrande manquée le premier jour.
Mais qu'on [l ]assimile [plutôt] à la fête de Souccot : de même que là-bas [le rattrapage dure] huit [jours], de même ici [ce serait] huit ! [Non, car] le huitième [jour] est une fête à part entière.
Objection : Chavouot est aussi proche de Souccot dans le verset ; pourquoi ne pas l'y assimiler et donner huit jours de rattrapage ? Réponse : le huitième jour de Souccot (Chemini Atseret) est une fête distincte — Souccot elle-même n'a que sept jours de rattrapage.
Dis [plutôt] que nous disons que le huitième [jour] est une fête à part entière quant à [l'acronyme] PZR KCB, mais quant au rattrapage — de l'avis de tous, c'est un rattrapage du premier [jour] !
Contre-objection : le huitième jour n'est une fête distincte que pour les six aspects de l'acronyme PZR KCB (Payis, Zeman, Reguel, Korban, Chir, Beracha). Mais pour le rattrapage (tashlumin), tous conviennent qu'il reste un jour de rattrapage du premier jour de Souccot — donc Souccot aurait bien huit jours de rattrapage.
Comme nous avons appris [dans la michna] : celui qui n'a pas apporté la hagiga (offrande de fête) le premier jour de la fête — [il l ]apporte [alors] pendant tout le regel et [même] le dernier jour de fête de la fête.
Preuve que le huitième jour est un jour de rattrapage : la michna enseigne que qui n'a pas apporté sa hagiga le premier jour de Souccot peut la rattraper tout au long de la fête, y compris le dernier jour (le huitième) — d'où l'on aurait pu croire que Chavouot, assimilée à Souccot, disposerait de huit jours.
[Selon le principe :] si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi ; si tu as saisi peu, tu as saisi.
Réponse : mieux vaut assimiler Chavouot à Pessa'h (sept jours) qu'à Souccot (huit), en vertu du principe herméneutique tefasta mouat tefasta : dans un cas de doute entre deux nombres, retenir le petit, car il est inclus dans le grand — le grand, lui, n'est pas assuré.
Mais alors, pour quelle règle le Miséricordieux a-t-il écrit 'la fête de Souccot' [dans ce verset] ? Pour l'assimiler à la fête des Matsot :
Si Chavouot est assimilée à Pessa'h (et non à Souccot), à quoi sert la mention de Souccot dans le verset des trois fêtes ? Réponse : à établir une autre analogie entre Souccot et Pessa'h — enseignement qui se poursuit sur le daf suivant (5a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).