Rosh Hachana 4b — bal teaher (ne pas tarder) : combien de fêtes, et le rattrapage de sept jours pour Chavouot

Rosh Hashanah 4b

Sougya : Ce daf poursuit la sougya de bal teaher, l'interdit de tarder à s'acquitter de ses vœux, offrandes et dons obligatoires (leket, chikhecha, pea) apportés au Temple. Une michna et une baraita opposent quatre positions sur le nombre de fêtes qui doivent passer avant la transgression : R.

Meir (une seule fête), R. Eliezer ben Yaakov (deux), le Tana Kama et les Sages (trois), R.

Chimon (trois mais dans l'ordre, Pessa'h en premier et Souccot en dernier). La Guemara établit l'assise scripturaire de chaque avis (Dt 12, Dt 16:16, Nb 29:39).

Elle explique ensuite ce que R. Meir et R.

Eliezer ben Yaakov dérivent du verset des trois fêtes : la règle de R. Ochaya selon laquelle Chavouot dispose de sept jours de rattrapage (tashlumin) de la hagiga, par analogie avec Pessa'h plutôt qu'avec Souccot — car le huitième jour (Chemini Atseret) est une fête distincte (acronyme PZR KCB), et selon le principe tefasta mouat tefasta (en cas de doute, retenir le petit nombre).

Bal teaher : combien de fêtes doivent passer avant la transgression ? (qui tarde à apporter ses vœux, offrandes et dons obligatoires au Temple) R. Meir R. Eliezer b. Yaakov Tana Kama / Sages R. Chimon 1 fête 2 fêtes 3 fêtes 3 fêtes, dans l'ordre ovaata chama (dès la 1re venue au Temple) moadim au pluriel = minimum deux 3 fêtes citées à nouveau pour enseigner bal teaher Souccot cité en dernier = doit être la dernière Dt 12:5-6 Nb 29:39 Dt 16:16 Dt 16:16
Les quatre positions sur le nombre de fêtes de bal teaher et leur source scripturaire (segments 0-9).
Chavouot à-t-elle 7 jours de rattrapage (tashlumin) ? La hagiga (offrande de fête) non apportée le 1er jour : combien de jours pour la rattraper ? Chavouot (1 seul jour) assimilée à... ? Pessa'h (Matsot) 7 jours -> 7 de rattrapage tefasta mouat : tefasta (prends le petit nombre) Souccot 8 jours -> 8 de rattrapage ? non : le 8e (Chemini) est une fête à part (PZR KCB) Conclusion : Chavouot = comme Pessa'h, 7 jours de rattrapage
Le rattrapage de Chavouot : assimilée à Pessah (7 jours) et non à Souccot (segments 10-15).
Chemini Atseret : fête à part entière — l'acronyme PZR KCB six aspects par lesquels le 8e jour se distingue de Souccot P — Payis tirage au sort propre Z — Zeman bénédiction chéhéchéyanou R — Reguel fête à part (nom propre) K — Korban offrande propre (1 taureau) Ch — Chir chant propre au Temple B — Beracha bénédiction propre Mais pour le RATTRAPAGE (tashlumin), tous conviennent que le 8e jour reste un jour de rattrapage du 1er jour de Souccot.
PZR KCB : les six aspects par lesquels Chemini Atseret est une fête à part (segment 12).
1
לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה, כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ עֲלֵיהֶן שְׁלֹשָׁה רְגָלִים — עוֹבֵר ב״בל תְּאַחֵר״. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה רְגָלִים כְּסִדְרָן, וְחַג הַמַּצּוֹת תְּחִלָּה.

[Il en va de même pour] le leket (glanage), la chikhecha (gerbe oubliée) et la pea (coin du champ) : dès lors que trois fêtes (regalim) sont passées sur eux, on transgresse [l'interdit] de bal teaher (ne pas tarder). Rabbi Chimon dit : [il faut] trois fêtes dans leur ordre, avec la fête des Matsot (Pessa'h) en premier.

🗂️ Tossefot (1)
לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה. חַייָּב לְהַנִּיחַ בַּשָּׂדֶה דְּאִי שְׁקִיל לְהוּ עָבַר בְּלֹא תַעֲשֶׂה דִּכְתִיב לֹא תְּלַקֵּט (וַיִּקְרָא י״ט:י׳) וְלֹא תָּשׁוּב (דְּבָרִים כֹּד) וְלֹא תִּכְלֶה (וַיִּקְרָא שָׁם) וּכְתִיב (שָׁם) לֶעָנִי וְלַגֵּר תַּעֲזֹוב וְהֵיכָא דְּעָבַר וּנְטָלָם חַיָּיב לְהַחֲזִיר וְלִיתֵּן דְּאִי עֲבִיד לָא מְהַנֵּי כִּדְאִיתָא פ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ו.) וְאִם לֹא הִפְרִישׁ פֵּאָה מִן הַקָּמָה מַפְרִישׁ מִן הָעֳמָרִים אוֹ מִן הַכְּרִי וְאִיכָּא בְּבַל תְּאַחֵר וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּשְׁקַל בְּהֶיתֵּר כְּגוֹן דְּלֵיכָּא עֲנִיִּים וְאָז אִיכָּא בְּבַל תְּאַחֵר וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּסוֹף הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין ד' קלד:) לֵוִי זָרַע בְּכִישׁוֹר לָא הֲווֹ עֲנִיִּים לְמִשְׁקַל לֶקֶט אֲתָא לְקַמֵּי' דְּרַב שֵׁשֶׁת אָמַר לֶעָנִי וְלַגֵּר תַּעֲזֹוב אֹותָם וְלֹא לְעוֹרְבִים וְלֹא לַעֲטַלֵּפִים לָא קָאָמַר דְּלִישְׁקֹול לְנַפְשֵׁיהּ אֶלָּא דְּלָא עָבַר אִם כּוֹנֵס בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וּמִיהוּ מִדְּפָרִיךְ הָתָם מִתְּרוּמָה דְּאִם אֵין שָׁם כֹּהֵן שׂוֹכֵר פָּרָה וּמְבִיאָהּ וּפָרִיךְ נָמֵי מִמַּתְנִי' דְּאִם אֵין שָׁם כֹּהֵן מַעֲלִין אוֹתָם בְּדָמִים וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָתָם דִּנְתִינָה כְּתִיב בְּהוּ מַשְׁמַע דִּבְלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה שְׁקִיל לְנַפְשֵׁיהּ וּלְפִי' קַמָּא קַשְׁיָא דְּאִי בִּדְאִיכָּא עֲנִיִּים וְעָבַר וּנְטָלָם הֲרֵי עוֹבֵר לְאַלְתַּר בְּבַל תְּאַחֵר דְּדַוְקָא הֵיכָא דְּלֵיכָּא עֲנִיִּים אֵין עוֹבֵר בְּבַל תְּאַחֵר אֶלָּא בָּרְגָלִים אֲבָל הֵיכָא דְּקָיְימִי עֲנִיִּים קָא עָבַר לְאַלְתַּר כְּמוֹ צְדָקָה וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּגוֹן בְּמַלְקֵט לְצֹורֶךְ עֲנִיִּים כִּי הַהִיא דִּתְנַן בפ"ד דְּפֵאָה (מִשְׁנָה ט) מִי שֶׁמְּלַקֵּט וְאָמַר הֲרֵי זֶה לִפְלוֹנִי עָנִי ר"א אוֹמֵר זָכָה לוֹ וחכ"א יִתְּנֶנָּה לֶעָנִי הַנִּמְצָא רִאשׁוֹן וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב הָכָא פְּרָט וְעוֹלֵלוֹת כֵּיוָן דְּתָנֵי הָנֵי לָא חָשׁ לְהָנֵי:
'Le leket, la chikhecha et la pea' — il est tenu de [les] laisser dans le champ, car s'il les prend, il transgresse un interdit, ainsi qu'il est écrit 'tu ne glaneras pas' (Lv 19:10), 'tu ne reviendras pas [le prendre]' (Dt 24:19) et 'tu n'achèveras pas [de moissonner]' (Lv 19:9), et il est écrit (ibid.) 'tu [les] laisseras pour le pauvre et pour l'étranger'. Et s'il a transgressé et les a pris, il est tenu de [les] rendre et de [les] donner, car 'ce qui est fait [en contravention] n'a pas d'effet', comme il est dit au premier chapitre de Temoura (6a) ; et s'il n'a pas prélevé la pea sur le blé encore sur pied, il [la] prélève des gerbes ou du tas — et il y a alors bal teaher. On peut encore expliquer qu'il [les] a prises de façon permise, par exemple s'il n'y avait pas de pauvres, et alors il y a bal teaher. Et ce que nous disons à la fin de 'Ha-zeroa' (Houlin 134b) : Levi sema dans un champ [de] terrain rocailleux, il n'y avait pas de pauvres pour prendre le leket, il vint devant Rav Chechet [qui] dit '[il est écrit] tu [les] laisseras pour le pauvre et pour l'étranger — [les] laisser [signifie] et non pour les corbeaux ni pour les chauves-souris' — il n'a pas voulu dire qu'il [les] prenne pour lui-même, mais [seulement] qu'il ne transgresse pas s'il [les] rentre chez lui. Toutefois, du fait que la [Guemara] objecte à partir de la terouma — [le cas où] s'il n'y a pas là de cohen, il loue une vache et l'apporte — et objecte aussi de la michna [selon laquelle], s'il n'y a pas là de cohen, on les rachète en argent, et répond 'là-bas c'est différent, car le [terme] donner y est écrit', cela laisse entendre que pour le leket, la chikhecha et la pea il [les] prend pour lui-même. Et selon la première explication, il y a une difficulté : car s'il s'agit d'un cas où il y a des pauvres et [qu ]il a transgressé et les a pris, il transgresse aussitôt bal teaher — car c'est seulement là où il n'y a pas de pauvres qu'il ne transgresse bal teaher qu'aux fêtes ; mais là où des pauvres se tiennent [là], il transgresse aussitôt, comme pour la tsedaka. On peut expliquer [qu'il s'agit] par exemple de celui qui glane pour les besoins des pauvres, à l'instar de ce que nous avons appris au 4e chapitre de Pea (michna 9) : 'celui qui glane et dit voici que ceci est pour un tel, [un] pauvre — R. Eliezer dit : il [le] lui a acquis ; et les Sages disent : il [le] donnera au premier pauvre trouvé'. Et s'il n'a pas compté ici le peret et les olelot [les grappillons], c'est que, ayant enseigné ceux-ci [leket, chikhecha, pea], il ne s'est pas soucié de ceux-là.
💡 Explication

La michna traite de bal teaher : l'interdit de tarder à s'acquitter de ses obligations envers le Temple et les pauvres. Comme pour les vœux, il s'applique aussi aux dons agricoles — leket (épis tombés lors de la moisson), chikhecha (gerbe oubliée), pea (coin du champ) — laissés aux pauvres.

Position ouverte : trois regalim (fêtes de pèlerinage) doivent passer. R. Chimon ajoute une exigence : les trois fêtes doivent se succéder dans l'ordre, Pessa'h venant en premier.

2
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן רֶגֶל אֶחָד — עוֹבֵר ב״בל תְּאַחֵר״. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ עֲלֵיהֶן שְׁנֵי רְגָלִים — עוֹבֵר ב״בל תְּאַחֵר״. רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: כֵּיוָן שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶן חַג הַסֻּוכּוֹת — עוֹבֵר עֲלֵיהֶן ב״בל תְּאַחֵר״.

Rabbi Meir dit : dès lors qu'une seule fête est passée sur eux, on transgresse bal teaher. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : dès lors que deux fêtes sont passées sur eux, on transgresse bal teaher.

Rabbi Elazar berabbi Chimon dit : dès lors que la fête de Souccot est passée sur eux, on transgresse bal teaher.

💡 Explication

Suite de la michna, avec trois autres avis. R. Meir : une seule fête suffit. R. Eliezer ben Yaakov : deux fêtes. R. Elazar fils de R. Chimon : dès que Souccot (la dernière des trois fêtes de l'année) est passée, quelle que soit la fête par laquelle on a commencé.

3
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא — מִכְּדֵי מִינַּייְהוּ סָלֵיק, לָמָּה לִי לְמֶהְדַּר וּמִיכְתַּב: ״בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת״? שְׁמַע מִינָּה ל״בל תְּאַחֵר״.

Quelle est la raison du Tana Kama (premier maître) ? Puisque [l'Écriture] venait de finir de traiter [des fêtes], pourquoi ai-je besoin qu'elle revienne les écrire : 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot (Semaines) et à la fête de Souccot' (Dt 16:16) ?

Apprends-en [que c'est venu] pour bal teaher.

📜 Rachi (3)
מִכְּדֵי מִינַּייְהוּ סָלֵיק כְּשֶׁאָמַר הַכָּתוּב שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בַּשָּׁנָה יֵרָאֶה כָּל זְכוּרְךָ בְּחַג הַמַּצּוֹת וְגוֹ' מֵהֶם הָיָה עוֹלֶה כְּבָר כָּתוּב לְמַעְלָה בְּעִנְיַן שָׁמוֹר אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב שִׁבְעָה שָׁבֻועֹות תִּסְפָּר לָךְ חַג הַסֻּוכֹּות תַּעֲשֶׂה לְךָ:
'Puisqu il venait d'en finir avec elles' — lorsque l'Écriture a dit 'trois fois par an tout mâle paraîtra [devant l'Éternel]... à la fête des Matsot, etc.' (Dt 16:16), [le fait qu'il vienne] d'elles [les fêtes] était déjà écrit plus haut dans le passage 'observe le mois de l'épi... sept semaines tu [les] compteras... la fête de Souccot tu [la] feras pour toi'.
לָמָּה לִי לְמִיהְדַּר וְלִמְנִינְהוּ בְּפָרָשַׁת חַג הַסֻּוכּוֹת:
'Pourquoi ai-je besoin qu'il revienne' — et les énumère dans le passage de la fête de Souccot.
שְׁמַע מִינַּהּ לְבַל תְּאַחֵר דה"ק הָיוּ נִרְאִין לְפָנָיו לְשַׁלֵּם נִדְרֵיכֶם וְלֹא תָּבֹאוּ רֵיקָם:
'Apprends-en [que c'est] pour bal teaher' — car il dit ainsi : ils paraissaient devant Lui 'pour acquitter vos vœux, et vous ne viendrez pas les mains vides'.
💡 Explication

La Guemara cherche la source du Tana Kama (trois fêtes). Le passage de Dt 16 vient de traiter des trois fêtes de pèlerinage, puis les renomme une seconde fois ('à la fête des Matsot... des Chavouot... de Souccot'). Cette redondance apparente enseigne bal teaher : on ne transgresse qu'après le passage des trois fêtes citées.

4
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר ״בְּחַג הַסֻּוכּוֹת״, שֶׁבּוֹ דִּיבֵּר הַכָּתוּב, לָמָּה נֶאֱמַר — לוֹמַר שֶׁזֶּה אַחֲרוֹן.

Et Rabbi Chimon dit : il n'était pas nécessaire de dire 'à la fête de Souccot', puisque c'est d'elle que parlait l'Écriture ; pourquoi [donc] est-ce dit ? Pour dire que celle-ci est la dernière.

📜 Rachi (2)
אֵין צָרִיךְ לוֹמַר חַג הַסֻּוכּוֹת אַף כְּשֶׁחוֹזְרִין לְבַל תְּאַחֵר לֹא הָיָה צָרִיךְ לְהַזְכִּירוֹ שֶׁהֲרֵי הָעִנְיָן עָסוּק בּוֹ:
'Il n'était pas nécessaire de dire la fête de Souccot' — même lorsqu'on revient à bal teaher, il n'était pas besoin de la mentionner, puisque le sujet en traite [déjà].
ה"ג שֶׁבּוֹ דִּיבֵּר הַכָּתוּב לָמָּה נֶאֱמַר לוֹמַר שֶׁזֶּה אַחֲרוֹן עַד שֶׁיַּעֲבֹור אוֹתָם כַּסֵּדֶר הַזֶּה:
Ainsi faut-il lire : 'puisque c'est d'elle que parlait l'Écriture, pourquoi est-ce dit ? Pour dire que celle-ci est la dernière' — jusqu'à ce qu'elles soient passées selon cet ordre.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר חַג הַסֻּוכּוֹת שֶׁבּוֹ הַכָּתוּב מְדַבֵּר לָמָּה נֶאֱמַר לוֹמַר שֶׁזֶּה אַחֲרוֹן. זוֹ הִיא גִּירְסַת הַקְּוַנְט' וְהַשְׁתָּא ר' אֶלְעָזָר ור"ש דּוֹרְשִׁין בְּעִנְיָן אֶחָד אֶלָּא דְּמַר סָבַר שֶׁזֶּה גּוֹרֵם וּמַר סָבַר שֶׁזֶּה אַחֲרוֹן וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל גָּרֵיס אֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּחַג הַמַּצּוֹת שֶׁבּוֹ פָּתַח הַכָּתוּב תְּחִילָּה לָמָּה נֶאֱמַר לוֹמַר שֶׁזֶּה רִאשׁוֹנָה:
'Et il n'était pas nécessaire de dire la fête de Souccot, dont l'Écriture parle : pourquoi est-ce dit ? Pour dire que celle-ci est la dernière' — telle est la leçon du Contres (Rachi) ; et selon cela, R. Elazar et R. Chimon exposent [le verset] d'une même manière, sauf que l'un tient que 'celle-ci [en] est la cause' et l'autre que 'celle-ci est la dernière'. Et Rabbenou Hananel lit : 'il n'était pas nécessaire de dire à la fête des Matsot, par laquelle l'Écriture a d'abord ouvert : pourquoi est-ce dit ? Pour dire que celle-ci est la première.'
💡 Explication

R. Chimon exploite une redondance interne : l'Écriture parlait déjà de Souccot ; la mentionner à nouveau enseigne que Souccot doit être la dernière des trois fêtes qui passent — d'où son exigence d'ordre (Pessa'h en premier, Souccot en dernier).

5
וְרַבִּי מֵאִיר — מַאי טַעְמָא? דִּכְתִיב: ״וּבָאתָ שָׁמָּה ... וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה״.

Et Rabbi Meir, quelle est sa raison ? Car il est écrit : 'et tu viendras là... et vous apporterez là' (Dt 12:5-6).

💡 Explication

Source de R. Meir (une seule fête) : le verset 'et tu viendras là et tu apporteras là' (Dt 12:5-6) juxtapose l'arrivée au Temple et l'apport des offrandes. Dès la première venue (la première fête), on doit apporter — sinon on transgresse.

6
וְרַבָּנָן — הַהוּא לַעֲשֵׂה.

Et les Rabbanan (les Sages) [du Tana Kama] : ce [verset] vient pour [enseigner] un [commandement] positif.

📜 Rachi (1)
הַהוּא לַעֲשֵׂה דְּמִצְוַת עֲשֵׂה עָלָיו לַהֲבִיאוֹ בְּרֶגֶל רִאשׁוֹן:
'Ce [verset vient] pour [un commandement] positif' — car il pèse sur lui un commandement positif de l'apporter à la première fête.
💡 Explication

Pour les Sages (trois fêtes), le verset de R. Meir n'enseigne pas bal téaher mais seulement une mitsva positive : il y a un commandement d'apporter dès la première fête ; mais qui tarde n'a pas [encore] transgressé l'interdit — il a seulement manqué le commandement positif.

7
וְרַבִּי מֵאִיר, כֵּיוָן דְּאָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא אַיְיתִי וְלָא אַייְתִי — מִמֵּילָא קָם לֵיהּ ב״בל תְּאַחֵר״.

Et Rabbi Meir : dès lors que le Miséricordieux lui a dit 'apporte' et qu'il n'a pas apporté — de soi-même il se trouve sous [le coup de] bal téaher.

📜 Rachi (1)
וְרַבִּי מֵאִיר אָמַר לָךְ כֵּיוָן דְּאָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא אַייְתִי בְּרֶגֶל רִאשׁוֹן זֶהוּ זְמַן שֶׁקָּבַע לוֹ וְאִם אִיחֲרוּ מִן הַמּוֹעֵד הֲוָה אִיחוּר וּמִמֵּילָא קָם לֵיהּ בְּבַל תְּאַחֵר:
'Et Rabbi Meir' te dira : dès lors que le Miséricordieux lui a dit d'apporter à la première fête, c'est le temps qu'Il lui a fixé ; et s'il l'a retardé au-delà du terme, c'est un retard, et de soi-même il se trouve sous [le coup de] bal téaher.
💡 Explication

Réponse de R. Meir : puisque la Tora a fixé l'apport à la première fête, laisser passer ce moment constitue déjà un retard ; il tombe donc automatiquement sous bal téaher dès la première fête — sans besoin d'un verset supplémentaire.

8
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, מַאי טַעְמָא? דִּכְתִיב: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״ — מִיעוּט מוֹעֲדִים שְׁנַיִם.

Et Rabbi Eliezer ben Yaakov, quelle est sa raison ? Car il est écrit : 'celles-ci vous ferez pour l'Éternel en vos temps fixés (moadéikhem)' (Nb 29:39) — et le minimum de 'temps fixés' [au pluriel] est deux.

🗂️ Tossefot (1)
אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה' בְּמוֹעֲדֵיכֶם. וּמִיעוּט מוֹעֲדִים שְׁנַיִם ואע"ג דְּהַאי קְרָא בְּקָרְבְּנוֹת חוֹבָה הוּא דִּכְתִיב הָא כְתִיב בֵּיהּ נָמֵי לְבַד מִנִּדְרֵיכֶם וְנִדְבוֹתֵיכֶם:
'Celles-ci vous ferez pour l'Éternel en vos temps fixés' — et le minimum de 'temps fixés' [au pluriel] est deux ; et bien que ce verset traite des offrandes obligatoires, il y est aussi écrit 'outre vos vœux et vos offrandes volontaires'.
💡 Explication

Source de R. Eliezer ben Yaakov (deux fêtes) : 'en vos moadim (temps fixés)' (Nb 29:39). Le pluriel 'moadim' implique au minimum deux ; on ne transgresse donc qu'après deux fêtes.

9
וְרַבָּנָן — הַהוּא לְכִדְרַבִּי יוֹנָה. דְּאָמַר רַבִּי יוֹנָה: הֻוקְשׁוּ כָּל הַמּוֹעֲדִים כֻּולָּם זֶה לָזֶה, שֶׁכֻּולָּן מְכַפְּרִים עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו.

Et les Rabbanan : ce [verset] vient pour [enseigner] la [règle] de Rabbi Yona. Car Rabbi Yona a dit : toutes les fêtes ont été rapprochées (assimilées) les unes aux autres, [en ceci] qu'elles expient toutes pour l'impureté du sanctuaire et de ses choses saintes.

📜 Rachi (1)
הֶקֵּישָׁא דָּר' יוֹנָה בְּמַסֶּכֶת שְׁבוּעוֹת (ד' י.) אִיצְטְרִיךְ לוֹמַר שֶׁכָּל שְׂעִירֵי הָרְגָלִים מְכַפְּרִים עַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו דְּיָלְפִינַן מִשָּׂעִיר דר"ח דִּכְתִיב בֵּיהּ לָשֵׂאת אֶת עֲוֹן הָעֵדָה (וַיִּקְרָא י׳:י״ז):
'L analogie (hekech) de R. Yona' — au traité Chevouot (10a) : il fallait [ce verset] pour dire que tous les boucs des fêtes expient pour l'impureté du sanctuaire et de ses choses saintes, [règle] que nous dérivons du bouc de Roch Hodech, dont il est écrit 'pour porter la faute de la communauté' (Lv 10:17).
💡 Explication

Pour les Sages, le verset 'moadéikhem' ne sert pas à compter les fêtes de bal téaher mais à l'enseignement de R. Yona : toutes les fêtes sont mises sur le même plan (hekech, analogie) — les boucs offerts en sacrifice de faute à chaque fête expient l'impureté du Temple et de ses saintetés, comme le bouc de Roch Hodech.

10
וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, מַאי טַעְמָא? דְּתַנְיָא, רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: לֹא יֹאמַר ״חַג הַסֻּוכּוֹת״, שֶׁבּוֹ דִּיבֵּר הַכָּתוּב, לָמָּה נֶאֱמַר — לוֹמַר שֶׁזֶּה גּוֹרֵם.

Et Rabbi Elazar berabbi Chimon, quelle est sa raison ? Car il est enseigné [dans une baraita] : Rabbi Elazar berabbi Chimon dit : [l'Écriture] ne dira pas 'la fête de Souccot', puisque c'est d'elle que parlait l'Écriture ; pourquoi est-ce dit ?

Pour dire que celle-ci [en] est la cause (gorem).

💡 Explication

Source de R. Elazar fils de R. Chimon : même redondance sur Souccot, mais lue autrement — Souccot est la cause (gorem) qui fait tomber sous bal téaher. Dès que Souccot passe, quelle que soit la fête par laquelle on a commencé, on transgresse (il ne requiert pas l'ordre).

11
וְרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: הַאי ״בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת״ מַאי דָּרְשׁוּ בֵּיהּ? מִיבְּעֵי לְהוּ לְכִדְרַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא. דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: מִנַּיִין לַעֲצֶרֶת שֶׁיֵּשׁ לָהּ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻועוֹת וּבְחַג הַסֻּוכּוֹת״, מַקִּישׁ חַג הַשָּׁבוּעוֹת לְחַג הַמַּצּוֹת: מָה חַג הַמַּצּוֹת יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה — אַף חַג הַשָּׁבוּעוֹת יֵשׁ לוֹ תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה.

Et Rabbi Meir et Rabbi Eliezer ben Yaakov : ce [verset] 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot et à la fête de Souccot' (Dt 16:16), qu'en exposent-ils ? Il leur est nécessaire pour [la règle] de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Ochaya.

Car Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Ochaya : d'où [sait-on] que Chavouot (Atseret) dispose d'un rattrapage (tashlumin) pendant sept [jours] ? [L'Écriture] dit : 'à la fête des Matsot, à la fête des Chavouot et à la fête de Souccot' — [cela] rapproche (assimile) la fête des Chavouot de la fête des Matsot : de même que la fête des Matsot dispose d'un rattrapage pendant sept [jours], de même la fête des Chavouot dispose d'un rattrapage pendant sept [jours].

📜 Rachi (1)
מִנַּייִן לַעֲצֶרֶת דְּאִילּוּ בְּחַג הַסֻּוכּוֹת וּבְחַג הַמַּצּוֹת נָפְקָא לָן (חֲגִיגָה ד' ט.) מוּחֲגוֹתָם אֹותוֹ חַג לַה' שִׁבְעַת יָמִים יָכוֹל יְהוּ חוֹגְגִין כָּל ז' ת"ל אוֹתוֹ אוֹתוֹ אַתָּה חוֹגֵג וְאִי אַתָּה חוֹגֵג כָּל ז' אִם כֵּן לָמָּה נֶאֱמַר ז' לְתַשְׁלוּמִים שֶׁאִם לֹא חָג חֲגִיגָתוֹ בָּרִאשׁוֹן יַקְרִיבֶנָּה בַּשֵּׁנִי:
'D où [sait-on] pour Chavouot' — car pour la fête de Souccot et la fête des Matsot, nous [le] dérivons (Haguiga 9a) de 'et vous fetterez cette fête pour l'Éternel sept jours' : on aurait pu [croire] qu'on fête durant les sept [jours] — [l'Écriture] dit 'elle' : 'elle' tu la fêtes, mais tu ne fêtes pas [durant] les sept ; si oui, pourquoi est-il dit 'sept' ? Pour le rattrapage : si l'on n'a pas apporté sa hagiga le premier [jour], on l'apporte le second.
💡 Explication

Puisque R. Meir et R. Eliezer ben Yaakov n'ont pas besoin du verset des trois fêtes pour bal téaher, ils l'emploient pour la règle de R. Ochaya : Chavouot (appelée Atseret) dispose de sept jours de rattrapage (tashlumin) pour la hagiga. Le verset assimile Chavouot à Pessa'h, qui dure sept jours et offre sept jours pour rattraper l'offrande manquée le premier jour.

🖼️ Schéma
Chavouot a-t-elle 7 jours de rattrapage (tashlumin) ? La hagiga (offrande de fête) non apportée le 1er jour : combien de jours pour la rattraper ? Chavouot (1 seul jour) assimilée à... ? Pessa'h (Matsot) 7 jours -> 7 de rattrapage tefasta mouat : tefasta (prends le petit nombre) Souccot 8 jours -> 8 de rattrapage ? non : le 8e (Chemini) est une fête à part (PZR KCB) Conclusion : Chavouot = comme Pessa'h, 7 jours de rattrapage
Chavouot assimilée à Pessa'h pour les sept jours de rattrapage.
12
וְלִיקֹּשׁ לְחַג הַסֻּוכּוֹת: מַה לְהַלָּן שְׁמוֹנָה — אַף כָּאן שְׁמוֹנָה! שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא.

Mais qu'on [l ]assimile [plutôt] à la fête de Souccot : de même que là-bas [le rattrapage dure] huit [jours], de même ici [ce serait] huit ! [Non, car] le huitième [jour] est une fête à part entière.

💡 Explication

Objection : Chavouot est aussi proche de Souccot dans le verset ; pourquoi ne pas l'y assimiler et donner huit jours de rattrapage ? Réponse : le huitième jour de Souccot (Chemini Atseret) est une fête distincte — Souccot elle-même n'a que sept jours de rattrapage.

13
אֵימוֹר דְּאָמְרִינַן שְׁמִינִי רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְעִנְיַן פָּזֵ״ר קֶשֶׁ״ב, אֲבָל לְעִנְייַן תַּשְׁלוּמִין — דִּבְרֵי הַכֹּל תַּשְׁלוּמִין דְּרִאשׁוֹן הוּא!

Dis [plutôt] que nous disons que le huitième [jour] est une fête à part entière quant à [l'acronyme] PZR KCB, mais quant au rattrapage — de l'avis de tous, c'est un rattrapage du premier [jour] !

📜 Rachi (1)
פז"ר קש"ב כְּבָר פֵּירַשְׁתִּיו בְּמַס' יוֹמָא [ד' ג.] וּמַסֶּכֶת סֻוכָּה [ד' מח.] טָעוּן פַּייִס לַפָּר הַבָּא בַּשְּׁמִינִי וְאֵינוֹ קָרֵב לְפִי סֵדֶר הַמִּשְׁמָרוֹת שֶׁשָּׁנוּ וְשִׁלְּשׁוּ בִּפְרִי הֶחָג חוּץ מִשְּׁתַּיִם שֶׁשָּׁנוּ וְלֹא שִׁלְּשׁוּ וּפַר שֶׁל שְׁמִינִי אֵין אַחַת מֵאוֹתָן שְׁתַּיִם מַקְרִיבָתוֹ אֶלָּא כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת מְפִיסוֹת וְטָעוּן זְמַן וְרֶגֶל לְעַצְמוֹ שֶׁאֵין שֵׁם חַג הַסֻּוכּוֹת עָלָיו וְקָרְבָּן לְעַצְמוֹ שֶׁאֵין קָרְבָּנוֹ כִּשְׁאָר יְמֵי הֶחָג שֶׁהַפָּרִים מִתְמַעֲטִים בָּהֶם אֶחָד אֶחָד וְזֶה אֵינוֹ אֶלָּא פַּר אֶחָד וּשְׁאָר הַיָּמִים שְׁנֵי אֵילִים וְאַרְבָּעָה עָשָׂר כְּבָשִׂים וְזֶה אַיִל אֶחָד וְז' כְּבָשִׂים וְשִׁיר לְעַצְמוֹ אֵין שִׁירוֹ שָׁוֶה לְשֶׁל סֻוכּוֹת שֶׁאוֹמֵר עַל הַדּוּכָן וְלֹא נִתְפָּרֵשׁ לָנוּ שִׁירוֹ וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים נִמְצָא שִׁירוֹ הוּא לַמְנַצֵּחַ עַל הַשְּׁמִינִית בְּרָכָה לְעַצְמָהּ מְבָרְכִין הָיוּ אֶת הַמֶּלֶךְ זֵכֶר לַחֲנֻוכַּת הַבַּיִת שְׁנָא' (מְלָכִים א ח׳:ס״ו) בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ כָּךְ מְפֹורָשׁ בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּסֻוכָּה (פ"ד):
'PZR KCB' — je l'ai déjà expliqué aux traités Yoma (3a) et Souccot (48a) : [le huitième jour] requiert un tirage au sort (payis) pour le taureau offert le huitième [jour], et [ce taureau] n'est pas offert selon l'ordre des tours de garde [sacerdotales] — [tours] qui ont été répétés deux et trois fois pour les taureaux de la fête, hormis deux [gardes] qui furent [servies] deux fois mais non trois, et aucune de ces deux-là n'offre le taureau du huitième [jour], mais toutes les gardes tirent au sort. Il requiert un temps (zeman, la bénédiction chehecheyanou) et [est] une fête à part, car le nom de 'fête de Souccot' ne pèse pas sur lui. Il a une offrande à part, car son offrande n'est pas comme celle des autres jours de la fête, où les taureaux diminuent un à un — celui-ci n'a qu'un seul taureau, alors que les autres jours [ont] deux béliers et quatorze agneaux, et celui-ci un [seul] bélier et sept agneaux. Il a un chant (chir) à part, car son chant n'est pas identique à celui de Souccot, qu'on dit sur l'estrade [des lévites] — et son chant ne nous a pas été précisé ; au traité Sofrim on trouve que son chant est 'Au chef [des chantres], sur la [lyre à] huit [cordes]' (Ps 12). Il a une bénédiction (beracha) à part : on bénissait le roi, en souvenir de la dédicace du Temple, ainsi qu'il est dit (I Rois 8:66) 'au huitième jour il congédia le peuple, et ils bénirent le roi' — ainsi est-ce explicite dans la Tossefta de Souccot (ch. 4).
🗂️ Tossefot (1)
פז"ר קש"ב. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ שֶׁאֵין שֵׁם חַג הַסֻּוכּוֹת עָלָיו וְרוֹצֶה לוֹמַר דִּבְבִרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה מַזְכִּירִין שְׁמִינִי עֲצֶרֶת וְלֹא סֻוכּוֹת וּבְרָכָה לְעַצְמָהּ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁמְּבָרְכִין הָיוּ הַמֶּלֶךְ זֵכֶר לַחֲנֻוכַּת הַבַּיִת דַּכָּתִי' בְּסֵפֶר מְלָכִים (א' ח') בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ כִּדְתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּסֻוכָּה [פ"ד] י"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג פַּייִס בִּפְנֵי עַצְמוֹ זְמַן לְעַצְמוֹ קָרְבָּן שִׁיר וּבְרָכָה לְעַצְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי שִׁלַּח אֶת הָעָם וַיְבָרֲכוּ אֶת הַמֶּלֶךְ וּבְפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה ד' מז. וְשָׁם) אֵין מַשְׁמַע כָּךְ דְּתַנְיָא הָתָם כְּשֵׁם שֶׁשִּׁבְעַת יְמֵי הַחַג טְעוּנִים קָרְבָּן שִׁיר וּבְרָכָה וְלִינָה כָּךְ שְׁמִינִי טָעוּן כו' וְרוֹצֶה לוֹמַר מַאי בְּרָכָה זְמַן וּפָרִיךְ זְמַן כָּל שִׁבְעָה מִי אִיכָּא וּמַסִּיק מַאי בְּרָכָה בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וּתְפִלָּה וְדוֹמֶה לְהַהוּא דִּמְפָרֵשׁ ר"ת הַהִיא דְּהָכָא וְרֶגֶל לְעַצְמוֹ שֶׁטְּעוּנָה לִינָה וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פֵּירֵשׁ לְעִנְיַן אֲבֵילוּת מִשּׁוּם דְּאָמְרִי' בְּמוֹעֵד קָטָן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (ד' יט.) הַקּוֹבֵר מֵתוּ שִׁבְעָה יָמִים קֹודֶם לָרֶגֶל בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵירַת שְׁלֹשִׁים וְזִימְנִין דְּלֵיכָּא שִׁבְעָה קֹודֶם הָרֶגֶל וְאַפֵּי' הָכֵי בָּטְלָה מִמֶּנּוּ גְּזֵירַת שְׁלֹשִׁים מִשּׁוּם שְׁמִינִי עֲצֶרֶת ור"ת עַצְמוֹ יָסַד בְּמַעֲרִיב שֶׁלּוֹ קֹודֶשׁ לְלִינָה וּשְׁלֹשִׁים יִדְחֵם כַּאֲשֶׁר אֲבֵלִים יִנָּחֵם וּמִיהוּ אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁיִּדְחֶה לְגַמְרֵי דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמוֹעֵד קָטָן (ד' כד: וְשָׁם) יוֹם אֶחָד לִפְנֵי הֶחָג וְהֶחָג וּשְׁמִינִי שֶׁלּוֹ הֲרֵי כָּאן אֶחָד וְעֶשְׂרִים יוֹם וּמֵהַהִיא דְּסֻוכָּה אֵין כָּאן רְאָיָה אִם אֵין בְּרָכָה דְּהָכָא כִּי הַהוּא דְּהָתָם וְהָתָם לָא הֲוָה מָצֵי לְאוֹקוֹמֵי בְּבִרְכַּת הַמֶּלֶךְ מִשּׁוּם דְּלֵיתֵיהּ בְּשִׁבְעַת יְמֵי הֶחָג שִׁיר אוֹמֵר ר"ת שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים בְּבֵית הַכְּנֶסֶת מִזְמוֹר שָׁלֵם מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּכָל שְׁאָר יְמֵי הֶחָג שֶׁלֹּא הָיוּ אוֹמְרִים מִזְמוֹר שָׁלֵם אֶלָּא חֶצְיוֹ בְּיוֹם אֶחָד וְחֶצְיוֹ בְּיוֹם אַחֵר כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה ד' נה. וְשָׁם) וְסִימָנָיךְ הומבה"י וּבְמַסֶּכֶת סוֹפְרִים מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים בְּבֵית הַכְּנֶסֶת לַמְנַצֵּחַ עַל הַשְּׁמִינִית וְשֶׁמָּא כְּמוֹ כֵן הָיוּ הַלְוִיִּם אוֹמְרִים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ:
'PZR KCB' — le Contres (Rachi) a expliqué 'fête à part, car le nom de fête de Souccot ne pèse pas sur lui', voulant dire que dans le birkat ha-mazon et la prière on mentionne 'Chemini Atseret' et non 'Souccot' ; et la 'bénédiction à part', le Contres a expliqué qu'on bénissait le roi, en souvenir de la dédicace du Temple, ainsi qu'il est écrit au livre des Rois (I 8) 'au huitième jour il congédia le peuple et ils bénirent le roi', comme il est enseigné dans la Tossefta de Souccot (ch. 4) : 'le dernier jour de fête [à] un tirage au sort à part, un temps à part, une offrande, un chant et une bénédiction à part, ainsi qu'il est dit au huitième jour il congédia le peuple et ils bénirent le roi'. Or au chapitre 'Loulav va-arava' (Souccot 47a) il ne semble pas [en aller] ainsi, car il est enseigné là : 'de même que les sept jours de la fête requièrent une offrande, un chant, une bénédiction et une nuitée (lina), de même le huitième requiert [tout cela]', et [la Guemara] veut dire : quelle est cette bénédiction ? le zeman ; et objecte : le zeman [se dit-il vraiment] durant les sept [jours] ? et conclut : quelle est cette bénédiction ? le birkat ha-mazon et la prière — semblable à ce que R. Tam explique ici : 'et une fête à part, qui requiert une nuitée'. Et Rabbenou Hananel a expliqué [PZR KCB] quant au deuil, car nous disons à Moed Katan, au dernier chapitre (19a), que celui qui enterre son mort sept jours avant la fête voit le décret des trente [jours] annulé par [la fête] ; et parfois il n'y a pas sept [jours] avant la fête, et néanmoins le décret des trente est annulé par [le] Chemini Atseret. Et R. Tam lui-même a composé dans son maariv 'saint pour la nuitée, [et le deuil de] trente il [les] repousse, comme il console les endeuillés'. Toutefois on ne peut dire qu'il [l ]annule entièrement, car nous disons au dernier chapitre de Moed Katan (24b) : 'un jour avant la fête, la fête, et son huitième, voilà vingt et un jours'. Et de [la sougya de] Souccot il n'y a pas là de preuve si la 'bénédiction' de [notre passage] n'est pas comme celle de là-bas, car là-bas on ne pouvait l'expliquer par la bénédiction du roi, celle-ci n'existant pas durant les sept jours de la fête. 'Chir' — R. Tam dit qu'on récitait à la synagogue un psaume entier, ce qui n'a pas lieu les autres jours de la fête, où l'on ne disait pas un psaume entier mais [seulement] sa moitié un jour et sa [seconde] moitié un autre jour, comme il est [exposé] au chapitre 'Hé-halil' (Souccot 55a), le mnémonique en étant HOMBHY ; et au traité Sofrim il apparaît qu'on disait à la synagogue 'Au chef, sur la huitième', et peut-être de même les lévites [le] disaient-ils au Temple.
💡 Explication

Contre-objection : le huitième jour n'est une fête distincte que pour les six aspects de l'acronyme PZR KCB (Payis, Zeman, Reguel, Korban, Chir, Beracha). Mais pour le rattrapage (tashlumin), tous conviennent qu'il reste un jour de rattrapage du premier jour de Souccot — donc Souccot aurait bien huit jours de rattrapage.

🖼️ Schéma
Chemini Atseret : fête à part entière — l'acronyme PZR KCB six aspects par lesquels le 8e jour se distingue de Souccot P — Payis tirage au sort propre Z — Zeman bénédiction chehecheyanou R — Reguel fête à part (nom propre) K — Korban offrande propre (1 taureau) Ch — Chir chant propre au Temple B — Beracha bénédiction propre Mais pour le RATTRAPAGE (tashlumin), tous conviennent que le 8e jour reste un jour de rattrapage du 1er jour de Souccot.
PZR KCB : les six aspects distinguant Chemini Atseret.
14
דִּתְנַן: מִי שֶׁלֹּא חָג יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג — חוֹגֵג אֶת כָּל הָרֶגֶל וְיוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג.

Comme nous avons appris [dans la michna] : celui qui n'a pas apporté la hagiga (offrande de fête) le premier jour de la fête — [il l ]apporte [alors] pendant tout le regel et [même] le dernier jour de fête de la fête.

💡 Explication

Preuve que le huitième jour est un jour de rattrapage : la michna enseigne que qui n'a pas apporté sa hagiga le premier jour de Souccot peut la rattraper tout au long de la fête, y compris le dernier jour (le huitième) — d'où l'on aurait pu croire que Chavouot, assimilée à Souccot, disposerait de huit jours.

15
תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה — לֹא תָּפַשְׂתָּ, תָּפַשְׂתָּ מוּעָט — תָּפַשְׂתָּ.

[Selon le principe :] si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi ; si tu as saisi peu, tu as saisi.

🗂️ Tossefot (1)
תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַשְׂתָּ. לָא דָּמֵי לְהָא דְּדָרְשִׁינַן יָמִים שְׁנַיִם רַבִּים שְׁלֹשָׁה דְּהָתָם נִיחָא טְפֵי שֶׁאִם בָּאתָ לְהוֹסִיף יוֹתֵר מִשְּׁנַיִם אֵין לַדָּבָר סוֹף אֲבָל הָכָא יֵשׁ לַדָּבָר סוֹף דִּטְפֵי מִשְּׁמוֹנָה לֹא וּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים תַּנְיָא יָמִים שְׁנַיִם יָכוֹל יָמִים הַרְבֵּה אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא כָּל שֶׁמִּשָּׁמְעוֹ מְרֻובֶּה וּמִשָּׁמְעוֹ מוּעָט תָּפַשְׂתָּ מְרֻובֶּה לֹא תָּפַשְׂתָּ ר' יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר שְׁתֵּי מִדּוֹת אַחַת כֻּלָּהּ וְאַחַת אֵינָהּ כָּלֶה מוֹדְדִין בְּמִדָּה כֻּלָּהּ וְלֹא בְּמִדָּה שֶׁאֵינָהּ כֻּלָּהּ אָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה וְכִי לָמָּה בָּא הַכָּתוּב לִפְתֹּוחַ אוֹ לִנְעֹול כו' וּבְרֵישׁ סֻוכָּה (ד' ה: וְשָׁם) הִיא כְּתוּבָה:
'Si tu as saisi beaucoup, tu n'as rien saisi' — cela ne ressemble pas à ce que nous exposons '[le mot] yamim (jours) [signifie] deux, rabim (nombreux) [signifie] trois' : là, c'est plus satisfaisant, car si l'on venait à ajouter au-delà de deux, la chose serait sans fin ; mais ici la chose a une fin, car au-delà de huit [il n'y a] pas. Et dans le Torat Cohanim il est enseigné : 'yamim, deux — on aurait pu [croire] jamim nombreux ; R. Akiva dit : tout ce dont le sens [peut être] grand et le sens petit — si tu as saisi le grand, tu n'as rien saisi ; R. Yehouda ben Betera dit : deux mesures, l'une finie et l'autre non finie, on mesure par la mesure finie et non par la mesure non finie ; R. Nehemia dit : et pourquoi l'Écriture est-elle venue, pour ouvrir ou pour fermer, etc.' Et au début de Souccot (5b) elle est [aussi] écrite.
💡 Explication

Réponse : mieux vaut assimiler Chavouot à Pessa'h (sept jours) qu'à Souccot (huit), en vertu du principe herméneutique tefasta mouat tefasta : dans un cas de doute entre deux nombres, retenir le petit, car il est inclus dans le grand — le grand, lui, n'est pas assuré.

16
אֶלָּא לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבֵיהּ רַחֲמָנָא לְחַג הַסֻּוכּוֹת? לְאַקּוֹשֵׁיהּ לְחַג הַמַּצּוֹת:

Mais alors, pour quelle règle le Miséricordieux a-t-il écrit 'la fête de Souccot' [dans ce verset] ? Pour l'assimiler à la fête des Matsot :

💡 Explication

Si Chavouot est assimilée à Pessa'h (et non à Souccot), à quoi sert la mention de Souccot dans le verset des trois fêtes ? Réponse : à établir une autre analogie entre Souccot et Pessa'h — enseignement qui se poursuit sur le daf suivant (5a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).