Rosh Hachana 5b - le bal te-acher : ne pas tarder à acquitter vœux et offrandes ; sources scripturaires, exclusion des substituts, et le retard qui n-invalide pas l-offrande

Rosh Hashanah 5b

Sougya : Ce daf poursuit l-étude du bal te-acher (l-interdit de tarder à s-acquitter d-un vœu ou d-une offrande). Une beraita dérive de chaque mot de Deut 23:22 l-ensemble des obligations concernées : vœux et dons, consécrations pour l-entretien du Temple (damim, arakhin, haramim, hekdechot), offrandes obligatoires (hatat, acham, ola, chelamim), charité, dîmes, premier-né, et même les dons du pauvre (leket, chikhecha, pea).

Le mot HOU ('l-acquitter LUI') exclut les 'substituts' (hiloufin) : la Guemara démontre par élimination qu-il s-agit du substitut d-une toda (action de grâces) mélangée à sa temoura, qui n-a plus de solution. Rav Chechet et Rava réinterprètent le cas pour qu-il vise un substitut réellement offrable.

Enfin, 've-haya vekha het' enseigne que le retard met le péché dans l-homme, non dans l-offrande, qui n-est pas invalidée - point confirmé par le hekech (analogie) entre le premier-né et la dîme, selon Aherim.

Deut 23:22 : chaque mot du verset élargit le champ du bal te-acher 'Quand tu voueras un vœu... tu ne tarderas pas à l-acquitter ; car [Il] te [le] réclamera... et il y aura en toi péché' ki tidor neder le vœu (neder) + don (nedava, par g-zera chava) la-Chem Elo-eikha damim, arakhin, haramim, hekdechot (bedek ha-bayit) ki daroch yidrechenou hataot, achamot, olot, chelamim (obligatoires) Chem Elo-eikha tsedakot, maasrot, bekhor (aîné) me-imkha leket, chikhecha, pea (parts du pauvre) ve-haya vekha het le péché est EN TOI, non dans ton offrande 'lo te-acher le-chalmo' : HOU ve-lo hiloufav (lui, non ses substituts) chiloufei ola / chelamim ? -> mikrav karev (il est offert) donc il EST visé par le bal te-acher chiloufei hatat ? -> le-mita azla (voué à la mort) pas besoin de l-exclure Conclusion : hiloufav = chiloufei toda (substitut d-un sacrifice d-action de grâces) mélangé à l-original, il n-a pas de solution (avec ou sans pain) : c-est lui que le verset exclut
La derasha complète de Deut 23:22 : chaque expression du verset ajoute une catégorie au bal te-acher, puis l-exclusion des substituts (segments 1-6).
La toda mélangée à sa temoura : pourquoi 'pas de solution' toda (action de grâces) exige le pain (40 hallot) temoura (substitut) offerte SANS pain -> les deux se mélangent, puis l-une meurt : l-autre est indéterminée L-offrir AVEC pain ? -> peut-être est-ce la temoura (qui n-en veut pas) : passoul L-offrir SANS pain ? -> peut-être est-ce la toda (qui l-exige) : passoul Aucune voie n-est valide : elle 'n-a pas de solution' (ein la takana) Objection (Rav Chechet) : si elle est de toute façon inoffrable, pourquoi un verset pour l-exclure ? -> le verset vise en réalité un substitut offrable, pris après coup (voir schéma du haut)
Le cas de la toda mélangée à sa temoura : pourquoi elle 'n-a pas de solution', et l-objection de Rav Chechet (segments 6-9).
Le retard ne disqualifie pas l-offrande : deux sources 've-haya vekha het' le péché est EN TOI, non dans ton offrande source générale pour tous les kodachim nécessaire : les kodachim 'appaisent', on aurait pu croire qu-ils n-appaisent plus hekech bekhor / maaser 'et tes premiers-nés... la dîme' (Deut 14:23) la dîme n-est pas invalidée d-une année à l-autre -> le bekhor non plus, même après sa 1ère année bekhor : 'lav bar aratsaa' (n-appaise pas) ; kodachim : 'bnei aratsaa' -> il faut LES DEUX versets Aherim (seg 12-14) : le bekhor dont l-année a passé n-est pas passoul comme un pesolei ha-mukdachin
Le retard n-invalide pas l-offrande : les deux sources ('ve-haya vekha het' et le hekech bekhor/maaser) et pourquoi elles sont toutes deux nécessaires (segments 4, 12-14).
1
כְּפֶסַח דָּמוּ — קָא מַשְׁמָע לַן.

[On aurait pu penser qu-elles] sont assimilées au sacrifice pascal (pessa'h) - et que, dès lors, [on transgresse le bal te-acher] dès la première fête ; [la beraita] nous enseigne [qu-il n-en est rien : trois fêtes sont requises].

📜 Rachi (1)
כַּפֶּסַח דָּמוֹ וּבָרֶגֶל רִאשׁוֹן יַעֲבֹור עֲלֵיהֶן:
Assimilées au pessa'h - et [donc] à la première fête on transgresserait à leur sujet.
💡 Explication

Fin de la sougya précédente. On aurait pu croire que les chelamim liés au pessa'h (comme le pessa'h lui-même) rendent l-homme fautif dès la première fête qui passe. La beraita enseigne que non : comme les autres offrandes, il faut le passage de trois fêtes (regalim) avant de transgresser le bal te-acher (l-interdit de tarder).

2
מְנָהָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״כִּי תָּדוּר נֶדֶר״, אֵין לִי אֶלָּא נֶדֶר. נְדָבָה מִנַּיִן?

D-où [tirons-nous] ces règles [que toutes les offrandes énumérées plus haut relèvent du bal te-acher] ? Comme l-ont enseigné nos maîtres : 'Quand tu voueras un vœu (ki tidor neder)' - je n-ai là que le vœu (neder).

Le don (nedava), d-où [le sais-je] ?

📜 Rachi (3)
מְנָא הָנֵי מִילֵּי דְּאָכַל הָנָךְ דְּתַנְיָא בְּמַתְנִיתָא לְעֵיל אִיכָּא בַּל תְּאַחֵר:
D-où [tirons-nous] ces règles - que sur toutes ces [offrandes] enseignées plus haut dans la beraita il y a un bal te-acher.
נָדַר הֲרֵי עָלַי:
Neder (vœu) - '[il m-incombe] à moi' (harei alai : je me rends responsable d-apporter une offrande).
נְדָבָה הֲרֵי זוֹ:
Nedava (don) - 'voici ceci [comme offrande]' (harei zo : l-engagement porte sur cet animal précis).
💡 Explication

La Guemara cherche la source scripturaire du bal te-acher. Le verset (Deut 23:22) dit 'quand tu voueras un vœu' : cela vise le neder ('je m-engage à apporter une offrande', responsabilité personnelle) mais pas encore la nedava ('j-apporte cet animal-ci', engagement portant sur un animal précis). D-où inclut-on aussi la nedava ?

3
נֶאֱמַר כָּאן ״נֶדֶר״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״אִם נֶדֶר אוֹ נְדָבָה״. מַה לְהַלָּן — נְדָבָה עִמּוֹ, אַף כָּאן — נְדָבָה עִמּוֹ.

Il est dit ici 'vœu (neder)', et il est dit ailleurs (Lev 7:16) 'si son sacrifice est un vœu ou un don (im neder o nedava)'. De même que là-bas le don est [associé] avec lui [le vœu], de même ici le don est [associé] avec lui.

📜 Rachi (1)
נֶאֱמַר לְהַלָּן נֶדֶר וְאִם נֶדֶר אוֹ נְדָבָה וְגוֹ':
Il est dit ailleurs 'vœu' - '[si c-est] un vœu ou un don, etc.' (Lev 7:16).
🗂️ Tossefot (1)
וְנֶאֱמַר לְהַלָּן אִם נֶדֶר אוֹ נְדָבָה. הֲוָה מָצֵי לַאֲתוּיֵי מֵהַאי עִנְיָינָא גּוּפֵיהּ דִּכְתִיב בֵּיהּ (דְּבָרִים כג) כַּאֲשֶׁר נָדַרְתָּ נְדָבָה:
'Et il est dit ailleurs : si un vœu ou un don' - [le derachan] aurait pu l-amener depuis ce sujet-là même, où il est écrit (Deut 23:24) 'comme tu l-as voué [au S-] librement (nedava)'.
💡 Explication

Réponse par guezera chava (analogie verbale) : le mot 'neder' apparaît ici et en Lev 7:16 ('un vœu ou un don'). Puisque la-bas le don (nedava) accompagne le vœu, ici aussi la nedava est incluse dans le bal te-acher.

4
״לָהּ׳ אֱ-לֹהֶיךָ״ — אֵלּוּ הַדָּמִין הָעֲרָכִין וְהַחֲרָמִין וְהַהֶקְדֵּשׁוֹת. ״לֹא תְאַחֵר לְשַׁלְּמוֹ״ — הוּא וְלֹא חִילּוּפָיו. ״כִּי דְּרוּשׁ יִדְרְשֶׁנּוּ״ — אֵלּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים.

'À l-Éternel ton D-eu (la-Chem Elo-eikha)' - ce sont les évaluations pécuniaires (damim), les valuations (arakhin), les [biens] frappés d-interdit (haramim) et les consécrations (hekdechot). 'Tu ne tarderas pas à l-acquitter (lo te-acher le-chalmo)' - LUI et non ses substituts. 'Car [Il] le réclamera assurément (ki daroch yidrechenou)' - ce sont les hataot (sacrifices pour le péché), les achamot (sacrifices de culpabilité), les olot (holocaustes) et les chelamim (sacrifices de paix).

📜 Rachi (4)
אֵלּוּ הַדָּמִין וְהָעֲרָכִין כו' שֶׁהֵן קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת וְכֻולָּן לָהּ' וְאֵין לַכֹּהֲנִים בָּהֶן כְּלוּם:
Ce sont les damim et les arakhin, etc. - qui sont des consécrations pour l-entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit) ; toutes sont 'à l-Éternel' et les cohanim n-y ont aucune part.
הוּא וְלֹא חִילּוּפָיו עָלָיו אַתָּה עוֹבֵר וְלֹא עַל חִילּוּפָיו וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ לָהּ:
LUI et non ses substituts - c-est sur lui que tu transgresses, non sur ses substituts ; [la Guemara] l-expliquera plus loin.
אֵלּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת שֶׁהֵן נִדְרָשִׁין מִמְּךָ שֶׁהֲרֵי חוֹבָה הֵם מֻוטָּלִין עָלֶיךָ:
Ce sont les hataot et les achamot - qui sont 'réclamées' de toi, car ce sont des obligations qui pèsent sur toi.
וְעוֹלוֹת וּשְׁלָמִים כְּגוֹן עוֹלַת רְאִיָּה וְשַׁלְמֵי חֲגִיגָה שֶׁהֵן חוֹבָה דְּאִלּוּ דְּנֶדֶר וּנְדָבָה בְּרֵישָׁא דִּקְרָא כְּתִיבִי וה"ה נָמֵי לִבְכוֹר וּלְמַעֲשֵׂר וּפֶסַח שֶׁהֵן חוֹבָה:
Et les olot et les chelamim - comme l-ola de comparution (olat ré-iya) et les chelamim de fête (chalmei hagiga), qui sont obligatoires ; car ceux [qui relèvent] du vœu et du don sont écrits au début du verset ; et il en va de même pour le premier-né, la dîme et le pessa'h, qui sont obligatoires.
🗂️ Tossefot (2)
עֲרָכִין וַחֲרָמִין וְהֶקְדֵּשׁוֹת. בְּכוּלְּהוּ כְּתִיב לָהּ' גַּבֵּי עֲרָכִין כְּתִיב בְּעֶרְכְּךָ נְפָשׁוֹת לָה' (וַיִּקְרָא כ״ז:כ״ח-כ״ט) וּבַחֲרָמִין כְּתִיב (שָׁם) קֹדֶשׁ קָדָשִׁים הוּא לַה' וְגַבֵּי חֶרְמֵי כֹּהֵן נַמֵּי דְּרֵישׁ לֵיהּ בִּבְכוֹרוֹת בר"פ כָּל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים (בְּכוֹרוֹת ד' לב.) וּבְהֶקְדֵּשׁוֹת כְּתִיב (שָׁם) אִישׁ כִּי יַקְדִּישׁ אֶת בֵּיתוֹ קֹדֶשׁ לַה' וא"ת מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי תִּיפּוֹק לֵיהּ חַטָּאת וְאָשָׁם וְעוֹלָה וּשְׁלָמִים כִּדְדָרְשִׁינַן נָמֵי לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין מִדִּכְתִיב לָהּ' אֱ-לֹהֶיךָ בִּקְרָא דְּמוֹצֵא שְׂפָתֶיךָ תִּשְׁמֹור וי"ל [דִּלְקַמָּן דְּאִית לֵיהּ קְרָא אַחַרְיַנָא לְקָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת מֵאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ מוּקֵי לֵיהּ קְרָא דְּלָה' אֱ-לֹהֶיךָ לְחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת דְּמִסְתַּבֵּר אֲבָל הָכָא] אִי לָאו דִּכְתִיב דְּרוּשׁ יִדְרְשֶׁנּוּ בְּחַטָּאת וְאָשָׁם הֲוָה מוֹקְמִינַן בְּהוּ הַאי קְרָא וְלָא הֲוָה שָׁמְעִינַן עֲרָכִין חֲרָמִין וְהֶקְדֵּשׁוֹת [וְלֵיכָּא לְמִלְּפִינְהוּ נָמֵי מִדְּרוּשׁ יִדְרְשֶׁנּוּ דְּלָא מַשְׁמַע אֶלָּא שֶׁבָּא עַל חֵטְא]:
Arakhin, haramim et hekdechot - dans tous, il est écrit 'à l-Éternel' : pour les arakhin il est écrit 'les évaluations de personnes à l-Éternel' (Lev 27) ; pour les haramim il est écrit 'c-est un saint des saints à l-Éternel' (ibid.) ; et pour les haramim [voués] au cohen aussi, [le Talmud] l-expose dans Bekhorot (32a) ; pour les hekdechot il est écrit 'un homme qui consacre sa maison [comme] saint à l-Éternel' (ibid.). Et si tu demandes : par ce même raisonnement, qu-on tire aussi de là [de 'à l-Éternel'] la hatat, l-acham, l-ola et les chelamim, comme nous l-exposons plus loin dans notre sougya à partir de 'à l-Éternel ton D-eu' écrit dans le verset 'ce qui sort de tes lèvres tu observeras' (Deut 23:24) ? On peut répondre : [plus loin, où l-on dispose d-un autre verset pour les consécrations d-entretien du Temple, tiré de 'ce que tu as prononcé', on rapporte le verset 'à l-Éternel ton D-eu' aux hataot et achamot, ce qui est logique ; mais ici,] si 'ki daroch yidrechenou' n-était pas écrit à propos de la hatat et de l-acham, nous y aurions rapporté ce verset [de 'à l-Éternel'] et nous n-aurions pas appris les arakhin, les haramim et les hekdechot ; [et l-on ne peut pas non plus les tirer de 'daroch yidrechenou', qui n-évoque que ce qui vient à cause d-un péché].
אֵלּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת. שֶׁהֵן נִדְרָשִׁין מִמְּךָ שֶׁהֲרֵי הֵם מֻוטָּלִין חוֹבָה עָלֶיךָ וְעוֹלוֹת וּשְׁלָמִים כְּגוֹן עוֹלַת רְאִיָּה וְשַׁלְמֵי חֲגִיגָה שֶׁהֵם חוֹבָה דְּאֵלּוּ נְדָרִים וּנְדָבוֹת מִכִּי תָּדוּר נֶדֶר נָפְקִי וְתֵימַהּ שַׁלְמֵי חֲגִיגָה וּרְאִיָּה זִמְנָא קְבִיעָא לְהוּ דְּעָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ וא"כ אִם אַקֻּרְבֵּיהּ אַקֻּרְבֵּיהּ וְכוּ' כִּדְאַקְּשִׁינַן לְעֵיל גַּבֵּי פֶּסַח וְי"ל דְּמ"מ הֵיכָא דְּהֻופְרְשׁוּ וְלֹא הִקְרִיבָם קָאֵי עֲלַייְהוּ בְּבַל תְּאַחֵר כֵּיוָן שֶׁלֹּא נִפְסְלוּ בְּכָךְ וי"מ דְּנָפְקָא לְהוּ חַטָּאת מִדִּכְתִיב לְשׁוֹן דְּרִישָׁה גַּבֵּי חַטָּאת דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י׳:ט״ז) דָּרַשׁ דָּרַשׁ מֹשֶׁה וְאָשָׁם עוֹלָה וּשְׁלָמִים דְּאִיתַּקּוּשׁ בְּהֶיקֵּישָׁא דְּזֹאת הַתּוֹרָה בְּסוֹף הַתּוֹדָה (מְנָחוֹת דַּף פב: וְשָׁם) וְלֹא יִתָּכֵן דא"כ נְדָרִים וּנְדָבוֹת נָמֵי וּבְכוֹר וּמַעֲשֵׂר וּפֶסַח נָמֵי תִּיפּוֹק מֵהָתָם דְּכֻולְּהוּ אִיתַּקּוּשׁ:
Ce sont les hataot et les achamot - qui sont réclamées de toi car elles pèsent sur toi comme une obligation ; et les olot et les chelamim comme l-ola de comparution et les chelamim de fête, qui sont obligatoires - car ceux [qui relèvent] du vœu et du don, on les tire de 'ki tidor neder'. Et il y a lieu de s-étonner : les chelamim de fête et de comparution ont un temps fixé, [si bien que] la fête passée sans qu-il ait célébré, il n-est plus responsable de les apporter ; et s-il en est ainsi, 's-il l-a apporté, il l-a apporté', etc., comme nous l-avons objecté plus haut au sujet du pessa'h ! On peut répondre : quoi qu-il en soit, là où [les animaux] ont été mis à part et [pourtant] non offerts, on demeure à leur égard sous le bal te-acher, puisqu-ils n-ont pas été invalidés par là [pour autant]. Et certains expliquent que la hatat se tire du terme de 'réclamation (dericha)' écrit à son sujet, comme il est dit (Lev 10:16) 'Moché réclama, réclama (daroch darach)', et l-acham, l-ola et les chelamim par l-analogie (hekech) de 'telle est la loi (zot ha-tora)' à la fin de [la section de] la toda (Menahot 82b) ; mais cela ne convient pas, car s-il en était ainsi, les vœux et les dons aussi, ainsi que le premier-né, la dîme et le pessa'h, se tireraient de là, puisque tous sont [inclus dans] l-analogie.
💡 Explication

Chaque expression du verset ajoute une catégorie. 'La-Chem' inclut les consécrations pour l-entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit) : damim (dons de valeur), arakhin (valuations d-une personne selon la Tora), haramim (biens voués par interdit), hekdechot. 'Lo te-acher le-chalmo' : le mot 'lechalmo' (l-acquitter LUI) exclut les substituts (hiloufin). 'Ki daroch yidrechenou' inclut les offrandes obligatoires : hatat, acham, ola, chelamim.

5
״ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״ — אֵלּוּ צְדָקוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וּבְכוֹר. ״מֵעִמָּךְ״ — זֶה לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה. ״וְהָיָה בְּךָ חֵטְא״ — וְלֹא בְּקָרְבָּנְךָ חָטָא.

'L-Éternel ton D-eu (Chem Elo-eikha)' [redite] - ce sont les [vœux de] charité (tsedakot), les dîmes (maasrot) et le premier-né (bekhor). 'De toi (me-imkha)' - c-est le glanage (leket), l-oubli (chikhecha) et le coin du champ (pea). 'Et il y aura en toi péché (ve-haya vekha het)' - mais non dans ton offrande péché.

📜 Rachi (3)
ה' אֱ-לֹהֶיךָ אֵלּוּ צְדָקוֹת וּמַעַשְׂרוֹת דְּהָא קְרָא יַתִּירָא הוּא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב כִּי דָּרוֹשׁ יִדְרְשֶׁנּוּ וּכְבָר ה' כָּתוּב לְמַעְלָה בַּמִּקְרָא נִדְרוֹשׁ בֵּיהּ לַאֲתוּיֵי צְדָקוֹת וּמַעַשְׂרוֹת שֶׁכָּתוּב בָּהֶן שֵׁם זֶה וּלְךָ תִּהְיֶה צְדָקָה לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ (דְּבָרִים כ״ד:י״ג) וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ (שָׂם יָד):
'L-Éternel ton D-eu, ce sont les charités et les dîmes' - car c-est un verset redondant : il aurait suffi d-écrire 'ki daroch yidrechenou', et le [Nom] de l-Éternel étant déjà écrit plus haut dans le verset, nous [en] tirons une exégèse pour inclure les charités et les dîmes, au sujet desquelles ce Nom est écrit : 'et pour toi ce sera une justice (tsedaka) devant l-Éternel ton D-eu' (Deut 24:13) et 'tu mangeras devant l-Éternel ton D-eu la dîme de ton blé' (ibid. 14).
מֵעִמָּךְ זֶה לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה שֶׁהֵן חֶלְקוֹ שֶׁל עָנִי דִּכְתִיב בֵּיהּ אֶת הֶעָנִי עִמְּךָ (שְׁמוֹת כ״ב:כ״ד):
'De toi, c-est le leket, la chikhecha et la pea' - qui sont la part du pauvre, comme il est écrit à son sujet 'le pauvre [qui est] avec toi (imakh)' (Ex 22:24).
וְלֹא בְּקָרְבָּנְךָ חֵטְא אֵין הַקָּרְבָּן נִפְסָל בְּכָךְ:
Mais non dans ton offrande péché - l-offrande n-est pas invalidée par cela.
🗂️ Tossefot (1)
וּמַעַשְׂרוֹת וּבְכוֹר. מַעֲשֵׂר וּבְכוֹר מִכִּי דְּרוּשׁ יִדְרְשֶׁנּוּ לָא נָפְקָא דְּלָא דָּמֵי חִיּוּבָא דִּידְהוּ לְחִיּוּבָא דְּחַטָּאת וְאָשָׁם דְּאִי לֵית לֵיהּ בְּכוֹר וּמַעֲשֵׂר לָא מִיחַייַּב בְּהוּ וּפֶסַח לָא גָּרְסִינַן הָכָא דְּאִי בְּשַׁלְמֵי פֶּסַח כְּרַב שֵׁשֶׁת מֵהֵיכָא דְּנָפְקָא שְׁלָמִים נָפְקָא לְהוּ וּמִיהוּ יֵשׁ לְחַלֵּק:
Les dîmes et le premier-né - la dîme et le premier-né ne se tirent pas de 'ki daroch yidrechenou', car leur obligation ne ressemble pas à celle de la hatat et de l-acham : s-il n-a pas de premier-né ni de dîme, il n-en est pas responsable [rien ne l-oblige à les créer]. Et 'pessa'h', on ne le lit pas ici : car s-il s-agit des chelamim du pessa'h selon Rav Chechet, ils se tirent de là où se tirent les chelamim. Néanmoins, il y a lieu de distinguer.
💡 Explication

Suite de la derasha. La redite de 'Chem Elo-eikha' inclut la charité, les dîmes et le premier-né. 'Me-imkha' (de toi) inclut les parts du pauvre : leket (épis tombés), chikhecha (gerbe oubliée), pea (coin du champ). 'Ve-haya vekha het' enseigne que le péché du retard est en toi (l-homme), mais que l-offrande n-est pas invalidée par le retard.

6
אָמַר מַר: ״לֹא תְאַחֵר לְשַׁלְּמוֹ״ — הוּא וְלֹא חִילּוּפָיו. חִילּוּפֵי מַאי? אִי חִילּוּפֵי עוֹלָה וּשְׁלָמִים — מְקָרֵב קָרְבִי.

Le Maître a dit : 'Tu ne tarderas pas à l-acquitter' - LUI et non ses substituts. Les substituts de quoi ?

Si [ce sont] les substituts d-une ola ou de chelamim - il est [de toute façon] offert (mikrav karev) !

📜 Rachi (2)
חִילּוּפֵי עוֹלֶה כְּגוֹן אָבְדָה וְהִפְרִישׁ אַחֶרֶת תַּחְתֶּיהָ נִמְצֵאת הָרִאשׁוֹנָה וְנִתְכַּפֵּר בָּהּ:
Substitut d-une ola - par exemple [l-animal] s-est perdu, il en a mis un autre à part à sa place, [puis] le premier a été retrouvé et [le propriétaire] s-est acquitté par lui.
מְקָרֵב קָרְבִי וְכֵיוָן דְּקָרְבָה הֲרֵי הִיא קָרְבָּן לְעַצְמָהּ וּלְשָׁלְמוּ קָרֵינָא בֵיהּ:
Il est offert (mikrav karev) - et dès lors qu-il est offert, il est une offrande à part entière, et 'l-acquitter (le-chalmo)' s-applique bien à lui.
💡 Explication

La Guemara scrute l-exclusion des substituts (hiloufin). De quel substitut parle-t-on ? Si c-est le substitut d-une ola ou de chelamim (un animal mis à part en remplacement d-un perdu, puis l-original retrouvé et offert) - ce substitut est offert lui aussi (mikrav karev) : il est donc, à l-évidence, visé par le bal te-acher, et point besoin de l-exclure.

7
אִי חִילּוּפֵי חַטָּאת, לְמִיתָה אָזְלָא. אֶלָּא מַאי חִילּוּפָיו — חִילּוּפֵי תּוֹדָה.

Si [ce sont] les substituts d-une hatat - elle est vouée à la mort (le-mita azla). Alors, quels [sont] ses substituts ?

Les substituts d-une toda (action de grâces).

📜 Rachi (2)
חִילּוּפֵי חַטָּאת שֶׁכִּיפְּרוּ בְּעָלֶיהָ מֵחָמֵשׁ חַטָּאוֹת הַמֵּתוֹת הִיא וּפְשִׁיטָא דְּלָא עָבַר עָלֶיהָ בְּבַל תְּאַחֵר:
Substitut d-une hatat - dont le propriétaire s-est acquitté [par un autre] : elle fait partie des cinq hataot vouées à la mort, et il est évident qu-on ne transgresse pas à son sujet le bal te-acher.
חִילּוּפֵי תּוֹדָה וּכְגוֹן שֶׁנִּתְעָרְבָה בָּרִאשׁוֹנָה וקי"ל עַל זֶבַח הַתּוֹדָה חַלּוֹת הַתּוֹדָה טְעוּנָה לֶחֶם וְלֹא חֲלִיפָתָהּ וְלֹא תְּמוּרָתָהּ טְעוּנִין לֶחֶם:
Substitut d-une toda - et [ce] dans le cas où elle s-est mélangée à la première ; et nous tenons pour établi que 'sur le sacrifice de la toda' [des hallot] : la toda requiert du pain, mais non son substitut (haliftato) ni sa temoura, qui ne requièrent pas de pain.
🗂️ Tossefot (1)
אִי חֲלִיפֵי חַטָּאת לְמִיתָה אָזְלָא. וְאִי חֲלִיפֵי אָשָׁם לִרְעִייָּה אָזְלָא דקי"ל (נָזִיר כה:) כָּל שֶׁבְּחַטָּאת מֵתָה בְּאָשָׁם רוֹעֶה ולר"ת דִּמְפָרֵשׁ דְּמִן הַדִּין בְּאָשָׁם קָרֵב עוֹלָה א"כ מְקָרֵב קָרְבִי:
Si [ce sont] les substituts d-une hatat, elle est vouée à la mort - et si [ce sont] les substituts d-un acham, il va au pâturage (le-ré-iya azla), car nous tenons pour établi (Nazir 25b) que 'tout [cas] où, pour la hatat, [l-animal] meurt, pour l-acham il paIt'. Et selon Rabbenou Tam, qui explique que selon la [stricte] loi l-acham [en un tel cas] est offert comme une ola - s-il en est ainsi, il est offert (mikrav karev) [et donc, là aussi, point besoin de l-exclure].
💡 Explication

Si c-est le substitut d-une hatat (dont le propriétaire s-est déjà acquitté par l-original) : cet animal fait partie des cinq hataot vouées à la mort (le-mita azla) - il n-est jamais offert, donc pas besoin de l-exclure du bal te-acher. Par élimination, le substitut visé est celui d-une toda (action de grâces).

8
דְּתָנֵי רַבִּי חַייָּא: תּוֹדָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בִּתְמוּרָתָהּ, וּמֵתָה אַחַת מֵהֶן — חֲבֶרְתָּהּ אֵין לָהּ תַּקָּנָה.

Comme l-a enseigné Rabbi Hiya : une toda qui s-est mélangée à sa temoura, et [dont] l-une des deux est morte - l-autre n-a pas de solution (ein la takana).

📜 Rachi (1)
וּמֵתָה אַחַת מֵהֶן שֶׁאִם הָיוּ שְׁתֵּיהֶן קַייָּמוֹת מְבִיאָן וּמֵבִיא אַרְבָּעִים חַלּוֹת כְּמִשְׁפַּט הַתּוֹדָה וְאוֹמֵר הֲרֵי הַלֶּחֶם הַזֶּה לְשֵׁם אוֹתָהּ שֶׁהִיא תּוֹדָה וּשְׁחִיטַת הַתּוֹדָה תִּקָּדֵשׁ אַרְבָּעִים כְּמִשְׁפָּטָהּ אֲבָל מֵתָה אֵין לַחֲבֶרְתָּהּ תַּקָּנָה (וְהֵיכִי) מְמַעֵט קְרָא מִבַּל תְּאַחֵר:
Et [dont] l-une des deux est morte - car si les deux étaient encore vivantes, il les apporte, apporte quarante hallot selon la règle de la toda, et déclare : 'ce pain est au titre de celle qui est la toda' ; l-abattage de la toda sanctifiera les quarante [hallot] selon sa règle. Mais [l-une] étant morte, l-autre n-a pas de solution - et [c-est ainsi que] le verset [l-]exclut du bal te-acher.
💡 Explication

Beraita de R. Hiya : une toda et sa temoura (substitut) se sont mélangées (les deux étant consacrées), puis l-une meurt. La survivante est désormais indéterminée : on ne sait plus si c-est la toda ou la temoura. Elle n-a plus de solution (ein la takana) et devra paItre jusqu-à devenir tarée (baalat moum).

9
הֵיכִי לֶיעֱבֵיד? לַיקְרְבַהּ וְלַיקְרֵיב לֶחֶם בַּהֲדַהּ — דִּלְמָא תְּמוּרָה הִיא. לִיקְרְבָה בְּלֹא לֶחֶם — דִּלְמָא תּוֹדָה הִיא.

Comment ferait-il ? L-offrir et offrir le pain avec elle - peut-être est-ce la temoura [qui ne veut pas de pain].

L-offrir sans pain - peut-être est-ce la toda [qui l-exige].

💡 Explication

La Guemara détaille l-impasse. S-il l-offre avec le pain (40 hallot) : peut-être est-ce la temoura, qui s-offre sans pain - c-est donc passoul (invalide). S-il l-offre sans pain : peut-être est-ce la toda, qui exige le pain - également passoul. Aucune voie n-est valide : c-est ce substitut que le verset exclut du bal te-acher.

10
וְהָא כֵּיוָן דְּלָאו בַּת הַקְרָבָה הִיא, קְרָא לְמַעוֹטֵי לָמָּה לִי?

Mais puisqu-elle n-est pas apte à l-offrande, à quoi bon un verset pour l-exclure ?

💡 Explication

Objection : si cette bête est de toute façon inoffrable, elle est déjà hors du bal te-acher de fait - pourquoi un verset spécial ('lechalmo', LUI) pour l-exclure ? La question prépare la réinterprétation de Rav Chechet.

11
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: לְעוֹלָם לְמַעוֹטֵי חִילּוּפֵי עוֹלָה וּשְׁלָמִים, וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן שֶׁעָבְרוּ עָלָיו שְׁנֵי רְגָלִים וְהוּמַם, וְחִילְּלוֹ עַל אַחֵר, וְעָבַר עָלָיו רֶגֶל אֶחָד. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וּמִכֹּחַ קַמָּא קָאָתֵי — כְּמַאן דְּעָבְרוּ עָלָיו שְׁלֹשָׁה רְגָלִים דָּמֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Rav Chechet dit : en vérité [le verset vient] exclure les substituts d-une ola ou de chelamim ; et ici, de quoi traitons-nous ? D-un cas où deux fêtes ont passé sur lui [l-original], puis il s-est trouvé taré (houmam), et on l-a profane (racheté) sur un autre, et une [seule] fête a passé sur celui-ci [le substitut].

Tu aurais pu penser : puisqu-il vient en vertu du premier (mi-koah kama), il est comme [un animal] sur lequel trois fêtes ont passé ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].

📜 Rachi (2)
וְחִלְּלוֹ עַל אַחֵר אָמַר זֶה תַּחַת זֶה וּבַעַל מוּם יוֹצֵא לְחֻולִּין:
Et on l-a profane sur un autre - il a dit 'celui-ci à la place de celui-là' ; [l-animal] taré sort ainsi au [statut de] profane (houlin).
סָלְקָא דַעְתָּךְ כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר קְרָא אִם עַל הָאֶחָד עָבַר זְמַן אִיחוּר חַייָּב וְלֹא שֶׁיִּצְטָרְפוּ הוּא וְחִילּוּפָיו לֹג' רְגָלִים:
Tu aurais pu penser, etc. - et voici ce que dit le verset : si le délai de retard a passé sur l-un [seul], on est responsable ; mais [le premier] et son substitut ne se cumulent pas [pour atteindre] les trois fêtes.
💡 Explication

Réponse de Rav Chechet : le verset exclut bien le substitut d-une ola/chelamim, mais dans un cas précis. Deux fêtes passent sur l-original (non offert) ; il devient taré (houmam) ; on le rachète (racheté par profanation, hiloul) sur un autre animal ; une fête passe sur ce dernier. On aurait cru : venant 'en vertu du premier' (mi-koah kama), il hérite des trois fêtes déjà écoulées et transgresse. Le verset ('LUI') enseigne que non : on recompte les trois fêtes à partir de la consécration du substitut.

12
וּלְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר: כֵּיוָן שֶׁעָבַר עָלָיו רֶגֶל אֶחָד עוֹבֵר ב״בל תְּאַחֵר״, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר רָבָא: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁהוּמַם בְּתוֹךְ הָרֶגֶל, וְחִילְּלוֹ, וְעָבַר עָלָיו הָרֶגֶל. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וּמִכֹּחַ קַמָּא קָאָתֵי — כְּמַאן דְּעָבַר עֲלֵיהּ כֻּולֵּיהּ רֶגֶל דָּמֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et selon Rabbi Meir, qui dit : dès lors qu-une seule fête a passé sur lui, il transgresse le bal te-acher - qu-y a-t-il à dire ? Rava dit : ici, de quoi traitons-nous ?

D-un cas où il s-est trouvé taré au cours de la fête, on l-a profane, et la fête a passé sur lui [le substitut]. Tu aurais pu penser : puisqu-il vient en vertu du premier, il est comme [un animal] sur lequel toute la fête a passé ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהוּמַם בְּתוֹךְ הָרֶגֶל. וְאֵין בַּל תְּאַחֵר אֶלָּא בְּכָל הָרֶגֶל:
Il s-est trouvé taré au cours de la fête - et il n-y a de bal te-acher que sur [le passage de] toute la fête.
💡 Explication

Objection : la réponse de Rav Chechet vaut pour les Sages (trois fêtes), mais pour Rabbi Meir - qui tient qu-une seule fête suffit à transgresser - le cas de Rav Chechet ne tient plus. Rava réajuste : l-original se trouve taré au cours de la fête, on le rachète sur un autre, et la fête s-achève sur le substitut. On aurait cru : venant en vertu du premier (déjà consacré avant la fête), c-est comme si toute la fête avait passé et l-on transgresserait ; le verset enseigne que non - il faut qu-une fête entière passe sur le substitut lui-même.

13
״וְהָיָה בְּךָ חֵטְא״, וְלֹא בְּקָרְבָּנְךָ חָטָא. וְהָא מֵהָכָא נָפְקָא? מִדַּאֲחֵרִים נָפְקָא, דְּתַנְיָא, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: יָכוֹל יְהֵא בְּכוֹר שֶׁעָבְרָה שְׁנָתוֹ כִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין, וְיִפְסֹל —

'Et il y aura en toi péché' - mais non dans ton offrande péché. Or cela, est-ce d-ici que cela se tire ?!

Cela se tire de [l-enseignement d-]Aherim ! Comme il est enseigné : Aherim disent : on aurait pu penser qu-un premier-né (bekhor) dont l-année a passé serait comme les [animaux] consacrés invalides (pesolei ha-mukdachin), et [donc] invalide (yipassel) -

📜 Rachi (3)
שֶׁעָבְרָה שְׁנָתוֹ מִצְוָתוֹ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים ט״ו:כ׳) לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ תֹאכֲלֶנּוּ שָׁנָה בְשָׁנָה:
Dont l-année a passé - son [temps de] mitsva est dans sa [première] année, comme il est dit (Deut 15:20) 'devant l-Éternel ton D-eu tu le mangeras année par année'.
כִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים כְּבַעַל מוּם:
Comme les pesolei ha-mukdachin - comme un [animal] taré (baal moum).
וְיִפְסֹל הוֹאִיל וְעָבַר עָלָיו וְאִיחֲרוֹ שֶׁהֲרֵי אֵין שָׁנָה בְּלֹא שְׁלֹשָׁה רְגָלִים בְּרֹוב שָׁנִים:
Et invalide - puisqu-il a passé [son temps] et qu-il l-a retardé ; car il n-est pas d-année sans trois fêtes, dans la plupart des années.
💡 Explication

Retour sur 've-haya vekha het' (l-offrande n-est pas invalidée par le retard). La Guemara objecte : ce point ne se tire-t-il pas plutôt d-Aherim ? Beraita d-Aherim : on aurait pu croire qu-un premier-né (bekhor) dont la première année est passée (sans avoir été offert) devient comme les consacrés invalides (pesolei ha-mukdachin) - c-est-à-dire passoul (invalide), à l-instar d-un animal taré.

14
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ תִּירֹושְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וּבְכֹורֹות בְּקָרְךָ וְצֹאנֶךָ״, מַקִּישׁ בְּכוֹר לְמַעֲשֵׂר: מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ, אַף בְּכוֹר אֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ.

l-Écriture dit : 'Tu mangeras devant l-Éternel ton D-eu la dîme de ton blé, de ton vin et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail' (Deut 14:23) : [l-Écriture] compare (makich) le premier-né à la dîme : de même que la dîme n-est pas invalidée d-une année à l-autre, de même le premier-né n-est pas invalide d-une année à l-autre.

📜 Rachi (2)
מַקִּישׁ בְּכוֹר לְמַעֲשֵׂר בְּמַעְשַׂר דָּגָן קָא מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
[L-Écriture] compare le premier-né à la dîme - le verset parle [ici] de la dîme du blé.
מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נִפְסָל כּוּ' דִּכְתִיב (שָׂם יָד) מִקְצֵה שָׁלֹשׁ שָׁנִים וְגוֹ' אִם שָׁהָה מְעֻשְּׂרוֹתָיו שָׁנָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה:
De même que la dîme n-est pas invalidée, etc. - comme il est écrit (Deut 14:28) 'au bout de trois ans, etc.' : [même] s-il a garde ses dîmes la première et la deuxième année [elles ne sont pas invalidées].
🗂️ Tossefot (1)
מַה מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דִּכְתִיב מִקְצֵה שָׁלֹשׁ שָׁנִים תּוֹצִיא אֶת כָּל מַעְשַׂר תְּבוּאָתְךָ אִם שָׁהָה מַעַשְׂרוֹת שָׁנָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וַאֲפִילּוּ לְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּאִיכָּא בְּבַל תְּאַחֵר בְּמַעֲשֵׂר שֶׁהֻופְרַשׁ וְלֹא נְתָנוֹ וּקְרָא דִּשְׁנַת הַבִּיעוּר אִצְטְרִיךְ לְאוֹתוֹ שֶׁלֹּא הֻופְרַשׁ מ"מ בְּכוּלְּהוּ מִשְׁתַּעֵי קְרָא דְּמִתְבַּעֵר וּקְצָת תֵּימַהּ בְּכֻולָּהּ שְׁמַעְתִּין מֵהֵיכָא תֵּיתֵי לָן דְּנִפְסַל דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא דְּאֵינוֹ נִפְסָל וְכֵן אוֹתוֹ בְּלֹא יֵרָצֶה וְאֵין מְאַחֵר נִדְרוֹ בְּלֹא יֵרָצֶה לָמָּה לִי:
'De même que la dîme n-est pas invalidée d-une année à l-autre' - le Commentaire (Rachi) a expliqué : parce qu-il est écrit 'au bout de trois ans tu sortiras toute la dîme de ta récolte' (Deut 14:28), [même] s-il a garde les dîmes la première et la deuxième année. Et même selon ce que j-ai expliqué plus haut, [à savoir] qu-il y a un bal te-acher pour une dîme qui a été mise à part et non donnée, et que le verset de l-année du 'biour' (élimination) se rapporte à celle qui n-a pas été mise à part - quoi qu-il en soit, le verset parle de tout ce qui se 'biure' (s-élimine). Et il y a lieu de s-étonner, dans toute la sougya : d-où nous viendrait que [l-offrande] serait invalidée, [au point] qu-il faille un verset [enseignant] qu-elle n-est pas invalidée ? Et de même pour ce 'il ne sera pas agréé (lo yeratsé)', et 'celui qui tarde son vœu' [dans le 'lo yeratsé'], à quoi bon ?
💡 Explication

Réponse d-Aherim par hekech (analogie de juxtaposition) : le verset (Deut 14:23) accole 'la dîme de ton blé' et 'les premiers-nés de ton troupeau'. De même que la dîme n-est pas invalidée quand on la garde d-une année sur l-autre (le texte permet de la manger jusqu-au bout de trois ans), de même le bekhor n-est pas invalide d-une année à l-autre, malgré le retard.

15
אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הָנֵי מִילֵּי בְּכוֹר, דְּלָאו בַּר הַרְצָאָה הוּא, אֲבָל קָדָשִׁים, דִּבְנֵי הַרְצָאָה נִינְהוּ — אֵימָא לָא לִירַצּוּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

[Le verset comparant le bekhor à la dîme] était nécessaire, [car] tu aurais pu penser : ceci [ne vaut que pour le] premier-né, qui n-est pas objet d-appaisement (lav bar aratsaa) ; mais les [autres] consacrés, qui sont objets d-appaisement (bnei aratsaa), dis [donc] qu-ils ne seraient pas agréés [s-ils sont offerts en retard] ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].

📜 Rachi (2)
הַרְצָאָה אִם לְכַפָּרָה אִם לְדוֹרוֹן:
Appaisement (aratsaa) - que ce soit pour l-expiation (kapara) ou pour l-hommage (doron).
אֵימָא לֹא לִירַצּוּ מֵאַחַר שֶׁהֱבִיאָן בַּעֲבֵירָה:
Dis qu-ils ne seraient pas agréés - puisqu-il les a apportés en [état de] transgression.
🗂️ Tossefot (1)
קָדָשִׁים דִּבְנֵי הַרְצָאָה נִינְהוּ. דְּעוֹלָה מְכַפֶּרֶת עַל חַייָּבֵי עֲשֵׂה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דִּזְבָחִים (דַּף ז: וְשָׁם):
Les [autres] consacrés, qui sont objets d-appaisement - car l-ola expie sur les [transgressions] de commandements positifs (hayavei asse), comme nous le disons au premier chapitre de Zevahim (7b).
💡 Explication

Pourquoi deux sources ('ve-haya vekha het' ET le hekech) ? Le hekech seul ne suffit pas : on aurait cru qu-il ne vaut que pour le bekhor, lequel n-appaise pas (lav bar aratsaa : il ne vient expier aucun péché, c-est un simple don au cohen). Mais les autres kodachim, qui appaisent (bnei aratsaa : ils expient), on aurait pu croire qu-offerts en retard ils n-appaisent plus. D-où le verset général 've-haya vekha het' pour enseigner que même eux ne sont pas invalides.

16
וְאַכַּתִּי,

Et encore [pourrait-on objecter que cette dérivation n-est pas nécessaire...] [la suite en 6a].

💡 Explication

Amorce d-une nouvelle objection ('ve-akati' : et encore) qui se poursuit sur le folio suivant (6a) : on argumentera que la dérivation précédente est peut-être superflue.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).