Sougya : Ce daf poursuit l-étude du bal te-acher (l-interdit de tarder à s-acquitter d-un vœu ou d-une offrande). Une beraita dérive de chaque mot de Deut 23:22 l-ensemble des obligations concernées : vœux et dons, consécrations pour l-entretien du Temple (damim, arakhin, haramim, hekdechot), offrandes obligatoires (hatat, acham, ola, chelamim), charité, dîmes, premier-né, et même les dons du pauvre (leket, chikhecha, pea).
Le mot HOU ('l-acquitter LUI') exclut les 'substituts' (hiloufin) : la Guemara démontre par élimination qu-il s-agit du substitut d-une toda (action de grâces) mélangée à sa temoura, qui n-a plus de solution. Rav Chechet et Rava réinterprètent le cas pour qu-il vise un substitut réellement offrable.
Enfin, 've-haya vekha het' enseigne que le retard met le péché dans l-homme, non dans l-offrande, qui n-est pas invalidée - point confirmé par le hekech (analogie) entre le premier-né et la dîme, selon Aherim.
[On aurait pu penser qu-elles] sont assimilées au sacrifice pascal (pessa'h) - et que, dès lors, [on transgresse le bal te-acher] dès la première fête ; [la beraita] nous enseigne [qu-il n-en est rien : trois fêtes sont requises].
Fin de la sougya précédente. On aurait pu croire que les chelamim liés au pessa'h (comme le pessa'h lui-même) rendent l-homme fautif dès la première fête qui passe. La beraita enseigne que non : comme les autres offrandes, il faut le passage de trois fêtes (regalim) avant de transgresser le bal te-acher (l-interdit de tarder).
D-où [tirons-nous] ces règles [que toutes les offrandes énumérées plus haut relèvent du bal te-acher] ? Comme l-ont enseigné nos maîtres : 'Quand tu voueras un vœu (ki tidor neder)' - je n-ai là que le vœu (neder).
Le don (nedava), d-où [le sais-je] ?
La Guemara cherche la source scripturaire du bal te-acher. Le verset (Deut 23:22) dit 'quand tu voueras un vœu' : cela vise le neder ('je m-engage à apporter une offrande', responsabilité personnelle) mais pas encore la nedava ('j-apporte cet animal-ci', engagement portant sur un animal précis). D-où inclut-on aussi la nedava ?
Il est dit ici 'vœu (neder)', et il est dit ailleurs (Lev 7:16) 'si son sacrifice est un vœu ou un don (im neder o nedava)'. De même que là-bas le don est [associé] avec lui [le vœu], de même ici le don est [associé] avec lui.
Réponse par guezera chava (analogie verbale) : le mot 'neder' apparaît ici et en Lev 7:16 ('un vœu ou un don'). Puisque la-bas le don (nedava) accompagne le vœu, ici aussi la nedava est incluse dans le bal te-acher.
'À l-Éternel ton D-eu (la-Chem Elo-eikha)' - ce sont les évaluations pécuniaires (damim), les valuations (arakhin), les [biens] frappés d-interdit (haramim) et les consécrations (hekdechot). 'Tu ne tarderas pas à l-acquitter (lo te-acher le-chalmo)' - LUI et non ses substituts. 'Car [Il] le réclamera assurément (ki daroch yidrechenou)' - ce sont les hataot (sacrifices pour le péché), les achamot (sacrifices de culpabilité), les olot (holocaustes) et les chelamim (sacrifices de paix).
Chaque expression du verset ajoute une catégorie. 'La-Chem' inclut les consécrations pour l-entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit) : damim (dons de valeur), arakhin (valuations d-une personne selon la Tora), haramim (biens voués par interdit), hekdechot. 'Lo te-acher le-chalmo' : le mot 'lechalmo' (l-acquitter LUI) exclut les substituts (hiloufin). 'Ki daroch yidrechenou' inclut les offrandes obligatoires : hatat, acham, ola, chelamim.
'L-Éternel ton D-eu (Chem Elo-eikha)' [redite] - ce sont les [vœux de] charité (tsedakot), les dîmes (maasrot) et le premier-né (bekhor). 'De toi (me-imkha)' - c-est le glanage (leket), l-oubli (chikhecha) et le coin du champ (pea). 'Et il y aura en toi péché (ve-haya vekha het)' - mais non dans ton offrande péché.
Suite de la derasha. La redite de 'Chem Elo-eikha' inclut la charité, les dîmes et le premier-né. 'Me-imkha' (de toi) inclut les parts du pauvre : leket (épis tombés), chikhecha (gerbe oubliée), pea (coin du champ). 'Ve-haya vekha het' enseigne que le péché du retard est en toi (l-homme), mais que l-offrande n-est pas invalidée par le retard.
Le Maître a dit : 'Tu ne tarderas pas à l-acquitter' - LUI et non ses substituts. Les substituts de quoi ?
Si [ce sont] les substituts d-une ola ou de chelamim - il est [de toute façon] offert (mikrav karev) !
La Guemara scrute l-exclusion des substituts (hiloufin). De quel substitut parle-t-on ? Si c-est le substitut d-une ola ou de chelamim (un animal mis à part en remplacement d-un perdu, puis l-original retrouvé et offert) - ce substitut est offert lui aussi (mikrav karev) : il est donc, à l-évidence, visé par le bal te-acher, et point besoin de l-exclure.
Si [ce sont] les substituts d-une hatat - elle est vouée à la mort (le-mita azla). Alors, quels [sont] ses substituts ?
Les substituts d-une toda (action de grâces).
Si c-est le substitut d-une hatat (dont le propriétaire s-est déjà acquitté par l-original) : cet animal fait partie des cinq hataot vouées à la mort (le-mita azla) - il n-est jamais offert, donc pas besoin de l-exclure du bal te-acher. Par élimination, le substitut visé est celui d-une toda (action de grâces).
Comme l-a enseigné Rabbi Hiya : une toda qui s-est mélangée à sa temoura, et [dont] l-une des deux est morte - l-autre n-a pas de solution (ein la takana).
Beraita de R. Hiya : une toda et sa temoura (substitut) se sont mélangées (les deux étant consacrées), puis l-une meurt. La survivante est désormais indéterminée : on ne sait plus si c-est la toda ou la temoura. Elle n-a plus de solution (ein la takana) et devra paItre jusqu-à devenir tarée (baalat moum).
Comment ferait-il ? L-offrir et offrir le pain avec elle - peut-être est-ce la temoura [qui ne veut pas de pain].
L-offrir sans pain - peut-être est-ce la toda [qui l-exige].
La Guemara détaille l-impasse. S-il l-offre avec le pain (40 hallot) : peut-être est-ce la temoura, qui s-offre sans pain - c-est donc passoul (invalide). S-il l-offre sans pain : peut-être est-ce la toda, qui exige le pain - également passoul. Aucune voie n-est valide : c-est ce substitut que le verset exclut du bal te-acher.
Mais puisqu-elle n-est pas apte à l-offrande, à quoi bon un verset pour l-exclure ?
Objection : si cette bête est de toute façon inoffrable, elle est déjà hors du bal te-acher de fait - pourquoi un verset spécial ('lechalmo', LUI) pour l-exclure ? La question prépare la réinterprétation de Rav Chechet.
Rav Chechet dit : en vérité [le verset vient] exclure les substituts d-une ola ou de chelamim ; et ici, de quoi traitons-nous ? D-un cas où deux fêtes ont passé sur lui [l-original], puis il s-est trouvé taré (houmam), et on l-a profane (racheté) sur un autre, et une [seule] fête a passé sur celui-ci [le substitut].
Tu aurais pu penser : puisqu-il vient en vertu du premier (mi-koah kama), il est comme [un animal] sur lequel trois fêtes ont passé ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].
Réponse de Rav Chechet : le verset exclut bien le substitut d-une ola/chelamim, mais dans un cas précis. Deux fêtes passent sur l-original (non offert) ; il devient taré (houmam) ; on le rachète (racheté par profanation, hiloul) sur un autre animal ; une fête passe sur ce dernier. On aurait cru : venant 'en vertu du premier' (mi-koah kama), il hérite des trois fêtes déjà écoulées et transgresse. Le verset ('LUI') enseigne que non : on recompte les trois fêtes à partir de la consécration du substitut.
Et selon Rabbi Meir, qui dit : dès lors qu-une seule fête a passé sur lui, il transgresse le bal te-acher - qu-y a-t-il à dire ? Rava dit : ici, de quoi traitons-nous ?
D-un cas où il s-est trouvé taré au cours de la fête, on l-a profane, et la fête a passé sur lui [le substitut]. Tu aurais pu penser : puisqu-il vient en vertu du premier, il est comme [un animal] sur lequel toute la fête a passé ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].
Objection : la réponse de Rav Chechet vaut pour les Sages (trois fêtes), mais pour Rabbi Meir - qui tient qu-une seule fête suffit à transgresser - le cas de Rav Chechet ne tient plus. Rava réajuste : l-original se trouve taré au cours de la fête, on le rachète sur un autre, et la fête s-achève sur le substitut. On aurait cru : venant en vertu du premier (déjà consacré avant la fête), c-est comme si toute la fête avait passé et l-on transgresserait ; le verset enseigne que non - il faut qu-une fête entière passe sur le substitut lui-même.
'Et il y aura en toi péché' - mais non dans ton offrande péché. Or cela, est-ce d-ici que cela se tire ?!
Cela se tire de [l-enseignement d-]Aherim ! Comme il est enseigné : Aherim disent : on aurait pu penser qu-un premier-né (bekhor) dont l-année a passé serait comme les [animaux] consacrés invalides (pesolei ha-mukdachin), et [donc] invalide (yipassel) -
Retour sur 've-haya vekha het' (l-offrande n-est pas invalidée par le retard). La Guemara objecte : ce point ne se tire-t-il pas plutôt d-Aherim ? Beraita d-Aherim : on aurait pu croire qu-un premier-né (bekhor) dont la première année est passée (sans avoir été offert) devient comme les consacrés invalides (pesolei ha-mukdachin) - c-est-à-dire passoul (invalide), à l-instar d-un animal taré.
l-Écriture dit : 'Tu mangeras devant l-Éternel ton D-eu la dîme de ton blé, de ton vin et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail' (Deut 14:23) : [l-Écriture] compare (makich) le premier-né à la dîme : de même que la dîme n-est pas invalidée d-une année à l-autre, de même le premier-né n-est pas invalide d-une année à l-autre.
Réponse d-Aherim par hekech (analogie de juxtaposition) : le verset (Deut 14:23) accole 'la dîme de ton blé' et 'les premiers-nés de ton troupeau'. De même que la dîme n-est pas invalidée quand on la garde d-une année sur l-autre (le texte permet de la manger jusqu-au bout de trois ans), de même le bekhor n-est pas invalide d-une année à l-autre, malgré le retard.
[Le verset comparant le bekhor à la dîme] était nécessaire, [car] tu aurais pu penser : ceci [ne vaut que pour le] premier-né, qui n-est pas objet d-appaisement (lav bar aratsaa) ; mais les [autres] consacrés, qui sont objets d-appaisement (bnei aratsaa), dis [donc] qu-ils ne seraient pas agréés [s-ils sont offerts en retard] ; [le verset] nous enseigne [qu-il n-en est rien].
Pourquoi deux sources ('ve-haya vekha het' ET le hekech) ? Le hekech seul ne suffit pas : on aurait cru qu-il ne vaut que pour le bekhor, lequel n-appaise pas (lav bar aratsaa : il ne vient expier aucun péché, c-est un simple don au cohen). Mais les autres kodachim, qui appaisent (bnei aratsaa : ils expient), on aurait pu croire qu-offerts en retard ils n-appaisent plus. D-où le verset général 've-haya vekha het' pour enseigner que même eux ne sont pas invalides.
Et encore [pourrait-on objecter que cette dérivation n-est pas nécessaire...] [la suite en 6a].
Amorce d-une nouvelle objection ('ve-akati' : et encore) qui se poursuit sur le folio suivant (6a) : on argumentera que la dérivation précédente est peut-être superflue.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).