Rosh Hashanah 6a — bal te'aher : ne pas différer le paiement des vœux ; l'exégèse de 'motza sefatecha', neder contre nedava, la tsedaka et l'objection du petit des chelamim

Rosh Hashanah 6a

Sougya : Ce daf poursuit l'étude de l'interdit de bal te'aher (ne pas tarder à s'acquitter d'un vœu). On rattache d'abord la règle 'en toi il y a faute, non en ta femme' à l'exégèse de ben Azzai sur le mot 'oto' (le piggoul est visé par 'il ne sera pas agréé', non celui qui tarde son vœu).

Vient ensuite une baraita qui démonté le verset 'ce qui sort de tes lèvres, tu garderas et tu feras' (Deut 23:24) mot à mot : mitsva positive, interdit, semonce au beit din, vœu, offrandes obligatoires, offrande libre, consécrations pour l'entretien du Temple, et tsedaka. La Guemara vérifie que chaque bribe apporte du neuf, distingue le neder (engagement personnel, responsabilité en cas de perte) de la nedava (animal désigné, sans responsabilité), et enseigne par Rava que la tsedaka oblige immédiatement (les pauvres sont toujours là) tandis que le korban ne transgresse qu'après trois regalim — mais un seul regel passé suffit déjà à violer une mitsva positive.

Le daf s'achève sur une objection tirée du témoignage de Rabbi Papeyyas concernant le petit d'une offrande de chelamim.

Le verset 'motza sefatecha tichmor ve-asita' (Deut 23:24) démonté mot à mot motza sefatecha mitsva positive (accomplir) tichmor interdit (ne pas différer) ve-asita semonce au beit din (contraindre) kaasher nadarta le vœu (neder) l'Éternel ton Dieu hatat, achamot, olot, chelamim nedava au sens littéral (offrande libre) acher dibarta consacrés à l'entretien du Temple be-ficha la tsedaka (charité) La Guemara demande ensuite : chaque bribe n'est-elle pas déjà connue d'ailleurs ? motza sefatecha <- 'ou-vata chama' ; tichmor <- 'lo te'aher' ; ve-asita <- 'yakriv oto' Réponse : deux versets pour deux cas — a dit sans mettre à part / a mis à part sans offrir
La baraita 'motza sefatecha' : chaque expression du verset exégétée (segments 4-13).
Neder vs Nedava — deux formes d'engagement NEDER (vœu) NEDAVA (offrande libre) 'harei alai ola' (il m'incombe une olah) 'harei zo ola' (cet animal-ci est une olah) mort ou vol de l'animal : RESPONSABLE (doit remplacer) mort ou vol de l'animal : NON responsable (pas de remplacement) Rava : cas mixte — 'harei alai ola al menat che-eni hayav be-ahrayoutah' (neder de forme, nedava de fond)
Neder contre nedava : la nafka mina de la responsabilité (segments 10-12).
Le délai de 'bal te'aher' : offrande vs tsedaka Offrande (korban) transgresse bal te'aher après 3 regalim (fêtes) Rava : dès UN regel passé -> déjà une mitsva positive violée Tsedaka (charité) responsable IMMÉDIATEMENT motif : 'ha kaimi aniyim' les pauvres sont partout présents
Le régime du délai : korban (3 regalim) contre tsedaka (immédiat) (segments 13-15).
1
מִדְּבֶן עַזַּאי נָפְקָא, דְּתַנְיָא: בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: ״אוֹתוֹ״

[Cette règle] se déduit [de l'enseignement] de ben Azzai, comme il est enseigné (baraita) : ben Azzai dit [à propos du verset (Lev 7:18)] : 'oto' (lui/cela).

📜 Rachi (1)
אוֹתוֹ מַה ת"ל בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים תָּנֵי לָהּ גַּבֵּי פִּיגּוּל לֹא יֵרָצֶה הַמַּקְרִיב אֹותוֹ לֹא יֵחָשֵׁב:
'Oto' [lui/cela] — que vient enseigner l'Écriture ? Dans le Torat Cohanim on l'enseigne à propos du piggoul : 'il ne sera pas agréé, celui qui l'offre ; cela ne sera pas compté' (Lev 7:18).
🗂️ Tossefot (1)
מִדְּבֶן עַזַּאי נָפְקָא. בְּסוֹף פ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כט.) פְּלִיג ר' אֶלְעָזָר אֶבֶן עַזַּאי וּדְרֵישׁ דְּאוֹתוֹ בַּזֶּבַח הוּא מְדַבֵּר וְאֵינוֹ מְדַבֵּר בַּכֹּהֵן אֲבָל רוֹצֶה לְיַישֵּׁב כָּאן אַלִּיבָּא דְּבֶן עַזַּאי וְכֻולָּהּ סֻוגְיָא מַסִּיק הָתָם כְּמוֹ בִּשְׁמַעְתִּין וק"ק שֶׁהֲרֵי הָתָם דֹּוחַק לְיַישֵּׁב מִילְּתָא דַּאֲחֵרִים אַלִּיבָּא דְּבֶן עַזַּאי וּבִתְמוּרָה בְּסוֹף אֵלּוּ קָדָשִׁים (תְּמוּרָה דַּף כא: וְשָׁם) גַּבֵּי ר' יוֹסֵי הָיָה אוֹמֵר ג' דְּבָרִים מִשּׁוּם ג' זְקֵנִים מַשְׁמַע דְּבֶן עַזַּאי דְּמוּקֵי הֶיקֵּישָׁא דְּמַעֲשֵׂר לִבְכוֹר מַה בְּכוֹר אֵינוֹ נֶאֱכָל אֶלָּא לִפְנִים מִן הַחוֹמָה אַף מַעֲשֵׂר אֵינוֹ נֶאֱכָל אֶלָּא לִפְנִים מִן הַחוֹמָה לֵית לֵיהּ דַּאֲחֵרִים וְקָאָמַר וּלְרַבָּנָן דְּמַפְּקִי לֵיהּ לְטַעְמָא אַחַרְיַנָא בְּכוֹר שֶׁאֵינוֹ נִפְסָל מִשָּׁנָה לַחֲבֶרְתָּהּ מְנָא לְהוּ וּמִיהוּ אֵין לָחוּשׁ אִם הַשַּׁ"ס הוֹלֵךְ וּמְיַישֵּׁב בְּכָל עִנְיָן:
'Se déduit de ben Azzai' — à la fin du 2e chapitre de Zevahim (29a), Rabbi Elazar diverge de ben Azzai et exégète que 'oto' parle de l'offrande (zevah) et non du cohen ; mais [notre Guemara] veut ici trancher selon ben Azzai, et toute la sougya là-bas [Zevahim] aboutit comme dans notre passage. Il y a une petite difficulté : là-bas on a du mal à concilier la position d'autres [maîtres] selon ben Azzai ; et dans Temoura, à la fin du chapitre 'Elou kodachim' (21b), à propos de 'Rabbi Yossei disait trois choses au nom de trois anciens', il ressort que ben Azzai — qui établit l'analogie (hekech) du maaser au bekhor : de même que le bekhor ne se mange qu'à l'intérieur de la muraille, ainsi le maaser ne se mange qu'à l'intérieur de la muraille — ne tient pas [l'avis d]'autres, et il dit : 'et selon les rabbanan qui en tirent une autre raison, d'où [tiennent-ils] que le bekhor n'est pas invalide d'une année à l'autre ?' Mais il n'y a pas lieu de s'en soucier si le Talmud va concilier [les choses] de toutes les manières.
💡 Explication

La Guemara cherche la source du principe (énoncé plus loin) 'en TOI il y a faute [en tardant ton vœu], non en ta femme'. Elle répond : cela se déduit de l'exégèse de ben Azzai sur le mot 'oto' ('lui/cela') du verset relatif au piggoul (Lev 7:18, offrande rendue invalide par une intention fautive).

2
מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תְאַחֵר לְשַׁלְּמוֹ״, שׁוֹמֵעַ אֲנִי אַף מְאַחֵר נִדְרוֹ ב״בל יֵרָצֶה״, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אוֹתוֹ״ — אוֹתוֹ ב״לא יִרְצֶה״, וְאֵין מֵאַחַר נִדְרוֹ ב״לא יִרְצֶה״,

Que vient enseigner l'Écriture [par 'oto'] ? Puisqu'il est dit 'tu ne tarderas pas à le payer' (Deut 23:22), j'aurais compris que même celui qui tarde son vœu tombe sous [la règle] 'il ne sera pas agréé' ; l'Écriture enseigne donc 'oto' : c'est LUI [le piggoul] qui est sous 'il ne sera pas agréé', et non celui qui tarde son vœu.

💡 Explication

Sans le mot 'oto', on aurait cru que 'il ne sera pas agréé' (le rejet de l'offrande) s'applique aussi à celui qui a tardé son vœu (bal te'aher). Le mot 'oto' restreint : seul le piggoul est visé par ce rejet ; l'offrande de celui qui a tardé reste valable (il a fauté, mais l'offrande n'est pas invalidée).

3
אֶלָּא: ״בְּךָ חָטָא״ — וְלֹא בְּאִשְׁתְּךָ חָטָא.

Plutôt [le verset 'ce serait une faute en toi', Deut 23:22 s'explique ainsi] : 'en toi il y a faute' — et non 'en ta femme il y a faute'.

💡 Explication

La Guemara rejette la lecture précédente et retient : la fin du verset 'ce serait une faute en toi' (Deut 23:22) enseigne que le péché de tarder son vœu retombe sur toi seul, et non sur ta femme (elle n'en mourra pas).

4
סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: הוֹאִיל וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, וְאִי תֵּימָא רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם מֵתָה אֶלָּא אִם כֵּן מְבַקְּשִׁין מִמֶּנּוּ מָמוֹן וְאֵין לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם אֵין לְךָ לְשַׁלֵּם לָמָּה יִקַּח מִשְׁכָּבְךָ מִתַּחְתֶּיךָ״, אֵימָא בְּהַאי עָוֹן ד״בל תְּאַחֵר״ נָמֵי אִשְׁתּוֹ מֵתָה, קָא מַשְׁמָע לַן.

[Pourquoi l'Écriture doit-elle préciser 'en toi et non en ta femme' ?] On aurait pu penser : puisque Rabbi Yo'hanan — et certains disent Rabbi Elazar — a dit : la femme d'un homme ne meurt que si on lui réclame de l'argent qu'il n'a pas, comme il est dit 'si tu n'as pas de quoi payer, pourquoi enlèverait-on ta couche de dessous toi ?' (Prov 22:27) — j'aurais dit que par ce péché de 'bal te'aher' [le retard du vœu] aussi sa femme meurt ; [l'Écriture] nous enseigne [qu'il n'en est rien].

🗂️ Tossefot (1)
אא"כ מְבַקְּשִׁים מִמֶּנּוּ מָמוֹן וְאֵין לוֹ. בְּסוֹף פֶּרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף כט:) פֵּי' בַּקּוּנְטְ' מָמוֹן שֶׁל גֶּזֶל אֲבָל נָרָא' דְּמַייְרֵי בְּנֶדֶר כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לב: וְשָׁם) דְּתַנְיָא ר' נָתָן אוֹמֵר בַּעֲוֹן נְדָרִים מֵתָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁנֶּאֱמַר אִם אֵין לְךָ לְשַׁלֵּם לָמָּה יִקַּח מִשְׁכָּבְךָ מִתַּחְתֶּיךָ וְהָא דְּדָרֵישׁ הָכָא בְּךָ חֵטְא וְלֹא בְּאִשְׁתְּךָ חֵטְא מַייְרֵי בְּמִשְׁלַם אַחַ"כּ אֶלָּא שֶׁעָבַר בְּבַל תְּאַחֵר:
'À moins qu'on ne lui réclame de l'argent qu'il n'a pas' — à la fin du 2e chapitre de Zevahim (29b), Rachi a expliqué [qu'il s'agit] d'argent de vol ; mais il semble qu'il s'agisse [plutôt] d'un vœu, comme le prouve [le passage] du chapitre 'Ba-meh madlikin' (Chabbat 32b), où il est enseigné : Rabbi Nathan dit — c'est pour le péché des vœux que meurt la femme d'un homme, comme il est dit 'si tu n'as pas de quoi payer, pourquoi enlèverait-on ta couche de dessous toi ?'. Et ce qu'on exégète ici 'en toi il y a faute et non en ta femme', cela vise le cas où il paie ensuite, mais a transgressé [entre-temps] 'bal te'aher'.
💡 Explication

Pourquoi l'Écriture doit-elle exclure la femme ? À cause d'un enseignement de R. Yo'hanan (ou R. Elazar) : la femme d'un homme meurt quand on lui réclame de l'argent qu'il n'a pas (Prov 22:27, lu de façon homilétique : la 'couche' = l'épouse). On aurait donc craint que le retard d'un vœu — dette envers le Ciel — entraîne aussi la mort de l'épouse. Le verset l'écarte : ce péché retombe sur lui seul.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: ״מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ״ — זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה, ״תִּשְׁמֹור״ — זוֹ מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה, ״וְעָשִׂיתָ״ — אַזְהָרָה לְבֵית דִּין שֶׁיְּעַשּׂוּךְ, ״כַּאֲשֶׁר נָדַרְתָּ״ — זֶה נֶדֶר, ״לָהּ׳ אֱ-לֹהֶיךָ״ — אֵלּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים, ״נְדָבָה״ — כְּמִשְׁמָעוֹ, ״אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ״ — אֵלּוּ קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת, ״בְּפִיךָ״ — זוֹ צְדָקָה.

Nos maîtres ont enseigné (baraita) : 'ce qui sort de tes lèvres' — c'est une mitsva positive ; 'tu garderas' — c'est un interdit (mitsva négative) ; 'et tu feras' — c'est une semonce au beit din pour qu'ils te [le] fassent [accomplir] ; 'comme tu l'as voué' — c'est le vœu (neder) ; 'à l'Éternel ton Dieu' — ce sont les hatat, achamot, olot et chelamim ; 'nedava' (offrande libre) — selon son sens littéral ; 'ce que tu as prononcé' — ce sont les [biens] consacrés à l'entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit) ; 'de ta bouche' — c'est la tsedaka.

📜 Rachi (5)
מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה דְּמִסְּתָמָא הָכִי אָמַר קְרָא מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ קַיָּים:
'Ce qui sort de tes lèvres, c'est une mitsva positive' — car, semble-t-il, ainsi dit le verset : ce qui sort de tes lèvres, accomplis-le.
תִּשְׁמֹור זוֹ מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁלֹּא תְּאַחֵר כְּדָר' אָבִין א"ר אִילְעַי כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר הִשָּׁמֶר פֶּן וְאַל כו' (מְנָחוֹת דַּף צט:):
'Tu garderas, c'est un interdit' — [l'interdit] de ne pas tarder, selon [la règle] de Rabbi Avin au nom de Rabbi Ilai : partout où il est dit 'garde-toi', 'de peur', 'ne pas', etc. [c'est un interdit] (Menahot 99b).
וְעָשִׂיתָ עַל כָּרְחָךְ מִכָּאן אַזְהָרָה לב"ד לָכֹוף:
'Et tu feras' — force est [de dire] que de là [on tire] une semonce au beit din pour [le] contraindre.
לָהּ' אֱ-לֹהֶיךָ קְרָא יַתִּירָא הוּא לִדְרָשָׁה לְרַבּוֹת דָּבָר שֶׁבְּחוֹבָה:
'À l'Éternel ton Dieu' — c'est un verset superflu, [destiné] à l'exégèse, pour inclure une chose obligatoire (davar che-behova).
בְּפִיךָ זוֹ צְדָקָה קְרָא יַתִּירָא דְּרֵישׁ:
'De ta bouche, c'est la tsedaka' — il exégète un [mot] superflu du verset.
🗂️ Tossefot (3)
זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה. דִּכְתִיב וְהַיּוֹצֵא מִפִּיכֶם תַּעֲשׂוּ (בַּמִּדְבָּר ל״ב:כ״ד):
'C'est une mitsva positive' — car il est écrit 'et ce qui sort de votre bouche, vous ferez' (Nombres 30:3).
תִּשְׁמֹור זוֹ מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה. תֵּימַהּ הָא אָמְרִינַן בְּפֶ' הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף צו. וְשָׁם) גַּבֵּי הָא דְּמוֹקֵים וְשָׁמַרְתָּ אֶת הַחֻקָּה הַזֹּאת דְּמוּקִי ר"ע בְּפֶסַח דְּאַפֵּ"ה פֶּסַח זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה מִשּׁוּם דְּהִשָּׁמֵר דַּעֲשֵׂה עֲשֵׂה וְכֵן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פֹּא.) גַּבֵּי הָא דְּאָמַר ר"ל מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר אַזְהָרָה בְּעִינּוּי מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר דְּהֵיכִי לִיכְתֹּוב וּפָרִיךְ וְלִכְתּוֹב הִשָּׁמֶר בְּעִינּוּי וּמְשַׁנֵּי הִשָּׁמֶר דַּעֲשֵׂה עֲשֵׂה וְהַאי נָמֵי הִשָּׁמֶר דַּעֲשֵׂה הוּא שֶׁיְּשַׁלֵּם מַה שֶׁנָּדַר וַעֲשֵׂה מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ וי"ל דִּתְפִלִּין לְאַחַר שְׁקִיעַת הַחַמָּה דְּקָאֵי אַעֲשֵׂה דְּהַנָּחַת תְּפִלִּין הָוֵי עֲשֵׂה אֲבָל תִּשְׁמֹור דְּהָכָא קָאֵי אֶלָּא תְּאַחֵר דִּלְעֵיל מִינָּהּ שֶׁיִּשְׁמֹור שֶׁלֹּא יְאַחֵר וְלֵר' יוֹחָנָן דְּאָמַר בְּסוֹף הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף לו: וְשָׁם) גַּבֵּי מַנִּיחַ תְּפִלִּין לְאַחַר שְׁקִיעַת הַחַמָּה דְּהִשָּׁמֵר דַּעֲשֵׂה לָאו הוּא הַהִיא דְּפֶסַח וּמִילָה מִצְוַת עֲשֵׂה ע"כ דְּלָא כְּר"ע וְהַהִיא דר"ל דְּיוֹמָא לָא קָיְימִי וּמִיהוּ לֹא יִתָּכֵן כְּלָל לְאוֹקְמֵיהּ דְּלָא כְּר"ע דְּמִשְׁנָה הִיא בפ"ק דִּכְרִיתוֹת (דַּף ב.) וְסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתָּא מַשְׁמַע בגמ' (דַּף ג:) דְּאָתְיָא כר"ע דְּקָתָנֵי אוֹב וְלָא קָתָנֵי יִדְּעוֹנִי וְצָרִיךְ לְחַלֵּק בְּהַהִיא דְּר' יוֹחָנָן דְּלָא דָּמְיָא לִשְׁאָר הִשָּׁמֶר דַּעֲשֵׂה:
'Tu garderas, c'est un interdit' — c'est étonnant : n'a-t-on pas dit au chapitre 'Ha-motzé tefillin' (Erouvin 96a), à propos de 'tu garderas cette règle' que Rabbi Akiva établit pour Pessa'h, que malgré cela [le sacrifice de] Pessa'h est [aussi] une mitsva positive, parce que 'garde-toi' d'une [mitsva] positive est une [mitsva] positive ; et de même au dernier chapitre de Yoma (81a) à propos de ce que dit Rech Lakich : pourquoi n'a-t-on pas énoncé d'interdit sur l'affliction [de Kippour] ? Parce que ce n'était pas possible : comment l'écrire ? Et l'on objecte : qu'on écrive 'garde-toi' quant à l'affliction, et l'on répond : 'garde-toi' d'une [mitsva] positive est une [mitsva] positive — or ici aussi 'garde-toi' est une [mitsva] positive : qu'il paie ce qu'il a voué et accomplisse 'ce qui sort de tes lèvres' ! On peut répondre : les tefillin après le coucher du soleil, [le 'garde-toi'] renvoie à la [mitsva] positive de poser les tefillin, [et] c'est une [mitsva] positive ; mais 'tu garderas' d'ici renvoie à 'tu ne tarderas pas' qui précède, [pour dire] qu'il se garde de ne pas tarder. Et selon Rabbi Yo'hanan qui dit, à la fin de 'Ha-kometz rabba' (Menahot 36b), à propos de celui qui pose les tefillin après le coucher du soleil, que 'garde-toi' d'une positive n'est pas un interdit — [alors] ce [passage] sur Pessa'h et la mila [comme] mitsva positive n'est forcément pas selon Rabbi Akiva, et ce [passage] de Rech Lakich dans Yoma ne tient pas. Mais il n'est absolument pas possible de l'établir en dehors de Rabbi Akiva, puisque c'est une michna au 1er chapitre de Kritot (2a) et que la sougya de la Guemara (3b) montre qu'elle suit Rabbi Akiva, car elle enseigne 'ov' et n'enseigne pas 'yidoni' ; il faut donc distinguer, dans ce [propos] de Rabbi Yo'hanan, [en disant] qu'il ne ressemble pas aux autres 'garde-toi' d'une positive.
בְּפִיךָ. זוֹ צְדָקָה. דִּכְתִיב יָצָא מִפִּי צְדָקָה (יְשַׁעְיָהוּ מ״ה:כ״ג):
'De ta bouche, c'est la tsedaka' — car il est écrit 'de ma bouche est sortie la justice/tsedaka' (Isaie 45:23).
🪔 Ben Yehoyada (1)
(דְּבָרִים כג, כד) 'מוֹצֵא שְׂפָתֶיךָ' זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָרֵישׁ כֵּן מִשּׁוּם דְּדִבּוּר רִאשׁוֹן אֲשֶׁר דִּבְּרוּ יִשְׂרָאֵל בְּקַבָּלַת הַתּוֹרָה נָקְטוּ לְשׁוֹן עֲשִׂיָּה שֶׁהִקְדִּימוּ נַעֲשָׂה לְנִשְׁמָע. וְיָדוּעַ דְּנַעֲשָׂה מוֹרֶה עַל הֶעֱשִׁין וְנִשְׁמַע מוֹרֶה עַל לָאוְיָן. אוֹ יוּבַן בס"ד דַּחֲמִשָּׁה מוֹצָאוֹת הֵן וּמוֹצֵא הַשְּׂפָתַיִם הֵם בומ"ף, וְאִיתָא בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י (בְּבֵיאוּר אִדְּרָא זוּטָא דַּף סא) דְּאוֹתִיּוֹת בומ"ף שֶׁהֵם מוֹצֵא הַשְּׂפָתַיִם הֵם גְּבוּרַת הַחֶסֶד, עַיֵּין שָׁם. וְעַייֵּן בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר דְּרוּשֵׁי הַצֶּלֶם פ"ב יְעֻויַּן שָׁם. וְיָדוּעַ כִּי מִצְווַת עֲשֵׂה הֵם חֲסָדִים וּמִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה הֵם גְּבוּרוֹת, וְכַנִּזְכָּר בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר נוּ"ן, יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן דְּרֵישׁ 'מוֹצֵא שְׂפָתֶיךָ' זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה. וְנִרְאֶה לִי 'בומ"ף' [128] בְּגֵימַטְרְיָא 'הַחֲסָדִים' [127] עַם הַכּוֹלֵל [128]. וּמַה שֶׁאָמַר 'לָהּ' אֱ-לֹהֶיךָ' אֵלּוּ חַטָּאוֹת נִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּבְכֻלְּהוּ קָרְבָּנוֹת כְּתִיב לָהּ' וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל. וּמַה שֶׁאָמַר 'אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ' אֵלּוּ קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת נִרְאֶה לִי בס"ד החיר"ק שֶׁתַּחַת אוֹת ד' מְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹם יוֹ"ד וְלָכֵן דִּיבַּרְתָּ בְּיוֹ"ד הוּא 'דָּר בַּיִת' גַּם בְּאוֹתִיּוֹת דִּיבַּרְתָּ יֵשׁ מַשְׁמָעוּת לְשׁוֹן דְּבִיר. וּמַה שֶׁאָמַר 'בְּפִיךָ' זוֹ צְדָקָה כִּי בִּצְדָקָה לַעֲנִיִּים צָרִיךְ לְשַׁתֵּף צִדְקַת הַפֶּה שֶׁהוּא הַפִּיּוּס כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (בָּבָא בָּתְרָא ט:) הַנּוֹתֵן מִתְבָּרֵךְ בְּשֵׁשׁ וְאִם פִּיְּיסוֹ יִתְבָּרֵךְ בי"א בְּרָכוֹת. גַּם 'פִּיךְ' אוֹתִיּוֹת 'כַּפַּי' וְהַצְּדָקָה תִּתְיַיחֵס לְכַפַּיִים.
(Deut 23:24) 'ce qui sort de tes lèvres', c'est une mitsva positive. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'exégète ainsi parce que la première parole qu'Israël prononça lors de la réception de la Tora fut une expression d'action (assiya) : ils placèrent 'nous ferons' (naassé) avant 'nous entendrons' (nichma). Or il est connu que 'naassé' renvoie aux mitsvot positives (asin) et 'nichma' aux interdits (lavin). On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, ainsi : il y a cinq points d'articulation [de la parole], et les points d'articulation des lèvres sont [les lettres] beit, vav, mem, peh (boumaf) ; et il est enseigné dans le Chaar Maamarei Rachbi (commentaire de l'Idra Zouta, folio 61) que les lettres boumaf, qui sont l'articulation des lèvres, sont [de la nature de] la 'guevoura du 'hessed' [la sévérité adoucie dans la bonté] — vois la ; et vois aussi dans le Ets Haim, Chaar Deroushei ha-Tselem chap. 2. Or il est connu que les mitsvot positives sont [de l'ordre des] hassadim (bontés) et les interdits [de l'ordre des] guevourot (sévérités), comme il est mentionné dans le Ets Haim, Chaar Noun — vois la. C'est pourquoi il exégète 'ce qui sort de tes lèvres' comme la mitsva positive. Et il me semble que 'boumaf' [128] a la même valeur numérique (guematria) que 'ha-hassadim' [127] avec l'ajout de l'unité (im ha-kollel) [128]. Quant à ce qu'il dit, 'à l'Éternel ton Dieu, ce sont les hatat [etc.]', il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que sur toutes les offrandes il est écrit 'à l'Éternel' — ainsi l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie. Quant à ce qu'il dit, 'ce que tu as prononcé (dibarta), ce sont les consécrations pour l'entretien du Temple', il me semble, avec l'aide du Ciel, que le hirik placé sous la lettre dalet [de dibarta] tient lieu d'un youd ; ainsi 'dibarta' avec un youd donne 'dar bayit' (demeure de la maison) ; de plus, dans les lettres de 'dibarta' il y a la connotation du mot 'devir' [le Saint des Saints]. Quant à ce qu'il dit, 'de ta bouche, c'est la tsedaka', [c'est] parce que dans la tsedaka aux pauvres il faut associer la 'tsedaka de la bouche', c'est-à-dire l'apaisement [les paroles bienveillantes], comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Baba Batra 9b) : celui qui donne est béni de six [bénédictions], et s'il [l']apaise [par des paroles], il est béni de onze bénédictions. De plus, [les lettres de] 'picha' (ta bouche) sont [aussi celles de] 'kapecha' (tes paumes), et la tsedaka se rapporte aux [deux] paumes [qui donnent].
⚖️ Rosh (1)
דַּף ו ת"ר מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ תִּשְׁמֹור. מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה. תִּשְׁמֹור זוֹ מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה. וְעָשִׂיתָ אַזְהָרָה לב"ד שֶׁיַּעֲשׂוּךְ. כַּאֲשֶׁר נָדַרְתָּ זֶה נֶדֶר. לַה' אֱ-לֹהֶיךָ אֵלּוּ חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים. נְדָבָה כְּמִשְׁמָעָהּ. אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ אֵלּוּ קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת. בְּפִיךָ זוֹ צְדָקָה. אָמַר רָבָא וּצְדָקָה מִיחַייַּב עֲלֵיהּ לְאַלְתַּר מ"ט דְּהָא קָייְמִי עֲנִיִּים. יֵרָאֶה דְּמַיְירֵי בְּדִמְפָרֵישׁ מָעוֹת לִצְדָקָה בִּסְתָם דֻּומְיָא דְּנֶדֶר וּנְדָבָה וְקָרְבָּנוֹת. אֲבָל יָכוֹל אָדָם לְהַפְרִישׁ מָעוֹת לִצְדָקָה שֶׁיְּהוּ מֻונָּחִין אֶצְלוֹ לְיִתְּנֵם לַעֲנִיִּים מְעַט ע"י מָקוֹם שֶׁיֵּרָאֶה לוֹ וְאֵין בִּשְׁהִיָּיתוֹ מִשּׁוּם בַּל תְּאַחֵר:
Page 6a. Nos maîtres ont enseigné (tanou rabbanan) : « Ce qui sort de tes lèvres, tu le garderas » (Deut. 23, 24). « Ce qui sort de tes lèvres » — c'est une mitsva assé (commandement positif). « Tu garderas » — c'est une mitsva lo taassé (interdit, commandement négatif). « Et tu feras » — c'est une azhara (semonce, avertissement) adressée au beit din (tribunal) pour qu'ils te [le] fassent [accomplir de force]. « Comme tu l'as voué » — c'est le neder (vœu [d'obligation par lequel on s'engage à apporter tel sacrifice]). « À l'Éternel ton Dieu » — ce sont les hatat (sacrifices expiatoires) et les achamot (sacrifices de culpabilité), les olot (holocaustes) et les chelamim (sacrifices de paix). « Nedava » (offrande volontaire) — selon son sens littéral (kemachmaa). « Ce dont tu as parlé » — ce sont les kodchei bedek ha-bayit (consécrations destinées à l'entretien du Temple). « Par ta bouche » — c'est la tsedaka (charité). Rava a dit : et pour la tsedaka on est tenu [de la donner] sur-le-champ (le-altar). Quelle en est la raison (mai taama) ? Parce que les pauvres sont déjà là [présents et dans le besoin]. Il apparaît (yeraé) que [Rava] parle du cas où l'on a mis à part (mafrich) de l'argent pour la tsedaka de manière indéterminée (bi-stam), à l'instar (doumya) du neder, de la nedava et des korbanot (sacrifices). Mais un homme peut mettre à part de l'argent pour la tsedaka afin qu'il reste déposé chez lui, pour en donner aux pauvres peu à peu (meat), par l'intermédiaire d'un endroit [c.-à-d. d'une occasion ou d'un bénéficiaire] qui lui semblera [convenable], et il n'y a pas dans ce délai [qu'il laisse écouler] de transgression de « bal teacher » (l'interdit de « tu ne différeras pas » [le paiement de tes vœux]).
💡 Explication

Baraita centrale du daf : le verset 'ce qui sort de tes lèvres, tu garderas et tu feras, comme tu l'as voué à l'Éternel ton Dieu, une offrande libre que tu as prononcée de ta bouche' (Deut 23:24) est démonté mot à mot. Chaque expression apprend une chose : la mitsva positive d'accomplir, l'interdit de différer, la contrainte du beit din, le neder, les offrandes obligatoires, la nedava, les consécrations pour l'entretien du Temple, et la tsedaka.

🖼️ Schéma
Le verset 'motza sefatecha tichmor ve-asita' (Deut 23:24) démonte mot à mot motza sefatecha mitsva positive (accomplir) tichmor interdit (ne pas différer) ve-asita semonce au beit din (contraindre) kaasher nadarta le vœu (neder) l'Éternel ton Dieu hatat, achamot, olot, chelamim nedava au sens littéral (offrande libre) acher dibarta consacrés à l'entretien du Temple be-ficha la tsedaka (charité) La Guemara demande ensuite : chaque bribe n'est-elle pas déjà connue d'ailleurs ? motza sefatecha <- 'ou-vata chama' ; tichmor <- 'lo te'aher' ; ve-asita <- 'yakriv oto' Réponse : deux versets pour deux cas — a dit sans mettre à part / a mis à part sans offrir
L'exégèse mot à mot de Deut 23:24.
6
אָמַר מַר: ״מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ״ — זוֹ מִצְוַת עֲשֵׂה. לָמָּה לִי? מִ״וּבָאתָ שָׁמָּה ... וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה״ נָפְקָא! ״תִּשְׁמֹור״ — זוֹ מִצְוַת לֹא תַעֲשֶׂה. לָמָּה לִי? מ״לא תְּאַחֵר לְשַׁלְּמוֹ״ נָפְקָא!

Le Maître a dit : 'ce qui sort de tes lèvres, c'est une mitsva positive'. Pourquoi m'en faut-il [une source] ?

Elle se déduit de 'et tu viendras là... et vous apporterez là' (Deut 12:5-6) ! [Et il a dit :] 'tu garderas, c'est un interdit'.

Pourquoi m'en faut-il [une source] ? Elle se déduit de 'tu ne tarderas pas à le payer' (Deut 23:22) !

💡 Explication

La Guemara vérifie chaque bribe de la baraita. La mitsva positive ('ce qui sort de tes lèvres') est déjà connue de 'et vous apporterez là' (Deut 12:6). L'interdit ('tu garderas') est déjà connu de 'tu ne tarderas pas' (Deut 23:22). Pourquoi les redire ?

7
״וְעָשִׂיתָ״ — אַזְהָרָה לְבֵית דִּין שֶׁיְּעַשּׂוּךְ. לָמָּה לִי? מִ״יַקְרִיב אוֹתוֹ״ נָפְקָא, דְּתַנְיָא: ״יַקְרִיב אוֹתוֹ״ — מְלַמֵּד שֶׁכּוֹפִין אוֹתוֹ. יָכוֹל בְּעַל כָּרְחוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לִרְצוֹנוֹ״, הָא כֵיצַד? כּוֹפִין אוֹתוֹ עַד שֶׁיֹּאמַר ״רוֹצֶה אֲנִי״.

'Et tu feras' — c'est une semonce au beit din pour qu'ils te [le] fassent [accomplir]. Pourquoi m'en faut-il [une source] ?

Elle se déduit de 'il l'offrira' (Lev 1:3), comme il est enseigné (baraita) : 'il l'offrira' — cela enseigne qu'on le contraint. Serait-ce malgré lui ?

L'Écriture enseigne 'selon sa volonté' (Lev 1:3). Comment donc ?

On le contraint jusqu'à ce qu'il dise 'je veux bien'.

📜 Rachi (1)
יַקְרִיב אֹותוֹ אֶל פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד יַקְרִיב אֹותוֹ קְרָא יַתִּירָא הוּא דְּהָא כְּתִיב בְּרֵישֵׁיהּ יַקְרִיבֶנּוּ:
'Il l'offrira à l'entrée de la tente d'assignation' — 'il l'offrira' est un verset superflu, car il est déjà écrit au début 'il l'offrira' (yakrivenou).
🗂️ Tossefot (1)
יַקְרִיב אוֹתוֹ מְלַמֵּד שֶׁכּוֹפִין אוֹתוֹ. כָּל מִצְוַת עֲשֵׂה נָמֵי כּוֹפִין כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק נַעֲרָה שֶׁנִּתְפַּתְּתָה (כְּתֻובּוֹת דַּף מט: וְשָׁם) מַכִּין אוֹתוֹ עַד שֶׁתֵּצֵא נַפְשׁוֹ וְהָא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא הָכָא מִשּׁוּם דְּסָלְקָא דַּעְתָּא דְּאֵין כּוֹפִין כָּאן לְפִי שֶׁכָּתוּב לִרְצוֹנוֹ וא"ת הָא דִּתְנַן פֶּרֶק הָאוֹמֵר מִשְׁקָלִי (עֲרָכִין דַּף כא.) חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת אֵין מְמַשְׁכְּנִין אוֹתָן חַייָּבֵי עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים מְמַשְׁכְּנִין אוֹתָן ה"ד אִי מִקַּמֵּי דַּאֲתָא לִידֵי בַּל תְּאַחֵר אַפֵּי' עוֹלוֹת וּשְׁלָמִים נָמֵי לֹא וְאִי דְּעָבַר בְּבַל תְּאַחֵר אַפֵּי' חַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת נָמֵי וְי"ל דִּלְעוֹלָם בְּשֶׁלֹּא עָבַר עֲדַיִין אֶלָּא דְּחָזֵינַן שֶׁהוּא מִתְעַצֵּל לְהָבִיא [וּמוֹצִיא הוֹצָאוֹת חִנָּם שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בְּיָדוֹ מַה לִקְנוֹת] וּלְהָכִי מְמַשְׁכְּנִין וְאִם אֵין מוֹצְאִין בַּמֶּה לְמַשְׁכְּנוֹ אָז כּוֹפִין כִּדְקָאָמַר הָכָא וא"ת וְאַעוֹלוֹת מ"ט (לֹא) בָּעֵי לְמַשְׁכּוֹנִי טְפֵי מֵחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת וְהָא בפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף ו.) אָמַר דְּעוֹלוֹת נָמֵי מְכַפְּרִים אַחַיָּיבֵי עֲשֵׂה י"ל כֵּיוָן דְּאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (יוֹמָא דַּף פּוֹ.) שֶׁאִם עָשָׂה תְּשׁוּבָה לָא זָז מִשָּׁם עַד שֶׁמּוֹחֲלִין לוֹ הֲרֵי בִּתְשׁוּבָה מִתְכַּפֵּר וְלָא דָּמֵי לְחַטָּאוֹת וַאֲשָׁמוֹת:
'Il l'offrira — cela enseigne qu'on le contraint' — pour toute mitsva positive aussi on contraint, comme il est dit au chapitre 'Naara chenitpateta' (Ketoubot 49b) : 'on le frappe jusqu'à ce que son âme sorte'. Et si un verset a été nécessaire ici, c'est parce qu'on aurait pu penser qu'on ne contraint pas ici, puisqu'il est écrit 'selon sa volonté'. Et si tu dis : ce qu'on a enseigné au chapitre 'Ha-omer michkali' (Arakhin 21a) — ceux qui doivent des hatat et des achamot, on ne les saisit pas [par gage] ; ceux qui doivent des olot et des chelamim, on les saisit — de quel cas s'agit-il ? Si c'est avant qu'il ne tombe sous 'bal te'aher', même les olot et chelamim [ne devraient] pas [être saisis] ; et si c'est après qu'il a transgressé 'bal te'aher', même les hatat et achamot [devraient l'être] ! On peut répondre : il s'agit toujours du cas où il n'a pas encore transgressé, mais où l'on voit qu'il tarde à apporter [et dépense en pure perte pour ne pas garder de quoi acheter], et c'est pourquoi on le saisit ; et si l'on ne trouve pas de quoi le saisir, alors on le contraint, comme il est dit ici. Et si tu dis : pour quelle raison saisit-on les olot [par gage] plutôt que les hatat et achamot, alors qu'au 1er chapitre de Zevahim (6a) on dit que les olot aussi expient sur les [transgressions de] mitsvot positives ? On peut répondre : puisqu'on dit ailleurs (Yoma 86a) que s'il a fait techouva on ne bouge pas de là avant de lui pardonner, [donc] par la techouva il obtient l'expiation, et cela ne ressemble pas aux hatat et achamot [qui exigent l'offrande].
💡 Explication

La contrainte du beit din ('et tu feras') est déjà connue de 'il l'offrira' (Lev 1:3), d'où une baraita tire qu'on force l'homme à apporter son offrande. Mais pas contre son gré : on le contraint jusqu'à ce qu'il consente et dise 'je veux bien' (formule qui rend l'acte valide). Puisque tout est déjà connu, pourquoi la baraita le répète-t-elle ?

8
חַד, דְּאָמַר וְלֹא אַפְרִישׁ, וְחַד, אַפְרִישׁ וְלָא אַקְרִיב.

[Deux jeux de versets sont nécessaires :] l'un pour celui qui a dit [son vœu] mais n'a pas mis à part [d'animal] ; l'autre pour celui qui a mis à part mais n'a pas offert.

📜 Rachi (1)
חַד דְּאָמַר עָלַי וְלֹא אַפָּרָשָׁה:
'L'un pour celui qui a dit' — 'il m'incombe [une offrande]' mais ne l'a pas mise à part.
🗂️ Tossefot (1)
חַד דַּאֲמַר וְלָא אַפְרֵישׁ. נִרְאֶה לִי דִּמְשַׁנֵּי כָּךְ שֶׁהֲרֵי הִקְשָׁה מַעֲשֶׂה וּמִלֹּא תַּעֲשֶׂה וּמֵעִשּׂוּיִי נִרְאֶה בְּכָל חַד רוֹצֶה ב' פְּסוּקִים וּתְרֵי לָמָּה לִי וּמְשַׁנֵּי צְרִיכִי בְּכָל חַד תְּרֵי קְרָאֵי דְּחַד קְרָא אֲתָא גָּלָל אָמַר וְלָא אַפְרִישׁ וּקְרָא הַשֵּׁנִי אֲתָא גָּלָל אַפְרִישׁ וְלָא אַקְרִיב וּפָרִיךְ מִי מָצֵית אָמְרַתְּ דְּאָמַר וְלָא אַפְרֵישׁ וְהָא נְדָבָה כְּתִיבָא בֵּיהּ וּתְנַן כו' פֵּירוּשׁוֹ כָּךְ נ"ל הֵיאַךְ מוֹקְמַתְּ הָעֲשֵׂה וְהַלֹּא תַּעֲשֶׂה וְהֶעָשׂוּי אַנְּדָבָה דִּקְרָאֵי דְּאָמַר וְלֹא אַפְרִישׁ הָא אוֹתָן ג' עִנְיָינִים עֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה וְעִישּׂוּי נִרְאֶה דְּקָאֵי לִנְדָבָה כְּמוֹ לְנֶדֶר שֶׁהֲרֵי בְּאוֹתוֹ קְרָא כְּתִיב נְדָבָה כִּדְאָמַר לְעֵיל נְדָבָה כְּמִשְׁמָעָהּ וְאֵיךְ מָצֵי הֱיוֹת קָאֵי אָמַר וְלָא אַפְרִישׁ לִנְדָבָה הָא זֶה אִיפְּכָא מִזֶּה שֶׁהֲרֵי אָמַר וְלָא אַפְרִישׁ אֵינוֹ אוֹמֵר הֲרֵי זוֹ אַדְּרַבָּה הוּא כְּאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי כָּזֶה נֶדֶר שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ מַפְרִישׁ אָז וּנְדָבָה פֵּירוּשָׁהּ הִיא דְּאָמַר הֲרֵי זוֹ וּמַפְרִישׁ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה כְּדִתְנַן אֵיזֶהוּ וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי מַשְׁכַּחַת לָהּ דְּאָמַר וְלֹא אַפְרִישׁ דְּמַשְׁמַע נֶדֶר מַשְׁכַּחַת לָהּ תַּרְתֵּי אַפֵּי' בִּנְדָבָה כְּגוֹן דְּאָמַר הֲרֵי עָלַי עוֹלָה עַל מְנָת שֶׁלֹּא אֶתְחַיֵּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ כְּשֶׁאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי הוּא כְּמוֹ נֶדֶר וְרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת נְדָבָה כְּשֶׁמְּבָאֵר בּוֹ דִּין נְדָבָה בְּאוֹמֵר דְּאֵינוֹ חָפֵץ לְהִתְחַייֵּב בְּאַחְרָיוּתָהּ אֶלָּא דְּמַשְׁכַּחַת לָהּ דְּאָמַר וְלֹא אַפְרִישׁ כְּמוֹ הָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי וְעַל כָּל זֹאת הִיא כִּנְדָבָה שֶׁהֲרֵי רוֹצֶה שֶׁלֹּא יִתְחַיֵּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ כִּנְדָבָה:
'L'un pour celui qui a dit mais n'a pas mis à part' — il me semble qu'on répond ainsi : puisqu'on a objecté à partir de la [mitsva] positive, de l'interdit et de 'et tu feras', il apparaît que pour chaque [cas] on veut deux versets — et [l'on demande] pourquoi deux ; et l'on répond qu'il faut pour chaque [cas] deux versets, l'un venant pour celui qui a dit sans mettre à part, l'autre pour celui qui a mis à part sans offrir. Puis l'on objecte : peux-tu dire 'qui a dit sans mettre à part', alors que 'nedava' est écrit [dans le verset] et que nous avons appris [la michna] etc. ? Voici son explication : comment établis-tu la [mitsva] positive, l'interdit et 'et tu feras' sur la nedava des versets, [en disant] 'qui a dit sans mettre à part', alors que ces trois notions — positive, négative et 'et tu feras' — semblent porter sur la nedava comme sur le neder, puisque dans ce même verset 'nedava' est écrit, comme on l'a dit plus haut 'nedava selon son sens' ? Comment 'qui a dit sans mettre à part' peut-il porter sur la nedava, alors que c'est l'inverse : 'qui a dit sans mettre à part' ne dit pas 'ceci-ci' — au contraire, c'est comme celui qui dit 'il m'incombe pareil' [= un neder], puisqu'il ne met rien à part alors, tandis que la nedava signifie qu'il dit 'ceci-ci' et met à part à ce moment-là, comme nous avons appris 'qu'est-ce que [la nedava], etc.' ? Et l'on répond : on trouve 'qui a dit sans mettre à part' au sens d'un neder, [et] on trouve les deux [notions] même dans une nedava, par exemple celui qui dit 'il m'incombe une olah à condition de ne pas être responsable de sa perte' : en disant 'il m'incombe' c'est comme un neder, et il veut en faire une nedava en précisant la loi de la nedava, disant qu'il ne veut pas être responsable de sa perte — [ainsi] on trouve 'qui a dit sans mettre à part' comme celui qui dit 'il m'incombe', et malgré tout c'est comme une nedava puisqu'il veut ne pas être responsable de sa perte, comme une nedava.
💡 Explication

Réponse à la question des répétitions : les deux sources ne font pas double emploi car elles visent deux cas distincts. L'une concerne celui qui a prononcé son vœu sans encore mettre à part d'animal ; l'autre, celui qui a déjà mis à part l'animal mais ne l'a pas encore offert.

9
וּצְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן אֲמַר וְלָא אַפְרֵישׁ, מִשּׁוּם דְּלָא קַיְּימֵיהּ לְדִיבּוּרֵיהּ, אֲבָל אַפְרֵישׁ וְלָא אַקְרֵיב, אֵימָא: כָּל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ — בֵּי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ. צְרִיכָא.

Et c'est nécessaire : car si [l'Écriture] nous avait seulement enseigné 'à dit et n'a pas mis à part', [j'aurais dit] c'est parce qu'il n'a pas tenu sa parole ; mais 'a mis à part et n'a pas offert', j'aurais dit : partout où il [l'animal] se trouve, il est dans le trésor du Miséricordieux — [donc pas de faute]. [D'où la] nécessité.

💡 Explication

Justification du premier cas : si l'on connaissait seulement 'à dit sans mettre à part', on l'attribuerait au fait qu'il n'a pas tenu parole. Mais pour 'a mis à part sans offrir', on aurait pu croire qu'il n'y a pas faute, puisque l'animal, où qu'il soit, appartient déjà au trésor du Ciel (bei gaza de-Rahmana). D'où la nécessité de la seconde source.

10
וְאִי אַשְׁמְעִינַן אַפְרֵישׁ וְלָא אַקְרֵיב, דְּקָא מַשְׁהֵי לֵיהּ גַּבֵּיהּ, אֲבָל אָמַר וְלָא אַפְרֵישׁ, אֵימָא דִּיבּוּרָא לֹא כְּלוּם הוּא. צְרִיכָא.

Et si [l'Écriture] nous avait seulement enseigné 'à mis à part et n'a pas offert', [j'aurais dit] c'est parce qu'il le retient chez lui ; mais 'a dit et n'a pas mis à part', j'aurais dit : la parole n'est rien du tout [pas de faute]. [D'où la] nécessité.

💡 Explication

Justification symétrique du second cas : si l'on connaissait seulement 'à mis à part sans offrir', on l'attribuerait au fait qu'il garde l'animal chez lui. Mais pour 'a dit sans mettre à part', on aurait pu croire que la simple parole ne compte pas (tant qu'aucun animal n'est désigné). D'où la nécessité des deux sources.

11
וּמִי מָצֵית אָמְרַתְּ דְּאָמַר וְלָא אַפְרֵישׁ? וְהָא נְדָבָה כְּתִיבָא, וּתְנַן: אֵי זֶהוּ נֶדֶר — הָאוֹמֵר: הֲרֵי עָלַי עוֹלָה. וְאִי זוֹ הִיא נְדָבָה — הָאוֹמֵר: הֲרֵי זוֹ עוֹלָה.

Mais peux-tu dire 'à dit et n'a pas mis à part' ? Or 'nedava' est écrit [dans le verset], et nous avons appris (michna) : qu'est-ce qu'un neder ?

Celui qui dit 'il m'incombe une olah'. Et qu'est-ce qu'une nedava ?

Celui qui dit 'celle-ci est une olah'.

📜 Rachi (1)
וְהָא נְדָבָה כְּתִיבָא וּבִקְרָא דְּבַל תְּאַחֵר נָמֵי רַבִּינַן לֵיהּ בִּגְזֵירָה שָׁוָה:
'Or nedava est écrit' — et dans le verset de 'bal te'aher' aussi nous l'incluons par une gezera chava (analogie verbale).
🗂️ Tossefot (1)
אֵיזֶהוּ נֶדֶר. מִשְׁנָה הִיא בפ"ק (מִשְׁנָה א') דְּקִינִּין:
'Qu'est-ce qu'un neder' — c'est une michna au 1er chapitre (michna 1) de Kinnim.
💡 Explication

Objection : on ne peut appliquer le cas 'a dit sans mettre à part' au mot 'nedava' du verset, car la michna définit : le neder = 'il m'incombe une olah' (engagement sans animal désigné) ; la nedava = 'celle-ci [cet animal] est une olah' (animal déjà désigné). Une nedava suppose donc un animal mis à part.

12
וּמַה בֵּין נֶדֶר לִנְדָבָה? נֶדֶר, מֵת אוֹ נִגְנַב — חַייָּב בְּאַחְרָיוּתוֹ. נְדָבָה, מֵתָה אוֹ נִגְנְבָה — אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ.

Quelle différence entre neder et nedava ? [Pour le] neder : [si l'animal] est mort ou volé, il en est responsable (doit remplacer).

[Pour la] nedava : [s'il] est mort ou volé, il n'en est pas responsable.

📜 Rachi (1)
מֵת אוֹ נִגְנַב אִם הִפְרִישׁוֹ לְאַחַר זְמַן:
'Est mort ou volé' — s'il l'a mis à part après un [certain] temps.
💡 Explication

Nafka mina (conséquence pratique) entre les deux : dans le neder, l'homme s'est engagé à apporter 'une olah' sans la spécifier ; si l'animal meurt ou est volé, il reste responsable et doit en fournir un autre. Dans la nedava, il a désigné un animal précis ; s'il périt, il n'est pas responsable (son vœu portait sur cet animal-là seul).

🖼️ Schéma
Neder vs Nedava — deux formes d'engagement NEDER (vœu) NEDAVA (offrande libre) 'harei alai ola' (il m'incombe une olah) 'harei zo ola' (cet animal-ci est une olah) mort ou vol de l'animal : RESPONSABLE (doit remplacer) mort ou vol de l'animal : NON responsable (pas de remplacement) Rava : cas mixte — 'harei alai ola al menat che-eni hayav be-ahrayoutah' (neder de forme, nedava de fond)
La différence pratique entre neder et nedava.
13
אָמַר רָבָא: מַשְׁכַּחַת לָהּ, כְּגוֹן דְּאָמַר: הֲרֵי עָלַי עוֹלָה עַל מְנָת שֶׁאֵינִי חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ.

Rava dit : on trouve [un cas de 'a dit sans mettre à part' relevant de la nedava], par exemple celui qui dit 'il m'incombe une olah à condition de n'en être pas responsable'.

📜 Rachi (2)
מַשְׁכַּחַת לָהּ דְּאָמַר וְלֹא הִפְרִישׁ וְהָוְיָא נְדָבָה:
'On trouve' — [le cas] de celui qui a dit sans mettre à part, et [pourtant] c'est une nedava.
כְּגוֹן דְּאָמַר הֲרֵי עָלַי עוֹלָה עַל מְנָת שֶׁכְּשֶׁאַפְרִישֶׁנָּה לֹא אֶתְחַיֵּיב בְּאַחְרָיוּתָהּ:
'Par exemple celui qui dit il m'incombe une olah à condition' — que, lorsque je la mettrai à part, je n'en sois pas responsable.
🗂️ Tossefot (1)
עַל מְנָת שֶׁלֹּא אֶתְחַייֵּב בְּאַחְרָיוּתָהּ. לָא דָּמֵי לְמַתְנֶה עַל מַה שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה:
'À condition de n'en être pas responsable' — cela ne ressemble pas à [quelqu'un] qui stipule contre ce qui est écrit dans la Torah [condition nulle].
💡 Explication

Réponse de Rava : il existe un cas mixte où l'on a une formule de neder ('il m'incombe une olah', sans désigner d'animal) mais avec le régime de la nedava, savoir quand on ajoute la condition 'à condition de n'en être pas responsable' en cas de perte. Ce cas cadre avec 'a dit sans mettre à part' tout en étant une nedava.

14
״בְּפִיךָ״ — זוֹ צְדָקָה. אָמַר רָבָא: וּצְדָקָה — מִיחַייַּב עֲלָהּ לְאַלְתַּר. מַאי טַעְמָא — דְּהָא קָיְימִי עֲנִיִּים.

'De ta bouche, c'est la tsedaka.' Rava dit : et pour la tsedaka, on en est responsable immédiatement (le-altar). Quelle en est la raison ?

Parce que les pauvres sont [toujours] présents.

💡 Explication

La baraita a lu 'de ta bouche' = tsedaka. Rava enseigne : pour la tsedaka, on tombe immédiatement sous l'interdit de tarder si on ne la distribue pas, car les pauvres sont partout présents (ha kaimi aniyim) — contrairement à l'offrande, qui doit être apportée au Temple.

🖼️ Schéma
Le délai de 'bal te'aher' : offrande vs tsedaka Offrande (korban) transgresse bal te'aher après 3 regalim (fêtes) Rava : dès UN regel passé -> déjà une mitsva positive violée Tsedaka (charité) responsable IMMÉDIATEMENT motif : 'ha kaimi aniyim' les pauvres sont partout présents
Tsedaka : obligation immédiate, car les pauvres sont toujours là.
15
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: כֵּיוָן דִּבְעִנְיָינָא דְּקָרְבָּנוֹת כְּתִיבָא, עַד דְּעָבְרִי עֲלַהּ שְׁלֹשָׁה רְגָלִים כְּקָרְבָּנוֹת, קָא מַשְׁמָע לַן: הָתָם הוּא דִּתְלִינְהוּ רַחֲמָנָא בִּרְגָלִים, אֲבָל הָכָא לֹא — דְּהָא שְׁכִיחֵי עֲנִיִּים.

[N'est-ce pas] évident ? [Non :] tu aurais pu dire — puisque [la tsedaka] est écrite dans le contexte des offrandes, [on n'en est responsable] que lorsque trois regalim (fêtes de pèlerinage) ont passé sur elle, comme les offrandes ; [l'Écriture] nous enseigne : là-bas [pour les offrandes], c'est [seulement] parce que le Miséricordieux les a liés aux regalim ; mais ici [tsedaka], non — car les pauvres sont [toujours] disponibles.

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דִּבְעִנְיָינָא דְּקָרְבָּנוֹת כְּתִיבָא לְבַל תְּאַחֵר:
'Puisqu'elle est écrite dans le contexte des offrandes' — [rattachée] à 'bal te'aher'.
💡 Explication

Pourquoi Rava le précise-t-il, si c'est évident ? On aurait pu croire que, la tsedaka étant énoncée dans le contexte des offrandes, elle suit leur régime : pas de faute avant que trois regalim aient passé. Rava rectifie : ce délai des trois fêtes ne vaut que pour les offrandes, que la Torah a rattachées aux pèlerinages ; la tsedaka, elle, oblige tout de suite car les pauvres sont toujours là.

16
אָמַר רָבָא: כֵּיוָן שֶׁעָבַר עָלָיו רֶגֶל אֶחָד — עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה.

Rava dit : dès lors qu'un seul regel a passé sur lui [sans qu'il ait apporté son offrande], il transgresse une mitsva positive.

📜 Rachi (1)
עוֹבֵר בַּעֲשֵׂה עַל הַקָּרְבָּן דִּכְתִיב וּבָאתָ שָּׁמָּה וַהֲבֵאתֶם:
'Transgresse une mitsva positive' — au sujet de l'offrande, car il est écrit 'et tu viendras là et vous apporterez' (Deut 12:5-6).
💡 Explication

Précision de Rava : même si l'on ne transgresse l'interdit de 'bal te'aher' qu'après trois regalim, il suffit qu'un seul regel ait passé pour qu'on viole déjà la mitsva positive (l'obligation d'apporter son offrande sans tarder, tirée de 'et vous apporterez là').

17
מֵיתִיבִי: הֵעִיד רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְרַבִּי פַּפְּייַס עַל וְלַד שְׁלָמִים שֶׁיִּקְרַב שְׁלָמִים. אָמַר רַבִּי פַּפְּיַיס: אֲנִי מֵעִיד שֶׁהָיְתָה לָנוּ פָּרָה שֶׁל זִבְחֵי שְׁלָמִים וַאֲכַלְנוּהָ בַּפֶּסַח, וְאָכַלְנוּ וְלָדָהּ שְׁלָמִים בֶּחָג.

On objecte (michna, Edouyot) : Rabbi Yehochoua et Rabbi Papeyyas ont témoigné au sujet du petit d'une [offrande de] chelamim qu'il est offert [lui-même comme] chelamim. Rabbi Papeyyas a dit : je témoigne que nous avons eu une vache d'un sacrifice de chelamim et que nous l'avons mangée à Pessa'h, et que nous avons mangé son petit [comme] chelamim à la fête [de Souccot].

📜 Rachi (1)
עַל וְלַד שְׁלָמִים שֶׁהִפְרִישׁ בְּהֵמָה מְעֻובֶּרֶת אוֹ עִיבְּרָה לְאַחַר הִקְדִּישָׁהּ:
'Au sujet du petit des chelamim' — [le cas où] on a mis à part une bête pleine, ou [ou la bête] à conçu après sa consécration.
💡 Explication

Objection contre Rava : une michna (Edouyot) rapporte le témoignage de R. Yehochoua et R. Papeyyas : le petit d'une offrande de chelamim (conçu après la consécration de la mère) est lui aussi offert comme chelamim. R. Papeyyas atteste avoir mangé la mère à Pessa'h et le petit à Souccot ('la fête', Hé-Hag) — donc plusieurs mois plus tard.

18
בִּשְׁלָמָא בְּפֶסַח לָא אַקְרְבוּהּ, אֵימוֹר דִּמְחֻוסָּר זְמַן הֲוָה. אֶלָּא וַלְדַּהּ בַּעֲצֶרֶת הֵיכִי מַשְׁהִי לֵהּ וְעָבְרִי עֲלֵיהּ בַּעֲשֵׂה!

[La Guemara précise :] soit ; à Pessa'h, ils ne l'ont pas offert [le petit] — dis qu'il manquait [encore] du temps (mehousar zeman) ; mais son petit, à Chavouot, comment ont-ils pu le retarder et transgresser sur lui une mitsva positive [selon Rava] ?

📜 Rachi (1)
מְחֻוסַּר זְמַן שֶׁמָּא לֹא עָבְרוּ עָלָיו שְׁמוֹנָה יָמִים:
'Il manquait du temps' — peut-être huit jours n'avaient-ils pas [encore] passé sur lui.
💡 Explication

La Guemara affine l'objection : que le petit n'ait pas été offert à Pessa'h se comprend — il lui manquait le temps requis (mehousar zeman : un animal doit avoir au moins huit jours). Mais entre Pessa'h et Chavouot (le regel suivant) il y a de la marge : selon Rava, ne pas l'avoir offert dès Chavouot devrait déjà violer la mitsva positive ! D'où l'objection.

19
אָמַר רַב זְבִיד מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: כְּגוֹן

Rav Zevid dit au nom de Rava : par exemple [dans le cas où...] [la suite est sur 6b].

💡 Explication

Début de la réponse : Rav Zevid, au nom de Rava, commence à expliquer le cas particulier du témoignage de R. Papeyyas qui lève la contradiction. La phrase est interrompue ('par exemple...') et se poursuit sur le folio suivant (6b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).