Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'une discussion sur l'animal défectueux (baal moum) et le bal te'ahèr, puis expose une baraita : le 1er Nissan est Roch Hachana pour quatre choses — le décompte des mois, les années bissextiles (ibbourin), le prélèvement des sicles (teroumat chekalim), et selon certains la location des maisons. La Guemara cherche la source scripturaire prouvant que Nissan est le premier mois : la voie de la Torah (mois de l'aviv, mois de la récolte) échoue sur l'objection 'rov n'est pas écrit', et Rabina conclut qu'on l'apprend des paroles de tradition (Prophètes et Écrits, où les noms des mois figurent avec leur rang).
Elle explique ensuite que la Michna omet les mois et les ibbourin car elle traite des débuts d'année, non des mois ni des fins de période ; que 'ibbourin' désigne la fin de l'intercalation (jusqu'à Pourim ou tout Adar) ; et que le prélèvement des sicles se dérive par guezera chava chana/chana depuis Nissan. Enfin : les offrandes publiques du 1er Nissan, mitsva de les apporter de la caisse neuve, un particulier peut en faire don à condition de les transmettre au public.
Celle-là [enseigne Abaye : on compte des la naissance] parle d'un animal défectueux (baal moum). [Ne pouvant être offert, il est bon à être abattu et mangé dès sa naissance ; s'il n'est pas remis au cohen dans l'année, on transgresse le 'bal te'ahèr', l'interdit de différer.]
Fin de la sougya précédente. Abaye distingue : pour un baal moum (animal défectueux, né avec sa tare), il est bon à l'abattage dès sa naissance, donc on compte l'année du bal te'aher (interdit de différer un don) depuis le jour de sa naissance.
Mais un animal défectueux, peut-on vraiment le manger [le jour même de sa naissance] ? [Réponse :] c'est un cas où l'on est certain à son sujet que ses mois [de gestation] ont été achevés.
Objection : un nouveau-né est peut-être un nefel (non-viable) ; on doit attendre huit jours avant de l'abattre. Réponse : ici, on est certain que la gestation fut complète (on connaît la date de saillie), donc il n'est pas suspecté d'être un nefel.
Nos maîtres ont enseigné : le 1er Nissan est tête d'année (Roch Hachana) pour les mois, pour les années bissextiles (ibbourin), et pour le prélèvement des sicles (teroumat chekalim) ; et certains disent : aussi pour la location des maisons.
La baraita élargit la Michna : le 1er Nissan est Roch Hachana pour quatre choses — le décompte des mois, les ibbourin (années bissextiles), la teroumat chekalim (offrandes payées des sicles collectés en Adar), et selon certains la location des maisons (le bail annuel s'y achève).
Pour les mois, d'où [le savons-nous] ? Car il est écrit : 'Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année.
Parlez à toute la communauté d'Israël en disant : le dix de ce mois, qu'ils prennent chacun un agneau par maison paternelle, un agneau par maison... et vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et [toute l'assemblée] l'abattra, etc.' Et il est écrit : 'Garde le mois de l'aviv (des épis)' — quel est le mois où il y a de l'aviv ? Dis : c'est Nissan ; et [l'Écriture] l'appelle 'premier'.
Source pour les mois : le verset (Ex 12:2) qui appelle ce mois 'premier des mois', identifié à Nissan par le rapprochement avec le mois de l'aviv (Dt 16:1), c'est-à-dire le mois où le grain mûrit (aviv = épis).
Mais dis : [c'est] Iyar ? Il me faut de l'aviv, et il n'y en a pas.
Mais dis : [c'est] Adar ? Il me faut la majorité de l'aviv, et il n'y en a pas.
Or est-il écrit quelque part 'la majorité de l'aviv' ?
Discussion : ce n'est pas Iyar (le grain y est déjà mûr, plus au stade aviv), ni Adar (il faut la majorité du grain à maturer, ce qui manque). Mais objection : le mot 'rov' (majorité) n'est pas écrit dans le verset !
Plutôt, dit Rav Hisda, [on l'apprend] d'ici : 'Or, le quinzième jour du septième mois, quand vous rentrerez la récolte de la terre' — quel est le mois où il y a la rentrée [des récoltes] ? Dis : c'est Tichri ; et [l'Écriture] l'appelle 'septième'.
Nouvelle preuve (Rav Hisda) : le verset (Lv 23:39) appelle 'septième' le mois de la rentrée des récoltes (assifa), identifié à Tichri. Si Tichri est le septième, Nissan est le premier.
Mais dis [que c'est] Marhechvan, et que signifie 'septième' ? Septième à partir d'Iyar !
Il me faut la rentrée, et il n'y en a pas. Mais dis [que c'est] Eloul, et que signifie 'septième' ?
Septième à partir d'Adar ! Il me faut la majorité de la rentrée, et il n'y en a pas.
Or est-il écrit quelque part 'la majorité de la rentrée' ?
Même type d'objection : ce n'est pas Marhechvan (la rentrée y est déjà finie) ni Eloul (il faut la majorité de la rentrée). Mais le mot 'rov' (majorité) n'est pas non plus écrit ici : la voie de la Torah échoue.
Plutôt, dit Rabina : cette chose, nous ne l'avons pas apprise de la Torah de Moché notre maître, [mais] nous l'avons apprise des paroles de tradition (divrei kabbala) : 'Le vingt-quatrième jour du onzième mois, c'est le mois de Chevat' (Zacharie 1:7). Rabba bar Oulla dit : d'ici : 'Et Esther fut prise auprès du roi Assuérus dans sa maison royale, au dixième mois, c'est le mois de Tévet' (Esther 2:16).
Conclusion de Rabina : la preuve ne vient pas de la Torah mais des 'divrei kabbala' (Prophètes et Écrits), où les mois sont nommés avec leur rang : Chevat = 11e (Zacharie), Tévet = 10e (Esther). Si Chevat est le onzième, Nissan est le premier.
Rav Kahana dit : d'ici : 'Le quatrième [jour] du neuvième mois, en Kislev' (Zacharie 7:1). Rav Aha bar Yaakov dit : d'ici : 'Et les scribes du roi furent appelés en ce temps-là, au troisième mois, c'est le mois de Sivan' (Esther 8:9).
Rav Achi dit : d'ici : 'Il jeta le pour, c'est le sort, devant Haman, de jour en jour et de mois en mois, [jusqu'au] douzième, c'est le mois d'Adar' (Esther 3:7). Et si tu veux, dis : d'ici : 'au premier mois, c'est le mois de Nissan' (Esther 3:7).
Autres versets nommant un mois avec son rang : Kislev = 9e (Zacharie), Sivan = 3e (Esther), Adar = 12e (Esther) — tous impliquent Nissan = premier. Et directement : 'au premier mois, c'est Nissan' (Esther 3:7).
Et tous [les autres], quelle est la raison pour laquelle ils n'ont pas dit [la preuve] à partir de celui-ci [le verset explicite sur Nissan] ? Parce que peut-être, que signifie 'premier' ?
Premier quant à son affaire [l'affaire de Haman].
Pourquoi ne pas se contenter du verset explicite 'premier mois = Nissan' (Esther 3:7) ? Parce que 'premier' pourrait y désigner le premier de l'affaire de Haman (le début du récit), non le premier de l'année. D'où le besoin des autres versets.
Et notre tanna [de la Michna] — il traite des années, il ne traite pas des mois.
Pourquoi la Michna n'énonce-t-elle pas 'Roch Hachana pour les mois' comme la baraita ? Parce que notre tanna traite des débuts d'année (les 'têtes d'année' des années), non des mois.
Et pour les ibbourin. Compte-t-on les intercalations depuis Nissan ?
Or il est enseigné : on n'intercale pas l'année avant Roch Hachana, et si on l'a intercalée, elle n'est pas intercalée ; mais pour cause de contrainte (dehak), on l'intercale aussitôt après Roch Hachana. Et malgré cela, on n'intercale qu'Adar.
Objection sur 'ibbourin' : compte-t-on l'intercalation depuis Nissan ? Non — on l'intercale dès après Roch Hachana (de Tichri), et le mois ajouté n'est jamais que le second Adar. En quel sens Nissan serait-il tête d'année pour les ibbourin ?
Rav Nahman bar Yitzhak dit : que signifie 'ibbourin' ? La cessation des intercalations (hafsakat ibbourin).
Comme nous avons appris : ils [Rabbi Yehochoua et Rabbi Papeyas] ont témoigné qu'on intercale l'année tout Adar ; car [d'autres] disaient : jusqu'à Pourim.
Réponse de Rav Nahman bar Yitzhak : 'ibbourin' au sens de la cessation de l'intercalation. Une fois Nissan consacré, l'année écoulée ne peut plus être intercalée. Le témoignage : on peut intercaler tout Adar (contre l'avis 'jusqu'à Pourim seulement').
Quelle est la raison de celui qui dit 'jusqu'à Pourim' ? Puisque le Maître a dit : on s'enquiert des lois de Pessa'h trente jours avant Pessa'h — [si l'on intercalait après Pourim,] on en viendrait à mépriser [l'interdit du] hametz.
Raison de l'avis 'jusqu'à Pourim' : on étudie les lois de Pessa'h 30 jours avant (donc dès Pourim, le 15 Adar). Intercaler après Pourim retarderait Pessa'h d'un mois, et l'on risquerait de mépriser l'interdit du hametz à la nouvelle date.
Et l'autre [avis, 'tout Adar'] — [il répond :] il est bien connu qu'une année bissextile dépend du calcul, et [les gens] penseront : c'est [seulement] le calcul qui n'a pas abouti pour les sages jusqu'à maintenant.
Réponse de l'avis 'tout Adar' : les gens savent que l'intercalation dépend d'un calcul ; si elle est annoncée après Pourim, ils supposeront que le calcul n'était pas achevé plus tôt, et il n'y a donc pas de risque de mépris.
Et notre tanna [de la Michna] ? Il traite du commencement (hat'hala), il ne traite pas de la cessation (hafsaka).
Pourquoi la Michna n'inclut-elle pas Nissan comme Roch Hachana pour les ibbourin ? Parce qu'elle traite des commencements d'année (hat'hala), non des fins de période (hafsaka) : pour l'intercalation, le 1er Nissan est une fin, pas un début.
Et pour le prélèvement des sicles. D'où [le savons-nous] ?
Rabbi Yochiya dit : le verset dit 'Ceci est l'holocauste de chaque mois en son mois, pour les mois de l'année' (Nombres 28:14) — la Torah a dit : renouvelle (haddech) et apporte un sacrifice du prélèvement nouveau. Et l'on apprend [par guezera chava] 'année'-'année' [que cela part] de Nissan, car il est écrit 'il est pour vous le premier des mois de l'année'.
Source pour la teroumat chekalim : le mot superflu 'pour les mois de l'année' (Nb 28:14) enseigne de renouveler (haddech) et d'apporter les offrandes de la caisse neuve. Par guezera chava chana/chana avec Ex 12:2, ce renouvellement part de Nissan.
Mais apprenons [plutôt] 'année'-'année' depuis Tichri, car il est écrit 'depuis le commencement de l'année' (Deutéronome 11:12) ! On tire une 'année' accompagnée de 'mois' d'une 'année' accompagnée de 'mois', et on ne tire pas une 'année' accompagnée de 'mois' d'une 'année' non accompagnée de 'mois'.
Objection : pourquoi ne pas faire la guezera chava avec 'depuis le commencement de l'année' (Dt 11:12 = Tichri) ? Réponse : on rapproche une 'année' accompagnée du mot 'mois' (Nb 28:14 et Ex 12:2) d'une autre du même type, et non d'une 'année' sans 'mois' (Dt 11:12).
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : les offrandes publiques qui viennent le 1er Nissan — c'est une mitsva de les apporter du [prélèvement] nouveau ; et si on les a apportées de l'ancien, on s'est acquitté, sauf qu'on a manqué la mitsva.
Halakha (Chmouel) : les offrandes publiques du 1er Nissan, il y a mitsva de les apporter de la caisse neuve (sicles de la nouvelle année). Si on les apporte de l'ancienne caisse, on est quitte (le sacrifice est valide), mais on a manqué la mitsva.
Cela est aussi enseigné [dans une baraita] : les offrandes publiques qui viennent le 1er Nissan — c'est une mitsva de les apporter du nouveau, et si on les a apportées de l'ancien, on s'est acquitté, sauf qu'on a manqué la mitsva. Et un particulier qui a fait un don de son propre bien — elles sont valides (kecherin), à condition qu'il les transmette au public.
Une baraita confirme Chmouel, et ajoute : un particulier qui offre de son propre bien les offrandes publiques — elles sont valides (kecherin), à condition qu'il les transmette au public (qu'elles deviennent propriété communautaire).
C'est évident ! [Réponse :] c'est pour que tu ne dises pas : craignons peut-être [qu'il ne les transmette pas parfaitement... la suite sur 7b].
La Guemara demande : il est évident qu'un particulier peut faire un don au public ! Réponse : de peur que tu ne dises qu'il faut craindre qu'il ne les transmette pas parfaitement (chema lo yimserem yafe yafe) — la discussion se poursuit sur 7b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).