Rosh Hashanah 7a — le 1er Nissan, tête d'année pour les mois, les années bissextiles et le prélèvement des sicles

Rosh Hashanah 7a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'une discussion sur l'animal défectueux (baal moum) et le bal te'ahèr, puis expose une baraita : le 1er Nissan est Roch Hachana pour quatre choses — le décompte des mois, les années bissextiles (ibbourin), le prélèvement des sicles (teroumat chekalim), et selon certains la location des maisons. La Guemara cherche la source scripturaire prouvant que Nissan est le premier mois : la voie de la Torah (mois de l'aviv, mois de la récolte) échoue sur l'objection 'rov n'est pas écrit', et Rabina conclut qu'on l'apprend des paroles de tradition (Prophètes et Écrits, où les noms des mois figurent avec leur rang).

Elle explique ensuite que la Michna omet les mois et les ibbourin car elle traite des débuts d'année, non des mois ni des fins de période ; que 'ibbourin' désigne la fin de l'intercalation (jusqu'à Pourim ou tout Adar) ; et que le prélèvement des sicles se dérive par guezera chava chana/chana depuis Nissan. Enfin : les offrandes publiques du 1er Nissan, mitsva de les apporter de la caisse neuve, un particulier peut en faire don à condition de les transmettre au public.

Le 1er Nissan : quatre "têtes d'année" (Roch Hachana) Mois (hodachim) le décompte des mois part de Nissan "premier des mois" (Ex 12:2) Années bissextiles (ibbourin) : fin de la période d'intercalation on n'ajoute qu'un second Adar Prélèvem. des sicles (teroumat chekalim) : offrandes de la caisse neuve des Nissan guezera chava chana / chana Location de maisons (yech omérim : certains ajoutent) le bail annuel s'achève au 1er Nissan Baraita (7a) élargissant la Michna qui n'énumère que les années La Michna traite des débuts d'année (hat'hala), non des mois ni des fins de période (hafsaka). C'est pourquoi elle omet "les mois" et "les ibbourin".
Les quatre têtes d'année du 1er Nissan selon la baraita, et pourquoi la Michna n'en énumère qu'une partie.
Comment prouver que Nissan est le PREMIER mois ? Voie de la Torah (échoue) "mois de l'aviv" (Nissan) / "mois de la récolte" (Tichri = 7e) : objection "rov" pas écrit -> recalé Voie des Écrits (réussit) "le 24 du 11e mois, mois de Chevat" (Zacharie), Tévet=10e (Esther)... les noms des mois montent de Bavel Rabina : "cela, nous ne l'avons pas appris de la Torah, mais des paroles de tradition" Pourquoi pas directement "1er mois = Nissan" (Esther 3:7) ? "premier" pourrait viser le premier de l'affaire de Haman, non le premier de l'année.
La recherche de la source : de la Torah (recalée) aux paroles de tradition (Rabina).
1
הָא בְּבַעַל מוּם.

Celle-là [enseigne Abaye : on compte des la naissance] parle d'un animal défectueux (baal moum). [Ne pouvant être offert, il est bon à être abattu et mangé dès sa naissance ; s'il n'est pas remis au cohen dans l'année, on transgresse le 'bal te'ahèr', l'interdit de différer.]

📜 Rachi (1)
בַּעַל מוּם שֶׁנּוֹלַד בְּמוּמוֹ וְעוֹמֵד לִישָּׁחֵט בַּחוּץ מִיּוֹם שֶׁנּוֹלַד הוּא רָאוּי לְכָךְ וּמוֹנִין לוֹ מִשֶּׁנּוֹלַד:
Baal moum — qui est né avec sa tare et se tient prêt à être abattu au-dehors : dès le jour de sa naissance il est propre à cela, et on compte pour lui à partir de sa naissance.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּבַעַל מוּם. בַּעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ דְּתָם וְנַעֲשָׂה בַּעַל מוּם כֵּיוָן דְּלָא חֲזִי לַאֲכִילָה מוֹנִים לוֹ מִשְּׁעַת הַרְצָאָה וְאֵין לְדַקְדֵּק מִכָּאן שֶׁיִּהְיֶה שַׁייָּךְ בַּל תְּאַחֵר בִּנְתִינָה לְכֹהֵן דְּהָכָא לְעִנְיַן לְהַאֲכִילוֹ בְּתוֹךְ שְׁנָתוֹ דְּצָרִיךְ כִּדְאִיתָא פֶּרֶק [עַד כַּמָּה] (בְּכוֹרוֹת דַּף כו:):
'Celle-là parle d'un baal moum' — un défectueux dès l'origine, [par opposition à] celui qui était sans défaut (tam) et est devenu défectueux : puisqu'il n'était pas propre à la consommation [dès sa naissance], on compte pour lui à partir du moment où il devient offrable (hatsa'a). Et il ne faut pas déduire d'ici que le 'bal te'aher' s'appliquerait à la remise au cohen, car ici il s'agit [seulement] de la [règle] de le manger dans son année, ce qui est requis, comme il est dit au chapitre 'Ad kama' (Bekhorot 26b).
💡 Explication

Fin de la sougya précédente. Abaye distingue : pour un baal moum (animal défectueux, né avec sa tare), il est bon à l'abattage dès sa naissance, donc on compte l'année du bal te'aher (interdit de différer un don) depuis le jour de sa naissance.

2
בַּעַל מוּם מִי מָצֵי אָכֵיל לֵיהּ? דְּקִים לֵיהּ בֵּיהּ שֶׁכָּלוּ לוֹ חֳדָשָׁיו.

Mais un animal défectueux, peut-on vraiment le manger [le jour même de sa naissance] ? [Réponse :] c'est un cas où l'on est certain à son sujet que ses mois [de gestation] ont été achevés.

📜 Rachi (1)
מִי מָצֵי אָכֵיל לֵיהּ בַּיּוֹם שֶׁנּוֹלַד דִּלְמָא נֵפֶל הֲוָה וְאֵין שְׁחִיטָה מְטַהַרְתּוֹ עַד שֶׁיִּשְׁהֶה שְׁמוֹנָה יָמִים דְּשׁוּב נְפַק לֵיהּ מִכְּלַל נֵפֶל דְּתַנְיָא (שַׁבָּת ד' קַלָּה:) רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר כָּל שֶׁשָּׁהָה שְׁלֹשִׁים יוֹם בָּאָדָם אֵינוֹ נֵפֶל וּבִבְהֵמָה שְׁמוֹנָה יָמִים:
Peut-on vraiment le manger — le jour où il est né ? Peut-être était-ce un nefel (non-viable), et l'abattage ne le rend pas pur tant qu'on n'a pas attendu huit jours, après quoi il sort de la catégorie des nefel ; car il est enseigné (Chabbat 135b) : Rabban Chimon ben Gamliel dit : tout [nouveau-né] qui a passé trente jours chez l'humain n'est pas un nefel, et chez l'animal, huit jours.
💡 Explication

Objection : un nouveau-né est peut-être un nefel (non-viable) ; on doit attendre huit jours avant de l'abattre. Réponse : ici, on est certain que la gestation fut complète (on connaît la date de saillie), donc il n'est pas suspecté d'être un nefel.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: בְּאֶחָד בְּנִיסָן רֹאשׁ הַשָּׁנָה לָחֳדָשִׁים, וּלְעִיבּוּרִין, וְלִתְרוּמַת שְׁקָלִים. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לִשְׂכִירוּת בָּתִּים.

Nos maîtres ont enseigné : le 1er Nissan est tête d'année (Roch Hachana) pour les mois, pour les années bissextiles (ibbourin), et pour le prélèvement des sicles (teroumat chekalim) ; et certains disent : aussi pour la location des maisons.

📜 Rachi (4)
לָחֳדָשִׁים לְמִנְיַן חָדְשֵׁי הַשָּׁנָה:
Pour les mois — pour le décompte des mois de l'année.
לְעִיבּוּרִין קָא ס"ד לֵישֵׁב ב"ד וּלְעַייֵּן אִם הַשָּׁנָה הַבָּאָה צְרִיכָה לְהִתְעַבֵּר:
Pour les ibbourin — on croit d'abord [comprendre] : pour que le tribunal siège et examine si l'année à venir doit être intercalée (rendue bissextile).
וְלִתְרוּמַת שְׁקָלִים לְהַקְרִיב רִאשׁוֹן קָרְבָּנוֹת הַלְּקוּחִים מִתְּרוּמַת קֻופּוֹת שֶׁל שִׁקְלֵי שָׁנָה זוֹ:
Et pour le prélèvement des sicles — pour offrir en premier les sacrifices achetés avec le prélèvement des caisses [remplies] des sicles de cette année-ci.
אַף לִשְׂכִירוּת בָּתִּים הַמַּשְׂכִּיר בַּיִת לַחֲבֵירוֹ וְאָמַר לְשָׁנָה זוֹ כָּלְתָה שְׁנָתוֹ בְּאֶחָד בְּנִיסָן וְאַפֵּי' לֹא דָּר בּוֹ אֶלָּא חֹודֶשׁ אֶחָד:
Aussi pour la location des maisons — celui qui loue une maison à son prochain en disant 'pour cette année', son année s'achève au 1er Nissan, même s'il n'y a habité qu'un seul mois.
💡 Explication

La baraita élargit la Michna : le 1er Nissan est Roch Hachana pour quatre choses — le décompte des mois, les ibbourin (années bissextiles), la teroumat chekalim (offrandes payées des sicles collectés en Adar), et selon certains la location des maisons (le bail annuel s'y achève).

🖼️ Schéma
Le 1er Nissan : quatre "têtes d'année" (Roch Hachana) Mois (hodachim) le décompte des mois part de Nissan "premier des mois" (Ex 12:2) Années bissextiles (ibbourin) : fin de la période d'intercalation on n'ajoute qu'un second Adar Prélèvem. des sicles (teroumat chekalim) : offrandes de la caisse neuve des Nissan guezera chava chana / chana Location de maisons (yech omérim : certains ajoutent) le bail annuel s'achève au 1er Nissan Baraita (7a) élargissant la Michna qui n'énumère que les années La Michna traite des débuts d'année (hat'hala), non des mois ni des fins de période (hafsaka). C'est pourquoi elle omet "les mois" et "les ibbourin".
Les quatre têtes d'année du 1er Nissan.
4
לָחֳדָשִׁים מִנָּלַן — דִּכְתִיב: ״הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם רֹאשׁ חֳדָשִׁים רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה. דַּבְּרוּ אֶל כָּל עֲדַת יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר בֶּעָשֹׂור לַחֹדֶשׁ הַזֶּה וְיִקְחוּ לָהֶם אִישׁ שֶׂה לְבֵית אָבֹות שֶׂה לַבָּיִת. וְהָיָה לָכֶם לְמִשְׁמֶרֶת עַד אַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ הַזֶּה וְשָׁחֲטוּ אֹותוֹ וְגוֹ׳״. וּכְתִיב: ״שָׁמוֹר אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב״, אֵיזֶהוּ חֹדֶשׁ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אָבִיב, הֱוֵי אוֹמֵר — זֶה נִיסָן, וְקָרֵי לֵיהּ רִאשׁוֹן.

Pour les mois, d'où [le savons-nous] ? Car il est écrit : 'Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l'année.

Parlez à toute la communauté d'Israël en disant : le dix de ce mois, qu'ils prennent chacun un agneau par maison paternelle, un agneau par maison... et vous le garderez jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et [toute l'assemblée] l'abattra, etc.' Et il est écrit : 'Garde le mois de l'aviv (des épis)' — quel est le mois où il y a de l'aviv ? Dis : c'est Nissan ; et [l'Écriture] l'appelle 'premier'.

📜 Rachi (1)
הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם וּמִנָּלַן דְּנִיסָן דִּכְתִיב וְיִקְחוּ לָהֶם שֶׂה לְפֶסַח וּכְתִיב קְרָא אַחֲרִינָא שֶׁהַפֶּסַח בְּחֹדֶשׁ הָאָבִיב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אָבִיב שֶׁהַתְּבוּאָה בְּכִירָה בּוֹ לִהְיוֹת מְבֻושֶּׁלֶת בִּגְמַר בִּישּׁוּלָהּ:
'Ce mois-ci sera pour vous' — et d'où [savons-nous] que c'est Nissan ? Il est écrit 'qu'ils prennent un agneau' pour Pessa'h, et un autre verset dit que Pessa'h est au mois de l'aviv, ce mois où il y a de l'aviv, où la récolte est précoce (bekhira) au point d'y être mûre, arrivée au terme de sa maturation.
💡 Explication

Source pour les mois : le verset (Ex 12:2) qui appelle ce mois 'premier des mois', identifié à Nissan par le rapprochement avec le mois de l'aviv (Dt 16:1), c'est-à-dire le mois où le grain mûrit (aviv = épis).

5
וְאֵימָא אִייָּר? בְּעֵינָא אָבִיב, וְלֵיכָּא. וְאֵימָא אֲדָר? בָּעֵינָא רֹוב אָבִיב, וְלֵיכָּא. מִידֵי ״רֹוב אָבִיב״ כְּתִיב?

Mais dis : [c'est] Iyar ? Il me faut de l'aviv, et il n'y en a pas.

Mais dis : [c'est] Adar ? Il me faut la majorité de l'aviv, et il n'y en a pas.

Or est-il écrit quelque part 'la majorité de l'aviv' ?

📜 Rachi (3)
בְּעֵינָא אָבִיב וְלֵיכָּא שֶׁכְּבָר נִגְמְרָה מִנִּיסָן וְאִי אִיכָּא זַרְעָא אֲפִילָה אֵין זֶה בַּכִּיר אֶלָּא אָפִיל:
Il me faut de l'aviv et il n'y en a pas — car [le grain] est déjà arrivé à maturité depuis Nissan ; et s'il y a une semence tardive, ce n'est pas du précoce (bakhir) mais du tardif (afil).
וְאֵימָא אֲדָר דְּאִיכָּא זַרְעָא חָרְפָא הַמִּתְבַּכֵּר מֵאֲדָר:
Mais dis Adar — où il y a une semence hâtive qui mûrit dès Adar.
רֹוב אָבִיב שֶׁיְּהוּ רֹוב תְּבוּאוֹת מִתְבַּכְּרוֹת בּוֹ:
La majorité de l'aviv — que la majorité des récoltes y mûrissent.
💡 Explication

Discussion : ce n'est pas Iyar (le grain y est déjà mûr, plus au stade aviv), ni Adar (il faut la majorité du grain à maturer, ce qui manque). Mais objection : le mot 'rov' (majorité) n'est pas écrit dans le verset !

6
אֶלָּא אָמַר רַב חִסְדָּא, מֵהָכָא: ״אַךְ בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי בְּאָסְפְּכֶם אֶת תְּבוּאַת הָאָרֶץ״, אֵיזֶהוּ חֹדֶשׁ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲסִיפָה, הֱוֵי אוֹמֵר — זֶה תִּשְׁרֵי, וְקָא קָרֵי לֵיהּ ״שְׁבִיעִי״.

Plutôt, dit Rav Hisda, [on l'apprend] d'ici : 'Or, le quinzième jour du septième mois, quand vous rentrerez la récolte de la terre' — quel est le mois où il y a la rentrée [des récoltes] ? Dis : c'est Tichri ; et [l'Écriture] l'appelle 'septième'.

📜 Rachi (1)
שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲסִיפָה שֶׁמַּכְנִיסִין בּוֹ פֵּירוֹת לַבַּיִת מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים וְכָל הַקַּיִץ הֵן עֲשׂוּיוֹת גְּדִישִׁין לְיַיבֵּשׁ:
Où il y a la rentrée — où l'on rentre les fruits à la maison à cause des pluies ; et tout l'été on en fait des meules pour les faire sécher.
💡 Explication

Nouvelle preuve (Rav Hisda) : le verset (Lv 23:39) appelle 'septième' le mois de la rentrée des récoltes (assifa), identifié à Tichri. Si Tichri est le septième, Nissan est le premier.

7
וְאֵימָא מַרְחֶשְׁוָן, וּמַאי ״שְׁבִיעִי״ — שְׁבִיעִי לְאִיָּיר? בָּעֵינָא אָסִיף, וְלֵיכָּא. וְאֵימָא אֱלוּל, וּמַאי ״שְׁבִיעִי״ — שְׁבִיעִי לַאֲדָר? בְּעֵינָא רֹוב אָסִיף, וְלֵיכָּא. מִידֵי ״רֹוב אָסִיף״ כְּתִיב?

Mais dis [que c'est] Marhechvan, et que signifie 'septième' ? Septième à partir d'Iyar !

Il me faut la rentrée, et il n'y en a pas. Mais dis [que c'est] Eloul, et que signifie 'septième' ?

Septième à partir d'Adar ! Il me faut la majorité de la rentrée, et il n'y en a pas.

Or est-il écrit quelque part 'la majorité de la rentrée' ?

💡 Explication

Même type d'objection : ce n'est pas Marhechvan (la rentrée y est déjà finie) ni Eloul (il faut la majorité de la rentrée). Mais le mot 'rov' (majorité) n'est pas non plus écrit ici : la voie de la Torah échoue.

8
אֶלָּא אָמַר רָבִינָא, דָּבָר זֶה מִתּוֹרַת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ לֹא לָמַדְנוּ, מִדִּבְרֵי קַבָּלָה לָמַדְנוּ: ״בְּיוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה לְעַשְׁתֵּי עָשָׂר חֹדֶשׁ הוּא חֹדֶשׁ שְׁבָט״. רַבָּה בַּר עֻולָּא אָמַר מֵהָכָא: ״וַתִּלָּקַח אֶסְתֵּר אֶל הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֶל בֵּית מַלְכוּתוֹ בַּחֹדֶשׁ הָעֲשִׂירִי הוּא חֹדֶשׁ טֵבֵת״.

Plutôt, dit Rabina : cette chose, nous ne l'avons pas apprise de la Torah de Moché notre maître, [mais] nous l'avons apprise des paroles de tradition (divrei kabbala) : 'Le vingt-quatrième jour du onzième mois, c'est le mois de Chevat' (Zacharie 1:7). Rabba bar Oulla dit : d'ici : 'Et Esther fut prise auprès du roi Assuérus dans sa maison royale, au dixième mois, c'est le mois de Tévet' (Esther 2:16).

🗂️ Tossefot (1)
מִדִּבְרֵי קַבָּלָה לָמַדְנוּ. לָא מָצֵי לְמֵילַף מִכָּאן מִינַּייְהוּ כְּלָל אִם לֹא נֹאמַר שֶׁהָיְתָה קַבָּלָה בְּיָדָם סֵדֶר שְׁמוֹת הֶחֳדָשִׁים זֶה אַחַר זֶה וְהָכִי אָמַר בִּירוּשַׁלְמִי שְׁמוֹת הַחֲדָשִׁים עָלוּ בְּיָדָם מִבָּבֶל בָּרִאשׁוֹנָה בְּיֶרַח הָאֵיתָנִים שֶׁבּוֹ נוֹלְדוּ אָבוֹת בְּיֶרַח בּוּל שֶׁבּוֹ כָּל הָעוֹלָם נוֹבֵל וְהָאָרֶץ עֲשׂוּיָה בּוּלוֹת בּוּלוֹת שֶׁבּוֹ בּוּלִים לַבְּהֵמָה בְּבָתֵּיהֶם בְּיֶרַח זִיו שֶׁבּוֹ זִיו הָאִילָנוֹת מִכָּאן וְאֵילָךְ וַיְהִי בְּחֹדֶשׁ נִיסָן שְׁנַת עֶשְׂרִים וַיְהִי בְּחֹדֶשׁ כִּסְלֵו שְׁנַת עֶשְׂרִים בַּחֹדֶשׁ הָעֲשִׂירִי הוּא חֹדֶשׁ טֵבֵת:
'Des paroles de tradition nous l'avons apprise' — on ne peut nullement rien apprendre d'eux [de ces versets seuls], à moins de dire qu'ils avaient reçu par tradition l'ordre des noms des mois l'un après l'autre ; et ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : les noms des mois sont montés avec eux de Babylone. À l'origine [on disait] : 'au mois d'Eitanim' (celui où naquirent les Patriarches), 'au mois de Boul' (où tout se fane [novel], et la terre est faite de mottes [boulot], où l'on donne du fourrage [belil] au bétail dans les étables), 'au mois de Ziv' (où brille l'éclat [ziv] des arbres) ; à partir de là : 'et ce fut au mois de Nissan, l'an vingt', 'et ce fut au mois de Kislev, l'an vingt', 'au dixième mois, c'est le mois de Tévet'.
💡 Explication

Conclusion de Rabina : la preuve ne vient pas de la Torah mais des 'divrei kabbala' (Prophètes et Écrits), où les mois sont nommés avec leur rang : Chevat = 11e (Zacharie), Tévet = 10e (Esther). Si Chevat est le onzième, Nissan est le premier.

9
רַב כָּהֲנָא אָמַר מֵהָכָא: ״בְּאַרְבָּעָה לַחֹדֶשׁ הַתְּשִׁיעִי בְּכִסְלֵו״. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר מֵהָכָא: ״וַיִּקָּרְאוּ סֹופְרֵי הַמֶּלֶךְ בָּעֵת הַהִיא בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי הוּא חֹדֶשׁ סִיוָן״. רַב אָשֵׁי אָמַר מֵהָכָא: ״הִפִּיל פּוּר הוּא הַגּוֹרָל לִפְנֵי הָמָן מִיּוֹם לְיוֹם וּמֵחֹדֶשׁ לְחֹדֶשׁ שְׁנֵים עָשָׂר הוּא חֹדֶשׁ אֲדָר״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, מֵהָכָא: ״בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן הוּא חֹדֶשׁ נִיסָן״.

Rav Kahana dit : d'ici : 'Le quatrième [jour] du neuvième mois, en Kislev' (Zacharie 7:1). Rav Aha bar Yaakov dit : d'ici : 'Et les scribes du roi furent appelés en ce temps-là, au troisième mois, c'est le mois de Sivan' (Esther 8:9).

Rav Achi dit : d'ici : 'Il jeta le pour, c'est le sort, devant Haman, de jour en jour et de mois en mois, [jusqu'au] douzième, c'est le mois d'Adar' (Esther 3:7). Et si tu veux, dis : d'ici : 'au premier mois, c'est le mois de Nissan' (Esther 3:7).

💡 Explication

Autres versets nommant un mois avec son rang : Kislev = 9e (Zacharie), Sivan = 3e (Esther), Adar = 12e (Esther) — tous impliquent Nissan = premier. Et directement : 'au premier mois, c'est Nissan' (Esther 3:7).

10
וְכוּלְּהוּ, מַאי טַעְמָא לָא אָמְרִי מֵהַאי? דִּלְמָא מַאי ״רִאשׁוֹן״ — רִאשׁוֹן לְמִילְּתֵיהּ.

Et tous [les autres], quelle est la raison pour laquelle ils n'ont pas dit [la preuve] à partir de celui-ci [le verset explicite sur Nissan] ? Parce que peut-être, que signifie 'premier' ?

Premier quant à son affaire [l'affaire de Haman].

📜 Rachi (1)
רִאשׁוֹן לְמִילְּתֵיהּ לְמַעֲשֶׂה הַמָּן:
Premier quant à son affaire — quant à l'action de Haman.
💡 Explication

Pourquoi ne pas se contenter du verset explicite 'premier mois = Nissan' (Esther 3:7) ? Parce que 'premier' pourrait y désigner le premier de l'affaire de Haman (le début du récit), non le premier de l'année. D'où le besoin des autres versets.

11
וְתַנָּא דִּידַן — בִּשְׁנַיִם קָמַייְרֵי, בָּחֳדָשִׁים לָא קָמַיְירֵי.

Et notre tanna [de la Michna] — il traite des années, il ne traite pas des mois.

📜 Rachi (1)
וְתַנָּא דִּידַן דְּלָא תְּנָא בְּמָתְנֵי' ר"ה לָחֳדָשִׁים:
Et notre tanna — qui n'a pas enseigné dans la Michna 'Roch Hachana pour les mois'.
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁנַיִם קָא מַייְרֵי. וְקַשְׁיָא דְּהָא קָא אָמַר לָרְגָלִים וְאָמַר לְעֵיל כֵּיוָן שֶׁעָבְרָה עָלָיו שָׁנָה בְּלֹא רְגָלִים וְרַגְלַיִם בְּלֹא שָׁנָה י"ל מִכָּל מָקוֹם בָּחֳדָשִׁים לָא קָא מַיְירֵי:
'Il traite des années' — c'est difficile, car il dit [dans la Michna] 'pour les fêtes de pèlerinage (regalim)', et il est dit plus haut : dès lors qu'une année lui a passé sans regalim, ou des regalim sans [nouvelle] année... On peut répondre : quoi qu'il en soit, il ne traite pas des mois.
💡 Explication

Pourquoi la Michna n'énonce-t-elle pas 'Roch Hachana pour les mois' comme la baraita ? Parce que notre tanna traite des débuts d'année (les 'têtes d'année' des années), non des mois.

12
וּלְעִיבּוּרִין לְעִיבּוּרִין מִנִּיסָן מָנִינַן? וְהַתַּנְיָא: אֵין מְעַבְּרִין הַשָּׁנָה לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וְאִם עִיבְּרוּהָ — אֵינָהּ מְעֻובֶּרֶת. אֲבָל מִפְּנֵי הַדְּחָק — מְעַבְּרִין אוֹתָהּ אַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה מִיָּד. וְאַף עַל פִּי כֵן, אֵין מְעַבְּרִין אֶלָּא אֲדָר.

Et pour les ibbourin. Compte-t-on les intercalations depuis Nissan ?

Or il est enseigné : on n'intercale pas l'année avant Roch Hachana, et si on l'a intercalée, elle n'est pas intercalée ; mais pour cause de contrainte (dehak), on l'intercale aussitôt après Roch Hachana. Et malgré cela, on n'intercale qu'Adar.

📜 Rachi (4)
עִיבּוּרִים מִנִּיסָן מָנֵינַן בִּתְמִיהַּ וְכִי רַשָּׁאִין ב"ד לֵישֵׁב וּלְעַייֵּן בְּצָרְכֵי עִיבּוּר ר"ה בְּנִיסָן:
Compte-t-on les intercalations depuis Nissan — sur un ton d'étonnement : le tribunal a-t-il le droit de siéger et d'examiner les besoins de l'intercalation le [1er] Nissan ?
אֵין מְעַבְּרִין אֵין מְעַיְּינִין בְּצָורְכֵי צִבּוּר לְהוֹדִיעַ לַגּוֹלָה שֶׁעִיבְּרוּ בֵּית דִּין אֶת הַשָּׁנָה שֶׁלֹּא יִשְׁתַּכַּח הַדָּבָר עַד אֲדָר הַבָּא:
On n'intercale pas — on n'examine pas les besoins publics pour annoncer à la diaspora que le tribunal a intercalé l'année, afin que la chose ne soit pas oubliée jusqu'à l'Adar suivant.
אֲבָל מִפְּנֵי הַדְּחָק שֶׁמַּפְחִידִין שֶׁלֹּא יִגְזְרוּ נָכְרִים מִלֵּישֵׁב ב"ד אוֹ שֶׁצָּרִיךְ הַנָּשִׂיא לַחֲצַר הַמֶּלֶךְ וְאֵין מְעַבְּרִין אא"כ יִרְצֶה נָשִׂיא כִּדְאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יא.):
Mais pour cause de contrainte — quand on craint que les non-Juifs ne décrètent [d'empêcher] le tribunal de siéger, ou que le nassi (prince) doit se rendre à la cour du roi ; et on n'intercale que si le nassi y consent, comme il est dit dans Sanhédrin (11a).
ואעפ"כ אֵין מְעַבְּרִין אֶלָּא אֲדָר אֵין מוֹסִיפִין חֹדֶשׁ עַל הַשָּׁנָה אֶלָּא אֲדָר דִּכְתִיב שָׁמוֹר אֶת חֹדֶשׁ הָאָבִיב חֹדֶשׁ הַסָּמוּךְ לָאָבִיב עָבַר שֶׁיָּבוֹא אָבִיב בִּזְמַנּוֹ:
Et malgré cela on n'intercale qu'Adar — on n'ajoute à l'année qu'Adar, car il est écrit 'garde le mois de l'aviv' : [ajoute] le mois qui précède l'aviv, pour que l'aviv (Pessa'h) vienne en son temps.
💡 Explication

Objection sur 'ibbourin' : compte-t-on l'intercalation depuis Nissan ? Non — on l'intercale dès après Roch Hachana (de Tichri), et le mois ajouté n'est jamais que le second Adar. En quel sens Nissan serait-il tête d'année pour les ibbourin ?

13
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאי עִיבּוּרִין — הַפְסָקַת עִיבּוּרִין. דִּתְנַן: הֵן הֵעִידוּ שֶׁמְּעַבְּרִין הַשָּׁנָה כָּל אֲדָר. שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים — עַד הַפּוּרִים.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : que signifie 'ibbourin' ? La cessation des intercalations (hafsakat ibbourin).

Comme nous avons appris : ils [Rabbi Yehochoua et Rabbi Papeyas] ont témoigné qu'on intercale l'année tout Adar ; car [d'autres] disaient : jusqu'à Pourim.

📜 Rachi (3)
הַפְסָקַת עִיבּוּרִין שֶׁכֵּיוָן שֶׁקִּדְּשׁוּ אֶת הַחֹדֶשׁ לְשֵׁם נִיסָן פָּסְקָה שָׁנָה שֶׁעָבְרָה מִלִּהְיוֹת מְעֻובֶּרֶת עוֹד שֶׁאֵין רַשָּׁאִין לַעֲשׂוֹת נִיסָן אֲדָר שֶׁכְּבָר נִכְנְסָה שָׁנָה אַחֶרֶת לְעִנְיַן עִיבּוּר:
La cessation des intercalations — car dès lors qu'on a consacré le [nouveau] mois au nom de Nissan, l'année écoulée cesse de pouvoir encore être intercalée, car on n'a plus le droit de faire de Nissan un [second] Adar, une autre année étant déjà entrée quant à l'intercalation.
הֵם הֵעִידוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְר' פַּפְּיַיס שֶׁמְּעַבְּרִים אֶת הַשָּׁנָה כָּל אֲדָר אִם רָאוּ ב"ד לְאַחַר הַפּוּרִים שֶׁהַשָּׁנָה צְרִיכָה לְהִתְעַבֵּר מְעַבְּרִין אוֹתָהּ:
Ils ont témoigné — Rabbi Yehochoua et Rabbi Papeyas, qu'on intercale l'année tout Adar : si le tribunal a vu, après Pourim, que l'année doit être intercalée, on l'intercale.
שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים עַד הַפּוּרִים לְפִי שֶׁהָיוּ חֲכָמִים אוֹמְרִים שֶׁאֵין מְעַבְּרִין אא"כ נִתְיַשְּׁבוּ בַּדָּבָר לִפְנֵי הַפּוּרִים לְכָךְ הֻוזְקְקוּ לְעֵדוּת זוֹ:
Car [d'autres] disaient : jusqu'à Pourim — parce que des sages disaient qu'on n'intercale que si l'on s'est prononcé sur la chose avant Pourim ; c'est pourquoi ils ont eu besoin de ce témoignage.
🗂️ Tossefot (1)
הֵם הֵעִידוּ. מִשְׁנָה הִיא בְּעִדִּיּוֹת (פ"ז מִשְׁנָה ז) ופ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (ד' יב: וְשָׁם) גַּבֵּי עִבְּרוּהָ בְּיוֹם ל' שֶׁל אֲדָר דְּאָמַר רַב נַחְמָן מְעֻובָּר וְקָדוֹשׁ וּמַקְשֵׁי לֵיהּ רָבָא מִכְּדֵי מִפּוּרִים לְפֶסַח תְּלָתִין יוֹמִין הָוֵי וּמִפּוּרִים דָּרְשִׁינַן בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח וְכִי מָטֵי רֵישׁ יַרְחָא וּמֶרְחַקִּים לְהוּ אָתֵי לְזִלְזוּלֵי ה"נ ה"מ לְאַקְשׁוֹיֵי אַמַּתְנִיתִין דְּעִדִּיּוֹת:
'Ils ont témoigné' — c'est une michna dans Edouyot (7:7) et au premier chapitre de Sanhédrin (12b), à propos [du cas] où l'on a intercalé le trentième jour d'Adar, où Rav Nahman dit '[l'année est] intercalée et [le mois] consacré', et Rava lui objecte : or de Pourim à Pessa'h il y a trente jours, et dès Pourim on expose les lois de Pessa'h ; quand arrive le [nouveau] mois et qu'on les [en] éloigne, on en vient à mépriser [les règles]. De même aurait-on pu objecter contre la michna d'Edouyot.
💡 Explication

Réponse de Rav Nahman bar Yitzhak : 'ibbourin' au sens de la cessation de l'intercalation. Une fois Nissan consacré, l'année écoulée ne peut plus être intercalée. Le témoignage : on peut intercaler tout Adar (contre l'avis 'jusqu'à Pourim seulement').

14
מַאי טַעְמָא דְּמַאן דְּאָמַר עַד הַפּוּרִים? כֵּיוָן דְּאָמַר מַר: שׁוֹאֲלִין בְּהִלְכוֹת הַפֶּסַח קֹודֶם לְפֶסַח שְׁלֹשִׁים יוֹם, אָתֵי לְזִלְזוּלֵי בְּחָמֵץ.

Quelle est la raison de celui qui dit 'jusqu'à Pourim' ? Puisque le Maître a dit : on s'enquiert des lois de Pessa'h trente jours avant Pessa'h — [si l'on intercalait après Pourim,] on en viendrait à mépriser [l'interdit du] hametz.

📜 Rachi (1)
אָתֵי לְזִלְזוּלֵי בְּחָמֵץ שֶׁכְּבָר מִן הַפּוּרִים וְאֵילָךְ הִתְחִילוּ הַדַּרְשָׁנִים לִדְרֹושׁ בָּרַבִּים בְּהָלְכוּ' הַפֶּסַח הֻוזְקְקוּ הַשּׁוֹמְעִים לַעֲשׂוֹת פֶּסַח לְסוֹף ל' יוֹם וְאִם יַעַבְרוּ ב"ד אֶת הַשָּׁנָה לֹא יִתְקַבְּלוּ דִּבְרֵי שְׁלוּחֵי ב"ד לַשּׁוֹמְעִין לִדְחוֹת אֶת הַפֶּסַח שֶׁכְּבָר שָׁמְעוּ מִן הַדַּרְשָׁנִי':
On en viendrait à mépriser le hametz — car déjà depuis Pourim les prédicateurs ont commencé à exposer en public les lois de Pessa'h, et les auditeurs se sont trouvés obligés de faire Pessa'h au bout de trente jours ; si le tribunal intercale l'année, les paroles des envoyés du tribunal ne seront pas acceptées par les auditeurs pour reporter Pessa'h, puisqu'ils ont déjà entendu [la date] des prédicateurs.
💡 Explication

Raison de l'avis 'jusqu'à Pourim' : on étudie les lois de Pessa'h 30 jours avant (donc dès Pourim, le 15 Adar). Intercaler après Pourim retarderait Pessa'h d'un mois, et l'on risquerait de mépriser l'interdit du hametz à la nouvelle date.

15
וְאִידָךְ — מִידָּע יְדִיעַ דְּשַׁתָּא מְעַבַּרְתָּא בְּחֻושְׁבָּנָא תַּלְיָא מִלְּתָא, וְסָבְרִי: חֻושְׁבָּנָא הוּא דְּלָא סְלֵיק לְהוּ לְרַבָּנַן עַד הָאִידָּנָא.

Et l'autre [avis, 'tout Adar'] — [il répond :] il est bien connu qu'une année bissextile dépend du calcul, et [les gens] penseront : c'est [seulement] le calcul qui n'a pas abouti pour les sages jusqu'à maintenant.

💡 Explication

Réponse de l'avis 'tout Adar' : les gens savent que l'intercalation dépend d'un calcul ; si elle est annoncée après Pourim, ils supposeront que le calcul n'était pas achevé plus tôt, et il n'y a donc pas de risque de mépris.

16
וְתַנָּא דִּידַן? בְּהַתְחָלָה קָמַייְרֵי, בַּהַפְסָקָה לָא קָמַיְירֵי.

Et notre tanna [de la Michna] ? Il traite du commencement (hat'hala), il ne traite pas de la cessation (hafsaka).

📜 Rachi (1)
בְּהֶפְסֵק' לָא קָא מַיְירֵי בְּרָאשֵׁי שָׁנִים דְּהַפְסָקָה לָא קָא מַיְירֵי:
Il ne traite pas de la cessation — parmi les têtes d'année, il ne traite pas de [ce qui est] cessation.
🗂️ Tossefot (1)
בְּהַפְסָקָה לָא קָא מַיְירֵי. לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' יב.) גַּבֵּי אֶחָד בְּתִשְׁרֵי ר"ה לִירָקוֹת וְלָא קָתָנֵי לִנְדָרִים כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא מִשּׁוּם דְּמַתְנִיתִין בְּהַפְסָקָה לָא קָא מַיְירֵי:
'Il ne traite pas de la cessation' — plus loin (Roch Hachana 12a), à propos du '1er Tichri, Roch Hachana pour les légumes', il n'enseigne pas 'pour les vœux' comme dans la baraita, parce que notre Michna ne traite pas de la cessation.
💡 Explication

Pourquoi la Michna n'inclut-elle pas Nissan comme Roch Hachana pour les ibbourin ? Parce qu'elle traite des commencements d'année (hat'hala), non des fins de période (hafsaka) : pour l'intercalation, le 1er Nissan est une fin, pas un début.

17
וְלִתְרוּמַת שְׁקָלִים. מִנָּלַן? אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה, אֲמַר קְרָא: ״זֹאת עֹולַת חֹדֶשׁ בְּחָדְשׁוֹ לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה״ — אָמְרָה תּוֹרָה: חַדֵּשׁ וְהָבֵא קָרְבָּן מִתְּרוּמָה חֲדָשָׁה. וְגָמְרִי ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִנִּיסָן, דִּכְתִיב: ״רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה״.

Et pour le prélèvement des sicles. D'où [le savons-nous] ?

Rabbi Yochiya dit : le verset dit 'Ceci est l'holocauste de chaque mois en son mois, pour les mois de l'année' (Nombres 28:14) — la Torah a dit : renouvelle (haddech) et apporte un sacrifice du prélèvement nouveau. Et l'on apprend [par guezera chava] 'année'-'année' [que cela part] de Nissan, car il est écrit 'il est pour vous le premier des mois de l'année'.

📜 Rachi (1)
חֹדֶשׁ בְּחָדְשׁוֹ לְחָדְשֵׁי חָדְשֵׁי יַתִּירָא לִדְרָשָׁה:
'Chaque mois en son mois, pour les mois' — le mot 'les mois' est superflu, [donc disponible] pour l'exégèse (deracha).
💡 Explication

Source pour la teroumat chekalim : le mot superflu 'pour les mois de l'année' (Nb 28:14) enseigne de renouveler (haddech) et d'apporter les offrandes de la caisse neuve. Par guezera chava chana/chana avec Ex 12:2, ce renouvellement part de Nissan.

18
וְלִגְמֹור ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִתִּשְׁרֵי, דִּכְתִיב: ״מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה״! דָּנִין שָׁנָה שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ חֳדָשִׁים, וְאֵין דָּנִין שָׁנָה שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים.

Mais apprenons [plutôt] 'année'-'année' depuis Tichri, car il est écrit 'depuis le commencement de l'année' (Deutéronome 11:12) ! On tire une 'année' accompagnée de 'mois' d'une 'année' accompagnée de 'mois', et on ne tire pas une 'année' accompagnée de 'mois' d'une 'année' non accompagnée de 'mois'.

🗂️ Tossefot (1)
מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה. לְקַמָּן (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' ח.) אָמְרִינַן דְּזֶה תִּשְׁרֵי:
'Depuis le commencement de l'année' — plus loin (Roch Hachana 8a) nous disons que c'est Tichri.
💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas faire la guezera chava avec 'depuis le commencement de l'année' (Dt 11:12 = Tichri) ? Réponse : on rapproche une 'année' accompagnée du mot 'mois' (Nb 28:14 et Ex 12:2) d'une autre du même type, et non d'une 'année' sans 'mois' (Dt 11:12).

19
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: קָרְבְּנוֹת צִבּוּר הַבָּאִין בְּאֶחָד בְּנִיסָן — מִצְוָה לְהָבִיא מִן הֶחָדָשׁ. וְאִם הֵבִיא מִן הַיָּשָׁן — יָצָא, אֶלָּא שֶׁחִיסֵּר מִצְוָה.

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : les offrandes publiques qui viennent le 1er Nissan — c'est une mitsva de les apporter du [prélèvement] nouveau ; et si on les a apportées de l'ancien, on s'est acquitté, sauf qu'on a manqué la mitsva.

💡 Explication

Halakha (Chmouel) : les offrandes publiques du 1er Nissan, il y a mitsva de les apporter de la caisse neuve (sicles de la nouvelle année). Si on les apporte de l'ancienne caisse, on est quitte (le sacrifice est valide), mais on a manqué la mitsva.

20
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: קָרְבְּנוֹת צִבּוּר הַבָּאִין בְּאֶחָד בְּנִיסָן — מִצְוָה לְהָבִיא מִן הֶחָדָשׁ, וְאִם הֵבִיא מִן הַיָּשָׁן — יָצָא, אֶלָּא שֶׁחִיסֵּר מִצְוָה. וְיָחִיד שֶׁהִתְנַדֵּב מִשֶּׁלּוֹ — כְּשֵׁרִין, בִּלְבַד שֶׁיִּמְסְרֵם לַצִּבּוּר.

Cela est aussi enseigné [dans une baraita] : les offrandes publiques qui viennent le 1er Nissan — c'est une mitsva de les apporter du nouveau, et si on les a apportées de l'ancien, on s'est acquitté, sauf qu'on a manqué la mitsva. Et un particulier qui a fait un don de son propre bien — elles sont valides (kecherin), à condition qu'il les transmette au public.

💡 Explication

Une baraita confirme Chmouel, et ajoute : un particulier qui offre de son propre bien les offrandes publiques — elles sont valides (kecherin), à condition qu'il les transmette au public (qu'elles deviennent propriété communautaire).

21
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לִיחוּשׁ שֶׁמָּא

C'est évident ! [Réponse :] c'est pour que tu ne dises pas : craignons peut-être [qu'il ne les transmette pas parfaitement... la suite sur 7b].

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמָּא לֹא יִמְסְרֵם יָפֶה יָפֶה . פְּלוּגְתָּא דְּתַנָּאֵי הִיא בְּסוֹף פֶּרֶק הַבַּיִת וְהָעֲלִיָּה (ב"מ ד' קיח.) גַּבֵּי שׁוֹמְרֵי סְפִיחִים בַּשְּׁבִיעִית אִי מִתְנַדֵּב שׁוֹמֵר חִנָּם וּקְצָת תֵּימַהּ דְּפָרִיךְ הָכָא פְּשִׁיטָא בְּמִילְּתָא דְּהָוְיָא פְּלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי וְשֶׁמָּא יֵשׁ לְחַלֵּק דְּהָכָא לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ . כֻּולֵּי הַאי כְּמוֹ בְּשׁוֹמֵר:
'Peut-être ne les transmettra-t-il pas parfaitement' — c'est une controverse de tannaim à la fin du chapitre 'Ha-bayit veha-aliya' (Baba Metsia 118a), à propos des gardiens des repousses (sefihim) durant la cheviit, [pour savoir] si celui qui en fait don devient gardien à titre gracieux (chomer hinam). Et il est un peu étonnant qu'on objecte ici 'c'est évident' sur une chose qui fait l'objet d'une controverse de tannaim ; peut-être faut-il distinguer : ici il n'y a pas lieu de tant craindre comme dans le cas du gardien.
💡 Explication

La Guemara demande : il est évident qu'un particulier peut faire un don au public ! Réponse : de peur que tu ne dises qu'il faut craindre qu'il ne les transmette pas parfaitement (chema lo yimserem yafe yafe) — la discussion se poursuit sur 7b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).