Sougya : Fin de la sougya sur le 1er Nissan comme chef d'année des chekalim, puis la position 'certains disent' qu'il l'est aussi pour la location des maisons : celui qui loue 'pour cette année' voit son bail finir le 1er Nissan, car on loue pour toute la saison des pluies. La michna désigne ensuite le 1er Eloul comme chef d'année de la dîme du bétail (maasser behema) — c'est l'avis de R.
Meir. Se pose alors la difficulté : la michna mélange R.
Chimon (regalim) et R. Meir (maasser behema) ; Rav Yossef répond que c'est Rabbi qui enseigne selon des Tanaim divergents.
Reste à expliquer pourquoi 'quatre' chefs d'année et non cinq : Rava ('quatre pour chacun'), Rav Nahman bar Yits'hak ('quatre mois'), puis Rav Papa et Rav Chicha proposent deux critères (prise d'effet dès le soir ; indépendance d'un acte) pour écarter le omer et les deux pains.
[Sans quoi] il ne les transmettrait pas à la collectivité de bon cœur (yafe yafe) [gardant en son cœur qu'ils sont à lui] : c'est ce que [la braita] vient nous enseigner.
Suite de la sougya précédente sur le 1er Nissan comme chef d'année des chekalim. La braita précise que même si le trésorier prélevait de l'ancienne contribution, il s'acquitte — car sinon on craindrait qu'il ne remette pas les fonds à la collectivité de tout cœur (yafe yafe), en les considérant encore comme siens.
Et le Tana de notre [michna, pourquoi n'a-t-il pas compté le 1er Nissan pour les chekalim] ? Puisqu'il enseigne 'si [le trésorier] en a apporté [de l'ancienne contribution], il s'est acquitté' — [cette date] n'est pas tranchée (catégorique) pour lui [donc il ne la compte pas parmi les chefs d'année].
Le Tana de notre michna ne mentionne pas le 1er Nissan pour les chekalim parce que cette date n'est pas une règle absolue (lo pessika lei) : puisque, à la rigueur, on peut encore s'acquitter avec l'ancienne contribution, ce n'est pas un chef d'année net à énumérer.
'Et certains disent : [le 1er Nissan est] aussi [chef d'année] pour la location des maisons.' Nos maîtres ont enseigné : celui qui loue une maison à son prochain 'pour une année' compte douze mois de date à date. Mais s'il a dit 'pour cette année-ci', même s'il n'a pris [la maison] que le 1er Adar, dès que le 1er Nissan est arrivé, [l'année] lui est comptée [comme achevée].
La position 'certains disent' : le 1er Nissan est aussi chef d'année pour les baux. Distinction : qui loue 'pour une année' (le-chana) compte douze mois pleins. Mais qui loue 'pour cette année' (le-chana zo) voit le bail s'achever le 1er Nissan, même s'il n'a loué qu'à partir du 1er Adar.
Et même selon celui qui dit 'un seul jour dans l'année est compté comme une année', ici c'est différent, car un homme ne se donne pas la peine de louer une maison pour moins de trente jours.
Même d'après l'avis selon lequel un seul jour dans l'année compte comme une année, ici la règle diffère : personne ne prend la peine de louer une maison pour moins de trente jours. Donc les quelques jours d'Adar (si l'on a loué après le 1er Adar) ne comptent pas comme une année entière.
Et dis [pourquoi pas] Tichri [comme chef d'année pour les baux] ? Ordinairement, quand un homme loue une maison, c'est pour toute la saison des pluies qu'il [la] loue.
Objection : pourquoi le 1er Tichri ne serait-il pas le chef d'année des baux ? Réponse : qui loue une maison sans préciser le fait pour toute la saison des pluies (jusqu'à Nissan) — non pour l'année civile de Tichri.
Et le premier Tana de la braita, et le Tana de notre [michna, pourquoi n'ont-ils pas compté le 1er Nissan pour les baux] ? En Nissan aussi il se trouve fréquemment des amoncellements [de nuages] (kitrei).
Le premier Tana de la braita et le Tana de notre michna ne comptent pas le 1er Nissan pour les baux, car en Nissan aussi il arrive fréquemment que le ciel se couvre de nuages (kitrei) et qu'il pleuve : le locataire ne veut donc pas nécessairement rendre la maison dès le 1er Nissan, ce qui rend cette date non catégorique.
'Le 1er Eloul est le chef d'année pour la dîme du bétail (maasser behema).' Qui [est l'auteur de cette michna] ? C'est R.
Meir. Car il a été enseigné : R.
Meir dit : le 1er Eloul est le chef d'année pour la dîme du bétail.
La michna fixe le 1er Eloul comme chef d'année de la dîme du bétail (maasser behema : la mise à part d'un animal sur dix né, dont la date de référence détermine à quelle 'année' un animal appartient). Cette opinion est celle de R. Meir.
'Et pour les fêtes de pèlerinage (regalim, le 1er Nissan)' — qui [est l'auteur] ? C'est R.
Chimon. [Mais] dis la fin [de la michna] : 'R.
Elazar et R. Chimon disent : [le chef d'année de la dîme du bétail est] le 1er Tichri.' [Or] le début et la fin [seraient] de R.
Chimon, et le milieu de R. Meir ?!
Difficulté : le début de la michna (1er Nissan pour les regalim) suit R. Chimon — car c'est selon lui qu'on tient le bal téaher (l'interdit de tarder à apporter ses offrandes) dans l'ordre des fêtes. Mais la fin cite R. Elazar et R. Chimon (1er Tichri pour la dîme du bétail). Le début et la fin seraient donc de R. Chimon, et le milieu (1er Eloul) de R. Meir — une michna incohérente ?!
Rav Yossef dit : c'est Rabbi, et il [l']énonce selon [divers] Tanaim. Pour les fêtes, il tient comme R.
Chimon ; et pour la dîme du bétail, il tient comme R. Meir.
Réponse de Rav Yossef : toute la michna est de Rabbi (R. Yehouda ha-Nassi), qui l'enseigne en composant les avis de plusieurs Tanaim (nassiv la aliba de-tanaei). Pour les regalim il suit R. Chimon ; pour la dîme du bétail il suit R. Meir.
Si [c'est] ainsi, [pourquoi] 'quatre' ? Il y en a cinq !
Rava dit : quatre selon tout le monde. Selon R.
Meir, quatre — ôte les fêtes ; selon R. Chimon, quatre — ôte la dîme du bétail.
Objection : si Rabbi combine les avis, la michna devrait compter cinq chefs d'année (1er Nissan, 15 Nissan, 1er Eloul, 1er Tichri, 15 Chevat), pas quatre. Réponse de Rava : chaque avis n'en a que quatre. Pour R. Meir, on retire les regalim (une seule fête suffit pour le bal téaher, sans date fixe). Pour R. Chimon, on retire la dîme du bétail (qui, selon lui, tombe le 1er Tichri, déjà compté).
Rav Nahman bar Yits'hak dit : [ce sont] quatre mois, et en eux [il y a] plusieurs chefs d'année.
Autre réponse : Rav Nahman bar Yits'hak lit la michna comme énumérant quatre mois (Nissan, Eloul, Tichri, Chevat), chacun pouvant contenir plusieurs chefs d'année. Ainsi Nissan en a deux (rois le 1er, fêtes le 15) mais ne compte que pour un seul mois : total, quatre.
On objecte : le 16 Nissan est le chef d'année pour le omer ; le 6 Sivan est le chef d'année pour les deux pains (chetei ha-le'hem). Selon Rava, [la michna] devrait enseigner six ; et selon Rav Nahman bar Yits'hak, elle devrait enseigner cinq ?!
Objection depuis une braita : le 16 Nissan est chef d'année pour le omer (à partir de quoi on peut manger du grain nouveau), et le 6 Sivan pour les deux pains de Chavouot (à partir de quoi on offre des minha du grain nouveau au Temple). Selon Rava (quatre par avis) il faudrait alors compter six ; selon Rav Nahman (quatre mois), il faudrait en compter cinq (Sivan s'ajoutant).
Rav Papa dit : lorsqu'il compte, [il compte] ce qui prend effet dès le soir (mei-orta) ; ce qui ne prend pas effet dès le soir, il ne le compte pas.
Réponse de Rav Papa : la michna ne compte que les chefs d'année qui prennent effet dès le soir (mei-orta), c.-à-d. dès l'entrée du jour. Le omer et les deux pains ne prennent effet qu'après l'offrande (au matin), non dès l'entrée du 16 Nissan ou du 6 Sivan : ils sont donc exclus.
Mais voici les fêtes (regalim), qui ne prennent pas effet dès le soir, et [pourtant la michna] les compte ! [Réponse :] puisqu'il fallait apporter [l'offrande] dès le départ, [le fauteur] est déjà tenu et demeure [obligé].
Objection : les regalim ne prennent pas effet dès le soir non plus — le bal téaher ne s'applique pas le soir de la fête, mais seulement le matin, après le tamid, quand on peut apporter son offrande. Pourtant la michna les compte ! Réponse : puisqu'il devait apporter son vœu avant la fête, l'homme est déjà tenu et le demeure (mehayav ve-kai) dès l'entrée de la fête — donc le bal téaher prend bien effet dès le soir.
Mais voici les jubilés (yovlot), qui ne prennent pas effet dès le soir, et [pourtant la michna] les compte ! C'est [selon] R.
Ichmael, fils de R. Yo'hanan ben Beroka, qui dit : le jubilé prend effet dès Roch Hachana.
Objection : le jubilé (yovel) ne prend pas effet dès le soir, mais seulement au jour de Kippour, par la sonnerie du chofar (le jour). Pourtant on le compte ! Réponse : la michna suit R. Ichmael, fils de R. Yo'hanan ben Beroka, selon qui le jubilé prend effet dès Roch Hachana (le chofar de Kippour ne fait que parachever l'affranchissement des esclaves) — donc dès le soir.
Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : lorsqu'il compte, [il compte] ce qui ne dépend pas d'un acte (davar ha-talouy be-maasse) ; ce qui dépend d'un acte, il ne le compte pas.
Autre réponse : Rav Chicha, fils de Rav Idi, propose un critère différent : la michna ne compte que ce qui ne dépend pas d'un acte (davar ha-talouy be-maasse). L'entrée de leur chef d'année ne dépend que de l'arrivée du jour. Le omer et les deux pains, eux, dépendent d'un acte (l'offrande) : ils sont donc exclus.
Mais voici les fêtes (regalim), [chose] qui dépend d'un acte, et [pourtant la michna] les compte ! [Non :] le 'bal téaher' prend effet de lui-même (mimeila).
Objection contre Rav Chicha : les regalim dépendent d'un acte (le tamid doit précéder toute offrande), et pourtant on les compte ! Réponse : le bal téaher ne dépend d'aucun acte ; il prend effet de lui-même (mimeila), dès l'entrée du jour de fête. Le chef d'année des regalim n'est donc pas conditionné par le sacrifice.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).