Rosh Hashanah 7b — le 1er Nissan pour les baux de maisons, R. Meir et le 1er Eloul pour la dîme du bétail, et pourquoi la michna ne compte que quatre chefs d'année

Rosh Hashanah 7b

Sougya : Fin de la sougya sur le 1er Nissan comme chef d'année des chekalim, puis la position 'certains disent' qu'il l'est aussi pour la location des maisons : celui qui loue 'pour cette année' voit son bail finir le 1er Nissan, car on loue pour toute la saison des pluies. La michna désigne ensuite le 1er Eloul comme chef d'année de la dîme du bétail (maasser behema) — c'est l'avis de R.

Meir. Se pose alors la difficulté : la michna mélange R.

Chimon (regalim) et R. Meir (maasser behema) ; Rav Yossef répond que c'est Rabbi qui enseigne selon des Tanaim divergents.

Reste à expliquer pourquoi 'quatre' chefs d'année et non cinq : Rava ('quatre pour chacun'), Rav Nahman bar Yits'hak ('quatre mois'), puis Rav Papa et Rav Chicha proposent deux critères (prise d'effet dès le soir ; indépendance d'un acte) pour écarter le omer et les deux pains.

Location d'une maison : quand finit l'année de bail ? 'pour une année' (le-chana) -> 12 mois pleins 'pour CETTE année' (le-chana zo) -> se termine le 1er Nissan même conclu le 1er Adar : 1er Nissan = fin Tichri 1er Adar 1er Nissan Tichri Pourquoi Nissan et non Tichri ? Qui loue sans préciser veut la maison pour TOUTE la saison des pluies (jusqu'à Nissan). Et pas au-delà : en Nissan aussi il pleut parfois (kitrei = nuages), donc le bail court jusqu'au 1er Nissan.
Le 1er Nissan comme fin de bail pour la location des maisons (segments 2-5).
Quatre chefs d'année ou cinq ? La synthèse de Rabbi Rabbi enseigne la michna selon des Tanaim divergents : rois+regalim (R. Chimon), maasser behema (R. Meir) Selon Rabbi (5 dates) 1er Nissan — rois 15 Nissan — regalim (fêtes) 1er Eloul — maasser behema 1er Tichri — années / chemitta ; 15 Chevat — arbres R. Meir : 4 on ÔTE regalim (1 seule fête suffit pour bal teaher) R. Chimon : 4 on ÔTE maasser behema (c'est le 1er Tichri, déjà compté) Rava : 'quatre selon tout le monde' -- chaque avis n'a que 4. Rav Nahman bar Yits'hak : ce sont quatre MOIS (Nissan, Eloul, Tichri, Chevat), et un mois peut contenir plusieurs chefs d'année (Nissan en a deux : rois + regalim). Nissan compte pour un seul, d'où le total de quatre.
Quatre ou cinq chefs d'année : Rabbi selon des Tanaim, résolu par Rava et Rav Nahman bar Yits'hak (segments 7-10).
Pourquoi la michna omet le omer (16 Nissan) et les deux pains (6 Sivan) ? Rav Papa On ne compte que ce qui prend effet DÈS LE SOIR (mei-orta), dès l'entrée du jour. omer / deux pains : prennent effet seulement APRÈS l'offrande -> exclus. regalim : le bal teaher est déjà en vigueur dès le soir -> compté. Rav Chicha b. Rav Idi On ne compte que ce qui NE DÉPEND PAS d'un acte (davar ha-talouy be-maasse). omer / deux pains : dépendent de l'offrande -> exclus. regalim : le bal teaher prend effet de lui-même (mimeila) -> compté.
Les deux critères pour exclure le omer et les deux pains (segments 11-16).
1
לֹא יִמְסְרֵם לַצִּבּוּר יָפֶה יָפֶה, קָא מַשְׁמָע לַן.

[Sans quoi] il ne les transmettrait pas à la collectivité de bon cœur (yafe yafe) [gardant en son cœur qu'ils sont à lui] : c'est ce que [la braita] vient nous enseigner.

📜 Rachi (1)
יָפֶה יָפֶה בְּלֵב שָׁלֵם:
Yafe yafe (de bon cœur) — d'un cœur entier.
💡 Explication

Suite de la sougya précédente sur le 1er Nissan comme chef d'année des chekalim. La braita précise que même si le trésorier prélevait de l'ancienne contribution, il s'acquitte — car sinon on craindrait qu'il ne remette pas les fonds à la collectivité de tout cœur (yafe yafe), en les considérant encore comme siens.

2
וְתַנָּא דִּידַן? כֵּיוָן דְּקָתָנֵי: אִם הֵבִיא יָצָא — לָא פְסִיקָא לֵיהּ.

Et le Tana de notre [michna, pourquoi n'a-t-il pas compté le 1er Nissan pour les chekalim] ? Puisqu'il enseigne 'si [le trésorier] en a apporté [de l'ancienne contribution], il s'est acquitté' — [cette date] n'est pas tranchée (catégorique) pour lui [donc il ne la compte pas parmi les chefs d'année].

📜 Rachi (2)
וְתַנָּא דִּידַן דְּלָא תַּנְיָא בְּמָתְנֵי':
Et le Tana de notre [michna] — qui n'a pas été enseignée dans notre michna [c.-à-d. cette date n'y figure pas].
כֵּיוָן דְּקָתָנֵי אִם הֵבִיא יָצָא לָא פְּסִיקָא לֵיהּ מִילְּתָא דְּלִיחְשְׁבָה בְּרָאשֵׁי שָׁנִים:
Puisqu'il enseigne 'si en a apporté, s'est acquitté', ce n'est pas tranché pour lui — [ce n'est pas] une chose à compter parmi les chefs d'année.
🗂️ Tossefot (1)
לָא פְסִיקָא לֵיהּ. צָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִי הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי כְּדִמְשַׁנֵּי לְקַמָּן כִּי קָא חָשֵׁיב מִידֵּי דְּלָא תְּלֵי בְּמַעֲשֶׂה:
'Ce n'est pas tranché pour lui' — il faut examiner s'il aurait pu répondre comme on le fait plus loin : 'lorsqu'il compte, [il ne compte que] ce qui ne dépend pas d'un acte'.
💡 Explication

Le Tana de notre michna ne mentionne pas le 1er Nissan pour les chekalim parce que cette date n'est pas une règle absolue (lo pessika lei) : puisque, à la rigueur, on peut encore s'acquitter avec l'ancienne contribution, ce n'est pas un chef d'année net à énumérer.

3
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לִשְׂכִירוּת בָּתִּים. תָּנוּ רַבָּנַן: הַמַּשְׂכִּיר בַּיִת לַחֲבֵירוֹ לְשָׁנָה — מוֹנֶה שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ מִיּוֹם לְיוֹם. וְאִם אָמַר ״לְשָׁנָה זוֹ״, אֲפִילּוּ לֹא עָמַד אֶלָּא בְּאֶחָד בַּאֲדָר, כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ יוֹם אֶחָד בְּנִיסָן — עָלְתָה לוֹ שָׁנָה.

'Et certains disent : [le 1er Nissan est] aussi [chef d'année] pour la location des maisons.' Nos maîtres ont enseigné : celui qui loue une maison à son prochain 'pour une année' compte douze mois de date à date. Mais s'il a dit 'pour cette année-ci', même s'il n'a pris [la maison] que le 1er Adar, dès que le 1er Nissan est arrivé, [l'année] lui est comptée [comme achevée].

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן תָּנוּ רַבָּנַן הַמַּשְׂכִּיר בַּיִת לַחֲבֵירוֹ כו' וְלָא גָּרְסִינַן מִנָּלַן דְּלָאו מִקְּרָאֵי יָלֵיף דְּמִדְּרַבָּנָן הוּא:
Ainsi lit-on : 'Nos maîtres ont enseigné : celui qui loue une maison à son prochain, etc.' — et on ne lit pas 'd'où [le sait-on] ?', car ce n'est pas d'un verset qu'il le tire, mais [cette règle] est d'ordre rabbinique.
אֶלָּא בְּאֶחָד בַּאֲדָר אֲבָל בִּבְצִיר מֵהָכִי לָא אָמְרִינַן עָלְתָה לוֹ שָׁנָה וְדָר בָּהּ שָׁנָה שְׁלֵימָה דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאַדַּעְתָּא דְּהַהִיא שַׁתָּא אָגְרָה דְּלָא טָרַח אִינָשׁ לְמֵיגַר בֵּיתָא לִבְצִיר מִתְּלָתִין יוֹמִין:
Que le 1er Adar — mais avec moins que cela [moins d'un mois avant Nissan], on ne dit pas que l'année lui est comptée et qu'il a habité une année entière ; car on ne peut pas dire qu'il a loué avec l'intention [d'y demeurer] cette année-là [seulement], puisqu'un homme ne se donne pas la peine de louer une maison pour moins de trente jours.
🗂️ Tossefot (1)
עָלְתָה לוֹ שָׁנָה. וְלָא אָמְרִינַן הַדָּמִים מוֹדִיעִים וַהֲרֵי הַמָּעוֹת מַתָּנָה אוֹ פִּקָּדוֹן:
'L'année lui est comptée' — et on ne dit pas que 'les sommes versées révèlent [l'intention]' [c.-à-d. que le montant payé indiquerait la durée] et que l'argent [en trop] serait un don ou un dépôt.
💡 Explication

La position 'certains disent' : le 1er Nissan est aussi chef d'année pour les baux. Distinction : qui loue 'pour une année' (le-chana) compte douze mois pleins. Mais qui loue 'pour cette année' (le-chana zo) voit le bail s'achever le 1er Nissan, même s'il n'a loué qu'à partir du 1er Adar.

4
וַאֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה חָשׁוּב שָׁנָה — שָׁאנֵי הָכָא, דְּלָא טָרַח אִינִישׁ לְמֵיגַר בֵּיתָא לִבְצִיר מִתְּלָתִין יוֹמִין.

Et même selon celui qui dit 'un seul jour dans l'année est compté comme une année', ici c'est différent, car un homme ne se donne pas la peine de louer une maison pour moins de trente jours.

💡 Explication

Même d'après l'avis selon lequel un seul jour dans l'année compte comme une année, ici la règle diffère : personne ne prend la peine de louer une maison pour moins de trente jours. Donc les quelques jours d'Adar (si l'on a loué après le 1er Adar) ne comptent pas comme une année entière.

5
וְאֵימָא תִּשְׁרֵי? סְתָם כִּי אָגַר אִינִישׁ בֵּיתָא — לְכֻולְּהוּ יְמוֹת הַגְּשָׁמִים אָגַר.

Et dis [pourquoi pas] Tichri [comme chef d'année pour les baux] ? Ordinairement, quand un homme loue une maison, c'est pour toute la saison des pluies qu'il [la] loue.

📜 Rachi (2)
וְאֵימָא תִּשְׁרֵי ר"ה לִשְׂכִירוּת בָּתִּים אִם לֹא עָמַד אֶלָּא בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ תִּשְׁרֵי עָלְתָה לוֹ שָׁנָה:
Et dis Tichri — [comme] chef d'année pour la location des maisons : s'il n'a pris [la maison] que le 1er Eloul, dès que Tichri est arrivé, l'année lui serait comptée.
וּמְשַׁנֵּי כִּי אָגַר אִינִישׁ בֵּיתָא סָמוּךְ לְתִשְׁרֵי לְכוּלְּהוּ יְמֵי הַגְּשָׁמִים אֲגַר:
Et [la Guemara] répond : quand un homme loue une maison — proche de Tichri, c'est pour tous les jours des pluies qu'il [la] loue.
💡 Explication

Objection : pourquoi le 1er Tichri ne serait-il pas le chef d'année des baux ? Réponse : qui loue une maison sans préciser le fait pour toute la saison des pluies (jusqu'à Nissan) — non pour l'année civile de Tichri.

6
וְתַנָּא קַמָּא דְּבָרַייְתָא, וְתַנָּא דִּידַן? בְּנִיסָן נָמֵי מִישְׁכָּח שְׁכִיחִי קִיטְרֵי.

Et le premier Tana de la braita, et le Tana de notre [michna, pourquoi n'ont-ils pas compté le 1er Nissan pour les baux] ? En Nissan aussi il se trouve fréquemment des amoncellements [de nuages] (kitrei).

📜 Rachi (2)
ות"ק דְּבָרַיְיתָא דְּלָא אָמַר לִשְׂכִירוּת בָּתִּים:
Et le premier Tana de la braita — qui n'a pas dit '[le 1er Nissan est chef d'année] pour la location des maisons'.
קִיטְרֵי עָבִים מִתְקַשְּׁרִין וּגְשָׁמִים יוֹרְדִין וְהָוֵי כִּימוֹת הַגְּשָׁמִים:
Kitrei — des nuages qui s'amoncellent et des pluies qui tombent, [ce qui] rend [ces jours] semblables aux jours des pluies.
💡 Explication

Le premier Tana de la braita et le Tana de notre michna ne comptent pas le 1er Nissan pour les baux, car en Nissan aussi il arrive fréquemment que le ciel se couvre de nuages (kitrei) et qu'il pleuve : le locataire ne veut donc pas nécessairement rendre la maison dès le 1er Nissan, ce qui rend cette date non catégorique.

7
בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה. מַנִּי — רַבִּי מֵאִיר הִיא. דְּתַנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: בְּאֶחָד בֶּאֱלוּל רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְמַעְשַׂר בְּהֵמָה.

'Le 1er Eloul est le chef d'année pour la dîme du bétail (maasser behema).' Qui [est l'auteur de cette michna] ? C'est R.

Meir. Car il a été enseigné : R.

Meir dit : le 1er Eloul est le chef d'année pour la dîme du bétail.

💡 Explication

La michna fixe le 1er Eloul comme chef d'année de la dîme du bétail (maasser behema : la mise à part d'un animal sur dix né, dont la date de référence détermine à quelle 'année' un animal appartient). Cette opinion est celle de R. Meir.

8
וְלָרְגָלִים. מַנִּי — רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא. אֵימָא סֵיפָא, רַבִּי אֶלְעָזָר וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: בְּאֶחָד בְּתִשְׁרֵי. רֵישָׁא וְסֵיפָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, וּמְצִיעֲתָא רַבִּי מֵאִיר!

'Et pour les fêtes de pèlerinage (regalim, le 1er Nissan)' — qui [est l'auteur] ? C'est R.

Chimon. [Mais] dis la fin [de la michna] : 'R.

Elazar et R. Chimon disent : [le chef d'année de la dîme du bétail est] le 1er Tichri.' [Or] le début et la fin [seraient] de R.

Chimon, et le milieu de R. Meir ?!

📜 Rachi (2)
וְלָרְגָלִים מַנִּי ר"ש דְּהָא אַלִּיבֵּיהּ אוֹקֵימְנָא דְּאִית לֵיהּ כְּסִדְרָן לְבַל תְּאַחֵר:
'Et pour les fêtes, qui ? R. Chimon' — car c'est selon lui que nous avons établi [cette date], puisqu'il tient qu'[il faut que les fêtes se succèdent] dans leur ordre pour [transgresser] le bal teaher.
סֵיפָא ר' אֶלְעָזָר ור"ש אוֹמְרִים בַּא' בְּתִשְׁרֵי:
La fin : 'R. Elazar et R. Chimon disent : le 1er Tichri.'
🗂️ Tossefot (1)
וְלָרְגָלִים מַנִּי. פִּי' וְהָא דְּאָמְרִי' בְּרֵישָׁא בְּאֶחָד בְּנִיסָן ר"ה לָרְגָלִים דְּהִיא נִשְׁנֵית סְתָמָא וּמַנִּי הִיא וּמְשַׁנֵּי ר"ש הִיא וּפָרִיךְ רֵישָׁא דְּאָמַר אַרְבָּעָה רָאשֵׁי שָׁנִים הֵן רֹאשׁ הַשָּׁנָה לַמְּלָכִים וְלָרְגָלִים וְסֵיפָא הָא דְּאָמְרִי רַבִּי אֶלְעָזָר וְר"ש אֶחָד בְּתִשְׁרֵי וּפָרִיךְ רֵישָׁא וְסֵיפָא ר' שִׁמְעוֹן וּמְצִיעֲתָא רַבִּי מֵאִיר רַבִּי הִיא פִּי' רַבִּי תְּנָא מַתְנֵי' וּשְׁנָאָהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי וְסָתַם לָהּ כְּוָותַייְהוּ אִי הָכִי דְּחַד תַּנָּא כְּמוֹ רַבִּי שְׁנָאָהּ מַתְנֵי' וְנָסֵיב לָהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי א"כ מַה זֶה דְּאָמַר אַרְבָּעָה רָאשֵׁי שָׁנִים הֵן חֲמִשָּׁה הָווּ דְּבִשְׁלָמָא אִי ר"ש הֲוָה תָּנֵי בְּהֶדְיָא בְּרֵישָׁא לָא הֲוָה רַק אַרְבָּעָה דְּאִיהוּ ר"ש לֹא סָבַר אֶחָד בֶּאֱלוּל ר"ה לִבְהֵמָה אֲבָל הָא דַּאֲמַרְתְּ דְּרַבִּי נָסֵיב לַהּ אַלִּיבָּא דְתַנָּאֵי וְתַנָּא אֶחָד בֶּאֱלוּל בִּשְׁבִיל ר"ה א"כ חֲמִשָּׁה ר"ה הָווּ וּמְשַׁנֵּי אָמַר רָבָא אַרְבָּעָה לד"ה לר"מ אַרְבָּעָה דַּל רְגָלִים לר"ש אַרְבָּעָה דַּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה:
'Et pour les fêtes, qui ?' — explication : ce qu'on a dit au début '[le] 1er Nissan [est] chef d'année pour les fêtes', enseigné de manière anonyme (stam) — qui en est [l'auteur] ? Et [la Guemara] répond : c'est R. Chimon. Puis elle objecte : le début dit 'il y a quatre chefs d'année : chef d'année pour les rois et pour les fêtes', et la fin dit ce que disent R. Elazar et R. Chimon, '[le] 1er Tichri'. Elle objecte donc : le début et la fin [sont] de R. Chimon, et le milieu de R. Meir — [alors] 'c'est Rabbi', c.-à-d. que Rabbi a enseigné la michna et l'a formulée selon [divers] Tanaim, la fixant de manière anonyme conforme à eux. Si tel est le cas, qu'un seul Tana comme Rabbi l'ait enseignée et l'ait établie selon [divers] Tanaim, alors qu'en est-il de ce qu'il dit 'il y a quatre chefs d'année' — il y en a cinq ! Car s'il en allait bien [ainsi], si c'était R. Chimon [seul], il aurait enseigné expressément au début qu'il n'y en a que quatre, puisque lui, R. Chimon, ne tient pas que le 1er Eloul soit chef d'année pour le bétail ; mais dès lors que tu dis que Rabbi l'a établie selon [divers] Tanaim et a enseigné le 1er Eloul à cause du chef d'année [de la dîme du bétail], alors il y a cinq chefs d'année ! Et [la Guemara] répond : Rava dit : quatre selon tout le monde ; selon R. Meir quatre — ôte les fêtes ; selon R. Chimon quatre — ôte la dîme du bétail.
💡 Explication

Difficulté : le début de la michna (1er Nissan pour les regalim) suit R. Chimon — car c'est selon lui qu'on tient le bal téaher (l'interdit de tarder à apporter ses offrandes) dans l'ordre des fêtes. Mais la fin cite R. Elazar et R. Chimon (1er Tichri pour la dîme du bétail). Le début et la fin seraient donc de R. Chimon, et le milieu (1er Eloul) de R. Meir — une michna incohérente ?!

9
אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי הִיא, וְנָסֵיב לָהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי. בִּרְגָלִים סָבַר לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, וּבְמַעְשַׂר בְּהֵמָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי מֵאִיר.

Rav Yossef dit : c'est Rabbi, et il [l']énonce selon [divers] Tanaim. Pour les fêtes, il tient comme R.

Chimon ; et pour la dîme du bétail, il tient comme R. Meir.

📜 Rachi (1)
רַבִּי הִיא הוּא אֲמָרָהּ לְמִתְנֵי' וְנָסֵיב מִילְּתֵיהּ חֲדָא כְּחַד תַּנָּא וַחֲדָא כְּחַד תַּנָּא:
C'est Rabbi — c'est lui qui a énoncé notre michna, et il a pris une chose selon un Tana et une [autre] chose selon un [autre] Tana.
💡 Explication

Réponse de Rav Yossef : toute la michna est de Rabbi (R. Yehouda ha-Nassi), qui l'enseigne en composant les avis de plusieurs Tanaim (nassiv la aliba de-tanaei). Pour les regalim il suit R. Chimon ; pour la dîme du bétail il suit R. Meir.

10
אִי הָכִי, אַרְבָּעָה? חֲמִשָּׁה הָווּ! אָמַר רָבָא: אַרְבָּעָה לְדִבְרֵי הַכֹּל; לְרַבִּי מֵאִיר אַרְבָּעָה — דַּל רְגָלִים, לְרַבִּי שִׁמְעוֹן אַרְבָּעָה — דַּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה.

Si [c'est] ainsi, [pourquoi] 'quatre' ? Il y en a cinq !

Rava dit : quatre selon tout le monde. Selon R.

Meir, quatre — ôte les fêtes ; selon R. Chimon, quatre — ôte la dîme du bétail.

📜 Rachi (4)
אִי הָכִי דְּחַד גַּבְרָא אֲמָרָהּ לְמִתְנֵי' וְנָסֵיב מִילְּתֵיהּ חֲדָא כְּחַד תַּנָּא חֲמִשָּׁה רָאשֵׁי הַשָּׁנִים נִינְהוּ אֶחָד בְּנִיסָן וט"ו בְּנִיסָן וְאֶחָד בֶּאֱלוּל וְאֶחָד בְּתִשְׁרֵי וט"ו בִּשְׁבָט הָא נִיחָא אִי מוֹקְמַתְּ לָהּ לְרֵישָׁא כר"ש שַׁפִּיר דִּלְדִידֵיהּ אַרְבָּעָה נִינְהוּ דְּלֵית לֵיהּ אֶחָד בֶּאֱלוּל אֶלָּא אִי חַד תַּנָּא אַמְרִינְהוּ קַשְׁיָא:
Si [c'est] ainsi — qu'un seul homme a énoncé la michna et a pris une chose selon un [seul] Tana, [alors] ce sont cinq chefs d'année : 1er Nissan, 15 Nissan, 1er Eloul, 1er Tichri et 15 Chevat. Cela va bien si tu établis le début selon R. Chimon — pour lui il y en a quatre, car il n'a pas le 1er Eloul ; mais si un seul Tana les a tous énoncés, [c'est] difficile.
אָמַר רָבָא לְעוֹלָם רַבִּי הִיא וְהָכִי קָאָמַר אֲנָא חֲמִשָּׁה סְבִירָא לִי וּמִיהוּ הַכֹּל מוֹדִים לִי בְּאַרְבָּעָה:
Rava dit — en vérité c'est Rabbi, et voici ce qu'il dit : moi j'en tiens cinq, mais tous m'accordent [au moins] les quatre.
לר"מ דְּאִית לֵיהּ אֶחָד בֶּאֱלוּל דַּל רְגָלִים דִּלְדִידֵיהּ בְּרֶגֶל אֶחָד עוֹבֵר בְּבַל תְּאַחֵר כִּדְתַנְיָא בַּבָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד' ד:):
Selon R. Meir — qui a le 1er Eloul, ôte les fêtes ; car pour lui, avec une seule fête on transgresse le bal téaher, comme il a été enseigné dans la braita ci-dessus (Roch Hachana 4b).
וְלֵר' שִׁמְעוֹן דַּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּלֵיתֵיהּ אֶלָּא בְּאֶחָד בְּתִשְׁרֵי וּבְלָאו מַעֲשֵׂר נַמֵּי רֹאשׁ הַשָּׁנָה הוּא:
Et selon R. Chimon, ôte la dîme du bétail — qui n'est que le 1er Tichri, et [ce jour] est de toute façon chef d'année même sans la dîme [du bétail].
💡 Explication

Objection : si Rabbi combine les avis, la michna devrait compter cinq chefs d'année (1er Nissan, 15 Nissan, 1er Eloul, 1er Tichri, 15 Chevat), pas quatre. Réponse de Rava : chaque avis n'en a que quatre. Pour R. Meir, on retire les regalim (une seule fête suffit pour le bal téaher, sans date fixe). Pour R. Chimon, on retire la dîme du bétail (qui, selon lui, tombe le 1er Tichri, déjà compté).

🖼️ Schéma
Quatre chefs d'année ou cinq ? La synthèse de Rabbi Rabbi enseigne la michna selon des Tanaim divergents : rois+regalim (R. Chimon), maasser behema (R. Meir) Selon Rabbi (5 dates) 1er Nissan — rois 15 Nissan — regalim (fêtes) 1er Eloul — maasser behema 1er Tichri — années / chemitta ; 15 Chevat — arbres R. Meir : 4 on ÔTE regalim (1 seule fête suffit pour bal téaher) R. Chimon : 4 on ÔTE maasser behema (c'est le 1er Tichri, déjà compté) Rava : 'quatre selon tout le monde' -- chaque avis n'a que 4. Rav Nahman bar Yits'hak : ce sont quatre MOIS (Nissan, Eloul, Tichri, Chevat), et un mois peut contenir plusieurs chefs d'année (Nissan en a deux : rois + regalim). Nissan compte pour un seul, d'où le total de quatre.
La résolution de Rava : quatre pour chaque avis.
11
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: אַרְבָּעָה חֳדָשִׁים וּבָהֶן כַּמָּה רָאשֵׁי שָׁנִים.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : [ce sont] quatre mois, et en eux [il y a] plusieurs chefs d'année.

📜 Rachi (1)
וּבָהֶן כַּמָּה רָאשֵׁי שָׁנִים הִלְכָּךְ נִיסָן דְּאִית בֵּיהּ תְּרֵי חַד קָחֲשִׁיב לֵיהּ:
Et en eux plusieurs chefs d'année — c'est pourquoi Nissan, qui en a deux, il ne le compte que pour un.
💡 Explication

Autre réponse : Rav Nahman bar Yits'hak lit la michna comme énumérant quatre mois (Nissan, Eloul, Tichri, Chevat), chacun pouvant contenir plusieurs chefs d'année. Ainsi Nissan en a deux (rois le 1er, fêtes le 15) mais ne compte que pour un seul mois : total, quatre.

12
מֵיתִיבִי: שִׁשָּׁה עָשָׂר בְּנִיסָן — רֹאשׁ הַשָּׁנָה לָעֹומֶר. שִׁשָּׁה בְּסִיוָן — רֹאשׁ הַשָּׁנָה לִשְׁתֵּי הַלֶּחֶם. לְרָבָא לִיתְנֵי שִׁשָּׁה, לְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לִיתְנֵי חֲמִשָּׁה?

On objecte : le 16 Nissan est le chef d'année pour le omer ; le 6 Sivan est le chef d'année pour les deux pains (chetei ha-le'hem). Selon Rava, [la michna] devrait enseigner six ; et selon Rav Nahman bar Yits'hak, elle devrait enseigner cinq ?!

📜 Rachi (4)
ר"ה לָעֹומֶר לֶאֱכֹול מִן הֶחָדָשׁ מִכָּאן וְאֵילָךְ:
Chef d'année pour le omer — pour manger du [grain] nouveau à partir de là.
ר"ה לִשְׁתֵּי הַלֶּחֶם נִתְחַדְּשָׁה הַשָּׁנָה לְהָבִיא מְנָחוֹת מִן הֶחָדָשׁ שֶׁהָעֹומֶר מַתִּיר בַּמְּדִינָה וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם בַּמִּקְדָּשׁ:
Chef d'année pour les deux pains — l'année s'est renouvelée pour apporter les minha du [grain] nouveau : le omer autorise [le grain nouveau] dans le pays, et les deux pains [l'autorisent] au Temple.
לְרָבָא דְּאָמַר אַרְבָּעָה לְדִבְרֵי הַכֹּל לִיתְנֵי מַתְנִיתִין שִׁיתָּא:
Selon Rava — qui dit 'quatre selon tout le monde', [la michna] devrait enseigner six.
לְרַב נַחְמָן דְּאָמַר חֲדָשִׁים קָא חֲשִׁיב נִיתְנֵי ה' דְּהָא לָא תְּנַן סִיוָן בְּמָתְנֵי':
Selon Rav Nahman — qui dit qu'il compte des mois, elle devrait en enseigner cinq, puisque nous n'avons pas enseigné Sivan dans notre michna.
💡 Explication

Objection depuis une braita : le 16 Nissan est chef d'année pour le omer (à partir de quoi on peut manger du grain nouveau), et le 6 Sivan pour les deux pains de Chavouot (à partir de quoi on offre des minha du grain nouveau au Temple). Selon Rava (quatre par avis) il faudrait alors compter six ; selon Rav Nahman (quatre mois), il faudrait en compter cinq (Sivan s'ajoutant).

13
אָמַר רַב פָּפָּא: כִּי קָא חֲשִׁיב — מִידִי דְּחָיֵיל מֵאֻורְתָּא. מִידֵּי דְּלָא חָייֵל מֵאוּרְתָּא — לָא קָא חֲשִׁיב.

Rav Papa dit : lorsqu'il compte, [il compte] ce qui prend effet dès le soir (mei-orta) ; ce qui ne prend pas effet dès le soir, il ne le compte pas.

📜 Rachi (2)
מֵאֻורְתָּא מִשֶּׁקָּדַשׁ הַיּוֹם:
Dès le soir (mei-orta) — dès que le jour est sanctifié [entre].
מִידֵּי דְּלָא חָיֵיל מֵאוּרְתָּא כְּגוֹן בט"ז בְּנִיסָן לֹא נִתְחַדְּשָׁה שָׁנָה מִן הֶחָדָשׁ מֵעֶרֶב עַד לְמָחָר לְאַחַר שֶׁקָּרַב הָעֹומֶר וְכֵן בְּשִׁשָּׁה בְּסִיוָן:
Ce qui ne prend pas effet dès le soir — comme le 16 Nissan : l'année ne se renouvelle pas [pour permettre] le [grain] nouveau depuis le soir jusqu'au lendemain, après que le omer a été offert ; et de même le 6 Sivan.
💡 Explication

Réponse de Rav Papa : la michna ne compte que les chefs d'année qui prennent effet dès le soir (mei-orta), c.-à-d. dès l'entrée du jour. Le omer et les deux pains ne prennent effet qu'après l'offrande (au matin), non dès l'entrée du 16 Nissan ou du 6 Sivan : ils sont donc exclus.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna omet le omer (16 Nissan) et les deux pains (6 Sivan) ? Rav Papa On ne compte que ce qui prend effet DÈS LE SOIR (mei-orta), dès l'entrée du jour. omer / deux pains : prennent effet seulement APRÈS l'offrande -> exclus. regalim : le bal téaher est déjà en vigueur dès le soir -> compté. Rav Chicha b. Rav Idi On ne compte que ce qui NE DÉPEND PAS d'un acte (davar ha-talouy be-maasse). omer / deux pains : dépendent de l'offrande -> exclus. regalim : le bal téaher prend effet de lui-même (mimeila) -> compté.
Le critère de Rav Papa (prise d'effet dès le soir).
14
וַהֲרֵי רְגָלִים, דְּלָא חָיְילִי מֵאֻורְתָּא, וְקָחֲשִׁיב! כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לְאֵיתוֹיֵי מֵעִיקָּרָא, מִיחַייַּב וְקָאֵי.

Mais voici les fêtes (regalim), qui ne prennent pas effet dès le soir, et [pourtant la michna] les compte ! [Réponse :] puisqu'il fallait apporter [l'offrande] dès le départ, [le fauteur] est déjà tenu et demeure [obligé].

📜 Rachi (1)
וַהֲרֵי רַגְלַיִם דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין לְעִנְיַן בַּל תְּאַחֵר דקס"ד זְמַן בַּל תְּאַחֵר לָאו מֵאֻורְתָּא הוּא כְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם חָייֵל [אֶלָּא] עַד שֶׁתָּבֹא שָׁעָה שֶׁהִיא רְאוּיָה לְהָבִיא נְדָרִים וּנְדָבוֹת וְאֵין זֹאת עַד שֶׁיַּקְרִיב תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר שֶׁאֵין קָרְבָּן קוֹדֵם לוֹ וּמִשָּׁנֵינַן לְאֵתוֹיֵי מֵעִיקָּרָא מִחַייַּב וְקָאֵי לְהָבִיא קָרְבָּן נִדְרוֹ מִחַייַּב וְעוֹמֵד מִשָּׁעָה שֶׁנָּדַר וְהָיָה לוֹ לְהַקְרִיבוֹ מֵעֶרֶב הָרֶגֶל וְלֹא הֻוקְבְּעוּ רְגָלִים לְבַל תְּאַחֵר לְעִנְיַן הַקְרָבַת קָרְבָּן אֶלָּא לְעִנְיַן מֵיחֵל עָלֶיהָ בַּל תְּאַחֵר וּמֵאֻורְתָּא נָמֵי חָיֵיל:
Mais voici les fêtes — que la michna enseigne à propos du bal téaher : on aurait pu penser que le temps du bal téaher n'est pas dès le soir, quand le jour est sanctifié [entre], mais [seulement] à l'arrivée de l'heure propre à apporter vœux et offrandes volontaires — et cela n'est qu'après qu'on ait offert le tamid du matin, avant lequel aucun sacrifice [ne passe]. Et [la Guemara] répond : 'puisqu'il fallait apporter dès le départ, il est déjà tenu et demeure [obligé]' — [c.-à-d.] apporter le sacrifice de son vœu : il est tenu et [le] demeure depuis l'instant où il a fait vœu, et il aurait dû l'offrir avant la fête. Les fêtes n'ont pas été fixées pour le bal téaher quant à l'offrande du sacrifice, mais quant à l'application du bal téaher — et [cela] prend effet dès le soir aussi.
🗂️ Tossefot (1)
וַהֲרֵי רְגָלִים דְּלָא חָייְלִי מֵאוּרְתָּא. אֲפִילּוּ בַּיּוֹם לָא חָייְלִי עַד יוֹם שֵׁנִי לְמַאן דְּאָמַר נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין מַקְרִיבִין ביו"ט וּמְשַׁנֵּי לְאֵתוֹיֵי מֵעִיקָּרָא מִחַייַּב וְקָאֵי בַּקּוּנְטְרֵס פֵּירֵשׁ לְהָבִיא קָרְבָּן מְחֻויָּב וְעוֹמֵד הוּא מִשָּׁעָה שֶׁנָּדַר וְהָיָה לוֹ לְהַקְרִיבוֹ מֵעֶרֶב הָרֶגֶל וְלֹא הֻוקְבְּעוּ רְגָלִים לְעִנְיַן הַקְרָבַת הַקָּרְבָּן אֶלָּא לְעִנְיַן בַּל תְּאַחֵר וּמֵאֻורְתָּא נָמֵי חָייֵל וְלֹא פִּי' כֵּן בִּשְׁבִיל שֶׁיַּעֲבֹור בְּבַל תְּאַחֵר מִשֶּׁנִּכְנַס רֶגֶל שְׁלִישִׁי בִּתְחִלַּת הַלַּיְלָה דְּהָא לר"מ דְּאָמַר לְעֵיל בְּרֶגֶל אֶחָד אֵינוֹ עוֹבֵר עַד שֶׁיַּעֲבֹור כָּל הָרֶגֶל וה"ה לְרַבָּנָן עַד שֶׁיַּעַבְרוּ שְׁלֹשָׁה רְגָלִים וּבְפֶרֶק ב' דְּבֵיצָה (ד' יט: וְשָׁם) אָמַר דְּאֵין מְבִיאִין תּוֹדָה בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבַעֲצֶרֶת אֶלָּא בְּחַג הַסֻּוכּוֹת מַשְׁמַע דְּאִם הֵבִיא בְּחַג הַסֻּוכּוֹת בְּחוֹל הַמּוֹעֵד דְּלָא עָבַר וְהָא דְּפֵירֵשׁ כָּאן בַּקּוּנְטְרֵס דְּמֵאֻורְתָּא חָיֵיל הַייְנוּ לְעִנְיָן דְּאִם מְחֻויָּב וְעוֹמֵד לִפְנֵי הָרֶגֶל אִיכָּא כּוּלֵּיהּ רֶגֶל וְאִם נִכְנַס רֶגֶל וְקָא נָדַר אַפֵּי' לֵיל רִאשׁוֹן לֵיכָּא כּוּלֵּיהּ רֶגֶל וְאֵינוֹ עוֹלֶה לְמִנְיַן שְׁלֹשָׁה רְגָלִים:
'Mais voici les fêtes, qui ne prennent pas effet dès le soir' — même de jour elles ne prennent pas effet avant le second jour, selon celui qui dit qu'on n'offre pas vœux et offrandes volontaires un jour de fête. Et [la Guemara] répond : 'puisqu'il fallait apporter dès le départ, il est déjà tenu et demeure [obligé]'. Dans le commentaire [de Rachi] il a expliqué : apporter le sacrifice — il est tenu et [le] demeure depuis l'instant où il a fait vœu, et il aurait dû l'offrir avant la fête ; les fêtes n'ont pas été fixées quant à l'offrande du sacrifice, mais quant au bal téaher, et [cela] prend effet dès le soir aussi. Il n'a pas expliqué ainsi [comme] pour transgresser le bal téaher dès l'entrée de la troisième fête au début de la nuit, car selon R. Meir qui dit ci-dessus qu'avec une seule fête on ne transgresse pas tant que toute la fête n'est pas passée — et de même pour les Sages, tant que les trois fêtes ne sont pas passées. Et au chapitre 2 de Beitsa (19b) il est dit qu'on n'apporte pas de toda à la fête des Matsot ni à Atseret (Chavouot), mais seulement à la fête des Cabanes — ce qui implique que si on l'a apportée à la fête des Cabanes durant hol ha-moed, on n'a pas transgressé. Et ce que le commentaire [de Rachi] explique ici, que [cela] prend effet dès le soir, c'est [seulement] en ce sens : si [le fauteur] est déjà tenu et [le] demeure avant la fête, il y a toute la fête ; mais si la fête entre et qu'il fait alors vœu, même la première nuit, il n'y a pas toute la fête, et [cette fête] ne compte pas dans le décompte des trois fêtes.
💡 Explication

Objection : les regalim ne prennent pas effet dès le soir non plus — le bal téaher ne s'applique pas le soir de la fête, mais seulement le matin, après le tamid, quand on peut apporter son offrande. Pourtant la michna les compte ! Réponse : puisqu'il devait apporter son vœu avant la fête, l'homme est déjà tenu et le demeure (mehayav ve-kai) dès l'entrée de la fête — donc le bal téaher prend bien effet dès le soir.

15
וַהֲרֵי יוֹבְלוֹת, דְּלָא חָיְילִי מֵאֻורְתָּא, וְקָחֲשִׁיב! רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא הִיא, דְּאָמַר: מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה חָיֵיל יוֹבֵל.

Mais voici les jubilés (yovlot), qui ne prennent pas effet dès le soir, et [pourtant la michna] les compte ! C'est [selon] R.

Ichmael, fils de R. Yo'hanan ben Beroka, qui dit : le jubilé prend effet dès Roch Hachana.

📜 Rachi (3)
וַהֲרֵי יוֹבְלוֹת דְּקָתָנֵי בְּרָאשֵׁי שָׁנִים דְּמַתְנִי' דְּלָא חָייְלִי אֶלָּא עַל יְדֵי תְּקִיעַת שׁוֹפָר דב"ד וְאֵינָהּ אֶלָּא בַּיּוֹם דִּכְתִיב בְּיוֹם הַכִּפֻּורִים תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר (וַיִּקְרָא כ״ה:ט׳):
Mais voici les jubilés — que [la michna] enseigne parmi les chefs d'année, [et] qui ne prennent effet que par la sonnerie du chofar du tribunal, laquelle n'a lieu que de jour, car il est écrit 'au jour des expiations vous ferez passer le chofar' (Vayikra 25:9).
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל כוּ' לְקַמָּן בְּפִירְקִין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף ח:):
R. Ichmael, etc. — [voir] plus loin dans notre chapitre (Roch Hachana 8b).
מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה חָיֵיל וְאֵינוֹ תָּלוּי בִּתְקִיעָה הִלְכָּךְ מֵאֻורְתָּא דר"ה חָיֵיל:
Prend effet dès Roch Hachana — et [le jubilé] ne dépend pas de la sonnerie ; dès lors il prend effet dès le soir de Roch Hachana.
💡 Explication

Objection : le jubilé (yovel) ne prend pas effet dès le soir, mais seulement au jour de Kippour, par la sonnerie du chofar (le jour). Pourtant on le compte ! Réponse : la michna suit R. Ichmael, fils de R. Yo'hanan ben Beroka, selon qui le jubilé prend effet dès Roch Hachana (le chofar de Kippour ne fait que parachever l'affranchissement des esclaves) — donc dès le soir.

16
רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: כִּי קָא חֲשִׁיב — מִידֵּי דְּלָא תְּלֵי בְּמַעֲשֶׂה, מִידִי דְּתָלֵי בְּמַעֲשֶׂה — לָא קָא חֲשִׁיב.

Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : lorsqu'il compte, [il compte] ce qui ne dépend pas d'un acte (davar ha-talouy be-maasse) ; ce qui dépend d'un acte, il ne le compte pas.

📜 Rachi (2)
דְּלָא תָּלֵי בְּמַעֲשֶׂה כְּנִיסַת רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁלָּהֶן אֵינָהּ תָּלוּי בְּמַעֲשֶׂה אֶלָּא מִשֶּׁהִגִּיעַ הַיּוֹם הֲוָה רֹאשׁ הַשָּׁנָה וּמִתְחַדֶּשֶׁת הַשָּׁנָה לְמִילְּתֵיהּ:
Ce qui ne dépend pas d'un acte — l'entrée de leur chef d'année ne dépend pas d'un acte ; c'est seulement l'arrivée du jour qui fait le chef d'année, et l'année se renouvelle pour ce qui la concerne.
מִידִי דְּתָלֵי בְּמַעֲשֶׂה כְּגוֹן רֹאשׁ הַשָּׁנָה דְּעֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם אֵין הַשָּׁנָה מִתְחַדֶּשֶׁת לְהַתִּיר חָדָשׁ בַּמְּדִינָה אוֹ בַּמִּקְדָּשׁ אֶלָּא בְּהַקְרָבַת הָעֹומֶר וְכִבְשֵׂי עֲצֶרֶת:
Ce qui dépend d'un acte — comme le chef d'année du omer et des deux pains : l'année ne se renouvelle pas pour permettre le [grain] nouveau dans le pays ou au Temple, sinon par l'offrande du omer et des agneaux de Atseret (Chavouot).
🗂️ Tossefot (1)
מִידִי דְּתָלֵי בְּמַעֲשֶׂה. וּלְמַאן דְּאָמַר (בִּמְנָחוֹת דַּף סח.) אֲפִילּוּ בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם הֵאִיר הַמִּזְרָח מַתִּיר מ"מ עַד יוֹם הֲבִיאֲכֶם לְמִצְוָה כִּדְאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (שָׁם):
'Ce qui dépend d'un acte' — et selon celui qui dit (Menahot 68a) que même au temps où le Temple existe, le lever du jour (héir ha-mizrah) autorise [le grain nouveau], néanmoins [ce n'est permis que] jusqu'au 'jour où vous apportez [le omer]' pour la mitsva, comme nous disons dans Menahot, au chapitre 'R. Ichmael' (là-bas).
💡 Explication

Autre réponse : Rav Chicha, fils de Rav Idi, propose un critère différent : la michna ne compte que ce qui ne dépend pas d'un acte (davar ha-talouy be-maasse). L'entrée de leur chef d'année ne dépend que de l'arrivée du jour. Le omer et les deux pains, eux, dépendent d'un acte (l'offrande) : ils sont donc exclus.

17
וַהֲרֵי רְגָלִים, מִידִי דְּתָלֵי בְּמַעֲשֶׂה, וְקָא חֲשִׁיב! ״בַּל תְּאַחֵר״ מִמֵּילָא חָיֵיל.

Mais voici les fêtes (regalim), [chose] qui dépend d'un acte, et [pourtant la michna] les compte ! [Non :] le 'bal téaher' prend effet de lui-même (mimeila).

📜 Rachi (2)
וַהֲרֵי רַגְלַיִם קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ שֶׁאֵין בַּל תְּאַחֵר חָל עַד שֶׁתָּבֹא שָׁעָה הָרְאוּיָה לַהֲבָאַת קָרְבַּן נִדְרוֹ נִמְצָא שֶׁהוּא תָּלוּי בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר:
Mais voici les fêtes — on aurait pu penser que le bal téaher ne prend pas effet avant l'arrivée de l'heure propre à l'apport du sacrifice de son vœu ; il se trouverait alors [qu'il] dépend du tamid du matin.
מִמֵּילָא קָא חָיֵיל מִשֶּׁקָּדַשׁ הַיּוֹם:
Prend effet de lui-même (mimeila) — dès que le jour est sanctifié [entre].
💡 Explication

Objection contre Rav Chicha : les regalim dépendent d'un acte (le tamid doit précéder toute offrande), et pourtant on les compte ! Réponse : le bal téaher ne dépend d'aucun acte ; il prend effet de lui-même (mimeila), dès l'entrée du jour de fête. Le chef d'année des regalim n'est donc pas conditionné par le sacrifice.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).