Sougya : Le daf achève d'établir que le 'jour couvert' (kesse) du verset des Tehilim désigne Roch Hachana, jour où 'c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5). Deux beraïtot en tirent que le tribunal céleste n'ouvre le jugement qu'après que le tribunal terrestre a sanctifié le mois, et qu'Israël est jugé avant les nations ; on rattache cela à Rav H'isda : le roi passe en jugement avant la communauté (pour ne pas attendre dehors, et avant que la colère divine ne s'intensifie du fait des fautes du public).
La suite explique pourquoi le 1er Tichri est le Nouvel An des années de chemitta (guezera chava 'chana-chana' depuis Deut 11:12, une année sans mois déduite d'une année sans mois, non de Nissan). Enfin, le yovel : bien que le chofar sonne le 10 Tichri (Kippour), l'année se sanctifie dès le 1er Tichri selon R.
Yichmael fils de R. Yoh'anan ben Beroka — d'où l'état intermédiaire des esclaves entre Roch Hachana et Kippour ; une autre beraïta borne cette sanctification à l'an 50 sans déborder sur l'an 51.
[le jour] où la lune se couvre (mitkasse) [en lui] — force est de dire que c'est Roch Hachana. Et il est écrit : 'car c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5).
Fin de la deracha : le 'jour couvert' (ba-kesse) du verset (Ps 81:4) ne peut être que Roch Hachana, seule fête au début du mois, quand la lune est invisible. Le verset suivant (81:5) ajoute qu'il s'agit d'un jour de jugement : 'un statut pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov'.
Nos maîtres ont enseigné : 'car c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5) — cela enseigne que le tribunal d'en-haut (beit din chel maala) n'entre pas en jugement tant que le tribunal d'en-bas (beit din chel mata) n'a pas sanctifié le mois.
Première beraïta : le tribunal céleste attend le tribunal terrestre. Ce n'est qu'après que le Sanhédrin a fixé (sanctifié) le mois — déclarant ainsi le jour de Roch Hachana — que le jugement d'en-haut s'ouvre. Israël maîtrise le calendrier, et donc l'heure du jugement.
Il est enseigné dans une autre [beraïta] : 'car c'est un statut pour Israël' — je n'ai [par là] que [le jugement d']Israël ; pour les nations du monde, d'où [le sait-on] ? L'Écriture dit : 'un jugement pour le D.ieu de Yaakov'.
Si tel est le cas, que vient enseigner 'car c'est un statut pour Israël' ? Cela enseigne qu'Israël entre en premier au jugement.
Seconde beraïta : le verset couvre tous les êtres. 'Statut pour Israël' seul enseignerait qu'Israël est jugé ; 'jugement pour le D.ieu de Yaakov' — Maître du monde entier — inclut les nations. Le double langage enseigne alors qu'Israël passe en premier.
[C'est] selon Rav H'isda. Car Rav H'isda a dit : [pour] un roi et une communauté — le roi entre en premier au jugement, ainsi qu'il est dit : 'le jugement de Son serviteur et le jugement de Son peuple' (I Rois 8:59).
On rattache la priorité d'Israël à l'enseignement de Rav H'isda : quand un roi et une communauté sont jugés, le roi passe en premier. Preuve du verset de la prière de Salomon à l'inauguration du Temple : 'le jugement de Son serviteur' (le roi) est nommé avant 'le jugement de Son peuple'.
Quelle en est la raison ? Si tu veux, dis : il n'est pas convenable (lav orah' ar'a) que le roi se tienne dehors ; et si tu veux, dis : avant que la colère ne s'intensifie (mikamei de-lipouch h'aron af).
Deux raisons à la priorité du roi. (1) Il n'est pas digne (lav orah' ar'a) qu'un roi attende dehors la fin du procès de ses sujets. (2) Qu'il soit jugé avant que la colère divine ne s'intensifie à cause des fautes de la communauté — ainsi il échappe à un jugement trop sévère.
'Et pour les [années de] chemitta' [le 1er Tichri est le Nouvel An]. D'où [le savons-]nous ?
Car il est écrit : 'et la septième année sera un chabbat de repos absolu pour la terre' (Lev 25:4), et l'on déduit [le mot] 'année' [de ce verset] du [mot] 'année' [rattaché] à Tichri, ainsi qu'il est écrit : 'depuis le début de l'année' (Deut 11:12).
La michna : le 1er Tichri est le Nouvel An du compte des années de chemitta (année sabbatique de la terre). Source : une guezera chava (analogie verbale) entre le mot 'année' de Lev 25:4 et le mot 'année' de Deut 11:12 ('depuis le début de l'année'), qui vise la saison des pluies, c'est-à-dire Tichri.
Mais déduisons [le mot] 'année' [du mot] 'année' [rattaché] à Nissan, ainsi qu'il est écrit : 'ce [mois] sera pour vous le premier des mois de l'année' (Ex 12:2) ! On déduit une année sans mois [avec elle] d'une année sans mois [avec elle], et l'on ne déduit pas une année sans mois [avec elle] d'une année avec mois [avec elle].
Objection : pourquoi ne pas rattacher 'année' à Nissan (Ex 12:2, 'premier des mois de l'année') ? Réponse par une règle de guezera chava : on rapproche un terme d'un terme de même catégorie. L'année de chemitta (Lev 25:4) et Deut 11:12 mentionnent l'année sans les mois ; Ex 12:2 mentionne l'année avec les mois — donc on ne l'en déduit pas.
'Et pour les [années de] yovel'. Le yovel [commence-t-il] le 1er Tichri ?
Le yovel [commence] le 10 Tichri, ainsi qu'il est écrit : 'au jour des Expiations vous ferez retentir le chofar' (Lev 25:9) !
La michna range aussi le yovel (jubilé) au 1er Tichri. Objection : le yovel ne commence-t-il pas le 10 Tichri, jour de Kippour, quand on sonne le chofar de la liberté (Lev 25:9) ? Il y a donc une tension entre le 1er et le 10 Tichri.
Selon qui est [cette michna] ? C'est [selon] Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yoh'anan ben Beroka.
Car il est enseigné : 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' (Lev 25:10), que vient enseigner [ce verset] ? Puisqu'il est dit 'au jour des Expiations', on aurait pu penser qu'elle ne se sanctifie qu'à partir du jour des Expiations et au-delà ; l'Écriture dit : 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' — cela enseigne qu'elle se sanctifie progressivement depuis son début.
Réponse : la michna suit R. Yichmael fils de R. Yoh'anan ben Beroka. Puisque le chofar sonne à Kippour (le 10), on aurait cru le yovel sanctifié seulement à partir de Kippour. Mais 'vous sanctifierez l'année du cinquantième an' enseigne qu'il se sanctifie dès son début, le 1er Tichri.
De là, Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yoh'anan ben Beroka a dit : de Roch Hachana jusqu'au jour des Expiations, les esclaves n'étaient pas libérés vers leurs maisons, ni asservis à leurs maîtres — mais ils mangeaient, buvaient et se réjouissaient, leurs couronnes sur leurs têtes. Une fois arrivé le jour des Expiations, le tribunal sonnait du chofar : les esclaves étaient libérés vers leurs maisons et les champs revenaient à leurs propriétaires.
Conséquence pratique : durant les dix jours de Roch Hachana a Kippour du yovel, les esclaves hébreux sont dans un état intermédiaire — ni libérés (le chofar n'a pas encore sonné) ni asservis (l'année a déjà commencé). Ils festoient, couronnés en tête, comme des hommes libres. À Kippour, le chofar sonne : libération des esclaves et retour des champs vendus.
Et les Sages [disent] : tu sanctifiés des années, et tu ne sanctifiés pas des mois.
Les Sages (rabbanan), en désaccord avec R. Yichmael, lisent autrement 'vous sanctifierez l'année du cinquantième an' : on sanctifie les années (le tribunal proclame 'cette année du yovel est sanctifiée'), mais on ne sanctifie pas les mois par une proclamation semblable.
Il est enseigné dans une autre [beraïta] : 'c'est un yovel' (Lev 25:11) — que vient enseigner [ce verset] ? Puisqu'il est dit 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an', on aurait pu penser que, de même qu'il se sanctifie progressivement depuis son début, ainsi il se sanctifie progressivement en sa fin.
Et ne t'en étonne pas, car on ajoute du profane au sacré — l'Écriture dit : 'c'est un yovel, l'année du cinquantième an' — c'est l'année du cinquantième an que tu sanctifiés, et tu ne sanctifiés pas l'année du cinquante-et-unième.
Autre beraïta : le mot restrictif 'c'est (hi) un yovel' borne la sanctification. Sans lui, on aurait cru que, de même que le yovel se sanctifie dès son début, il se prolongerait au-delà de sa fin (jusqu'à Kippour de l'an 51), à l'image de l'ajout du profane au sacré. Le verset enseigne : on sanctifie l'an 50, non l'an 51.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).