Rosh Hashanah 8b — Roch Hachana jour du jugement, l'ordre du jugement (Israël, les nations, le roi), et le point de départ des années de chemitta et de yovel

Rosh Hashanah 8b

Sougya : Le daf achève d'établir que le 'jour couvert' (kesse) du verset des Tehilim désigne Roch Hachana, jour où 'c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5). Deux beraïtot en tirent que le tribunal céleste n'ouvre le jugement qu'après que le tribunal terrestre a sanctifié le mois, et qu'Israël est jugé avant les nations ; on rattache cela à Rav H'isda : le roi passe en jugement avant la communauté (pour ne pas attendre dehors, et avant que la colère divine ne s'intensifie du fait des fautes du public).

La suite explique pourquoi le 1er Tichri est le Nouvel An des années de chemitta (guezera chava 'chana-chana' depuis Deut 11:12, une année sans mois déduite d'une année sans mois, non de Nissan). Enfin, le yovel : bien que le chofar sonne le 10 Tichri (Kippour), l'année se sanctifie dès le 1er Tichri selon R.

Yichmael fils de R. Yoh'anan ben Beroka — d'où l'état intermédiaire des esclaves entre Roch Hachana et Kippour ; une autre beraïta borne cette sanctification à l'an 50 sans déborder sur l'an 51.

Roch Hachana : le jour du jugement (ordre et priorités) Le tribunal d'en-haut (beit din chel maala) n'entre en jugement qu'après que le tribunal d'en-bas (beit din chel mata) a sanctifié le mois Israël entre en premier 'chok le-Israël' = statut pour Israël jugé avant que la colère ne croisse Puis les nations 'michpat le-Elohei Yaakov' = jugement du D.ieu de Yaakov Le roi entre avant la communauté 1. pas convenable qu'il attende dehors 2. jugé avant que la colère ne croisse Source (Rav H'isda) 'michpat avdo ou-michpat amo' (I Rois 8:59) — Salomon parle de lui
L'ordre du jugement à Roch Hachana : tribunal d'en-bas puis d'en-haut, Israël avant les nations, le roi avant la communauté (segments 0-4).
Chemitta : d'où vient que l'année commence à Tichri ? (guezera chava chana-chana) Chemitta (Lev 25:4) 'la septième ANNÉE' année SANS mois on la déduit de -> Deut 11:12 'du début de l'ANNÉE' année SANS mois = Tichri (saison des pluies) Nissan (Ex 12:2) 'premier des MOIS' année AVEC mois écarte (pas même catégorie) Règle : on déduit une année-sans-mois d'une année-sans-mois, non d'une année-avec-mois.
La guezera chava 'chana-chana' qui fixe le début de l'année de chemitta à Tichri, et pourquoi Nissan est écarté (segments 5-6).
Yovel : quand commence-t-il ? (1er Tichri vs 10 Tichri / Kippour) 1 Tichri Roch Hachana 10 Tichri Kippour (chofar) fin an 50 Début de la liberté esclaves ni libérés ni asservis mangent, boivent, couronnés en tête Liberté pleine (chofar sonne) esclaves libérés, champs rendus R. Yichmael b. R. Yoh'anan b. Beroka 'Tu sanctifieras l'an 50' -> il se sanctifie dès son début (1 Tichri) ; mais pas l'an 51 ('yovel hi' = restriction).
Le yovel : sanctifié dès le 1er Tichri bien que le chofar sonne à Kippour, sans déborder sur l'an 51 (segments 7-11).
1
שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה רֹאשׁ הַשָּׁנָה. וּכְתִיב: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״.

[le jour] où la lune se couvre (mitkasse) [en lui] — force est de dire que c'est Roch Hachana. Et il est écrit : 'car c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5).

📜 Rachi (1)
שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ לָרְחוֹקִים כְּגוֹן שַׁחֲרִית לִבְנֵי מַעֲרָב וְעַרְבִית לִבְנֵי מִזְרָח לְפִי שֶׁקְּטַנָּה הִיא סָמוּךְ לְחִידּוּשָׁהּ:
[le jour] où la lune se couvre — pour les [observateurs] lointains, par exemple au matin pour ceux de l'occident et au soir pour ceux de l'orient, car elle est petite au moment proche de son renouvellement.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ. שֶׁאֵין הַלְּבָנָה נִרְאֵית לָרְחוֹקִים כְּגוֹן שַׁחֲרִית לִבְנֵי מַעֲרָב וְעַרְבִית לִבְנֵי מִזְרָח לְפִי שֶׁקְּטַנָּה הִיא סָמוּךְ לְחִדּוּשָׁהּ כְּפִי' הַקּוּנְטְרֵס וְהֵבִיא ר"ת רְאָיָה מִוַּיִּקְרָא רַבָּה בְּפָרָשַׁת אֱמֹור אֶל הַכֹּהֲנִים דְּקָאָמַר הָתָם תִּקְעוּ בַחֹדֶשׁ שׁוֹפָר בַּכֵּסֶה לְיוֹם חַגֵּנוּ וַהֲלֹא נִיסָן חֹדֶשׁ וְנִכְסֶה וְיֵשׁ בּוֹ חַג אֶלָּא זֶה שֶׁחַגּוֹ בּוֹ בַּיּוֹם וְאֵין לְךָ חֹדֶשׁ שֶׁהוּא נִכְסֶה וְיֵשׁ בּוֹ חַג וְחַגּוֹ בְּיוֹמוֹ אֶלָּא תִּשְׁרֵי וְעוֹד מְפָרֵשׁ ר"ת מִתְכַּסֶּה מְזֻומָּן כְּמוֹ לְיוֹם הַכֵּסֶא יָבֹא בֵיתוֹ דִּבְפֶרֶק חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף צו:) גַּבֵּי עַמּוֹן וּמוֹאָב שִׁיבָבֵי בִּישֵׁי דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל הָווּ וְכוּ'. והר"ר מְשֻׁולָּם מְפָרֵשׁ שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ שֶׁאֵין חַטַּאת ר"ח קָרֵב בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּדִכְתִיב מִלְּבַד עֹולַת הַחֹדֶשׁ וּמִנְחָתָהּ וְלָא כְּתִיב מִלְּבַד חַטָּאת וְעוֹלָה וְהִקְשָׁה לוֹ ר"ת דִּבְרֵישׁ תּוֹסֶפְתָּא דִּשְׁבוּעוֹת תַּנְיָא (ל') שְׂעִירִים מַקְרִיבִים יִשְׂרָאֵל בְּכָל שָׁנָה וַחֲשִׁיב י"ב בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְאֹופֶן דְּמוּסָף דר"ה וְחַיּוֹת אֲשֶׁר הִנֵּה מְרֻובָּעוֹת יָסַד ר"א הַקָּלִירִי מוּסְפֵי חֹדֶשׁ עַשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה דְּהַייְנוּ פָּרִים בְּנֵי בָקָר שְׁנַיִם וְאַיִל אֶחָד כְּבָשִׂים בְּנֵי שָׁנָה שִׁבְעָה וְשָׂעִיר לְכַפֵּר וְהֵשִׁיב לר"ת שֶׁלֹּא אָמַר שֶׁאֵין בּוֹ מוּסָף אֶלָּא מִתְכַּסֶּה שֶׁלֹּא הִזְכִּיר הָכָא חַטָּאת בִּקְרָא דְּמִלְּבַד כְּמוֹ שֶׁהִזְכִּיר עוֹלָה וְעוֹד פִּי' מִתְכַּסֶּה שֶׁאֵין מַזְכִּירִין מוּסָף שֶׁל ר"ח בִּתְפִלָּה מִשּׁוּם דְּאָמְרִי' רַשְׁבָּ"ג ה"ל בְּרֵיהּ דִּבְסִים קָלֵיהּ עָייֵל קַמֵּי תֵּיבוּתָא כִּי מָטֵי לְרָאשֵׁי חֳדָשִׁים אִישָּׁתֵיק וְלֹא רָצָה לְאָמְרוֹ פִּי' דְּמוּטָב שֶׁיָּבֹא זַכַּאי וִיכַפֵּר עַל הַחַיָּיב וְאַל יָבֹא חַייָּב וִיכַפֵּר עַל הַזַּכַּאי פֵּירוּשׁ הַהוּא דר"ח קָרוּי חַייָּב מִשּׁוּם דְּאָמְרִי' אָמַר הַקָּבָּ"ה הָבִיאוּ כַפָּרָה וְכוּ' עכ"ל ור"ת רָגִיל לְהַזְכִּיר וְלוֹמַר מִלְּבַד עוֹלַת הַחֹדֶשׁ וּלְסַיֵּים וּשְׁנֵי שְׂעִירִים לְכַפֵּר חַד דר"ח וְחַד דר"ה:
[le jour] où la lune se couvre — car la lune n'est pas visible pour les [observateurs] lointains, par exemple au matin pour ceux de l'occident et au soir pour ceux de l'orient, car elle est petite au moment proche de son renouvellement, selon l'explication du Kountras (Rachi). Rabbenou Tam a apporté une preuve du Vayikra Rabba, dans la paracha 'Emor el ha-kohanim', où il est dit : 'sonnez du chofar à la [néo]ménie (ba-h'odech), au [jour] couvert (ba-kesse), pour le jour de notre fête' — or Nissan est un mois [néo]ménie et se couvre et comporte une fête ! Plutôt, c'est celui dont la fête tombe le jour même [de la néoménie] ; et il n'est pas de mois qui soit couvert, comporte une fête, et dont la fête tombe le jour même, sinon Tichri. Rabbenou Tam explique en outre 'mitkasse' au sens de 'préparé, fixé' (mezouman), comme dans 'le jour fixé (ha-kesse) sa maison viendra' — [expression] du chapitre 'H'elek' (Sanhédrin 96b) à propos d'Ammon et Moav, [qui] étaient de mauvais voisins de la Terre d'Israël, etc. Et le Rav Rabbi Mechoulam explique 'que la lune se couvre en lui' [au sens] que le sacrifice-pour-le-péché (h'atat) de la néoménie n'est pas offert à Roch Hachana, comme il est écrit 'outre l'holocauste du mois et son oblation', et il n'est pas écrit 'outre le h'atat et l'holocauste'. Rabbenou Tam lui objecta : au début de la Tossefta de Chevouot il est enseigné que 'des boucs, Israël en offre chaque année', et l'on compte douze aux néoménies ; et de même dans le [pyout] du moussaf de Roch Hachana 'Et h'ayot acher hena merouba'ot' Rabbi Elazar ha-Kalir a composé 'les moussafim du mois, onze', c'est-à-dire des taureaux fils de bovin deux, un bélier, des agneaux d'un an sept, et un bouc pour expier. Et [Mechoulam] répondit à Rabbenou Tam qu'il n'a pas dit qu'il n'y a pas de moussaf, mais [que la lune] 'se couvre' [au sens] que l'on n'a pas mentionné ici de h'atat dans le verset 'outre [l'holocauste]', comme on a mentionné l'holocauste. Et il a encore expliqué 'mitkasse' [au sens] que l'on ne mentionne pas le moussaf de la néoménie dans la prière, car l'on dit : Rabban Chimon ben Gamliel avait un fils dont la voix était douce, [qui] passait devant l'arche ; arrivé aux néoménies, il se taisait et ne voulait pas [le] dire — explication : car mieux vaut que vienne l'innocent et expie pour le coupable, et que ne vienne pas le coupable pour expier l'innocent ; explication : ce [moussaf] de la néoménie est appelé 'coupable' parce que l'on dit : le Saint béni soit-Il a dit 'apportez une expiation [pour Moi]', etc. — fin de citation. Et Rabbenou Tam avait coutume de [le] mentionner et de dire 'outre l'holocauste du mois', et de conclure 'et deux boucs pour expier', l'un de la néoménie et l'un de Roch Hachana.
💡 Explication

Fin de la deracha : le 'jour couvert' (ba-kesse) du verset (Ps 81:4) ne peut être que Roch Hachana, seule fête au début du mois, quand la lune est invisible. Le verset suivant (81:5) ajoute qu'il s'agit d'un jour de jugement : 'un statut pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov'.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״ — מְלַמֵּד שֶׁאֵין בֵּית דִּין שֶׁל מַעְלָה נִכְנָסִין לַדִּין אֶלָּא אִם כֵּן קִידְּשׁוּ בֵּית דִּין שֶׁל מַטָּה אֶת הַחֹדֶשׁ.

Nos maîtres ont enseigné : 'car c'est un statut (h'ok) pour Israël, un jugement pour le D.ieu de Yaakov' (Ps 81:5) — cela enseigne que le tribunal d'en-haut (beit din chel maala) n'entre pas en jugement tant que le tribunal d'en-bas (beit din chel mata) n'a pas sanctifié le mois.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִם כֵּן קִדְּשׁוּ הַחֹדֶשׁ כו' וה"ק אִם קָבְעוּ יִשְׂרָאֵל אֶת חֹק הַחֹדֶשׁ יְהֵא מִשְׁפָּט להקב"ה:
tant qu'ils n'ont pas sanctifié le mois, etc. — et voici le sens : si Israël a fixé le statut du mois, [alors] il y aura jugement pour le Saint béni soit-Il.
💡 Explication

Première beraïta : le tribunal céleste attend le tribunal terrestre. Ce n'est qu'après que le Sanhédrin a fixé (sanctifié) le mois — déclarant ainsi le jour de Roch Hachana — que le jugement d'en-haut s'ouvre. Israël maîtrise le calendrier, et donc l'heure du jugement.

3
תַּנְיָא אִידָךְ: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא״ — אֵין לִי אֶלָּא לְיִשְׂרָאֵל, לְאוּמוֹת הָעוֹלָם מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מִשְׁפָּט לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״. אִם כֵּן, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל״, מְלַמֵּד שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִכְנָסִין תְּחִילָּה לַדִּין.

Il est enseigné dans une autre [beraïta] : 'car c'est un statut pour Israël' — je n'ai [par là] que [le jugement d']Israël ; pour les nations du monde, d'où [le sait-on] ? L'Écriture dit : 'un jugement pour le D.ieu de Yaakov'.

Si tel est le cas, que vient enseigner 'car c'est un statut pour Israël' ? Cela enseigne qu'Israël entre en premier au jugement.

💡 Explication

Seconde beraïta : le verset couvre tous les êtres. 'Statut pour Israël' seul enseignerait qu'Israël est jugé ; 'jugement pour le D.ieu de Yaakov' — Maître du monde entier — inclut les nations. Le double langage enseigne alors qu'Israël passe en premier.

4
כִּדְרַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: מֶלֶךְ וְצִיבּוּר — מֶלֶךְ נִכְנָס תְּחִילָּה לְדִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִשְׁפַּט עַבְדּוֹ וּמִשְׁפַּט עַמּוֹ״.

[C'est] selon Rav H'isda. Car Rav H'isda a dit : [pour] un roi et une communauté — le roi entre en premier au jugement, ainsi qu'il est dit : 'le jugement de Son serviteur et le jugement de Son peuple' (I Rois 8:59).

📜 Rachi (2)
מֶלֶךְ וְצִיבּוּר כשהקב"ה דָּן אוֹתָם מֶלֶךְ נִכְנָס תְּחִילָּה:
un roi et une communauté — quand le Saint béni soit-Il les juge, le roi entre en premier.
מִשְׁפַּט עַבְדּוֹ שְׁלֹמֹה קָאָמַר לֵיהּ:
le jugement de Son serviteur — c'est Salomon qui le dit [de lui-même].
💡 Explication

On rattache la priorité d'Israël à l'enseignement de Rav H'isda : quand un roi et une communauté sont jugés, le roi passe en premier. Preuve du verset de la prière de Salomon à l'inauguration du Temple : 'le jugement de Son serviteur' (le roi) est nommé avant 'le jugement de Son peuple'.

5
מַאי טַעְמָא? אִי בָּעֵית אֵימָא: לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמֵיקַם מַלְכָּא אַבָּרַאי, וְאִיבָּעֵית אֵימָא: מִקַּמֵּי דְּלִיפּוֹשׁ חֲרוֹן אַף.

Quelle en est la raison ? Si tu veux, dis : il n'est pas convenable (lav orah' ar'a) que le roi se tienne dehors ; et si tu veux, dis : avant que la colère ne s'intensifie (mikamei de-lipouch h'aron af).

📜 Rachi (1)
דְּלִיפּוֹשׁ חֲרוֹן אַף בִּשְׁבִיל עוֹנוֹת צִבּוּר:
avant que la colère ne s'intensifie — à cause des fautes de la communauté.
💡 Explication

Deux raisons à la priorité du roi. (1) Il n'est pas digne (lav orah' ar'a) qu'un roi attende dehors la fin du procès de ses sujets. (2) Qu'il soit jugé avant que la colère divine ne s'intensifie à cause des fautes de la communauté — ainsi il échappe à un jugement trop sévère.

6
וְלַשְּׁמִיטִּין. מִנָּלַן? דִּכְתִיב: ״וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן יִהְיֶה לָאָרֶץ״, וְגָמַר ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִתִּשְׁרֵי, דִּכְתִיב: ״מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה״.

'Et pour les [années de] chemitta' [le 1er Tichri est le Nouvel An]. D'où [le savons-]nous ?

Car il est écrit : 'et la septième année sera un chabbat de repos absolu pour la terre' (Lev 25:4), et l'on déduit [le mot] 'année' [de ce verset] du [mot] 'année' [rattaché] à Tichri, ainsi qu'il est écrit : 'depuis le début de l'année' (Deut 11:12).

📜 Rachi (1)
מִנָּלַן שֶׁשְּׁנַת שְׁמִיטָּה מְקֻודֶּשֶׁת מר"ה וְאָסוּר בַּעֲבוֹדַת הַקַּרְקַע:
d'où [le savons-]nous — que l'année de chemitta est sanctifiée depuis Roch Hachana et qu'il est interdit d'y travailler la terre.
💡 Explication

La michna : le 1er Tichri est le Nouvel An du compte des années de chemitta (année sabbatique de la terre). Source : une guezera chava (analogie verbale) entre le mot 'année' de Lev 25:4 et le mot 'année' de Deut 11:12 ('depuis le début de l'année'), qui vise la saison des pluies, c'est-à-dire Tichri.

7
וְלִגְמֹור ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִנִּיסָן, דִּכְתִיב: ״רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה״! דָּנִין שָׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים, וְאֵין דָּנִין שָׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ חֳדָשִׁים.

Mais déduisons [le mot] 'année' [du mot] 'année' [rattaché] à Nissan, ainsi qu'il est écrit : 'ce [mois] sera pour vous le premier des mois de l'année' (Ex 12:2) ! On déduit une année sans mois [avec elle] d'une année sans mois [avec elle], et l'on ne déduit pas une année sans mois [avec elle] d'une année avec mois [avec elle].

💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas rattacher 'année' à Nissan (Ex 12:2, 'premier des mois de l'année') ? Réponse par une règle de guezera chava : on rapproche un terme d'un terme de même catégorie. L'année de chemitta (Lev 25:4) et Deut 11:12 mentionnent l'année sans les mois ; Ex 12:2 mentionne l'année avec les mois — donc on ne l'en déduit pas.

8
וְלַיּוֹבְלוֹת. יוֹבְלוֹת בְּאֶחָד בְּתִשְׁרִי הוּא? יוֹבְלוֹת בַּעֲשָׂרָה בְּתִשְׁרִי הוּא, דִּכְתִיב: ״בְּיוֹם הַכִּפֻּורִים תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר״!

'Et pour les [années de] yovel'. Le yovel [commence-t-il] le 1er Tichri ?

Le yovel [commence] le 10 Tichri, ainsi qu'il est écrit : 'au jour des Expiations vous ferez retentir le chofar' (Lev 25:9) !

🗂️ Tossefot (1)
בַּעֲשָׂרָה בְּתִשְׁרֵי הוּא. לְרַב אַשִּׁי דְּאָמַר לְעֵיל אַרְבָּעָה רָאשֵׁי הַשָּׁנָה בַּד' רָאשֵׁי חֳדָשִׁים. פָּרִיךְ הָא דא"ל רַב חִסְדָּא לְעֵיל רֶגֶל שֶׁבּוֹ ר"ה לָרְגָלִים הֲוָה נָמֵי מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא הָכִי:
le 10 Tichri — pour Rav Achi qui a dit plus haut 'quatre Nouvel An aux quatre néoménies', [la Guemara] objecte. Ce que lui a dit Rav H'isda plus haut, 'la fête qui s'y trouve fait de [ce jour] le Nouvel An pour les fêtes', il aurait pu aussi le répondre ici de la même manière.
💡 Explication

La michna range aussi le yovel (jubilé) au 1er Tichri. Objection : le yovel ne commence-t-il pas le 10 Tichri, jour de Kippour, quand on sonne le chofar de la liberté (Lev 25:9) ? Il y a donc une tension entre le 1er et le 10 Tichri.

9
הָא מַנִּי — רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא הִיא. דְּתַנְיָא: ״וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים שָׁנָה״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר ״בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים״ — יָכוֹל לֹא תְּהֵא מִתְקַדֶּשֶׁת אֶלָּא מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים וְאֵילָךְ, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים״, מְלַמֵּד שֶׁמִּתְקַדֶּשֶׁת וְהוֹלֶכֶת מִתְּחִילָּתָהּ.

Selon qui est [cette michna] ? C'est [selon] Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yoh'anan ben Beroka.

Car il est enseigné : 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' (Lev 25:10), que vient enseigner [ce verset] ? Puisqu'il est dit 'au jour des Expiations', on aurait pu penser qu'elle ne se sanctifie qu'à partir du jour des Expiations et au-delà ; l'Écriture dit : 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' — cela enseigne qu'elle se sanctifie progressivement depuis son début.

📜 Rachi (1)
וְקִדַּשְׁתֶּם שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים מַה ת"ל מִכֵּיוָן שֶׁאָמַר שֶׁבַע שַׁבָּתוֹת שָׁנִים וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁהִיא שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים:
'et vous sanctifierez l'année du cinquantième', que vient enseigner [ce verset] — puisqu'il a dit 'sept semaines d'années' et 'tu feras passer le chofar au septième mois', je sais [déjà] que c'est le cinquantième an.
🪔 Ben Yehoyada (1)
"וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים", (וַיִּקְרָא כֹּה, י) "מְלַמֵּד: שֶׁמִּתְקַדֶּשֶׁת וְהוֹלֶכֶת מִתְּחִלָּתָהּ מִכָּאן אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְכוּ'. נִרְאֶה הַטַּעַם שֶׁיִּהְיֶה אַתְחַלְתָּא דְּחֵירוּת קֹודֶם יוֹם הַכִּיפּוּרִים מִיּוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה וּגְמַר הַחֵירוּת יִהְיֶה בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁיִּהְיֶה זֶה דֻּוגְמָא לַגְּאוּלָּה הָעֲתִידָה לִהְיוֹת בב"א [בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ אָמֵן] שֶׁיִּהְיֶה תְּחִילָּה אַתְחַלְתָּא דִּגְאוּלָּה בִּזְמַן יָדוּעַ וְאַחַר כָּךְ יִהְיֶה גְּאֻולָּה עִיקָּרִית שֶׁל בִּיאַת הַמָּשִׁיחַ.
'Et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' (Lev 25:10) : 'cela enseigne qu'elle se sanctifie progressivement depuis son début ; de là Rabbi Yichmael a dit', etc. Il semble que la raison [en] soit que le commencement de la liberté (at'h'alta de-h'erout) précède le jour des Expiations, [débutant] depuis le jour de Roch Hachana, et que l'achèvement de la liberté a lieu le jour des Expiations — afin que cela soit une image de la délivrance à venir, [qui aura lieu] bientôt et de nos jours, amen : il y aura d'abord un commencement de délivrance (at'h'alta de-gueoula) à un moment connu, puis viendra la délivrance essentielle, la venue du Machiah'.
💡 Explication

Réponse : la michna suit R. Yichmael fils de R. Yoh'anan ben Beroka. Puisque le chofar sonne à Kippour (le 10), on aurait cru le yovel sanctifié seulement à partir de Kippour. Mais 'vous sanctifierez l'année du cinquantième an' enseigne qu'il se sanctifie dès son début, le 1er Tichri.

10
מִכָּאן אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָא: מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא הָיוּ עֲבָדִים נִפְטָרִין לְבָתֵּיהֶן, וְלֹא מִשְׁתַּעְבְּדִין לַאֲדוֹנֵיהֶם — אֶלָּא אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּשְׂמֵחִין, וְעַטְרוֹתֵיהֶן בְּרָאשֵׁיהֶן. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ יוֹם הַכִּפּוּרִים, תָּקְעוּ בֵּית דִּין בְּשׁוֹפָר, נִפְטְרוּ עֲבָדִים לְבָתֵּיהֶן וְשָׂדוֹת חוֹזְרוֹת לְבַעְלֵיהֶן.

De là, Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yoh'anan ben Beroka a dit : de Roch Hachana jusqu'au jour des Expiations, les esclaves n'étaient pas libérés vers leurs maisons, ni asservis à leurs maîtres — mais ils mangeaient, buvaient et se réjouissaient, leurs couronnes sur leurs têtes. Une fois arrivé le jour des Expiations, le tribunal sonnait du chofar : les esclaves étaient libérés vers leurs maisons et les champs revenaient à leurs propriétaires.

📜 Rachi (3)
לֹא נִפְטָרִים לְבָתֵּיהֶן דִּכְתִיב תַּעֲבִירוּ שׁוֹפָר וַהֲדַר וּקְרָאתֶם דְּרוֹר:
[ils] n'étaient pas libérés vers leurs maisons — car il est écrit 'vous ferez passer le chofar', puis ensuite 'vous proclamerez la liberté'.
וְלֹא מִשְׁתַּעְבְּדִין דִּכְתִיב וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים:
ni asservis — car il est écrit 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an'.
וְעַטְרוֹתֵיהֶן בְּרָאשֵׁיהֶן אִם רָצָה לָשׂוּם עֲטָרָה בְּרֹאשׁוֹ לְהַרְאוֹת שֶׁיֵּצֵא חָפְשִׁי:
leurs couronnes sur leurs têtes — si [l'esclave] voulait poser une couronne sur sa tête pour montrer qu'il est sorti libre.
💡 Explication

Conséquence pratique : durant les dix jours de Roch Hachana a Kippour du yovel, les esclaves hébreux sont dans un état intermédiaire — ni libérés (le chofar n'a pas encore sonné) ni asservis (l'année a déjà commencé). Ils festoient, couronnés en tête, comme des hommes libres. À Kippour, le chofar sonne : libération des esclaves et retour des champs vendus.

11
וְרַבָּנָן — שָׁנִים אַתָּה מְקַדֵּשׁ, וְאִי אַתָּה מְקַדֵּשׁ חֳדָשִׁים.

Et les Sages [disent] : tu sanctifiés des années, et tu ne sanctifiés pas des mois.

📜 Rachi (2)
שָׁנִים אַתָּה מְקַדֵּשׁ כְּשֶׁשְּׁנַת יוֹבֵל נִכְנְסָה מִצְוָה עַל ב"ד לוֹמַר מְקֻודֶּשֶׁת הַשָּׁנָה:
tu sanctifiés des années — quand l'année du yovel entre, il y a mitsva pour le tribunal de dire 'l'année est sanctifiée'.
וְאִי אַתָּה מְקַדֵּשׁ שׁוּם חָדָשׁ כר"א בר"ש דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (רֹאשׁ הַשָּׁנָה ד ' כד.) בֵּין שֶׁנִּרְאָה בִּזְמַנּוֹ בֵּין שֶׁלֹּא נִרְאָה בִּזְמַנּוֹ אֵין מְקַדְּשִׁין אוֹתוֹ וְיָלֵיף טַעְמָא מֵהָכָא:
et tu ne sanctifiés aucun mois — selon Rabbi Elazar be-Rabbi Chimon qui dit plus loin, au deuxième chapitre (Roch Hachana 24a), que [le mois] soit vu en son temps où qu'il ne soit pas vu en son temps, on ne le sanctifie pas, et il en déduit la raison d'ici.
💡 Explication

Les Sages (rabbanan), en désaccord avec R. Yichmael, lisent autrement 'vous sanctifierez l'année du cinquantième an' : on sanctifie les années (le tribunal proclame 'cette année du yovel est sanctifiée'), mais on ne sanctifie pas les mois par une proclamation semblable.

12
תַּנְיָא אִידָךְ: ״יוֹבֵל הִיא״ — מַה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים״, יָכוֹל כְּשֵׁם שֶׁמִּתְקַדֶּשֶׁת וְהוֹלֶכֶת מִתְּחִילָּתָהּ, כָּךְ מִתְקַדֶּשֶׁת וְהוֹלֶכֶת בְּסוֹפָהּ. וְאַל תִּתְמַהּ, שֶׁהֲרֵי מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹדֶשׁ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״יוֹבֵל הִיא שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים״ — שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים אַתָּה מְקַדֵּשׁ, וְאִי אַתָּה מְקַדֵּשׁ שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים וְאַחַת.

Il est enseigné dans une autre [beraïta] : 'c'est un yovel' (Lev 25:11) — que vient enseigner [ce verset] ? Puisqu'il est dit 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an', on aurait pu penser que, de même qu'il se sanctifie progressivement depuis son début, ainsi il se sanctifie progressivement en sa fin.

Et ne t'en étonne pas, car on ajoute du profane au sacré — l'Écriture dit : 'c'est un yovel, l'année du cinquantième an' — c'est l'année du cinquantième an que tu sanctifiés, et tu ne sanctifiés pas l'année du cinquante-et-unième.

📜 Rachi (5)
לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים דְּיָלְפִינַן מִינֵּיהּ שֶׁמִּתְקַדֶּשֶׁת מִתְּחִלָּתָהּ:
puisqu'il est dit 'et vous sanctifierez l'année du cinquantième an' — dont nous déduisons qu'elle se sanctifie depuis son début.
יָכוֹל כָּךְ מִתְקַדֶּשֶׁת בְּסוֹפָהּ אַחַר רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְתִמְשׁוֹךְ עַד יוֹם הַכִּפּוּרִים:
on aurait pu [penser] qu'ainsi elle se sanctifie en sa fin — après Roch Hachana, et [que cela] se prolonge jusqu'au jour des Expiations.
וְאַל תִּתְמַהּ אִם מְשַׁמְּרִין אוֹתָהּ בְּתוֹךְ שָׁנָה שֶׁלְּאַחֲרֶיהָ:
et ne t'en étonne pas — si on l'observe durant l'année qui la suit.
שֶׁהֲרֵי מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹודֶשׁ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין:
car on ajoute du profane au sacré — comme nous le disons plus loin dans notre sougya.
ת"ל יוֹבֵל הִיא מִיעוּטָא הִיא:
l'Écriture dit 'c'est un yovel' — c'est une restriction (mi'outa).
💡 Explication

Autre beraïta : le mot restrictif 'c'est (hi) un yovel' borne la sanctification. Sans lui, on aurait cru que, de même que le yovel se sanctifie dès son début, il se prolongerait au-delà de sa fin (jusqu'à Kippour de l'an 51), à l'image de l'ajout du profane au sacré. Le verset enseigne : on sanctifie l'an 50, non l'an 51.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).