Rosh Hashanah 9a — l'année du Yovel, et d'où l'on tire l'obligation d'ajouter du profane au sacré (tossefet)

Rosh Hashanah 9a

Sougya : La sougya part de la question : l'année du Yovel (la 50e) doit-elle être comptée uniquement comme Yovel, ou aussi comme première année du cycle sabbatique suivant ? Les Rabbanan (loi retenue) l'excluent contre R.

Yehouda, qui la faisait valoir 'pour ici et pour la-bas'. La Guemara demande ensuite d'où l'on apprend le principe général d'ajouter du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech, la tossefet).

Une braita oppose R. Akiva et R.

Ichmael sur le verset 'au labour et à la moisson tu chômeras' (Ex 34:21) : pour R. Akiva il vise le labour de la veille de chemita et la moisson qui la suit ; pour R.

Ichmael il enseigne que la moisson interdite est facultative, excluant la moisson du omer qui est une mitsva. R.

Ichmael tire alors la tossefet du verset de Yom Kippour ('vous vous affligerez le neuf au soir'), étendu au Chabbat et aux fêtes. Enfin la Guemara demande ce que R.

Akiva fait de ce verset : il l'affecte à l'enseignement de Hiya bar Rav de Difti — celui qui mange et boit le neuf [Tichri] est crédité [comme s'il avait jeûné les deux jours].

L'année du Yovel (50e) compte-t-elle aussi comme 1re du cycle suivant ? Rabbanan (loi retenue) R. Yehouda La 50e = Yovel SEULEMENT Elle ne compte PAS aussi comme 1re du cycle sabbatique suivant la 51e devient la 1re La 50e compte pour ici ET là-bas (le-khan ou-le-khan) : à la fois Yovel ET 1re année du cycle sabbatique suivant Verset 'la 50e tu comptes' -> ka machma lan de-lo : exclure R. Yehouda
Le point de départ : la 50e année (Yovel) et le désaccord avec R. Yehouda (segment 0).
Tossefet : ajouter du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech) Jour saint (Yom Kippour / Chabbat / Yom Tov) ajout avant ajout après 'le 9 au soir' (entrée) 'de soir à soir' (sortie) R. Akiva tossefet vient de 'be-harich ou-ve-katsir' (labour/moisson autour de la chemita) R. Ichmael tossefet vient de 'be-ticha ba-erev' (Yom Kippour) + 'tichbetou' / 'chabbatkhem' Extension à tout 'chevout' : Chabbat, Yom Tov (et selon un avis la chemita). Pour R. Akiva, 'le 9' enseigne : manger le 9 = comme jeûner (Hiya bar Rav de Difti).
La tossefet (ajout du profane au sacré) : sources de R. Akiva et de R. Ichmael (segments 2-7).
1
וְרַבָּנָן? שְׁנַת חֲמִשִּׁים אַתָּה מוֹנֶה, וְאִי אַתָּה מוֹנֶה שְׁנַת חֲמִשִּׁים וְאַחַת — לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: שְׁנַת חֲמִשִּׁים עוֹלָה לְכָאן וּלְכָאן, קָא מַשְׁמָע לַן דְּלָא.

Et les Rabbanan ? [Ils exégètent :] 'la 50e année tu comptes, mais tu ne comptes pas [une] 50e-et-unième année' — [ce] qui exclut [l'avis] de Rabbi Yehouda, lequel a dit : la 50e année compte pour ici et pour la-bas (le-khan ou-le-khan).

[Le verset] vient nous enseigner qu'il n'en est pas [ainsi].

📜 Rachi (2)
וְרַבָּנָן דְּלָא יָלְפִי מֻוקְדַּשְׁתָּם שֶׁתִּתְקַדֵּשׁ מִתְּחִילָּתָהּ וְלָא אִיצְטְרִיךְ הִיא לִמְעוּטֵי סוֹפָהּ דָּרְשִׁי לֵיהּ הָכִי שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים אַתָּה מוֹנֶה וְאִי אַתָּה מוֹנֶה שְׁנַת הַיּוֹבֵל שְׁנַת חֲמִשִּׁים לְסוֹף יוֹבֵל שֶׁעָבַר וְאַחַת לְמִנְיַן יוֹבֵל הַבָּא וְאִי אַתָּה מוֹנֶה שְׁנַת הַיּוֹבֵל הַבָּא אֶלָּא מִשָּׁנָה שֶׁלְּאַחַר הַיּוֹבֵל:
Et les Rabbanan — qui n'apprennent pas de 've-kidachtem' [Lev 25:10] que [la 50e] se sanctifie dès son début, et pour qui il n'est donc pas nécessaire [d'un verset] pour exclure sa fin, l'exégètent ainsi : 'la 50e année tu comptes, mais tu ne comptes pas l'année du Yovel [comme] 50e' — [la] 50e à la fin du Yovel écoulé et [comme] une [première] pour le compte du Yovel à venir ; tu ne comptes pas [ainsi] l'année du Yovel à venir, mais [tu comptes] à partir de l'année qui suit le Yovel.
וּלְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת נְדָרִים שְׁנַת חֲמִשִּׁים עוֹלָה לְכָאן וּלְכָאן שְׁנַת הַיּוֹבֵל וְשָׁנָה רִאשׁוֹנָה לִשְׁמִטָּה הַבָּאָה:
Et [ce] qui exclut [l'avis] de R. Yehouda — qui a dit dans le traité Nedarim [61a] : la 50e année compte pour ici et pour la-bas — [comme] année du Yovel et [comme] première année de la chemita à venir.
🗂️ Tossefot (3)
וְרַבָּנַן שְׁנַת חֲמִשִּׁים אַתָּה מוֹנֶה. לְרַבָּנָן כֵּיוָן דְּאֵינָהּ מִתְקַדֶּשֶׁת מִתְּחִילָּתָהּ אִיצְטְרִיךְ לֵיהּ קְרָא לְהָכִי וְלָא אִיצְטְרִיךְ לְמַעוּטֵי סוֹפָהּ מֵחֲמַת דְּמוֹסִיפִין מֵחוֹל עַל הֶקְדֵּשׁ דְּהַשְׁתָּא מִבָּצִיר בְּצִיר אֲסוּפִי מִבַּעְיָא וא"ת אַדְּרַבָּה כ"ש דְּצָרִיךְ טְפֵי מִשּׁוּם דִּכְתִיב בִּקְרָא שָׁנָה וְאֵין כָּאן שָׁנָה שְׁלֵימָה אא"כ תִּמָּשֵׁךְ עַד יוה"כ אַחֵר וְיֵשׁ לוֹמַר דְּכֵיוָן דְּלָא שַׁייָּךְ טַעְמָא דְּתוֹסֶפֶת מִמֵּילָא בְּלֹא שׁוּם יִתּוּר מִמַּעֲטָא מִקְּרָא דִּוְקִדַּשְׁתֶּם דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים:
'Et les Rabbanan : la 50e année tu comptes' — pour les Rabbanan, puisqu'elle ne se sanctifie pas dès son début, le verset leur est nécessaire pour cela [pour dire qu'elle est Yovel], et il n'est pas nécessaire pour exclure sa fin en raison du fait qu'on ajoute du profane au sacré : car maintenant, [même] à l'endroit où l'on diminue, [le raisonnement 'du plus au moins' s'applique] — à l'endroit où l'on ajoute (à la fin), à plus forte raison [faudrait-il l'exclure] ? Et si tu dis : au contraire, il faudrait [un verset] d'autant plus, parce qu'il est écrit dans le verset 'année', et [qu']il n'y a pas ici d'année entière à moins qu'elle ne se prolonge jusqu'au Yom Kippour suivant — on peut dire : puisque le motif de l'ajout ne s'applique pas [ici], d'office, sans aucun surcroît [textuel], [la fin] est exclue par le verset 've-kidachtem', qui signifie précisément 'la 50e année' [et pas au-delà].
וְאִי אַתָּה מוֹנֶה שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים אַחַת. בְּלֹא וָי"ו גָּרַס דְּאֵין שְׁנַת חֲמִשִּׁים רִאשׁוֹנָה לִשְׁבִיעִית הַבָּאָה:
'Et tu ne comptes pas [une] 50e-et-unième' — on lit [le mot] sans le vav (a-hat, 'une', et non ve-a-hat, 'et-une'), [car] la 50e année n'est pas la première pour la chemita à venir.
וּלְאַפּוֹקֵי מדר"י. אוֹמֵר רִ"י אַפֵּ"ה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים עוֹלָה לְכָאן וּלְכָאן מִדְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק קַמָּא דע"ז (דַּף ט: וְשָׁם) בִּשְׁמַעְתָּא דְּתַנָּא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ גַּבֵּי מַאן דְּלָא יָדַע בְּכַמָּה שְׁנֵי בְּשָׁבוּעַ קָאֵי נִשְׁקוֹל מִכָּל מְאָה תַּרְתֵּי וּשְׁדֵי אַפְּרָטֵי וְכָל הַסֻּוגְיָא כִּדְבָרָיו וְעוֹד דִּסְתָם מַתְנִיתִין דְּהָכָא אוֹקְמָא כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דִּפְלִיג אַרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עַל רַבִּי יְהוּדָה וְעוֹד דִּלֵּר' יִשְׁמָעֵאל מְקַדְּשִׁין חֳדָשִׁים וַאֲנַן קי"ל בְּכוּלֵּיהּ הַשַּׁ"ס שֶׁמְּקַדְּשִׁין חֳדָשִׁים וְר' יוֹסֵי נִמּוּקוֹ עִמּוֹ קָאֵי כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בפ"ק [דְּקִדּוּשִׁין] (דַּף מ:) דְּאִית לֵיהּ דְּיוֹבֵל בִּתְחִילָּתוֹ מְשַׁמֵּט וּבַעֲרָכִין בְּסוֹף [הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ] (דַּף כֹּח:) מוּכָח דְּמַאן דְּאִית לֵיהּ מִתְּחִילָּתוֹ מְשַׁמֵּט סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר מר"ה חָייְלָא יוֹבֵל [אֲבָל לֹא נִרְאֶה דְּהָא אוֹמֵר הַתַּלְמוּד הָכָא וּבְפֶ' (אֵין נֶעֱרָכִין) (עֲרָכִין דַּף יב וְשָׁם) לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה] וּמִיהוּ אֵין רְאָיָה גְּמוּרָה מֵהָא דְּקָאָמַר הָכָא וּבַעֲרָכִין לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין דַּף פֹּה:) אַתְקִין רָבָא בְּגִיטִּין מִן יוֹמָא דְּנָן וּלְעָלַם לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר זְמַנּוֹ שֶׁל שְׁטָר מוֹכִיחַ עָלָיו אע"ג דְּרָבָא גּוּפֵיהּ פָּסַק כְּוָותֵיהּ בְּיֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קלו.) וְכֵן בפ"ק דִּכְתֻובּוֹת (דַּף י.) לְאַפּוֹקֵי דְּרַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר כְּתֻובָּה דְּאוֹרָיְיתָא וְקַייְמָא לָן כ"מ שֶׁשָּׁנָה רַשְׁבָּ"ג בְּמִשְׁנָתֵנוּ הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ וְהִיא מִשְׁנָה בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף קי:):
'[Ce] qui exclut [l'avis] de R. Yehouda' — Rabbenou Yits'hak dit : malgré cela, la halakha est comme R. Yehouda qui dit que la 50e année compte pour ici et pour la-bas, [comme] nous le disons au premier chapitre de Avoda Zara [9b] dans la sougya de 'le-tana de-vei Eliyahou', à propos de celui qui ne sait pas en quelle année du cycle sabbatique on se trouve : 'qu'il prenne de chaque centaine deux [années] et les jette sur les [années] isolées', et toute la sougya [va] selon ses paroles ; et de plus, la michna anonyme d'ici est établie [par la Guemara] selon R. Ichmael, qui diverge des Rabbanan qui divergent [eux-mêmes] de R. Yehouda ; et de plus, selon R. Ichmael on sanctifie les [nouveaux] mois [par témoignage], et nous tenons dans tout le Talmud qu'on sanctifie les mois ; et R. Yossi, dont 'la raison est avec lui', se tient comme R. Ichmael au premier chapitre [de Kiddouchin, 40b], lui pour qui le Yovel affranchit dès son début, et dans Arakhin [au chapitre] 'celui qui consacre son champ' [28b] il est prouvé que celui pour qui [le Yovel] affranchit dès son début tient comme R. Ichmael, qui dit que le Yovel entre en vigueur à partir de Roch Hachana — [mais cela ne paraît pas [concluant], car le Talmud dit ici et au chapitre 'ein neerakhin' d'Arakhin [12a] '[ce] qui exclut R. Yehouda']. Et toutefois il n'y a pas de preuve absolue du fait qu'on dise ici et dans Arakhin '[ce] qui exclut R. Yehouda', car nous trouvons au chapitre 'Ha-megarech' [Guittin 85b] que Rava institua dans les actes de divorce [la formule] 'à compter de ce jour et pour toujours', '[ce] qui exclut [l'avis de] R. Yossi qui dit que la date de l'acte en fait preuve' — bien que Rava lui-même ait tranché comme lui au chapitre 'Yech no'halin' [Bava Batra 136a] ; et de même au premier chapitre de Ketoubot [10a] '[ce] qui exclut [l'avis de] Rabban Chimon ben Gamliel qui dit que la ketouba est de la Torah', alors que nous tenons pour règle 'partout où Rabban Chimon ben Gamliel enseigne dans notre michna la halakha est comme lui', et c'est une michna au dernier chapitre de Ketoubot [110b].
💡 Explication

Les Rabbanan n'ont pas besoin d'un verset supplémentaire pour exclure le prolongement du Yovel jusqu'au 51e ; ils le tirent de 'la 50e année tu comptes' : on compte la 50e comme Yovel seulement, non comme Yovel et première année du cycle sabbatique suivant.

Cela vient exclure R. Yehouda, pour qui la 50e vaudrait 'pour ici et pour la-bas' (le-khan ou-le-khan) : à la fois Yovel et première année du nouveau compte. La Guemara précise : ka machma lan de-lo — le verset nous apprend qu'il n'en est rien.

🖼️ Schéma
L'année du Yovel (50e) compte-t-elle aussi comme 1re du cycle suivant ? Rabbanan (loi retenue) R. Yehouda La 50e = Yovel SEULEMENT Elle ne compte PAS aussi comme 1re du cycle sabbatique suivant la 51e devient la 1re La 50e compte pour ici ET là-bas (le-khan ou-le-khan) : à la fois Yovel ET 1re année du cycle sabbatique suivant Verset 'la 50e tu comptes' -> ka machma lan de-lo : exclure R. Yehouda
La 50e année : Yovel seulement (Rabbanan) contre R. Yehouda.
2
וּדְמוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹדֶשׁ מְנָלַן?

Et [ce principe] qu'on ajoute du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech), d'où nous [vient-il] ?

💡 Explication

Question de transition. À propos du prolongement du Yovel, la Guemara demande la source générale du principe de la tossefet : ajouter du profane (hol) au sacré (kodech) — c'est-à-dire commencer le jour saint avant la tombée de la nuit et le terminer après, aux deux extrémités.

3
דְּתַנְיָא: ״בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות״, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ לוֹמַר חָרִישׁ וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית, שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר ״שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע וְגוֹ׳״. אֶלָּא חָרִישׁ שֶׁל עֶרֶב שְׁבִיעִית הַנִּכְנָס לִשְׁבִיעִית, וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית הַיּוֹצֵא לְמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית.

Car il a été enseigné (braita) : 'au labour et à la moisson tu chômeras' (Ex 34:21). Rabbi Akiva dit : il n'est pas nécessaire de mentionner le labour et la moisson de la [septième année = chemita] elle-même, car il est déjà dit 'ton champ tu ne sèmeras pas, etc.' (Lev 25:4).

Il s'agit plutôt du labour de la veille de la chemita qui entre dans la chemita, et de la moisson de la chemita qui sort vers l'après-chemita.

📜 Rachi (3)
אֵין צָרִיךְ לוֹמַר חָרִישׁ וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית דְּעַל כָּרְחֲךָ אע"ג דְּרֵישָׁא דִּקְרָא בְּשַׁבָּת קָאֵי דִּכְתִיב שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹוד סֵיפֵיהּ אַשְּׁבִיעִית קָאֵי דְּאִי אַשַּׁבָּת חָרִישׁ וְקָצִיר הוּא דְּאָסוּר שְׁאָר מְלָאכוֹת מִי שָׁרוּ:
Il n'est pas nécessaire de mentionner le labour et la moisson de la chemita — car nécessairement, bien que le début du verset porte sur le Chabbat ('six jours tu travailleras'), sa fin porte sur la chemita : car si [c'était] à propos du Chabbat, [dire] que le labour et la moisson sont interdits [impliquerait à tort que] les autres travaux seraient permis ?
חָרִישׁ שֶׁל עֶרֶב שְׁבִיעִית שֶׁלֹּא יַחֲרֹושׁ שְׂדֵה אִילָן עֶרֶב שְׁבִיעִית חָרִישׁ שֶׁיּוֹעִיל לִשְׁבִיעִית:
Le labour de la veille de la chemita — [pour dire] qu'on ne laboure pas un champ d'arbres la veille de la chemita [d']un labour qui profiterait à la chemita.
וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית כְּגוֹן תְּבוּאָה שֶׁהֵבִיאָה שְׁלִישׁ בַּשְּׁבִיעִית אַתָּה נוֹהֵג בָּהּ מִנְהַג שְׁבִיעִית בִּשְׁמִינִית:
Et la moisson de la chemita — par exemple une récolte qui a atteint le tiers [de sa maturation] durant la chemita : tu la traites selon l'usage de la chemita [même] en huitième [année].
🗂️ Tossefot (3)
שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר שָׂדְךָ לֹא תִזְרָע. תֵּימַהּ הָא אִיצְטְרִיךְ לְמָאֵן דְּאָמַר בְּרֵישׁ מוֹעֵד קָטָן (דַּף ג.) דְּחוֹרֵשׁ בַּשְּׁבִיעִית לָא לָקֵי דְּקָאָמַר מִכְּדֵי זְמִירָה בִּכְלַל זְרִיעָה וּבְצִירָה בִּכְלַל קְצִירָה לְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבִינְהוּ רַחֲמָנָא לְמֵימַר דְּאַהָנֵי תּוֹלָדוֹת מִחַיַּיב אַאַחְרָנְייָתָא לָא מִחַייַּב אַלְמָא אַפֵּי' תּוֹלָדוֹת דִּכְתִיבִי אָבוֹת דִּידְהוּ לָא מִחַיַּיב אֶלָּא אַהָנָךְ דִּכְתִיבִי בְּהֶדְיָא וא"כ צָרִיךְ לִכְתֹּוב חֲרִישָׁה לְאַשְׁמוֹעִינַן דַּאֲסִירָא וי"ל דְּעִיקַּר דִּיּוּקָא מִקָּצִיר וּמִדִּקְצִירָה לְתוֹסֶפֶת חֲרִישָׁה נָמֵי לְתוֹסֶפֶת:
'Car il est déjà dit : ton champ tu ne sèmeras pas' — c'est étonnant : [ce verset] est nécessaire selon celui qui dit au début de Moed Katan [3a] que celui qui laboure durant la chemita n'encourt pas [la flagellation], car il dit : puisque la taille [de la vigne] est incluse dans [l'interdit de] semer et la vendange dans [celui de] moissonner, pour quelle raison l'Écriture les a-t-elle [explicitement] écrits ? Pour dire que sur ces dérivés-là on est passible, mais sur les autres on ne l'est pas — d'où [il ressort] que même les dérivés dont les [travaux] principaux sont écrits ne rendent pas passible, sauf ceux qui sont écrits explicitement ; et s'il en est ainsi, il faut écrire le labour pour nous enseigner qu'il est interdit ? On peut répondre : l'essentiel de la déduction [se fait] à partir de la moisson, et de même que la moisson [est mentionnée] pour la tossefet, le labour aussi [l'est] pour la tossefet.
וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית. פִּי' הָרִיבָ"א בַּקָּצִיר סְפִיחִים שֶׁהֵבִיאוּ שְׁלִישׁ בַּשְּׁבִיעִית דְּאִי דְּנִזְרַע בַּיָּד בִּשְׁבִיעִית מִלֹּא תִּזְרַע נָפְקָא וְאַכַּתִּי קַשְׁיָא דְּהַאי נָמֵי מֵהֶן לֹא נִזְרַע נָפְקָא לָן בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים ד' נא: וְשָׁם) לְפִי' ר"ת דְּאָסַר סְפִיחִים אֲפִילּוּ קֹודֶם בִּיעוּר כְּדִין נִזְרַע בַּיָּד וְאַף בַּאֲכִילָה תְּרֵי קְרָאֵי בִּסְפִיחִים לָמָּה לִי וּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּהָתָם נִיחָא וי"ל דִּסְפִיחִים לָא אָזְלִינַן בָּתַר הֲבָאַת שְׁלִישׁ וְכִי אָסְרִינַן סְפִיחִין מֵהֶן לֹא נִזְרַע הַייְנוּ דְּנִלְקָטִין בַּשְּׁבִיעִית קמ"ל בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר וְאִי מֵהָכָא לֹא הָיִיתִי אוֹסֵר לַאֲכִילָה אֶלָּא לִסְחוֹרָה קמ"ל הֶן לֹא נִזְרַע:
'Et la moisson de la chemita' — le Ribba a expliqué : [il s'agit] de la moisson des repousses spontanées (sefihim) qui ont atteint le tiers durant la chemita ; car [s'il s'agissait de] ce qu'on a semé de la main durant la chemita, cela découlerait déjà de 'tu ne sèmeras pas'. Et il reste une difficulté, car cela [découle] aussi de 'ce qui n'a pas été semé' que nous déduisons au chapitre 'Makom che-nahagou' (Pessahim 51b) selon Rabbenou Tam, qui interdit les sefihim même avant le bi'our comme [la] chose semée à la main, et [interdit] aussi à la consommation : pourquoi deux versets pour les sefihim ? Et selon l'explication de Rachi là-bas, cela va bien. On peut répondre : pour les sefihim on ne suit pas [le critère de] l'atteinte du tiers, et quand nous interdisons les sefihim par 'ce qui n'a pas été semé', c'est [pour dire] qu'on les ramasse durant la chemita ; le verset 'au labour et à la moisson' nous enseigne [autre chose], et si ce n'était que de là je n'aurais interdit [les sefihim] qu'au commerce et non à la consommation — 'ce qui n'a pas été semé' nous [l']enseigne.
וְקָצִיר שֶׁל שְׁבִיעִית הַיּוֹצֵא לְמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית. דַּוְקָא כִּי אוֹרְחֵיהּ אָסוּר לִקְצֹור אֲבָל ע"י שִׁינּוּי מֻותָּר אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיעִית כִּדְאִיתָא בת"כ דְּדָרֵישׁ וְאֶת עִנְּבֵי נְזִירֶךָ לֹא תִבְצֹור כְּדֶרֶךְ בּוֹצְרִין מִכָּאן אָמְרוּ תְּאֵנָה שֶׁל שְׁבִיעִית אֵין קוֹצִין אוֹתָהּ בְּמֻוקְצֶה אֲבָל קוֹצָה אוֹתָהּ בְּחֻרְבָּה וה"נ תְּנַן בפ"ח דִּשְׁבִיעִית (מִשְׁנָה ו) וְהָא דְּתַנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים מִן הַמְשֻׁומָּר אִי אַתָּה בּוֹצֵר אֲבָל אַתָּה בּוֹצֵר מִן הַמֻּופְקָר מֻופְקָר נָמֵי כְּדֶרֶךְ בְּצִירָה אָסוּר וע"י שִׁינּוּי שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ בְּצִירָה מֻופְקָר שָׁרִי וּמְשֻׁומָּר אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ בְּצִירָה נָמֵי אָסוּר וְשׁוֹמְרֵי סְפִיחִים בַּשְּׁבִיעִית דְּפֶרֶק הַבַּיִת וְהָעֲלִיָּה (בּ"מ דַּף קיח.) שׁוֹמְרֵי סְפִיחִים בַּשְּׁבִיעִית נוֹטְלִין שְׂכָרָן מִשּׁוּם עֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם א"כ אָסוּר כֵּיוָן דִּמְשֻׁומָּר וְאַמַּאי לָא אָמְרִינַן מִן הַמֻּותָּר לְיִשְׂרָאֵל י"ל דְּלָא הָיָה שְׁמִירָה מַמָּשׁ דְּלָא הָיוּ צְרִיכִים לְשָׁומְרָהּ מִבְּנֵי אָדָם דְּמֵאֵילֵיהֶן הָיוּ פּוֹרְשִׁין כְּשֶׁהָיוּ יוֹדְעִין שֶׁהֵן לְצֹורֶךְ עֹומֶר וְלֹא הָיוּ שׁוֹמְרִין אוֹתָן אֶלָּא מִבְּהֵמָה וְחַיָּה וְעוֹף:
'Et la moisson de la chemita qui sort vers l'après-chemita' — c'est précisément de la manière ordinaire qu'il est interdit de moissonner, mais avec un changement [d'usage] c'est permis, même durant la chemita, comme il est [dit] dans le Torat Kohanim qui exégète 'et les raisins de ton [vignoble] en jachère tu ne vendangeras pas' [Lev 25:5] — [pas] à la manière dont on vendange ; de là ils ont dit : un figuier de chemita, on ne le coupe pas avec la serpette (mouktseh), mais on le coupe avec la [serpe sèche] ; et de même nous avons appris au chapitre 8 de Chevi'it (michna 6). Et ce qui est enseigné dans le Torat Kohanim '[du produit] garde tu ne vendanges pas, mais tu vendanges [du produit] abandonné (hefker)' — [même] l'abandonné, à la manière de la vendange, est interdit, et [seul] avec un changement, autrement qu'à la manière de la vendange, l'abandonné est permis ; le garde, même autrement qu'à la manière de la vendange, est interdit. Et [quant aux] gardiens de sefihim durant la chemita [dont il est question] au chapitre 'Ha-bayit ve-ha-aliya' (Bava Metsia 118a) — 'les gardiens de sefihim durant la chemita touchent leur salaire au titre du omer et des deux pains' — s'il en est ainsi, c'est interdit puisque c'est [du produit] garde ; et pourquoi ne dit-on pas '[il faut le prendre] de ce qui est permis à [tout] Israël' ? On peut dire que ce n'était pas une garde véritable, car ils n'avaient pas besoin de les garder des gens — ceux-ci s'en écartaient d'eux-mêmes en sachant qu'ils étaient destinés au omer — et ils ne les gardaient que des bêtes, des animaux sauvages et des oiseaux.
💡 Explication

R. Akiva lit le verset 'au labour et à la moisson tu chômeras' comme superflu pour la chemita elle-même (déjà couverte par 'tu ne sèmeras pas'). Il l'applique donc à la tossefet : le labour de la 6e année qui profite à la 7e, et la moisson de récoltes de la 7e effectuée la 8e. On ajoute donc du temps à la sainteté de la chemita, avant et après.

🖼️ Schéma
Tossefet : ajouter du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech) Jour saint (Yom Kippour / Chabbat / Yom Tov) ajout avant ajout après 'le 9 au soir' (entrée) 'de soir à soir' (sortie) R. Akiva tossefet vient de 'be-harich ou-ve-katsir' (labour/moisson autour de la chemita) R. Ichmael tossefet vient de 'be-ticha ba-erev' (Yom Kippour) + 'tichbetou' / 'chabbatkhem' Extension à tout 'chevout' : Chabbat, Yom Tov (et selon un avis la chemita). Pour R. Akiva, 'le 9' enseigne : manger le 9 = comme jeûner (Hiya bar Rav de Difti).
Position de R. Akiva : la tossefet tirée de 'labour et moisson'.
4
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת — אַף קָצִיר רְשׁוּת, יָצָא קְצִיר הָעֹומֶר שֶׁהוּא מִצְוָה.

Rabbi Ichmael dit : de même que le labour [dont il est question ici] est facultatif (rechout), de même la moisson [interdite] est facultative — [ce] qui exclut la moisson du omer, qui est une mitsva.

📜 Rachi (2)
ר' יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר מֶה חָרִישׁ רְשׁוּת כו' וְלֹא דִּבֵּר הַכָּתוּב אֶלָּא לְעִנְיַן שַׁבָּת כְּדִכְתִיב בֵּיהּ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי תִּשְׁבֹּות בֶּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות בָּא לְלַמֶּדְךָ מֶה חָרִישׁ אֵין לְךָ חָרִישׁ שֶׁל מִצְוָה וַאֲפִילּוּ לִזְרֹועַ לְצֹורֶךְ עֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם שֶׁהֲרֵי אִם מָצָא חָרוּשׁ אֵינוֹ חוֹרֵשׁ וַאֲנִי אוֹסְרוֹ לְךָ בְּשַׁבָּת אַף קָצִיר שֶׁאֲנִי אוֹסֵר לְךָ בְּשֶׁל רְשׁוּת אֲנִי אוֹסֵר לְךָ:
R. Ichmael dit : de même que le labour est facultatif, etc. — et l'Écriture n'a parlé qu'à propos du Chabbat, comme il y est écrit 'et le septième jour tu chômeras'. 'Au labour et à la moisson tu chômeras' vient t'enseigner : de même que pour le labour il n'existe pas de labour [qui soit] une mitsva — même labourer pour les besoins du omer et des deux pains, car si l'on trouve [le champ déjà] labouré on ne laboure pas, et [pourtant] je te l'interdis le Chabbat — de même la moisson que je t'interdis, c'est du [travail] facultatif que je t'interdis.
יָצָא קְצִיר הָעֹומֶר שֶׁהוּא מִצְוָה שָׁאפֵי' מָצָא קָצוּר מִצְוָה לִקְצֹור וְיֵשׁ לְךָ לִלְמֹוד מִכָּאן שֶׁדּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת:
[Ce] qui exclut la moisson du omer, qui est une mitsva — car même si l'on trouve [le grain déjà] moissonné, c'est une mitsva de [le] moissonner ; et tu peux apprendre de là qu'elle repousse le Chabbat.
💡 Explication

R. Ichmael n'applique pas le verset à la tossefet, mais au Chabbat. Le verset associe labour et moisson pour enseigner : de même que le labour n'est jamais une mitsva (facultatif), la moisson interdite est [seulement] la moisson facultative. Cela exclut la moisson du omer, qui est une mitsva — donc permise, même le Chabbat.

5
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹדֶשׁ מְנָא לֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִדְּתַנְיָא: ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה״. יָכוֹל בְּתִשְׁעָה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בָּעֶרֶב״, אִי ״בָּעֶרֶב״ יָכוֹל מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּתִשְׁעָה״. הָא כֵיצַד? מַתְחִיל וּמִתְעַנֶּה מִבְּעוֹד יוֹם — מְלַמֵּד שֶׁמּוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹדֶשׁ.

Et Rabbi Ichmael, [le principe qu']on ajoute du profane au sacré, d'où [le tient]-il ? Il le tire de ce qui a été enseigné (braita) : 'et vous vous affligerez [vos âmes] le neuf [du mois]' (Lev 23:32).

Peut-être le neuf [même] ? [Le] verset dit 'au soir'.

Si 'au soir', peut-être à partir de la tombée de la nuit ? [Le] verset dit 'le neuf'.

Comment [concilier] ? On commence à s'affliger (jeûner) alors qu'il fait encore jour — cela enseigne qu'on ajoute du profane au sacré.

🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל הַקֹּודֶשׁ מְנָא לֵיהּ. תֵּימַהּ לר"ת הָא אָמְרִינַן פ"ק דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ד.) הִלְכְתָא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל קְרָאֵי לר"ע דְּעֶשֶׂר נְטִיעוֹת הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וְכֵיוָן דְּהִלְכְתָא לְמִשְׁרֵי יַלְדָּה מִמֵּילָא זְקֵנָה אֲסוּרָה וְתֵירֵץ ר"ת דְּהָכָא מִיבְּעֵי לֵיהּ בַּתּוֹסֶפֶת שֶׁל אַחַר שְׁבִיעִית מְנָא לֵיהּ וּבְחִנָּם דָּחַק דְּכֵיוָן דִּשְׁבִיעִית גּוּפָהּ מֵהֲלָכָה לָא יָלְפִינַן מִינָּהּ שַׁבָּת ויוה"כ וי"ט דְּאֵין דָּנִין ק"ו מֵהֲלָכָה וְהַשְׁתָּא לְר' יִשְׁמָעֵאל אִיצְטְרִיךְ קְרָא מִשּׁוּם שַׁבָּת וְי"ט וְאִיצְטְרִיךְ. הִלְכְתָא לְמִשְׁרֵי יַלְדָּה וְהָא דְּלָא מְשַׁנֵּי הָכִי במו"ק לר"ע דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְלַמֵּד עַל שַׁבָּת וְי"ט ויוה"כ מִשּׁוּם דְּמֵהֲלָכָה לָא יָלְפִי' דא"כ לָא הָוֵי לֵיהּ לְמִכְתַּב קְרָאֵי גַּבֵּי שְׁבִיעִית כֵּיוָן דְּלִשְׁבִיעִית גּוּפֵיהּ לֹא צָרִיךְ אֶלָּא לְלַמֵּד עַל אַחֲרֵינִי:
'Et R. Ichmael, on ajoute du profane au sacré, d'où le tient-il ?' — c'est étonnant selon Rabbenou Tam : ne dit-on pas au premier chapitre de Moed Katan [4a] '[quant à la] halakha, [c'est] selon R. Ichmael ; [quant aux] versets, [c'est] selon R. Akiva — que 'dix jeunes plants' est une halakha [transmise] à Moché au Sinaï' ; et puisque c'est une halakha [qui vient] permettre [le travail autour d'un arbre] jeune, d'office [le travail autour d'un arbre] vieux est interdit [par tossefet, sans besoin de verset] ? Et Rabbenou Tam a répondu qu'ici [R. Ichmael] a besoin [d'un verset] pour la tossefet d'après la chemita — d'où [la tire]-t-il ? Mais il s'est contraint pour rien : car puisque la chemita elle-même [découle] d'une halakha, nous n'en tirons pas [le principe pour le] Chabbat, Yom Kippour et Yom Tov — car on ne raisonne pas 'du plus au moins' à partir d'une halakha ; et alors, pour R. Ichmael le verset est nécessaire à cause du Chabbat et de Yom Tov, et la halakha est nécessaire pour permettre [l'arbre] jeune. Et si l'on n'a pas répondu ainsi dans Moed Katan pour R. Akiva — [à savoir] que le verset est nécessaire pour enseigner sur le Chabbat, Yom Tov et Yom Kippour — c'est parce que [de la tossefet des jours saints] on ne raisonne pas [inversement pour la chemita], car s'il en était ainsi il n'aurait pas fallu écrire les versets à propos de la chemita, puisque pour la chemita elle-même ce n'est pas nécessaire mais [seulement] pour enseigner sur les autres [cas].
💡 Explication

Puisque R. Ichmael a affecté le verset 'labour et moisson' au Chabbat, d'où tire-t-il la tossefet ? Du verset de Yom Kippour : 'vous vous affligerez le neuf au soir' (Lev 23:32). 'Le neuf' seul serait trop tôt ; 'au soir' seul serait trop tard (la nuit du 10) ; conclusion : on commence à jeûner alors qu'il fait encore jour, le 9 — donc on ajoute du profane au sacré (à l'entrée).

🖼️ Schéma
Tossefet : ajouter du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech) Jour saint (Yom Kippour / Chabbat / Yom Tov) ajout avant ajout après 'le 9 au soir' (entrée) 'de soir à soir' (sortie) R. Akiva tossefet vient de 'be-harich ou-ve-katsir' (labour/moisson autour de la chemita) R. Ichmael tossefet vient de 'be-ticha ba-erev' (Yom Kippour) + 'tichbetou' / 'chabbatkhem' Extension à tout 'chevout' : Chabbat, Yom Tov (et selon un avis la chemita). Pour R. Akiva, 'le 9' enseigne : manger le 9 = comme jeûner (Hiya bar Rav de Difti).
Source de R. Ichmael : la tossefet tirée de Yom Kippour.
6
אֵין לִי אֶלָּא בִּכְנִיסָתוֹ, בִּיצִיאָתוֹ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵעֶרֶב עַד עֶרֶב״.

Je n'ai [appris cela] qu'à son entrée ; à sa sortie, d'où [le sait-on] ? [Le] verset dit 'de soir à soir' (Lev 23:32).

📜 Rachi (1)
עַד עֶרֶב לַיְלָה הוּא וְעַד בִּכְלָל:
'De soir à soir' — 'jusqu'au soir' : c'est la nuit, et 'jusqu'à' est inclus [dans le compte].
💡 Explication

La braita continue : le verset n'a enseigné la tossefet qu'à l'entrée de Yom Kippour. Pour la sortie (la fin), 'de soir à soir vous chômerez' (Lev 23:32) enseigne qu'on ajoute également du temps à la fin.

7
אֵין לִי אֶלָּא יוֹם הַכִּפּוּרִים, שַׁבָּתוֹת מִנַּיִן — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּשְׁבְּתוּ״. יָמִים טוֹבִים מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבַּתְּכֶם״. הָא כֵיצַד? כָּל מָקוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁבוּת — מוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹדֶשׁ.

Je n'ai [appris cela] que pour Yom Kippour ; les Chabbats, d'où [le sait-on] ? [Le] verset dit 'vous chômerez' (tichbetou).

Les jours de fête (Yamim Tovim), d'où ? [Le] verset dit 'votre chômage' (chabbatkhem).

Comment [cela] ? En tout lieu où il y a [un devoir de] repos (chevout), on ajoute du profane au sacré.

🗂️ Tossefot (1)
כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר שְׁבוּת. וַאֲתָא לְרַבּוֹת שְׁבִיעִית:
'En tout lieu où il est dit chevout' — [ce mot] vient inclure [aussi] la chemita.
💡 Explication

La braita étend la tossefet : de 'tichbetou' ('vous chômerez') au Chabbat, et de 'chabbatkhem' ('votre chômage') aux fêtes. Principe général : partout où il y a un devoir de repos (chevout), on ajoute du profane au sacré, aux deux extrémités.

8
וְרַבִּי עֲקִיבָא, הַאי ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ! מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתָנֵי חִייָּא בַּר רַב מִדִּפְתִּי. דְּתָנֵי חִיָּיא בַּר רַב מִדִּפְתִּי: ״וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה״ וְכִי בְּתִשְׁעָה מִתְעַנִּין? וַהֲלֹא בָּעֲשִׂירִי מִתְעַנִּין! אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בִּתְשִׁיעִי, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב

Et Rabbi Akiva, ce [verset] 'et vous vous affligerez vos âmes le neuf', qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce qu'a enseigné Hiya bar Rav de Difti.

Car Hiya bar Rav de Difti a enseigné : 'et vous vous affligerez vos âmes le neuf' — mais est-ce le neuf qu'on jeûne ?! N'est-ce pas le dixième qu'on jeûne !

Plutôt, [c'est] pour te dire : quiconque mange et boit le neuf, l'Écriture le lui compte

📜 Rachi (1)
כֹּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה כּוּ' דְּהָכִי קָאָמַר קְרָא וְעִנִּיתֶם בְּתִשְׁעָה אֲכִילַת תִּשְׁעָה אֲנִי קוֹרֵא עִינּוּי וְכֵיוָן דַּאֲכִילָתוֹ עִינּוּי חֲשִׁיבָה כֹּל דְּמִפִּישׁ בַּאֲכִילָה וּשְׁתִייָּה טְפֵי עָדִיף דְּהָא מִדְּקָאָמַר בָּעֶרֶב עַל כָּרְחָךְ לֹא מַקְפִּיד אַעִינּוּי דְּתִשְׁעָה וְכִי קָרֵי עִינּוּי בְּתִשְׁעָה אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דִּידֵיהּ קָרֵי עִינּוּי:
Quiconque mange et boit, etc. — car ainsi dit le verset : 'vous vous affligerez le neuf' — l'acte de manger du neuf, je l'appelle affliction (inouy) ; et puisque son acte de manger est considéré comme une affliction, quiconque augmente la nourriture et la boisson [le neuf] est [d'autant] plus méritant, car du fait qu'il est dit 'au soir', nécessairement [le verset] ne tient pas à l'affliction du neuf [lui-même] ; et lorsqu'il appelle 'affliction' le neuf, c'est son acte de manger et de boire qu'il appelle affliction.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי עֲקִיבָא הַאי וְעִנִּיתֶם מַאי עֲבִיד לֵיהּ. דר"ע הֲוָה יָלֵיף כּוּלְּהוּ מִשְּׁבִיעִית שַׁבָּת וְי"ט ויוה"כ דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ דְּתוֹסֶפֶת יוה"כ דְּאוֹרָייְתָא כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק שׁוֹאֵל (שַׁבָּת דַּף קֶמַח:) וּבְפֶרֶק הַמֵּבִיא (בֵּיצָה דַּף ל.) וק"ק דִּבְפֶ' מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נד: וְשָׁם) בָּעֵי לְמֵימַר דְּהָא דיוה"כ סְפֵקוֹ אָסוּר בְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁלּוֹ אַיְירֵי וְאַמַּאי הָא אֲפִילּוּ וַדַּאי יוֹם סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה אָסוּר בִּכְנִיסָתוֹ אוֹ וַדַּאי לַיְלָה סָמוּךְ לַיּוֹם בִּיצִיאָתוֹ מִשּׁוּם תּוֹסֶפֶת וּכְמוֹ כֵּן קַשְׁיָא בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לד.) דִּתְנַן סָפֵק חֲשֵׁכָה אֵין מַדְלִיקִין וְשֶׁמָּא מִשּׁוּם דְּסַגִּי בְּתוֹסֶפֶת מַשֶּׁהוּ נָקֵיט הָכִי וְעוֹד דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּפֶרֶק קַמָּא דמו"ק (דַּף ג:) לֵית לֵיהּ תּוֹסֶפֶת כְּלָל דְּקָאָמַר הָתָם נִמְנוּ עַל שְׁנֵי פְּרָקִים הַלָּלוּ וְהִתִּירוּם כְּלוֹמַר פֶּסַח וַעֲצֶרֶת וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת שְׁבִיעִית בְּשָׁעָה שֶׁהִתִּירוּ לַמִּקְרָא סָמְכוּ שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹוד וְעָשִׂיתָ כָּל מְלַאכְתְּךָ מֶה עֶרֶב שַׁבַּת בְּרֵאשִׁית אַתָּה מֻותָּר לַעֲשׂוֹת עַד שֶׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה אַף כָּל עֶרֶב (שַׁבָּת) אַתָּה מֻותָּר לַעֲשׂוֹת עַד שֶׁתִּשְׁקַע הַחַמָּה וְטַעַם זֶה נָמֵי אִיתָא בְּרֵישׁ מו"ק (ד' ד.) יָלֵיף שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן מִשַּׁבַּת בְּרֵאשִׁית מַה לְהַלָּן הִיא אֲסוּרָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מֻותָּר כו' אֶלָּא דְּלָא קָאֵי בַּמַּסְּקָנָא הָכִי אֶלָּא דִּגְמִירִי הִלְכְתָא בִּזְמַן שבהמ"ק קַיָּים דֻּומְיָא דְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם וּלְפִי אוֹתָהּ מַסְּקָנָא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הִלְכְתָא כר"ע וּקְרָאֵי לְבִזְמַן שֶׁאֵין ב"ה קַיָּים וּמִיהוּ לְרַבִּי דְּאָמַר שְׁבִיעִית בַּזְּמַן הַזֶּה דְּרַבָּנָן לֹא אֶפְשָׁר:
'Et R. Akiva, ce [verset] et vous vous affligerez, qu'en fait-il ?' — car R. Akiva apprenait tous [les cas] de la chemita — le Chabbat, Yom Tov et Yom Kippour — tous s'accordant [pour dire] que la tossefet de Yom Kippour est de la Torah, comme nous [le] disons au chapitre 'Choel' (Chabbat 148b) et au chapitre 'Ha-mevi' (Beitsa 30a). Et il y a une petite difficulté : au chapitre 'Makom che-nahagou' (Pessahim 54b) [la Guemara] veut dire que ce [cas où] le doute de Yom Kippour est interdit parle de son crépuscule (bein ha-chemachot) [à lui] ; mais pourquoi ? Car même un jour certain proche de la tombée de la nuit est interdit à son entrée, ou une nuit certaine proche du jour à sa sortie, à cause de la tossefet ! Et de même il y a une difficulté au chapitre 'Ba-meh madlikin' (Chabbat 34a), où nous avons appris 'au doute de la tombée de la nuit on n'allume pas' — et peut-être est-ce parce qu'il suffit d'une tossefet infime qu'il énonce ainsi. Et de plus, Rabban Gamliel, au premier chapitre de Moed Katan (3b), n'admet pas du tout de tossefet, car il dit là-bas 'ils ont voté sur ces deux époques et les ont permises', c'est-à-dire Pessa'h et Chavouot ; et il est expliqué dans le Yerouchalmi au début du traité Chevi'it : 'lorsqu'ils l'ont permis, ils se sont appuyés [sur] 'six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage' — de même que la veille du Chabbat de la Création tu es autorisé à travailler jusqu'au coucher du soleil, de même toute veille [de Chabbat] tu es autorisé à travailler jusqu'au coucher du soleil'. Et ce motif figure aussi au début de Moed Katan (4a) : on déduit 'Chabbat chabbaton' de 'le Chabbat de la Création' — de même que là-bas il est interdit avant [le Chabbat] mais [le travail] après est permis, etc. — sauf que la conclusion [finale] ne retient pas [ce raisonnement], mais [pose] que c'est une halakha transmise [valable] du temps où le Temple existe, à l'instar de la libation d'eau ; et selon cette conclusion il est possible d'expliquer que la halakha [est] comme R. Akiva et les versets [se rapportent] au temps où le Temple n'existe pas ; toutefois, selon Rabbi qui dit que la chemita à notre époque est rabbinique, [cela] n'est pas possible.
💡 Explication

Puisque R. Akiva a tiré la tossefet de 'labour et moisson', que fait-il du verset 'le neuf au soir' ? Il l'affecte à l'enseignement de Hiya bar Rav de Difti : puisqu'on ne jeûne pas le 9 mais le 10, le verset enseigne que manger et boire le neuf [Tichri], en préparation du jeûne, est crédité par l'Écriture (la suite : comme si l'on avait jeûné le 9 et le 10 — sur 9b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).