Sougya : La sougya part de la question : l'année du Yovel (la 50e) doit-elle être comptée uniquement comme Yovel, ou aussi comme première année du cycle sabbatique suivant ? Les Rabbanan (loi retenue) l'excluent contre R.
Yehouda, qui la faisait valoir 'pour ici et pour la-bas'. La Guemara demande ensuite d'où l'on apprend le principe général d'ajouter du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech, la tossefet).
Une braita oppose R. Akiva et R.
Ichmael sur le verset 'au labour et à la moisson tu chômeras' (Ex 34:21) : pour R. Akiva il vise le labour de la veille de chemita et la moisson qui la suit ; pour R.
Ichmael il enseigne que la moisson interdite est facultative, excluant la moisson du omer qui est une mitsva. R.
Ichmael tire alors la tossefet du verset de Yom Kippour ('vous vous affligerez le neuf au soir'), étendu au Chabbat et aux fêtes. Enfin la Guemara demande ce que R.
Akiva fait de ce verset : il l'affecte à l'enseignement de Hiya bar Rav de Difti — celui qui mange et boit le neuf [Tichri] est crédité [comme s'il avait jeûné les deux jours].
Et les Rabbanan ? [Ils exégètent :] 'la 50e année tu comptes, mais tu ne comptes pas [une] 50e-et-unième année' — [ce] qui exclut [l'avis] de Rabbi Yehouda, lequel a dit : la 50e année compte pour ici et pour la-bas (le-khan ou-le-khan).
[Le verset] vient nous enseigner qu'il n'en est pas [ainsi].
Les Rabbanan n'ont pas besoin d'un verset supplémentaire pour exclure le prolongement du Yovel jusqu'au 51e ; ils le tirent de 'la 50e année tu comptes' : on compte la 50e comme Yovel seulement, non comme Yovel et première année du cycle sabbatique suivant.
Cela vient exclure R. Yehouda, pour qui la 50e vaudrait 'pour ici et pour la-bas' (le-khan ou-le-khan) : à la fois Yovel et première année du nouveau compte. La Guemara précise : ka machma lan de-lo — le verset nous apprend qu'il n'en est rien.
Et [ce principe] qu'on ajoute du profane au sacré (mo'ssifin me-hol al kodech), d'où nous [vient-il] ?
Question de transition. À propos du prolongement du Yovel, la Guemara demande la source générale du principe de la tossefet : ajouter du profane (hol) au sacré (kodech) — c'est-à-dire commencer le jour saint avant la tombée de la nuit et le terminer après, aux deux extrémités.
Car il a été enseigné (braita) : 'au labour et à la moisson tu chômeras' (Ex 34:21). Rabbi Akiva dit : il n'est pas nécessaire de mentionner le labour et la moisson de la [septième année = chemita] elle-même, car il est déjà dit 'ton champ tu ne sèmeras pas, etc.' (Lev 25:4).
Il s'agit plutôt du labour de la veille de la chemita qui entre dans la chemita, et de la moisson de la chemita qui sort vers l'après-chemita.
R. Akiva lit le verset 'au labour et à la moisson tu chômeras' comme superflu pour la chemita elle-même (déjà couverte par 'tu ne sèmeras pas'). Il l'applique donc à la tossefet : le labour de la 6e année qui profite à la 7e, et la moisson de récoltes de la 7e effectuée la 8e. On ajoute donc du temps à la sainteté de la chemita, avant et après.
Rabbi Ichmael dit : de même que le labour [dont il est question ici] est facultatif (rechout), de même la moisson [interdite] est facultative — [ce] qui exclut la moisson du omer, qui est une mitsva.
R. Ichmael n'applique pas le verset à la tossefet, mais au Chabbat. Le verset associe labour et moisson pour enseigner : de même que le labour n'est jamais une mitsva (facultatif), la moisson interdite est [seulement] la moisson facultative. Cela exclut la moisson du omer, qui est une mitsva — donc permise, même le Chabbat.
Et Rabbi Ichmael, [le principe qu']on ajoute du profane au sacré, d'où [le tient]-il ? Il le tire de ce qui a été enseigné (braita) : 'et vous vous affligerez [vos âmes] le neuf [du mois]' (Lev 23:32).
Peut-être le neuf [même] ? [Le] verset dit 'au soir'.
Si 'au soir', peut-être à partir de la tombée de la nuit ? [Le] verset dit 'le neuf'.
Comment [concilier] ? On commence à s'affliger (jeûner) alors qu'il fait encore jour — cela enseigne qu'on ajoute du profane au sacré.
Puisque R. Ichmael a affecté le verset 'labour et moisson' au Chabbat, d'où tire-t-il la tossefet ? Du verset de Yom Kippour : 'vous vous affligerez le neuf au soir' (Lev 23:32). 'Le neuf' seul serait trop tôt ; 'au soir' seul serait trop tard (la nuit du 10) ; conclusion : on commence à jeûner alors qu'il fait encore jour, le 9 — donc on ajoute du profane au sacré (à l'entrée).
Je n'ai [appris cela] qu'à son entrée ; à sa sortie, d'où [le sait-on] ? [Le] verset dit 'de soir à soir' (Lev 23:32).
La braita continue : le verset n'a enseigné la tossefet qu'à l'entrée de Yom Kippour. Pour la sortie (la fin), 'de soir à soir vous chômerez' (Lev 23:32) enseigne qu'on ajoute également du temps à la fin.
Je n'ai [appris cela] que pour Yom Kippour ; les Chabbats, d'où [le sait-on] ? [Le] verset dit 'vous chômerez' (tichbetou).
Les jours de fête (Yamim Tovim), d'où ? [Le] verset dit 'votre chômage' (chabbatkhem).
Comment [cela] ? En tout lieu où il y a [un devoir de] repos (chevout), on ajoute du profane au sacré.
La braita étend la tossefet : de 'tichbetou' ('vous chômerez') au Chabbat, et de 'chabbatkhem' ('votre chômage') aux fêtes. Principe général : partout où il y a un devoir de repos (chevout), on ajoute du profane au sacré, aux deux extrémités.
Et Rabbi Akiva, ce [verset] 'et vous vous affligerez vos âmes le neuf', qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce qu'a enseigné Hiya bar Rav de Difti.
Car Hiya bar Rav de Difti a enseigné : 'et vous vous affligerez vos âmes le neuf' — mais est-ce le neuf qu'on jeûne ?! N'est-ce pas le dixième qu'on jeûne !
Plutôt, [c'est] pour te dire : quiconque mange et boit le neuf, l'Écriture le lui compte
Puisque R. Akiva a tiré la tossefet de 'labour et moisson', que fait-il du verset 'le neuf au soir' ? Il l'affecte à l'enseignement de Hiya bar Rav de Difti : puisqu'on ne jeûne pas le 9 mais le 10, le verset enseigne que manger et boire le neuf [Tichri], en préparation du jeûne, est crédité par l'Écriture (la suite : comme si l'on avait jeûné le 9 et le 10 — sur 9b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).