Rosh Hashanah 9b — les actes indispensables du Yovel (chofar, libération, retour des terres) et le Nouvel An des plantations (orla, cheviit)

Rosh Hashanah 9b

Sougya : Le daf poursuit deux sujets. D'abord le Yovel : une baraita oppose R.

Yehouda (l'année reste Yovel même sans chemita ni tekia de chofar, mais la libération des esclaves, dror, est indispensable) à R. Yossi (le chofar est l'acte indispensable, car on peut vivre sans esclave à libérer mais pas sans chofar, et le chofar est confié au beit din).

R. Yo'hanan rapporte qu'au-delà de ces deux Tanaim, les Sages exigent les trois actes ensemble.

La divergence tient à la règle d'exégèse : le mot limitatif 'Hi' se lit-il sur ce qui précède (lefanav), sur l'avant-avant (lifnei fanav) et/ou sur ce qui suit (leaharav). La Guemara clarifie aussi que le Yovel vaut même hors de la Terre, quand il vaut en Terre.

Ensuite, le Nouvel An des plantations : une gezera chava chana/chana fixe le comptage de l'orla à Tichri (et non à Nissan), et une baraita fixe la règle des trente jours avant Roch Hashanah pour qu'une plantation faite à la veille de la cheviit compte comme une année et puisse être conservée.

Quels actes sont indispensables (meakev) au Yovel ? 3 actes du Yovel : tekia (chofar) / dror (libération des esclaves) / retour des terres R. Yehouda R. Yossi Hakhamim (Sages) Indispensable : dror (libérer) Indispensable : tekia (chofar) Indispensables : les trois Raison : le verset se lit sur ce qui précède (lefanav), non sur l'avant (lifnei fanav) -> dror précède 1) on peut vivre sans esclave, pas sans chofar 2) le chofar est confié au beit din Le verset se lit sur ce qui précède, sur l'avant, ET sur ce qui suit (leaharav) -> les 3 requis
Les trois positions sur ce qui est indispensable (meakev) au Yovel : R. Yehouda / R. Yossi / les Sages (segments 1-8).
Comment le mot 'Hi' (limitation) exclut selon la règle d'exégèse Lev 25:9-10 : ordre des versets (de haut en bas) 1. 'tu feras passer le chofar' (tekia) -- lifnei fanav (l'avant-avant) 2. 'vous proclamerez la liberté' (dror) -- lefanav (l'immédiat avant) 3. 'Hi (elle) sera un Yovel pour vous' -- le mot limitatif 4. 'vous retournerez chacun à sa propriété' (terres) -- leaharav (après) R. Yehouda : Hi se lit vers 2 (dror) Sages : 2,1 et 4
Comment la règle d'exégèse (lefanav / lifnei fanav / leaharav) applique le mot limitatif 'Hi' aux versets Lev 25:9-10 (segments 6, 8).
Orla : d'où vient que l'année commence à Tichri ? Orla (Lev 19:23-24) 'trois années (chana)... la quatrième année (chana)' Deut 11:12 (Tichri) 'du début de l'année (chana)' = Tichri gezera chava chana / chana Pourquoi pas Nissan (Ex 12:2) ? On déduit 'année sans mois' (orla) d'une 'année sans mois' (Deut), non d'une 'année AVEC mois' (Nissan : 'premier des mois de l'année').
La gezera chava qui fixe le Nouvel An de l'orla à Tichri plutôt qu'à Nissan (segments 10-11).
1
כְּאִילּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי.

[C'est] comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième.

🗂️ Tossefot (1)
כְּאִילּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי. כְּלוֹמַר כְּמוֹ שֶׁצִּוָּהוּ הקב"ה לְהִתְעַנּוֹת וְהִתְעַנָּה אֲבָל הַשְׁתָּא וַדַּאי אָסוּר לְהִתְעַנּוֹת כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים ד' סח:) מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא כֻּולֵּי שַׁתָּא הֲוָה יָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא לְבַר מֵעֲצַרְתָּא וּפֻורְיָא וּמַעֲלֵי יוֹמָא דְכִפּוּרֵי וְסָבַר לָהּ כְּר"ע דְּאִי כְּר' יִשְׁמָעֵאל לֵית לֵיהּ הַךְ דְּרָשָׁה וּבְהָכִי נִיחָא הָא דְּלָא קָאָמַר הָתָם הַכֹּל מוֹדִים בְּעַרְבֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּבָעֵינַן נָמֵי לָכֶם כִּדְקָאָמַר הָתָם אַעֲצֶרֶת:
'Comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième' — c'est-à-dire : de même que le Saint béni soit-Il lui a ordonné de jeûner et qu'il a jeûné. Mais aujourd'hui, il est certainement interdit de jeûner [la veille de Kippour], comme nous le disons dans Pessahim, au chapitre 'Elou devarim' (Pessahim 68b) : Mar fils de Ravina restait tout au long de l'année en jeûne, sauf à Chavouot, à Pourim et à la veille de Yom Kippour ; et il tenait comme Rabbi Akiva, car [s'il tenait] comme Rabbi Ichmael, il n'aurait pas cette exégèse. Et par là se comprend le fait qu'on ne dise pas là-bas 'tous s'accordent qu'aux veilles de Yom Kippour il faut aussi [manger] pour vous (lakhem)', comme on le dit là-bas à propos de Chavouot.
💡 Explication

Fin de l'enseignement précédent (début sur 9a) : celui qui mange et boit le neuvième de Tichri (la veille de Yom Kippour) est crédité comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième. Se restaurer la veille est ici tenu pour un mérite équivalent au jeûne.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: ״יוֹבֵל הִיא״ — אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שָׁמְטוּ, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא תָּקְעוּ. יָכוֹל אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שִׁלְּחוּ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הִיא״, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Nos maîtres ont enseigné : 'Yovel elle [sera]' (Lev 25:10) — bien qu'ils n'aient pas pratiqué la chemita [des terres], bien qu'ils n'aient pas sonné [le chofar]. On aurait pu penser [que c'est] Yovel même s'ils n'ont pas renvoyé [les esclaves] : [c'est pourquoi] l'Écriture dit 'elle (Hi)' — paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (3)
יוֹבֵל הִיא יוֹבֵל אע"ג שֶׁלֹּא שָׁמְטוּ כו' יוֹבֵל הִיא תִּהְיֶה לָכֶם לְעֵיל מִינֵּיהּ כְּתִיב וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר וְקִדַּשְׁתֶּם אֵת שְׁנַת הַחֲמִשִּׁים שָׁנָה וּקְרָאתֶם דְּרוֹר וַהֲדַר כְּתִיב יוֹבֵל הִיא תִּהְיֶה לָכֶם וּקְרָא יַתִּירָא הוּא לִדְרָשָׁה וְהָכִי תִּדְרְשֶׁנָּה יוֹבֵל הִיא לָכֶם מ"מ וְאַפֵּי' לֹא נַעֲשׂוּ בּוֹ דְּבָרִים הַלָּלוּ הַעֲבָרַת שׁוֹפָר וְלָשׁוּב אֶל אֲחֻוזָּה דְּהַיְינוּ שְׁמִיטַּת קַרְקָעוֹת שֶׁקָּנוּ זֶה מִזֶּה דִּכְתִיבָא בָּתַר הַאי קְרָא וְשַׁבְתֶּם אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ אעפ"כ שֵׁם הַיּוֹבֵל עָלָיו לִהְיוֹת אָסוּר בִּזְרִיעָה וּבְצִירָה וּקְצִירָה כְּדִכְתִיב לֹא תִּזְרְעוּ וְגוֹ':
'Yovel elle, [c'est] Yovel même s'ils n'ont pas pratiqué la chemita, etc.' — 'Yovel Hi tihyeh lakhem' ; au-dessus il est écrit 'tu feras passer le chofar... et vous sanctifierez la cinquantième année et proclamerez la liberté', puis il est écrit 'Yovel elle sera pour vous' : ce verset est superflu, [donc] pour l'exégèse, et voici comment l'exposer : Yovel elle est pour vous de toute manière, même si l'on n'a pas accompli ces actes — faire passer le chofar et 'retourner à la propriété', c'est-à-dire la chemita des terres que l'on s'était achetées l'un à l'autre, ainsi qu'il est écrit après ce verset 'et vous retournerez chacun à sa propriété' — malgré cela le statut de Yovel s'y applique, pour être interdit en semailles, vendange et moisson, ainsi qu'il est écrit 'vous ne sèmerez pas, etc.'
יָכוֹל אע"פ שֶׁלֹּא שְׁלָחוֹ עֲבָדִים יְהֵא יוֹבֵל:
'On aurait pu penser même s'ils n'ont pas renvoyé' — les esclaves : que ce soit [tout de même] Yovel.
ת"ל הִיא אִם עָשִׂיתָ דְּבָרִים הַלָּלוּ הִיא יוֹבֵל וְאִם לָאו אֵינוֹ יוֹבֵל וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ וְיוֹבֵל מַאי חֲזִי דְּתָלֵי בִּקְרִיאַת דְּרוֹר:
'L'Écriture dit Hi (elle)' — si tu as accompli ces actes, elle est Yovel ; sinon, ce n'est pas Yovel ; et plus loin il explique : le Yovel, en quoi voit-on qu'il dépend de la proclamation de la liberté ?
🗂️ Tossefot (1)
יוֹבֵל הִיא. לִהְיוֹת אָסוּר בִּזְרִיעָה וּקְצִירָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ה:י״א) לֹא תִזְרָעוּ וְלֹא תִקְצְרוּ ואע"פ שֶׁלֹּא שָׁמְטוּ הַשְׁמָטַת קַרְקַע שָׂדוֹת הַחוֹזְרוֹת לַבְּעָלִים בַּיּוֹבֵל:
'Yovel elle' — pour être interdit en semailles et moisson, ainsi qu'il est écrit (Lev 25:11) 'vous ne sèmerez pas et vous ne moissonnerez pas', et cela bien qu'ils n'aient pas pratiqué la chemita, c'est-à-dire le retour des champs à leurs propriétaires au Yovel.
💡 Explication

Baraita sur le Yovel (année jubilaire). Le mot en trop 'Yovel Hi' (elle sera un Yovel) est exposé : même sans chemita (retour des terres vendues) ni tekia (sonnerie du chofar), l'année garde son statut de Yovel (interdiction de semer et moissonner). Mais le mot limitatif 'Hi' exclut un cas : si l'on n'a pas libéré les esclaves (chilouah), ce n'est pas Yovel. Telle est la position de R. Yehouda.

3
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: ״יוֹבֵל הִיא״ — אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שָׁמְטוּ, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שִׁלְּחוּ. יָכוֹל אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא תָּקְעוּ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הִיא״.

Rabbi Yossi dit : 'Yovel elle' — bien qu'ils n'aient pas pratiqué la chemita, bien qu'ils n'aient pas renvoyé [les esclaves]. On aurait pu penser [que c'est] Yovel même s'ils n'ont pas sonné [le chofar] : [c'est pourquoi] l'Écriture dit 'elle (Hi)'.

💡 Explication

R. Yossi renverse la conclusion : le statut de Yovel demeure même sans chemita ni libération des esclaves. En revanche, le mot limitatif 'Hi' vise ici la sonnerie du chofar (tekia) : sans elle, ce n'est pas Yovel. Pour R. Yossi, c'est donc la tekia qui est l'acte indispensable.

4
וְכִי מֵאַחַר שֶׁמִּקְרָא אֶחָד מְרַבֶּה, וּמִקְרָא אֶחָד מַמְעִיט, מִפְּנֵי מָה אֲנִי אוֹמֵר: ״יוֹבֵל הִיא״ — אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא שִׁלְּחוּ, וְאֵין יוֹבֵל אֶלָּא אִם כֵּן תָּקְעוּ? לְפִי שֶׁאֶפְשָׁר לָעוֹלָם בְּלֹא שִׁילּוּחַ עֲבָדִים, וְאִי אֶפְשָׁר לָעוֹלָם בְּלֹא תְּקִיעַת שׁוֹפָר.

Or, puisqu'un verset ajoute [au champ d'application] et qu'un verset le restreint, pour quelle raison dis-je : 'Yovel elle' même s'ils n'ont pas renvoyé [les esclaves], mais il n'y a de Yovel que s'ils ont sonné [le chofar] ? Parce qu'il est possible qu'il y ait un monde sans renvoi d'esclaves, mais il est impossible qu'il y ait un monde sans sonnerie du chofar.

📜 Rachi (2)
שֶׁאֶפְשָׁר לָעוֹלָם בְּלֹא שִׁילּוּחַ עֲבָדִים פְּעָמִים שֶׁאֵין עֶבֶד עִבְרִי בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁיִּטְעֹון שִׁילּוּחַ:
'Qu'il est possible qu'il y ait un monde sans renvoi d'esclaves' — il y a des années où il n'existe aucun esclave hébreu en Israël qui réclamerait d'être renvoyé.
וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יְהֵא שׁוֹפָר מָצוּי בָּעוֹלָם לְפִיכָךְ יֵשׁ לָנוּ לוֹמַר כְּשֶׁתָּלָה הַכָּתוּב לֹא תָּלָה אֶלָּא בְּדָבָר הַמָּצוּי לְעוֹלָם:
'Et qu'il est impossible' — qu'il n'y ait pas de chofar disponible dans le monde ; c'est pourquoi nous devons dire que, lorsque l'Écriture a fait dépendre [le Yovel d'un acte], elle ne l'a fait dépendre que d'une chose toujours disponible.
💡 Explication

Justification de R. Yossi. 'Yovel' (mot d'inclusion) élargit, 'Hi' (mot de limitation) restreint : lequel des actes est indispensable ? La règle : quand l'Écriture fait dépendre le Yovel d'un acte, elle le fait dépendre d'un acte toujours disponible. Or on peut avoir une année sans aucun esclave à libérer, mais on ne peut jamais manquer d'un chofar à sonner — donc c'est de la tekia que le Yovel dépend.

5
דָּבָר אַחֵר: זוֹ מְסוּרָה לְבֵית דִּין, וְזוֹ אֵינָהּ מְסוּרָה לְבֵית דִּין.

Autre explication : celle-ci [la tekia] est confiée au beit din, et celle-là [la libération] n'est pas confiée au beit din.

📜 Rachi (1)
ד"א תְּקִיעַת שׁוֹפָר מְסוּרָה לב"ד לְצַוּוֹת לִשְׁלוּחָם לִתְקֹועַ וְשִׁילּוּחַ עֲבָדִים מְסוּרָה לִיחִידִים וְאִם יְמָאֵן יִבָּטֵל הַיּוֹבֵל הִלְכָּךְ לֹא תְּלָאוֹ הַכָּתוּב בּוֹ:
'Autre explication : la sonnerie du chofar est confiée au beit din' — pour ordonner à leurs envoyés de sonner ; tandis que le renvoi des esclaves est confié aux particuliers, et si l'un refuse, il annulerait le Yovel — c'est pourquoi l'Écriture n'y a pas fait dépendre [le Yovel].
💡 Explication

Second argument de R. Yossi. La tekia incombe au tribunal (beit din), qui ordonne qu'on la sonne : elle sera donc toujours accomplie. La libération des esclaves dépend de chaque propriétaire individuel ; si l'un refuse, faudrait-il annuler le Yovel pour tous ? L'Écriture ne fait donc pas dépendre le Yovel d'un acte laissé aux particuliers.

6
מַאי ״דָּבָר אַחֵר״? וְכִי תֵּימָא: אִי אֶפְשָׁר דְּלֵיכָּא חַד בְּסוֹף הָעוֹלָם דְּלָא מְשַׁלַּח — זוֹ מְסוּרָה לְבֵית דִּין, וְזוֹ אֵינָהּ מְסוּרָה לְבֵית דִּין.

Que [vient ajouter] l'expression 'autre explication' ? Et si tu disais : il est impossible qu'il n'y ait pas un [propriétaire] au bout du monde qui ne renvoie pas [son esclave] — [alors réponds :] celle-ci est confiée au beit din, et celle-là n'est pas confiée au beit din.

💡 Explication

La Guemara demande pourquoi R. Yossi ajoute un second argument. Réponse : le premier argument (il y a toujours au moins un esclave à libérer quelque part dans le monde) pourrait être contesté. Le second argument le complète : même s'il existe toujours un esclave à libérer, la libération reste un acte confié aux particuliers, non au beit din — d'où son insuffisance comme critère.

7
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יוֹסֵי — כִּדְקָאָמַר טַעְמֵיהּ, אֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה — מַאי טַעְמָא? אֲמַר קְרָא: ״וּקְרָאתֶם דְּרוֹר בָּאָרֶץ״, וְקָסָבַר: מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו, וְלֹא לִפְנֵי פָּנָיו.

Soit, pour Rabbi Yossi, [le raisonnement] est tel qu'il l'a exposé ; mais pour Rabbi Yehouda, quelle est la raison [que ce soit la libération qui soit indispensable] ? Le verset dit : 'et vous proclamerez la liberté (dror) dans le pays', et il tient : un verset s'expose sur ce qui le précède [immédiatement] (lefanav), et non sur l'avant-avant (lifnei fanav).

📜 Rachi (2)
אָמַר קְרָא וּקְרָאתֶם דְּרוֹר וּסְמִיךְ לֵיהּ יוֹבֵל הִיא:
'Le verset dit : et vous proclamerez la liberté' — et il lui est juxtaposé 'Yovel elle'.
מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו מִיעוּטָא דְּהִיא אַקְּרִיאַת דְּרוֹר קָאֵי דְּסָלֵיק מִינֵּיהּ וְלֹא אַתְּקִיעַת שׁוֹפָר הַכְּתוּבָה לִפְנֵי פָּנָיו:
'Un verset s'expose sur ce qui le précède' — la limitation de 'Hi' porte sur la proclamation de la liberté, qui la précède immédiatement et dont elle découle, et non sur la sonnerie du chofar, écrite à l'avant-avant.
💡 Explication

Pourquoi, pour R. Yehouda, l'acte indispensable est-il la libération (dror) et non la tekia ? Parce que le mot limitatif 'Hi' suit immédiatement le verset 'vous proclamerez la liberté'. R. Yehouda applique la règle d'exégèse : un mot se lit sur le verset qui le précède immédiatement (lefanav), non sur celui d'avant (lifnei fanav) — la tekia, écrite plus haut, n'est donc pas visée.

🖼️ Schéma
Comment le mot 'Hi' (limitation) exclut selon la règle d'exégèse Lev 25:9-10 : ordre des versets (de haut en bas) 1. 'tu feras passer le chofar' (tekia) -- lifnei fanav (l'avant-avant) 2. 'vous proclamerez la liberté' (dror) -- lefanav (l'immédiat avant) 3. 'Hi (elle) sera un Yovel pour vous' -- le mot limitatif 4. 'vous retournerez chacun à sa propriété' (terres) -- leaharav (après) R. Yehouda : Hi se lit vers 2 (dror) Sages : 2,1 et 4
L'ordre des versets et l'application du mot limitatif 'Hi' selon R. Yehouda.
8
דְּכֻולֵּי עָלְמָא — ״דְּרוֹר״ לְשׁוֹן חֵירוּת, מַאי מַשְׁמַע? דְּתַנְיָא: אֵין ״דְּרוֹר״ אֶלָּא לְשׁוֹן חֵירוּת. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַה לְשׁוֹן דְּרוֹר — כִּמְדַיַּיר בֵּי דַּייָּרָא, וּמוֹבִיל סְחוֹרָה בְּכָל מְדִינָה.

De l'avis de tous, 'dror' est un terme [signifiant] la liberté. D'où [le] déduit-on ?

De ce qui est enseigné : 'dror' n'est rien d'autre qu'un terme de liberté. Rabbi Yehouda dit : quel [est le sens du] terme 'dror' ?

Comme celui qui réside (medayer) en toute demeure (dayara) et transporte sa marchandise dans tout le pays.

📜 Rachi (1)
כִּמְדַייַּר בֵּי דַּיָּירָא מִי שֶׁהוּא בִּרְשׁוּתוֹ לָגוּר בְּכָל מָלוֹן שֶׁיִּרְצֶה:
'Comme celui qui réside en toute demeure' — celui qui a le droit de loger dans toute auberge qu'il souhaite.
💡 Explication

Digression sur le sens du mot dror. Tous s'accordent qu'il signifie liberté. R. Yehouda le rattache à la racine dayar (demeurer) : l'homme libre est celui qui peut résider où il veut et circuler avec ses marchandises dans tout le pays, sans être attaché à un maître ni à un lieu.

9
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי. אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: שְׁלָשְׁתָּן מְעַכְּבוֹת בּוֹ. קָסָבְרִי: מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו, וְלִפְנֵי פָּנָיו, וּלְאַחֲרָיו.

Rabbi Hiyya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ceci [est] les paroles de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi ; mais les Sages disent : les trois [actes] sont indispensables (meakvin) pour [le Yovel]. Ils tiennent : un verset s'expose sur ce qui le précède, sur l'avant-avant, et sur ce qui le suit (leaharav).

📜 Rachi (1)
וּלְאַחֲרָיו שְׁמִיטַּת קַרְקָעוֹת דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וְשַׁבְתֶּם אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ:
'Et sur ce qui le suit' — la chemita des terres, écrite après, ainsi qu'il est dit 'et vous retournerez chacun à sa propriété'.
🗂️ Tossefot (1)
מִקְרָא נִדְרָשׁ לְפָנָיו וְלֹא לִפְנֵי פָנָיו וּלְאַחֲרָיו. פֵּירוּשׁ מִיעוּטָא דְּהִיא מוֹקְמִינַן אַקְּרִיאַת דְּרוֹר שֶׁהִיא לְפָנָיו וְלֹא אַתְּקִיעָה דְּלִפְנֵי פָּנָיו וְלֹא אַהַשְׁמָטָה דִּלְאַחֲרָיו דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וְשַׁבְתֶּם אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ וְאִישׁ אֶל מִשְׁפַּחְתּוֹ תָּשֻׁובוּ וְהָא דְּמוֹקְמִי' רִיבּוּי דְּיוֹבֵל לִפְנֵי פָּנָיו וּלְאַחֲרָיו מִשּׁוּם דִּבְעָלְמָא נָמֵי דָּרֵישׁ הָכִי אֶלָּא דְּהָכָא מוּקֵי מִיעוּטָא בִּדְדָמֵי אִי נָמֵי רִיבּוּי דְּיוֹבֵל מַשְׁמַע שֶׁרִיבָּה הַכָּתוּב שֶׁבְּכָל עִנְיָן הוּא יוֹבֵל [וע"ע תּוּ' זְבָחִים כ"ד: ד"ה בַּמִּקְרָא]:
'Un verset s'expose sur ce qui le précède, [et non] sur l'avant-avant [et] sur ce qui le suit' — explication : la limitation de 'Hi', on l'établit sur la proclamation de la liberté, qui est ce qui la précède (immédiatement), et non sur la sonnerie [du chofar] qui est à l'avant-avant, ni sur la chemita qui est après, ainsi qu'il est écrit ensuite 'et vous retournerez chacun à sa propriété et vous reviendrez chacun à sa famille'. Et si l'on établit l'inclusion de 'Yovel' sur l'avant-avant et sur ce qui suit, c'est parce qu'en général aussi on expose ainsi ; sauf qu'ici on établit la limitation sur ce qui [lui] ressemble. Ou bien : l'inclusion de 'Yovel' signifie que l'Écriture a inclus qu'en tout cas c'est Yovel [et voir aussi Tossefot Zevahim 24b, s.v. be-mikra].
💡 Explication

R. Yo'hanan précise que la baraita ne représente que R. Yehouda et R. Yossi. Les Sages (Hakhamim), eux, exigent les trois actes ensemble : tekia, libération ET retour des terres. Leur règle d'exégèse est plus large : un mot se lit sur ce qui précède (lefanav), sur l'avant-avant (lifnei fanav) et sur ce qui suit (leaharav) — 'Hi' s'applique donc aux trois.

10
וְהָכְתִיב: ״יוֹבֵל״! הַהוּא, דַּאֲפִילּוּ בְּחוּצָה לָאָרֶץ. וְהָכְתִיב: ״בָּאָרֶץ״! הַהוּא, בִּזְמַן שֶׁנּוֹהֵג דְּרוֹר בָּאָרֶץ — נוֹהֵג בְּחוּצָה לָאָרֶץ, בִּזְמַן שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג בָּאָרֶץ — אֵינוֹ נוֹהֵג בְּחוּצָה לָאָרֶץ.

Mais n'est-il pas écrit 'Yovel' [terme d'inclusion] ? Celui-là [enseigne] que [le Yovel s'applique] même hors de la Terre [d'Israël].

Mais n'est-il pas écrit 'dans le pays (ba-aretz)' ? Celui-là [enseigne] : au temps où la liberté (dror) est en vigueur dans la Terre, elle est en vigueur hors de la Terre ; au temps où elle n'est pas en vigueur dans la Terre, elle n'est pas en vigueur hors de la Terre.

📜 Rachi (1)
וְהָכְתִיב יוֹבֵל לְרַבּוֹת בְּמַשְׁמַע יוֹבֵל מ"מ:
'Mais n'est-il pas écrit Yovel' — pour inclure dans le sens que c'est Yovel de toute manière.
🗂️ Tossefot (1)
דַּאֲפִילּוּ בְּחוּצָה לָאָרֶץ. ר' יוֹסֵי מוֹדֶה מִדְּקָאָמַר לְעֵיל א"א דְּלֵיכָּא חַד בְּסוֹף הָעוֹלָם וְשֶׁמָּא נָפְקָא לֵיהּ מִקְּרָא אַחַרְיַנָא:
'Même hors de la Terre' — Rabbi Yossi [l']admet, puisqu'il a dit plus haut 'il est impossible qu'il n'y ait pas un [propriétaire] au bout du monde' ; et peut-être le déduit-il d'un autre verset.
💡 Explication

Objection : le mot d'inclusion 'Yovel' ne devrait-il pas contredire la limitation 'Hi' des Sages ? Réponse : 'Yovel' enseigne autre chose — que le Yovel s'applique même hors d'Eretz Israël. Contre-objection : mais 'dans le pays (ba-aretz)' limite à la Terre ? Réponse : ce mot enseigne un lien de dépendance — le dror ne vaut hors de la Terre que lorsqu'il vaut dans la Terre.

11
וְלִנְטִיעָה. מִנָּלַן? דִּכְתִיב: ״שָׁלֹשׁ שָׁנִים עֲרֵלִים״, וּכְתִיב: ״וּבַשָּׁנָה הָרְבִיעִית״, וְיָלֵיף ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִתִּשְׁרֵי, דִּכְתִיב: ״מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה״:

Et [le Nouvel An] pour la plantation, d'où [le savons-nous] ? De ce qu'il est écrit 'trois années, [les fruits] vous seront interdits (arelim)', et il est écrit 'et la quatrième année', et l'on déduit [le sens de] 'année' [ici] de 'année' [écrit] à propos de Tichri, ainsi qu'il est écrit 'du début de l'année'.

📜 Rachi (1)
וְלִנְטִיעָה מִנָּלַן דר"ה שֶׁלָּהּ תִּשְׁרֵי:
'Et pour la plantation, d'où [le savons-nous]' — que son Nouvel An est Tichri.
💡 Explication

La Michna disait que le 1er Tichri est le Nouvel An pour les plantations (comptage de l'orla, les trois ans où les fruits d'un jeune arbre sont interdits). D'où le sait-on ? Par une gezera chava (analogie verbale) : le mot 'année (chana)' du verset sur l'orla (Lev 19:23-24) est rapproché du mot 'année' dit à propos de Tichri ('du début de l'année', Deut 11:12) — donc l'année de l'orla commence à Tichri.

🖼️ Schéma
Orla : d'où vient que l'année commence à Tichri ? Orla (Lev 19:23-24) 'trois années (chana)... la quatrième année (chana)' Deut 11:12 (Tichri) 'du début de l'année (chana)' = Tichri gezera chava chana / chana Pourquoi pas Nissan (Ex 12:2) ? On déduit 'année sans mois' (orla) d'une 'année sans mois' (Deut), non d'une 'année AVEC mois' (Nissan : 'premier des mois de l'année').
La gezera chava chana/chana fixant l'orla à Tichri.
12
וְלִיגְמַר ״שָׁנָה״ ״שָׁנָה״ מִנִּיסָן, דִּכְתִיב: ״רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה״?! דָּנִין שָׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים, וְאֵין דָּנִין שָׁנָה שֶׁאֵין עִמָּהּ חֳדָשִׁים מִשָּׁנָה שֶׁיֵּשׁ עִמָּהּ חֳדָשִׁים.

Mais déduisons [le sens de] 'année' de 'année' [écrit] à propos de Nissan, ainsi qu'il est écrit 'il [ce mois] est pour vous le premier des mois de l'année' ! On déduit une 'année' qui n'est pas accompagnée de mois d'une 'année' qui n'est pas accompagnée de mois, et l'on ne déduit pas une 'année' non accompagnée de mois d'une 'année' accompagnée de mois.

💡 Explication

Objection : pourquoi ne pas rattacher plutôt l'orla à Nissan (Ex 12:2, 'premier des mois de l'année') ? Réponse par un principe de gezera chava : on rapproche des versets semblables. Le verset de l'orla mentionne 'année' sans mois ; le verset de Deut aussi. Le verset de Nissan, lui, mentionne 'année' avec des mois. On déduit donc du semblable (Deut, sans mois) et non de Nissan (avec mois).

13
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶחָד הַנּוֹטֵעַ אֶחָד הַמַּבְרִיךְ, וְאֶחָד הַמַּרְכִּיב עֶרֶב שְׁבִיעִית, שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה — עָלְתָה לוֹ שָׁנָה, וּמֻותָּר לְקַייְּמָן בַּשְּׁבִיעִית. פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה — לֹא עָלְתָה לוֹ שָׁנָה, וְאָסוּר לְקַיְּימָן בַּשְּׁבִיעִית.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui plante, celui qui provigne (mavrikh) et celui qui greffe (markiv) à la veille de la [septième année] (cheviit), trente jours avant Roch Hashanah — une année lui est comptée, et il est permis de les conserver durant la cheviit. [Si c'est] moins de trente jours avant Roch Hashanah — une année ne lui est pas comptée, et il est interdit de les conserver durant la cheviit.

📜 Rachi (4)
מַבְרִיךְ כּוֹפֵף אֶת הַזְּמוֹרוֹת בָּאָרֶץ שֶׁקּוֹרִין פרופינ"א:
'Provigne (mavrikh)' — il courbe les sarments en terre, ce qu'on appelle [en langue romane] 'provigner'.
מַרְכִּיב אִילָן בַּחֲבֵירוֹ שֶׁקּוֹרִין אונישטי"ר:
'Greffe (markiv)' — un arbre sur un autre, ce qu'on appelle 'greffer'.
עָלְתָה לוֹ שָׁנָה כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ יוֹם אֶחָד בְּתִשְׁרִי עָלְתָה לוֹ שָׁנָה לְמִנְיַן שְׁנֵי עָרְלָה:
'Une année lui est comptée' — dès lors qu'est arrivé un seul jour de Tichri, une année lui est comptée dans le décompte des années de l'orla.
פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לֹא עָלְתָה לוֹ שָׁנָה עַד תִּשְׁרֵי הַבָּא אִם אֵינָהּ עֶרֶב שְׁבִיעִית וְאִם עֶרֶב שְׁבִיעִית הִיא אָסוּר לְקַיְּימוֹ מִשּׁוּם תּוֹסֶפֶת שְׁבִיעִית שֶׁמּוֹסִיפִין מֵחֹול עַל קֹודֶשׁ:
'Moins de trente jours : une année ne lui est pas comptée' — [elle ne compte] que jusqu'au Tichri suivant, si ce n'est pas la veille de la cheviit ; et si c'est la veille de la cheviit, il est interdit de le conserver, à cause de la tossefet cheviit — car on ajoute du profane sur le sacré.
🗂️ Tossefot (3)
מַבְרִיךְ. כּוֹפֵף הַיִּחוּר בָּאָרֶץ וּמְכַסֵּהוּ בְּעָפָר וְקוֹצֵץ בְּאֶמְצַע כְּפִיפָתוֹ וְאוֹתוֹ הַיִּחוּר יֹוצֵא לְצַד אַחֵר כָּפוּף מְעַט מֵעִיקַּר הָאִילָן:
'Provigne (mavrikh)' — il courbe le rejeton en terre, le recouvre de terre, coupe au milieu de sa courbure, et ce rejeton ressort de l'autre côté, un peu courbe [en partant] de la souche de l'arbre.
מַרְכִּיב. הוּא הַמַּרְכִּיב אִילָן בַּחֲבֵירוֹ וּמַשְׁמַע דְּמַבְרִיךְ וּמַרְכִּיב חַייָּב בְּעָרְלָה וְקַשְׁיָא דבפ"ק דְּעָרְלָה (מִשְׁנָה ה) מַשְׁמַע דְּהַרְכָּבָה פָּטוּר מִן הָעָרְלָה וְתַנְיָא נָמֵי בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וּנְטַעְתֶּם פְּרָט לְמַבְרִיךְ וּמַרְכִּיב מִכָּאן אַתָּה אוֹמֵר סִפּוּק גְּפָנִים וְסִפּוּקָן וְסִפּוּק סִפּוּקָן אע"פ שֶׁהִבְרִיכָן בָּאָרֶץ מֻותָּר וּלְשׁוֹן סִפּוּק בִּגְפָנִים כִּלְשׁוֹן [הַרְכָּבָה] בְּאִילָן וּמַה שֶׁמַּבְרִיךְ בְּשָׁנָה זוֹ וּמוֹצִיא זְמוֹרוֹת וְחָזַר וְהִבְרִיכָן לְשָׁנָה אַחֶרֶת זֶהוּ סִפּוּק סִפּוּקָן וְי"ל דְּהָתָם כְּשֶׁלֹּא נִפְסְקָה מֵאָבִיהָ וּבְאִילָן זָקֵן וְהָכָא כְּשֶׁנִּפְסְקָה מֵאָבִיהָ כִּדְמוֹכַח [לְקַמֵּיהּ דְּמוֹנִין לוֹ מִשְּׁעַת נְטִיעָתוֹ] (בפ"ק דְּעָרְלָה) וְצָרִיךְ לְדַקְדֵּק אִי הֲוָה שַׁייָּךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי בְּפֶרֶק מְשׁוּחַ מִלְחָמָה (סוֹטָה דַּף מג:) גַּבֵּי חוֹזֵר מֵעוֹרְכֵי הַמִּלְחָמָה מִשּׁוּם מַבְרִיךְ וּמְשַׁנֵּי כָּאן בְּהַרְכָּבַת אִיסּוּר כָּאן בְּהַרְכָּבַת הֶיתֵּר:
'Greffe (markiv)' — c'est celui qui greffe un arbre sur un autre. Il ressort [de la baraita] que provigner et greffer sont assujettis à l'orla, ce qui fait difficulté : au premier chapitre de Orla (michna 5) il ressort que la greffe est exempte de l'orla, et il est aussi enseigné dans le Torat Kohanim '[et] vous planterez — à l'exclusion de celui qui provigne et de celui qui greffe', d'où l'on dit : le 'sipouk' (raccordement) des vignes, leur sipouk et le sipouk de leur sipouk, même s'il les a provignées en terre, est permis ; et le terme 'sipouk' pour les vignes est comme le terme 'greffe' pour l'arbre ; et ce qu'il provigne cette année-ci, qui produit des sarments, puis qu'il provigne de nouveau une autre année, c'est le sipouk de leur sipouk. On peut répondre : là-bas [c'est] lorsqu'il n'a pas été séparé de son [arbre] père et sur un vieil arbre, tandis qu'ici [c'est] lorsqu'il a été séparé de son [arbre] père, comme le prouve [plus loin] le fait qu'on compte pour lui à partir du moment de sa plantation (au premier chapitre de Orla) ; et il faut examiner si l'on pouvait répondre ainsi au chapitre 'Machouah milhama' (Sota 43b) à propos de celui qui revient des rangs de l'armée à cause du fait qu'il provigne, [où] l'on répond : ici [dans] une greffe interdite, là [dans] une greffe permise.
וּמֻותָּר לְקַייְּמָן בַּשְּׁבִיעִית. לָא הֲוָה צָרִיךְ לְמִיתְנֵי בִּשְׁבִיעִית כֵּיוָן דִּתְנָא רֵישָׁא עֶרֶב שְׁבִיעִית וּמִתּוֹךְ כָּךְ מְדַקְדְּקִין דַּאֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה שָׁרִי לִיטֹּע וְתֵדַע דִּלְקַמָּן מוֹקְמִינַן לָהּ כְּר"מ וּבְפֶ' הַנִּזָּקִין (גִּיטִּין נג:) שָׁמְעִינַן לר"מ דְּאָמַר בְּנוֹטֵעַ בִּשְׁבִיעִית בֵּין בְּשׁוֹגֵג וּבֵין בְּמֵזִיד יַעֲקֹר וְהַיְינוּ טַעְמָא דִּמְפָרֵשׁ הָתָם דְּנֶחְשְׁדוּ עַל הַשְּׁבִיעִית אֲבָל אִי לָאו הָכִי מֻותָּר לְקַייֵּם כִּדְאָמַר הָתָם א"כ אִם הָיָה כָּאן שׁוּם אִיסּוּר לֹא הָיָה מַתִּיר לְקַייֵּם וּלְקַמָּן נָמֵי קָתָנֵי אֵין נוֹטְעִין פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם [הָא שְׁלֹשִׁים יוֹם נוֹטְעִין לְכַתְּחִלָּה] וְהַהִיא דִּלְדִבְרֵי הָאוֹמֵר שְׁלֹשִׁים צָרִיךְ שְׁלֹשִׁים וּשְׁלֹשִׁים מוּקֵי לָהּ ר"ת לְעִנְיַן עָרְלָה וְלֹא לְעִנְיַן שְׁבִיעִית כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ וּמִדְּקָאָמַר מֻותָּר לְקַייְּמוֹ הֲוָה מַשְׁמַע דִּלְכַתְּחִלָּה אָסוּר לִיטֹּע דְּאִי לְכַתְּחִלָּה שָׁרִי מַה שַׁיָּיךְ מֻותָּר לְקַייְּמוֹ וְשֶׁמָּא אַיְּידֵי דְבָעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא אָסוּר לְקַיְּימוֹ תְּנָא רֵישָׁא מֻותָּר לְקַיְּימוֹ וְתֵימַהּ דבפ"ב דִּשְׁבִיעִית (מִשְׁנָה א) תְּנַן וּמַיְיתֵי לָהּ בפ"ק דמו"ק (דַּף ג:) שֶׁחוֹרְשִׁין בִּשְׂדֵה הַלָּבָן עַד פֶּסַח וּבִשְׂדֵה הָאִילָן עַד עֲצֶרֶת וְכֵיוָן דַּאֲפִילּוּ לִיטֹּע בַּתְּחִילָּה שָׁרִי שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה אַמַּאי אָסוּר לַחֲרֹושׁ לִשְׁתְּרֵי נָמֵי לַחֲרֹושׁ עַד לִפְנֵי ר"ה שְׁלֹשִׁים יוֹם ואור"ת דְּלָא הֶחְמִירוּ בִּנְטִיעָה כְּמוֹ בַּחֲרִישָׁה מִשּׁוּם דְּאֵין תּוֹסֶפֶת שְׁבִיעִית דְּאוֹרָיְיתָא בִּנְטִיעָה אֶלָּא בַּחֲרִישָׁה דִּכְתִיב בֵּיהּ קְרָא כִּדְדָרְשִׁינַן לְעֵיל (ע"א) מִבְּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות וְעוֹד יֵשׁ לִיתֵּן טַעַם מִשּׁוּם דְּכָל חוֹרֵשׁ עֶרֶב שְׁבִיעִית הָוֵי לְהוֹעִיל בִּשְׁבִיעִית אֲבָל אֵין לֶאֱסֹור עֶרֶב שְׁבִיעִית לִיטֹּע מֵחֲמַת שֶׁהָאִילָן גָּדֵל בַּשְּׁבִיעִית דְּכָל הָאִילָנוֹת נָמֵי מִיגְדָּל גָּדְלִי בַּשְּׁבִיעִית וא"כ לֹא יִטַּע לְעוֹלָם וּבַיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ טַעְמָא אַחַרְיַנָא בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת שְׁבִיעִית דְּגָרְסִינַן הָתָם וְלָמָּה עַד עֲצֶרֶת עַד כָּאן הוּא יָפֶה לַפְּרִי מִכָּאן וְאֵילָךְ מְנַבֵּל פֵּירוֹתָיו וְהָא תַּנְיָא אֶחָד אִילַן סְרָק וְאֶחָד אִילַן מַאֲכָל עַד כָּאן מְעַבֶּה הַקּוֹרוֹת מִכָּאן וְאֵילָךְ מַתִּישׁ כֹּחָן וּלְפִי טַעַם זֶה נִיחָא דְּכֵיוָן דְּאֵין מוֹעִיל לְאִילָן מִכָּאן וְאֵילָךְ מִיחְזֵי כִּמְתַקֵּן שָׂדֵהוּ לְצֹורֶךְ שְׁבִיעִית:
'Et il est permis de les conserver durant la cheviit' — il n'était pas nécessaire d'enseigner 'durant la cheviit', puisque la première clause a enseigné 'à la veille de la cheviit' ; et de là on déduit que même d'emblée (lekhathila) il est permis de planter. Et sache-le : plus loin on l'établit selon Rabbi Meir, et au chapitre 'Ha-nizakin' (Gittin 53b) nous savons de Rabbi Meir qu'il dit, à propos de celui qui plante durant la cheviit, que ce soit par mégarde ou volontairement, [le plant] sera arraché ; et la raison, explique-t-on là-bas, c'est qu'ils étaient soupçonnés sur la cheviit ; mais sans cela, il serait permis de conserver, comme on le dit là-bas — car s'il y avait ici un quelconque interdit, il n'aurait pas permis de conserver. Et plus loin aussi on enseigne 'on ne plante pas [à] moins de trente jours [avant Roch Hashanah]', [d'où : à] trente jours on plante d'emblée. Et cette [baraita] selon laquelle, pour l'avis de celui qui dit trente [jours], il faut trente et trente, Rabbenou Tam l'établit quant à l'orla et non quant à la cheviit, comme je l'expliquerai. Et du fait qu'on dit 'il est permis de le conserver', cela semblerait indiquer que d'emblée il est interdit de planter ; car si d'emblée c'était permis, que signifierait 'il est permis de le conserver' ? Peut-être est-ce parce qu'on voulait enseigner dans la clause finale 'il est interdit de le conserver' qu'on a enseigné dans la première 'il est permis de le conserver'. Et il y a lieu de s'étonner : au deuxième chapitre de Cheviit (michna 1), que l'on cite au premier chapitre de Moed Katan (3b), il est enseigné qu'on laboure le champ de céréales jusqu'à Pessa'h et le champ d'arbres jusqu'à Chavouot [avant la cheviit] ; or puisqu'il est même permis de planter d'emblée trente jours avant Roch Hashanah, pourquoi serait-il interdit de labourer ? qu'il soit permis aussi de labourer jusqu'à trente jours avant Roch Hashanah ! Et Rabbenou Tam répond qu'on n'a pas été aussi sévère pour la plantation que pour le labour, parce qu'il n'y a pas de tossefet cheviit de rang biblique pour la plantation, mais [seulement] pour le labour, au sujet duquel un verset est écrit, comme nous l'exposons plus haut (à la page précédente) à partir de 'au labour et à la moisson tu te reposeras'. Et l'on peut donner encore une [autre] raison : parce que quiconque laboure à la veille de la cheviit le fait pour être utile durant la cheviit ; mais on ne peut interdire de planter à la veille de la cheviit du fait que l'arbre grandit durant la cheviit, car tous les arbres aussi grandissent durant la cheviit, et [si on l'interdisait] on ne planterait jamais. Et dans le Yeroushalmi on explique une autre raison, au début du traité Cheviit, où l'on enseigne : et pourquoi jusqu'à Chavouot ? jusque-là c'est profitable au fruit, au-delà cela gâte ses fruits ; et n'a-t-on pas enseigné 'aussi bien l'arbre stérile que l'arbre fruitier, jusque-là cela épaissit les poutres, au-delà cela affaiblit leur vigueur' ; et selon cette raison [tout] se comprend : puisqu'au-delà cela ne profite plus à l'arbre, il apparaît comme quelqu'un qui amende son champ pour les besoins de la cheviit.
⚖️ Rosh (1)
דַּף ט ע"ב וְלִנְטִיעָה מְנָא לַן דִּכְתִיב שָׁלֹשׁ שָׁנִים יִהְיֶה לָכֶם עֲרֵלִים לֹא יֵאָכֵל וּכְתִיב וּבַשָּׁנָה הָרְבִיעִית יִהְיֶה כָּל פִּרְיוֹ קֹדֶשׁ הִלּוּלִים לַה' וּבַשָּׁנָה הַחֲמִישִׁית תֹּאכְלוּ אֶת פִּרְיוֹ וְגָמַר שָׁנָה שָׁנָה מִתִּשְׁרִי דִּכְתִיב מֵרֵאשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה: ת"ר אֶחָד הַנּוֹטֵעַ וְאֶחָד הַמַּבְרִיךְ וְאֶחָד הַמַּרְכִּיב עֶרֶב שְׁבִיעִית ל' יוֹם לִפְנֵי ר"ה עָלְתָה לוֹ שָׁנָה וּמֻותָּר לְקַייְּמוֹ בַּשְּׁבִיעִית. פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה לֹא עָלְתָה לוֹ שָׁנָה וְאָסוּר לְקַיְּימוֹ בַּשְּׁבִיעִית
Feuillet 9 verso. Et pour la plantation, d'où le savons-nous ? De ce qu'il est écrit : 'Trois années ils vous seront interdits (arelim, [fruits d']orla), on n'en mangera pas', et il est écrit : 'Et la quatrième année tout son fruit sera une consécration de louanges pour Hachem, et la cinquième année vous mangerez son fruit' ; et l'on déduit [le sens de] 'année-année' [comme se comptant] à partir de Tichri, ainsi qu'il est écrit : 'depuis le début de l'année jusqu'à la fin de l'année' [le mot 'année' de l'orla est rapproché, par gezera chava (analogie verbale), du mot 'année' dit à propos de Tichri]. Nos maîtres ont enseigné : celui qui plante, celui qui provigne (mavrikh : couche un sarment en terre pour qu'il prenne racine) et celui qui greffe (markiv) à la veille de la [septième année] (cheviit, l'année sabbatique), trente jours avant Roch Hashanah — une année lui est comptée, et il est permis de le conserver durant la cheviit. [Si c'est] moins de trente jours avant Roch Hashanah — une année ne lui est pas comptée, et il est interdit de le conserver durant la cheviit.
💡 Explication

Baraita sur la plantation à la veille de la cheviit (année sabbatique). Trois techniques : planter, provigner (mavrikh : coucher un sarment en terre pour qu'il prenne racine), greffer (markiv). Si l'opération a lieu au moins trente jours avant Roch Hashanah, ces trente jours comptent pour une année entière (pour l'orla) et l'on peut conserver le plant durant la cheviit. Sinon, l'année n'est pas comptée et il faut arracher (interdit de conserver), à cause de la tossefet cheviit (extension de l'interdit de la septième année sur les jours qui la précèdent).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).