Shabbat 102a — Tehilatan vessofan chegaga : le souvenir en cours d'action

Shabbat 102a

Sougya : La dernière mishna du perek Hazorek pose que celui qui lance un objet et se souvient de Chabbat avant qu'il ne se pose est exempté si l'objet est intercepté, et énonce la règle : on n'est astreint à une hatat que si le début et la fin de l'acte sont chegaga (par erreur). La Guemara cherche comment concilier cette règle avec le cas du lancer : Rav Kahana, Rava puis Rav Ashi proposent chacun une lecture.

Rabba et Rava discutent ensuite du cas 2 amot chogeg, 2 amot mezid, 2 amot chogeg, et la Guemara montre qu'ils parlent de cas différents (transport ou lancer). Enfin Rabba enseigne que lancer volontairement dans la gueule d'un chien rend hayav, car l'intention fait de la gueule un lieu de dépôt, ce que Rav Bivi bar Abaye appuie sur une mishna de Keritot.

Comment lire la mishna : zorek, nizkar, téhilatan véssofan chegagaQuestionSi l'objet se pose, il est hayav ? Mais il s'est souvenu !Rav KahanaLa fin (zeh hakelal) vise lékhta oumitna (piquet + corde)ObjectionTenu en main par la corde : ce n'est pas un lancerRéponseIl visait à faire une blessure (havoura)ObjectionLa mishna enseigne déjà la havoura explicitementRava (1)Zeh hakelal vise le ma'avir (celui qui transporte)ObjectionZeh hakelal est énoncé à propos du lancerRava (2)Deux cas : nizkar, ou bien pas nizkar et interceptéRav AshiTexte lacunaire : hayav s'il a de nouveau oublié
Les lectures successives de la mishna : Rav Kahana, Rava, Rav Ashi.
2 amot chogeg, 2 amot mezid, 2 amot chogeg2 amotchogeg2 amotmezid2 amotchogegdépartarrivéeles 4 amot (chiour) sont atteintes pendant la phase mezidRabba : patourcas du ma'avir (il porte l'objet)il pouvait s'arrêter : le chiours'achève be-mezidmême selon Rabban GamlielRava : hayavcas du zorek (il lance l'objet)il ne pouvait rien retenir : toutest une seule chegagamême selon les RabbananConclusion de la Guemarachacun parle d'un cas différent : pas de mahloket
Rabba et Rava sur les 2+2+2 amot : ma'avir ou zorek.
Objet arrive dans la gueule d'un chien : quand est-on hayav ?Le chien happe l'objet(cas de la mishna)Il lance vers la gueule du chien(cas de Rabba)Sans intentionla gueule n'est pas un makomAvec intentionmahchavto méchavia leh makompatourpas de hanaha valablehayavpreuve : R. Meir, transport en bouche
L'intention fait de la gueule du chien un lieu de dépôt (makom).
1
מַתְנֵי׳ הַזּוֹרֵק, וְנִזְכַּר מֵאַחַר שֶׁיָּצְתָה מִיָּדוֹ, קְלָטָהּ אַחֵר, קְלָטָהּ כֶּלֶב אוֹ שֶׁנִּשְׂרְפָה — פָּטוּר. זָרַק לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה, בֵּין בְּאָדָם וּבֵין בַּבְּהֵמָה, וְנִזְכַּר עַד שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית חַבּוּרָה — פָּטוּר. זֶה הַכְּלָל: כָּל חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת — אֵינָן חַייָּבִין עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתָן וְסוֹפָן שְׁגָגָה. תְּחִלָּתָן שְׁגָגָה וְסוֹפָן זָדוֹן, תְּחִילָּתָן זָדוֹן וְסוֹפָן שְׁגָגָה — פְּטוּרִין, עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִילָּתָן וְסוֹפָן שְׁגָגָה.

MISHNA. Celui qui lance [un objet par erreur un jour de Chabbat], et s'est souvenu après qu'il est sorti de sa main : si un autre l'a attrapé, si un chien l'a attrapé, ou s'il a brûlé, il est exempt.

S'il a lancé pour faire une blessure, que ce soit sur un homme ou sur un animal, et s'est souvenu avant que la blessure ne soit faite, il est exempt. Voici la règle : tous ceux qui sont astreints à des hatat (sacrifices expiatoires) ne sont astreints que si le début et la fin [de leur acte] sont chegaga (par erreur).

Si le début est chegaga et la fin zadon (volontaire), ou le début zadon et la fin chegaga, ils sont exempts, jusqu'à ce que le début et la fin soient chegaga.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' הַזּוֹרֵק בְּשׁוֹגֵג:
Celui qui lance : par erreur.
וְנִזְכַּר שֶׁהוּא שַׁבָּת:
Et s'est souvenu : que c'est Chabbat.
מֵאַחַר שֶׁיָּצְתָה הָאֶבֶן מִיָּדוֹ וְקֹודֶם שֶׁתָּנוּחַ:
Après qu'elle est sortie : la pierre, de sa main, et avant qu'elle ne se pose.
קְלָטָהּ אַחֵר קס"ד לְאַחַר שֶׁנִּזְכַּר זֶה קְלָטָהּ אַחֵר הָווּ לְהוּ שְׁנַיִם שֶׁעֲשָׂאוּהָ וּכְגוֹן שֶׁנֶּעֱקַר מִמְּקוֹמוֹ וְקִבֵּל אוֹ שֶׁקְּלָטָהּ כֶּלֶב בְּפִיו דְּלָא הָוְיָא הַנָּחָה דְּבָעֵינַן מָקוֹם ד' פָּטוּר:
Un autre l'a attrapée : on pense d'abord qu'après que celui-ci s'est souvenu, un autre l'a attrapée ; ce sont alors deux qui ont fait [l'acte], par exemple qu'il s'est déplacé de sa place et l'a reçue ; ou qu'un chien l'a attrapée dans sa gueule, ce qui n'est pas un dépôt, car il faut un lieu de quatre [tefahim] : il est exempt.
💡 Explication

Une hatat n'est due que pour une faute commise entièrement par chegaga (erreur). Si la personne se souvient qu'on est Chabbat pendant que l'objet volé, la question est de savoir si l'acte reste une chegaga. La mishna exempte quand l'objet est intercepté (par un homme, un chien, le feu) : il n'y a alors pas de hanaha (dépôt) valable.

La règle finale, téhilatan véssofan chegaga, sera discutée par la Guemara : comment s'applique-t-elle au lancer, où l'on ne peut plus retenir l'objet ?

2
גְּמ׳ הָא נָחָה — חַייָּב? וַהֲלֹא נִזְכַּר, וּתְנַן: כָּל חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת אֵינָן חַייָּבִין עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתָן וְסוֹפָן שְׁגָגָה?! אָמַר רַב כָּהֲנָא: סֵיפָא אֲתָאן לְלַכְתָּא וּמִתְנָא.

GUEMARA. [On en déduit :] si [l'objet] s'est posé, il est hayav (astreint).

Mais il s'est souvenu ! Et nous avons appris : tous ceux qui sont astreints à des hatat ne sont astreints que si le début et la fin sont chegaga !

Rav Kahana a dit : la fin [de la mishna] nous amène au lékhta oumitna (le piquet et la corde).

📜 Rachi (4)
גְּמ' וּפָרְכִינַן הָא נָחָה לְסוֹף ד' ברה"ר חַייָּב וְאע"ג דְּנִזְכַּר בֵּין עֲקִירָה לַהֲנָחָה וְהָא קָתָנֵי סֵיפָא זֶה הַכְּלָל כו':
Guemara. Et nous objectons : si elle s'est posée, au bout de quatre [amot] dans le reshout harabim, il est hayav, bien qu'il se soit souvenu entre l'arrachement (akira) et le dépôt (hanaha) ; or la fin enseigne : voici la règle, etc.
סֵיפָא דְּקָתָנֵי עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתָן וְסוֹפָן שְׁגָגָה:
La fin : qui enseigne : jusqu'à ce que le début et la fin soient chegaga.
אֲתָאן לְלַכְתָּא וּמִיתְנָא לַכְתָּא עֵץ קָטָן שֶׁכָּפוּל רֹאשׁוֹ וְצָרִיךְ לַחֲמוֹרִים נוֹשְׂאִים דַּרְדּוּרִים שֶׁל יַיִן שֶׁתּוֹחֲבִין אוֹתוֹ בִּשְׁנֵי עֲקָלִים שֶׁהַדַּרְדּוּרִים תְּלוּיִין בָּהֶן מִשְּׁנֵי צִידֵּי הַחֲמוֹר וּמְחַבְּרִים בּוֹ הַדַּרְדּוּרִים שֶׁיַּחֲזִיק זֶה אֶת זֶה:
Nous amène au lékhta oumitna : le lékhta est un petit morceau de bois à la tête recourbée, utilisé pour les ânes portant des outres de vin : on l'enfonce dans les deux anneaux auxquels les outres sont suspendues des deux côtés de l'âne, et on relie par lui les outres pour qu'elles se tiennent l'une l'autre.
וּמִתְנָא חֶבֶל כְּלוֹמַר לָא מִיתּוֹקְמָא סֵיפָא אֶלָּא בְּזוֹרֵק לַכְתָּא הַקָּשׁוּר בְּחֶבֶל קָטָן כְּדַרְכּוֹ וְאוֹחֵז הַחֶבֶל בְּיָדוֹ וּכְשֶׁנִּזְכַּר הָיָה בְּיָדוֹ לֶאֱחֹוז הַחֶבֶל וּלְעַכֵּב זְרִיקַת הִלְכְתָא שֶׁלֹּא תָּנוּחַ הִלְכָּךְ תְּחִילָּתוֹ שׁוֹגֵג וְסוֹפוֹ מֵזִיד וּפָטוּר אֲבָל זָרַק צְרוֹר וְחֵפֶץ שֶׁכְּשֶׁנִּזְכַּר אֵין בְּיָדוֹ לְעַכְּבוֹ כּוּלֵּיהּ שׁוֹגֵג הוּא וְנִזְכַּר דְּקָתָנֵי בְּרֵישָׁא אַשְׁמְעִינַן רְבוּתָא דְּאַף עַל גַּב דְּנִזְכַּר לָא מִיפְטָר מֵחַטָּאת אא"כ קְלָטָהּ אַחֵר אוֹ כֶּלֶב:
Et mitna : une corde. C'est-à-dire : la fin ne peut s'expliquer que pour celui qui lance un lékhta attaché à une petite corde, comme d'habitude, en tenant la corde en main ; quand il s'est souvenu, il pouvait saisir la corde et arrêter le lancer du lékhta pour qu'il ne se pose pas. C'est pourquoi son début est chogeg et sa fin mezid, et il est exempt. Mais s'il a lancé un caillou ou un objet, qu'il ne peut pas retenir quand il se souvient, tout est chogeg ; et le [cas] nizkar enseigne dans la première partie nous apprend une nouveauté : bien qu'il se soit souvenu, il n'est exempt de la hatat que si un autre ou un chien l'a attrapée.
🗂️ Tossefot (1)
סֵיפָא אֲתָאן לְלַכְתָּא וּמִיתְנָא אֲבָל רֵישָׁא מַייְרֵי בְּלֹא לַכְתָּא וּמִיתְנָא וה"ה אֲפִילּוּ בְּלֹא נִזְכַּר פָּטוּר כֵּיוָן שֶׁקְּלָטָהּ כֶּלֶב אוֹ נִשְׂרְפָה וְהָא דִּנְקַט נִזְכַּר לְאַשְׁמְעִינַן דַּאֲפִילּוּ בְּנִזְכַּר דַּוְקָא קְלָטָהּ כֶּלֶב אוֹ נִשְׂרְפָה פָּטוּר מִשּׁוּם דְּלָא נָחָה הָא נָחָה חַיָּיב:
La fin nous amène au lékhta oumitna : mais la première partie parle sans lékhta ni corde ; et il en va de même même sans s'être souvenu : il est exempt puisqu'un chien l'a attrapée ou qu'elle a brûlé. S'il mentionne nizkar, c'est pour nous apprendre que même s'il s'est souvenu, c'est seulement si un chien l'a attrapée ou qu'elle a brûlé qu'il est exempt, parce qu'elle ne s'est pas posée ; mais si elle s'est posée, il est hayav.
💡 Explication

La Guemara voit une contradiction : le début de la mishna implique que si l'objet se pose, on est hayav malgré le souvenir ; la fin exige chegaga du début à la fin.

Rav Kahana répond que la règle finale traite d'un objet relié à une corde tenue en main : là on peut encore retenir l'objet, et le souvenir compte. Pour un objet lâché, le souvenir ne change rien, puisqu'on ne peut plus agir.

3
לַכְתָּא וּמִתְנָא אָוגְדוֹ בְּיָדוֹ הוּא! כְּגוֹן שֶׁנִּתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה. הָא נָמֵי תְּנֵינָא: הַזּוֹרֵק לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה, בֵּין בָּאָדָם בֵּין בַּבְּהֵמָה, וְנִזְכַּר עַד שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית חַבּוּרָה — פָּטוּר! אֶלָּא אָמַר רָבָא: בְּמַעֲבִיר.

Le lékhta oumitna, il le tient attaché dans sa main ! [Il s'agit d'un cas] où il visait à faire une blessure.

Cela aussi nous l'avons appris : celui qui lance pour faire une blessure, que ce soit sur un homme ou sur un animal, et s'est souvenu avant que la blessure ne soit faite, est exempt ! Rava a donc dit : [la règle vise] le ma'avir (celui qui transporte).

📜 Rachi (4)
וּפָרְכִינַן לַכְתָּא וּמִתְנָא אָוגְדוֹ בְּיָדוֹ וַאֲפִילּוּ כּוּלֵּיהּ מִילְּתָא שׁוֹגֵג לָא מִיחַייַּב דְּאֵין כָּאן זְרִיקָה:
Et nous objectons : le lékhta oumitna, il le tient attaché dans sa main : et même si tout l'acte est chogeg, il n'est pas hayav, car il n'y a pas ici de lancer.
כְּגוֹן שֶׁנִּתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה בִּתְחִלָּתוֹ בְּשִׁגְגַת שַׁבָּת וְנִזְכַּר עַד שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית הַחֲבוּרָה וּלְעוֹלָם בְּלִכְתָּא וּמִיתְנָא וּכְגוֹן שֶׁנִּתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חֲבוּרָה כו' דְּהַאי מִשּׁוּם זְכִירָה הוּא דְּמִיפְּטַר שֶׁהָיָה בְּיָדוֹ לְהַחֲזִיר נִמְצָא סוֹפוֹ זָדוֹן הָא לֹא נִזְכַּר חַיָּיב וְאע"ג דַּאֲגָדוֹ בְּיָדוֹ דְּחִיּוּבֵיהּ לָאו מִשּׁוּם זְרִיקָה הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם חֲבוּרָה:
Par exemple qu'il visait à faire une blessure : au début, en erreur sur Chabbat, et il s'est souvenu avant que la blessure ne soit faite ; et il s'agit bien du lékhta oumitna, dans le cas où il visait à faire une blessure, etc. Celui-là est exempt à cause du souvenir, puisqu'il pouvait [la] ramener : sa fin se trouve être zadon. Mais s'il ne s'est pas souvenu, il est hayav, bien qu'il la tienne attachée en main, car son obligation ne vient pas du lancer mais de la blessure.
הָא בְּהֶדְיָא קָתָנֵי לַהּ בְּמַתְנִיתִין וְזֶה הַכְּלָל ע"כ לְמִילְּתָא אַחֲרִיתִי אֲתָא:
Cela, il l'enseigne explicitement : dans la mishna ; donc voici la règle vient forcément pour autre chose.
אֶלָּא אָמַר רָבָא זֶה הַכְּלָל לְמַעֲבִיר אַרְבַּע אַמּוֹת ברה"ר וְנִזְכַּר קֹודֶם שֶׁהֶעֱבִירוֹ ד' אַמּוֹת אֲתָא שֶׁהָיָה בְּיָדוֹ לַעֲמֹוד בַּמָּקוֹם שֶׁנִּזְכַּר אֲבָל זוֹרֵק לָא מִיפְטָר בִּזְכִירָה:
Rava a donc dit : voici la règle vient pour celui qui transporte quatre amot dans le reshout harabim et s'est souvenu avant de l'avoir transporté quatre amot, puisqu'il pouvait s'arrêter à l'endroit où il s'est souvenu ; mais celui qui lance n'est pas exempté par le souvenir.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רָבָא בְּמַעֲבִיר וְהַהוּא דְּחַבּוּרָה אַייְרֵי בְּלִכְתָּא וּמִיתְנָא וְאֵין ר"י יוֹדֵעַ לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהַשְׁמִיעֵנוּ הַהִיא דְּחַבּוּרָה מַה לִי חַבּוּרָה מַה לִי מַעֲבִיר וְכֵן לְרָבָא דְּקָאָמַר תַּרְתֵּי קָתָנֵי אַמַּאי תְּנָא הַהִיא דְּחַבּוּרָה כֵּיוָן דִּתְנָא הַזּוֹרֵק וְנִזְכַּר פָּטוּר ה"נ בַּחֲבוּרָה דמ"ש:
Rava a donc dit : [la règle vise] le ma'avir : et le [cas] de la blessure parle du lékhta oumitna. Le Ri ne sait pas pourquoi il a fallu nous enseigner ce cas de la blessure : qu'importe blessure ou transport ? Et de même selon Rava qui dit qu'il enseigne deux [choses], pourquoi enseigne-t-il ce cas de la blessure, puisqu'il a enseigné : celui qui lance et s'est souvenu est exempt ? Il en va de même pour la blessure, quelle différence ?
💡 Explication

Objection : un objet retenu par une corde n'est pas vraiment lancé, donc il n'y a pas de melakha de lancer. Réponse : il s'agit d'une havoura (blessure), melakha qui ne dépend pas du lancer. Mais la mishna enseigne déjà ce cas explicitement.

Rava propose alors que la règle vise le ma'avir : celui qui porte un objet sur quatre amot dans le reshout harabim peut s'arrêter dès qu'il se souvient ; s'il continue, la fin est volontaire.

4
וְהָא ״זֶה הַכְּלָל״ דְּקָתָנֵי, אַזְּרִיקָה קָתָנֵי. אֶלָּא אָמַר רָבָא, תַּרְתֵּי קָתָנֵי: הַזּוֹרֵק וְנִזְכַּר מֵאַחַר שֶׁיָּצְתָה מִיָּדוֹ, אִי נָמֵי לֹא נִזְכַּר וּקְלָטָהּ אַחֵר אוֹ קְלָטָהּ כֶּלֶב אוֹ שֶׁנִּשְׂרְפָה — פָּטוּר.

Mais voici la règle, qu'il enseigne, il l'enseigne à propos du lancer ! Rava a donc dit : il enseigne deux [cas] : celui qui lance et s'est souvenu après que [l'objet] est sorti de sa main ; ou bien il ne s'est pas souvenu, et un autre l'a attrapé, ou un chien l'a attrapé, ou il a brûlé : il est exempt.

📜 Rachi (2)
וְהָא כִּי קָתָנֵי זֶה הַכְּלָל אַזְּרִיקָה תָּנֵי לָהּ דְּאַייְרֵי לְעֵיל מִינֵּיהּ בְּזוֹרֵק לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה וְאִי סְתָם זוֹרֵק לָא מִיפְטָר בִּזְכִירָה הֵיכִי מַתְנֵי גַּבֵּי זֶה הַכְּלָל:
Mais quand il enseigne voici la règle, c'est à propos du lancer qu'il l'enseigne : car juste avant, il parle de celui qui lance pour faire une blessure. Et si un lanceur ordinaire n'est pas exempté par le souvenir, comment l'enseigne-t-il avec voici la règle ?
אֶלָּא אָמַר רָבָא רֵישָׁא מִילֵּי מִילֵּי קָתָנֵי לָהּ וְתַרְתֵּי קָתָנֵי הַזּוֹרֵק וְנִזְכַּר אִי נָמֵי לֹא נִזְכַּר וּקְלָטָהּ אַחֵר כּוּ' וַהֲדַר תָּנֵי כְּלָלָא לַאֲתוּיֵי מַעֲבִיר:
Rava a donc dit : la première partie, il l'enseigne cas par cas, et il enseigne deux [choses] : celui qui lance et s'est souvenu ; ou bien il ne s'est pas souvenu et un autre l'a attrapée, etc. Puis il enseigne la règle pour inclure le ma'avir.
💡 Explication

La règle est placée à la suite des cas de lancer : on ne peut pas la reporter sur le transport. Rava relit donc la mishna comme deux enseignements : (1) celui qui lance et se souvient est exempt ; (2) même sans souvenir, si l'objet est intercepté, il est exempt. La règle finale sert alors à inclure le ma'avir.

5
רַב אַשִּׁי אָמַר: חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: הַזּוֹרֵק וְנִזְכַּר מֵאַחַר שֶׁיָּצְתָה מִיָּדוֹ, קְלָטָהּ אַחֵר אוֹ קְלָטָהּ כֶּלֶב אוֹ שֶׁנִּשְׂרְפָה — פָּטוּר. הָא נָחָה — חַיָּיב. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — שֶׁחָזַר וְשָׁכַח, אֲבָל לֹא חָזַר וְשָׁכַח — פָּטוּר, שֶׁכָּל חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת אֵינָן חַייָּבִין עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתָן וְסוֹפָן שְׁגָגָה.

Rav Achi a dit : il manque [un passage], et voici ce qu'il enseigne : celui qui lance et s'est souvenu après que [l'objet] est sorti de sa main, si un autre l'a attrapé, ou un chien l'a attrapé, ou il a brûlé, il est exempt ; donc s'il s'est posé, il est hayav. À quel cas cela s'applique-t-il ?

Quand il a de nouveau oublié. Mais s'il n'a pas de nouveau oublié, il est exempt, car tous ceux qui sont astreints à des hatat ne sont astreints que si le début et la fin sont chegaga.

📜 Rachi (2)
חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְכוּ' וּלְעוֹלָם חֲדָא קָתָנֵי:
Il manque, etc. : et en réalité il n'enseigne qu'un seul [cas].
שֶׁחָזַר וְשָׁכַח קֹודֶם שֶׁתָּנוּחַ דַּהֲוָה לֵיהּ תְּחִילָּתוֹ וְסוֹפוֹ שְׁגָגָה וְאַשְׁמְעִינַן נִזְכַּר דִּתְנָא בָּהּ לִרְבוּתָא דאע"ג דַּהֲוַאי יְדִיעָה בֵּינְתַיִים מִיחַייַּב דְּאֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר דְּהַייְנוּ כְּאֵין בְּיָדוֹ לְהַחֲזִיר:
Qu'il a de nouveau oublié : avant qu'elle ne se pose, de sorte que son début et sa fin sont chegaga. Et il mentionne nizkar pour nous apprendre une nouveauté : bien qu'il y ait eu une prise de conscience entre-temps, il est hayav, car il n'y a pas de prise de conscience pour une moitié de mesure ; cela revient au cas où il n'est pas en son pouvoir de la ramener.
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר חַסּוֹרֵי מְחַסְּרָא כּוּ' אֵין זֶה מַמָּשׁ חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא דְּמִשְׁנָה כְּמוֹ שֶׁהִיא שְׁנוּיָה יֵשׁ לְפָרֵשׁ כֵּן אֶלָּא כְּדֵי לְפָרְשָׁהּ קָאָמַר בִּלְשׁוֹן חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא:
Rav Achi a dit : il manque, etc. : ce n'est pas vraiment un texte lacunaire, car la mishna telle qu'elle est enseignée peut s'expliquer ainsi ; mais c'est pour l'expliquer qu'il emploie l'expression hassourei mehassra.
💡 Explication

Hassourei mehassra : formule par laquelle la Guemara complète un texte jugé elliptique. Selon Rav Achi, le cas du lanceur hayav suppose qu'il a de nouveau oublié (hazar véchakhah) avant que l'objet ne se pose. Le souvenir intermédiaire ne compte pas, car il survient au milieu d'un chiour (mesure minimale) : c'est la règle ein yedia léhatsi chiour, d'après Rachi. S'il reste conscient jusqu'au dépôt, la fin est zadon et il est exempt.

6
זֶה הַכְּלָל: כָּל חַיָּיבֵי חַטָּאוֹת כּוּ׳. אִיתְּמַר: שְׁתֵּי אַמּוֹת בְּשׁוֹגֵג, שְׁתֵּי אַמּוֹת בְּמֵזִיד, שְׁתֵּי אַמּוֹת בְּשׁוֹגֵג — רַבָּה אָמַר: פָּטוּר. רָבָא אָמַר: חַיָּיב.

Voici la règle : tous ceux qui sont astreints à des hatat, etc. Il a été dit : deux amot par erreur, deux amot volontairement, deux amot par erreur : Rabba a dit : il est exempt.

Rava a dit : il est hayav.

📜 Rachi (2)
ה"ג שֶׁכָּל חַייָּבֵי חַטָּאוֹת כו':
Voici la version : car tous ceux qui sont astreints à des hatat, etc.
אִיתְּמַר ב' אַמּוֹת בְּשׁוֹגֵג ב' אַמּוֹת בְּמֵזִיד ב' אַמּוֹת בְּשׁוֹגֵג רַבָּה אָמַר פָּטוּר רָבָא אָמַר חַייָּב. שְׁתֵּי אַמּוֹת בְּמֵזִיד שֶׁנִּזְכַּר לְאַחַר שְׁתֵּי אַמּוֹת רִאשׁוֹנוֹת וְחָזַר וְשָׁכַח בָּב' הָאַחֲרוֹנוֹת:
Il a été dit : deux amot par erreur, deux amot volontairement, deux amot par erreur ; Rabba a dit : exempt ; Rava a dit : hayav. Deux amot volontairement : il s'est souvenu après les deux premières amot, et il a de nouveau oublié pendant les deux dernières.
💡 Explication

Cas d'école : l'objet parcourt six amot. Pendant les deux premières, la personne ignore ; pendant les deux suivantes elle se souvient ; pendant les deux dernières elle a de nouveau oublié. Le chiour de quatre amot est atteint pendant la phase volontaire. Rabba exempte, Rava rend hayav.

🖼️ Schéma
2 amot chogeg, 2 amot mezid, 2 amot chogeg2 amotchogeg2 amotmezid2 amotchogegdépartarrivéeles 4 amot (chiour) sont atteintes pendant la phase mezidRabba : patourcas du ma'avir (il porte l'objet)il pouvait s'arrêter : le chiours'achève be-mezidmême selon Rabban GamlielRava : hayavcas du zorek (il lance l'objet)il ne pouvait rien retenir : toutest une seule chegagamême selon les RabbananConclusion de la Guemarachacun parle d'un cas différent : pas de mahloket
Le parcours de 6 amot et les positions de Rabba et Rava.
7
רַבָּה אָמַר פָּטוּר, אֲפִילּוּ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּאָמַר אֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר, הָתָם הוּא דְּכִי קָא גָמַר שִׁיעוּרָא — בְּשׁוֹגֵג קָא גָּמַר, אֲבָל הָכָא דִּבְמֵזִיד — לֹא.

Rabba a dit : il est exempt, même selon Rabban Gamliel qui dit : il n'y a pas de prise de conscience pour une moitié de mesure. Là-bas, quand il achève la mesure, il l'achève par erreur ; mais ici, où [il l'achève] volontairement, non.

📜 Rachi (2)
דר"ג לְקַמָּן בְּפֶרֶק הַבּוֹנֶה:
De Rabban Gamliel : plus loin, au perek Haboneh.
הָתָם דְּכִי גָּמַר שִׁיעוּרָא בְּשׁוֹגֵג גָּמַר הַכּוֹתֵב ב' אוֹתִיּוֹת בָּב' הַעֲלָמוֹת דִּמְחַיֵּיב בָּהּ ר"ג בָּאוֹת הַשְּׁנִיָּה נִגְמַר הַשִּׁיעוּר וְאַף הוּא בְּשׁוֹגֵג אֲבָל הָכָא בִּשְׁתֵּי אֶמְצָעִיּוֹת שֶׁהֵן בְּמֵזִיד נִגְמַר הַשִּׁיעוּר כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לָהּ בְּמַעֲבִיר וּשְׁתֵּי אֶמְצָעִיּוֹת מֵזִיד:
Là-bas, quand il achève la mesure, il l'achève par erreur : celui qui écrit deux lettres en deux moments d'oubli, que Rabban Gamliel rend hayav ; c'est à la seconde lettre que la mesure s'achève, et elle aussi est par erreur. Mais ici, la mesure s'achève dans les deux [amot] du milieu, qui sont volontaires, comme il l'explique ensuite : pour le ma'avir, les deux du milieu sont volontaires.
💡 Explication

Ein yedia léhatsi chiour (Rabban Gamliel) : une prise de conscience survenue entre deux moitiés de la mesure ne sépare pas les deux moitiés. Exemple de Rachi : écrire deux lettres en deux moments d'oubli distincts ; la deuxième lettre complète le chiour, et elle est écrite par erreur.

Rabba distingue : ici la mesure (4 amot) est complétée pendant la phase volontaire, donc même Rabban Gamliel exempterait.

8
וּבְמַאי? אִי בְּזוֹרֵק — שׁוֹגֵג הוּא! אֶלָּא בְּמַעֲבִיר.

Et dans quel cas ? Si c'est pour celui qui lance, c'est [tout] par erreur !

C'est donc pour celui qui transporte.

📜 Rachi (2)
שׁוֹגֵג הוּא שֶׁהֲרֵי אֵין בְּיָדוֹ לְעַכְּבָהּ וְכֵיוָן שֶׁחָזַר וְשָׁכַח חַייָּב דְּלָא נִגְמְרָה מְלָאכָה עַד שְׁעַת הַנָּחָה שֶׁהִיא לַסּוֹף וּבְשׁוֹגֵג:
C'est par erreur : puisqu'il n'est pas en son pouvoir de la retenir ; et comme il a de nouveau oublié, il est hayav, car la melakha n'est achevée qu'au moment du dépôt, qui est à la fin et par erreur.
אֶלָּא בְּמַעֲבִיר וְכֵיוָן דִּבְיָדוֹ לַעֲמֹוד בְּסוֹף ב' אַמּוֹת הָאֶמְצָעִיּוֹת אִשְׁתְּכַח דְּגָמַר שִׁיעוּרָא בְּמֵזִיד:
C'est donc pour celui qui transporte : et puisqu'il pouvait s'arrêter à la fin des deux amot du milieu, il se trouve qu'il a achevé la mesure volontairement.
🗂️ Tossefot (1)
וּבְמַאי אִי בְּזוֹרֵק שׁוֹגֵג הוּא אע"ג דְּכִי גָּמַר שִׁיעוּרֵיהּ בְּמֵזִיד גָּמַר מ"מ כֵּיוָן דְּבִתְחִילַּת זְרִיקָה הָוֵי שׁוֹגֵג וְאֵין יָכוֹל לְהַחֲזִירָהּ וּבְהַנָּחָה נָמֵי שׁוֹגֵג הוּא חֲשִׁיב כְּאִילּוּ מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף הָוְיָא חֲדָא שְׁגָגָה:
Et dans quel cas ? Si c'est pour celui qui lance, c'est par erreur : bien que, quand il achève sa mesure, il l'achève volontairement, néanmoins, puisqu'au début du lancer il était chogeg et ne pouvait pas la ramener, et qu'au dépôt aussi il est chogeg, on considère que du début à la fin il y a une seule chegaga.
💡 Explication

Pour le zorek, une fois l'objet lâché, le souvenir ne donne aucun pouvoir d'agir : l'acte reste une seule chegaga. Rabba parle donc forcément du ma'avir, qui aurait pu s'arrêter pendant les amot du milieu.

9
רָבָא אָמַר חַיָּיב, וַאֲפִילּוּ לְרַבָּנַן דְאָמְרִי יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר, הָתָם הוּא דִּבְיָדוֹ, אֲבָל הָכָא דְּאֵין בְּיָדוֹ — לֹא. וּבְמַאי? אִי בְּמַעֲבִיר — הֲרֵי בְּיָדוֹ! וְאֶלָּא בְּזוֹרֵק.

Rava a dit : il est hayav, même selon les Rabbanan qui disent : il y a une prise de conscience pour une moitié de mesure. Là-bas, c'est en son pouvoir ; mais ici, où ce n'est pas en son pouvoir, non.

Et dans quel cas ? Si c'est pour celui qui transporte, c'est en son pouvoir !

C'est donc pour celui qui lance.

📜 Rachi (2)
הָתָם הוּא דִּבְיָדוֹ שֶׁלֹּא לַחֲזֹור וְלִכְתֹּוב הַשְּׁנִיָּה הִלְכָּךְ כִּי חָזַר וְשָׁכַח הָוְיָא לָהּ שְׁגָגָה אַחֲרִיתִי וְלָא גָּמְרָה לְקַמַּיְיתָא:
Là-bas, c'est en son pouvoir : de ne pas recommencer à écrire la seconde [lettre] ; c'est pourquoi, quand il a de nouveau oublié, c'est une autre chegaga, qui ne complète pas la première.
אֲבָל הָכָא אֵין בְּיָדוֹ לְהַחֲזִיר כְּשֶׁנִּזְכַּר כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל בְּזוֹרֵק הִלְכָּךְ כֻּולָּהּ חֲדָא שְׁגָגָה הִיא וּמַר אָמַר חֲדָא וּמַר אָמַר חֲדָא וְלָא פְּלִיגִי:
Mais ici, ce n'est pas en son pouvoir : de [la] ramener quand il s'est souvenu, comme il l'explique ensuite, pour celui qui lance ; c'est pourquoi tout est une seule chegaga. L'un a dit une chose et l'autre a dit une autre chose, et ils ne sont pas en désaccord.
💡 Explication

Selon les Rabbanan, une prise de conscience entre deux moitiés de mesure les sépare (yech yedia léhatsi chiour). Rava explique : cela vaut quand la personne pouvait s'abstenir de la seconde moitié. Pour le zorek, elle n'a aucun pouvoir sur l'objet en vol ; tout reste une seule chegaga, donc hayav.

Résultat : Rabba parle du ma'avir, Rava du zorek. Les deux avis ne s'opposent pas.

10
אָמַר רַבָּה: זָרַק וְנָחָה בְּפִי הַכֶּלֶב אוֹ בְּפִי הַכִּבְשָׁן — חַייָּב. וְהָאֲנַן תְּנַן: קְלָטָהּ אַחֵר אוֹ קְלָטָהּ הַכֶּלֶב אוֹ שֶׁנִּשְׂרְפָה — פָּטוּר! הָתָם דְּלָא מְכַוֵּין, הָכָא דְּקָא מְכַוֵּין.

Rabba a dit : s'il a lancé et [l'objet] s'est posé dans la gueule d'un chien ou dans la bouche d'un four, il est hayav. Mais nous avons appris : si un autre l'a attrapé, ou un chien l'a attrapé, ou il a brûlé, il est exempt !

Là-bas, il ne visait pas [cela] ; ici, il le visait.

📜 Rachi (2)
בְּפִי הַכִּבְשָׁן וְנִשְׂרְפָה בְּשַׁלְהֶבֶת:
Dans la bouche d'un four : et il a brûlé dans la flamme.
הָכָא דְּקָא מִיכַּוֵּין מַחְשַׁבְתּוֹ מְשַׁוְּיָא לֵיהּ מָקוֹם דְּהָא אַחֲשַׁבְיָה:
Ici, il le visait : sa pensée en fait un lieu, puisqu'il lui a donné de l'importance.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא זָרַק בְּפִי כֶּלֶב ל"ג וְנָחָה בְּפִי כֶּלֶב דְּנָחָה מַשְׁמַע מֵעַצְמָהּ כדא"ר יוֹחָנָן בפ"ק (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף ה.) זָרַק חֵפֶץ וְנָח לְתוֹךְ יָדוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ חַייָּב וּמַסִּיק דקמ"ל אַף עַל גַּב דְּלָא אַחֲשַׁבְיָה לִידֵיהּ וְהָכָא מַסִּיק דְּקָא מְכַוֵּין וּמַחֲשַׁבְתּוֹ מְשַׁוְּיָא לֵיהּ מָקוֹם:
Rava a dit : il a lancé dans la gueule d'un chien : on ne lit pas et s'est posé dans la gueule d'un chien, car s'est posé laisse entendre [que cela s'est fait] de soi-même, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan au premier perek (plus haut, Chabbat 5a) : s'il a lancé un objet et qu'il s'est posé dans la main de son prochain, il est hayav ; et la Guemara conclut qu'il nous apprend [cela] bien qu'il n'ait pas donné d'importance à sa main. Ici, elle conclut qu'il le visait, et que sa pensée en fait un lieu.
💡 Explication

La gueule d'un chien n'a pas les dimensions d'un lieu de dépôt (4 tefahim sur 4). Pourtant Rabba rend hayav celui qui y lance volontairement. Principe : mahchavto méchavia leh makom, son intention en fait un lieu. Dans la mishna, le chien happe l'objet par hasard ; sans intention, il n'y a pas de dépôt valable.

Tossefot corrige la version : il faut lire zarak befi kelev (il a lancé dans la gueule), sans vénaha (et il s'est posé), qui suggère un dépôt fortuit.

🖼️ Schéma
Objet arrive dans la gueule d'un chien : quand est-on hayav ?Le chien happe l'objet(cas de la mishna)Il lance vers la gueule du chien(cas de Rabba)Sans intentionla gueule n'est pas un makomAvec intentionmahchavto méchavia leh makompatourpas de hanaha valablehayavpreuve : R. Meir, transport en bouche
Intention ou hasard : la gueule du chien comme lieu de dépôt.
11
אָמַר רַב בִּיבִי בַּר אַבָּיֵי, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: יֵשׁ אוֹכֵל אֲכִילָה אַחַת וְחַיָּיב עָלֶיהָ אַרְבַּע חַטָּאוֹת וְאָשָׁם אֶחָד. הַטָּמֵא שֶׁאָכַל חֵלֶב, וְהוּא נוֹתָר מִן הַמֻּוקְדָּשִׁין, בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Rav Bivi bar Abaye a dit : nous aussi l'avons appris : il y a [un cas où] l'on mange une seule ingestion et l'on est astreint pour elle à quatre hatat et un acham : un [homme] impur qui a mangé du helev (graisse interdite), qui est du notar (resté au-delà du temps permis) de sacrifices, le jour de Kippour.

📜 Rachi (3)
אֲכִילָה אַחַת זַיִת אֶחָד:
Une seule ingestion : une seule olive (kezayit).
ד' חַטָּאוֹת מִשּׁוּם חֵלֶב מִשּׁוּם נוֹתָר מִשּׁוּם אֲכִילַת יוה"כ מִשּׁוּם טֻומְאַת הַגּוּף וְאָכַל קֹדֶשׁ:
Quatre hatat : pour le helev, pour le notar, pour avoir mangé à Yom Kippour, et pour l'impureté du corps en ayant mangé du sacré.
וְאָשָׁם מְעִילוֹת דַּאֲפִילּוּ הוּא כֹּהֵן גַּבֵּי אֵימוּרִים זָר הוּא:
Et un acham de me'ila : car même s'il est cohen, pour les parties brûlées sur l'autel (emourim), il est un étranger (zar).
💡 Explication

Mishna de Keritot : une seule kezayit entraîne quatre hatat (helev, notar, consommation d'un sacrifice en état d'impureté, manger à Kippour) et un acham me'ilot (sacrifice de réparation pour usage profane d'un bien consacré). La preuve pour Rabba vient de la suite de cette mishna.

12
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַף אִם הָיְתָה שַׁבָּת וְהוֹצִיאוֹ [בְּפִיו] — חַייָּב. אָמְרוּ לוֹ: אֵינוֹ מִן הַשֵּׁם. וְאַמַּאי? הָא אֵין דֶּרֶךְ הוֹצָאָה בְּכָךְ! אֶלָּא: כֵּיוָן דְּקָא מִיכַּוֵּין — מַחְשַׁבְתּוֹ מְשַׁוְּיָא לֵיהּ מָקוֹם. הָכָא נָמֵי, כֵּיוָן דְּקָא מִיכַּוֵּין — מַחְשַׁבְתּוֹ מְשַׁוְּיָא לֵיהּ מָקוֹם.

Rabbi Meir dit : de plus, si c'était Chabbat et qu'il l'a sorti [dans sa bouche], il est hayav. Ils lui ont dit : ce n'est pas du même titre.

Mais pourquoi [est-il hayav] ? Ce n'est pas la manière de sortir [un objet] !

C'est donc que, puisqu'il le visait, sa pensée en fait un lieu. Ici aussi, puisqu'il le visait, sa pensée en fait un lieu.

📜 Rachi (4)
אַף אִם הָיְתָה שַׁבָּת כּוּ' וּמִשּׁוּם יוה"כ לָא מִיחַייַּב בְּהוֹצָאָה דְּקָסָבַר אֵין עֵירוּב וְהוֹצָאָה ליוה"כ:
De plus, si c'était Chabbat, etc. : mais pour Yom Kippour il n'est pas hayav pour le transport, car il pense qu'il n'y a pas d'erouv ni de [melakha de] transport à Yom Kippour.
אֵינוֹ מִן הַשֵּׁם אֵין חַטָּאת זוֹ מִשּׁוּם אֲכִילָה אֶלָּא מִשּׁוּם הוֹצָאָה:
Ce n'est pas du même titre : cette hatat ne vient pas de l'ingestion mais du transport.
וְאַמַּאי מִיחַייַּב מִשּׁוּם הוֹצָאָה לְדִבְרֵי הַכֹּל הָא אֵין דֶּרֶךְ לְהוֹצִיא בְּפֶה:
Mais pourquoi : est-il hayav pour le transport, selon tous ? Ce n'est pas la manière de sortir [un objet] dans la bouche !
מַחְשַׁבְתּוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְאוֹכְלָהּ בַּהֲלִיכָתוֹ וְאַחְשְׁבָה לְהוֹצָאָה זוֹ בְּפִיו:
Sa pensée : car il a besoin de la manger en marchant, et il a donné de l'importance à ce transport dans sa bouche.
🗂️ Tossefot (2)
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אִם הָיְתָה שַׁבָּת וְהוֹצִיאוֹ בְּפִיו כּוּ' פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דִּלְהָכִי נְקַט אִם הָיְתָה שַׁבָּת דְּמִשּׁוּם יוה"כ לָא מִיחַייַּב דְּאֵין עֵירוּב וְהוֹצָאָה ליוה"כ וְלָא הָוְיָא מַסְּקָנָא הָכִי בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יד.) דְּנִדְחוּ דִּבְרֵי רַפְרָם שֶׁהָיָה מְפָרֵשׁ כֵּן וּמַסִּיק דִּנְקַט שַׁבָּת כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בְּחַטָּאוֹת וּלְחַיְּיבוֹ אַף מִשּׁוּם שַׁבָּת [ויוה"כ]:
Rabbi Meir dit : si c'était Chabbat et qu'il l'a sorti dans sa bouche, etc. : le Kountras (Rachi) explique qu'il mentionne si c'était Chabbat parce que pour Yom Kippour il n'est pas hayav, car il n'y a pas d'erouv ni de transport à Yom Kippour. Mais la conclusion au perek Amrou lo (Keritot 14a) n'est pas ainsi : les propos de Rafram, qui l'expliquait ainsi, y ont été rejetés, et on y conclut qu'il mentionne Chabbat pour multiplier les hatat et le rendre hayav aussi pour Chabbat [et Yom Kippour].
וְהוֹצִיאוֹ בְּפִיו חַיָּיב כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָא אָתוּ דִּבְלִיעָתוֹ הָוְיָא הַנָּחָה אע"פ שֶׁמְּהַלֵּךְ כִּדְאָמְרִינַן (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף פ.) כְּתִיבָתָן זוֹ הִיא הַנָּחָתָן ואע"ג דְּפִיו לְמַעְלָה מִי' וְאֵינוֹ רָחָב ד' בָּטֵל הוּא אַגַּב רה"ר וְלָא דָּמֵי לְבוּכְיָאר בַּיְּרִיעָה דְּאָמַר בְּרֵישׁ פִּרְקִין (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף צו:) דְּבִמְקוֹם פָּטוּר קָא אָזֵיל דְּהָתָם מְקוֹם קְבִיעוּת הֲוָה טְפֵי וְדָמֵי לִטְרַסְקָל דְּאָמַר בפ"ק (דַּף ה.) דִּלְמַטָּה מִי' הָוֵי רה"ר וְהָכָא אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מִי' בָּטֵל אַגַּב רְשׁוּת הָרַבִּים וְעוֹד דְּמַעֲבִיר לְמַעְלָה מִי' כְּלִמְטַהּ וַחֲשִׁיב מֻונָּח בִּרְשׁוּת הָרַבִּים:
Et l'a sorti dans sa bouche, il est hayav : tout arrive en même temps, car son avalement constitue le dépôt, bien qu'il marche, comme nous l'avons dit (plus haut, Chabbat 80a) : leur écriture, c'est leur dépôt. Et bien que sa bouche soit au-dessus de dix [tefahim] et n'ait pas quatre de large, elle est annulée par rapport au reshout harabim. Ce n'est pas comparable au boukhiar (boîte) dans la toile, dont il est dit au début de notre perek (plus haut, Chabbat 96b) qu'il passe par un makom petour : là-bas c'est un lieu plus fixe, comparable au tarsekal (corbeille) dont il est dit au premier perek (5a) qu'en dessous de dix c'est le reshout harabim ; alors qu'ici, même au-dessus de dix, elle est annulée par rapport au reshout harabim. De plus, celui qui transporte au-dessus de dix est comme [celui qui transporte] en dessous, et [l'objet] est considéré comme déposé dans le reshout harabim.
💡 Explication

Rabbi Meir ajoute une cinquième hatat : si c'est Chabbat et qu'il a transporté la nourriture d'un domaine à l'autre dans sa bouche. Les Hakhamim répondent que cette hatat vient de la hotsaa (transport) et non de l'ingestion, mais ils ne contestent pas l'obligation.

Or transporter dans la bouche n'est pas la manière habituelle : l'obligation s'explique donc par l'intention qui donne à la bouche le statut de lieu. Cela confirme Rabba pour la gueule du chien.

13
הַדְרָן עֲלָךְ הַזּוֹרֵק

Nous reviendrons à toi, [perek] Hazorek.

💡 Explication

Hadran : formule de conclusion d'un chapitre, exprimant l'attachement à l'étude et la promesse d'y revenir.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).