Sougya : Le perek Haboneh s'ouvre sur la mishna qui rend hayav celui qui construit, taille, frappe du marteau ou perce, même pour une quantité minime (kol shehou), selon la règle : tout travail qui subsiste rend hayav. La Guemara cherche à quoi sert une construction si petite, avec un équivalent dans le Michkan : Rabbi Yirmeya, Abaye et Rav Aha bar Yaakov proposent chacun un exemple.
Chmouel rend hayav celui qui cale une pierre ; la Guemara distingue trois rangées du mur. Enfin Rav et Chmouel discutent du titre (boneh ou make bepatich) de trois actes, et Rabbi Yo'hanan range le mesatet sous make bepatich.
MISHNA. Celui qui construit : combien doit-il construire pour être hayav (astreint) ?
Celui qui construit [est hayav pour] une quantité quelconque (kol shehou). Et celui qui taille [la pierre] (mesatet), celui qui frappe avec le marteau (make bepatich) ou avec l'herminette (maatsad), celui qui perce, [pour] une quantité quelconque, est hayav.
Voici la règle : tout celui qui fait un travail, et son travail subsiste, le Chabbat, est hayav. Et de même Rabban Chimon ben Gamliel dit : même celui qui frappe avec la masse sur l'enclume au moment du travail est hayav, parce qu'il est comme celui qui améliore le travail.
Boneh (construire) est l'une des 39 avot melakhot. La mishna enseigne qu'il n'y a pas de quantité minimale : une construction kol shehou suffit, pourvu qu'elle subsiste (mitkayemet).
Make bepatich, le coup de marteau final, désigne tout acte qui achève un travail. Rachi et Tossefot divergent sur l'image de base : pour Rachi, le coup qui détache la pierre du rocher ; pour le Ri, le dernier coup donné sur un ustensile.
GUEMARA. [Une construction d'une] quantité quelconque, à quoi sert-elle ?
Rabbi Yirmeya a dit : car le pauvre creuse un petit trou pour y cacher ses pièces. L'équivalent dans le Michkan : les couturiers des tentures (yeriot) creusaient un trou pour y cacher leurs aiguilles.
Abaye a dit : puisqu'elles rouillent, ils ne faisaient pas ainsi. Plutôt : car le pauvre fait les pieds d'un petit réchaud (pitpoutei kira) pour y poser une petite marmite.
L'équivalent dans le Michkan : ceux qui cuisaient les plantes (samemanim) pour teindre les tentures, dont le travail était incomplet, faisaient les pieds d'un petit réchaud pour y poser un petit chaudron.
Toute melakha doit avoir un modèle dans le travail du Michkan. La Guemara cherche donc une construction minime qui ait une utilité réelle, et son équivalent au Michkan.
Rabbi Yirmeya propose le trou pour cacher des pièces ou des aiguilles. Abaye objecte que les aiguilles rouillent en terre, et propose les pieds d'un petit réchaud, utiles pour compléter une petite quantité de teinture.
Rav Aha bar Yaakov a dit : il n'y a pas de pauvreté dans un lieu de richesse. Plutôt : car le maître de maison qui a un trou dans sa demeure le bouche.
L'équivalent dans le Michkan : une planche (kerech) dans laquelle un ver (derana) est tombé : on y verse du plomb [fondu] et on la bouche.
Ein aniout bimkom achirout : au Michkan tout était prévu en abondance, on n'avait donc pas à teindre de petites quantités. Rav Aha bar Yaakov propose un autre modèle : un propriétaire soigneux bouche un petit trou dans sa maison, comme on bouchait avec du plomb le trou fait par un ver dans une planche du Michkan.
Chmouel a dit : celui qui cale (metsaded) une pierre est hayav. On objecte : l'un pose la pierre et l'autre pose le mortier : celui qui pose le mortier est hayav !
Metsaded : asseoir une pierre en la calant pour qu'elle tienne d'aplomb, sans mortier. Pour Chmouel, c'est déjà une construction. La baraita semble dire le contraire : quand deux personnes se partagent le travail, seul celui qui met le mortier est hayav.
Et selon ton raisonnement, dis la fin : Rabbi Yossi dit : même s'il a monté [la pierre] et l'a posée sur une rangée (dimos) de pierres, il est hayav ! Plutôt, il y a trois [sortes de] constructions : celle du bas, celle du milieu et celle du haut.
Celle du bas demande calage et terre ; celle du milieu demande aussi du mortier ; celle du haut, une simple pose [suffit].
La fin de la baraita rend hayav pour une simple pose, ce qui va plus loin que Chmouel. La Guemara résout la contradiction en distinguant trois rangées : la fondation (calage et terre, cas de Chmouel), les rangées intermédiaires (mortier requis, cas de la baraita) et la rangée supérieure (simple pose, cas de Rabbi Yossi).
Et celui qui taille. Celui qui taille, à quel titre est-il hayav ?
Rav a dit : au titre de boneh (construire) ; Chmouel a dit : au titre de make bepatich. Celui qui fait un trou dans un poulailler : Rav a dit : au titre de construire ; Chmouel a dit : au titre de make bepatich.
Celui qui enfonce une cheville (choufta) dans l'œil (koufina) d'une houe (mara) : Rav a dit : au titre de construire ; Chmouel a dit : au titre de make bepatich.
La question porte sur la toleda : de quel av relève chaque acte ? Pour Rav, ces actes améliorent une structure et relèvent de boneh. Pour Chmouel, ils achèvent un objet et relèvent de make bepatich. L'enjeu pratique concerne notamment l'avertissement (hatraa), qui doit citer le bon titre.
Tossefot soulève le principe ein binyan bekelim (pas de construction pour les ustensiles) et le limite aux assemblages sans solidité ni savoir-faire.
Et il fallait [enseigner chaque cas]. Car si on nous avait enseigné le premier, [on aurait dit que] c'est là que Rav parle, parce que c'est la manière de construire ; mais celui qui fait un trou dans un poulailler, qui n'est pas la manière de construire, dis qu'il reconnaît [la position] de Chmouel.
Et si on nous avait enseigné celui-ci, [on aurait dit que] c'est là que Rav parle, parce que cela ressemble à une construction, puisqu'on le fait pour l'aération ;
La tserikha montre que chaque cas apporte une information : on ne pourrait déduire aucun des trois à partir d'un autre. Le mesatet est la manière habituelle de construire ; le trou du poulailler ressemble aux fenêtres d'une maison ; la cheville de la houe n'a ni l'un ni l'autre.
mais la cheville dans l'œil de la houe, qui n'est pas la manière de construire, dis qu'il reconnaît [la position] de Chmouel. Et si on nous avait enseigné celui-ci, [on aurait dit que] c'est là que Chmouel parle, mais dans ces deux-là, dis qu'il reconnaît [la position] de Rav.
Il fallait [donc enseigner les trois].
Le cas de la houe, le plus éloigné de la construction, montre la force de la position de Rav ; les deux premiers cas montrent la force de la position de Chmouel. Tossefot ajoute que le cas du milieu ne se déduit pas non plus des deux autres.
Rav Natan bar Ochaya a demandé à Rabbi Yo'hanan : celui qui taille, à quel titre est-il hayav ? Il lui a montré de la main : au titre de make bepatich.
Mais nous avons appris : celui qui taille et celui qui frappe avec le marteau ! Dis : celui qui taille, [en tant que] celui qui frappe avec le marteau.
Rabbi Yo'hanan répond par un geste : il frappe du poing sur sa paume. La mishna semble pourtant distinguer le mesatet et le make bepatich. La Guemara corrige la lecture : sans le vav, la mishna dit que le mesatet, qui relève de make bepatich, est hayav pour kol shehou.
Viens et entends :
La Guemara introduit une preuve, citée sur la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).