Shabbat 103a — Percer, cueillir, écrire : la mesure minimale de la melakha

Shabbat 103a

Sougya : La Guemara achève le commentaire de la mishna sur la construction : percer un trou (kodeah), selon Rav et Chmouel, puis le coup de marteau sur l'enclume de Rabban Chimon ben Gamliel. La mishna suivante fixe les mesures des travaux agricoles (labourer, désherber, élaguer, ramasser du bois ou de l'herbe) : la mesure dépend du but.

La baraita sur les oulchin et les zeradim amène la question de l'amélioration involontaire du sol, et donc de pessik reisha selon Rabbi Chimon, avec le cas du champ d'autrui, longuement discuté par Tossefot et le Roch. Enfin la mishna sur l'écriture de deux lettres : main droite ou gauche, lettres identiques ou non, la raison de Rabbi Yossi (rochem) et celle de Rabbi Yehouda (chem katan mishem gadol), puis la baraita qui tire du mot meahat la mesure d'une partie du travail.

Cueillir, couper : la mesure qui rend hayav dépend du butIl détache du solbois, herbe, oulchin, zeradimPour améliorer(le sol ou l'arbre)kol shehoutoute quantitéPour manger(homme)kigrogueretvolume d'une figue sèchePour une bêtekimlo pi hagdiune bouchée de chevreauPour le feu(heseq)cuire un œuf légerbiitsa kalaPrincipe : la mesure minimale est celle qui a déjà une utilité réelle pour le but visé.Améliorer le terrain est utile à partir de rien : d'où kol shehou.Question de la Guemara : toute cueillette n'améliore-t-elle pas le sol ? (voir segment 6)
Mishna et baraita : la mesure de la cueillette selon son but (segments 3-5).
Arracher sans intention d'améliorer le sol : pourquoi exempt ?Baraitapour manger : kigrogueret, et non kol shehouDifficultétout arrachage améliore le sol, donc kol shehou !Rabba et Rav Yossefdans un agam (marécage) :le sol n'a pas besoin d'améliorationAbayemême dans un champ,quand il n'en a pas l'intentionObjectionR. Chimon reconnaît pessik reisha :résultat inévitable = hayavRéponsedans le champ d'autrui :l'amélioration ne lui importe pasLecture des Tossefot et du RochArouh : sans profit, permis mêmea priori (ex. tonneau bouche de lin)Tossefot / Roch : exempt de hatat,mais interdit mide-rabbanan(preuve : ouvrir un abcès, épine)Tossefot : melakha she-einatsrikha legoufa
Amélioration involontaire du sol : agam, absence d'intention, pessik reisha, champ d'autrui (segment 6).
Écrire deux lettres à Chabbat : qui est hayav, et pourquoi ?Mishna : deux lettres= mesure de la melakha d'écrireMaindroite ou gaucheAbaye : ambidextreLettresidentiques (aleph-aleph)ou différentes (aleph-beit)Encredeux encres (dyo, sikra)toute langue, toute écritureRabbi Yossi : rochem (marque)Au Michkan on marquait les planchespour retrouver la paire voisine :une simple marque suffitRabbi Yehouda : chem katanChem de Chimon, Noah de Nahor,Dan de Daniel, Gad de Gadiel :une partie qui forme déjà un motBaraita : meahat (d'une partie)ni le mot entier, ni une seule lettre : deux lettres
La melakha d'écrire : les cas de la mishna et les deux raisons des Tannaim (segments 7-12).
1
הַקּוֹדֵחַ כָּל שֶׁהוּא — חַיָּיב. בִּשְׁלָמָא לְרַב — מֶיחְזֵי כְּמַאן דְּחַר חוֹרְתָא לְבִנְייָנָא, אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל — לָאו גְּמַר מְלָאכָה הוּא! הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — דְּבַזְעֵיהּ בְּרַמְצָא דְפַרְזְלָא וְשַׁבְקֵיהּ בְּגַוֵּויהּ, דְּהַייְנוּ גְּמַר מְלָאכָה.

Celui qui perce [un trou], si petit soit-il, est hayav. Cela se comprend selon Rav : il a l'air de quelqu'un qui creuse un trou pour une construction.

Mais selon Chmouel, ce n'est pas un travail achevé ! De quoi s'agit-il ici ?

D'un cas où il a percé avec un clou de fer et l'a laissé dedans : c'est là un travail achevé.

📜 Rachi (6)
הַקּוֹדֵחַ וְכָל הַקּוֹדֵחַ ע"מ לְמַלֹּאות הוּא לִתְקֹועַ בּוֹ יָתֵד וְשֶׁלֹּא לְמַלֹּאות קָרֵי נוֹקֵב:
Celui qui perce : tout kodeah (percement) est fait pour être rempli, pour y enfoncer une cheville ; et [un trou fait] pour ne pas être rempli s'appelle noker.
בִּשְׁלָמָא לְרַב דְּאָמַר נֶקֶב הָוֵי בִּנְיָן הַאי נָמֵי בִּנְיָן הֲוָה כָּל שֶׁהוּא ואע"פ שֶׁיְּמַלְּאֶנּוּ הֲרֵי הוֹעִיל לַבִּנְיָן שֶׁקּוֹדֵחַ הַחוֹר:
Cela se comprend selon Rav : qui a dit que [faire] un trou est une construction ; ici aussi c'est une construction, si petite soit-elle, et bien qu'il doive le remplir, il a servi la construction en perçant le trou.
חַד חוֹרְתָא קָדַח חוֹר:
[Creuse] un trou : il a percé un trou.
אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר נוֹקֵב לָאו בּוֹנֶה הוּא בִּשְׁלָמָא נֶקֶב דְּלוּל אִיכָּא לְמֵימַר מַכֶּה בְּפַטִּישׁ אֲבָל זֶה שֶׁעוֹמֵד לִסְתֹּום לָאו גְּמַר מְלָאכָה הוּא:
Mais selon Chmouel : qui a dit que celui qui fait un trou n'est pas bone ; pour le trou du poulailler on peut dire [qu'il est hayav pour] makke bapatich, mais celui-ci, destiné à être bouche, n'est pas un travail achevé.
דְּבַזְעֵיהּ בְּרַמְּצָא דְּפַרְזְלָא בְּמַסְמֵר אָרֹוךְ שֶׁל בַּרְזֶל:
Il l'a percé avec un rimtsa de fer : avec un long clou de fer.
וְשַׁבְקֵיהּ בְּגַוֵּויהּ לִתְלֹושׁ בָּהּ:
Et l'a laissé dedans : pour y suspendre [des objets].
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁלָמָא לְרַב מֶיחְזֵי כְּמַאן דְּחַר חוֹרְתָא לְבִנְיָינָא אע"ג דְּלָא דָּמֵי לְעוֹשֶׂה נֶקֶב בָּלוּל שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין דְּהָתָם עָשׂוּי לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא מ"מ מִטַּעַם בִּנְיָן כָּל דְּהוּ מִיחַייַּב כְּמוֹ מְעַיֵּיל שֻׁופְתָּא בְּקוֹפִינָא דְּמָרָא וּמְסַתֵּת אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל דְּמִשּׁוּם בִּנְיָן כָּל דְּהוּ לָא מִיחַייַּב אַמַּאי חַייָּב הָא אֵין כָּאן גְּמַר מְלָאכָה:
Cela se comprend selon Rav : il a l'air de quelqu'un qui creuse un trou pour une construction : bien que cela ne ressemble pas à celui qui fait un trou dans un poulailler, qui est fait pour faire entrer et sortir [l'air], de toute façon il est hayav au titre d'une construction minime, comme celui qui introduit le manche dans l'œil de la houe, ou celui qui taille [la pierre]. Mais selon Chmouel, pour qui on n'est pas hayav au titre d'une construction minime, pourquoi est-il hayav ? Il n'y a pas ici d'achèvement du travail.
💡 Explication

Rav et Chmouel (Chabbat 102b) discutent de celui qui fait un trou dans un poulailler : pour Rav c'est bone (construire), pour Chmouel c'est makke bapatich (coup final). Ici le trou (kodeah) est destiné à recevoir une cheville.

Selon Rav, même un trou qu'on bouchera sert la construction. Selon Chmouel, un trou qui attend sa cheville est un travail inachevé ; il faut donc un cas où le clou reste dans le trou, ce qui achève l'ouvrage.

🖼️ Schéma
Hakodeah kol shehou : percer un trou, à quel titre ?Rav : noker = bonepercer un trou est une constructionmême s'il le rebouchera :il a l'air de préparer un bâtimentChmouel : noker n'est pas boneun trou destiné à recevoir une chevillen'est pas un travail achevé(le trou du poulailler = makke bapatich)Réponse selon Chmouelil a percé avec un long clou de feret l'a laissé dans le trou :c'est un travail achevé
Le trou percé : construction selon Rav, travail achevé selon Chmouel seulement si le clou reste.
2
זֶה הַכְּלָל. ״זֶה הַכְּלָל״ לַאֲתוּיֵי מַאי? לְאֵתוּיֵי דְּחַק קְפִיזָא בְּקַבָּא.

Voici la règle. Que vient inclure voici la règle ?

Elle vient inclure celui qui a creusé [une mesure d']une kefiza dans [un bloc prévu pour] un kav.

📜 Rachi (1)
דָּחַק קְפִיזָא בְּקַבָּא בַּגֹּולֶם גָּדוֹל הָרָאוּי לְחָוק בּוֹ קַב חָקַק שָׁלֹשׁ לֻוגִּין ואע"פ שֶׁעָתִיד לְהוֹסִיף יֵשׁ שֶׁמְּקַיְּימִין כֵּן:
Il a creusé une kefiza dans un kav : dans un grand bloc brut, apte à y creuser [un récipient d']un kav, il en a creusé trois log ; et bien qu'il compte ajouter, il y a des gens qui le laissent ainsi.
💡 Explication

La mishna (102b) énonce : zeh haklal, quiconque fait une melakha dont l'ouvrage subsiste à Chabbat est hayav. La Guemara cherche le cas nouveau que cette règle ajoute : creuser un récipient d'une kefiza (un demi-kav selon la traduction courante ; Rachi parle de trois log) dans un bloc de bois assez grand pour un kav. Bien qu'il compte l'agrandir, l'ouvrage partiel est déjà utilisable tel quel.

3
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַמַּכֶּה בְּקֻורְנָס עַל הַסַּדָּן כּוּ׳. מַאי קָעֲבִיד? רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: מִפְּנֵי שֶׁמְאַמֵּן אֶת יָדוֹ. קָשׁוּ בָּהּ בְּנֵי רַחֲבָה: אֶלָּא מֵעַתָּה, חֲזָא אֻומָּנוּתָא בְּשַׁבְּתָא וּגְמַר, הָכִי נָמֵי דְּמִיחַייַּב? אֶלָּא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: שֶׁכֵּן מְרַדְּדֵי טַסֵּי מִשְׁכָּן עוֹשִׂין כֵּן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף הַמַּכֶּה בְּקֻורְנָס עַל הַסַּדָּן בִּשְׁעַת מְלָאכָה — חַייָּב, שֶׁכֵּן מְרַדְּדֵי טַסֵּי מִשְׁכָּן עוֹשִׂין כֵּן.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui frappe avec le marteau sur l'enclume, etc. Qu'a-t-il fait ?

Rabba et Rav Yossef disent tous deux : parce qu'il exerce sa main. Les fils de Rehava ont objecté : à ce compte, celui qui a vu un métier [pratiqué] à Chabbat et l'a appris, serait-il hayav lui aussi ?

Mais Abaye et Rava disent tous deux : parce que ceux qui aplatissaient les plaques du Michkan faisaient ainsi. On l'a enseigné aussi [dans une baraita] : Rabban Chimon ben Gamliel dit : même celui qui frappe avec le marteau sur l'enclume pendant le travail est hayav, car ceux qui aplatissaient les plaques du Michkan faisaient ainsi.

📜 Rachi (3)
מְאַמֵּן יָדָיו מַרְגִּילָם וּמְכַווְּנָם לְהַכָּאָה הָרְאוּייָה לִמְלָאכָה מַכָּה גְּדוֹלָה אוֹ מַכָּה קְטַנָּה:
Il exerce ses mains : il les habitue et les ajuste au coup qui convient au travail, un grand coup ou un petit coup.
מְרַדְּדֵי טַסֵּי מִשְׁכָּן לְצִיפּוּי קְרָשִׁים:
Ceux qui aplatissaient les plaques du Michkan : pour le revêtement des planches.
עוֹשִׂין כֵּן מֵכִין ג' עַל הַטַּס וְאַחַת עַל הַסַּדָּן לְהַחְלִיק הַקּוּרְנָס שֶׁלֹּא יְבַקַּע הַטַּס שֶׁהוּא דַּק וּבַעֲלֵי מַטְבֵּעַ בִּמְקוֹמֵנוּ רָאִיתִי עוֹשִׂין כֵּן:
Faisaient ainsi : ils frappaient trois [coups] sur la plaque et un sur l'enclume, pour lisser le marteau, afin que la plaque, qui est fine, ne se fende pas. Et j'ai vu les monnayeurs de notre pays faire ainsi.
💡 Explication

Le coup sur l'enclume ne produit rien sur un objet. Première explication : il exerce sa main ; elle est rejetée, car apprendre un savoir-faire n'est pas une melakha.

Deuxième explication : au Michkan, les artisans qui aplatissaient les tassei (plaques) frappaient parfois sur l'enclume pour lisser le marteau (Rachi : trois coups sur la plaque, un sur l'enclume). Ce geste faisait partie du travail du Michkan, il est donc compté comme tel.

4
מַתְנִי׳ הַחוֹרֵשׁ כָּל שֶׁהוּא, הַמְנַכֵּשׁ וְהַמְקַרְסֵם וְהַמְזָרֵד כָּל שֶׁהוּא — חַיָּיב. הַמְלַקֵּט עֵצִים, אִם לְתַקֵּן — כָּל שֶׁהֵן, אִם לְהֶיסֵּק — כְּדֵי לְבַשֵּׁל בֵּיצָה קַלָּה. הַמְלַקֵּט עֲשָׂבִים, אִם לְתַקֵּן — כָּל שֶׁהוּא, אִם לִבְהֵמָה — כִּמְלֹא פִּי הַגְּדִי.

MISHNA. Celui qui laboure, si peu que ce soit, celui qui désherbe, celui qui coupe les branches sèches et celui qui élague, si peu que ce soit, est hayav.

Celui qui ramasse du bois : si c'est pour améliorer, [il est hayav] pour toute quantité ; si c'est pour le feu, pour [la quantité nécessaire à] cuire un œuf léger. Celui qui ramasse de l'herbe : si c'est pour améliorer, pour toute quantité ; si c'est pour une bête, pour la bouchée d'un chevreau.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מְקַרְסֵם קוֹצֵץ עֲנָפִים יְבֵשִׁים מִן אִילָן לְתַקְּנוֹ:
MISHNA. Mekarsem : il coupe les branches sèches d'un arbre pour l'améliorer.
מְזָרֵד זְרָדִין לַחִין חֲדָשִׁים שֶׁל שָׁנָה זוֹ וּפְעָמִים שֶׁהֵן מְרֻובִּין וּמַכְחִישִׁים הָאִילָן וּמִתְייַבְּשִׁין וְקוֹצְצִין אוֹתָם מִמֶּנּוּ:
Mezared : [il coupe] les zeradin, pousses fraîches et nouvelles de cette année ; parfois elles sont nombreuses et affaiblissent l'arbre, elles se dessèchent et on les coupe.
אִם לְתַקֵּן אֶת הָאִילָן אוֹ אֶת הַקַּרְקַע וּקְצָצוֹ מִן הַמְחֻובָּר:
Si c'est pour améliorer : l'arbre ou le sol, et il l'a coupé de ce qui est attaché [au sol].
בֵּיצָה קַלָּה כִּגְרוֹגֶרֶת מִבֵּיצַת תַּרְנְגֹולֶת שָׁקְלָה הִיא לְבַשֵּׁל מִכָּל הַבֵּיצִים:
Un œuf léger : [une quantité] comme une figue sèche d'un œuf de poule, qui est le plus léger à cuire de tous les œufs.
💡 Explication

Travaux dérivés de horech (labourer) et de kotser (moissonner) : menakech (désherber), mekarsem (couper le bois mort), mezared (élaguer les pousses vertes). Quand le but est d'améliorer (letaken) l'arbre ou le sol, toute quantité rend hayav. Quand le but est l'usage du produit, la mesure est celle qui a une utilité : de quoi cuire un œuf léger, ou une bouchée de chevreau.

5
גְּמ׳ לְמַאי חָזֵי? חָזֵי לְבִיזְרָא דִּקְרָא. דִּכְוָותָהּ גַּבֵּי מִשְׁכָּן, שֶׁכֵּן רָאוּי לְקֶלַח אֶחָד שֶׁל סַמָּנִין.

GUEMARA. À quoi sert-il ?

Il sert à [planter] une graine de courge. L'équivalent au Michkan : car il convient pour une seule tige d'herbes tinctoriales.

📜 Rachi (1)
גְּמ' לְבִיזְרָא דִּקְרָא לִזְרֹועַ בְּתוֹכָהּ נִימָא שֶׁל דְּלַעַת ואע"ג דְּשָׁנִינוּ (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף צ:) לְעִנְיַן הוֹצָאַת זֶרַע דְּלוּעִין שְׁנַיִם שֶׁאֵין אָדָם טוֹרֵחַ בְּנִימָא אַחַת ה"מ הוֹצָאָה דְּכִי מַפִּיק תַּרְתֵּי מַפִּיק כִּי הֲדָדֵי שֶׁאֵינוֹ זוֹרֵעַ אַחַת לְבַדָּהּ אֲבָל לְעִנְיַן חֲרִישָׁה כָּל גֻּומָּא וְגֻומָּא בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ עֲבִיד לָהּ:
GUEMARA. Pour une graine de courge : pour y semer une graine de courge. Et bien que nous ayons appris (plus haut, Chabbat 90b) au sujet du transport des graines de courge [que la mesure est] deux, car on ne se donne pas la peine pour une seule graine, cela vaut pour le transport : quand il en sort, il en sort deux ensemble, car on n'en sème pas une seule ; mais pour le labour, chaque trou se fait à part.
💡 Explication

Un labour minime (kol shehou) doit avoir une utilité : il suffit pour semer une graine de courge. Le modèle du Michkan est la culture des samemanim, plantes dont on tirait les teintures des tentures.

6
הַמְנַכֵּשׁ וְהַמְקַרְסֵם וְהַמְזָרֵד. תָּנוּ רַבָּנַן: הַתּוֹלֵשׁ עֻולְשִׁין וְהַמְזָרֵד זְרָדִים, אִם לַאֲכִילָה — כִּגְרוֹגֶרֶת. אִם לִבְהֵמָה — כִּמְלֹא פִּי הַגְּדִי. אִם לְהֶיסֵּק — כְּדֵי לְבַשֵּׁל בֵּיצָה קַלָּה. אִם לְיַיפּוֹת אֶת הַקַּרְקַע — כָּל שֶׁהֵן.

Celui qui désherbe, celui qui coupe les branches sèches et celui qui élague. Les Sages ont enseigné : celui qui arrache des oulchin et celui qui élague des zeradim : si c'est pour manger, [la mesure est] une figue sèche ; si c'est pour une bête, la bouchée d'un chevreau ; si c'est pour le feu, de quoi cuire un œuf léger ; si c'est pour embellir le sol, toute quantité.

📜 Rachi (2)
עֳולָשִׁין עֵשֶׂב שֶׁקּוֹרִין קרישפ"ל:
Oulchin : une herbe qu'on appelle crespel (chicorée frisée).
זְרָדִין מִין קָנִים הֵם וּבְעוֹדָן רַכִּים זוֹרְדִין אוֹתָם לְמַאֲכַל אָדָם נִתְקַשּׁוּ מְעַט רְאוּיִין לְמַאֲכַל בְּהֵמָה יָבְשׁוּ עוֹמְדִין לְהַסָּקָה:
Zeradin : c'est une espèce de roseaux ; tant qu'ils sont tendres on les coupe pour la nourriture de l'homme ; un peu durcis, ils conviennent à la nourriture des bêtes ; secs, ils sont destinés au feu.
🗂️ Tossefot (1)
אִם לִבְהֵמָה כִּמְלֹא פִי הַגְּדִי וְאִם לְהֶיסֵּק פֵּירוּשׁ שֶׁאֵינָם רְאוּיִין לַאֲכִילָה דְּאִי לָאו הָכִי מִיחַייַּב אַשִּׁיעוּרָא זוּטָא כִּדְאָמַר לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף עו.) הַמּוֹצִיא תֶּבֶן כִּמְלֹא פִי פָרָה לְגָמָל חַיָּיב:
Si c'est pour une bête, la bouchée d'un chevreau, et si c'est pour le feu : explication, [il s'agit de tiges] qui ne sont pas propres à la nourriture [humaine] ; car sinon il serait hayav pour la plus petite mesure, comme il est dit plus haut (Chabbat 76a) : celui qui sort de la paille de la quantité d'une bouchée de vache pour un chameau est hayav.
⚖️ Rosh (2)
הַבּוֹנֶה כַּמָּה יִבְנֶה וִיהֵא חַייָּב. הַבּוֹנֶה כָּל שֶׁהוּא. הַמְסַתֵּת וְהַמַּכֶּה בְּפַטִּישׁ וְהַמַּעֲצָד וְהַקּוֹדֵחַ כָּל שֶׁהוּא. זֶה הַכְּלָל כָּל הָעוֹשֶׂה מְלָאכָה וּמְלַאכְתּוֹ מִתְקַיֶּימֶת בַּשַּׁבָּת חַייָּב. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר אַף הַמַּכֶּה בְּקֻורְנָס עַל הַסַּדָּן בִּשְׁעַת מְלָאכָה חַייָּב מִפְּנֵי שֶׁהוּא כִּמְתַקֵּן מְלָאכָה שֶׁכֵּן מְרַדְּדֵי טַסֵּי הַמִּשְׁכָּן עוֹשִׂין כָּךְ. הַחוֹרֵשׁ כָּל שֶׁהוּא וְהַמְנַכֵּשׁ וְהַמְקַרְסֵם וְהַמְזָרֵד כָּל שֶׁהוּא חַיָּיב. הַמְלַקֵּט עֵצִים אִם לְתַקֵּן כָּל שֶׁהוּא אִם לְהֶיסֵּק כְּדֵי לְבַשֵּׁל בֵּיצָה קַלָּה. הַמְלַקֵּט עֲשָׂבִים אִם לְתַקֵּן כָּל שֶׁהוּא אִם לִבְהֵמָה כִּמְלֹא פִי הַגְּדִי:
[Mishna.] Celui qui construit, combien doit-il construire pour être hayav ? Celui qui construit, si peu que ce soit. Celui qui taille [la pierre], celui qui frappe du marteau, celui qui cisèle et celui qui perce, si peu que ce soit. Voici la règle : quiconque fait une melakha et que son ouvrage subsiste à Chabbat est hayav. Rabban Chimon ben Gamliel dit : même celui qui frappe avec le marteau sur l'enclume pendant le travail est hayav, car il est comme celui qui prépare le travail, car ceux qui aplatissaient les plaques du Michkan faisaient ainsi. Celui qui laboure, si peu que ce soit, celui qui désherbe, celui qui coupe les branches sèches et celui qui élague, si peu que ce soit, est hayav. Celui qui ramasse du bois : si c'est pour améliorer, toute quantité ; si c'est pour le feu, de quoi cuire un œuf léger. Celui qui ramasse de l'herbe : si c'est pour améliorer, toute quantité ; si c'est pour une bête, la bouchée d'un chevreau.
גְּמ' תָּנוּ רַבָּנַן הַתּוֹלֵשׁ עֳולָשִׁין וְהַמְזָרֵד זְרָדִין אִם לַאֲכִילָה כִּגְרוֹגָרוֹת אִם לִבְהֵמָה כִּמְלֹא פִּי הַגְּדִי אִם לְהֶיסֵּק כְּדֵי לְבַשֵּׁל בּוֹ בֵּיצָה קַלָּה וְאִם לְיַפּוֹת אֶת הַקַּרְקַע כָּל שֶׁהוּא. אַטּוּ כּוּלְּהוּ לָאו לְיַפּוֹת אֶת הַקַּרְקַע נִינְהוּ. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ בַּאֲגַם שָׁנוּ. אַבַּיֵּי אוֹמֵר אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּשָׂדֶה כְּגוֹן דְּלָא מְכַוֵּין. וְהָא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ מוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת. לָא צְרִיכָא דְּקָעָבֵיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרַיָּא. פִּי' בֶּעָרוּךְ דְּמֵאַחַר שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה כְּלָל בְּיִפּוּי קַרְקַע שֶׁל חֲבֵירוֹ שָׁרִי לְכַתְּחִלָּה ואע"ג דַּהֲוָה פְּסִיק רֵישֵׁיהּ וְהָא דְּאָמַר אַבַּיֵּי וְרָבָא דְּאָמְרוּ תַּרְוַוייְהוּ מוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת שֶׁהוּא אָסוּר הַייְנוּ בְּדָבָר שֶׁהוּא נֶהֱנֶה כְּגוֹן דַּעֲבִיד בְּאַרְעָא דִּידֵיהּ וּכְגוֹן אָב הַקּוֹצֵץ בַּהֶרֶת בְּנוֹ בִּשְׁעַת מִילָה שֶׁהוּא נֶהֱנֶה בַּדָּבָר אֲבָל פְּסִיק רֵישֵׁיהּ דַּעֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ וְאַחַר הַקּוֹצֵץ בַּהֶרֶת בִּשְׁעַת מִילָה שֶׁאֵין נֶהֱנִין בַּדָּבָר מֻותָּרִין לְכַתְּחִלָּה וַאֲפִילּוּ אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן לֵיכָּא. הִלְכָּךְ חָבִית הַפְּקוּקָה בְּפִשְׁתָּן מֻותָּר לְהָסִיר הַפְּקָק וְלִיקַּח מִמֶּנּוּ יַיִן בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁאִי אֶפְשָׁר בְּשָׁעָה שֶׁנּוֹטֵל הַפְּקָק מִן הַפִּשְׁתָּן שֶׁהוּא בִּמְקוֹם בַּרְזָא שֶׁלֹּא יִסְחֹוט וַהֲוָה לֵיהּ פְּסִיק רֵישֵׁיהּ מֵאַחַר שֶׁאֵין נֶהֱנֶה בִּסְחִיטָה זֹאת שֶׁהַיַּיִן נוֹפֵל לָאָרֶץ מֻותָּר. וְנִרְאֶה דְּלָאו רְאָיָה הִיא דְּהָא דְּאָמַר הָכָא לָא צְרִיכָא דַּעֲבַד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ דְּלָאו לְעִנְיַן אִיסּוּר לְכַתְּחִלָּה קָמְפַלֵּיג בֵּין עֲבִיד בְּאַרְעָא דִּידֵיהּ בֵּין עֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ אֶלָּא לְעִנְיַן חִיּוּב חַטָּאת וּפָטוּר קָמְפַלֵּיג דִּבְהָכִי אַייְרֵי אֲבָל לְעִנְיַן אִיסּוּר אֲפִילּוּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן אֲסִיר לְכַתְּחִלָּה מִדְּרַבָּנָן אע"פ שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה בֶּעָרוּךְ מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה (שַׁבָּת דַּף קלג.) וְאַבָּיֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הַאי בְּשַׂר מַאי עָבֵיד לֵיהּ אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא בְּאוֹמֵר אֲבִי הַבֵּן לָקֹוץ בַּהֶרֶת בְּנוֹ קָמִיכַּוֵּין וְאִי אִיכָּא אַחֵר לֶיעְבֵּד אַחֵר כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ דְּלֵיכָּא אַחֵר. אֲבָל אִי הֲוָה אַחֵר מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה אע"ג דִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ הוּא דְּאִי אֶפְשָׁר לָמוּל בְּלֹא קְצִיצַת הַבַּהֶרֶת מֵאַחַר שִׁין נֶהֱנֶה בַּדָּבָר אַלְמָא דְּשָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן פְּסִיק רֵישֵׁיהּ בְּדָבָר שֶׁאֵין נֶהֱנֶה וְאֵינָהּ רְאָיָה דְּהָא דְּבָעֵי הַשַּׁ"ס אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן הַאי בְּשַׂר מַאי עָבֵיד לֵיהּ לָא קָאֵי אַמַּסְּקָנָא דְּסָבַר אַבַּיֵּי דְּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלֹא יָמוּת כִּדְקָאָמַר הָתָם לְבָתַר דְּשַׁמְעֵהּ מֵרָבָא סַבְרַהּ וְלָא קָאֵי אֶלָּא אַהָא דְּאַבַּיֵּי דַּהֲוָה מְשַׁנֵּי מֵעִיקָּרָא לָא צְרִיכָא אֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר אֲבָל לר"ש לָא אִיצְטְרִיךְ קְרָא דְּהָא פְּלִיג אַף בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת דְּאַכַּתִּי לֹא שָׁמַע מֵרָבָא דְּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וּבָעֵי אַבַּיֵּי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּשַׂר מַאי עָבֵיד לֵיהּ אַלְמָא סָבַר אַבַּיֵּי מֵעִיקָּרָא דִּפְלִיג רַבִּי שִׁמְעוֹן אַף בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ הַאי בְּשַׂר מַאי עָבֵיד לֵיהּ אֲבָל בַּמַּסְּקָנָא דְּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ לָא שְׁנָא אָב וְלָא שְׁנָא אַחֵר. וְעוֹד אַף לִדְבָרָיו מָה רְאָיָה מֵבִיא דְּמָצִינוּ לְמֵימַר דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה דְּאִיכָּא אִיסּוּר דְּרַבָּנָן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ דְּאֵין נֶהֱנֶה דִּבְפֶרֶק ר' אֱלִיעֶזֶר דְּמִילָה לָא אַשְׁכְּחַן דִּסְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן אֶלָּא שֶׁמֻּותָּר מִן הַתּוֹרָה. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה בֶּעָרוּךְ מֵהָא דְּאוֹמֵר פֶּרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ דַּף קיז. לָא צְרִיכָא דְּשָׁקִיל לֵיהּ בְּבַרְזָא אע"ג דְּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ מֵאַחַר שֶׁאֵין נֶהֱנֶה מֻותָּר שֶׁאֵין צָרִיךְ לַחֲתִיכוֹת קְטַנּוֹת כָּל כָּךְ. וְאֵינוֹ רְאָיָה כְּמוֹ שפירש"י שָׁם שֶׁאֵין דֶּרֶךְ הַפְּשָׁט בְּכָךְ וְלֵיכָּא אִיסִירָא. וְעוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּמֵאַחַר דְּשָׁקִיל לֵיהּ בְּבַרְזָא אֵין זֶה עוֹר שֶׁאֵין בּוֹ כְּדֵי לַעֲשׂוֹת קָמֵיעַ. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה מֵהַהִיא דְּסֻוכָּה פֶּרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לג:) תָּנוּ רַבָּנַן אֵין מְמַעֲטִין ביו"ט מִשּׁוּם ר' אֶלְעָזָר בַּר' שִׁמְעוֹן אָמְרוּ מְמַעֲטִין פֵּירוּשׁ עִנְבֵי הֲדַס שֶׁפּוֹסְלִין אוֹתוֹ וּפָרִיךְ וְהָא קָמְתַקֵּן מָנָא וּמְשַׁנֵּי הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן שֶׁלִּקְּטָן לַאֲכִילָה וְדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר וּפָרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלֹא יָמוּת וּמְשַׁנֵּי לָא צְרִיכָא דְּאִית לֵיהּ הוֹשַׁעְנָא אַחֲרִיתִי וּמֵאַחַר שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה מֻותָּר אע"ג דְּהָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּמִצְוָה שָׁאנֵי אִי נָמֵי כֵּיוָן דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר מִן הַתּוֹרָה הָכָא אע"ג דִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ הוּא הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ אַחֲרֵינִי שָׁרִי לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּשֶׁמָּא לֹא יְהֵא צָרִיךְ לָזֶה שֶׁתִּקֵּן וְאִיגַּלַּאי מִילְּתֵיהּ דְּלָא תִּקֵּן כְּלִי אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר וְאִי צְרִיךְ לֵיהּ אִיכָּא אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא לָא שָׁרֵינַן אע"ג דְּאִית לֵיהּ הוֹשַׁעְנָא אַחֲרִיתִי. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו מֵהָא דְּאָמַר בִּזְבָחִים בְּשִׁלְהֵי כָּל הַתָּדִיר דַּף צא: הַמִּתְנַדֵּב יַיִן מְבִיאוֹ וּמְזַלְּפוֹ עַל גַּבֵּי הָאִישִּׁים וּפָרִיךְ וְהָא קָמְכְּבָה וּמוּקֵי לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר ואע"ג דְּהָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ דְּאִי אֶפְשָׁר לְזַלֵּף עַל גַּבֵּי הָאִישִּׁים שֶׁלֹּא יִכְבֶּה מַתִּיר רַבִּי שִׁמְעוֹן לְכַתְּחִלָּה מֵאַחַר שֶׁאֵין נֶהֱנֶה. וְיֵשׁ לִדְחוֹת דְּאֶפְשָׁר שֶׁיִּפֹּול עַל עֲצֵי הַמַּעֲרָכָה אוֹ עַל הָאֵבָרִים וְעוֹד קָשֶׁה לְפֵירוּשׁ הֶעָרוּךְ דְּהָא מֵפִיס מֻורְסָא בְּשַׁבָּת לְהוֹצִיא מִמֶּנָּה לֵיחָה פָּטוּר אֲבָל אָסוּר אִי לָאו מִשּׁוּם צַעֲרָא דְּגוּפָא אע"פ דְּאֵינוֹ נֶהֱנֶה בְּבִנְיַן הַפֶּתַח וְגַם אֵינוֹ מְכַוֵּין בְּבִנְיַן הַפֶּתַח אֶלָּא לִנְקִיבָה בְּעָלְמָא כְּדֵי שֶׁתֵּצֵא הַלֵּיחָה. וְגַם קָשֶׁה מִמַּחַט לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ דְּמוּקֵי לָהּ בְּסַנְהֶדְרִין דַּף פד: כַּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ וְדַוְקָא מִשּׁוּם צַעֲרָא דְּגוּפָא ואע"ג דְּאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חַבּוּרָה אֶלָּא לְהוֹצִיא אֶת הַקּוֹץ:
GUEMARA. Les Sages ont enseigné : celui qui arrache des oulchin et celui qui élague des zeradin : si c'est pour manger, une figue sèche ; pour une bête, la bouchée d'un chevreau ; pour le feu, de quoi y cuire un œuf léger ; et pour embellir le sol, toute quantité. Tous ne sont-ils pas [faits] pour embellir le sol ? Rabba et Rav Yossef disent tous deux : on l'a enseigné pour un agam (marécage). Abaye dit : même si tu dis dans un champ, [il s'agit d'un cas] où il n'en a pas l'intention. Mais Abaye et Rava ne disent-ils pas tous deux : Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout (coupe-lui la tête, et il ne mourrait pas ?) ? Ce n'est nécessaire que lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain. L'Arouh explique : puisqu'il ne tire aucun profit de l'embellissement du sol de son prochain, c'est permis à priori, bien que ce soit un pessik reisha ; et ce que disent Abaye et Rava, que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout que c'est interdit, vaut pour une chose dont il profite, comme lorsqu'il le fait dans son propre champ, ou comme le père qui coupe la baheret (tache) de son fils lors de la mila, qui profite de la chose ; mais un pessik reisha fait dans le champ de son prochain, ou un autre [que le père] qui coupe la baheret lors de la mila, qui ne profitent pas de la chose, sont permis à priori, et il n'y a même pas d'interdit mide-rabbanan. C'est pourquoi, pour un tonneau bouche avec du lin, il est permis d'enlever le bouchon et d'en prendre du vin à Chabbat, bien qu'il soit impossible, au moment où il retire le bouchon de lin, qui est à la place du robinet, de ne pas presser, ce qui est un pessik reisha ; puisqu'il ne profite pas de ce pressage, car le vin tombe par terre, c'est permis. Il me semble que ce n'est pas une preuve : quand on dit ici ce n'est nécessaire que lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain, la distinction entre son champ et celui de son prochain ne porte pas sur l'interdit à priori ; elle porte sur l'obligation de hatat ou l'exemption, car c'est de cela qu'il est question ici ; mais quant à l'interdit, même selon Rabbi Chimon c'est interdit à priori mide-rabbanan, bien qu'il n'en profite pas. L'Arouh apporte encore une preuve de ce qui est dit plus loin au perek Rabbi Eliezer demila (Chabbat 133a) : et Abaye, selon Rabbi Chimon, que fait-il de cette chair ? Rav Mecharshia a dit : [il s'agit d'un cas] où c'est le père de l'enfant qui [coupe], il vise à couper la baheret de son fils ; et s'il y a un autre, qu'un autre le fasse, selon Rech Lakich, [ce verset vise le cas] où il n'y a pas d'autre. Mais s'il y avait un autre, ce serait permis à priori, bien que ce soit un pessik reisha, car il est impossible de circoncire sans couper la baheret, puisqu'il ne profite pas de la chose ; on voit donc que Rabbi Chimon permet le pessik reisha pour une chose dont on ne profite pas. Ce n'est pas une preuve : la question du Talmud selon Rabbi Chimon, que fait-il de cette chair, ne se situe pas dans la conclusion où Abaye pense que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout, comme il est dit là-bas : après l'avoir entendu de Rava, il l'a adopté ; elle ne se rapporte qu'à ce qu'Abaye répondait au début : ce n'est nécessaire que selon Rabbi Yehouda, qui dit que la chose non intentionnelle est interdite, mais selon Rabbi Chimon le verset n'est pas nécessaire, puisqu'il diverge même pour pessik reisha vélo yamout ; car il n'avait pas encore entendu de Rava que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha. Et Abaye demande selon Rabbi Chimon : que fait-il de la chair ? On voit donc qu'Abaye pensait au début que Rabbi Chimon diverge même pour pessik reisha : que fait-il de cette chair ? Mais selon la conclusion, que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha, il n'y a pas de différence entre le père et un autre. De plus, même selon ses propres paroles, quelle preuve apporte-t-il ? Nous pouvons dire que Rabbi Chimon reconnaît qu'il y a un interdit mide-rabbanan dans un pessik reisha dont on ne profite pas, car au perek Rabbi Eliezer demila nous ne trouvons Rabbi Chimon tenir que [la chose] est permise selon la Torah. L'Arouh apporte encore une preuve de ce qui est dit au perek Kol kitvei hakodech, page 117a : ce n'est nécessaire que lorsqu'il l'enlève par morceaux (bebirza) ; bien que Rabbi Chimon reconnaisse pour pessik reisha, puisqu'il n'en profite pas c'est permis, car il n'a pas besoin de si petits morceaux. Ce n'est pas une preuve, comme Rachi l'a expliqué là-bas : ce n'est pas ainsi qu'on dépouille, et il n'y a pas d'interdit. On peut encore expliquer que, puisqu'il l'enlève par morceaux, cette peau n'a pas de quoi faire une amulette. Il apporte encore une preuve du traité Soukka, perek Loulav hagazoul (Soukka 33b) : les Sages ont enseigné, on ne diminue pas [les baies du hadass] à Yom tov ; au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon on a dit : on diminue ; explication, les baies du hadass qui le rendent passoul. On objecte : mais il répare un objet ! On répond : de quoi s'agit-il ici ? Il les a cueillies pour les manger, et la chose non intentionnelle est permise. On objecte : mais Abaye et Rava disent tous deux que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout ! On répond : ce n'est nécessaire que lorsqu'il a un autre hochaana ; puisqu'il n'en profite pas, c'est permis, bien que ce soit un pessik reisha. On peut repousser [cette preuve] : une mitsva, c'est différent ; ou encore : puisque Rabbi Chimon pense que la chose non intentionnelle est permise selon la Torah, ici, bien que ce soit un pessik reisha, puisqu'il en a un autre, Rabbi Chimon permet, car peut-être n'aura-t-il pas besoin de celui qu'il a réparé, et il apparaîtra rétroactivement qu'il n'a pas réparé d'objet ; mais selon Rabbi Yehouda, [pour qui] la chose non intentionnelle est interdite, s'il en a besoin il y a un interdit de la Torah, et on ne permet pas, bien qu'il ait un autre hochaana. Il apporte encore une preuve à ses paroles de ce qui est dit dans Zevahim, à la fin de Kol hatadir, page 91b : celui qui offre du vin en don volontaire l'apporte et l'asperge sur les feux [de l'autel] ; on objecte : mais il éteint ! et on l'établit selon Rabbi Chimon, qui dit que la chose non intentionnelle est permise ; et bien que ce soit un pessik reisha, car il est impossible d'asperger sur les feux sans éteindre, Rabbi Chimon permet à priori, puisqu'il n'en profite pas. On peut repousser : il est possible [que le vin] tombe sur le bois du bûcher ou sur les membres [des sacrifices]. Il y a en outre une difficulté contre l'explication de l'Arouh : celui qui ouvre un abcès à Chabbat pour en faire sortir le pus est patour mais [l'acte est] interdit, sans la douleur du corps, bien qu'il ne profite pas de la construction de l'ouverture, et qu'il ne vise pas non plus la construction de l'ouverture, seulement un simple percement pour que le pus sorte. Il y a aussi une difficulté à partir de l'aiguille [avec laquelle] on retire l'épine, qu'on établit dans Sanhédrin page 84b selon Rabbi Chimon, qui dit que pour une melakha she-eina tsrikha legoufa (travail dont on n'a pas besoin pour lui-même) on est patour ; et c'est seulement à cause de la douleur du corps [qu'on permet], bien qu'il ne vise pas à faire une blessure, seulement à retirer l'épine.
💡 Explication

Oulchin : chicorée ou endive sauvage. Zeradim : selon Rachi, une espèce de roseau, comestible jeune, fourrage un peu durci, combustible une fois sec. La baraita ajoute la mesure de l'alimentation humaine, kigrogueret (volume d'une figue sèche), mesure usuelle de l'aliment à Chabbat.

Tossefot : la mesure de la bête et celle du feu visent des tiges impropres à l'homme ; sinon la plus petite mesure s'appliquerait.

7
אַטּוּ כֻּולְּהוּ לָא לְיַפּוֹת אֶת הַקַּרְקַע נִינְהוּ? רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: בַּאֲגַם שָׁנוּ. אַבַּיֵּי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּשָׂדֶה דְּלָאו אֲגַם, וּכְגוֹן דְּלָא קָמִיכַּוֵּין. וְהָא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן, ב״פָּסֵיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יָמוּת״! לָא צְרִיכָא, דְּקָעֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ.

Tous ceux-là ne sont-ils pas [faits] pour embellir le sol ? Rabba et Rav Yossef disent tous deux : on l'a enseigné pour un agam (marécage).

Abaye dit : même si tu dis [qu'il s'agit] d'un champ qui n'est pas un agam, c'est [le cas] où il n'en a pas l'intention. Mais Abaye et Rava ne disent-ils pas tous deux : Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout (coupe-lui la tête, et il ne mourrait pas ?) !

Ce n'est nécessaire que lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain.

📜 Rachi (3)
אַטּוּ כֻּולְּהוּ לָא לְיַפּוֹת אֶת הַקַּרְקַע נִינְהוּ הֲרֵי הַקַּרְקַע מִתְיַיפָּה מֵאֵלָיו:
Tous ceux-là ne sont-ils pas pour embellir le sol : le sol s'embellit de lui-même.
בַּאֲגַם שֶׁאֵין צָרִיךְ לְיַפּוֹת:
Dans un agam : qui n'a pas besoin d'être embelli.
בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ לֹא אִיכְפַּת לֵיהּ לְיַפּוֹת:
Dans le champ de son prochain : il ne lui importe pas de l'embellir.
🗂️ Tossefot (3)
בַּאֲגַם שָׁנוּ וּמַתְנִי' דְּלָא שַׁייָּךְ לְאוֹקְמֵי בַּאֲגַם אוֹמֵר ר"ת דְּאַייְרֵי בְּאִילָן יָבֵשׁ שֶׁאֵינוֹ מְתַקֵּן כְּלוּם:
On l'a enseigné pour un agam : et la mishna, qu'on ne peut pas établir dans un agam, Rabbenou Tam dit qu'elle parle d'un arbre sec, où il n'améliore rien.
לָא צְרִיכָא דַּעֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ פִּי' בֶּעָרוּךְ (עֵרֶךְ סָבַר) דְּבִפְסִיק רֵישֵׁיהּ דְּלָא נִיחָא לֵיהּ כְּגוֹן דְּקָעֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ וּכְגוֹן בְּאַחֵר שֶׁאֵינוֹ אוֹהֲבוֹ וְהַקּוֹצֵץ בַּהֶרֶת בִּשְׁעַת מִילָה שֶׁאֵין לוֹ הֲנָאָה מֻותָּר לְכַתְּחִילָּה וַאֲפִילּוּ אִיסּוּר דְּרַבָּנָן לֵיכָּא וְהִתִּיר ר' חָבִית שֶׁפְּקָקוּהוּ בְּפִשְׁתָּן לְהָסִיר הַפְּקָק וְלִמְשֹׁוךְ מִמֶּנּוּ יַיִן בְּשַׁבָּת אע"פ שא"א שֶׁלֹּא יִסְחֹוט כְּשֶׁמֵּסִיר הַפְּקָק וְהָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ כֵּיוָן דְּאֵינוֹ נֶהֱנֶה בִּסְחִיטָה זֹאת שֶׁהַיַּיִן נוֹפֵל לָאָרֶץ מֻותָּר וְאֵינוֹ נִרְאֶה דְּהָא מֵפִיס מֻורְסָא לְהוֹצִיא מִמֶּנּוּ לֵיחָה הָיָה אָסוּר אִי לָאו מִשּׁוּם צַעֲרָא דְּגוּפָא אע"פ שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה כְּלָל בְּבִנְיַן הַפֶּתַח וְאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין כְּלָל לְבִנְיַן הַפֶּתַח אֶלָּא לִנְקִיבָה בְּעָלְמָא וְכֵן הֵבִיא רַשְׁבָּ"א מִמַּחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ דְּמוּקֵי לָהּ בְּהַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פד:) כר"ש דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ וּמִשּׁוּם צַעֲרָא שָׁרִי ואע"פ שֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה בַּחֲבוּרָה הָיָה אָסוּר אִי לָאו מִשּׁוּם צַעֲרָא דְּגוּפָא וְהָא דְּקָאָמַר לָא צְרִיכָא דַּעֲבִיד בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ הַייְנוּ דְּלָא מִיחַייַּב חַטָּאת אֲבָל אִיסּוּרָא אִיכָּא וְהָא דְּקָאָמַר בְּשִׁילְהֵי כָּל הַתָּדִיר (זְבָחִים דַּף צֵא:) הַמִּתְנַדֵּב יַיִן מְבִיאוֹ וּמְזַלְּפוֹ עַל גַּבֵּי הָאִישִּׁים וּפָרִיךְ וְהָא קָא מְכַבֶּה וּמוּקִי לָהּ כְּר"ש דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר מַייְרֵי דְּלָא הָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ שֶׁמְּזַלְּפוֹ בְּטִיפּוֹת דַּקּוֹת א"נ עַל גַּבֵּי הָאֵיבָרִים אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִכְבֶּה הָאֵשׁ וּבְפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לג:) גַּבֵּי אֵין מְמַעֲטִין בי"ט מִשּׁוּם ר"א. בר"ש אִמְרוּ מְמַעֲטִין וּפָרִיךְ וְהָא קָא מְתַקֵּן מָנָא וּמְשַׁנֵּי כְּגוֹן שֶׁלִּיקְּטָן לַאֲכִילָה וְדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר וּפָרִיךְ וְהָא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מוֹדֶה ר"ש בִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת וּמְשַׁנֵּי לָא צְרִיכָא דְּאִית לֵיהּ הוֹשַׁעְנָא אַחֲרִיתִי מַשְׁמַע כְּפִי' הֶעָרוּךְ דִּכְשֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה מֻותָּר אע"ג דְּהָוֵי פְּסִיק רֵישֵׁיהּ וְלֵיכָּא לְמֵימַר כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ הוֹשַׁעְנָא יַתִּירְתָא אֵינוֹ מְתַקֵּן כְּלוּם דְּא"כ אַמַּאי קָאָמַר הָתָם דְּסָבַר לַהּ כַּאֲבוּהּ דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין מֻותָּר מִיהוּ י"ל דְּאוֹתוֹ תִּיקּוּן מוּעָט כְּמוֹ . מִיעוּט עֲנָבִים דְּלָא אֲסִיר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לֹא גָּזְרוּ חֲכָמִים כְּשֶׁאֵינוֹ נֶהֱנֶה:
Ce n'est nécessaire que lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain : l'Arouh explique (entrée savar) que pour un pessik reisha qui ne lui convient pas, comme lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain, ou [dans celui] d'un autre qu'il n'aime pas, et celui qui coupe la baheret lors de la mila, qui n'en a pas de profit, c'est permis à priori, et il n'y a même pas d'interdit mide-rabbanan. Et Rabbenou a permis, pour un tonneau qu'on a bouche avec du lin, d'enlever le bouchon et d'en tirer du vin à Chabbat, bien qu'il soit impossible de ne pas presser en retirant le bouchon, ce qui est un pessik reisha : puisqu'il ne profite pas de ce pressage, car le vin tombe par terre, c'est permis. Cela ne paraît pas [juste], car celui qui ouvre un abcès pour en faire sortir le pus serait interdit, sans la douleur du corps, bien qu'il ne profite nullement de la construction de l'ouverture et qu'il ne vise nullement la construction de l'ouverture, seulement un simple percement. De même le Rachba a apporté [le cas de] l'aiguille à main pour retirer l'épine, qu'on établit au perek Hanehenakin (Sanhédrin 84b) selon Rabbi Chimon, qui dit que pour une melakha she-eina tsrikha legoufa on est patour ; et c'est à cause de la douleur qu'on permet, et bien qu'il ne profite pas de la blessure, ce serait interdit sans la douleur du corps. Et ce qui est dit ce n'est nécessaire que lorsqu'il le fait dans le champ de son prochain signifie qu'il n'est pas hayav de hatat, mais il y a un interdit. Et ce qui est dit à la fin de Kol hatadir (Zevahim 91b) : celui qui offre du vin l'apporte et l'asperge sur les feux, et on objecte : mais il éteint ! et on l'établit selon Rabbi Chimon, qui dit que la chose non intentionnelle est permise : il s'agit d'un cas qui n'est pas un pessik reisha, car il l'asperge en fines gouttes ; ou bien [il l'asperge] sur les membres, il est possible qu'il n'éteigne pas le feu. Et au perek Loulav hagazoul (Soukka 33b), au sujet de on ne diminue pas à Yom tov, au nom de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon on a dit : on diminue ; on objecte : mais il répare un objet ! et on répond : [le cas] où il les a cueillies pour les manger, et la chose non intentionnelle est permise. On objecte : mais Abaye et Rava disent tous deux que Rabbi Chimon reconnaît pour pessik reisha vélo yamout ! et on répond : ce n'est nécessaire que lorsqu'il a un autre hochaana. Cela laisse entendre, comme l'explication de l'Arouh, que lorsqu'il n'en profite pas c'est permis, bien que ce soit un pessik reisha. Et on ne peut pas dire que, puisqu'il a un hochaana supplémentaire, il ne répare rien, car alors pourquoi est-il dit là-bas qu'il pense comme son père, qui dit que la chose non intentionnelle est permise ? Toutefois on peut dire que, pour cette réparation minime, comme la diminution des baies, qui n'est interdite que mide-rabbanan, les Sages n'ont pas décrété lorsqu'il n'en profite pas.
בְּאַרְעָא דְּחַבְרֵיהּ פִּי' דְּהָוְיָא מְלָאכָה שא"צ לְגוּפָהּ:
Dans le champ de son prochain : explication, c'est une melakha she-eina tsrikha legoufa (travail dont on n'a pas besoin pour lui-même).
💡 Explication

Arracher une plante améliore toujours le sol. Pourquoi la baraita exige-t-elle alors une mesure pour celui qui arrache pour manger ? Première réponse : dans un agam, terrain qui n'a pas besoin d'amélioration. Deuxième réponse (Abaye) : il n'a pas l'intention d'améliorer, et selon Rabbi Chimon le davar she-eino mitkaven (acte non intentionnel) est exempt.

Objection : pessik reisha, résultat inévitable, reste hayav selon Rabbi Chimon. Réponse : dans le champ d'autrui, l'amélioration lui est indifférente. Tossefot discutent la portée de cette exemption (permis à priori selon l'Arouh, ou seulement exempt de hatat) ; voir le schéma 2 et le Roch au segment 5.

8
מַתְנִי׳ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת, בֵּין בִּימִינוֹ בֵּין בִּשְׂמֹאלוֹ, בֵּין מִשֵּׁם אֶחָד בֵּין מִשְּׁנֵי שֵׁמוֹת בֵּין מִשְׁתֵּי סַמָּנִיּוֹת, בְּכָל לָשׁוֹן — חַיָּיב. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: לֹא חִייְּבוּ שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֶלָּא מִשּׁוּם רוֹשֵׁם, שֶׁכָּךְ כּוֹתְבִין עַל קַרְשֵׁי הַמִּשְׁכָּן לֵידַע אֵיזוֹ בֶּן זוּגוֹ. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מָצִינוּ שֵׁם קָטָן מִשֵּׁם גָּדוֹל — ״שֵׁם״ מִשִּׁמְעוֹן וּמִשְּׁמוּאֵל, ״נֹחַ״ מִנָּחוֹר, ״דָּן״ מִדָּנִיֵּאל, ״גָּד״ מִגַּדִּיאֵל.

MISHNA. Celui qui écrit deux lettres, que ce soit de sa main droite ou de sa main gauche, qu'elles soient d'une même sorte ou de deux sortes, ou de deux encres, en toute langue, est hayav.

Rabbi Yossi a dit : on n'a rendu hayav pour deux lettres qu'à cause de la marque, car c'est ainsi qu'on écrivait sur les planches du Michkan, pour savoir laquelle était sa voisine. Rabbi Yehouda a dit : nous avons trouvé un petit nom [issu] d'un grand nom : Chem de Chimon et de Chmouel, Noah de Nahor, Dan de Daniel, Gad de Gadiel.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' בֵּין מִשֵּׁם אֶחָד שְׁתֵּיהֶן אַלְפִין:
MISHNA. Qu'elles soient d'une même sorte : toutes deux des aleph.
מִשְׁתֵּי שֵׁמוֹת אָלֶף בֵּית:
De deux sortes : aleph, beit.
מִשְׁתֵּי סַמָּנִיּוֹת אַחַת בִּדְיוֹ וְאַחַת בְּסִיקְרָא:
De deux encres : l'une à l'encre (dyo), l'autre au rouge (sikra).
בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁל כָּל כְּתָבִים וְגוּפָן שֶׁל כָּל אֻומָּה וְאֻומָּה:
En toute langue : de toutes les écritures et des caractères de chaque peuple.
מִשּׁוּם רֹושֶׁם סִימָן שֶׁהָיוּ עוֹשִׂים בְּקַרְשֵׁי הַמִּשְׁכָּן מִפְּנֵי שֶׁמְּפָרְקִין אוֹתוֹ וְלִכְשֶׁיְּקִימוּהוּ לֹא יְחַלְּפוּ סֵדֶר הַקְּרָשִׁים וַאֲתָא ר' יוֹסֵי לְמֵימַר דַּאֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא רָשַׁם שְׁנֵי רְשִׁימוֹת בְּעָלְמָא לְסִימָן חַיָּיב:
À cause de la marque : un signe qu'on faisait sur les planches du Michkan, car on le démontait, et lorsqu'on le remontait on n'intervertissait pas l'ordre des planches. Rabbi Yossi vient dire que, même s'il n'a pas écrit et n'a fait que deux simples marques en guise de signe, il est hayav.
מָצִינוּ שֵׁם קָטָן כוּ' הָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן רַבִּי יְהוּדָה דאע"ג שֶׁלֹּא נִגְמַר מְלַאכְתּוֹ שֶׁנִּתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב תֵּיבָה גְּדוֹלָה וְכָתַב מִקְצָת וְאוֹתוֹ מִקְצָת הָוְיָא תֵּיבָה הַמִּתְקַייֶּמֶת בְּמָקוֹם אַחֵר חַיָּיב:
Nous avons trouvé un petit nom, etc. : Rabbi Yehouda vient nous apprendre que, bien que son travail ne soit pas achevé, car il voulait écrire un grand mot et n'en a écrit qu'une partie, si cette partie est un mot qui existe ailleurs, il est hayav.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בֵּין בִּימִינוֹ בֵּין בִּשְׂמֹאלוֹ בֵּין מִשּׁוּם שֵׁם אֶחָד בֵּין מִשּׁוּם שְׁנֵי שֵׁמוֹת בֵּין מִשְּׁנֵי סַמָּנִיּוֹת בְּכָל לָשׁוֹן חַיָּיב. רַבִּי יוֹסֵי אָמַר לֹא חִייְּבוּ כּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֶלָּא מִשּׁוּם רוֹשֵׁם שֶׁכֵּן הָיוּ רוֹשְׁמִין עַל הַקְּרָשִׁים לֵידַע אֵיזֶהוּ בֶּן זוּגוֹ. א"ר יְהוּדָה מָצִינוּ שֵׁם קָטָן מִשֵּׁם גָּדוֹל שֵׁם מִשִּׁמְעוֹן שֵׁם מִשְּׁמוּאֵל נֹחַ מִנָּחוֹר דָּן מִדָּנִיאֵל גָּד מִגַּדִּיאֵל. הַכּוֹתֵב בֵּין בְּיָמִין בֵּין בִּשְׂמֹאל אוֹקְמָא אַבָּיֵי בְּשׁוֹלֵט בִּשְׁתֵּי יָדָיו. הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בְּהֶעְלֵם אֶחָד חַיָּיב חַטָּאת. כָּתַב בִּדְיוֹ בְּסַם וּבְסִיקְרָא בְּקוֹמוֹס וּבְקַנְקַנְתּוֹם וּבְכָל דָּבָר שֶׁהוּא רוֹשֵׁם חַיָּיב. עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי זָוִית עַל שְׁנֵי לוּחֵי פִּנְקָס וְהֵן נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה חַיָּיב. הַכּוֹתֵב עַל בְּשָׂרוֹ חַייָּב. הַמְסָרֵט עַל בְּשָׂרוֹ ר' אֱלִיעֶזֶר מְחַייֵּב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. כָּתַב בְּמַשְׁקִין בְּמֵי פֵּירוֹת בַּאֲבַק דְּרָכִים בַּאֲבַק סוֹפְרִים וּבְכָל דָּבָר שֶׁאֵין מִתְקַייֵּם פָּטוּר. כִּלְאַחַר יָדוֹ בְּרַגְלוֹ בְּפִיו וּבְמַרְפְּקוֹ כָּתַב אוֹת אַחַת סָמוּךְ לַכְּתָב וּכְתָב עַל גַּבֵּי כְּתָב נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ח' וְכָתַב שְׁנֵי זַייְנִין אַחַת בָּאָרֶץ וְאַחַת בַּקּוֹרָה עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי בַּיִת וְעַל שְׁנֵי לוּחֵי פִּנְקָס וְאֵין נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה פָּטוּר. כָּתַב אוֹת אַחַת נוֹטָרִיקוֹן רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ ב"ב מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין:
MISHNA. Celui qui écrit deux lettres, que ce soit de sa main droite ou de sa main gauche, qu'elles soient d'une même sorte ou de deux sortes, ou de deux encres, en toute langue, est hayav. Rabbi Yossi dit : on n'a rendu hayav celui qui écrit deux lettres qu'à cause de la marque, car ainsi on marquait les planches pour savoir laquelle était sa voisine. Rabbi Yehouda a dit : nous avons trouvé un petit nom [issu] d'un grand nom : Chem de Chimon, Chem de Chmouel, Noah de Nahor, Dan de Daniel, Gad de Gadiel. Celui qui écrit de la main droite ou de la main gauche : Abaye l'a établi pour celui qui maîtrise ses deux mains. Celui qui écrit deux lettres en un seul oubli est hayav d'une hatat. S'il a écrit à l'encre, avec un colorant, au rouge, à la gomme, au vitriol ou avec toute chose qui laisse une trace, il est hayav. Sur deux murs d'un angle, sur deux tablettes d'un carnet, et qu'elles se lisent l'une avec l'autre, il est hayav. Celui qui écrit sur sa chair est hayav. Celui qui grave sur sa chair, Rabbi Eliezer le rend hayav et les Sages l'exemptent. S'il a écrit avec des liquides, du jus de fruit, la poussière des chemins, la poudre des scribes ou toute chose qui ne subsiste pas, il est patour. [S'il a écrit] de manière inhabituelle (kilahar yado), avec son pied, sa bouche ou son coude ; s'il a écrit une lettre à côté d'un écrit, ou écrit sur un écrit ; s'il voulait écrire un het et a écrit deux zayin ; une [lettre] par terre et une sur la poutre ; sur deux murs de la maison ou sur deux tablettes d'un carnet qui ne se lisent pas l'une avec l'autre, il est patour. S'il a écrit une seule lettre [valant] notarikon (abréviation), Rabbi Yehochoua ben Beteira le rend hayav et les Sages l'exemptent.
💡 Explication

Kotev (écrire) est l'une des 39 melakhot ; sa mesure est de deux lettres. Chem ehad : deux lettres identiques ; chnei chemot : deux lettres différentes (Rachi). Sammaniot : deux encres, par exemple l'encre noire (dyo) et le rouge (sikra).

Deux raisons : Rabbi Yossi y voit le rochem, les marques des planches du Michkan, qu'on démontait et remontait dans le même ordre ; même une simple marque suffit. Rabbi Yehouda : même s'il voulait écrire un mot plus long, deux lettres qui forment déjà un mot existant (chem katan mishem gadol) suffisent.

9
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא אַיָּמִין לִיחַייַּב מִשּׁוּם דְּדֶרֶךְ כְּתִיבָה בְּכָךְ, אֶלָּא אַשְּׂמֹאל אַמַּאי? הָא אֵין דֶּרֶךְ כְּתִיבָה בְּכָךְ! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: בְּאִטֵּר יָד שָׁנוּ. וְתֶהֱוֵי שְׂמֹאל דִּידֵיהּ כְּיָמִין דְּכֻולֵּי עָלְמָא, וְאַשְּׂמֹאל לִיחַייֵּב, אַיָּמִין לָא לִיחַייֵּב! אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: בְּשׁוֹלֵט בִּשְׁתֵּי יָדָיו.

GUEMARA. Pour la main droite, on comprend qu'il soit hayav, car c'est la manière d'écrire ; mais pour la gauche, pourquoi ?

Ce n'est pas la manière d'écrire ! Rabbi Yirmeya a dit : on l'a enseigné pour un gaucher.

Mais alors, que sa gauche soit comme la droite de tout le monde : pour la gauche, qu'il soit hayav, et pour la droite, qu'il ne soit pas hayav ! Mais Abaye a dit : [il s'agit de] celui qui maîtrise ses deux mains.

💡 Explication

Une melakha faite de manière inhabituelle (kilahar yad) exempte de hatat. La main gauche pose donc question. Un iter yad (gaucher) ne résout rien : pour lui la droite deviendrait inhabituelle, alors que la mishna rend hayav pour les deux mains. D'où la réponse d'Abaye : l'ambidextre, pour qui les deux mains sont habituelles.

🖼️ Schéma
Écrire de la main gauche : trois lecturesPersonne ordinairedroite : hayavgauche : écriture inhabituelledonc pourquoi hayav ?R. Yirmeya : iter yad(gaucher)Réfute : sa gauche = notre droitesa droite ne compterait pasAbaye : ambidextre(chalet bichtei yadav)les deux mains sonthabituelles : hayavAutre lecture (Rav Yaakov) : la mishna suit R. Yossi (rochem).Une marque de la main gauche reste une marque.
Main droite ou gauche : gaucher (réfuté), ambidextre (Abaye), ou raison de Rabbi Yossi.
10
רַב יַעֲקֹב בְּרֵהּ דְּבַת יַעֲקֹב אָמַר: הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דַּאֲמַר לֹא חִייְּבוּ שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֶלָּא מִשּׁוּם רוֹשֵׁם. וְהָא מִדְּסֵיפָא רַבִּי יוֹסֵי הִיא, רֵישָׁא לָאו רַבִּי יוֹסֵי! כֻּולָּהּ רַבִּי יוֹסֵי הִיא.

Rav Yaakov, fils de la fille de Yaakov, a dit : de qui est [cette mishna] ? C'est de Rabbi Yossi, qui dit qu'on n'a rendu hayav pour deux lettres qu'à cause de la marque.

Mais puisque la fin est de Rabbi Yossi, le début n'est pas de Rabbi Yossi ! Toute [la mishna] est de Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
גְּמָ' הָא מַנִּי רַבִּי יוֹסֵי הִיא דְּלָא בָּעֵי כְּתִיבָה אֶלָּא רֹושֶׁם בְּעָלְמָא וּבִשְׂמֹאלוֹ רֹושֶׁם מִיהָא הֲוָה:
GUEMARA. De qui est-ce ? C'est Rabbi Yossi : qui n'exige pas une écriture, seulement une simple marque ; et de sa main gauche, c'est au moins une marque.
💡 Explication

Autre solution : pour Rabbi Yossi, la melakha repose sur la marque ; une marque faite de la main gauche reste une marque. On objecte que la mishna cite Rabbi Yossi à la fin, signe que le début suit un autre avis. Réponse : toute la mishna suit Rabbi Yossi, la fin donne la raison du début.

11
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה, מָצִינוּ. אֶלָּא רַבִּי יְהוּדָה שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהֵן שְׁנֵי שֵׁמוֹת הוּא דִּמְחַיֵּיב, שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהֵן שֵׁם אֶחָד — לָא מְחַיֵּיב?

Rabbi Yehouda a dit : nous avons trouvé. Alors, selon Rabbi Yehouda, c'est [pour] deux lettres qui sont de deux sortes qu'il rend hayav, et [pour] deux lettres qui sont d'une même sorte il ne rend pas hayav ?

📜 Rachi (2)
וְהֵן שְׁנֵי שֵׁמוֹת כְּגוֹן הָנָךְ דִּנְקַט בְּמָתְנֵי' שֶׁאֵינָן שָׁווֹת:
Et qui sont de deux sortes : comme ceux que cite la mishna, qui ne sont pas identiques.
הָא ב' אוֹתִיּוֹת וְהֵן שֵׁם אֶחָד כְּגוֹן שֵׁשׁ מִשֵּׁשַׁךְ אוֹ תֵּת מִתַּתְּנַן אוֹ חָח מֵחַחִים לָא מִיחַייַּב מִדְּלָא נְקַט רַבִּי יְהוּדָה חַד מֵהָנָךְ:
Mais deux lettres qui sont d'une même sorte : comme chech de Chechakh, tat de Tatnai, ou hah de Hahim : il ne serait pas hayav, puisque Rabbi Yehouda n'en a cité aucun.
💡 Explication

Tous les exemples de Rabbi Yehouda (chin-mem, noun-het, dalet-noun, guimel-dalet) sont faits de lettres différentes. La Guemara se demande si, pour lui, deux lettres identiques (par exemple chin-chin de Chechakh) ne rendent pas hayav. La réponse vient de la baraita suivante.

12
וְהָתַנְיָא: ״וְעָשָׂה״ — אַחַת. יָכוֹל עַד שֶׁיִּכְתֹּוב כָּל הַשֵּׁם, וְעַד שֶׁיֶּאֱרֹוג כָּל הַבֶּגֶד, וְעַד שֶׁיַּעֲשֶׂה כָּל הַנָּפָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵאַחַת״.

Or il a été enseigné : [le verset dit] veassa (et il a fait) une ; je pourrais penser [qu'il n'est hayav] que lorsqu'il écrit tout le nom, tisse tout le vêtement, ou fabrique tout le tamis ; le verset dit : meahat (d'une).

📜 Rachi (2)
אַחַת כֻּולָּהּ בַּמַּשְׁמָע:
Une : implique la chose entière.
כָּל הַשֵּׁם הַתֵּיבָה קָרוּי שֵׁם:
Tout le nom : le mot est appelé chem (nom).
💡 Explication

La baraita appartient à Rabbi Yehouda (voir la suite, 103b). Le verset de la hatat (Vayikra 4) dit véassa ahat : on pourrait comprendre qu'il faut un travail complet, un mot entier (chem = mot, selon Rachi). Le mot méahat (d'une [partie]) enseigne qu'une partie du travail suffit.

13
אִי ״מֵאַחַת״, יָכוֹל אֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא אוֹת אַחַת, וְלֹא אָרַג אֶלָּא חוּט אֶחָד, וְלֹא עָשָׂה אֶלָּא בַּיִת אֶחָד בַּנָּפָה,

Si c'est méahat, je pourrais penser [qu'il est hayav] même s'il n'a écrit qu'une seule lettre, tissé qu'un seul fil, ou fait qu'une seule maille dans le tamis ;

📜 Rachi (1)
בַּיִת אֶחָד בַּנָּפָה לְאַחַר שֶׁהֵסֵיךְ נְצָרִים שֶׁל שְׁתִי עוֹשֶׂה בַּאֲרִיגַת עֵרֶב נֵצֶר אֶחָד מִלְּמַטָּה וְאֶחָד מִמַּעְלָה וְהֵן קָרַוְיָן בָּתִּים וְהֵם עוֹנְבִין אֶת הַשְּׁתִי כְּדֶרֶךְ רְכִיבָתוֹ וְעוֹמֵד הָאָרִיג וּבַיִת אֶחָד אֵין מִתְקַיֵּים וּמִשּׁוּם דְּלָאו חוּטִין נִינְהוּ קָרֵי לְהוּ בַּיִת כְּמוֹ בָּתֵּי נִירִין שֶׁאֵין לָהּ בָּתֵּי נִירִין אֲחֵרִים:
Une seule maille dans le tamis : après avoir disposé les baguettes de la chaîne, il fait, en tissant la trame, une baguette en dessous et une au-dessus ; on les appelle batim (maisons, mailles). Elles enserrent la chaîne à la manière de son assemblage, et le tissage tient ; une seule maille ne tient pas. Et parce que ce ne sont pas des fils, il les appelle bayit, comme [on dit] batei nirin (lisses), car [le tamis] n'a pas d'autres lisses.
💡 Explication

Le mot méahat pourrait aller jusqu'à la plus petite unité : une lettre, un fil, une maille (bayit). La baraita va fixer la mesure intermédiaire (suite sur 103b) : deux lettres, deux fils, deux mailles, qui forment déjà un ouvrage qui tient.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).