Sougya : La baraita discute de la quantité minimale d'écriture qui rend hayav le Chabbat : le tanna kamma exige un nom court tiré d'un nom long (Chem de Chimon), Rabbi Yehouda au nom de Rabban Gamliel se contente de deux lettres identiques, Rabbi Yossi range cet acte sous rochem (marquer), et Rabbi Chimon exige un travail qui subsiste. La Guemara précise que Rabbi Chimon demande le mot entier, puis explique la drasha de Rabbi Yossi sur 'ahat' et 'hena' (une ou plusieurs hataot).
Elle objecte enfin que le mem de Chem est fermé et celui de Chimon ouvert ; Rav Hisda en déduit qu'une lettre fermée faite ouverte est valable, en s'appuyant sur l'allusion de Rabbi Yehouda ben Betera à la libation d'eau.
L'Écriture dit : 'une'. Comment [concilier] ?
Il n'est hayav que s'il écrit un nom court [tiré] d'un nom long : Chem de Chimon et de Chmouel, Noah de Nahor, Dan de Daniel, Gad de Gadiel. Rabbi Yehouda dit : même s'il n'a écrit que deux lettres et qu'elles sont d'un seul nom, il est hayav, par exemple : chech, tat, rar, gag, hah.
Fin de la baraita commencée à l'amud précédent. Les mots 'méahat' (d'une) et 'ahat' (une) se limitent l'un l'autre : il faut une partie d'un travail, à condition qu'elle forme en elle-même un travail complet. Pour l'écriture, c'est un nom court contenu dans un nom long.
Rabbi Yehouda admet deux lettres identiques (chin-chin, tav-tav...), qui forment à elles seules un mot.
Rabbi Yossi a dit : est-ce au titre d'écrire qu'il est hayav ? Il n'est hayav qu'au titre de marquer, car on marquait les planches du Michkan pour savoir laquelle était sa paire.
C'est pourquoi, s'il a tracé un trait sur deux planches, ou deux traits sur une planche, il est hayav.
Pour Rabbi Yossi, la melakha du Michkan qui sert de modèle est rochem (marquer) : on traçait des signes sur les planches pour les remonter dans le même ordre. Il suffit donc de deux traits qui permettent d'apparier, sans lettre reconnaissable.
Rabbi Chimon dit : 've-asa ahat' (et il fait une) ; je pourrais penser [qu'il n'est hayav] que s'il écrit tout le nom, tisse tout le vêtement, fait tout le tamis ; l'Écriture dit : 'méahat' (d'une). Si 'd'une', je pourrais penser [qu'il est hayav] même s'il n'a écrit qu'une lettre, tissé qu'un fil, fait qu'une maille du tamis ; l'Écriture dit : 'une'.
Comment [concilier] ? Il n'est hayav que s'il fait un travail dont le pareil subsiste.
Rabbi Chimon emploie la même drasha que le tanna kamma, mais formule la règle en termes généraux : une melakha shekéyotsé ba mitkayémet, dont le pareil subsiste, c'est-à-dire une pièce qui a une existence propre.
Rabbi Yossi dit : 've-asa ahat' (et il fait une), 've-asa hena' (et il fait celles-ci) : parfois il est hayav une seule [hatat] pour toutes, et parfois il est hayav pour chacune.
Rabbi Yossi (un autre enseignement) lit dans le verset (Vayikra 4, 2) deux mots opposés : 'une' et 'celles-ci'. La Guemara l'explique aux segments 9-10.
On enseigne en tout cas : Rabbi Yehouda dit : même s'il n'a écrit que deux lettres et qu'elles sont d'un seul nom, il est hayav. Pas de difficulté : l'une est son [avis], l'autre celui de son maître.
Car il a été enseigné : Rabbi Yehouda dit au nom de Rabban Gamliel : même s'il n'a écrit que deux lettres et qu'elles sont d'un seul nom, il est hayav, par exemple chech, tat, rar, gag, hah.
Dans la mishna, Rabbi Yehouda exige deux lettres différentes (il cite Chem de Chimon). Dans la baraita, il se contente de deux lettres identiques. Réponse : la baraita rapporte l'avis de son maître Rabban Gamliel ; la mishna donne son avis propre.
Rabbi Chimon, c'est [l'avis du] tanna kamma ! Et si tu dis que alef alef de 'aazerkha' les sépare : le tanna kamma pense que pour alef alef de 'aazerkha' il n'est pas hayav, et Rabbi Chimon pense que, puisque cela se trouve dans les simples amulettes (galatorei), il est hayav ; cela voudrait dire que Rabbi Chimon est plus sévère ?
Rabbi Chimon et le tanna kamma semblent dire la même chose. On propose une nafka mina : deux alef, début du mot 'aazerkha' (Yechaya 45, 5), ne forment nulle part un mot dans le Tanakh, mais on les écrit dans les amulettes. Pour Rabbi Chimon, cela suffirait à faire un écrit qui subsiste. La Guemara s'étonne : Rabbi Chimon serait-il le plus sévère ?
Or il a été enseigné : celui qui perce une quantité quelconque est hayav ; celui qui racle une quantité quelconque, celui qui tanne une quantité quelconque, celui qui dessine une forme quelconque sur un objet. Rabbi Chimon dit : [il n'est hayav] que s'il perce le tout, racle le tout, tanne le tout, dessine le tout.
Cette baraita montre que Rabbi Chimon est le plus souple : il exige que le travail visé soit achevé en entier. L'hypothèse du segment précédent tombe.
Mais Rabbi Chimon vient nous apprendre ceci : [il n'est hayav] que s'il écrit le nom en entier. Et peux-tu dire cela ?
Il a été enseigné : Rabbi Chimon dit : 'et il fait une' ; je pourrais penser jusqu'à ce qu'il écrive le nom en entier ; l'Écriture dit : 'd'une' ! Corrige et dis ainsi : je pourrais penser jusqu'à ce qu'il écrive le verset en entier ; l'Écriture dit : 'd'une'.
Nouvelle différence : Rabbi Chimon exige le mot entier qu'il voulait écrire, alors que le tanna kamma se contente de Chem tiré de Chimon. La baraita de Rabbi Chimon est corrigée (tarets) : 'méahat' exclut l'exigence du verset entier, pas celle du mot entier.
Rabbi Yossi dit : 'et il fait une', 'et il fait celles-ci' : parfois il est hayav une seule [hatat] pour toutes, et parfois il est hayav pour chacune.
La Guemara reprend la fin de la baraita pour l'expliquer.
Rabbi Yossi, fils de Rabbi Hanina, a dit : quelle est la raison de Rabbi Yossi ? 'Ahat', 'méahat' ; 'hena', 'méhena' : une qui est 'celles-ci', et 'celles-ci' qui sont une.
Le verset dit 'méahat méhena' (d'une de celles-ci). Chaque mot porte un mem superflu : on lit donc à la fois 'ahat' et 'méahat', 'hena' et 'méhena', et l'on combine 'ahat' et 'hena' en deux sens opposés.
'Ahat' : Chimon ; 'méahat' : Chem de Chimon. 'Hena' : les avot ; 'méhena' : les toladot. Une qui est 'celles-ci' : zadon Chabbat et chegagat melakhot. 'Celles-ci' qui sont une : chegagat Chabbat et zadon melakhot.
Zadon Chabbat, chegagat melakhot : il sait que c'est Chabbat mais ignore que ces travaux sont interdits ; chaque travail est un oubli distinct, d'où une hatat par melakha. Chegagat Chabbat, zadon melakhot : il sait que les travaux sont interdits mais oublie que c'est Chabbat ; il n'y a qu'un oubli, d'où une seule hatat.
Rabbi Yehouda a dit : nous trouvons un nom court [tiré] d'un nom long. Est-ce comparable ?
Le mem de Chem est fermé, le mem de Chimon est ouvert ! Rav Hisda a dit : cela veut dire qu'une [lettre] fermée qu'on a faite ouverte est kacher.
Celui qui voulait écrire Chimon a tracé un mem ouvert (mem du milieu du mot). Or Chem s'écrit avec un mem fermé (mem final). Les deux lettres écrites ne forment donc pas vraiment le mot Chem. Rav Hisda en tire une règle : une lettre fermée écrite ouverte reste kacher.
On objecte : 'oukhtavtam' (et vous les écrirez) : que ce soit une écriture parfaite (tama) ; qu'il n'écrive pas des alef [pour des] ayin, des ayin [pour des] alef ; des beit [pour des] kaf, des kaf [pour des] beit ; des guimel [pour des] tsadi, des tsadi [pour des] guimel ; des dalet [pour des] rech, des rech [pour des] dalet ; des hé [pour des] het, des het [pour des] hé ; des vav [pour des] yod, des yod [pour des] vav ; des zayin [pour des] noun, des noun [pour des] zayin ; des têt [pour des] pe, des pe [pour des] têt.
La baraita lit dans 'oukhtavtam' (Devarim 6, 9) le mot tam : écriture parfaite. Elle énumère les lettres qu'on confond, soit à la prononciation (alef/ayin), soit par la forme (beit/kaf, dalet/rech...).
Des [lettres] courbées [pour des] droites, des droites [pour des] courbées ; des mem [pour des] samekh, des samekh [pour des] mem ; des fermées [pour des] ouvertes, des ouvertes [pour des] fermées. Une section ouverte, qu'il n'en fasse pas une fermée ; une fermée, qu'il n'en fasse pas une ouverte.
S'il l'a écrite comme un cantique, ou s'il a écrit le cantique comme elle, ou s'il a écrit sans encre, ou s'il a écrit les azkarot (noms divins) en or, tous ceux-là doivent être mis en guenizah.
La baraita interdit d'écrire une lettre fermée à la place d'une ouverte et inversement : cela contredit Rav Hisda. Elle étend la règle aux sections (paracha petouha et setouma) et à la mise en page des cantiques. Un tel sefer ne peut servir ; on le range en guenizah (dépôt des écrits saints).
Il a parlé selon ce tanna. Car il a été enseigné : Rabbi Yehouda ben Betera dit : il est dit au deuxième [jour] 've-niskeihem', au sixième 'û-nesakhéha', au septième 'ke-mishpatam' : voici mem, yod, mem : mayim (eau).
D'ici une allusion à la libation d'eau, de la Torah.
Dans les sacrifices de Soukkot (Bamidbar 29), trois mots ont une lettre de plus que d'habitude : mem, yod, mem. Ensemble, ils forment mayim. Le premier mem est un mem final (fermé), et Rabbi Yehouda ben Betera le lit comme le mem ouvert du début de mayim. Rav Hisda s'appuie sur ce tanna.
Et puisqu'une [lettre] ouverte qu'on a faite fermée est kacher, une fermée aussi, une fermée qu'on a faite ouverte, est kacher.
Le mem de 've-niskeihem' est lu comme le mem ouvert de mayim, alors qu'il est écrit fermé : une lettre ouverte faite fermée est donc kacher. La Guemara en déduit l'inverse, qui appuie Rav Hisda.
Est-ce comparable ? Une ouverte qu'on a faite fermée —
La Guemara conteste la comparaison ; la suite est à l'amud suivant (104a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).