Sougya : Le daf achève la discussion sur l'écriture du mem ouvert et du mem fermé : Rav Hisda enseigne que le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle, Rabbi Yirmeya que les lettres finales MaNTsePaKh ont été instituées par les Tsofim ; la Gemara conclut que les formes existaient déjà et que les prophètes les ont seulement rétablies après un oubli. Rav Hisda ajoute que l'écriture des Tables se lisait des deux côtés.
Vient ensuite le midrach des enfants (dardekei) rapporté à Rabbi Yehochoua ben Levi : chaque paire de lettres de l'alphabet porte un enseignement (Torah, tsedaka, humilité, techouva, vérité). Le daf se termine par les derachot selon les alphabets At-bach, Ahas-beta et Al-bam sur les méchants, les justes et le Géhinam.
[Pour un ouvert qu'il a rendu fermé,] il l'élève, car Rav Hisda a dit : le mem et le samekh qui étaient sur les Tables tenaient par miracle. Mais [pour un] fermé qu'il a rendu ouvert, il l'abaisse, car Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiyya bar Abba : mem, noun, tsadi, pe, kaf (MaNTsePaKh), les Tsofim (prophètes) les ont institués.
Suite de 103b. On voulait déduire que si une lettre ouverte rendue fermée est valable, l'inverse l'est aussi. La Gemara refuse la comparaison : fermer une lettre ouverte l'élève, car les lettres fermées (mem final, samekh) figuraient déjà sur les Louhot (Tables), comme le montre Rav Hisda ; ouvrir une lettre fermée l'abaisse, car les formes ouvertes auraient été instituées plus tard par les Tsofim (les prophètes).
Rachi précise pourquoi Rav Hisda parle nécessairement du mem fermé : seul son centre est détaché et a besoin d'un miracle. Il en déduit que MaNTsePaKh, chez Rabbi Yirmeya, désigne ici les formes ouvertes.
Et tu le penses ?! N'est-il pas écrit : Ele hamitsvot (Voici les commandements, Vayikra 27,34) : un prophète n'a pas le droit d'innover quoi que ce soit désormais !
En fait, elles existaient, [mais] on ne savait pas laquelle [s'écrit] au milieu du mot et laquelle à la fin du mot, et les Tsofim sont venus et les ont fixées. Mais encore : Ele hamitsvot, un prophète n'a pas le droit d'innover désormais !
En fait, on les avait oubliées, et ils les ont rétablies.
Le verset Ele hamitsvot clôt le livre de Vayikra : après Moche, aucun prophète ne peut ajouter à la Torah. Les Tsofim n'ont donc rien créé. Première réponse : les deux formes existaient, les prophètes ont seulement fixé leur place. La Gemara rejette encore : même fixer la place est une innovation. Réponse finale : tout était donné au Sinaï, l'usage s'était perdu, les prophètes l'ont rétabli.
Conséquence : la distinction entre lettre qui élève et lettre qui abaisse perd son appui, puisque les deux formes remontent au Sinaï.
Revenons au sujet lui-même. Rav Hisda a dit : le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle.
Et Rav Hisda a dit : l'écriture des Tables se lisait de l'intérieur et se lisait de l'extérieur, par exemple : navouv, bouvan ; rahav, bahar ; sarou, ouras.
Les lettres des Tables étaient creusées de part en part. Au centre d'une lettre fermée (samekh, mem final), la pierre n'était rattachée à rien : elle tenait par miracle.
Conséquence du percement : de l'autre face, on lit le texte à l'envers. Rachi : Rav Hisda n'enseigne rien d'autre ; les mots cités (navouv, rahav, sarou) ne figurent pas dans les Dix Paroles, ce sont de simples exemples de mots qui, lus à rebours, donnent un autre mot. Tossefot s'étonne du choix d'exemples absents des Tables.
Les Sages dirent à Rabbi Yehochoua ben Levi : des enfants (dardekei) sont venus aujourd'hui à la maison d'étude et ont dit des choses dont on n'a pas dit l'équivalent même aux jours de Yehochoua bin Noun : alef bet, alef bina (apprends la sagesse). Guimel dalet, guemol dalim (fais du bien aux pauvres).
Pourquoi le pied du guimel est-il tendu vers le dalet ? Car la manière de celui qui pratique la bienfaisance est de courir après les pauvres.
Et pourquoi le pied du dalet est-il tendu vers le guimel ? Pour que [le pauvre] se rende disponible pour lui.
Et pourquoi la face du dalet est-elle détournée du guimel ? Pour qu'il lui donne en secret, afin que [le pauvre] n'ait pas honte de lui.
Début du midrach des lettres : les enfants lisent l'alphabet par paires et tirent un enseignement du nom des lettres et de leur forme. Alef-bet : étudie la Torah (Rachi). Guimel-dalet : guemol dalim, la tsedaka.
Trois détails graphiques : le pied du guimel tendu vers le dalet (le donateur va vers le pauvre), le pied du dalet tendu vers le guimel (le pauvre ne se dérobe pas), la face du dalet tournée dans l'autre sens (le don se fait discrètement). Tossefot rapporte que selon le Yerouchalmi, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua faisaient partie de ces enfants.
Hé vav : c'est le Nom du Saint, béni soit-Il. Zayin het, têt yod, kaf lamed : si tu agis ainsi, le Saint, béni soit-Il, te nourrit (zan), te gratifie (han), te fait du bien (metiv), te donne un héritage (yerouCha) et noue pour toi une couronne (keter) dans le monde futur (laolam haba).
Mem ouvert, mem fermé : parole ouverte, parole fermée. Noun courbe, noun droit : fidèle courbé, fidèle droit.
Hé-vav : un Nom divin (Rachi renvoie à ani vaho, Soukka 45a). Les trois paires suivantes décrivent la récompense de celui qui étudie et donne la tsedaka : chaque lettre ouvre un mot (zan, han, metiv, yerouCha, keter, laolam haba).
Les doubles formes commencent : le mem ouvert et le mem fermé évoquent l'enseignement public et l'enseignement réservé (maase merkava) ; le noun courbe puis droit (final) évoque le neeman, humble dans ce monde, redressé dans le monde futur.
Samekh ayin : soutiens les pauvres (semokh aniyim). Autre version : fais des signes mnémoniques (simanim) dans la Torah et acquiers-la.
Pé courbe, pe droit : bouche ouverte, bouche fermée. Tsadi courbe et tsadi droit : juste courbé, juste droit.
C'est la même chose que fidèle courbé, fidèle droit ! Le texte t'a ajouté une courbure à sa courbure ; d'ici [on apprend] que la Torah a été donnée avec inclinaison de la tête (menoud roch).
Deux lectures du samekh-ayin : la tsedaka (soutenir le pauvre avant qu'il tombe) ou la méthode d'étude (les simanim, moyens mnémotechniques, comme ceux du Talmud selon Rachi).
Pé : savoir quand parler et quand se taire ; Rachi : enseigne quand les autres se retiennent, tais-toi quand il y a plus grand que toi. Le tsadi semble répéter le noun (humble puis redressé). La Gemara répond que la répétition ajoute une humilité supplémentaire : la Torah se reçoit avec crainte, be-menoud roch.
Qouf : kadoch (saint). Rech : racha (méchant).
Pourquoi la face du qouf est-elle détournée du rech ? Le Saint, béni soit-Il, a dit : Je ne peux pas regarder le méchant.
Et pourquoi la couronne (taga) du qouf est-elle tournée vers le rech ? Le Saint, béni soit-Il, a dit : s'il se repent, Je noue pour lui une couronne comme la Mienne.
Et pourquoi le pied du qouf est-il suspendu ? Pour que, s'il se repent, il entre [par là].
Dans l'alphabet, le rech suit le qouf. Rachi : la formule est un lechon mealia (euphémisme) ; en réalité c'est le rech qui tourne le dos au qouf.
Deux détails du qouf parlent de techouva : le taga (petit trait en forme de zayin au bout du toit, selon Rachi) tourné vers le rech, et le pied gauche détaché du toit, qui laisse une ouverture par où le méchant repentant peut entrer.
Qu'il entre par celle-là ! Cela soutient Rech Lakich, car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit : Im lalletsim hou yalits, velaanavim yiten hen (S'il s'agit des railleurs, Il les raille ; aux humbles Il accorde la grâce, Michle 3,34) ?
Celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre ; celui qui vient se purifier, on l'aide.
Objection : le qouf est déjà ouvert en bas ; que le méchant rentre par cette ouverture, pourquoi une ouverture supplémentaire en haut ? Réponse : c'est l'enseignement de Rech Lakich. Celui qui veut fauter trouve une porte, sans aide ni obstacle ; celui qui veut se purifier reçoit en plus une aide du Ciel : on lui prépare une porte à sa hauteur.
Chin : cheker (mensonge). Tav : émet (vérité).
Pourquoi les lettres de cheker sont-elles proches, et celles d'émet éloignées ? Le mensonge est fréquent, la vérité n'est pas fréquente.
Et pourquoi le mensonge se tient-il sur un seul pied, alors que la vérité est posée comme sur des briques ? La vérité tient, le mensonge ne tient pas.
Cheker (chin-qouf-rech) : trois lettres consécutives de l'alphabet, on les trouve tout de suite. Émet (alef-mem-tav) : au début, au milieu et à la fin, il faut parcourir tout l'alphabet.
Deuxième observation, sur la forme : chaque lettre de cheker repose sur un point, celles d'émet ont une base large (Rachi : l'alef a deux pieds). La vérité est stable.
At bach : Moi, il M'a méprisé (oti tiev), le désirerais-Je (etaveh lo) ? Bach : en Moi (bi) il n'a pas désiré, Mon Nom (chemi) reposerait-il sur lui ?
Guer : il a souillé son corps (goufo), aurais-Je pitié de lui (arahem) ? Dak : il a fermé Mes portes (daltotai), ne couperais-Je pas ses cornes (karnav) ?
Jusqu'ici, la mesure des méchants.
Nouveau midrach, fondé sur l'alphabet At-bach : la première lettre est associée à la dernière, la deuxième à l'avant-dernière, etc. (voir le schéma en haut de page). Chaque paire ouvre deux mots : alef-tav, oti tiev / etaveh ; bet-chin, bi / chemi ; guimel-rech, goufo / arahem ; dalet-qouf, daltotai / karnav.
Rachi : toutes ces phrases sont des questions rhétoriques (be-temiha). Elles décrivent la réponse divine au méchant.
Mais la mesure des justes : at bach, si tu as honte (im ata boch). Guer dak : si tu agis ainsi, réside (gour) dans les cieux (badok).
Hets vaf : il y aura une séparation (hatsitsa) entre toi et la colère (af). Za hass tan : et tu ne trembleras pas (mizdazea) devant le Satan.
Yam kal : le [prince du] Gehinam dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, à la mer (layam) tous (kol) !
Les mêmes paires At-bach, lues pour le juste : la honte de fauter lui vaut de résider sous le Trône céleste (Rachi : dok désigne le voile des cieux, Yechaya 40,22), d'être protégé de la colère et du Satan.
Les deux dernières paires (yod-mem, kaf-lamed) ouvrent un dialogue : le prince du Gehinam, appelé yam kol (la mer où tous vont), réclame le monde entier, Israël compris.
Le Saint, béni soit-Il, dit : Ahas Bêta Guif : J'ai pitié d'eux (ani has aleihem), parce qu'ils ont rejeté (baatou) l'adultère (guif). Dakats : ils sont purs (dakim), ils sont honnêtes (kenim), ils sont justes (tsadikim).
Halak : tu n'as pas de part (helek) en eux. Oumarzan chet : le Géhinam dit devant Lui : Maître du monde, mon Maître (mari), nourris-moi (zaneni) de la descendance de Chet.
La réponse divine change d'alphabet : Ahas-bêta, trois rangées de sept lettres lues en colonnes (voir le schéma). Rachi : ces alphabets sont exposés dans le Sefer Yetsira.
Hachem protège Israël, car ils ont rejeté la débauche et sont purs, honnêtes, justes. Le Géhinam insiste : la descendance de Chet désigne toute l'humanité, Israël compris (Rachi).
Il lui dit : Al bam, gan das : où les mènerai-Je (lehekhan olikhan) ? Au jardin de myrte (legan hadas).
Hé'a vaf : le Géhinam dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, je suis épuisé (ayef anokhi). Zats hak : ceux-là sont la descendance d'Yitshak (zaro chel Yitshak).
Tar yech kat : attends (tar), J'ai des groupes et des groupes (kitot) des nations du monde que Je te donnerai.
Troisième alphabet : Al-bam, les deux moitiés de l'alphabet superposées (alef avec lamed, bet avec mem...). Hachem refuse : Israël ira au jardin de myrte, le Gan Éden (Rachi).
Le Géhinam se plaint d'être affamé (Rachi : ayef, épuisé de faim). Hachem répond qu'Israël est la descendance d'Yitshak et qu'il lui sera donné d'autres groupes.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).