Shabbat 104a — Lettres finales, Tables de la Loi et midrash de l'alphabet

Shabbat 104a

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'écriture du mem ouvert et du mem fermé : Rav Hisda enseigne que le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle, Rabbi Yirmeya que les lettres finales MaNTsePaKh ont été instituées par les Tsofim ; la Gemara conclut que les formes existaient déjà et que les prophètes les ont seulement rétablies après un oubli. Rav Hisda ajoute que l'écriture des Tables se lisait des deux côtés.

Vient ensuite le midrach des enfants (dardekei) rapporté à Rabbi Yehochoua ben Levi : chaque paire de lettres de l'alphabet porte un enseignement (Torah, tsedaka, humilité, techouva, vérité). Le daf se termine par les derachot selon les alphabets At-bach, Ahas-beta et Al-bam sur les méchants, les justes et le Géhinam.

Mem fermé et mem ouvert : qui a institué quoi ?Ouvert rendu fermé : il l'élèveRav Hisda : le mem et le samekhdes Tables tenaient par miracledonc le mem fermé remonte au SinaïFermé rendu ouvert : il l'abaisseRabbi Yirmeya : MaNTsePaKh,les Tsofim (prophètes) les ont instituésdonc les formes ouvertes sont plus tardivesQuestion : Ele hamitsvot (Vayikra 27,34)un prophète n'a pas le droit d'innover désormaisRéponse 1les deux formes existaient ; les Tsofim ont fixélaquelle va au milieu, laquelle à la finRéponse 2 (retenue)on les avait oubliées ;les Tsofim les ont rétabliesencore Ele hamitsvotConséquenceles formes ouvertes et fermées remontent toutes au Sinaï :l'argument de l'élève / l'abaisse perd son fondement
Seg. 0-1 : la hiérarchie entre lettres fermées et ouvertes, et comment la Gemara la dissout.
Une gravure qui traverse la pierre : pourquoi le mem et le samekh tiennent par miraclecentrelettre fermée (samekh, mem final) vue de faceLe centre n'est rattaché à rienla lettre est creusée de part en part ;il aurait dû tomber : il tenait par miracleLecture des deux côtésde l'autre face, lettres et mot sont inversésex. navouv / bouvanLettre ouverte (mem ouvert)le centre reste relié : pas de miracle
Seg. 2 : les lettres des Tables traversaient la pierre ; le centre des lettres fermées tenait par miracle.
Trois alphabets de permutation utilisés par le midrach1. At-bach (seg. 9-10) : la 1re lettre s'échange avec la dernière, la 2e avec l'avant-dernière...אבגדהוזחטיכתשרקצפעסנמלalef-tav, bet-chin, guimel-rech, dalet-qouf, hé-tsadi, vav-pe, zayin-ayin ...2. Al-bam (seg. 12) : l'alphabet coupé en deux moitiés posées l'une sur l'autreאבגדהוזחטיכלמנסעפצקרשתalef-lamed, bet-mem, guimel-noun, dalet-samekh, hé-ayin, vav-pe, zayin-tsadi, het-qouf, têt-rech ...3. Ahas-beta (seg. 11) : trois rangées de sept, lues en colonnes ; le tav reste seulאבגדהוזחטיכלמנסעפצקרשתcolonnes : alef-het-samekh, bet-têt-ayin, guimel-yod-pe, dalet-kaf-tsadi, hé-lamed-qouf, vav-mem-rech, zayin-noun-chinRachi : ces alphabets sont tous ordonnés dans le Sefer Yetsira
Seg. 9-12 : les alphabets At-bach, Al-bam et Ahas-beta, base des derachot sur les méchants, les justes et le Géhinam.
1
עַלּוֹיֵי קָא מְעַלֵּי לֵיהּ, דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: מֵ״ם וְסָמֶ״ךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין. אֶלָּא סָתוּם וַעֲשָׂאוֹ פָּתוּחַ — גָּרוֹעֵי קָא מְגָרַע לֵיהּ, דְּאָמַר רַבִּי יִרְמְיָה, וְאִיתֵּימָא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: מִנִּצְפְךָ צוֹפִים אֲמָרוּם.

[Pour un ouvert qu'il a rendu fermé,] il l'élève, car Rav Hisda a dit : le mem et le samekh qui étaient sur les Tables tenaient par miracle. Mais [pour un] fermé qu'il a rendu ouvert, il l'abaisse, car Rabbi Yirmeya a dit, et certains disent Rabbi Hiyya bar Abba : mem, noun, tsadi, pe, kaf (MaNTsePaKh), les Tsofim (prophètes) les ont institués.

📜 Rachi (1)
עַלּוֹיֵי קָא מְעַלֵּי לֵיהּ שֶׁהָיְתָה מֵם סְתוּמָה בַּלּוּחוֹת אֲבָל מֵם פְּתוּחָה לֹא הָיְתָה בַּלּוּחוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ מִנִּצְפְךָ צוֹפִים אֲמָרוּם וְכֵיוָן דְּאָמַר רַב חִסְדָּא מֵם וְסָמֶךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִים לֹא אֶפְשָׁר לְאוֹקוֹמֵיהּ אֶלָּא בִּסְתוּמָה דְּהוֹאִיל וְהַכְּתָב הָיָה נִרְאֶה מִשְּׁנֵי עֶבְרֵיהֶם הָיָה לָהּ לִיפֹּול אִם לֹא שֶׁבְּנֵס הָיָה עוֹמֵד אֲבָל פְּתוּחָה אֵין בָּהּ נֵס ע"כ מִנִּצְפְךָ דְּרַבִּי יִרְמְיָה דְּאָמַר צוֹפִין אֲמָרוּם בִּפְתוּחִים קָאָמַר יֵשׁ שֶׁמַּקְשִׁין סֻוגְיָא זוֹ עַל סֻוגְיָא דְּאָמַר בִּמְגִילָּה דְּרָמֵינַן הָא דְּר' יִרְמְיָה אַהָא דְּרַב חִסְדָּא אַלְמָא תַּרְוַייְהוּ בְּסִתּוּמִין וְאֵין זוֹ קוּשְׁיָא שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס מְהַפֵּךְ הַסְּבָרָא כָּאן כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה וּבְמָקוֹם אַחֵר מְהַפְּכוֹ לְפִי הַקֻּושְׁיָא וְאִי הֲוָה בָּעֵי הָתָם לְתָרוֹצֵי כִּי אִיתְּמַר דְּרַב חִסְדָּא בְּסִתּוּמִין וְדָר' יִרְמְיָה בְּפִתּוּחִין הֲוָה מְתָרֵץ לֵיהּ אֶלָּא תֵּירוּצָא מְעַלְּיָא שְׁנֵי לֵיהּ הָתָם וה"נ:
Il l'élève : car le mem fermé existait sur les Tables, alors que le mem ouvert n'existait pas sur les Tables, comme on l'explique : MaNTsePaKh, les Tsofim les ont institués. Et puisque Rav Hisda a dit que le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle, on ne peut l'appliquer qu'au [mem] fermé : puisque l'écriture était visible des deux côtés, [le centre] aurait dû tomber, s'il ne tenait par miracle ; dans le [mem] ouvert, il n'y a pas de miracle. Par conséquent, le MaNTsePaKh de Rabbi Yirmeya, qui dit que les Tsofim les ont institués, parle des [formes] ouvertes. Certains opposent cette sougya à la sougya de Meguila, où l'on confronte la parole de Rabbi Yirmeya à celle de Rav Hisda, ce qui implique que les deux parlent des [formes] fermées. Il n'y a pas là de difficulté, car la manière du Talmud est de retourner le raisonnement ici pour pouvoir poser la question, et ailleurs de le retourner selon la question. Si [la Gemara] avait voulu répondre là-bas : quand Rav Hisda a parlé, c'était des fermées, et Rabbi Yirmeya des ouvertes, elle aurait pu le répondre ; mais elle a donné la-bas une meilleure réponse, et ici de même.
🗂️ Tossefot (1)
גָּרוֹעֵי קָא מְגָרַע לֵיהּ דְּאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא מַנְצְפַךְ צוֹפִים אֲמָרוּם וא"ת דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּבִפְתוּחָה קָאָמַר דְּצוֹפִים אֲמָרוּם ובפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף ב:) פָּרִיךְ עֲלָהּ דְּר' חִיָּיא בַּר אַבָּא מֵאֵלֶּה הַמִּצְוֹת שֶׁאֵין נָבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר וְעוֹד הָאָמַר רַב חִסְדָּא מֵם וְסָמֶךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִים מַשְׁמַע דר' חַיָּיא בִּסְתוּמָה אַייְרֵי ואור"י דְּהָכִי קָאָמַר הָתָם. וְעוֹד הָאָמַר רַב חִסְדָּא וְעוֹד אִי רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא בִּסְתוּמָה אַייְרֵי תִּקְשֶׁה נָמֵי דְּרַב חִסְדָּא אֶלָּא וַדַּאי בִּפְתוּחָה אַייְּרִי וְהָא דִּנְקַט מִנִּצְפָךְ וְלָא נְקַט לְהוּ כְּסֵדֶר אַלְפָא בֵּיתָא מִשּׁוּם דְּמִנִּצְפָךְ מַשְׁמַע מִן צוֹפִים:
Il l'abaisse, car Rabbi Hiyya bar Abba a dit : MaNTsePaKh, les Tsofim les ont institués. Si tu objectes : ici il ressort que c'est des [formes] ouvertes qu'il dit que les Tsofim les ont instituées, alors qu'au premier chapitre de Meguila (2b) [la Gemara] objecte à Rabbi Hiyya bar Abba : Ele hamitsvot, [d'où l'on apprend] qu'un prophète n'a pas le droit d'innover quoi que ce soit ; et encore, Rav Hisda n'a-t-il pas dit que le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle ? Cela implique que Rabbi Hiyya parle du [mem] fermé. Le Ri répond que voici ce que [la Gemara] dit là-bas : et encore, Rav Hisda n'a-t-il pas dit, c'est-à-dire : de plus, si Rabbi Hiyya bar Abba parlait du [mem] fermé, Rav Hisda aussi poserait difficulté ; c'est donc certainement des [formes] ouvertes qu'il parle. Et s'il a dit MaNTsePaKh sans les citer dans l'ordre de l'alphabet, c'est parce que MaNTsePaKh se lit min tsofim (des Tsofim).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָמַר רַב חִסְדָּא: מֵם וְסָמַךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת, בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִים. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּתוֹךְ מֵם סֶמֶךְ יֵשׁ מִסְפַּר נֵס כִּי נוֹדַע מִכִּתְבֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּאוֹת מ' בִּמְלוֹאָהּ תְּמַלֵּא לִפְעָמִים בְּיוֹ"ד גַּם כֵּן כָּזֶה 'מַיִם' וְנִמְצָא לְפִי זֶה מִלּוּי מֵם שֶׁבַּלּוּחוֹת עוֹלֶה נֵס [110] , וְלָזֶה אָמַר בְּנֵס עוֹמְדִים , וְלָכֵן הַתּוֹרָה נִקְרֵאת סַם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (קִידּוּשִׁין ל:) 'וְשַׂמְתֶּם' - סַם תָּם, וְכֵן אָמַר רָבָא זָכָה נַעֲשֵׂית לוֹ סַמָּא דְּחַיֵּי וְכוּ', יַעַן כִּי אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ הֵם בְּנֵס עוֹמְדִים לְכָךְ נִקְרֵאת הַתּוֹרָה עֲלֵיהֶם, וְלָכֵן גַּם הָאָרוֹן שֶׁבּוֹ הַלּוּחוֹת בְּנֵס עוֹמֵד, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מְגִילָּה י:) מְקוֹם הָאָרוֹן אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה וּבְנֵס עוֹמֵד. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לְמַסְוֶה עַל שֵׁם הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת ס"מ, וְהִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים שֶׁבִּכְתָב, וְשִׁשָּׁה סְדָרִים עַל פֶּה, הֲרֵי אוֹתִיּוֹת 'מַסְוֶה' וְזָכָה לְחֵן זֶה בִּזְכוּת הַתּוֹרָה.
Rav Hisda a dit : le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle (nés). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans mem-samekh se trouve le nombre de nés. On sait par les écrits de notre maître le Ari z.l. que la lettre mem, écrite en plein (miloui), s'écrit parfois aussi avec un yod, ainsi : mem-yod-mem ; il en résulte que le miloui du mem des Tables donne nés [110]. C'est pourquoi il dit : ils tenaient be-nés. C'est pourquoi aussi la Torah est appelée sam (remède), comme on l'a dit dans la Gemara (Kiddouchin 30b) : vesamtem, sam tam (un remède parfait), et comme a dit Rava : s'il en est digne, elle devient pour lui un remède de vie, etc. Parce que ces lettres tiennent par miracle, la Torah est désignée d'après elles. C'est pourquoi aussi l'Arche, qui contenait les Tables, tenait par miracle, car nos maîtres z.l. ont dit (Meguila 10b) : l'emplacement de l'Arche n'entre pas dans la mesure, il tient par miracle. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que Moche Rabbenou a mérité le voile (masvé), au nom de la Torah appelée samekh-mem : elle comprend cinq livres écrits et six ordres oraux [hé-vav], ce qui donne les lettres de masvé ; il a obtenu cette grâce par le mérite de la Torah.
מנצפ"ך, צוֹפִים אֲמָרוּם. הָא דְּנָקְטִי לְהוּ שֶׁלֹּא כְּסִדְרָן כִּי סִדְרָן הוּא כמנפ"ץ , נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י סוֹף בֵּיאוּר אר"ז, כִּי אוֹתִיּוֹת מ"ן שֶׁהֵם נֶצַח וְהוֹד נִמְתְּקוּ, וְאוֹתִיּוֹת צפ"ך שֶׁהֵם חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] לֹא נִמְתְּקוּ יְעֻוייַּן שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הַדָּבָר דְּנָקְטִי לְהוּ לְאוֹתִיּוֹת 'מִנ' בָּרִאשׁוֹנָה דְּאֵלּוּ נִמְתְּקוּ, וְאַחֲרֵיהֶם תָּפְסוּ 'צפ"ך' עַל פִּי סֵדֶר חג"ת, דְּנָקְטִי לְהוּ כְּפִי סֵדֶר הַסְּפִירוֹת וְלֹא כְּסֵדֶר הָאוֹתִיּוֹת. אוֹ יוּבָן בס"ד דְּנָקְטִי לְאוֹתִיּוֹת צפ"ך שֶׁלֹּא כְּסִדְרָן לְהוֹרוֹת דְּאֵלּוּ לֹא נִמְתְּקוּ, וּלְכָךְ עָשׂוּ בָּהֶם שִׁנּוּי לְסִימָן וְנִקְטָנֵהוּ מֵעִילָּא לְתַתָּא בְּעֵרֶךְ הַמִּסְפָּר שֶׁלָּהֶם, אֲבָל סֵדֶר מְקוֹמָם הוּא הָפוּךְ, כִּי כָּל קְרִיאָה שֶׁל אוֹתִיּוֹת לְמַפְרֵעַ הֵם דִּין בְּסוֹד אוֹר חוֹזֵר, וְהוּא טַעַם נָכוֹן בעזה"י. אוֹ יוּבָן בס"ד טַעַם עַל פִּי הַפְּשָׁט, דְּשִׁינָּה סִדְרָן לְהוֹרוֹת דְּלָאו עַל אוֹתָם אוֹתִיּוֹת הַנִּכְתָּבִים בְּרֹאשׁ וְאֶמְצַע תֵּיבוֹת אַייְרֵי, שֶׁהֵם מֵ"ם פְּתוּחָה ונ"ן וְצָדִ"י וְכָ"ף וּפֵ"ה הַכְּפוּפִים, אֶלָּא מַיְירֵי רַבִּי יִרְמְיָה בְּאוֹתָם שֶׁהֵם נֶחְשָׁבִים אֶצְלֵינוּ לְאוֹתִיּוֹת מְשֻׁונּוֹת, שֶׁאֵינָן נִכְתָּבִים לֹא בָּרֹאשׁ וְלֹא בְּאֶמְצַע אֶלָּא רַק בַּסּוֹף לְכָךְ שִׁינָּה סִדְרָן לוֹמַר דְּאַיְירֵי בְּאוֹתָם הַמְשֻׁונִּים.
MaNTsePaKh, les Tsofim les ont institués. On les cite hors de leur ordre, leur ordre étant KaMNaPaTs. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [l'expliquer] d'après ce qu'a dit notre maître le Ari z.l. dans Chaar Maamarei Rachbi, à la fin de l'explication de A.R.Z. : les lettres mem-noun, qui sont Netsa'h et Hod, ont été adoucies, et les lettres tsadi-pe-kaf, qui sont HaGaT ['Hessed, Guevoura, Tiferet], n'ont pas été adoucies ; voir là-bas. On comprend ainsi qu'on cite d'abord les lettres mem-noun, car elles ont été adoucies, et ensuite tsadi-pe-kaf selon l'ordre HaGaT : on les cite selon l'ordre des sefirot et non selon l'ordre des lettres. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, qu'on cite tsadi-pe-kaf hors de leur ordre pour indiquer qu'elles n'ont pas été adoucies ; on leur a fait un changement comme signe, et on les a citées de haut en bas selon leur valeur numérique, alors que l'ordre de leur place est inverse, car toute lecture de lettres à rebours est din (rigueur), selon le sod de l'or hozer (lumière qui revient) ; c'est une raison juste, avec l'aide de D.ieu. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, une raison selon le pchat : il a changé leur ordre pour indiquer qu'il ne s'agit pas des lettres écrites au début et au milieu des mots, à savoir le mem ouvert, le noun, le tsadi, le kaf et le pe recourbés, mais que Rabbi Yirmeya parle de celles que nous considérons comme des lettres particulières, qui ne s'écrivent ni au début ni au milieu mais seulement à la fin ; c'est pourquoi il a changé leur ordre, pour dire qu'il parle de ces lettres particulières.
💡 Explication

Suite de 103b. On voulait déduire que si une lettre ouverte rendue fermée est valable, l'inverse l'est aussi. La Gemara refuse la comparaison : fermer une lettre ouverte l'élève, car les lettres fermées (mem final, samekh) figuraient déjà sur les Louhot (Tables), comme le montre Rav Hisda ; ouvrir une lettre fermée l'abaisse, car les formes ouvertes auraient été instituées plus tard par les Tsofim (les prophètes).

Rachi précise pourquoi Rav Hisda parle nécessairement du mem fermé : seul son centre est détaché et a besoin d'un miracle. Il en déduit que MaNTsePaKh, chez Rabbi Yirmeya, désigne ici les formes ouvertes.

2
וְתִיסְבְּרָא?! וְהָכְתִיב: ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״ — שֶׁאֵין הַנָּבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה! אֶלָּא מִיהְוָה הֲוַאי, מִידָּע לָא הֲוָה יָדְעִין הֵי בְּאֶמְצַע תֵּיבָה הֵי בְּסוֹף תֵּיבָה, וְאָתוּ צוֹפִים תִּקְנִינְהוּ. וְאַכַּתִּי ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״ — שֶׁאֵין הַנָּבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה! אֶלָּא, שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם.

Et tu le penses ?! N'est-il pas écrit : Ele hamitsvot (Voici les commandements, Vayikra 27,34) : un prophète n'a pas le droit d'innover quoi que ce soit désormais !

En fait, elles existaient, [mais] on ne savait pas laquelle [s'écrit] au milieu du mot et laquelle à la fin du mot, et les Tsofim sont venus et les ont fixées. Mais encore : Ele hamitsvot, un prophète n'a pas le droit d'innover désormais !

En fait, on les avait oubliées, et ils les ont rétablies.

📜 Rachi (1)
מִיהְוָה הֲוָה תַּרְוַייְהוּ וְלָא יָדְעִי הֵי בְּאֶמְצַע תֵּיבָה כו':
Elles existaient : les deux [formes], mais on ne savait pas laquelle [s'écrit] au milieu du mot, etc.
💡 Explication

Le verset Ele hamitsvot clôt le livre de Vayikra : après Moche, aucun prophète ne peut ajouter à la Torah. Les Tsofim n'ont donc rien créé. Première réponse : les deux formes existaient, les prophètes ont seulement fixé leur place. La Gemara rejette encore : même fixer la place est une innovation. Réponse finale : tout était donné au Sinaï, l'usage s'était perdu, les prophètes l'ont rétabli.

Conséquence : la distinction entre lettre qui élève et lettre qui abaisse perd son appui, puisque les deux formes remontent au Sinaï.

3
גּוּפָא, אָמַר רַב חִסְדָּא: מֵ״ם וְסָמֶ״ךְ שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: כְּתָב שֶׁבַּלּוּחוֹת נִקְרָא מִבִּפְנִים וְנִקְרָא מִבַּחוּץ, כְּגוֹן: ״נָבוּב״ — ״בובן״, ״רְהַב״ — ״בְּהַר״, ״סָרוּ״ — ״וְרַס״.

Revenons au sujet lui-même. Rav Hisda a dit : le mem et le samekh des Tables tenaient par miracle.

Et Rav Hisda a dit : l'écriture des Tables se lisait de l'intérieur et se lisait de l'extérieur, par exemple : navouv, bouvan ; rahav, bahar ; sarou, ouras.

📜 Rachi (2)
וְנִקְרָא מִבַּחוּץ הָאוֹתִיּוֹת הֲפוּכוֹת וְהַתֵּיבָה הֲפוּכָה וְלָא אַשְׁמוֹעִינַן אֶלָּא שֶׁהָיָה הַחֲקָק נוֹקֵב אֶת כָּל הַלּוּחַ וּלְפִיכָךְ הָיוּ מֵם וְסֶמֶךְ בְּנֵס:
Et se lisait de l'extérieur : les lettres [étaient] inversées et le mot inversé. Il ne nous enseigne que ceci : la gravure perçait toute la Table, et c'est pourquoi le mem et le samekh [tenaient] par miracle.
נָבוּב בְּהַר סָרוּ לֹא הָיוּ בַּלּוּחוֹת אֶלָּא תֵּיבָה בְּעָלְמָא נְקַט:
Navouv, bahar, sarou : ils n'étaient pas sur les Tables ; il a simplement pris un mot [pour exemple].
🗂️ Tossefot (1)
נָבוּב בובן בְּהַר רְהַב תֵּימַהּ דְּאַמַּאי נְקַט לְהוּ כֵּיוָן דְּלָא הֲוָה בַּלּוּחוֹת:
Navouv bouvan, bahar rahav : c'est étonnant ; pourquoi les a-t-il cités, puisqu'ils n'étaient pas sur les Tables ?
💡 Explication

Les lettres des Tables étaient creusées de part en part. Au centre d'une lettre fermée (samekh, mem final), la pierre n'était rattachée à rien : elle tenait par miracle.

Conséquence du percement : de l'autre face, on lit le texte à l'envers. Rachi : Rav Hisda n'enseigne rien d'autre ; les mots cités (navouv, rahav, sarou) ne figurent pas dans les Dix Paroles, ce sont de simples exemples de mots qui, lus à rebours, donnent un autre mot. Tossefot s'étonne du choix d'exemples absents des Tables.

🖼️ Schéma
Une gravure qui traverse la pierre : pourquoi le mem et le samekh tiennent par miraclecentrelettre fermée (samekh, mem final) vue de faceLe centre n'est rattaché à rienla lettre est creusée de part en part ;il aurait dû tomber : il tenait par miracleLecture des deux côtésde l'autre face, lettres et mot sont inversésex. navouv / bouvanLettre ouverte (mem ouvert)le centre reste relié : pas de miracle
Le percement explique à la fois le miracle du samekh et la lecture inversée de l'autre côté.
4
אָמְרִי לֵיהּ רַבָּנַן לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֲתוֹ דַּרְדְּקֵי הָאִידָּנָא לְבֵי מִדְרְשָׁא וַאֲמַרוּ מִילֵּי דַּאֲפִילּוּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן לָא אִיתְּמַר כְּוָותַייְהוּ: אָלֶ״ף בֵּי״ת — אֶלֶף בִּינָה. גִּימֶ״ל דָּלֶ״ת — גְּמוּל דַּלִּים. מַאי טַעְמָא פְּשׁוּטָה כַּרְעֵיהּ דְּגִימֶ״ל לְגַבֵּי דָּלֶ״ת — שֶׁכֵּן דַּרְכּוֹ שֶׁל גּוֹמֵל חֲסָדִים לָרוּץ אַחַר דַּלִּים. וּמַאי טַעְמָא פְּשׁוּטָה כַּרְעֵיהּ דְּדָלֶ״ת לְגַבַּי גִּימֶ״ל — דִּלְיִמָּצֵיה לֵיהּ נַפְשֵׁיהּ. וּמַאי טַעְמָא מְהַדַּר אַפֵּיהּ דְּדָלֶ״ת מִגִּימֶ״ל — דְּלִיתֵּן לֵיהּ בְּצִינְעָה, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיכְּסִיף מִינֵּיהּ.

Les Sages dirent à Rabbi Yehochoua ben Levi : des enfants (dardekei) sont venus aujourd'hui à la maison d'étude et ont dit des choses dont on n'a pas dit l'équivalent même aux jours de Yehochoua bin Noun : alef bet, alef bina (apprends la sagesse). Guimel dalet, guemol dalim (fais du bien aux pauvres).

Pourquoi le pied du guimel est-il tendu vers le dalet ? Car la manière de celui qui pratique la bienfaisance est de courir après les pauvres.

Et pourquoi le pied du dalet est-il tendu vers le guimel ? Pour que [le pauvre] se rende disponible pour lui.

Et pourquoi la face du dalet est-elle détournée du guimel ? Pour qu'il lui donne en secret, afin que [le pauvre] n'ait pas honte de lui.

📜 Rachi (4)
אֶלֶף בִּינָה לִמּוּד תּוֹרָה:
Alef bina : étudie la Torah.
מ"ט פְּשִׁיט כְּרָעֵיהּ דְּגִימֶ"ל לְגַבֵּי דלי"ת וְלֹא לְגַבֵּי בֵּי"ת:
Pourquoi le pied du guimel est-il tendu vers le dalet : et non vers le bet.
מ"ט פְּשִׁיט כְּרָעֵיהּ דדלי"ת לְגַבֵּי גִּימֶ"ל וְלֹא לְגַבֵּי הֵ"א שֶׁמּוֹשְׁכָהּ קְצָת לְצַד גִּימֶ"ל:
Pourquoi le pied du dalet est-il tendu vers le guimel : et non vers le hé, car on le prolonge un peu du côté du guimel.
דִּלְיִמָּצֵיה לֵיהּ עָנֵי נַפְשֵׁיהּ וְלֹא יַטְרִיחֶנּוּ לְבַעַל הַבַּיִת לָרוּץ אַחֲרָיו:
Qu'il se rende disponible : le pauvre lui-même, et qu'il ne fatigue pas le maître de maison à courir après lui.
🗂️ Tossefot (1)
א"ל לֵר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אֲתוֹ דַּרְדְּקֵי כו' בִּירוּשַׁלְמִי וּבִבְרֵאשִׁית רַבָּה (ס' א) קָאָמַר דָּר' אֱלִיעֶזֶר וְר' יְהוֹשֻׁעַ הָווּ מֵאוֹתָן דַּרְדְּקֵי וְחוֹלֵק עַל הַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ וְהָא דְּאָמַר בְּפִרְקֵי דְּר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁלֹּא לָמַד ר' אֱלִיעֶזֶר תּוֹרָה אֶלָּא עַד שֶׁהָיָה גָּדוֹל הַיְינוּ שֶׁלֹּא עָסַק עַד שֶׁנַּעֲשָׂה גָּדוֹל:
Ils dirent à Rabbi Yehochoua ben Levi : des enfants sont venus, etc. Dans le Yerouchalmi et dans Berechit Rabba (section 1), on dit que Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua étaient parmi ces enfants ; cela diverge de notre Talmud. Et ce qui est dit dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer, que Rabbi Eliezer n'a étudié la Torah qu'une fois adulte, signifie qu'il ne s'y est pas consacré avant d'être adulte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲתוֹ דַּרְדְּקֵי הָאִידָּנָא לְבֵי מִדְרְשָׁא, וְאָמְרוּ מִילֵּי, דַּאֲפִלּוּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן, לָא אִיתְּמַר כְּווָתַיְהוּ. הִקְשָׁה הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּמַרְאִית הָעַיִן לָמָּה לִי לְהַאֲרִיךְ לָשׁוֹן, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָמְרִי דַּרְדְּקֵי מִילֵּי דַּאֲפִלּוּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ וְכוּ'? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בֵּית הַמִּדְרָשׁ הֶעָקְרִי הוּא מָקוֹם שֶׁמְּגַדְּלִין בּוֹ תּוֹרָה חַכְמֵי הַדּוֹר שֶׁיּוֹשְׁבִים שָׁם לְפַלְפֵּל וּלְמִסְבַּר, וְהַיְלָדִים הַמַּתְחִילִים לִלְמֹוד לֹא יִכָּנְסוּ שָׁם, אֶלָּא יֵשׁ לָהֶם מָקוֹם אַחֵר שֶׁיּוֹשְׁבִים שָׁם מְלַמְּדֵי תִּינוֹקוֹת וּמְלַמְּדִים אוֹתָם, אַךְ אַחַר שֶׁיִּרְאוּ שֶׁכְּבָר נִתְחַכְּמוּ, וְיֵשׁ בָּהֶם כֹּחַ לְקַבֵּל תּוֹרָה מִפֻּומַּייְהוּ דְּרַבָּנָן קַדִּישֵׁי הַלּוֹחֲמִים בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ הָעֲקִירִי, אָז מַכְנִיסִים אוֹתָם שָׁם, וְאִלּוּ הַדַּרְדְּקֵי קַדִּישֵׁי דְּנָקְטִי הָכָא הֵם דָּרְשׁוּ רִמְזֵי הַתּוֹרָה הָאֵלֶּה בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר הִכְנִיסוּם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ קַמֵּי רַבָּנָן קַדִּישֵׁי, וְזֶה הַחִידּוּשׁ דְּאָמְרוּ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אֲתוֹ דַּרְדְּקֵי הָאִידָּנָא לְבֵי מִדְרְשָׁא , 'הָאִידָּנָא' דָּייְקִי כְּלוֹמַר הַיּוֹם הַזֶּה הָיְתָה הַתְחָלַת כְּנִיסָתָם בִּיאָתָם לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְעִם כָּל זֹאת אָמְרוּ מִילֵּי יַקִּירֵי דַּאֲפִלּוּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ לָא אִיתְּמַר כְּווָתַיְהוּ. אוֹ יוּבָן בס"ד הֶאֱרִיכוּ לָשׁוֹן לוֹמַר דְּאִם הָיָה זֶה בַּדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים לֹא הָיָה כָּל כָּךְ חִדּוּשׁ אֶצְלֵינוּ, אַךְ הַחִידּוּשׁ הוּא דְּאָתוּ הָאִידָּנָא בְּדוֹר זֶה שֶׁנִּתְמַעֲטוּ הַלְּבָבוֹת וְעִם כָּל זֶה אָמְרוּ מִילֵּי יַקִּירֵי, וּמִזֶּה תָּבִין עֹומֶק דִּבְרֵי חֲכָמִים, דְּהָא דְּבָרִים אֵלּוּ אִם הֵם רַק לְפִי פְּשׁוּטָם לֹא הָיָה בָּהֶם פְּלָאוֹת חָכְמָה שֶׁמְּשַׁבְּחִים אוֹתָם כָּל כָּךְ, אַךְ מֻוכְרָח שֶׁכָּל דִּבְרֵיהֶם רָצוּף בְּתוֹכָם עִנְיָנִים עֲמֻוקִּים וְנִסְתָּרִים. וְהִנֵּה הַמְפָרְשִׁים זַ"ל הִקְשׁוּ אַמַּאי נָקְטִי זְמַן יְהוֹשֻׁעַ ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקְטִי דּוֹר הָרִאשׁוֹן, כִּי לֹא הָיָה אֶפְשָׁר לָהֶם לוֹמַר אֲפִילּוּ בִּימֵי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לָא אִתְּמַר, דַּהֲוָה מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לֹא אָמַר כְּוָותַייְהוּ וְזֶה אִי אֶפְשָׁר! דְּהָא כָּל מַה שֶׁתַּלְמִיד עָתִיד לְחַדֵּשׁ נִגְלֶה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּסִינַי, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כֵּן בְּפֵירוּשׁ, וּלְכָךְ נָקְטִי דּוֹר הָרִאשׁוֹן שֶׁאַחֲרָיו. וְעוֹד כִּי בְּדוֹר יְהוֹשֻׁעַ נִמְצְאוּ חֲכָמִים גְּדוֹלִים כְּעָתְנִיאֵל בֶּן קְנַז שֶׁהֶחֱזִיר בְּפִלְפּוּלוֹ כַּמָּה הֲלָכוֹת שֶׁנִּשְׁתַּכְּחוּ בְּאֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה. וְעוֹד נָקֵיט עַל דּוֹרוֹ שֶׁל יְהוֹשֻׁעַ שֶׁנִּכְנְסוּ לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דַּאֲוִירָהּ מַחְכִּים וְעִם כָּל זֶה לָא אִתְּמַר כְּוָותַייְהוּ.
Des enfants sont venus aujourd'hui à la maison d'étude et ont dit des choses dont on n'a pas dit l'équivalent même aux jours de Yehochoua bin Noun. Le Gaon Hida z.l., dans Mareit haAyin, a demandé pourquoi allonger la formulation : il aurait suffi de dire : des enfants ont dit des choses dont même aux jours de Yehochoua, etc. ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la maison d'étude principale est le lieu où les sages de la génération font grandir la Torah, assis pour discuter et raisonner ; les enfants qui commencent à étudier n'y entrent pas, ils ont un autre lieu où siègent les maîtres d'enfants qui les instruisent. Lorsqu'on voit qu'ils sont devenus savants et qu'ils ont la force de recevoir la Torah de la bouche des saints maîtres qui mènent la guerre de la Torah dans la maison d'étude principale, alors on les y fait entrer. Ces saints enfants dont il est question ici ont exposé ces allusions de la Torah le premier jour où on les a fait entrer dans la maison d'étude devant les saints maîtres. Telle est la nouveauté que l'on dit à Rabbi Yehochoua ben Levi : des enfants sont venus aujourd'hui à la maison d'étude ; le mot haidna (aujourd'hui) est précis : c'est ce jour-là qu'a commencé leur entrée à la maison d'étude, et malgré cela ils ont dit des paroles précieuses dont l'équivalent n'a pas été dit même aux jours de Yehochoua. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, qu'ils ont allongé la formulation pour dire : si cela avait eu lieu dans les premières générations, ce ne serait pas une telle nouveauté pour nous ; la nouveauté est qu'ils sont venus aujourd'hui, dans cette génération où les cœurs ont diminué, et malgré cela ils ont dit des paroles précieuses. Tu comprendras par là la profondeur des paroles des Sages : si ces paroles n'avaient que leur sens simple, elles ne contiendraient pas des merveilles de sagesse qui méritent autant d'éloges ; il faut donc que toutes leurs paroles renferment des sujets profonds et cachés. Les commentateurs z.l. ont demandé pourquoi on cite l'époque de Yehochoua. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on cite la première génération, car on ne pouvait pas dire : même aux jours de Moche Rabbenou on n'a pas dit l'équivalent, ce qui impliquerait que même Moche Rabbenou n'a pas dit l'équivalent ; or c'est impossible, puisque tout ce qu'un élève est destiné à innover a été révélé à Moche Rabbenou au Sinaï, comme nos maîtres z.l. l'ont dit explicitement. On cite donc la première génération après lui. De plus, dans la génération de Yehochoua se trouvaient de grands sages comme Otniel ben Kenaz, qui, par sa dialectique, a rétabli plusieurs halakhot oubliées pendant le deuil de Moche Rabbenou. De plus, on cite la génération de Yehochoua, qui entra en Erets Israël, dont l'air rend sage, et malgré cela on n'a pas dit l'équivalent.
💡 Explication

Début du midrach des lettres : les enfants lisent l'alphabet par paires et tirent un enseignement du nom des lettres et de leur forme. Alef-bet : étudie la Torah (Rachi). Guimel-dalet : guemol dalim, la tsedaka.

Trois détails graphiques : le pied du guimel tendu vers le dalet (le donateur va vers le pauvre), le pied du dalet tendu vers le guimel (le pauvre ne se dérobe pas), la face du dalet tournée dans l'autre sens (le don se fait discrètement). Tossefot rapporte que selon le Yerouchalmi, Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua faisaient partie de ces enfants.

🖼️ Schéma
Guimel - dalet : guemol dalim, fais du bien aux pauvresגדguimel = le bienfaiteurdalet = le pauvre (dal)son pied tendu vers le dalet :il court après les pauvresson pied tendu vers le guimel :le pauvre se rend disponiblesa face détournée :le don se fait en secretRachi : le guimel tend le pied vers le dalet et non vers le bet ; le dalet vers le guimel et non vers le hé
La forme des lettres guimel et dalet lue comme une règle de tsedaka.
5
ה״ו — זֶה שְׁמוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. ז״ח ט״י כ״ל — וְאִם אַתָּה עוֹשֶׂה כֵּן, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא זָן אוֹתְךָ, וְחֵן אוֹתָךְ, וּמֵטִיב לְךָ, וְנוֹתֵן לְךָ יְרֻושָּׁה, וְקוֹשֵׁר לְךָ כֶּתֶר לָעוֹלָם הַבָּא. מֵ״ם פְּתוּחָה, מֵ״ם סְתוּמָה — מַאֲמָר פָּתוּחַ, מַאֲמָר סָתוּם. נוּ״ן כְּפוּפָה, נוּ״ן פְּשׁוּטָה — נֶאֱמָן כָּפוּף, נֶאֱמָן פָּשׁוּט.

Hé vav : c'est le Nom du Saint, béni soit-Il. Zayin het, têt yod, kaf lamed : si tu agis ainsi, le Saint, béni soit-Il, te nourrit (zan), te gratifie (han), te fait du bien (metiv), te donne un héritage (yerouCha) et noue pour toi une couronne (keter) dans le monde futur (laolam haba).

Mem ouvert, mem fermé : parole ouverte, parole fermée. Noun courbe, noun droit : fidèle courbé, fidèle droit.

📜 Rachi (7)
ה"ו כְּמוֹ אֲנִי וָהוֹ (סֻוכָּה דַּף מה.) שֵׁמוֹת הֵם:
Hé vav : comme ani vaho (Soukka 45a) ; ce sont des Noms.
וּמֵטִיב לְךָ הַייְנוּ טֵי"ת:
Te fait du bien : c'est le têt.
יְרֻושָּׁה הַייְנוּ יוֹ"ד:
Un héritage : c'est le yod.
כֶּתֶר הַייְנוּ כַּף:
Une couronne : c'est le kaf.
לְעוֹלָם הַבָּא הַייְנוּ לָמֵד:
Dans le monde futur : c'est le lamed.
מַאֲמָר פָּתוּחַ וּמַאֲמָר סָתוּם יֵשׁ דְּבָרִים שֶׁנָּתַן רְשׁוּת לְדָורְשָׁן וְיֵשׁ שֶׁאַתָּה מְצֻוֶּוה לְסָותְמָן כְּגוֹן מַעֲשֵׂה מֶרְכָּבָה:
Parole ouverte et parole fermée : il y a des choses qu'on a permis d'exposer, et d'autres que tu as l'ordre de garder fermées, comme le maase merkava (l'œuvre du Char).
נֶאֱמָן כָּפוּף אָדָם כָּשֵׁר צָרִיךְ לִהְיוֹת כָּפוּף וְעָנָיו וְסוֹפוֹ לִהְיוֹת פָּשׁוּט וְזָקוּף לָעוֹלָם הַבָּא:
Fidèle courbé : un homme cacher doit être courbé et humble, et sa fin sera d'être droit et redressé dans le monde futur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אלף־בית, אלף בינה. והא דכינה התורה בשם 'בינה' מפני שהתורה נתנה מעולם הבריאה שה"ס [שהוא סוד] בינה, ולכן התחילה בבית ולא באלף כי לא זכו לתורה דאצילות עדיין, וסמך לתורה גמול דלים דדמו להדדי, שגם בעסק התורה יהיה גמול דלים, שיתבררו ניצוצי הקדושה שהם דלים בהיותם מעורבים ברע ועסק התורה מחיה אותם ומפרנס אותם. ואחרי זה רמז לאותיות הא־וו, זה שמו של הקדוש ברוך הוא שהוא משתלם על ידי עסק התורה ועל ידי הצדקה, כי תורה שבכתב חמשה ספרים ושבעל פה ששה סדרים הרי אותיות 'הו' והצדקה נעשית בזרוע שהוא וא"ו, ובכף שבו חמשה אצבעות, ותשלום השלם הוא באותיות 'וה' דכתיב (שמות יז, טז) כי יד על כס יה. ולכן אחר שרמז על שלימות ארבע אותיות שם הוי"ה ב"ה אמר ואם אתה עושה כן הקדוש ברוך הוא זן אותך וכו', והיינו זן כנגד ה"א אחרונה, וחן כנגד אות וא"ו, ומטיב כנגד ה"א ראשונה, ונותן לך ירושה כנגד אות יו"ד, וקושר לך כתר לעולם הבא כנגד קוץ היו"ד דשם הוי"ה שה"ס [שהוא סוד] כתר. ועוד נראה לי בס"ד זן אותך בעולם הזה, ואל תחשוב שיאכילך שכר מצותך, אלא חן אותך בדרך חנינה שהוא בתורת צדקה, ועוד מטיב לך ברוחניות שיעזרך לתורה ומצות וזו הטבת הנפש, ונותן לך ירושה חלק אחרים כמו שאמרו (חגיגה טו.) זכה נוטל חלקו וחלק חבירו בגן עדן, וקושר לך כתר לעולם הבא שתזכה למסיבה של צדיקים, כמו שאמרו (ברכות יז.) צדיקים יושבים ועטרותיהם בראשיהם ונהנין מזיו השכינה, ופירש רבינו האר"י ז"ל עטרות אלו הם אורות שנבראו מעסק התורה שלהם! ופרשנו בס"ד הא דלא אמרו 'ורואין' פני שכינה אלא 'נהנין' שהעטרות להיותם אור זך זורח בהם אור השכינה ויוצא מהם אור גדול, כענין אור השמש הזורח על אבן טובה או זכוכית לבנה שנולד מזה אור מחדש מבהיק מאד, אבל באור השכינה עצמו אין יכולין לראות, וזהו קושר לך כתר לעולם הבא הם העטרות הנז'. ועוד נראה לי בס"ד אושר עולם הזה הוא בני חיי מזוני , וכנגד 'מזוני' אמר זן אותך, וכנגד 'בני' אמר חן אותך, כי הבנים לאיש הם דרך חנינה, כמו שאמרו רבותינו ז"ל ויחנך בבנים, כמו שנאמר (בראשית לג, ה) הילדים אשר חנן א-להים את עבדך, וכנגד 'חיי' אמר מטיב לך, כי באריכות ימים נאמר לשון הטבה, דכתיב (דברים ה, טז) למען יאריכן ימיך ולמען ייטב לך, ואמר נותן לך ירושה על שכר עולם הבא שנאמר בו לשון ירושה, דכתיב (משלי ח, כא) להנחיל אהבי יש ואצרתיהם אמלא, והם ש"י [310] עולמות שעתיד הקב"ה להנחיל לכל צדיק וצדיק, ואמר קושר לך כתר שאחרי זה יזכה לש"י כפול [620] שבו נשלם אצלו מספר 'כתר' [620] דלכן נאמר תחלה להנחיל אהבי 'יש' מספר ש"י שהוא חצי הכתר, ואחר כך אצרתיהם אמלא להשלים הכת"ר שהוא ש"י כפול.
Alef-bet, alef bina. Si l'on désigne la Torah par le nom de bina, c'est parce que la Torah a été donnée depuis le monde de la Beria, qui est le sod de Bina ; c'est pourquoi elle commence par un bet et non par un alef, car on n'avait pas encore mérité la Torah d'Atsilout. On a juxtaposé à la Torah guemol dalim, car ils se ressemblent : dans l'étude de la Torah aussi il y a guemol dalim, car les étincelles de sainteté (nitsotsot), qui sont pauvres tant qu'elles sont mêlées au mal, sont triées, et l'étude de la Torah les fait vivre et les nourrit. Ensuite il fait allusion aux lettres hé-vav : c'est le Nom du Saint, béni soit-Il, qui se complète par l'étude de la Torah et par la tsedaka. Car la Torah écrite, cinq livres, et la Torah orale, six ordres, donnent les lettres hé-vav ; et la tsedaka se fait avec le bras, qui est le vav, et avec la main, qui a cinq doigts ; et la plénitude complète se fait par les lettres vav-hé, comme il est écrit (Chemot 17,16) : ki yad al kes Ya. C'est pourquoi, après avoir fait allusion à la plénitude des quatre lettres du Nom Havaya, béni soit-il, il dit : si tu agis ainsi, le Saint, béni soit-Il, te nourrit, etc. Zan correspond au hé final, han à la lettre vav, metiv au premier hé, noten lekha yerouCha à la lettre yod, et koCher lekha keter laolam haba à la pointe (kots) du yod du Nom Havaya, qui est le sod de Keter. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : Il te nourrit dans ce monde ; ne pense pas qu'Il te nourrisse du salaire de tes mitsvot, mais Il te gratifie par grâce, à titre de tsedaka ; de plus, Il te fait du bien dans le spirituel en t'aidant pour la Torah et les mitsvot, ce qui est le bien de l'âme ; Il te donne un héritage, la part des autres, comme on l'a dit (Haguiga 15a) : s'il en est digne, il prend sa part et la part de son prochain au Gan Éden ; et Il noue pour toi une couronne dans le monde futur, pour que tu mérites le festin des justes, comme on l'a dit (Berakhot 17a) : les justes sont assis, leurs couronnes sur la tête, et jouissent de l'éclat de la Chekhina ; notre maître le Ari z.l. a expliqué que ces couronnes sont des lumières créées par leur étude de la Torah. Nous avons expliqué, avec l'aide du Ciel, pourquoi on n'a pas dit : et voient la face de la Chekhina, mais : et jouissent. Les couronnes, étant une lumière pure, la lumière de la Chekhina brille en elles et il en sort une grande lumière, comme la lumière du soleil qui brille sur une pierre précieuse ou un verre blanc, d'où naît une lumière nouvelle très éclatante ; mais la lumière de la Chekhina elle-même, on ne peut pas la voir. C'est cela : Il noue pour toi une couronne dans le monde futur, ce sont ces couronnes. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : le bonheur de ce monde, ce sont bnei, hayei, mezonei (enfants, vie, subsistance). En face de mezonei il dit : Il te nourrit ; en face de bnei il dit : Il te gratifie, car les enfants sont donnés à l'homme par grâce, comme nos maîtres z.l. l'ont dit : vihounekka, par des enfants, et comme il est dit (Berechit 33,5) : les enfants dont D.ieu a gratifié ton serviteur. En face de hayei il dit : Il te fait du bien, car pour la longueur des jours on emploie l'expression du bien, comme il est écrit (Devarim 5,16) : afin que tes jours se prolongent et afin qu'il te soit fait du bien. Il dit : Il te donne un héritage, pour le salaire du monde futur, à propos duquel on emploie l'expression de l'héritage, comme il est écrit (Michle 8,21) : pour faire hériter à ceux qui M'aiment yech, et Je remplirai leurs trésors ; ce sont les 310 (yech) mondes que le Saint, béni soit-Il, fera hériter à chaque juste. Et il dit : Il noue pour toi une couronne, car ensuite il méritera deux fois 310 [620], par quoi se complète pour lui le nombre de keter [620]. C'est pourquoi il est dit d'abord : pour faire hériter à ceux qui M'aiment yech, le nombre 310, qui est la moitié de keter, et ensuite : Je remplirai leurs trésors, pour compléter keter, qui est deux fois 310.
💡 Explication

Hé-vav : un Nom divin (Rachi renvoie à ani vaho, Soukka 45a). Les trois paires suivantes décrivent la récompense de celui qui étudie et donne la tsedaka : chaque lettre ouvre un mot (zan, han, metiv, yerouCha, keter, laolam haba).

Les doubles formes commencent : le mem ouvert et le mem fermé évoquent l'enseignement public et l'enseignement réservé (maase merkava) ; le noun courbe puis droit (final) évoque le neeman, humble dans ce monde, redressé dans le monde futur.

6
ס״ע — סָמוּךְ עֲנִיִּים. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא: סִימָנִין עֲשֵׂה בַּתּוֹרָה וּקְנֵה אוֹתָהּ. פ׳ כְּפוּפָה, פ׳ פְּשׁוּטָה — פֶּה פָּתוּחַ, פֶּה סָתוּם. צָדִ״י כְּפוּפָה וְצָדִ״י פְּשׁוּטָה — צַדִּיק כָּפוּף, צַדִּיק פָּשׁוּט. הַייְנוּ: נֶאֱמָן כָּפוּף, נֶאֱמָן פָּשׁוּט! הוֹסִיף לְךָ הַכָּתוּב כְּפִיפָה עַל כְּפִיפָתוֹ, מִכָּאן שֶׁנִּתְּנָה הַתּוֹרָה בִּמְנוֹד רֹאשׁ.

Samekh ayin : soutiens les pauvres (semokh aniyim). Autre version : fais des signes mnémoniques (simanim) dans la Torah et acquiers-la.

Pé courbe, pe droit : bouche ouverte, bouche fermée. Tsadi courbe et tsadi droit : juste courbé, juste droit.

C'est la même chose que fidèle courbé, fidèle droit ! Le texte t'a ajouté une courbure à sa courbure ; d'ici [on apprend] que la Torah a été donnée avec inclinaison de la tête (menoud roch).

📜 Rachi (4)
סִימָנִים שֶׁל סֵדֶר שְׁמוּעוֹת דְּתַנָּא אוֹ אָמוֹרָא בְּגֵירֵס' דְּלָא תִּשְׁכַּח אַחַת מֵהֶן כְּגוֹן אֵלּוּ שֶׁבַּשַּׁ"ס:
Des signes : de l'ordre des enseignements d'un Tana ou d'un Amora dans l'étude, pour n'en oublier aucun, comme ceux qui sont dans le Talmud.
פֶּה פָּתוּחַ בִּשְׁעַת הַמִּכְנָסַיִם פִּזַּר:
Bouche ouverte : au moment où [d'autres] retiennent, répands.
פֶּה סָתוּם בִּשְׁעַת הַמְפַזְּרִים כַּנֵּס אִם יֵשׁ גָּדוֹל מִמְּךָ:
Bouche fermée : au moment où [d'autres] répandent, retiens, s'il y a plus grand que toi.
בִּמְנוֹד רֹאשׁ בִּרְתֵת וַעֲנָוָה יְתֵירָה:
Avec inclinaison de la tête : avec tremblement et une humilité extrême.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נֶאֱמָן כָּפוּף, נֶאֱמָן פָּשׁוּט. כִּינָּה הַצַּדִּיק בְּשֵׁם נֶאֱמָן דְּאַייְּרִי בְּנֶאֱמָן בְּצִדְקָתוֹ שֶׁהוּא צַדִּיק מִבַּיִת וּמִבַּחוּץ שֶׁתּוֹכוֹ כְּבָרוֹ מַמָּשׁ. וּמַה שֶׁאָמַר אֲנִי קוֹשֵׁר לוֹ כֶּתֶר כְּמוֹתִי , נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה מָה הקב"ה מְחַיֶּה מֵתִים, גַּם הַצַּדִּיק מִחְיָה אוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת הַמְגֻולְגָּלִים בְּדוֹמֵם צוֹמֵחַ חַי מְדַבֵּר! מָה הקב"ה מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים, גַּם הַצַּדִּיק מַלְבִּישׁ אוֹתָם נְשָׁמוֹת עֲרִטְלָאִין בְּנֶפֶשׁ הַגֵּר שֶׁהוּא בּוֹרֵא עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה! מָה הקב"ה זָן הָעוֹלָם, כָּךְ הַצַּדִּיק זָן בִּזְכוּתוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמַר (תַּעֲנִית כד:) כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִיזּוֹן בִּשְׁבִיל חֲנִינָה בְּנִי! מָה הקב"ה מֵאִיר לָעוֹלָם, כֵּן הַצַּדִּיק מֵאִיר לְעוֹלָם בְּתוֹרָתוֹ, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ו, כג) כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר, וְזֶהוּ כֶּתֶר פְּאֵר כְּמוֹתִי. וּמַה שֶׁאָמַר הוֹסִיף לְךָ הַכָּתוּב כְּפִיפָה אַף עַל גַּב דְּאֵין כָּאן דְּרָשָׁה בַּכְּתוּבִים אֶלָּא בְּאוֹתִיּוֹת, רָמְזוּ בָּזֶה עַל צוּרַת הָאוֹת הַכְּתוּבָה, כִּי בְּצַדִּיק כְּפוּפָה וּפְשׁוּטָה יֵשׁ צוּרַת נוּ"ן כְּפוּפָה וְצוּרַת נוּ"ן פְּשׁוּטָה, אָמְנָם יֵשׁ מִן הַצַּד תּוֹסְפוֹת צוּרַת יוֹ"ד בָּזֶה וּבָזֶה, וְהַיּוֹ"ד הִיא קְטַנָּה וּכְפוּפָה, וְעַל זֶה אָמְרוּ הוֹסִיף לְךָ הַ'כָּתוּב' דַּיְיקָא, דְּהַייְנוּ בִּכְתִיבַת הָאוֹת כְּפִיפָה עַל כְּפִיפָתוֹ, וְזוֹ אוֹת הַיּוֹ"ד שֶׁהִיא עוֹמֶדֶת מִן הַצַּד בְּתוֹסָפוֹת.
Fidèle courbé, fidèle droit. Il désigne le juste par le nom de fidèle, car il s'agit de celui qui est fidèle dans sa justice, juste au-dedans et au-dehors, dont l'intérieur est vraiment comme l'extérieur. Et ce qu'il dit : Je noue pour lui une couronne comme la Mienne, il me semble que le sens est : de même que le Saint, béni soit-Il, fait revivre les morts, le juste aussi fait revivre les âmes réincarnées (guilgoul) dans le minéral, le végétal, l'animal et l'être parlant ! De même que le Saint, béni soit-Il, habille ceux qui sont nus, le juste aussi habille les âmes nues (artilain) dans l'âme du guer (converti), qu'il crée par l'étude de la Torah ! De même que le Saint, béni soit-Il, nourrit le monde, le juste nourrit par son mérite, comme il est dit (Taanit 24b) : le monde entier est nourri grâce à Hanina Mon fils ! De même que le Saint, béni soit-Il, éclaire le monde, le juste éclaire le monde par sa Torah, comme il est dit (Michle 6,23) : car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière. C'est cela la couronne de gloire comme la Mienne. Et ce qu'il dit : le texte t'a ajouté une courbure, bien qu'il n'y ait pas ici de derasha sur des versets mais sur des lettres, ils ont fait allusion à la forme de la lettre écrite : dans le tsadi courbe et droit se trouve la forme d'un noun courbe et celle d'un noun droit, mais il y a en plus, sur le côté, la forme d'un yod, dans l'un comme dans l'autre ; le yod est petit et courbé. C'est à cela qu'ils ont fait allusion en disant : le katouv (l'écrit) t'a ajouté, précisément, c'est-à-dire dans l'écriture de la lettre, une courbure à sa courbure ; c'est le yod qui se tient sur le côté en ajout.
💡 Explication

Deux lectures du samekh-ayin : la tsedaka (soutenir le pauvre avant qu'il tombe) ou la méthode d'étude (les simanim, moyens mnémotechniques, comme ceux du Talmud selon Rachi).

Pé : savoir quand parler et quand se taire ; Rachi : enseigne quand les autres se retiennent, tais-toi quand il y a plus grand que toi. Le tsadi semble répéter le noun (humble puis redressé). La Gemara répond que la répétition ajoute une humilité supplémentaire : la Torah se reçoit avec crainte, be-menoud roch.

7
קוּ״ף — קָדוֹשׁ. רֵי״שׁ — רָשָׁע. מַאי טַעְמָא מְהַדַּר אַפֵּיהּ דְּקוּ״ף מֵרֵי״שׁ — אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֵין אֲנִי יָכוֹל לְהִסְתַּכֵּל בָּרָשָׁע. וּמַאי טַעְמָא מַהְדַּר תָּגֵיהּ דְּקוּ״ף לְגַבֵּי רֵי״שׁ — אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אִם חוֹזֵר בּוֹ אֲנִי קוֹשֵׁר לוֹ כֶּתֶר כְּמוֹתִי. וּמַאי טַעְמָא כַּרְעֵיהּ דְּקוּ״ף תַּלְיָא — דְּאִי הָדַר בֵּיהּ, לִיעַיֵּיל.

Qouf : kadoch (saint). Rech : racha (méchant).

Pourquoi la face du qouf est-elle détournée du rech ? Le Saint, béni soit-Il, a dit : Je ne peux pas regarder le méchant.

Et pourquoi la couronne (taga) du qouf est-elle tournée vers le rech ? Le Saint, béni soit-Il, a dit : s'il se repent, Je noue pour lui une couronne comme la Mienne.

Et pourquoi le pied du qouf est-il suspendu ? Pour que, s'il se repent, il entre [par là].

📜 Rachi (3)
מ"ט מְהַדַּר אַפֵּיהּ דְּקוּ"ף מֵרֵי"שׁ לִישָּׁנָא דִּמְעַלְּיָא הוּא שֶׁאֲחוֹרָיו שֶׁל רֵי"שׁ לְגַבֵּי הַקּוּ"ף שֶׁאֵין הקב"ה רוֹצֶה לְהִסְתַּכֵּל בִּפְנֵי רָשָׁע:
Pourquoi la face du qouf est-elle détournée du rech : c'est un euphémisme ; [en réalité] le dos du rech est tourné vers le qouf, car le Saint, béni soit-Il, ne veut pas regarder la face du méchant.
תָּגָא דְּקוּ"ף כְּמִין זיי"ן שֶׁעוֹשִׂין בְּסוֹפוֹ שֶׁל גַּג קוּ"ף:
La couronne du qouf : une sorte de zayin qu'on fait au bout du toit du qouf.
כְּרָעֵיהּ דְּקוּ"ף תַּלְיָא שֶׁאֵינָהּ נִדְבֶּקֶת עִם גַּגָּהּ:
Le pied du qouf est suspendu : il n'est pas attaché à son toit.
💡 Explication

Dans l'alphabet, le rech suit le qouf. Rachi : la formule est un lechon mealia (euphémisme) ; en réalité c'est le rech qui tourne le dos au qouf.

Deux détails du qouf parlent de techouva : le taga (petit trait en forme de zayin au bout du toit, selon Rachi) tourné vers le rech, et le pied gauche détaché du toit, qui laisse une ouverture par où le méchant repentant peut entrer.

🖼️ Schéma
Qouf (kadoch) et rech (racha) : la porte de la techouvaקרqouf = kadoch (Saint)rech = racha (méchant)taga (couronne) tournéevers le rech : Je noue pourlui une couronnepied suspendu : s'il serepent, il entre par làouverture déjà ouverte :on lui ouvre (seg. 7)le dos du rech faitface au qouf (Rachi)
Les détails graphiques du qouf lus comme un enseignement sur la techouva.
8
וְלִיעוֹל בְּהַךְ! מְסַיַּיע לֵיהּ לְרֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב ״אִם לַלֵּצִים הוּא יָלִיץ וְלַעֲנָוִים יִתֶּן חֵן״? בָּא לִיטָּמֵא — פּוֹתְחִין לוֹ, בָּא לִיטָּהֵר — מְסַייְּעִים אוֹתוֹ.

Qu'il entre par celle-là ! Cela soutient Rech Lakich, car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit : Im lalletsim hou yalits, velaanavim yiten hen (S'il s'agit des railleurs, Il les raille ; aux humbles Il accorde la grâce, Michle 3,34) ?

Celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre ; celui qui vient se purifier, on l'aide.

📜 Rachi (5)
לִיעוֹל בְּהַךְ יַקִּיף תַּחַת רַגְלֵי הַקּוּ"ף וְיִכָּנֵס בְּפֶתַח שֶׁל יָמִין:
Qu'il entre par celle-là : qu'il contourne sous les pieds du qouf et entre par l'ouverture de droite.
מְסַייְּעִין אוֹתוֹ וּמְכִינִין לוֹ פֶּתַח:
On l'aide : et on lui prépare une ouverture.
הוּא יָלִיץ מֵעַצְמוֹ יָלִיץ לֹא יְסַייְּעוּהוּ וְלֹא יִמְנָעוּהוּ:
Il raille : de lui-même il raille ; on ne l'aidera pas et on ne l'empêchera pas.
וְאִם לַעֲנָוִים וּלְמִדָּה טוֹבָה הוּא נִמְשָׁךְ:
Et aux humbles : et s'il est attiré par un bon trait de caractère.
יִתֵּן חֵן יְסַייְּעוּהוּ מִן הַשָּׁמַיִם:
Il accorde la grâce : on l'aidera du Ciel.
🗂️ Tossefot (1)
אִית דְּגָרְסִי בָּא לִיטָּמֵא פּוֹתְחִין לוֹ כְּלוֹמַר יֵשׁ לוֹ פְּתָחִים לִיכָּנֵס בָּא לִיטָּהֵר מְסַייְּעִין אוֹתוֹ שֶׁפּוֹתְחִין לוֹ פֶּתַח לִיכָּנֵס וְהַייְנוּ דֻּומְיָא דִּלְעֵיל דְּשָׁבֵיק לֵיהּ פֶּתַח לִיכָּנֵס וּלְהָנְהוּ דְּגָרְסִי בָּא לִיטָּמֵא פּוֹתְחִין לוֹ צָרִיךְ לוֹמַר דִּמְסַיְּיעִין אוֹתוֹ הָוֵי טְפֵי מִפּוֹתְחִין:
Certains lisent : celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre, c'est-à-dire qu'il a des ouvertures pour entrer ; celui qui vient se purifier, on l'aide, en lui ouvrant une ouverture pour entrer ; c'est comparable à ce qui précède, où on lui laisse une ouverture pour entrer. Et selon ceux qui lisent : celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre, il faut dire que on l'aide va plus loin que on lui ouvre.
💡 Explication

Objection : le qouf est déjà ouvert en bas ; que le méchant rentre par cette ouverture, pourquoi une ouverture supplémentaire en haut ? Réponse : c'est l'enseignement de Rech Lakich. Celui qui veut fauter trouve une porte, sans aide ni obstacle ; celui qui veut se purifier reçoit en plus une aide du Ciel : on lui prépare une porte à sa hauteur.

9
שִׁי״ן — שֶׁקֶר. תָּי״ו — אֱמֶת. מַאי טַעְמָא שֶׁקֶר מְקָרְבָן מִילֵּיהּ, אֱמֶת מְרַחֲקָא מִילֵּיהּ? — שִׁיקְרָא שְׁכִיחַ, קוּשְׁטָא לָא שְׁכִיחַ. וּמַאי טַעְמָא שִׁיקְרָא אַחֲדָא כַּרְעֵיהּ קָאֵי, וֶאֱמֶת מְלַבֵּן לְבוֹנֵי — קוּשְׁטָא קָאֵי, שִׁיקְרָא לָא קָאֵי.

Chin : cheker (mensonge). Tav : émet (vérité).

Pourquoi les lettres de cheker sont-elles proches, et celles d'émet éloignées ? Le mensonge est fréquent, la vérité n'est pas fréquente.

Et pourquoi le mensonge se tient-il sur un seul pied, alors que la vérité est posée comme sur des briques ? La vérité tient, le mensonge ne tient pas.

📜 Rachi (4)
מִקָּרְבָּן מִילֵּיהּ אוֹתִיּוֹת קְרוֹבוֹת שְׁלָשְׁתָּן קְרוֹבוֹת כְּסִדְרָן שֶׁל אַלְפָא בֵּיתָא:
Ses lettres sont proches : les trois lettres sont proches dans l'ordre de l'alef-bet.
אֱמֶת מְרַחֲקָן מִילֵּיהּ זוֹ בִּתְחִילַּת אָלֶ"ף בֵּית וְזוֹ בְּאֶמְצַע וְזוֹ בַּסּוֹף:
Émet, ses lettres sont éloignées : celle-ci au début de l'alef-bet, celle-ci au milieu et celle-ci à la fin.
אֶחָד כַּרְעָא כָּל אוֹת וְאוֹת שֶׁבּוֹ עוֹמֶדֶת עַל רֶגֶל אֶחָד:
Un seul pied : chaque lettre se tient sur un seul pied.
אֱמֶת מְלַבֵּן לְבוֹנֵי מֻושְׁכָּבִין תַּחְתֶּיהָ אוֹתִיּוֹתַי' כְּמִין לְבֵינָהּ דְּאָלֶ"ף הֲרֵי יֵשׁ לָהּ ב' רַגְלַיִם וּמוֹשָׁבָהּ טוֹב וְרֶגֶל הַשֵּׁנִי רָחָב:
La vérité est posée comme sur des briques : ses lettres ont une base couchée sous elles comme une brique ; l'alef a deux pieds et une bonne assise, et le second pied est large.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁין, שֶׁקֶר. תּוּ, אֱמֶת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה רֶמֶז הָאֱמֶת בְּאוֹת אַחֲרוֹנָה שֶׁבּוֹ וְשֶׁקֶר בָּאוֹת רִאשׁוֹנָה שֶׁבּוֹ? וְנִרְאֶה בס"ד כִּי שֶׁקֶר שְׁלִיטָתוֹ בָּרִאשׁוֹנָה דַּוְקָא אַךְ אַחֲרִיתוֹ עֲדֵי אָבַד (בַּמִּדְבָּר כד, כ) שֶׁיִּתְבַּטֵּל לְבַסּוֹף, אֲבָל אֱמֶת עִיקַּר שְׁלִיטָתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה, ו כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן רַבִּי שִׁמְעוֹן לְאוֹתוֹ גּוֹי עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי יב, יט) שְׂפַת אֱמֶת תִּכּוֹן לָעַד, לָא כְּתִיב 'תִּכַּנְתָּ' אֶלָּא תִּכּוֹן לֶעָתִיד. וְנִרְמְזוּ אוֹתִיּוֹת אֱמֶת כֻּולָּם בְּאַלְפָא בֵּיתָא בְּרֹאשׁ וְאֶמְצַע וְסוֹף, לִרְמֹוז הַמְדַבֵּר אֱמֶת יוּכַל לְקַייֵּם כָּל הַתּוֹרָה כּוּלֵּיהּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חַכְמֵי הַמּוּסָר בַּמַּעֲשֶׂה שֶׁל אוֹתוֹ בַּעַל תְּשׁוּבָה שֶׁקִּבֵּל עָלָיו תְּחִלָּה רַק הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁלֹּא יְדַבֵּר שֶׁקֶר אֶלָּא רַק אֱמֶת, וּבָזֶה נִשְׁמָר מִכָּל עָוֹן.
Chin, cheker. Tav, émet. On peut demander : pourquoi la vérité est-elle évoquée par sa dernière lettre et le mensonge par sa première ? Il semble, avec l'aide du Ciel, que la domination du mensonge est justement au début, mais sa fin va vers la perte (Bamidbar 24,20), car il s'annulera à la fin ; alors que la domination principale de la vérité est à la fin, comme l'a dit Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon à ce non-Juif sur le verset (Michle 12,19) : la lèvre de vérité sera établie pour toujours ; il n'est pas écrit tikonet (est établie) mais tikon, pour l'avenir. Et les lettres d'émet sont toutes évoquées dans l'alef-bet, au début, au milieu et à la fin, pour indiquer que celui qui dit la vérité peut accomplir toute la Torah, comme l'ont dit les maîtres du moussar dans le récit de ce baal techouva qui accepta d'abord sur lui seulement ceci : ne pas dire de mensonge mais seulement la vérité ; et par cela il fut préservé de toute faute.
💡 Explication

Cheker (chin-qouf-rech) : trois lettres consécutives de l'alphabet, on les trouve tout de suite. Émet (alef-mem-tav) : au début, au milieu et à la fin, il faut parcourir tout l'alphabet.

Deuxième observation, sur la forme : chaque lettre de cheker repose sur un point, celles d'émet ont une base large (Rachi : l'alef a deux pieds). La vérité est stable.

🖼️ Schéma
Cheker : trois lettres voisines. Émet : début, milieu, finאבגדהוזחטיכלמנסעפצקרשתdébutmilieufinCheker : lettres voisines, un seul piedle mensonge est fréquent et ne tient pasÉmet : lettres éloignées, base largela vérité est rare et elle tient
Place des lettres de cheker et d'émet dans l'alphabet.
10
א״ת ב״ש: — אוֹתִי תִּעֵב אֶתְאַוֶּה לוֹ בּ״ש בִּי לֹא חָשַׁק, שֶׁמִּי יָחוּל עָלָיו? ג״ר — גּוּפוֹ טִימֵּא, אֲרַחֵם עָלָיו ד״ק דַּלְתוֹתַי נָעַל, קַרְנָיו לֹא אֲגַדֵּעַ? עַד כָּאן מִדַּת רְשָׁעִים,

At bach : Moi, il M'a méprisé (oti tiev), le désirerais-Je (etaveh lo) ? Bach : en Moi (bi) il n'a pas désiré, Mon Nom (chemi) reposerait-il sur lui ?

Guer : il a souillé son corps (goufo), aurais-Je pitié de lui (arahem) ? Dak : il a fermé Mes portes (daltotai), ne couperais-Je pas ses cornes (karnav) ?

Jusqu'ici, la mesure des méchants.

📜 Rachi (2)
אֶתְאַוֶּה לוֹ בִּתְמִיהַּ וְכֵן כֻּולָּן:
Le désirerais-Je : c'est une question, et de même pour toutes.
ע"כ מִדַּת הָרְשָׁעִים כֵּן הוּא נִדְרָשׁ אֵצֶל רְשָׁעִים:
Jusqu'ici la mesure des méchants : c'est ainsi qu'on l'expose au sujet des méchants.
💡 Explication

Nouveau midrach, fondé sur l'alphabet At-bach : la première lettre est associée à la dernière, la deuxième à l'avant-dernière, etc. (voir le schéma en haut de page). Chaque paire ouvre deux mots : alef-tav, oti tiev / etaveh ; bet-chin, bi / chemi ; guimel-rech, goufo / arahem ; dalet-qouf, daltotai / karnav.

Rachi : toutes ces phrases sont des questions rhétoriques (be-temiha). Elles décrivent la réponse divine au méchant.

11
אֲבָל מִדַּת צַדִּיקִים: א״ת ב״ש — אִם אַתָּה בּוֹשׁ. ג״ר ד״ק — אִם אַתָּה עוֹשֶׂה כֵּן, גּוּר בָּדוּק. ה״ץ ו״ף — חֲצִיצָה הָוֵי בֵּינְךָ לָאַף. ז״ע ח״ס ט״ן — וְאֵין אַתָּה מִזְדַּעְזֵעַ מִן הַשָּׂטָן. י״ם כ״ל — אָמַר [שַׂר שֶׁל] גֵּיהִנָּם לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, לְיָם כָּל.

Mais la mesure des justes : at bach, si tu as honte (im ata boch). Guer dak : si tu agis ainsi, réside (gour) dans les cieux (badok).

Hets vaf : il y aura une séparation (hatsitsa) entre toi et la colère (af). Za hass tan : et tu ne trembleras pas (mizdazea) devant le Satan.

Yam kal : le [prince du] Gehinam dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, à la mer (layam) tous (kol) !

📜 Rachi (4)
אִם אַתְּ בּוֹשׁ מִלַּחֲטוֹא:
Si tu as honte : de fauter.
גֵּר דַּק גּוּר בָּדוּק נַפְשֶׁךָ תְּהֵא צְרוּרָה תַּחַת כִּסְאִי וְדוֹק שָׁמַיִם:
Guer dak, gour badok : ton âme sera enserrée sous Mon Trône, et [dans le] dok (voile) des cieux.
לַיָּם כָּל גֵּיהִנָּם קָרוּי יָם כֹּל לְפִי שֶׁהָרֹוב הוֹלְכִים שָׁם:
Layam kol : le Gehinam est appelé yam kol, parce que la majorité y va.
אָמַר שַׂר שֶׁל גֵּיהִנָּם לַיָּם שֶׁלִּי תֵּן אֶת כָּל הָעוֹלָם וַאֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל:
Le prince du Gehinam dit : à ma mer, donne le monde entier, même Israël.
💡 Explication

Les mêmes paires At-bach, lues pour le juste : la honte de fauter lui vaut de résider sous le Trône céleste (Rachi : dok désigne le voile des cieux, Yechaya 40,22), d'être protégé de la colère et du Satan.

Les deux dernières paires (yod-mem, kaf-lamed) ouvrent un dialogue : le prince du Gehinam, appelé yam kol (la mer où tous vont), réclame le monde entier, Israël compris.

12
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אח״ס בט״ע גי״ף — אֲנִי חָס עֲלֵיהֶם מִפְּנֵי שֶׁבָּעֲטוּ בְּגִיף: דְּכַ״ץ — דָּכִים הֵם, כִּנִּים הֵם, צַדִּיקִים הֵם. הל״ק — אֵין לְךָ חֵלֶק בָּהֶן. ומרז״ן ש״ת — אָמַר גֵּיהִנָּם לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מָרִי, זֻנֵינִי מִזַּרְעוֹ שֶׁל שֵׁת.

Le Saint, béni soit-Il, dit : Ahas Bêta Guif : J'ai pitié d'eux (ani has aleihem), parce qu'ils ont rejeté (baatou) l'adultère (guif). Dakats : ils sont purs (dakim), ils sont honnêtes (kenim), ils sont justes (tsadikim).

Halak : tu n'as pas de part (helek) en eux. Oumarzan chet : le Géhinam dit devant Lui : Maître du monde, mon Maître (mari), nourris-moi (zaneni) de la descendance de Chet.

📜 Rachi (5)
אֲמַר לֵיהּ אח"ס בט"ע גי"ף אַלְפָא בֵּיתָא הִיא אֵצֶל א"ת ב"ש וְכֻולָּן סְדוּרוֹת בְּסֵפֶר יְצִירָה:
Il lui dit : Ahas Bêta Guif : c'est un alphabet [de permutation], à côté d'At-bach, et tous sont ordonnés dans le Sefer Yetsira.
אֲנִי אָחוּס עֲלֵיהֶם עַל שֶׁבָּעֲטוּ בְּגִיף בְּנִיאוּף:
J'aurai pitié d'eux parce qu'ils ont rejeté le guif : l'adultère.
דְּכַ"ץ נוֹטָרִיקוֹן דָּכִים כִּנִּים צַדִּיקִים:
Dakats : notarikon (abréviation) de dakim, kenim, tsadikim.
אֵין לְךָ גֵּיהִנָּם חֵלֶק בָּהֶן בְּיִשְׂרָאֵל:
Tu n'as pas : toi, Géhinam, de part en eux, en Israël.
וּמַרְזָן שֵׁת וְאוֹמֵר שַׂר שֶׁל גֵּיהִנָּם זֻונֵנִי מִזַּרְעוֹ שֶׁל שֵׁת. כָּל הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים וְיִשְׂרָאֵל:
Oumarzan chet : le prince du Géhinam dit : nourris-moi de la descendance de Chet, [c'est-à-dire] tous les idolâtres et Israël.
💡 Explication

La réponse divine change d'alphabet : Ahas-bêta, trois rangées de sept lettres lues en colonnes (voir le schéma). Rachi : ces alphabets sont exposés dans le Sefer Yetsira.

Hachem protège Israël, car ils ont rejeté la débauche et sont purs, honnêtes, justes. Le Géhinam insiste : la descendance de Chet désigne toute l'humanité, Israël compris (Rachi).

13
אָמַר לוֹ: א״ל ב״ם ג״ן ד״ס — לְהֵיכָן אוֹלֵיכֶן, לְגַן הֲדַס. ה״ע ו״ף — אָמַר גֵּיהִנָּם לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, עָיֵף אָנֹכִי. ז״ץ ח״ק — הַלָּלוּ זַרְעוֹ שֶׁל יִצְחָק. ט״ר י״ש כ״ת — טֹר יֵשׁ לִי כִּיתּוֹת כִּיתּוֹת שֶׁל אֻומּוֹת הָעוֹלָם שֶׁאֲנִי נוֹתֵן לְךָ.

Il lui dit : Al bam, gan das : où les mènerai-Je (lehekhan olikhan) ? Au jardin de myrte (legan hadas).

Hé'a vaf : le Géhinam dit devant le Saint, béni soit-Il : Maître du monde, je suis épuisé (ayef anokhi). Zats hak : ceux-là sont la descendance d'Yitshak (zaro chel Yitshak).

Tar yech kat : attends (tar), J'ai des groupes et des groupes (kitot) des nations du monde que Je te donnerai.

📜 Rachi (5)
אֵל בָּם אָמַר לוֹ הַקָּבָּ"ה לֹא יְהֵא לְךָ חֵלֶק בָּהֶם:
Al bam : le Saint, béni soit-Il, lui dit : tu n'auras pas de part en eux.
ג"ן ד"ס אָמַר הקב"ה אוֹלִיכֵם לְגַן הֲדַס לְגַן עֵדֶן:
Gan das : le Saint, béni soit-Il, dit : Je les mènerai au jardin de myrte, au Gan Éden.
ה"ע ו"ף הִנְנִי עָף בָּרָעָב:
Hé'a vaf : me voici épuisé de faim.
ז"ץ ח"ק הַלָּלוּ זַרְעוֹ שֶׁל יִצְחָק הֵם וְלֹא אֶתְּנֵם לְךָ:
Zats hak : ceux-là sont la descendance d'Yitshak, et Je ne te les donnerai pas.
ט"ר י"ש כ"ת שְׁמוֹר לִי וְהַמַּתָּן יֵשׁ לִי כִּתּוֹת אֲחֵרוֹת:
Tar yech kat : garde-toi et attends ; J'ai d'autres groupes.
💡 Explication

Troisième alphabet : Al-bam, les deux moitiés de l'alphabet superposées (alef avec lamed, bet avec mem...). Hachem refuse : Israël ira au jardin de myrte, le Gan Éden (Rachi).

Le Géhinam se plaint d'être affamé (Rachi : ayef, épuisé de faim). Hachem répond qu'Israël est la descendance d'Yitshak et qu'il lui sera donné d'autres groupes.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).