Shabbat 104b — Écrire le Chabbat : l'encre, la surface, la manière et la lettre unique

Shabbat 104b

Sougya : La mishna définit l'écriture qui rend hayav le Chabbat : deux lettres, avec une matière qui marque et subsiste, de la manière habituelle, sur une surface où les lettres se lisent ensemble. Elle énumère les cas patour (liquides, poussière, dos de la main, une seule lettre, écrire sur un écrit, het devenu deux zayin) et deux mahloket : graver sur sa chair et la lettre-abréviation.

La Guemara explique les noms des encres, rapporte la discussion sur Ben Stada, et identifie l'auteur de la mishna (pas R. Eliezer, pas R.

Yehouda). Elle traite ensuite de la lettre qui achève un livre, des lettres écrites dans deux villes (R.

Ami) et de la correction d'une seule lettre.

La mishna : quand l'écriture rend-elle hayav ?HAYAV (hatat)PATOURDeux lettres en un seul oubliEncre qui marque et subsistedyo, sam, sikra, komos, kankantomDeux murs formant un angleou deux tablettes lues ensembleÉcrire sur sa chair (avec encre)Liquide, jus de fruit, poussièretout ce qui ne subsiste pasDos de la main, pied, bouche, coude(manière inhabituelle)Une lettre près d'un écrit existantou écrire sur un écritVoulait un het, a fait deux zayinSol + poutre ; deux murs éloignés ;tablettes non lues ensembleMahloket : graver sur sa chairR. Eliezer : hayav / Hakhamim : patourMahloket : une lettre notarikonR. Yehochoua b. Betera : hayav / Hakhamim : patour
Les cas de la mishna : hayav, patour et les deux mahloket.
Man tana ? Les cas de la mishna face aux autres tannaimUne lettre près d'un écritR. Eliezer : un fil sur un tissu = hayavMishna patour => pas R. EliezerRava b. R. HounaÉcrire sur un écritR. Yehouda : repasser le Nom le sanctifieMishna patour => pas R. YehoudaRav HisdaUne lettre qui achève un livreBaraita : hayavR. Eliezer, ou même Rabbanan :achever est à part (makka be-patich)Rava b. R. Houna / Rav Achi
Qui est l'auteur de la mishna ? Les identifications de la Guemara.
1
מַתְנִי׳ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בְּהֶעְלֵם אֶחָד — חַיָּיב. כָּתַב בִּדְיוֹ בְּסַם בְּסִיקְרָא בְּקוֹמוֹס וּבְקַנְקַנְתּוֹם וּבְכָל דָּבָר שֶׁהוּא רוֹשֵׁם. עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי זָוִיּוֹת וְעַל שְׁנֵי לוּחֵי פִּינְקָס וְהֵן נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה — חַיָּיב. הַכּוֹתֵב עַל בְּשָׂרוֹ — חַייָּב. הַמְסָרֵט עַל בְּשָׂרוֹ — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב חַטָּאת וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

MISHNA. Celui qui écrit deux lettres en un seul oubli (heelem ehad) est hayav.

S'il a écrit avec du dyo (encre de suie), du sam, du sikra, du komos (gomme), du kankantom (vitriol) ou avec toute chose qui marque ; sur deux murs formant un angle, ou sur deux tablettes d'un pinkas (carnet) qui se lisent l'une avec l'autre : il est hayav. Celui qui écrit sur sa chair est hayav.

Celui qui grave (messaret) sur sa chair : Rabbi Eliezer le rend passible d'une hatat et les Sages l'exemptent.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי זָוִיּוֹת אַחַת בַּמִּזְרָח וְאַחַת בַּצָּפוֹן סְמוּכוֹת זוֹ לְזוֹ בַּמִּקְצוֹעַ:
Sur deux murs formant un angle : une [lettre] à l'est et une au nord, proches l'une de l'autre dans l'angle.
עַל שְׁנֵי לוּחֵי פִּנְקָס פִּנְקָס שֶׁל חֶנְווָנִים כְּעֵין אוֹתָן שֶׁל סוֹחֲרִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם לְוָחִים הַרְבֵּה חִקּוּקִין וְטוּחִין בְּשַׁעֲוָה:
Sur deux tablettes d'un pinkas : le carnet des boutiquiers, comme ceux des marchands, qui ont plusieurs tablettes creusées et enduites de cire.
עַל שְׁנֵי לוּחֵי פִּנְקָס רְבוּתָא אַשְׁמוֹעִינַן דאע"ג דְּלָאו אַלּוּחַ אֶחָד הֵם אִם נֶהֱגִין וְנִקְרִין זֶה עִם זֶה שֶׁכְּתוּבִין עַל שְׁנֵי שִׂפְתֵי הַלִּוּוּחִין סְמוּכִים זֶה לָזֶה חַיָּיב:
Sur deux tablettes d'un pinkas : on nous apprend une nouveauté : bien qu'elles ne soient pas sur une seule tablette, si elles se lisent l'une avec l'autre, écrites sur les deux bords des tablettes proches l'une de l'autre, il est hayav.
הַכּוֹתֵב עַל בְּשָׂרוֹ בִּדְיוֹ:
Celui qui écrit sur sa chair : avec de l'encre.
הַמְסָרֵט בְּמִכְתָּב אוֹ בְּסִיד:
Celui qui grave : avec un stylet ou avec de la chaux.
💡 Explication

La mishna pose les conditions de la melakha de kotev (écrire) : deux lettres, une matière qui marque durablement, et une surface où les lettres se lisent ensemble. Deux murs qui se touchent dans un angle, ou deux tablettes voisines, comptent comme une seule surface.

Messaret : faire une entaille dans la peau en forme de lettres, sans encre. R. Eliezer y voit une écriture ; les Sages non.

2
כָּתַב בְּמַשְׁקִין בְּמֵי פֵּירוֹת, בַּאֲבַק דְּרָכִים בַּאֲבַק הַסּוֹפְרִים וּבְכָל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְקַייֵּם — פָּטוּר. לְאַחַר יָדוֹ בְּרַגְלוֹ בְּפִיו וּבְמַרְפְּקוֹ, כָּתַב אוֹת אַחַת סָמוּךְ לַכְּתָב, וּכְתָב עַל גַּבֵּי כְּתָב, נִתְכַּוֵּון לִכְתֹּוב חֵי״ת וְכָתַב שְׁתֵּי זַייְנִין, אַחַת בָּאָרֶץ וְאַחַת בַּקּוֹרָה, כָּתַב עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי הַבַּיִת, עַל שְׁנֵי דַּפֵּי פִּנְקָס וְאֵין נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה — פָּטוּר. כָּתַב אוֹת אַחַת נוֹטָרִיקוֹן — רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתֵירָא מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

S'il a écrit avec des liquides, avec du jus de fruits, avec la poussière des chemins, avec la poussière des scribes, ou avec toute chose qui ne subsiste pas : il est patour. [De même s'il a écrit] avec le dos de la main, avec son pied, avec sa bouche ou avec son coude ; s'il a écrit une lettre à côté d'un écrit [existant] ; s'il a écrit sur un écrit ; s'il voulait écrire un het et a écrit deux zayin ; une [lettre] sur le sol et une sur une poutre ; s'il a écrit sur deux murs de la maison, ou sur deux pages d'un pinkas qui ne se lisent pas l'une avec l'autre : il est patour.

S'il a écrit une seule lettre comme notarikon (abréviation) : Rabbi Yehochoua ben Betera le rend hayav et les Sages l'exemptent.

📜 Rachi (12)
בְּמַשְׁקִין כְּמוֹ מֵי תּוּתִים שֶׁמַּשְׁחִירִין:
Avec des liquides : comme du jus de mûres, qui noircit.
אוֹ בְּמֵי פֵּירוֹת כָּל פֵּירוֹת:
Ou avec du jus de fruits : de tous fruits.
בַּאֲבַק דְּרָכִים בְּטִיט לָשׁוֹן אַחֵר בַּאֲבַק דְּרָכִים בְּאֶצְבָּעוֹ שָׂרַט כְּמוֹ אוֹתִיּוֹת בְּעָפָר נָגוּב:
Avec la poussière des chemins : avec de la boue. Autre explication : avec la poussière des chemins, il a tracé du doigt comme des lettres dans de la terre sèche.
בַּאֲבַק הַסּוֹפְרִי' עַפְרוּרִית שֶׁל קֶסֶת הַסּוֹפֵר:
Avec la poussière des scribes : la poudre de l'encrier du scribe.
לְאַחַר יָדוֹ בְּגַב יָדוֹ שֶׁאָחַז הַקֻּולְמוֹס בְּאֶצְבְּעוֹתָיו וְהָפַךְ יָדוֹ וְכָתַב:
Avec le dos de la main : il a tenu le calame entre ses doigts, a retourné la main et a écrit avec le dos de la main.
מַרְפֵּיקוֹ אֲצִילֵי יָדָיו:
Son coude : les articulations de ses bras.
כָּתַב אוֹת אַחַת סָמוּךְ לַכְּתָב אֵצֶל אוֹת הַכְּתֻובָּה זִיוֵּג אוֹת לְהַשְׁלִימָהּ לִשְׁתַּיִם:
Il a écrit une lettre à côté d'un écrit : à côté d'une lettre déjà écrite, il a accolé une lettre pour la compléter à deux.
כְּתָב ע"ג הַכְּתָב הֶעֱבִיר הַקֻּולְמוֹס עַל אוֹתִיּוֹת הַכְּתוּבִים כְּבָר וְחִדְּשָׁם:
Il a écrit sur un écrit : il a passé le calame sur des lettres déjà écrites et les a renouvelées.
נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב חֵי"ת וְדִילֵּג הַקֻּולְמוֹס וְלֹא נִרְאֶה הַגַּג שֶׁל חֵי"ת אֶלָּא שְׁנֵי הָרַגְלַיִם וְנִרְאֶה כִּשְׁנֵי זַיְינִין:
Il voulait écrire un het : le calame a sauté, le toit du het n'apparaît pas, seulement les deux pieds, et cela ressemble à deux zayin.
עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי הַבַּיִת שֶׁאֵינוֹ בַּמִּקְצוֹעַ:
Sur deux murs de la maison : qui ne sont pas dans un angle.
עַל שְׁנֵי דַּפֵּי פִנְקָס שֶׁעָשׂוּי עַמּוּדִים כִּמְגִילָּה וְכָתַב אוֹת בְּעַמּוּד זֶה וְאוֹת בָּזֶה וְאֵינוֹ יָכוֹל לְקָרְבָּן אֶלָּא אִם כֵּן יַחְתֹּוךְ הֶפְסֵק שֶׁבֵּינֵיהֶם וה"ה לְכָותְלֵי הַבַּיִת רְחוֹקִין זֶה מִזֶּה וּתְנָא בְּרֵישָׁא שְׁנֵי כָּותְלֵי הַבַּיִת דִּסְתָמָא אֵין נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה וַהֲדַר תְּנָא שְׁנֵי דְּפִי פִּנְקָס וה"ה לְכָותְלֵי הַבַּיִת וְלֹא זוֹ אַף זוֹ קָתָנֵי:
Sur deux pages d'un pinkas : fait en colonnes comme un rouleau ; il a écrit une lettre dans une colonne et une dans l'autre, et il ne peut les rapprocher qu'en coupant la marge qui les sépare. Il en va de même pour des murs de la maison éloignés l'un de l'autre. Le tanna a enseigné d'abord 'deux murs de la maison', qui en général ne se lisent pas ensemble, puis 'deux pages d'un pinkas', et la règle est la même pour les murs ; il enseigne selon le schéma 'non seulement ceci, mais aussi cela'.
כָּתַב אוֹת אַחַת עַל שֵׁם נוֹטָרִיקוֹן שֶׁעָשָׂה סִימָן נְקֻודָּה עָלֶיהָ לוֹמַר שֶׁלְּהָבִין בָּהּ תֵּיבָה שְׁלֵימָה כְּתֻבָּה:
Il a écrit une lettre comme notarikon : il a mis un point dessus pour signifier qu'il l'a écrite pour faire comprendre par elle un mot entier.
🗂️ Tossefot (1)
נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ח' וְכָתַב שְׁנֵי זַיְינִין וא"ת מַאי אִירְיָא נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ח' דְּלָא נַעֲשֵׂית מַחְשַׁבְתּוֹ אֲפִילּוּ נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ז' אֶחָד וְכָתַב שְׁנֵי זַיְינִין פָּטוּר כְּמוֹ נִתְכַּוֵּין לִזְרֹוק ב' וְזָרַק ד' (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עג.) וְכֵן קָשֶׁה אַבָּרַיְיתָא דְּמַייְתִי בַּגְּמָרָא נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁתַּיִם חַיָּיב אַמַּאי חַייָּב מ"ש מִנִּתְכַּוֵּין לִזְרֹוק שְׁתַּיִם וְזָרַק ד' וְי"ל דְּמַיְירֵי כְּגוֹן שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִכְתֹּוב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֵיזֶה שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת שֶׁיִּהְיוּ דְּהַשְׁתָּא נִתְכַּוֵּון לִדְבַר אִיסּוּר וְגַם נַעֲשֵׂית מַחְשַׁבְתּוֹ וַאֲפִילּוּ הָכִי פָּטוּר כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ' מִשּׁוּם דְּבָעֵי זִיּוּנֵי וא"ת מַאי אִירְיָא נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב חֵי"ת אַפֵּי' נִתְכַּוֵּון לִכְתֹּוב שְׁנֵי זַייְנִין וְכָתַב בְּלֹא זִיּוּן פָּטוּר וי"ל דִּנְקַט נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ח' לִרְבוּתָא דְּדַוְקָא כָּתַב שְׁנֵי זַייְנִין דְּבָעֵי זִיּוּן פָּטוּר אֲבָל כָּתַב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֲחֵרוֹת דְּלָא בָּעוּ זִיּוּן חַיָּיב וְאע"ג דְּהַשְׁתָּא מִיהָא לְאַחַת הוּא דְּמִתְכַּוֵּין:
Il voulait écrire un het et a écrit deux zayin : on peut demander : pourquoi précisément 'il voulait écrire un het', cas où son intention ne s'est pas réalisée ? Même s'il voulait écrire un seul zayin et a écrit deux zayin, il serait patour, comme 'il voulait lancer [à] deux [amot] et a lancé à quatre' (plus haut, Chabbat 73a). La même difficulté se pose sur la baraita citée dans la Guemara : 'il voulait écrire une lettre et deux lui sont venues : hayav'. Pourquoi hayav ? En quoi est-ce différent de 'il voulait lancer à deux et a lancé à quatre' ? On peut répondre qu'il s'agit d'un cas où il avait besoin d'écrire deux lettres, quelles qu'elles soient : il visait donc une chose interdite et son intention s'est réalisée ; malgré cela il est patour, comme l'explique la Guemara, parce que [des zayin] demandent des couronnes (ziyounin). On peut encore demander : pourquoi 'il voulait écrire un het' ? Même s'il voulait écrire deux zayin et les a écrits sans couronne, il serait patour. On peut répondre qu'il a mentionné 'il voulait écrire un het' pour enseigner une nouveauté : c'est précisément parce qu'il a écrit deux zayin, qui demandent une couronne, qu'il est patour ; mais s'il a écrit deux autres lettres qui ne demandent pas de couronne, il est hayav, bien que dans ce cas il n'ait visé qu'une seule lettre.
💡 Explication

Trois familles de patour : (1) une écriture qui ne subsiste pas ; (2) une écriture faite autrement que d'habitude (kilaahar yad) ; (3) une écriture incomplète : une seule lettre, un simple repassage, ou deux lettres qui ne se lisent pas ensemble.

Le cas du het devenu deux zayin est expliqué par Tossefot : même s'il voulait deux lettres quelconques, il est patour, car un zayin exige sa petite couronne (ziyoun) que ce tracé n'a pas.

3
גמ׳ דְּיוֹ — דְּיוֹתָא. סַם — סַמָּא. סִקְרָא — אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: סַקְרְתָא שְׁמָהּ. קוֹמוֹס — קוֹמָא. קַנְקַנְתּוּם — אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר שְׁמוּאֵל: חַרְתָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי.

GUEMARA. Dyo : dyota.

Sam : samma. Sikra : Rabba bar bar Hana a dit : on l'appelle sikreta.

Komos : koma. Kankantom : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Chmouel : le noir des cordonniers (harta de-ouchkafei).

📜 Rachi (4)
גְּמ' סַמָּא אורפימינ"ט:
Samma : orpiment (en vieux français).
סַקְרְתָא אימני"א צֶבַע אָדֹום שֶׁצּוֹבְעִין בָּהּ תְּרִיסִין:
Sikreta : minium, une teinture rouge avec laquelle on peint les boucliers.
קוֹמָא גֻּומָּא שְׂרַף אִילָן:
Koma : gomme, résine d'arbre.
חַרְתָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי ארמינ"ט:
Le noir des cordonniers : vitriol (en vieux français).
💡 Explication

La Guemara traduit en araméen les noms des matières de la mishna. Toutes laissent une trace durable, condition de la melakha.

4
וּבְכָל דָּבָר שֶׁהוּא רוֹשֵׁם. לַאֲתוּיֵי מַאי? לְאֵתוֹיֵי הָא דְתָנֵי רַבִּי חֲנַנְיָא: כְּתָבוֹ בְּמֵי טַרְיָא וְאַפְצָא — כָּשֵׁר. תָּנֵי רַבִּי חַיָּיא: כְּתָבוֹ בַּאֲבָר בִּשְׁחוֹר וּבְשִׁיחוֹר — כָּשֵׁר.

'Et avec toute chose qui marque' : qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce qu'a enseigné Rabbi Hanania : s'il l'a écrit avec du jus de teria ou avec de l'aftsa (noix de galle), il est kacher.

Rabbi Hiya a enseigné : s'il l'a écrit avec du plomb, avec du noir ou avec du chihor, il est kacher.

📜 Rachi (6)
כָּתְבוּ לְגֵט:
S'il l'a écrit : un guet.
בְּמֵי טַרְיָא י"א מִין פְּרִי וי"א מֵי גְּשָׁמִים:
Avec du jus de teria : certains disent une espèce de fruit, d'autres disent de l'eau de pluie.
אַפְצָא מֵי עֲפָצִים גל"ש:
Aftsa : jus de noix de galle, galle (en vieux français).
בְּאֵבָר בְּעוֹפֶרֶת וּמַשְׁחִיר כְּשֶׁהוּא מְשַׁפְשֵׁף עוֹפֶרֶת עַל הַקְּלָף:
Avec du plomb : il noircit quand on frotte le plomb sur le parchemin.
בַּשָּׁחוֹר פִּיחָם:
Avec du noir : du charbon.
שִׁיחוֹר אדרמינ"ט:
Chihor : vitriol (en vieux français).
🗂️ Tossefot (1)
שִׁיחוֹר פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י איידרמנ"ט וְאֵין נִרְאֶה דְּאַמַּאי הֲוָה קָרֵי לֵיהּ רַבִּי חַייָּא בל"א וְלָא נְקַט לֵיהּ בִּלְשׁוֹן מַתְנֵי':
Chihor : Rachi a expliqué : vitriol. Cela ne paraît pas juste : pourquoi Rabbi Hiya l'aurait-il appelé dans une autre langue, sans reprendre le terme de la mishna [kankantom] ?
💡 Explication

Ces baraitot concernent un guet (acte de divorce) : une matière valable pour écrire un guet est une écriture qui subsiste, et elle rend donc hayav le Chabbat.

5
הַמְסָרֵט עַל בְּשָׂרוֹ. תַּנְיָא, אָמַר לָהֶן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לַחֲכָמִים: וַהֲלֹא בֶּן סָטָדָא הוֹצִיא כְּשָׁפִים מִמִּצְרַיִם בִּסְרִיטָה שֶׁעַל בְּשָׂרוֹ? אָמְרוּ לוֹ: שׁוֹטֶה הָיָה, וְאֵין מְבִיאִין רְאָיָה מִן הַשּׁוֹטִים. ״בֶּן סָטָדָא״? בֶּן פַּנְדִּירָא הוּא! אָמַר רַב חִסְדָּא: בָּעַל ״סָטָדָא״, בּוֹעֵל ״פַּנְדִּירָא״. בַּעַל פַּפּוּס בֶּן יְהוּדָה הוּא? אֶלָּא אִמּוֹ ״סָטָדָא״. אִמּוֹ מִרְיָם מְגַדְּלָא שְׂעַר נְשַׁיָּא הֲוַאי? אֶלָּא כִּדְאָמְרִי בְּפוּמְבְּדִיתָא: סְטָת דָּא מִבַּעְלָהּ.

'Celui qui grave sur sa chair.' On a enseigné : Rabbi Eliezer a dit aux Sages : Ben Stada n'a-t-il pas fait sortir des sortilèges d'Égypte par une entaille sur sa chair ? Ils lui ont répondu : c'était un fou, et on n'apporte pas de preuve des fous.

Ben Stada ? Il était le fils de Pandira !

Rav Hisda a dit : le mari [de sa mère] s'appelait Stada, celui qui a eu relation avec elle s'appelait Pandira. Le mari n'était-il pas Pappos ben Yehouda ?

Plutôt : sa mère s'appelait Stada. Sa mère n'était-elle pas Myriam, qui tressait les cheveux des femmes ?

Plutôt, comme on dit à Poumbedita : celle-ci s'est détournée (satat da) de son mari.

📜 Rachi (3)
הוֹצִיא כְּשָׁפִים שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהוֹצִיאָן כְּתוּבִים שֶׁהָיוּ הַחַרְטֻומִּין בּוֹדְקִין כָּל הַיּוֹצְאִים שֶׁלֹּא יוֹצִיאוּ כְּשָׁפִים לְלַמְּדָם לִבְנֵי מְדִינָה אַחֶרֶת:
Il a fait sortir des sortilèges : parce qu'il ne pouvait pas les faire sortir écrits, car les magiciens fouillaient tous ceux qui sortaient, pour qu'ils ne fassent pas sortir des sortilèges afin de les enseigner aux gens d'un autre pays.
שׁוֹטֶה הָיָה שְׁטוּת הָיָה בּוֹ לַעֲשׂוֹת מַה שֶׁאֵין דֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם עוֹשִׂים וּמָסַר נַפְשׁוֹ עַל הַדָּבָר:
C'était un fou : il y avait en lui une folie à faire ce que les gens n'ont pas l'habitude de faire, et il a mis sa vie en danger pour cela.
[הוֹסָפָה מֵחֶסְרוֹנוֹת הַשַּׁ"ס: בַּעַל סָטָדָא בּוֹעֵל פַּנְדִּירָא וְנִקְרָא עַל שֵׁם בַּעַל אִמּוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא הָיָה מַמְזֵר:]
[Ajout tiré des Hesronot ha-Chass : le mari est Stada, celui qui a eu relation est Pandira : il est appelé du nom du mari de sa mère, bien qu'il fut mamzer.]
🗂️ Tossefot (1)
בֶּן סָטָדָא אור"ת דְּהָא בֶּן סָטָדָא דְּאָמְרִינַן הָכָא דַּהֲוָה בִּימֵי פַּפּוּס בֶּן יְהוּדָה דַּהֲוָה בִּימֵי רַבִּי עֲקִיבָא כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּבְרָכוֹת (דַּף סא:):
Ben Stada : Rabbenou Tam dit que ce Ben Stada dont on parle ici vivait à l'époque de Pappos ben Yehouda, qui vivait à l'époque de Rabbi Akiva, comme cela ressort du dernier chapitre de Berakhot (61b).
💡 Explication

R. Eliezer prouve que graver est une manière d'écrire : Ben Stada a fait passer des formules de sorcellerie en les entaillant sur sa peau, car les Égyptiens fouillaient les écrits. Les Sages répondent qu'un acte isolé et insensé ne définit pas une manière habituelle d'écrire.

La suite explique le nom Stada : ce n'est pas le nom du père, mais un surnom de la mère tiré de l'araméen satat da, 'celle-ci s'est détournée'.

6
כָּתַב אוֹת אַחַת סָמוּךְ לַכְּתָב. מַאן תְּנָא? אָמַר רָבָא בַּר רַב הוּנָא: דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאִי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, הָאָמַר: אַחַת עַל הָאָרִיג — חַיָּיב.

'Il a écrit une lettre à côté d'un écrit.' Qui est le tanna [de cette mishna] ? Rava bar Rav Houna a dit : ce n'est pas selon Rabbi Eliezer ; car si c'était Rabbi Eliezer, il a dit : un [fil] sur un tissu [existant] : hayav.

📜 Rachi (1)
א' עַל הָאָרִיג חוּט א' אָרַג עַל קְצָת אָרִיג:
Un sur un tissu : il a tissé un fil sur un peu de tissu [déjà tissé].
💡 Explication

Pour R. Eliezer, ajouter un seul fil à un tissage existant rend hayav, car il complète ce qui existe. Par analogie, une lettre ajoutée à une lettre déjà écrite devrait rendre hayav. La mishna qui exempte n'est donc pas la sienne.

7
כְּתָב עַל גַּבֵּי כְּתָב. מַאן תְּנָא? אָמַר רַב חִסְדָּא: דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִכְתֹּוב אֶת הַשֵּׁם, וְנִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ״יְהוּדָה״, וְטָעָה וְלֹא הֵטִיל בּוֹ דָּלֶת — מַעֲבִיר עָלָיו קֻולְמוֹס וּמְקַדְּשׁוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין הַשֵּׁם מִן הַמֻּובְחָר.

'Il a écrit sur un écrit.' Qui est le tanna ? Rav Hisda a dit : ce n'est pas selon Rabbi Yehouda.

Car on a enseigné : s'il devait écrire le Nom [divin], qu'il a eu l'intention d'écrire 'Yehouda', s'est trompé et n'y a pas mis de dalet [si bien que le Nom se trouve écrit], il passe le calame dessus et le sanctifie : ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : ce Nom n'est pas de la meilleure qualité.

📜 Rachi (2)
וְטָעָה וְלֹא הֵטִיל בּוֹ דָּלֶת וְנִמְצָא שֵׁם נִכְתַּב בִּמְקוֹמוֹ אֲבָל לֹא בְּכַוָּונָה:
Il s'est trompé et n'y a pas mis de dalet : le Nom se trouve écrit à sa place, mais sans intention.
מַעֲבִיר עָלָיו קוּלְמוֹס לְכַווָּנַת שֵׁם עַל כָּל אוֹתִיּוֹת כְּאִלּוּ הוּא כּוֹתְבוֹ:
Il passe le calame dessus : avec l'intention du Nom, sur toutes les lettres, comme s'il l'écrivait.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא דְּלָא כְּר' יְהוּדָה וא"ת רַב אַחָא בְּרַבִּי יַעֲקֹב דְּקָאָמַר אַהַהִיא דְּקָאָמַר רַב חִסְדָּא בְּפֶ' שֵׁנִי דְּגִיטִּין (דַּף כ.) גֵּט שֶׁכְּתָבוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ וְהֶעֱבִיר עָלָיו קֻולְמוֹס לִשְׁמָהּ בָּאנוּ לְמַחְלֹוקֶת ר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן דְּתַנְיָא נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב כו' וְדָחֵי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דִּלְמָא לָא הִיא ע"כ לָא קָאָמְרִי הָתָם גַּבֵּי תּוֹרָה אֶלָּא מִשּׁוּם זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ אֲבָל גַּבֵּי גֵּט מוֹדוֹ א"כ מַתְנֵי' דְּהָכָא כְּמַאן אָתְיָא וְי"ל דְּדַוְקָא בְּגֵט שֶׁהָיָה כָּתוּב שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ הָוֵי כְּתָב עֶלְיוֹן כְּתָב לְכֻולֵּי עָלְמָא שֶׁהָאַחֲרוֹן מְתַקֵּן יוֹתֵר מִן הָרִאשׁוֹן שֶׁעוֹשֵׂהוּ לִשְׁמָהּ אֲבָל כְּשֶׁאֵין כְּתָב הָעֶלְיוֹן מְתַקֵּן כְּלוּם לכ"ע לָא הָוֵי כְּתָב וּבְהָכִי מַיְירֵי מַתְנֵי' וְאָתְיָא ככ"ע וְרַב חִסְדָּא דְּקָאָמַר הָכָא דְּמַתְנִי' אָתְיָא דְּלָא כר"י לְטַעְמֵיהּ דְּקָאָמַר הָתָם גַּבֵּי גֵּט בָּאנוּ לְמַחֲלֹוקֶת ר"י וְרַבָּנָן וּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּמַתְנִי' דְּהָכָא בְּכָל עִנְיָן אַייְרֵי אַפֵּי' כְּשֶׁמְּתַקֵּן בַּכְּתָב הָאַחֲרוֹן אֲבָל לְרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב ע"כ מַתְנֵי' לָא אַיְירֵי בְּכָל עִנְיָן דִּבְגֵט לָא מָצֵי אַיְירֵי:
Rav Hisda a dit : ce n'est pas selon Rabbi Yehouda : on peut demander : selon Rav Aha bar Yaakov, qui a dit à propos de ce qu'a dit Rav Hisda au deuxième chapitre de Guittin (20a) - 'un guet qu'on a écrit pas en son nom (lichmah) et sur lequel on a passé le calame en son nom : nous voici dans la mahloket de R. Yehouda et des Rabbanan, car on a enseigné : il voulait écrire, etc.' - et Rav Aha bar Yaakov a rejeté : 'peut-être non : ils ne l'ont dit là-bas que pour la Torah, à cause de "voici mon D.ieu et je l'embellirai", mais pour le guet ils sont d'accord' ; selon lui, à qui revient notre mishna ? On peut répondre : seulement pour un guet écrit pas en son nom, l'écriture supérieure est une écriture selon tous, car la dernière améliore plus que la première, puisqu'elle le rend lichmah ; mais quand l'écriture supérieure n'améliore rien, selon tous ce n'est pas une écriture, et c'est de ce cas que parle notre mishna, qui est alors selon tous. Rav Hisda, qui dit ici que la mishna n'est pas selon R. Yehouda, suit son raisonnement, car il a dit là-bas à propos du guet 'nous voici dans la mahloket de R. Yehouda et des Rabbanan', et il comprend que notre mishna parle de tout cas, même quand la dernière écriture améliore. Mais selon Rav Aha bar Yaakov, notre mishna ne parle forcément pas de tout cas, car elle ne peut pas parler du guet.
💡 Explication

Le mot Yehouda sans dalet donne les quatre lettres du Nom divin (Hachem). Écrit sans l'intention de sainteté, il n'a pas de sainteté. R. Yehouda permet de repasser l'encre avec l'intention requise : il considère donc que repasser sur un écrit est écrire. La mishna, qui exempte, n'est pas selon lui.

Tossefot limite : quand le second tracé n'améliore rien, tout le monde reconnaît que ce n'est pas écrire.

8
תַּנָּא: כָּתַב אוֹת אַחַת וְהִשְׁלִימָהּ לְסֵפֶר, אָרַג חוּט אֶחָד וְהִשְׁלִימוֹ לְבֶגֶד — חַייָּב. מַאן תְּנָא? אָמַר רָבָא בַּר רַב הוּנָא: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא, דְּאָמַר אַחַת עַל הָאָרִיג — חַיָּיב. רַב אַשִּׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, לְהַשְׁלִים שָׁאנֵי.

On a enseigné : s'il a écrit une lettre et a achevé [ainsi] un livre, s'il a tissé un fil et a achevé [ainsi] un vêtement, il est hayav. Qui est le tanna ?

Rava bar Rav Houna a dit : c'est Rabbi Eliezer, qui a dit : un [fil] sur un tissu : hayav. Rav Achi a dit : tu peux même dire que ce sont les Rabbanan : achever est différent.

📜 Rachi (1)
וְהִשְׁלִימָהּ לַסֵּפֶר אוֹת אַחֲרוֹנָה שֶׁל אַחַת מכ"ד סְפָרִים:
Et l'a achevée pour un livre : la dernière lettre de l'un des vingt-quatre livres [de la Bible].
💡 Explication

Selon Rav Achi, même les Rabbanan rendent hayav celui qui achève un objet : l'acte final relève de makka be-patich (le dernier coup de marteau), la melakha qui consiste à terminer un objet.

9
אָמַר רַבִּי אַמִּי: כָּתַב אוֹת אַחַת בִּטְבֶרְיָא וְאַחַת בְּצִיפּוֹרִי — חַייָּב, כְּתִיבָה הִיא, אֶלָּא שֶׁמְּחֻוסָּר קְרִיבָה. וְהִתְנָן: כָּתַב עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי הַבַּיִת וְעַל שְׁנֵי דַּפֵּי פִּנְקָס וְאֵין נֶהֱגִין זֶה עִם זֶה — פָּטוּר! הָתָם מְחֻוסָּר מַעֲשֶׂה דִקְרִיבָה, הָכָא לֹא מְחֻוסָּר מַעֲשֶׂה דִקְרִיבָה.

Rabbi Ami a dit : s'il a écrit une lettre à Teveria (Tibériade) et une à Tsippori, il est hayav : c'est une écriture, à laquelle manque seulement le rapprochement. Mais n'avons-nous pas appris : 's'il a écrit sur deux murs de la maison ou sur deux pages d'un pinkas qui ne se lisent pas l'une avec l'autre : patour' ?

Là-bas, il manque un acte de rapprochement ; ici, il ne manque pas d'acte de rapprochement.

📜 Rachi (1)
מְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה דִּקְרֵיבָה אֵינוֹ מִקָּרְבָּן אֶלָּא עַל יְדֵי קְצִיצָה הַמַּפְסִיק בֵּינֵיהֶן וְכִי קָאָמַר רַב אַמִּי כְּגוֹן כָּתַב אַחַת עַל שְׂפַת לוּחַ זוֹ בִּטְבֶרְיָה וְאַחַת עַל שְׂפַת לוּחַ זוֹ בְּצִפּוֹרִי וְאַתָּה יָכוֹל לְקָרְבָן שֶׁלֹּא בְּמַעֲשֶׂה אֶלָּא קְרִיבָה בְּעָלְמָא:
Il manque un acte de rapprochement : on ne peut les rapprocher qu'en coupant ce qui les sépare. Et quand Rav Ami parle, c'est par exemple s'il a écrit une lettre au bord d'une tablette à Teveria et une au bord d'une autre tablette à Tsippori : tu peux les rapprocher sans acte, par un simple rapprochement.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם מְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה בְּפֶרֶק כָּל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נז.) בְּהִנִּיחַ בָּשָׂר עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים וְנִצְלָה בּוֹ כִּגְרוֹגֶרֶת בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת אִיכָּא מַאן דְּמִחַיַּיב וְאִיכָּא מַאן דְּפָטַר מַאן דִּמְחַייֵּב סָבַר דְּלָא דָּמֵי לִכְתֹּב עַל שְׁנֵי כָּותְלֵי הַבַּיִת שֶׁאֵין מַזִּיק שָׁם חֶסְרוֹן קְרִיבָה כְּמוֹ כָּאן:
Là-bas il manque un acte : au chapitre Kol ha-menahot baot matsa (Menahot 57a), à propos de celui qui a posé de la viande sur des braises et elle a rôti de la mesure d'une figue sèche en deux endroits, il y a qui rend hayav et qui exempte. Celui qui rend hayav pense que ce n'est pas comparable à celui qui écrit sur deux murs de la maison, car là-bas il n'y a pas de manque de rapprochement comme ici.
💡 Explication

R. Ami : la distance ne gêne pas si les deux feuilles peuvent être rapprochées telles quelles. Dans le pinkas, les lettres sont sur un même support mais séparées par une marge qu'il faudrait couper : il manque un acte (mehousar maase), donc patour.

🖼️ Schéma
Manque de rapprochement : simple ou avec un acte ?R. Ami : Teveria + Tsippori => hayavABon rapproche les feuilles, sans rien couperTablette non lue ensemble => patourABil faudrait couper la séparation(mehousar maase de-kriva)Critère : le rapprochement demande-t-il un acte (coupure) ou un simple déplacement ?
R. Ami : la distance ne compte pas ; ce qui exempte, c'est un rapprochement qui demande un acte.
10
תַּנָּא: הִגִּיהַּ אוֹת אַחַת — חַייָּב. הַשְׁתָּא כָּתַב אוֹת אַחַת — פָּטוּר, הִגִּיהַּ אוֹת אַחַת חַייָּב?! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ לְגַגּוֹ שֶׁל חֵי״ת וַעֲשָׂאוֹ שְׁנֵי זַייְנִין. רָבָא אָמַר: כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ לְתָגוֹ שֶׁל דָּלֶ"ת וַעֲשָׂאוֹ רֵי״שׁ.

On a enseigné : s'il a corrigé une lettre, il est hayav. Maintenant, s'il a écrit une lettre il est patour, et s'il a corrigé une lettre il serait hayav ?!

Rav Chechet a dit : de quoi s'agit-il ici ? D'un cas où il a enlevé le toit d'un het et en a fait deux zayin.

Rava a dit : d'un cas où il a enlevé l'angle (taga) d'un dalet et en a fait un rech.

📜 Rachi (2)
וַעֲשָׂאוֹ שְׁנֵי זַיְינִין וְהַסֵּפֶר לְכָךְ צָרִיךְ:
Et en a fait deux zayin : et le livre en avait besoin.
רָבָא אָמַר כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ לְתָגָא דְּדָלֵית דְּלָא הָוֵי אֶלָּא הַגָּהַת אוֹת אַחַת וּבְדָבָר מוּעָט חַיָּיב הוֹאִיל וְזֶהוּ תִּיקּוּן הַסֵּפֶר דְּאָסוּר לְאָדָם לִשְׁהוֹת סֵפֶר שֶׁאֵינוֹ מֻוגָּהּ מִשּׁוּם אַל תַּשְׁכֵּן בְּאֹהָלֶיךָ עַוְלָה (אִיּוֹב י״א:י״ד) וַהֲוָה לֵיהּ כְּכָתַב אוֹת אַחַת וְהִשְׁלִימָהּ לְסֵפֶר דַּאֲמַרַן לְעֵיל דְּחַיָּיב וְאַפֵּי' לְרַבָּנָן:
Rava a dit : par exemple il a enlevé l'angle d'un dalet : ce n'est que la correction d'une lettre, et pour si peu il est hayav, puisque c'est la réparation du livre, car il est interdit de garder un livre non corrigé, à cause de 'ne laisse pas l'iniquité résider dans tes tentes' (Iyov 11,14). C'est donc comme 'il a écrit une lettre et a achevé un livre', dont nous avons dit plus haut qu'il est hayav, même selon les Rabbanan.
💡 Explication

Rav Chechet ramène le cas à l'écriture de deux lettres. Rava accepte une seule lettre : corriger un livre le rend utilisable, car il est interdit de garder un livre non corrigé. C'est donc comme achever un livre (segment 7), hayav même selon les Rabbanan.

🖼️ Schéma
Corriger une seule lettre : deux explicationsRav Chechethet sans toit => deux zayin= deux lettres produitesRavadalet sans son angle => rech= une lettre, mais le livre est corrigé
Rav Chechet : deux lettres produites. Rava : une seule lettre, mais le livre est corrigé.
11
תַּנָּא: נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת

On a enseigné : s'il voulait écrire une lettre

⚖️ Rosh (1)
גמ' תְּנָא הַכּוֹתֵב אוֹת אַחַת וְהִשְׁלִימָהּ לְסֵפֶר חַיָּיב. אָרַג חוּט אֶחָד וְהִשְׁלִימוֹ לְבֶגֶד חַיָּיב. תָּנָא הִגִּיהַּ אוֹת אַחַת חַייָּב. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ לְגַגּוֹ שֶׁל חֵי"ת וַעֲשָׂאוֹ שְׁנֵי זַיְינִין. רָבָא אָמַר כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ לְגַגּוֹ שֶׁל ד' וַעֲשָׂאוֹ רֵי"שׁ:
Guemara. On a enseigné : celui qui écrit une lettre et achève [ainsi] un livre est hayav ; s'il a tissé un fil et a achevé [ainsi] un vêtement, il est hayav. On a enseigné : s'il a corrigé une lettre, il est hayav. Rav Chechet a dit : par exemple s'il a enlevé le toit d'un het et en a fait deux zayin. Rava a dit : par exemple s'il a enlevé le toit d'un dalet et en a fait un rech.
💡 Explication

La baraita se poursuit à l'amud suivant (105a) : il voulait écrire une lettre et deux lui sont venues.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).