Sougya : La mishna définit l'écriture qui rend hayav le Chabbat : deux lettres, avec une matière qui marque et subsiste, de la manière habituelle, sur une surface où les lettres se lisent ensemble. Elle énumère les cas patour (liquides, poussière, dos de la main, une seule lettre, écrire sur un écrit, het devenu deux zayin) et deux mahloket : graver sur sa chair et la lettre-abréviation.
La Guemara explique les noms des encres, rapporte la discussion sur Ben Stada, et identifie l'auteur de la mishna (pas R. Eliezer, pas R.
Yehouda). Elle traite ensuite de la lettre qui achève un livre, des lettres écrites dans deux villes (R.
Ami) et de la correction d'une seule lettre.
MISHNA. Celui qui écrit deux lettres en un seul oubli (heelem ehad) est hayav.
S'il a écrit avec du dyo (encre de suie), du sam, du sikra, du komos (gomme), du kankantom (vitriol) ou avec toute chose qui marque ; sur deux murs formant un angle, ou sur deux tablettes d'un pinkas (carnet) qui se lisent l'une avec l'autre : il est hayav. Celui qui écrit sur sa chair est hayav.
Celui qui grave (messaret) sur sa chair : Rabbi Eliezer le rend passible d'une hatat et les Sages l'exemptent.
La mishna pose les conditions de la melakha de kotev (écrire) : deux lettres, une matière qui marque durablement, et une surface où les lettres se lisent ensemble. Deux murs qui se touchent dans un angle, ou deux tablettes voisines, comptent comme une seule surface.
Messaret : faire une entaille dans la peau en forme de lettres, sans encre. R. Eliezer y voit une écriture ; les Sages non.
S'il a écrit avec des liquides, avec du jus de fruits, avec la poussière des chemins, avec la poussière des scribes, ou avec toute chose qui ne subsiste pas : il est patour. [De même s'il a écrit] avec le dos de la main, avec son pied, avec sa bouche ou avec son coude ; s'il a écrit une lettre à côté d'un écrit [existant] ; s'il a écrit sur un écrit ; s'il voulait écrire un het et a écrit deux zayin ; une [lettre] sur le sol et une sur une poutre ; s'il a écrit sur deux murs de la maison, ou sur deux pages d'un pinkas qui ne se lisent pas l'une avec l'autre : il est patour.
S'il a écrit une seule lettre comme notarikon (abréviation) : Rabbi Yehochoua ben Betera le rend hayav et les Sages l'exemptent.
Trois familles de patour : (1) une écriture qui ne subsiste pas ; (2) une écriture faite autrement que d'habitude (kilaahar yad) ; (3) une écriture incomplète : une seule lettre, un simple repassage, ou deux lettres qui ne se lisent pas ensemble.
Le cas du het devenu deux zayin est expliqué par Tossefot : même s'il voulait deux lettres quelconques, il est patour, car un zayin exige sa petite couronne (ziyoun) que ce tracé n'a pas.
GUEMARA. Dyo : dyota.
Sam : samma. Sikra : Rabba bar bar Hana a dit : on l'appelle sikreta.
Komos : koma. Kankantom : Rabba bar bar Hana a dit au nom de Chmouel : le noir des cordonniers (harta de-ouchkafei).
La Guemara traduit en araméen les noms des matières de la mishna. Toutes laissent une trace durable, condition de la melakha.
'Et avec toute chose qui marque' : qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce qu'a enseigné Rabbi Hanania : s'il l'a écrit avec du jus de teria ou avec de l'aftsa (noix de galle), il est kacher.
Rabbi Hiya a enseigné : s'il l'a écrit avec du plomb, avec du noir ou avec du chihor, il est kacher.
Ces baraitot concernent un guet (acte de divorce) : une matière valable pour écrire un guet est une écriture qui subsiste, et elle rend donc hayav le Chabbat.
'Celui qui grave sur sa chair.' On a enseigné : Rabbi Eliezer a dit aux Sages : Ben Stada n'a-t-il pas fait sortir des sortilèges d'Égypte par une entaille sur sa chair ? Ils lui ont répondu : c'était un fou, et on n'apporte pas de preuve des fous.
Ben Stada ? Il était le fils de Pandira !
Rav Hisda a dit : le mari [de sa mère] s'appelait Stada, celui qui a eu relation avec elle s'appelait Pandira. Le mari n'était-il pas Pappos ben Yehouda ?
Plutôt : sa mère s'appelait Stada. Sa mère n'était-elle pas Myriam, qui tressait les cheveux des femmes ?
Plutôt, comme on dit à Poumbedita : celle-ci s'est détournée (satat da) de son mari.
R. Eliezer prouve que graver est une manière d'écrire : Ben Stada a fait passer des formules de sorcellerie en les entaillant sur sa peau, car les Égyptiens fouillaient les écrits. Les Sages répondent qu'un acte isolé et insensé ne définit pas une manière habituelle d'écrire.
La suite explique le nom Stada : ce n'est pas le nom du père, mais un surnom de la mère tiré de l'araméen satat da, 'celle-ci s'est détournée'.
'Il a écrit une lettre à côté d'un écrit.' Qui est le tanna [de cette mishna] ? Rava bar Rav Houna a dit : ce n'est pas selon Rabbi Eliezer ; car si c'était Rabbi Eliezer, il a dit : un [fil] sur un tissu [existant] : hayav.
Pour R. Eliezer, ajouter un seul fil à un tissage existant rend hayav, car il complète ce qui existe. Par analogie, une lettre ajoutée à une lettre déjà écrite devrait rendre hayav. La mishna qui exempte n'est donc pas la sienne.
'Il a écrit sur un écrit.' Qui est le tanna ? Rav Hisda a dit : ce n'est pas selon Rabbi Yehouda.
Car on a enseigné : s'il devait écrire le Nom [divin], qu'il a eu l'intention d'écrire 'Yehouda', s'est trompé et n'y a pas mis de dalet [si bien que le Nom se trouve écrit], il passe le calame dessus et le sanctifie : ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : ce Nom n'est pas de la meilleure qualité.
Le mot Yehouda sans dalet donne les quatre lettres du Nom divin (Hachem). Écrit sans l'intention de sainteté, il n'a pas de sainteté. R. Yehouda permet de repasser l'encre avec l'intention requise : il considère donc que repasser sur un écrit est écrire. La mishna, qui exempte, n'est pas selon lui.
Tossefot limite : quand le second tracé n'améliore rien, tout le monde reconnaît que ce n'est pas écrire.
On a enseigné : s'il a écrit une lettre et a achevé [ainsi] un livre, s'il a tissé un fil et a achevé [ainsi] un vêtement, il est hayav. Qui est le tanna ?
Rava bar Rav Houna a dit : c'est Rabbi Eliezer, qui a dit : un [fil] sur un tissu : hayav. Rav Achi a dit : tu peux même dire que ce sont les Rabbanan : achever est différent.
Selon Rav Achi, même les Rabbanan rendent hayav celui qui achève un objet : l'acte final relève de makka be-patich (le dernier coup de marteau), la melakha qui consiste à terminer un objet.
Rabbi Ami a dit : s'il a écrit une lettre à Teveria (Tibériade) et une à Tsippori, il est hayav : c'est une écriture, à laquelle manque seulement le rapprochement. Mais n'avons-nous pas appris : 's'il a écrit sur deux murs de la maison ou sur deux pages d'un pinkas qui ne se lisent pas l'une avec l'autre : patour' ?
Là-bas, il manque un acte de rapprochement ; ici, il ne manque pas d'acte de rapprochement.
R. Ami : la distance ne gêne pas si les deux feuilles peuvent être rapprochées telles quelles. Dans le pinkas, les lettres sont sur un même support mais séparées par une marge qu'il faudrait couper : il manque un acte (mehousar maase), donc patour.
On a enseigné : s'il a corrigé une lettre, il est hayav. Maintenant, s'il a écrit une lettre il est patour, et s'il a corrigé une lettre il serait hayav ?!
Rav Chechet a dit : de quoi s'agit-il ici ? D'un cas où il a enlevé le toit d'un het et en a fait deux zayin.
Rava a dit : d'un cas où il a enlevé l'angle (taga) d'un dalet et en a fait un rech.
Rav Chechet ramène le cas à l'écriture de deux lettres. Rava accepte une seule lettre : corriger un livre le rend utilisable, car il est interdit de garder un livre non corrigé. C'est donc comme achever un livre (segment 7), hayav même selon les Rabbanan.
On a enseigné : s'il voulait écrire une lettre
La baraita se poursuit à l'amud suivant (105a) : il voulait écrire une lettre et deux lui sont venues.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).