Sougya : L'amud achève le chapitre Ha-bone. La Guemara distingue les zayin qui demandent encore leurs couronnes de ceux qui n'en ont plus besoin, puis, à propos de la lettre-abréviation, rapporte une série de notarikon tirés du Tanakh (av hamon, anokhi, yarat, karmel, nimretset, nitstadak).
La mishna oppose Rabban Gamliel et les Hakhamim sur deux lettres écrites en deux oublis : la prise de conscience intermédiaire sépare-t-elle un demi-chiour ? Le chapitre Ha-oreg commence : mesures du tissage selon R.
Eliezer et les Hakhamim, fils épais et fils fins, bordure, mailles (batei nirin), couture et déchirure.
... et deux lui sont venues (il voulait écrire une lettre et en a écrit deux) : il est hayav. Mais n'avons-nous pas appris [dans la mishna] : patour ?!
Ce n'est pas difficile : ici (la mishna), il s'agit [de lettres] qui ont besoin d'ornements (zivouné) ; là (la baraita), [de lettres] qui n'ont pas besoin d'ornements.
Les deux sources parlent du même cas : il voulait tracer un het et a obtenu deux zayin. La mishna exempte, la baraita rend hayav. La Guemara les concilie par les taguin (couronnes) : un zayin en requiert trois. S'il manque encore les couronnes, les deux zayin sont des lettres inachevées, donc patour. S'ils n'en ont pas besoin, il a produit deux lettres complètes, donc hayav.
S'il a écrit une seule lettre en notarikon (abréviation), Rabbi Yehochoua ben Betera le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : d'où [savons-nous] que le langage du notarikon vient de la Torah ?
Car il est dit : 'car je t'ai fait père d'une multitude de nations (av hamon goyim)' (Berechit 17,5) : je t'ai fait père (av) pour les nations, je t'ai fait élu (bahur) parmi les nations, je t'ai fait aimé (haviv) parmi les nations, je t'ai fait roi (melekh) pour les nations, je t'ai fait éminent (vatik) parmi les nations, je t'ai fait fidèle (neeman) pour les nations.
Le notarikon : lire chaque lettre d'un mot comme l'initiale d'un autre mot. R. Yehochoua ben Betera tient qu'une lettre écrite comme abréviation vaut un mot entier, donc une écriture complète. La Guemara montre que ce procédé existe dans la Torah : les six lettres de av hamon (alef, beit, hé, mem, vav, noun) donnent six titres d'Avraham.
Rabbi Yo'hanan, lui, a dit : 'anokhi' (Je suis) est un notarikon : ana nafchi ketivat yehavit (Moi-même J'ai écrit [et] donné). Les Rabbanan disent : amira neima ketiva yehiva (une parole agréable, écrite, donnée).
Certains disent 'anokhi' à rebours : yehiva ketiva neemanim amareha (donnée, écrite, ses paroles sont fidèles).
Le premier mot des Dix Commandements est anokhi et non ani : la lettre en plus invite à lire le mot en notarikon. Trois lectures des lettres alef, noun, kaf, yod : à l'endroit (R. Yo'hanan, les Rabbanan) ou à l'envers (yod, kaf, noun, alef).
À l'école de Rabbi Natan, on disait : 'car le chemin est yarat (contraire) devant moi' (Bamidbar 22,32) : elle (l'ânesse) a eu peur (yare'a), elle a vu (raata), elle s'est écartée (nateta). À l'école de Rabbi Yichmael, on a enseigné : 'karmel' (Vayikra 23,14) : kar mâle (enveloppe pleine).
Rav Aha bar Yaakov a dit : 'et il m'a maudit d'une malédiction nimretset (violente)' (Melakhim I 2,8) est un notarikon : il est adultère (noef), il est moabite (moavi), il est meurtrier (rotseah), il est oppresseur (tsorer), il est abomination (toeva).
Trois autres notarikon. Yarat : la conduite de l'ânesse de Bilam. Karmel : l'état du grain de l'offrande du omer. Nimretset : les accusations de Chimi ben Guera contre David, rapportées par David à Chelomo.
Rav Nahman bar Yitshak a dit : 'que dirons-nous, et comment nous justifierons-nous (nitstadak)' (Berechit 44,16) : nous sommes droits (nekhonim), nous sommes justes (tsadikim), nous sommes purs (tehorim), nous sommes nets (dakim), nous sommes saints (kedochim).
Les cinq lettres de nitstadak (noun, tsadi, têt, dalet, kof) donnent cinq qualités que Yehouda revendique devant Yossef.
MISHNA. Celui qui écrit deux lettres en deux oublis (heelemot), une le matin et une à la tombée du jour : Rabban Gamliel le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent.
Chaque lettre, seule, est un demi-chiour. Entre les deux, il a pris conscience (yedia) qu'on était Chabbat, puis il a oublié de nouveau. La question : les deux moitiés se joignent-elles pour faire un chiour complet ?
GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?
Rabban Gamliel pense : il n'y a pas de yedia (prise de conscience) pour un demi-chiour ; et les Rabbanan pensent : il y a une yedia pour un demi-chiour.
Deux fautes commises en deux oublis distincts, séparés par une yedia, obligent en principe à deux hatat. Rabban Gamliel : une yedia ne compte que sur ce qui rend passible d'une hatat ; une lettre seule n'est pas passible, donc la yedia ne la sépare pas de la seconde, et les deux lettres s'additionnent. Les Hakhamim : la yedia sépare même un demi-chiour ; chaque moitié reste isolée.
Nous reviendrons à toi, [chapitre] Ha-bone (Celui qui construit).
Fin du chapitre douze. Le chapitre treize, Ha-oreg (Celui qui tisse), commence.
MISHNA. Rabbi Eliezer dit : celui qui tisse trois fils au début, ou un seul sur le tissu [existant], est hayav.
Et les Hakhamim disent : que ce soit au début ou à la fin, sa mesure est de deux fils. Celui qui fait deux mailles (batei nirin) dans les nirin, dans le kirous, dans un van, dans un crible ou dans une corbeille, est hayav.
Et celui qui coud deux points, et celui qui déchire afin de coudre deux points [est hayav].
Le chapitre précise les chiourim de melakhot déjà énumérées en 73a : oreg (tisser), ossé batei nirin (monter les mailles), tofer (coudre), kore'a (déchirer). Pour R. Eliezer, un fil ajouté à un tissu existant suffit, car il s'y joint ; au début il en faut trois.
GUEMARA. Quand Rabbi Yitshak est venu, il enseignait : 'deux'.
Mais nous avons appris : 'trois' ! Ce n'est pas difficile : ici, pour des [fils] épais ; là, pour des fins.
Certains le disent dans un sens, et certains le disent dans l'autre sens. Certains le disent dans un sens : les épais, trois ne se défont pas, deux se défont ; les fins, même deux ne se défont pas.
Et certains le disent dans l'autre sens : les fins, trois se voient, deux ne se voient pas ; les épais, même deux se voient.
R. Yitshak rapporte d'Erets Israël une version de la mishna où R. Eliezer dit deux fils au début. On concilie : la mesure dépend de l'épaisseur du fil. Deux critères possibles : la solidité (le tissu tient-il sans se défaire ?) ou la visibilité (le tissu se voit-il ?). Chaque critère donne une répartition opposée.
On a enseigné [dans une baraita] : celui qui tisse trois fils au début, ou un sur le tissu, est hayav. Et les Hakhamim disent : que ce soit au début ou à la fin, leur mesure est de deux fils.
Et sur la bordure (safa) : deux fils sur une largeur de trois mailles. À quoi cela ressemble-t-il ?
À celui qui tisse une petite ceinture (tsiltsoul) : deux fils sur une largeur de trois mailles. Et [la phrase] 'celui qui tisse trois fils au début, ou un sur le tissu, est hayav', [enseignée] sans auteur, est selon Rabbi Eliezer.
La safa est une bande tissée le long du vêtement, d'une autre matière, large de trois mailles. Même si ce tissu est étroit, deux fils y suffisent, car une bande de cette largeur est un objet utile en soi, comme une petite ceinture. La Guemara note que la première clause anonyme suit R. Eliezer.
On a enseigné dans une autre [baraita] : celui qui tisse deux fils sur le gros [tissu] ou sur l'imra (lisière) est hayav. Rabbi Eliezer dit : même un seul.
Et sur la bordure, deux fils sur une largeur de trois mailles : hayav. À quoi cela ressemble-t-il ?
À celui qui tisse une petite ceinture, deux fils sur une largeur de trois mailles. Et [la phrase] 'celui qui tisse deux fils sur le gros [tissu] ou sur l'imra est hayav', [enseignée] sans auteur, est selon les Rabbanan.
Seconde baraita, dont la clause anonyme suit les Hakhamim (deux fils). La règle de la bordure est la même dans les deux baraitot : elle ne dépend pas de la mahloket.
Celui qui fait deux mailles, etc. Que signifie 'dans les nirin' ?
Abaye a dit : deux dans la bat nira et une dans la nira. 'Dans le kirous' : que signifie 'dans le kirous' ? Rav a dit : la metsouvita.
Termes techniques du métier à tisser. Les nirin sont les lices, qui soulèvent une partie des fils de chaîne pour laisser passer la trame. Monter les mailles consiste à attacher les fils de chaîne aux lices. Le kirous (metsouvita) est la pièce équivalente du métier actionné au pied.
'Et celui qui coud deux points' : nous l'avons déjà appris dans les avot melakhot : 'et celui qui coud deux points' ! Parce qu'il voulait enseigner la fin : 'et celui qui déchire afin de coudre deux points', il a enseigné aussi celui qui coud. 'Et celui qui déchire' : cela aussi, nous l'avons appris dans les avot melakhot !
C'est plutôt parce qu'il voulait enseigner à la fin : 'celui qui déchire dans sa colère ou pour son mort' ; c'est pour cela qu'il a enseigné [celui qui coud deux points].
Question de rédaction : pourquoi répéter des chiourim déjà donnés en 73a ? Le tisseur et les mailles apportent du neuf (la mahloket, la liste des ustensiles). La couture et la déchirure sont répétées pour introduire la mishna suivante : déchirer dans sa colère ou pour un mort.
'Et celui qui déchire afin de coudre deux points' : comment trouve-t-on ce cas ?
La réponse vient à l'amud suivant (105b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).