Shabbat 105a — Le notarikon, le demi-chiour et les mesures du tissage

Shabbat 105a

Sougya : L'amud achève le chapitre Ha-bone. La Guemara distingue les zayin qui demandent encore leurs couronnes de ceux qui n'en ont plus besoin, puis, à propos de la lettre-abréviation, rapporte une série de notarikon tirés du Tanakh (av hamon, anokhi, yarat, karmel, nimretset, nitstadak).

La mishna oppose Rabban Gamliel et les Hakhamim sur deux lettres écrites en deux oublis : la prise de conscience intermédiaire sépare-t-elle un demi-chiour ? Le chapitre Ha-oreg commence : mesures du tissage selon R.

Eliezer et les Hakhamim, fils épais et fils fins, bordure, mailles (batei nirin), couture et déchirure.

Le notarikon dans le Tanakh : un mot, plusieurs mots Mot du verset Lecture en notarikon Auteur av hamon (Berechit 17,5) av, bahur, haviv, melekh, vatik, neeman R. Yo'hanan au nom de R. Yossi b. Zimra anokhi (Chemot 20,2) ana nafchi ketivat yehavit R. Yo'hanan anokhi amira neima ketiva yehiva Rabbanan anokhi (à rebours) yehiva ketiva neemanim amareha ika deamri yarat (Bamidbar 22,32) yare'a, raata, nateta École de R. Natan karmel (Vayikra 23,14) kar mâle École de R. Yichmael nimretset (Melakhim I 2,8) noef, moavi, rotseah, tsorer, toeva Rav Aha bar Yaakov nitstadak (Berechit 44,16) nekhonim, tsadikim, tehorim, dakim, kedochim Rav Nahman bar Yitshak
Les huit lectures en notarikon rapportées par la Guemara.
Deux lettres, deux oublis : la prise de conscience sépare-t-elle ? Matin 1re lettre (oubli 1) Entre-temps il apprend (yedia) Soir 2e lettre (oubli 2) Rabban Gamliel ein yedia le-hatsi chiour : la yedia ne compte pas pour un demi-chiour Hakhamim yech yedia le-hatsi chiour : la yedia coupe les deux moitiés Les deux lettres se joignent HAYAV hatat Chaque lettre reste isolée PATOUR
La mahloket de la mishna : la yedia entre deux demi-chiourim.
Tisser le Chabbat : combien de fils pour être hayav ? Début du tissage Ajout sur un tissu existant R. Eliezer (notre mishna) 3 fils 1 fil Hakhamim 2 fils 2 fils R. Eliezer selon la version de R. Yitshak 2 fils 1 fil Bordure (safa) : 2 fils sur une largeur de 3 mailles -> HAYAV comme on tisse une petite ceinture (tsiltsoul) : un tissu étroit mais complet (enseigné dans les deux baraitot, selon R. Eliezer comme selon les Hakhamim)
Les mesures du tissage selon les différentes sources.
1
וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁתַּיִם — חַייָּב. וְהִתְנָן פָּטוּר! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּבָעֵי זִיּוּנֵי, הָא דְּלָא בָּעֵי זַיּוֹנֵי.

... et deux lui sont venues (il voulait écrire une lettre et en a écrit deux) : il est hayav. Mais n'avons-nous pas appris [dans la mishna] : patour ?!

Ce n'est pas difficile : ici (la mishna), il s'agit [de lettres] qui ont besoin d'ornements (zivouné) ; là (la baraita), [de lettres] qui n'ont pas besoin d'ornements.

📜 Rachi (3)
וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁתַּיִם הַייְנוּ נָמֵי מִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב ח' וְכָתַב שְׁנֵי זַיְינִין:
Et deux lui sont venues : c'est aussi [le cas où] il voulait écrire un het et a écrit deux zayin.
הָא דִּתְנַן פָּטוּר:
Ici : celle où nous avons appris patour.
דְּבָעֵי זִיּוּנֵי שֶׁעֲדַייִן צְרִיכוֹת רָאשֵׁי הַזַּיְינִין לְזַייְּנָן בְּתָגִין שֶׁלָּהֶן שֶׁהַזַּייְנִין צְרִיכוֹת ג' זִיּוּנִין יָמִין וּשְׂמֹאל וּלְמַעְלָה כִּדְאָמְרִינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף כט:):
Qui ont besoin d'ornements : les têtes des zayin doivent encore être ornées de leurs taguin, car les zayin demandent trois ornements, à droite, à gauche et en haut, comme nous le disons dans Menahot (29b).
🗂️ Tossefot (1)
וְהָתַנְיָא פָּטוּר אֵין נִרְאֶה לר"י לִגְרֹוס וְהָתַנְיָא דְּאַמַּאי לָא הֲוָה פָּרֵיךְ מִמַּתְנִי' וּמִיהוּ אִיכָּא לְמֵימַר דְּמִמַּתְנִי' לָא קַשְׁיָא לֵיהּ מִדְּקָתָנֵי וְכָתַב שְׁנֵי זַייְנִין וְלָא נְקַט ב' אוֹתִיּוֹת אֲחֵרוֹת דְּלָא בָּעֵי זִיּוּנֵי מַשְׁמַע דְּמִשּׁוּם זִיּוּן פָּטַר לֵיהּ אֲבָל מִבָּרַיְיתָא דְּקָתָנֵי סְתָמָא פָּרֵיךְ שַׁפִּיר אֲבָל קָשֶׁה דְּאִי בָּרַיְיתָא הִיא הָא דְּפָרִיךְ מִינָּהּ אַמַּאי נְקַט נִתְכַּוֵּין לִכְתֹּוב אוֹת אַחַת וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁתַּיִם אַפֵּי' נִתְכַּוֵּין לְאוֹתָן שְׁתַּיִם שֶׁכָּתַב וּכְתָבָן בְּלֹא זִיּוּן פָּטוּר כֵּיוָן דְּמוֹקְמִי לָהּ בִּדְבָעֵי זִיּוּנֵי דְּהָא בַּבָּרַיְיתָא לָא קָתָנֵי וְכָתַב שְׁנֵי זַייְנִין דְּנוּכַל לוֹמַר דְּאָתֵי לְאַשְׁמְעִינַן הָא כָּתַב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת אֲחֵרוֹת דְּלָא בָּעֵי זִיּוּן חַיָּיב כִּדְפֵירַשְׁתִּי בְּמַתְנִיתִין לְכָךְ נִרְאֶה דְּמִמַּתְנִי' פָּרִיךְ וְגָרְסִינַן וְהִתְנָן:
Et n'a-t-on pas enseigné (ve-hatanya) patour : il ne semble pas au Ri qu'il faille lire ve-hatanya (une baraita), car pourquoi n'objecterait-on pas de notre mishna ? Toutefois on peut dire que de la mishna il n'y avait pas de difficulté : puisqu'elle enseigne 'et il a écrit deux zayin' et n'a pas pris deux autres lettres qui n'ont pas besoin d'ornement, cela implique qu'elle l'exempte à cause de l'ornement ; mais de la baraita, qui enseigne sans préciser, l'objection est fondée. Mais c'est difficile : si c'est d'une baraita qu'on objecte, pourquoi mentionne-t-elle 'il voulait écrire une lettre et deux lui sont venues' ? Même s'il voulait écrire ces deux-là qu'il a écrites, et les a écrites sans ornement, il serait patour, puisqu'on l'établit dans le cas où elles ont besoin d'ornement ; car dans la baraita il n'est pas enseigné 'et il a écrit deux zayin', pour que nous puissions dire qu'elle vient nous apprendre que s'il a écrit deux autres lettres qui n'ont pas besoin d'ornement il est hayav, comme je l'ai expliqué dans la mishna. C'est pourquoi il semble qu'on objecte de la mishna, et on lit ve-hatnan.
💡 Explication

Les deux sources parlent du même cas : il voulait tracer un het et a obtenu deux zayin. La mishna exempte, la baraita rend hayav. La Guemara les concilie par les taguin (couronnes) : un zayin en requiert trois. S'il manque encore les couronnes, les deux zayin sont des lettres inachevées, donc patour. S'ils n'en ont pas besoin, il a produit deux lettres complètes, donc hayav.

🖼️ Schéma
Il voulait un het, il a fait deux zayin Het toit enlevé -> 2 zayin Les zayin demandent encore leurs couronnes (taguin) Les zayin n'ont plus besoin de couronnes PATOUR (notre mishna) HAYAV (la baraita)
La même action, deux verdicts : tout dépend si les zayin sont déjà des lettres achevées.
2
כָּתַב אוֹת אַחַת נוֹטָרִיקוֹן, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתִירָה מְחַייֵּב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא: מִנַּיִן לִלְשׁוֹן נוֹטָרִיקוֹן מִן הַתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אַב הֲמוֹן גּוֹיִם נְתַתִּיךָ״ — אָב נְתַתִּיךָ לָאֻומּוֹת, בָּחוּר נְתַתִּיךָ בָּאֻומּוֹת, הֲמוֹן חָבִיב נְתַתִּיךָ בָּאֻומּוֹת, מֶלֶךְ נְתַתִּיךָ לָאֻומּוֹת, וְתִיק נְתַתִּיךָ בָּאֻומּוֹת, נֶאֱמָן נְתַתִּיךָ לָאֻומּוֹת.

S'il a écrit une seule lettre en notarikon (abréviation), Rabbi Yehochoua ben Betera le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : d'où [savons-nous] que le langage du notarikon vient de la Torah ?

Car il est dit : 'car je t'ai fait père d'une multitude de nations (av hamon goyim)' (Berechit 17,5) : je t'ai fait père (av) pour les nations, je t'ai fait élu (bahur) parmi les nations, je t'ai fait aimé (haviv) parmi les nations, je t'ai fait roi (melekh) pour les nations, je t'ai fait éminent (vatik) parmi les nations, je t'ai fait fidèle (neeman) pour les nations.

📜 Rachi (1)
מֶלֶךְ נְתַתִּיךְ נְשִׂיא אֱ-לֹהִים אַתָּה (בְּרֵאשִׁית כ״ג:ו׳):
Roi je t'ai fait : 'tu es un prince de D.ieu (nessi E-lokim) parmi nous' (Berechit 23,6).
🪔 Ben Yehoyada (1)
'אָב' נְתַתִּיךָ לְאֻמּוֹת 'בָּחוּר' נְתַתִּיךָ בְּאַמּוֹת. 'אָב' נְתַתִּיךָ שֶׁהָיָה מְגַיֵּיר גִּיּוֹרִין וּמִמֵּילָא נַעֲשָׂה אָב, דְּגֵר שֶׁנִּתְגַּייֵּר כְּקָטָן שֶׁנּוֹלַד דָּמֵי וְנִקְרָאִים עַל שְׁמוֹ, וְרָמַז שִׁשָּׁה תּוֹאֲרִים בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'אַב הֲמוֹן' כִּי הָיָה אָחוּז בְּחֶסֶד שֶׁהוּא רֹאשׁ הַשֵּׁשׁ קְצָווֹת, גַּם שָׁלַט בָּעֵינַיִם וְאָזְנַיִם וּפֹה וְרֹאשׁ הַגּוֹיָה שֶׁהֵם שִׁשָּׁה אֵבָרִים, וְאוֹמְרוֹ 'בָּחוּר' שֶׁעֲשָׂאוֹ בָּחוּר מֵחָדָשׁ לְהוֹלִיד בִּהְיוֹתוֹ בֶּן מֵאָה שָׁנָה.
'Av je t'ai fait pour les nations, bahur je t'ai fait parmi les nations'. 'Av je t'ai fait' : car il convertissait des guerim, et de ce fait il devenait père, car le guer qui se convertit est comme un enfant qui vient de naître, et ils sont appelés de son nom. Il a fait allusion à six qualités par les initiales de 'av hamon', car il était attaché au 'hessed, qui est la tête des six extrémités (chech ktsavot) ; il dominait aussi les yeux, les oreilles, la bouche et la tête du corps, qui sont six membres. Et il dit 'bahur' car [Hachem] a fait de lui un jeune homme à nouveau, pour engendrer alors qu'il avait cent ans.
💡 Explication

Le notarikon : lire chaque lettre d'un mot comme l'initiale d'un autre mot. R. Yehochoua ben Betera tient qu'une lettre écrite comme abréviation vaut un mot entier, donc une écriture complète. La Guemara montre que ce procédé existe dans la Torah : les six lettres de av hamon (alef, beit, hé, mem, vav, noun) donnent six titres d'Avraham.

3
רַבִּי יוֹחָנָן דִּידֵיהּ אָמַר: ״אָנֹכִי״, נוֹטָרִיקוֹן: אֲנָא נַפְשִׁי כְּתַבִית יְהַבִית. רַבָּנָן אָמְרִי: אֲמִירָה נְעִימָה כְּתִיבָה יְהִיבָה. אִיכָּא דְאָמְרִי ״אָנֹכִי״ לְמַפְרֵעַ: יְהִיבָה כְּתִיבָה נֶאֱמָנִין אֲמָרֶיהָ.

Rabbi Yo'hanan, lui, a dit : 'anokhi' (Je suis) est un notarikon : ana nafchi ketivat yehavit (Moi-même J'ai écrit [et] donné). Les Rabbanan disent : amira neima ketiva yehiva (une parole agréable, écrite, donnée).

Certains disent 'anokhi' à rebours : yehiva ketiva neemanim amareha (donnée, écrite, ses paroles sont fidèles).

📜 Rachi (3)
אָנֹכִי מִדְּלָא אָמַר אֲנִי:
Anokhi : du fait qu'Il n'a pas dit ani.
אָנָּא נַפְשִׁי אֲנִי בְּעַצְמִי:
Ana nafchi : Moi en personne.
אֲמִירָה שֶׁהִיא נְעִימָה:
Amira : qui est agréable.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'אָנֹכִי' נוֹטָרִיקוֹן: אֲנָא נַפְשִׁי כְּתַבִית יְהַבִית. נִרְאֶה לִי בס"ד טנת"א הֵם כְּנֶגֶד נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] וּנְשָׁמָה לַנְּשָׁמָה, נִמְצָא הָאוֹתִיּוֹת הֵם בְּחִינַת נֶפֶשׁ, וּבְלוּחוֹת לֹא כָּתַב אֶלָּא אוֹתִיּוֹת שֶׁהֵם נֶפֶשׁ, וְזֶה שֶׁאָמַר נַפְשַׁאי כְּתַבִית וִיהַבִית, אוֹ כְּתַבִית תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב יְהַבִית שֶׁבְּעַל פֶּה. וְרַבָּנָן אָמְרִי: אֲמִירָה, נְעִימָה , נִרְאֶה לִי בס"ד כְּנֶגֶד פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד] , אֲמִירָה בִּלְחִישׁוּ זֶה הַסּוֹד, נְעִימָה דְּרָשׁ, כְּתִיבָה רֶמֶז, יְהִיבָה פָּשַׁט, והא"ד נָקְטִי כַּסֵּדֶר שֶׁאָדָם יַתְחִיל לִלְמֹוד שֶׁהַסּוֹד לוֹמֵד בָּאַחֲרוֹנָה.
'Anokhi' en notarikon : ana nafchi ketivat yehavit. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que TaNTA (teamim, nekoudot, taguin, otiot) correspondent à NaRaN (nefech, roua'h, nechama) et nechama le-nechama ; les lettres sont donc le niveau du nefech. Sur les Tables, Il n'a écrit que des lettres, qui sont le nefech, et c'est ce qu'il dit : nafchai (Mon nefech) J'ai écrit et donné. Ou bien : J'ai écrit la Torah écrite, J'ai donné celle qui est orale. Et les Rabbanan disent : amira, neima. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela correspond au PaRDeS (pchat, remez, drach, sod) : amira, [dite] à voix basse, c'est le sod ; neima, le drach ; ketiva, le remez ; yehiva, le pchat. Et les tenants de 'certains disent' [à rebours] suivent l'ordre dans lequel l'homme commence à étudier, car le sod s'apprend en dernier.
💡 Explication

Le premier mot des Dix Commandements est anokhi et non ani : la lettre en plus invite à lire le mot en notarikon. Trois lectures des lettres alef, noun, kaf, yod : à l'endroit (R. Yo'hanan, les Rabbanan) ou à l'envers (yod, kaf, noun, alef).

4
דְּבֵי רַבִּי נָתָן אָמְרִי: ״כִּי יָרַט הַדֶּרֶךְ לְנֶגְדִּי״ — יִרְאָה, רָאֲתָה, נָטְתָה. דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תַּנָּא: ״כַּרְמֶל״ — כַּר מָלֵא. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: ״וְהוּא קִלְלַנִי קְלָלָה נִמְרֶצֶת״, נוֹטָרִיקוֹן: נוֹאֵף הוּא, מוֹאָבִי הוּא, רוֹצֵחַ הוּא, צוֹרֵר הוּא, תּוֹעֵבָה הוּא.

À l'école de Rabbi Natan, on disait : 'car le chemin est yarat (contraire) devant moi' (Bamidbar 22,32) : elle (l'ânesse) a eu peur (yare'a), elle a vu (raata), elle s'est écartée (nateta). À l'école de Rabbi Yichmael, on a enseigné : 'karmel' (Vayikra 23,14) : kar mâle (enveloppe pleine).

Rav Aha bar Yaakov a dit : 'et il m'a maudit d'une malédiction nimretset (violente)' (Melakhim I 2,8) est un notarikon : il est adultère (noef), il est moabite (moavi), il est meurtrier (rotseah), il est oppresseur (tsorer), il est abomination (toeva).

📜 Rachi (1)
כַּרְמֶל גַּבֵּי מִנְחַת הָעֹומֶר כְּתִיב גֶּרֶשׁ כַּרְמֶל שֶׁמְּבִיאָה כְּשֶׁהִיא לַחָה בְּעוֹד שֶׁהַזֶּרַע נָפוּחַ וְהֶכֵּר שֶׁל קַשׁ מָלֵא הֵימֶנּוּ:
Karmel : à propos de l'offrande du omer il est écrit 'gerech karmel' : on l'apporte quand elle est humide, alors que le grain est encore gonflé et que l'enveloppe (kar) de l'épi en est pleine.
💡 Explication

Trois autres notarikon. Yarat : la conduite de l'ânesse de Bilam. Karmel : l'état du grain de l'offrande du omer. Nimretset : les accusations de Chimi ben Guera contre David, rapportées par David à Chelomo.

5
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: ״מַה נְּדַבֵּר וּמַה נִּצְטַדָּק״ — נְכוֹנִים אֲנַחְנוּ, צַדִּיקִים אֲנַחְנוּ, טְהוֹרִים אֲנַחְנוּ, דָּכִים אֲנַחְנוּ, קְדוֹשִׁים אֲנַחְנוּ.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : 'que dirons-nous, et comment nous justifierons-nous (nitstadak)' (Berechit 44,16) : nous sommes droits (nekhonim), nous sommes justes (tsadikim), nous sommes purs (tehorim), nous sommes nets (dakim), nous sommes saints (kedochim).

💡 Explication

Les cinq lettres de nitstadak (noun, tsadi, têt, dalet, kof) donnent cinq qualités que Yehouda revendique devant Yossef.

6
מַתְנִי׳ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בִּשְׁתֵּי הֶעְלֵמוֹת, אַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם, רַבָּן גַּמְלִיאֵל מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

MISHNA. Celui qui écrit deux lettres en deux oublis (heelemot), une le matin et une à la tombée du jour : Rabban Gamliel le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' אַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם כֵּיוָן דהו"ל שְׁהוּת בֵּינְתַיִם כְּדֵי לֵידַע הֲוָה לֵיהּ כִּשְׁתֵּי הַעֲלָמוֹת:
Une le matin et une à la tombée du jour : puisqu'il y a entre elles un délai suffisant pour savoir, c'est comme deux oublis.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בִּשְׁתֵּי הֶעְלֵמוֹת אַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם רַבָּן גַּמְלִיאֵל מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִים:
Mishna. Celui qui écrit deux lettres en deux oublis, une le matin et une à la tombée du jour : Rabban Gamliel le rend hayav et les Hakhamim l'exemptent.
💡 Explication

Chaque lettre, seule, est un demi-chiour. Entre les deux, il a pris conscience (yedia) qu'on était Chabbat, puis il a oublié de nouveau. La question : les deux moitiés se joignent-elles pour faire un chiour complet ?

7
גמ׳ בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר אֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר, וְרַבָּנַן סָבְרִי יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר.

GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?

Rabban Gamliel pense : il n'y a pas de yedia (prise de conscience) pour un demi-chiour ; et les Rabbanan pensent : il y a une yedia pour un demi-chiour.

📜 Rachi (1)
גְּמ' יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר לְחַלֵּק כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵף עִמּוֹ חֲצִי הָאַחֵר:
Il y a une yedia pour un demi-chiour : pour séparer, afin que l'autre moitié ne se joigne pas à elle.
🗂️ Tossefot (2)
רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר אֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר נִרְאֶה דְּטַעַם דְּרַשְׁבָּ"ג מִשּׁוּם דִּכְתִיב אוֹ הוֹדַע אֵלָיו חַטָּאתוֹ יְדִיעַת חַטָּאת הוּא דִּשְׁמָהּ יְדִיעָה אֲבָל יְדִיעָה דְּלָאו חַטָּאת לָאו שְׁמָהּ יְדִיעָה:
Rabban Gamliel pense qu'il n'y a pas de yedia pour un demi-chiour : il semble que la raison de Rachbag est qu'il est écrit 'ou [si] sa faute lui est rendue connue' (Vayikra 4,23) : c'est la connaissance d'une [faute passible de] hatat qui s'appelle yedia, mais une connaissance qui ne porte pas sur une hatat ne s'appelle pas yedia.
וְרַבָּנַן סָבְרִי יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי כּוּ' פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' הָא דִּנְקַט אוֹת אַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם כֵּיוָן דְּהָוֵי שְׁהוּת בֵּינְתַיִם כְּדֵי לֵידַע חֲשִׁיב כִּשְׁתֵּי הַעֲלָמוֹת וְאֵין נִרְאֶה חֲדָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְפָרֵשׁ שִׁיעוּר שְׁהוּת וְעוֹד דְּאָמַר לְעֵיל כָּתַב אוֹת אַחַת בְּצִיפּוֹרִי וְאוֹת אַחַת בִּטְבֶרְיָא חַייָּב אע"ג דְּמִסְּתָמָא יֵשׁ שְׁהוּת כְּדֵי לֵידַע וְנִרְאֶה דְּמַייְרֵי שֶׁיָּדַע בֵּינְתַיִם וְאַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת עַרְבִית נְקַט לִרְבוּתָא דְּאַף עַל גַּב דְּיֵשׁ עִם הַיְּדִיעָה הֶפְסֵק וּשְׁהוּת גָּדוֹל בֵּינְתַיִם מְחַיֵּיב ר"ג:
Et les Rabbanan pensent qu'il y a une yedia pour un demi[-chiour], etc. : Rachi a expliqué que [la mishna] dit 'une le matin et une à la tombée du jour' parce que, puisqu'il y a entre elles un délai suffisant pour savoir, cela compte comme deux oublis. Cela ne semble pas juste. D'abord, il aurait dû expliquer la mesure de ce délai. Ensuite, on a dit plus haut : s'il a écrit une lettre à Tsippori et une lettre à Tévéria, il est hayav, bien qu'il y ait sans doute [entre les deux] un délai suffisant pour savoir. Il semble donc qu'il s'agit du cas où il a su entre-temps, et 'une le matin et une le soir' est mentionné pour la nouveauté : bien qu'en plus de la yedia il y ait une interruption et un long délai entre les deux, Rabban Gamliel le rend hayav.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר אֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר וְרַבָּנַן סָבְרִי יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר: הַדְרָן עֲלָךְ הַבּוֹנֶה
Guemara. Sur quoi divergent-ils ? Rabban Gamliel pense qu'il n'y a pas de yedia pour un demi-chiour, et les Rabbanan pensent qu'il y a une yedia pour un demi-chiour. Nous reviendrons à toi, [chapitre] Ha-bone.
💡 Explication

Deux fautes commises en deux oublis distincts, séparés par une yedia, obligent en principe à deux hatat. Rabban Gamliel : une yedia ne compte que sur ce qui rend passible d'une hatat ; une lettre seule n'est pas passible, donc la yedia ne la sépare pas de la seconde, et les deux lettres s'additionnent. Les Hakhamim : la yedia sépare même un demi-chiour ; chaque moitié reste isolée.

🖼️ Schéma
Deux lettres, deux oublis : la prise de conscience sépare-t-elle ? Matin 1re lettre (oubli 1) Entre-temps il apprend (yedia) Soir 2e lettre (oubli 2) Rabban Gamliel ein yedia le-hatsi chiour : la yedia ne compte pas pour un demi-chiour Hakhamim yech yedia le-hatsi chiour : la yedia coupe les deux moitiés Les deux lettres se joignent HAYAV hatat Chaque lettre reste isolée PATOUR
Selon les Hakhamim, la yedia coupe le lien entre les deux lettres.
8
הַדְרָן עֲלָךְ הַבּוֹנֶה

Nous reviendrons à toi, [chapitre] Ha-bone (Celui qui construit).

💡 Explication

Fin du chapitre douze. Le chapitre treize, Ha-oreg (Celui qui tisse), commence.

9
מַתְנִי׳ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאַחַת עַל הָאָרִיג — חַייָּב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בַּתְּחִילָּה בֵּין בַּסּוֹף — שִׁיעוּרוֹ שְׁנֵי חוּטִין. הָעוֹשֶׂה שְׁתֵּי בָתֵּי נִירִין בַּנִּירַיִם, בְּקֵירוּס, בְּנָפָה, בִּכְבָרָה וּבְסַל — חַייָּב. וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְּפִירוֹת, וְהַקּוֹרֵעַ עַל מְנָת לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְפִירוֹת.

MISHNA. Rabbi Eliezer dit : celui qui tisse trois fils au début, ou un seul sur le tissu [existant], est hayav.

Et les Hakhamim disent : que ce soit au début ou à la fin, sa mesure est de deux fils. Celui qui fait deux mailles (batei nirin) dans les nirin, dans le kirous, dans un van, dans un crible ou dans une corbeille, est hayav.

Et celui qui coud deux points, et celui qui déchire afin de coudre deux points [est hayav].

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֲתָא לְפָרוֹשֵׁי שִׁיעוּר אוֹרֵג שֶׁמָּנוּ בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עג.) דִּתְנַן הָתָם שְׁנֵי חוּטִין:
Mishna. Rabbi Eliezer : il vient expliquer la mesure du tisseur, compte parmi les avot melakhot (plus haut 73a), car nous y avons appris : deux fils.
בַּתְּחִילָּה אִם זוֹ תְּחִלַּת אֲרִיגָתוֹ שֶׁל בֶּגֶד:
Au début : si c'est le début du tissage du vêtement.
וְאַחַת עַל הָאָרִיג אִם מוֹסִיף הוּא עַל הָאָרִיג שִׁיעוּרוֹ בְּאַחַת דְּמִצְטָרֵף עִם הַשְּׁאָר:
Ou un seul sur le tissu : s'il ajoute au tissu, sa mesure est un [fil], car il se joint au reste.
בָּתֵּי נִירִין שֶׁנָּתַן ב' חוּטִין שֶׁל שְׁתֵּי בַּנִּירָה שֶׁקּוֹרִין ליצי"ש:
Mailles (batei nirin) : il a placé deux fils de chaîne dans la nira (lice), qu'on appelle lices (litses).
בְּנִירִין וּבַקֵּירוֹס מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Dans les nirin et dans le kirous : la Guemara l'explique.
בְּנָפָה וּבִכְבָרָה הָנָךְ לָאו נִירִין מַמָּשׁ אֶלָּא מְשַׁרְשֵׁר וּמַרְכִּיב חוּט א' [שֶׁל עֵרֶב] בִּשְׁתֵּי מִלְּמַטָּה וְאֶחָד מִלְמַעְלָה וּמַעֲמִיד הַשְּׁתִי בָּהֶן כְּתִקְנוֹ:
Dans un van et dans un crible : ceux-là ne sont pas de vrais nirin, mais il entrelace et fixe un fil [de trame] dans la chaîne, un en dessous et un au-dessus, et disposé la chaîne comme il convient.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי'. הָאוֹרֵג אוֹמֵר רִ"י דה"ג וחכ"א בֵּין בַּתְּחִלָּה בֵּין בַּסּוֹף ול"ג בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין בַּסּוֹף דְּא"כ הֲוָה מַשְׁמַע בְּסוֹף הַבֶּגֶד מַמָּשׁ וְהָתָם אֲפִי' רַבָּנָן מוֹדוּ דְּחַיָּיב אֲפִילּוּ בְּאַחַת כִּדְאָמְרִינַן סוֹף פֶּרֶק הַבּוֹנֶה (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף קד:) אֲבָל אִי לָא גָּרְסִינַן בְּאֶמְצַע אָתֵי שַׁפִּיר דְּבַסּוֹף לֹא בַּסּוֹף מַמָּשׁ קָאָמַר:
Mishna. Celui qui tisse : le Ri dit qu'il faut lire 'et les Hakhamim disent : que ce soit au début ou à la fin', et non 'que ce soit au milieu ou à la fin' ; car alors cela signifierait la fin du vêtement proprement dite, et là même les Rabbanan reconnaissent qu'il est hayav même pour un seul [fil], comme on le dit à la fin du chapitre Ha-bone (plus haut 104b). Mais si on ne lit pas 'au milieu', c'est cohérent, car 'à la fin' ne désigne pas la fin proprement dite.
💡 Explication

Le chapitre précise les chiourim de melakhot déjà énumérées en 73a : oreg (tisser), ossé batei nirin (monter les mailles), tofer (coudre), kore'a (déchirer). Pour R. Eliezer, un fil ajouté à un tissu existant suffit, car il s'y joint ; au début il en faut trois.

10
גְּמָ׳ כִּי אֲתָא רַבִּי יִצְחָק תָּנֵי: ״שְׁתַּיִם״. וְהָאֲנַן תְּנַן: ״שָׁלֹשׁ״! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּאַלִּימֵי, הָא בְּקַטִּינֵי. אָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא, וְאָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא. אָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא: אַלִּימֵי — תְּלָתָא לָא סָתְרִי, תְּרֵי סָתְרִי. קַטִּינֵי — תְּרֵי נָמֵי לָא סָתְרִי. וְאָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא: קַטִּינֵי — תְּלָתָא יְדִיעִי, תְּרֵי לָא יְדִיעִי. אַלִּימֵי — תְּרֵי נָמֵי יְדִיעִי.

GUEMARA. Quand Rabbi Yitshak est venu, il enseignait : 'deux'.

Mais nous avons appris : 'trois' ! Ce n'est pas difficile : ici, pour des [fils] épais ; là, pour des fins.

Certains le disent dans un sens, et certains le disent dans l'autre sens. Certains le disent dans un sens : les épais, trois ne se défont pas, deux se défont ; les fins, même deux ne se défont pas.

Et certains le disent dans l'autre sens : les fins, trois se voient, deux ne se voient pas ; les épais, même deux se voient.

📜 Rachi (4)
גְּמ' כִּי אֲתָא ר' יִצְחָק תָּנֵי מַתְנִי' הָכִי ר"א אוֹמֵר הָאוֹרֵג ב' חוּטִין בַּתְּחִלָּה וְלָא פְּלִיג ר"א אַרַבָּנָן אֶלָּא בְּאֶחָד עַל הָאָרִיג:
Quand R. Yitshak est venu, il enseignait la mishna ainsi : R. Eliezer dit : celui qui tisse deux fils au début ; et R. Eliezer ne diverge des Rabbanan que sur un [fil] sur le tissu.
לְהַאי גִּיסָא אַלִּימֵי ג' וְלֹא ב' מִשּׁוּם דִּשְׁנַיִם סָתְרִי דְּמִתּוֹךְ עָובְייָן אֵינָן נִדְבָּקִים יָפֶה זֶה בָּזֶה וְקַטִּינֵי בִּשְׁנַיִם מִיחַייַּב:
Dans un sens : les épais, trois et non deux, parce que deux se défont : à cause de leur épaisseur ils n'adhèrent pas bien l'un à l'autre ; et pour les fins, on est hayav avec deux.
וְאָמְרִי לֵיהּ לְהַאי גִּיסָא אַלִּימֵי שְׁנַיִם חַיָּיב:
Et certains le disent dans l'autre sens : les épais, on est hayav avec deux.
דִּידִיעִי דָּבָר הַנִּרְאֶה הוּא אֲבָל קַטִּינֵי בִּשְׁנַיִם פָּטוּר:
Qui se voient : c'est une chose visible ; mais les fins, avec deux on est patour.
💡 Explication

R. Yitshak rapporte d'Erets Israël une version de la mishna où R. Eliezer dit deux fils au début. On concilie : la mesure dépend de l'épaisseur du fil. Deux critères possibles : la solidité (le tissu tient-il sans se défaire ?) ou la visibilité (le tissu se voit-il ?). Chaque critère donne une répartition opposée.

🖼️ Schéma
Trois fils ou deux ? Deux lectures de la distinction Fils épais (alimei) Fils fins (ketinei) 1re version critère : le tissu tient-il ? 3 fils 2 fils se défont : trop épais pour bien adhérer 2 fils deux fils fins tiennent déjà 2e version critère : le tissu se voit-il ? 2 fils deux fils épais se voient déjà 3 fils deux fils fins ne se voient pas
Les deux versions inversent le résultat selon le critère retenu : solidité ou visibilité.
11
תַּנְיָא: הָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאֶחָד עַל הָאָרִיג — חַייָּב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בַּתְּחִילָּה בֵּין בַּסּוֹף — שִׁיעוּרָן שְׁנֵי חוּטִין. וּבְשָׂפָה — שְׁנֵי חוּטִין בְּרֹוחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין. הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה? לְאוֹרֵג צִלְצוּל קָטָן, שְׁנֵי חוּטִין בְּרֹוחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין. וְהָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאֶחָד עַל הָאָרִיג חַייָּב, סְתָמָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

On a enseigné [dans une baraita] : celui qui tisse trois fils au début, ou un sur le tissu, est hayav. Et les Hakhamim disent : que ce soit au début ou à la fin, leur mesure est de deux fils.

Et sur la bordure (safa) : deux fils sur une largeur de trois mailles. À quoi cela ressemble-t-il ?

À celui qui tisse une petite ceinture (tsiltsoul) : deux fils sur une largeur de trois mailles. Et [la phrase] 'celui qui tisse trois fils au début, ou un sur le tissu, est hayav', [enseignée] sans auteur, est selon Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (3)
וּבְשָׂפָה ב' חוּטִין בְּרֹוחַב ג' בָּתֵּי נִירִין יֵשׁ שֶׁאוֹרְגִין סָבִיב [הַבֶּגֶד] הַשָּׂפָה בְּאֹורֶךְ הַבֶּגֶד כֻּולּוֹ מִין אַחֵר שֶׁל [שְׁתִי] וְרֹוחַב בְּרֹוחַב הַבֶּגֶד כְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין וְהָאוֹרֵג בּוֹ שְׁנֵי חוּטִין חַיָּיב:
Et sur la bordure, deux fils sur une largeur de trois mailles : certains tissent autour [du vêtement] une bordure sur toute la longueur du vêtement, d'une autre sorte de [chaîne], et d'une largeur, dans le sens de la largeur du vêtement, de trois mailles ; celui qui y tisse deux fils est hayav.
לְמַה זֶה דּוֹמֶה כְּלוֹמַר לְהָכִי מִחַייְּבִי בְּאָרִיג קָצָר כִּי הַאי וְלָא אָמְרִי כִּמְלֹא רֹוחַב הַסִּיט כְּדִמְשַׁעֲרִינַן בְּמָתְנֵי' בְּאוֹרֵג בְּאֶמְצַע הַבֶּגֶד:
À quoi cela ressemble-t-il : c'est-à-dire, voici pourquoi on rend hayav pour un tissu étroit comme celui-ci, et on ne dit pas [qu'il faut] la pleine largeur d'un sit, comme nous le mesurons dans la mishna pour celui qui tisse au milieu du vêtement.
דּוֹמֶה לְאוֹרֵג צִלְצוֹל קָטָן חֲגוֹרָה קְצָרָה שֶׁאֵינָהּ רְחָבָה יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין:
Comme celui qui tisse une petite ceinture : une ceinture étroite, pas plus large que trois mailles.
💡 Explication

La safa est une bande tissée le long du vêtement, d'une autre matière, large de trois mailles. Même si ce tissu est étroit, deux fils y suffisent, car une bande de cette largeur est un objet utile en soi, comme une petite ceinture. La Guemara note que la première clause anonyme suit R. Eliezer.

12
תַּנְיָא אִידָךְ: הָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין עַל הַגַּס? וְעַל הָאִימְּרָא — חַייָּב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֶחָד. וּבְשָׂפָה, שְׁנֵי חוּטִין בְּרֹוחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין — חַייָּב. הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְאוֹרֵג צִלְצוֹל קָטָן שְׁנֵי חוּטִין עַל רֹוחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין: וְהָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין עַל הַגַּס וְעַל הָאִימְרָא חַייָּב — סְתָמָא כְּרַבָּנָן.

On a enseigné dans une autre [baraita] : celui qui tisse deux fils sur le gros [tissu] ou sur l'imra (lisière) est hayav. Rabbi Eliezer dit : même un seul.

Et sur la bordure, deux fils sur une largeur de trois mailles : hayav. À quoi cela ressemble-t-il ?

À celui qui tisse une petite ceinture, deux fils sur une largeur de trois mailles. Et [la phrase] 'celui qui tisse deux fils sur le gros [tissu] ou sur l'imra est hayav', [enseignée] sans auteur, est selon les Rabbanan.

📜 Rachi (3)
עַל הַגַּס אָרִיג הַרְבֵּה:
Sur le gros : un tissu abondant.
עַל הָאִימְּרָא תְּחִלַּת הַבֶּגֶד שֶׁאוֹרְגִין בּוֹ עֵרֶב מִמִּין אַחֵר לְאִימְּרָא:
Sur l'imra : le début du vêtement, où l'on tisse une trame d'une autre sorte pour la lisière.
וּבְשָׂפָה לְאֹורֶךְ הַשְּׁתִי כֻּולּוֹ עוֹשִׂין אוֹתוֹ:
Et sur la bordure : on la fait sur toute la longueur de la chaîne.
💡 Explication

Seconde baraita, dont la clause anonyme suit les Hakhamim (deux fils). La règle de la bordure est la même dans les deux baraitot : elle ne dépend pas de la mahloket.

13
הָעוֹשֶׂה שְׁנֵי בָתֵּי נִירִין כּוּ׳. מַאי בַּנִּירִים? אָמַר אַבַּיֵּי: תַּרְתֵּי בְּבַת נִירָא וַחֲדָא בְּנִירָא. בְּקֵירוּס. מַאי בְּקֵירוּס? אָמַר רַב: מְצוֹבִיתָא.

Celui qui fait deux mailles, etc. Que signifie 'dans les nirin' ?

Abaye a dit : deux dans la bat nira et une dans la nira. 'Dans le kirous' : que signifie 'dans le kirous' ? Rav a dit : la metsouvita.

📜 Rachi (3)
תַּרְתֵּי בְּבָתֵּי נִירָא וַחֲדָא בְּנִירָא ב' פַּעֲמֵי' מַרְכִּיב לְחוּט שֶׁל שְׁתֵּי בְּבַת נִירָא דְּהַיְינוּ שֶׁקּוֹרִין ליצ"א:
Deux dans la bat nira et une dans la nira : deux fois il fixe le fil de chaîne dans la bat nira, qu'on appelle litsa (lice).
וְאַחַת בְּנִירָא וּפַעַם שְׁלִישִׁית מַרְכִּיבוֹ עַל חוּט הַנִּירָא שֶׁקּוֹרִין ליצ"א הַמֻּורְכָּב עַל הַקָּנֶה:
Et une dans la nira : et la troisième fois il le fixe sur le fil de la nira, qu'on appelle litsa, fixé sur la baguette (kané).
מְצוֹבִיתָא בִּירִיעַת גַּרְדִּין הָאוֹרְגִין בָּרֶגֶל הוּא וְקוֹרִין לימיי"ש וְהִיא בִּמְקוֹם הַקָּנֶה הָעוֹלָה וְיוֹרֵד בִּירִיעַת אֲרִיגַת נָשִׁים שֶׁקּוֹרִין פריש"א:
Metsouvita : dans le métier des tisserands qui tissent au pied, qu'on appelle limeis (lames) ; elle est à la place de la baguette qui monte et descend dans le métier des femmes, qu'on appelle prisa.
💡 Explication

Termes techniques du métier à tisser. Les nirin sont les lices, qui soulèvent une partie des fils de chaîne pour laisser passer la trame. Monter les mailles consiste à attacher les fils de chaîne aux lices. Le kirous (metsouvita) est la pièce équivalente du métier actionné au pied.

14
וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְּפִירוֹת. הָא תְּנֵינָא בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת: וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְּפִירוֹת! מִשּׁוּם דְּקָבָעֵי לְמִיתְנָא סֵיפָא: ״וְהַקּוֹרֵעַ עַל מְנָת לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְפִירוֹת״, קָתָנֵי נָמֵי הַתּוֹפֵר. וְהַקּוֹרֵעַ. הָא נָמֵי תְּנֵינָא בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת! אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָבָעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא, הַקּוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ וְעַל מֵתוֹ, מִשּׁוּם הָכִי קָתָנֵי [הַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְּפִירוֹת].

'Et celui qui coud deux points' : nous l'avons déjà appris dans les avot melakhot : 'et celui qui coud deux points' ! Parce qu'il voulait enseigner la fin : 'et celui qui déchire afin de coudre deux points', il a enseigné aussi celui qui coud. 'Et celui qui déchire' : cela aussi, nous l'avons appris dans les avot melakhot !

C'est plutôt parce qu'il voulait enseigner à la fin : 'celui qui déchire dans sa colère ou pour son mort' ; c'est pour cela qu'il a enseigné [celui qui coud deux points].

📜 Rachi (1)
הָא תְּנֵינָא לֵיהּ בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת וְלָמָּה לִי לְמִיהְדַּר וּלְמַתַּנְייָה הָכָא הוֹאִיל וְלָא לְפָרוֹשֵׁי בָּהּ מִידֵּי אֲתָא בִּשְׁלָמָא אוֹרֵג מִשּׁוּם פְּלוּגְתָּא וּשְׁתֵּי בָּתֵּי נִירִין לְאַשְׁמוֹעִינַן בְּנִירִין וּבַקֵּירוֹס וּבְנָפָה וּבִכְבָרָה וְסַל דְּלָא תְּנָא לָהּ הָתָם:
On l'a déjà appris dans les avot melakhot : pourquoi faut-il le répéter ici, puisqu'on ne vient rien y expliquer ? Cela se comprend pour le tisseur, à cause de la mahloket, et pour les deux mailles, pour nous apprendre 'dans les nirin, le kirous, le van, le crible et la corbeille', ce qui n'est pas enseigné là-bas.
💡 Explication

Question de rédaction : pourquoi répéter des chiourim déjà donnés en 73a ? Le tisseur et les mailles apportent du neuf (la mahloket, la liste des ustensiles). La couture et la déchirure sont répétées pour introduire la mishna suivante : déchirer dans sa colère ou pour un mort.

15
וְהַקּוֹרֵעַ עַל מְנָת לִתְפֹּור שְׁתֵּי תְפִירוֹת. הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ?

'Et celui qui déchire afin de coudre deux points' : comment trouve-t-on ce cas ?

💡 Explication

La réponse vient à l'amud suivant (105b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).