Shabbat 105b — Déchirer dans la colère et pour un mort ; le deuil du sage et de l'homme droit

Shabbat 105b

Sougya : La mishna déclare patour celui qui déchire un vêtement dans sa colère ou pour son mort, et plus généralement tout mekalkel (celui qui détruit) ; elle fixe les mesures du sit pour le blanchissage, le filage et le tissage. La Guemara oppose une baraita qui rend hayav ces mêmes cas.

Pour 'son mort', on réduit la mishna au proche non soumis au deuil, qui n'est ni un sage, ni un homme droit, et auprès duquel on n'était pas présent à la sortie de l'âme. Pour 'sa colère', la divergence dépend de R.

Yehouda et R. Chimon sur la melakha she-eina tsrikha le-goufa, ce qui amène la gravité de la colère et plusieurs enseignements sur le devoir de pleurer et d'éloger un sage.

Déchirer pour un mort le Chabbat : quand est-ce une destruction ?Mishna : patour(mekalkel = il détruit)Baraita : hayav(metaken = il répare, keria obligatoire)Réponse : la mishna parle d'un cas sans obligation de déchirerUn mort quelconque ?Objection : la mishna dit 'son mort'Un proche non soumis au deuilObjection : et si c'est un sage ? tous déchirent... qui n'est pas un sageObjection : et si c'est un homme droit (adam kacher) ?... ni un homme droitObjection : et s'il était là à la sortie de l'âme ?... et il n'était pas présentAucune obligation : sa déchirure détruit -> patour
'Son mort' : la Guemara restreint pas à pas le cas de la mishna jusqu'à une déchirure sans obligation.
Déchirer dans sa colère : la résolution par les TanaimMishna : patourBaraita : hayavR. Chimonmelakha she-eina tsrikha le-goufa-> patourR. Yehoudamelakha she-eina tsrikha le-goufa-> hayavQuestion : R. Yehouda rend hayav celui qui répare,mais pas celui qui détruit !R. Avin : il répare aussi,car il apaise sa colère (nahat roua'h le-yitsro)Objection : déchirer par colère est interdit,comme servir l'idolâtrie (R. Yo'hanan b. Nouri)Réponse : il déchire pour inspirer la crainte à sa maisonnée(sans colère réelle) : Rav Yehouda, Rav Aha b. Yaakov,Rav Chechet, Rabbi Abba
'Sa colère' : R. Yehouda et R. Chimon, la précision de R. Avin et la déchirure pour inspirer la crainte.
1
דְּעָבְדָה כִּי כִּיסְתָּא.

Lorsqu'il s'y était formé comme une poche (kista).

📜 Rachi (2)
דְּעָבְדָה הַבֶּגֶד:
Qu'il s'y était formé : [il s'agit] du tissu.
כִּי כִּיסְתָּא הוֹלֶכֶת וּמִתְקַפֶּלֶת שֶׁאֵין הַבֶּגֶד שָׁוֶה וּבוֹלֵט בַּבֶּגֶד כְּמִין כִּיס וְצָרִיךְ לִקְרֹועַ הַבֶּגֶד לְמַטָּה וּמוֹלֵל לְפָנָיו וְהַתְּפִירָה מִתְיַישֶּׁבֶת:
Comme une poche : [le tissu] se replie, de sorte qu'il n'est pas uni et fait saillie comme une sorte de poche ; il faut alors déchirer le tissu en dessous, le froisser devant soi, et la couture se remet en place.
💡 Explication

Fin de la discussion de l'amud précédent : où trouve-t-on dans le Michkan une déchirure faite afin de coudre ? Quand une tenture faisait un pli en forme de poche : on déchirait puis on recousait pour que le tissu soit uni.

2
מַתְנִי׳ הַקּוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ וְעַל מֵתוֹ, וְכָל הַמְקַלְקְלִין — פְּטוּרִין. וְהַמְקַלְקֵל עַל מְנָת לְתַקֵּן — שִׁיעוּרוֹ כִּמְתַקֵּן. שִׁיעוּר הַמְלַבֵּן וְהַמְנַפֵּץ וְהַצּוֹבֵעַ וְהַטּוֹוֶה — כִּמְלֹא רֹחַב הַסִּיט כָּפוּל, וְהָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין — שִׁיעוּרוֹ כִּמְלֹא הַסִּיט.

MISHNA. Celui qui déchire [un vêtement] dans sa colère ou pour son mort, ainsi que tous ceux qui détruisent (mekalkelin), sont patour.

Celui qui détruit afin de réparer : sa mesure est celle de celui qui répare. La mesure de celui qui blanchit, qui peigne, qui teint et qui file est la pleine largeur d'un double sit ; et celui qui tisse deux fils : sa mesure est la pleine [largeur] d'un sit.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַסִּיט כָּפוּל מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא סִיט הוּא הֶפְסֵק שֶׁבֵּין אֶצְבַּע לָאַמָּה כְּמוֹ שֶׁאָדָם יָכוֹל לְהַרְחִיבוֹ וְאִם טָוָה וְלִיבֵּן וְנִיפֵּץ וְצָבַע שֶׁהֵן כֻּולָּן אֲבוֹת מְלָאכוֹת חוּט א' אָרֹוךְ כַּשִּׁיעוּר הַזֶּה חַיָּיב:
Mishna. Le double sit : on l'explique dans la Guemara. Le sit est l'écart entre l'index et le majeur, autant qu'un homme peut l'écarter. S'il a filé, blanchi, peigné ou teint - qui sont tous des avot melakhot - un fil long de cette mesure, il est hayav.
הָאוֹרֵג ב' חוּטִין שִׁיעוּרוֹ בְּרֹוחַב הַבֶּגֶד כִּמְלֹא הַסִּיט שאע"פ שֶׁלֹּא אֲרָגוֹ עַל פְּנֵי כָּל רֹוחַב הַבֶּגֶד חַיָּיב:
Celui qui tisse deux fils, sa mesure : sur la largeur du tissu, la pleine [largeur] d'un sit ; bien qu'il ne les ait pas tissés sur toute la largeur du tissu, il est hayav.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' שִׁיעוּר הַמְלַבֵּן וְהַמְנַפֵּץ וְהַצּוֹבֵעַ וְהַטּוֹוֶה כִּמְלֹוא רֹוחַב הַסִּיט כָּפוּל הָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין שִׁיעוּרוֹ כִּמְלֹוא רֹוחַב הַסִּיט:
Mishna. La mesure de celui qui blanchit, qui peigne, qui teint et qui file est la pleine largeur d'un double sit ; celui qui tisse deux fils, sa mesure est la pleine largeur d'un sit.
💡 Explication

Principe général : une melakha faite de manière destructrice (mekalkel) n'est pas une melakha au sens de la Torah, car la Torah interdit une melekhet mahachevet, un travail constructif. Celui qui détruit pour réparer (démolir pour reconstruire) est hayav.

Le sit est l'écart entre l'index et le majeur écartés au maximum.

🖼️ Schéma
Les mesures de la mishnaSitécart maximal entrel'index et le majeurSit double (sit kafoul)deux fois cet écartTisser deux filshayav à partir d'un sit(même sans toute la largeur)Blanchir, peigner, teindre, filerhayav pour un fillong d'un sit double
Le sit et le sit double, mesures minimales de culpabilité.
3
גְּמ׳ וּרְמִינְהוּ: הַקּוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ וּבְאֶבְלוֹ וְעַל מֵתוֹ — חַייָּב, וְאַף עַל פִּי שֶׁמְּחַלֵּל אֶת הַשַּׁבָּת, יָצָא יְדֵי קְרִיעָה! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּמֵת דִּידֵיהּ, הָא בְּמֵת דְּעָלְמָא.

GUEMARA. On objecte : celui qui déchire dans sa colère, dans son deuil ou pour son mort est hayav ; et bien qu'il profane le Chabbat, il s'est acquitté de la keria (déchirure de deuil) !

Ce n'est pas une difficulté : ici [la baraita], pour son propre mort ; là [la mishna], pour un mort quelconque.

📜 Rachi (3)
גְּמ' נִרְאֶה בְּעֵינַי דְּהָכִי גָּרְסִי' וּרְמִינְהוּ הַקּוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ וּבְאֶבְלוֹ וְעַל מֵתוֹ חַייָּב ואע"פ כו' וּלְמַאי דְּגָרַס הַקּוֹרֵעַ בַּחֲמָתוֹ וּבְאֶבְלוֹ וְעַל מֵתוֹ אע"פ כו' לָא יָדַעְנָא מַאי יָצָא יְדֵי הַקְּרִיעָה שַׁיָּיךְ לְמֵימַר אַבַּחֲמָתוֹ וְאַמַּאי נְקַט בַּחֲמָתוֹ:
Guemara. Il me semble qu'il faut lire ainsi : 'On objecte : celui qui déchire dans sa colère, dans son deuil ou pour son mort est hayav, et bien que etc.' Selon ceux qui lisent : 'celui qui déchire dans sa colère, dans son deuil ou pour son mort, bien que etc.', je ne sais pas comment 'il s'est acquitté de la keria' peut se dire de 'dans sa colère', ni pourquoi [la baraita] mentionnerait 'dans sa colère'.
יָצָא יְדֵי הַקְּרִיעָה שֶׁאָדָם חַיָּיב לִקְרֹועַ עַל מֵתוֹ:
Il s'est acquitté de la keria : car l'homme est tenu de déchirer [son vêtement] pour son mort.
הָא בְּמֵת דִּידֵיהּ בָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי חַיָּיב בְּמֵת דִּידֵיהּ שֶׁחַייָּב לִקְרֹועַ עָלָיו הִלְכָּךְ קְרִיעָה דִּידֵיהּ לָאו קִלְקוּל הוּא אֶלָּא תִּקּוּן:
Ici, pour son propre mort : la baraita, qui enseigne hayav, parle de son propre mort, pour lequel il est tenu de déchirer ; c'est pourquoi sa déchirure n'est pas une destruction mais une réparation.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר מִשּׁוּם רַבִּי חֲלַפְתָּא בֶּן אַגְרָא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הַמְקָרֵע בְּגָדָיו בַּחֲמָתוֹ יְהֵא בְּעֵינֶיךָ כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁכָּךְ אֻומָּנֻתוֹ שֶׁל יֵצֶר הָרַע הַיּוֹם אוֹמֵר לוֹ עֲשֵׂה כָּךְ וּלְמָחָר אוֹמֵר לוֹ לֵךְ עֲבוֹד עֲבוֹדָה זָרָה וְהוֹלֵךְ וְעוֹבֵד. א"ר יוֹחָנָן מַאי קְרָאָה לֹא יִהְיֶה בְךָ אֵל זָר אֵיזֶהוּ אֵל זָר שֶׁהוּא בְּגוּפוֹ שֶׁל אָדָם הֱוֵי אוֹמֵר זֶה יֵצֶר הָרָע. וְאִי עָבֵיד לְמִירְמָא אֵימְתָא אַאִינָשֵׁי דְּבֵיתֵיהּ שַׁפִּיר דָּמֵי. כִּי הָא דְּרַב יְהוּדָה שָׁלֵיף מִיְּצָבִיתָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב תְּבִיר מָאנֵי תְּבִירֵי רַב שֵׁשֶׁת שְׁדָא לְאַמְתֵיהּ מוֹנִינֵי אַרֵישָׁא:
Guemara. On a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Rabbi Halafta ben Agra, qui l'a dit au nom de Rabbi Yo'hanan ben Nouri : celui qui déchire ses vêtements dans sa colère, qu'il soit à tes yeux comme celui qui sert l'idolâtrie (avoda zara), car tel est le métier du yetser hara : aujourd'hui il lui dit 'fais ainsi', et demain il lui dit 'va servir l'idolâtrie', et il va et la sert. Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le verset ? 'Il n'y aura pas en toi de dieu étranger' (Tehilim 81,10). Quel est le dieu étranger qui est dans le corps de l'homme ? Dis que c'est le yetser hara. Mais s'il le fait pour inspirer la crainte aux gens de sa maison, c'est permis, comme Rav Yehouda qui arrachait des franges [de son vêtement], Rav Aha bar Yaakov qui brisait des récipients [déjà] brisés, Rav Chechet qui jetait de la saumure de petits poissons sur la tête de sa servante.
💡 Explication

La keria pour un proche est une obligation. Pour ce proche, la déchirure est donc une réparation (tikoun) : elle accomplit une mitsva, et celui qui déchire est hayav. Pour un mort quelconque, sans obligation, la déchirure est une pure destruction : patour.

4
וְהָא ״מֵתוּ״ קָתָנֵי! לְעוֹלָם בְּמֵת דִּידֵיהּ, וּבְהָנָךְ דְּלָאו בְּנֵי אֲבֵילוּת נִינְהוּ. וְאִי חָכָם הוּא — חִיּוּבֵי מִיחַייַּב, דְּתַנְיָא: חָכָם שֶׁמֵּת — הַכֹּל קְרוֹבָיו. הַכֹּל קְרוֹבָיו סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: הַכֹּל כִּקְרוֹבָיו, הַכֹּל קוֹרְעִין עָלָיו, הַכֹּל חוֹלְצִין עָלָיו, הַכֹּל מַבְרִין עָלָיו בָּרְחָבָה. לָא צְרִיכָא, דְּלָאו חָכָם הוּא.

Mais [la mishna] enseigne 'son mort' ! En réalité, il s'agit de son propre mort, mais de ceux [des proches] qui ne sont pas soumis au deuil (avelout).

Mais si c'est un sage ('hakham), il est bel et bien obligé [de déchirer], comme on l'a enseigné : un sage qui meurt, tous sont ses proches. 'Tous sont ses proches', peux-tu le penser ?! Dis plutôt : tous sont comme ses proches ; tous déchirent pour lui, tous se découvrent l'épaule pour lui, tous prennent le repas de deuil (havraa) pour lui sur la place publique.

[La mishna] n'est nécessaire que lorsqu'il n'est pas un sage.

📜 Rachi (5)
וְהָא מֵתוּ נָמֵי קָתָנֵי בְּמָתְנֵי':
Mais 'son mort' : est aussi enseigné dans notre mishna.
לְעוֹל' בְּמֵת דִּידֵיהּ שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְקָובְרוֹ וּמִיהוּ בְּהָנָךְ דְּלָאו בְּנֵי אֶבְלוֹ' נִינְהוּ שֶׁאֵינָן מֵאוֹתָן הָאֲמוּרִים בְּפָרָשַׁת כֹּהֲנִים (וַיִּקְרָא כא) אָבִיו וְאִמּוֹ בְּנוֹ וּבִתּוֹ וְאָחִיו וַאֲחוֹתוֹ:
En réalité, pour son propre mort : qu'il a la charge d'enterrer ; mais il s'agit de ceux qui ne sont pas soumis au deuil, qui ne font pas partie de ceux énumérés dans la section des Cohanim (Vayikra 21) : son père et sa mère, son fils et sa fille, son frère et sa sœur.
וּפָרְכִינַן וְאִי חָכָם הוּא זֶה שֶׁמֵּת חִיּוּבֵי מִיחַייַּב נָמֵי לִקְרֹועַ וְכֵיוָן דְּמִיחַייַּב מְתַקֵּן הוּא וְאַמַּאי פָּטוּר:
Et nous objectons : mais si c'est un sage, celui qui est mort, il est bel et bien obligé de déchirer ; et puisqu'il y est obligé, il répare ; pourquoi donc est-il patour ?
חוֹלְצִין יוֹצְאִים לְפָנָיו חֲלוּצֵי כָּתֵף חֲלוּקוֹ קָרוּעַ עַד שֶׁכְּתֵיפוֹ חֲלוּצָה עֲרוּמָה:
Se découvrent : ils sortent devant lui l'épaule découverte, la tunique déchirée jusqu'à ce que l'épaule soit découverte, nue.
מַבְרִין עָלָיו בָּרְחָבָה שֶׁהָיוּ מַבְרִין הָאֲבֵלִין בָּרְחָבָה סְעוּדָה רִאשׁוֹנָה שֶׁאָבֵל אוֹכֵל אֵינוֹ אוֹכֵל מִשֶּׁלּוֹ וְאָסוּר דְּקָאָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לִיחֶזְקֵאל (כד) לֶחֶם אֲנָשִׁים לֹא תֹּאכַל:
Prennent le repas de deuil pour lui sur la place : car on servait aux endeuillés le repas de deuil sur la place ; le premier repas que mange l'endeuillé, il ne le mange pas du sien, et c'est interdit, comme le Miséricordieux a dit à Ye'hezkel (24,17) : 'tu ne mangeras pas le pain des gens'.
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל חוֹלְצִין עָלָיו אוֹמֵר רַשְׁבָּ"א דְּאַפֵּי' אֵינוֹ רַבּוֹ חַייָּב כִּדְאָמְרִינַן במו"ק (דַּף כֹּה.) מִי תָּנֵי רַבּוֹ שֶׁמֵּת חָכָם שֶׁמֵּת תָּנֵי וְהָא דְּאָמַר בְּשִׁילְהֵי פֶּרֶק אֵלּוּ מְצִיאוֹת (ב"מ לג.) רָבָא קָרַע עָלֶיהָ דְּהַהוּא גַּבְרָא דְּאַסְבְּרֵיהּ זֻוהֲמָא לִיסְטְרוּן הַייְנוּ קֶרַע שֶׁאֵינוֹ מִתְאַחֶה כְּדִין תַּלְמִיד לְרַב כִּדְתָנֵי בְּפֶרֶק אֵלּוּ מְגַלְּחִין (מו"ק דַּף כו.):
Tous se découvrent l'épaule pour lui : le Rachba dit que même s'il n'est pas son maître, il est obligé [de déchirer], comme nous disons dans Moed Katan (25a) : 'est-il enseigné son maître qui meurt ? Il est enseigné un sage qui meurt'. Et ce qui est dit à la fin du chapitre Elou Metsiot (Bava Metsia 33a), 'Rava déchira [son vêtement] pour cet homme qui lui avait expliqué [le mot] zouhama listron', il s'agit d'une déchirure qui ne se recoud pas, selon la loi de l'élève envers son maître, comme il est enseigné au chapitre Elou Megalhin (Moed Katan 26a).
💡 Explication

Les proches soumis au deuil sont les sept de la section des Cohanim : père, mère, fils, fille, frère, sœur, conjoint. Un parent plus éloigné n'impose pas la keria.

Pour un sage, tout Israël a le statut de proche pour la keria, le découvrement de l'épaule et la seoudat havraa (premier repas de l'endeuillé, fourni par autrui).

5
וְאִי אָדָם כָּשֵׁר הוּא חַיּוֹבֵי מִיחַייַּב, דְּתַנְיָא: מִפְּנֵי מַה מֵתִים בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם כְּשֶׁהֵן קְטַנִּים — כְּדֵי שֶׁיִּבְכֶּה וְיִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר. כְּדֵי שֶׁיִּבְכֶּה?! עֶרְבוֹנָא שָׁקְלִי מִינֵּיהּ?! אֶלָּא: מִפְּנֵי שֶׁלֹּא בָּכָה וְהִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר, שֶׁכָּל הַבּוֹכֶה עַל אָדָם כָּשֵׁר מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו בִּשְׁבִיל כָּבוֹד שֶׁעָשָׂה. לָא צְרִיכָא, דְּלָאו אָדָם כָּשֵׁר הוּא.

Mais si c'est un homme droit (adam kacher), il est bel et bien obligé [de déchirer], comme on l'a enseigné : pourquoi les fils et les filles d'un homme meurent-ils lorsqu'ils sont petits ? Afin qu'il pleure et prenne le deuil pour un homme droit. 'Afin qu'il pleure' ?!

Lui prend-on un gage (eravona) ?! Dis plutôt : parce qu'il n'a pas pleuré ni pris le deuil pour un homme droit ; car quiconque pleure un homme droit, on lui pardonne toutes ses fautes, à cause de l'honneur qu'il a rendu.

[La mishna] n'est nécessaire que lorsqu'il n'est pas un homme droit.

📜 Rachi (1)
עֶרְבוֹנָא שָׁקְלִי קֹודֶם שֶׁיֶּחֱטָא נְטָלוֹ מַשְׁכּוֹנוֹ:
Lui prend-on un gage : avant qu'il ne faute, lui a-t-on pris son gage ?
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁלֹּא בָּכָה וְהִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר. קַשָּׁא מָה עֲבֵירָה עָשָׂה בָּזֶה שֶׁיִּהְיֶה נֶעֱנָשׁ כָּל כָּךְ? וְעוֹד סִיּוּם הַמַּאֲמָר נִרְאֶה דְּאֵין מְנִיעַת הַבְּכִיָּה עָוֹן אֶלָּא רַק מְנִיעַת הֲרִיוַּח שֶׁל הַמְּחִילָה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם בָּנָיו וּבְנוֹתָיו מֵתִים כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים עַל עוֹנוֹת חֲמוּרִים דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְעֵיל בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין, אַךְ אִם הָיָה מִתְאַבֵּל וּבוֹכֶה עַל אָדָם כָּשֵׁר הָיוּ נִמְחָלִים אוֹתָם הָעֲוֹנוֹת וּמִמֵּילָא הָיוּ נִיצּוֹלִים בָּנָיו וּבְנוֹתָיו מִן הַמִּיתָה, וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ בַּעַל הַמַּאֲמָר לְסַייֵּם וּלְפָרֵשׁ שֶׁכָּל הַבּוֹכֶה וּמִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר מוֹחֲלִין לוֹ עַל כָּל עֲוֹנֹותָיו לְלַמֶּדְךָ טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר. אַחַר כָּךְ רָאִיתִי שֶׁגַּם הָרִי"ף זַ"ל פֵּירֵשׁ כֵּן, וְהוֹאִיל וּפְשַׁט הַמַּאֲמָר הוּא מֻוכְרָח בְּכָךְ מִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה לֹא זָזָה מִמְּקוֹמָהּ.
Parce qu'il n'a pas pleuré ni pris le deuil pour un homme droit. Difficulté : quelle faute a-t-il commise par là pour être puni si durement ? De plus, la fin de l'enseignement semble montrer que s'abstenir de pleurer n'est pas une faute, mais seulement la perte du bénéfice du pardon ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ses fils et ses filles meurent petits à cause des fautes graves dont nos Maîtres ont parlé plus haut, au chapitre Bameh madlikin ; mais s'il avait pris le deuil et pleuré un homme droit, ces fautes auraient été pardonnées et, par conséquent, ses fils et ses filles auraient été sauvés de la mort. C'est pourquoi l'auteur de l'enseignement a dû conclure et expliquer que quiconque pleure et prend le deuil pour un homme droit se voit pardonner toutes ses fautes, pour t'enseigner la raison de la chose. J'ai vu ensuite que le Rif l'explique aussi ainsi ; et puisque le sens simple de l'enseignement l'impose, la première explication reste à sa place.
אֲמַרָה לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ תַּרְנְגוֹלְתָּא אַפֵּקְתְּ מִבֵּיתָךְ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נָפְקָא דְּלָאו הוּא אַפְּקָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִשָּׁה חֲכַמְנִיִּית הָיְתָה וְרָמְזָה לוֹ בְּרֶמֶז דְּעַל כָּל פָּנִים חַייָּב אַתָּה לִבְכּוֹת, כִּי אוּלַי מֵתָה בְּחֶטְאֲךָ, דְּאִיכָּא עוֹנוֹת שֶׁבַּעֲבוּרָהּ יָמוּתוּ לוֹ בָּנִים קְטַנִּים וְאַתָּה הַגּוֹרֵם לָהּ. אוֹ הַכַּוָּנָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת דַּף קה) מִפְּנֵי מַה מֵתִים בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שֶׁל אָדָם כְּשֶׁהֵם קְטַנִּים? מִפְּנֵי שֶׁלֹּא בָּכָה וְהִתְאַבֵּל עַל אָדָם כָּשֵׁר, וְאִם כֵּן רַגְלַיִם לַדָּבָר שֶׁבַּעֲבוּר זֹאת מֵתָה, כֵּיוָן שֶׁאַתָּה לִבְּךָ קָשֶׁה שֶׁאֵין אַתָּה בּוֹכֶה עַל בֵּיתְךָ, אִם כֵּן וַדַּאי גַּם עַל אָדָם כָּשֵׁר לֹא בָּכֵית וְנִלְכְּדָה זֹאת הַבַּת בַּעֲוֹן זֶה וְאַתָּה הַגּוֹרֵם! וְצָרִיךְ אַתָּה לִבְכּוֹת עַל עֲוֹנֵךְ שֶׁגָּרַמְתָּ לָהּ מִיתָה. וְלָכֵן אָמְרָה לוֹ 'אַפֵּקַת' שֶׁתָּלְתָה הַדָּבָר בּוֹ, וְהֵשִׁיב לָהּ 'תַּרְתֵּי תִּכְלָא וַעֲוִירָא' פֵּירוּשׁ עַל אָדָם כָּשֵׁר בָּכִיתִי דְּאִיכָּא חֲדָא שֶׁהִיא עֲוִירָא בִּלְבַד, כִּי אוֹתוֹ אָדָם זָר מִמֶּנּוּ, אַךְ כָּאן תַּרְתֵּי תִּכְלָא וַעֲוִירָא אִם יִבְכֶּה עָלֶיהָ, כֵּיוָן דְּהִיא בֵּיתוֹ דְּאִית לֵיהּ תִּכְלָה נָמֵי בָּזֹאת.
Sa femme lui dit : tu as fait sortir une poule de ta maison. On peut objecter : elle aurait dû dire 'elle est sortie', puisque ce n'est pas lui qui l'a fait sortir ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'était une femme sage, et elle lui a fait allusion qu'en tout cas tu dois pleurer, car peut-être est-elle morte à cause de ta faute, puisqu'il y a des fautes pour lesquelles meurent des enfants petits, et tu en es la cause. Ou bien l'intention est ce que nos Maîtres ont dit (Chabbat 105b) : pourquoi les fils et les filles d'un homme meurent-ils petits ? Parce qu'il n'a pas pleuré ni pris le deuil pour un homme droit. Il y a donc un indice que c'est pour cela qu'elle est morte : puisque ton cœur est dur au point que tu ne pleures pas ta fille, certainement tu n'as pas non plus pleuré un homme droit, et cette fille a été prise pour cette faute, et c'est toi la cause ! Tu dois donc pleurer sur ta faute qui lui a causé la mort. C'est pourquoi elle lui a dit 'tu as fait sortir', attribuant la chose à lui. Il lui a répondu 'deux : un deuil et une cécité' ; c'est-à-dire : pour un homme droit j'ai pleuré, ou il n'y a qu'une chose, la cécité seulement, car cet homme m'est étranger ; mais ici il y aurait deux, un deuil et une cécité, si je la pleurais, puisqu'elle est ma fille et qu'il y a aussi pour moi un deuil en elle.
💡 Explication

La Guemara rejette la lecture 'afin qu'il pleure' : on ne punit pas d'avance pour une faute non encore commise (eravona, un gage). La lecture retenue : la mort des enfants sanctionne le fait de ne pas avoir pleuré un homme droit. On en déduit l'obligation de déchirer pour lui.

La deuxième glose du Ben Yehoyada, alignée ici par Sefaria, commente un autre passage (Moed Katan) où ce texte est cité.

6
וְאִי דְּקָאֵי בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה — חִיּוּבֵי מִיחַייַּב, דְּתַנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: הָעוֹמֵד עַל הַמֵּת בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה — חַיָּיב לִקְרֹועַ, הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְסֵפֶר תּוֹרָה שֶׁנִּשְׂרַף! לָא צְרִיכָא, דְּלָא קָאֵי בִּשְׁעַת יְצִיאַת נְשָׁמָה.

Mais s'il se tenait [là] au moment de la sortie de l'âme (yetsiat nechama), il est bel et bien obligé, comme on l'a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui se tient auprès du mourant au moment de la sortie de l'âme est obligé de déchirer. À quoi cela ressemble-t-il ?

À un Sefer Torah qui a brûlé ! [La mishna] n'est nécessaire que lorsqu'il ne se tenait pas [là] au moment de la sortie de l'âme.

📜 Rachi (1)
לס"ת שֶׁנִּשְׂרַף הָרוֹאֶה ס"ת שֶׁנִּשְׂרַף חַיָּיב לִקְרֹועַ כִּדְאָמְרִינַן במו"ק (דַּף כו.) בִּמְגִילָּה שֶׁשָּׂרַף יְהוֹיָקִים דִּכְתִיב לֹא פָּחֲדוּ וְלֹא קָרְעוּ בְּגָדִים אַף נִשְׁמַת יִשְׂרָאֵל הַנִּיטֶּלֶת דּוֹמֶה לוֹ שֶׁאֵין לְךָ רֵיק בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין בּוֹ תּוֹרָה וּמִצְוֹת:
À un Sefer Torah qui a brûlé : celui qui voit un Sefer Torah brûlé est obligé de déchirer, comme nous disons dans Moed Katan (26a) au sujet du rouleau que brûla Yehoyakim, où il est écrit : 'ils ne craignirent pas et ne déchirèrent pas leurs vêtements' ; de même l'âme d'un Juif qui est retirée lui ressemble, car il n'y a pas d'homme vide en Israël en qui il n'y ait Torah et mitsvot.
🗂️ Tossefot (1)
דְּתַנְיָא רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר הָעוֹמֵד עַל הַמֵּת כו' מַשְׁמַע לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס דְּמַיְירֵי אַפֵּי' בָּאֵינוּ כָּשֵׁר:
Comme on l'a enseigné, Rabbi Chimon ben Elazar dit : celui qui se tient auprès du mourant etc. : le Talmud comprend que cela s'applique même s'il n'est pas un homme droit.
💡 Explication

Assister à la mort d'un Juif oblige à déchirer, même s'il n'est pas un homme droit (Tossefot) : toute âme juive porte Torah et mitsvot, comme un Sefer Torah qui brûle (Rachi).

7
תִּינַח מֵתוּ, אֶלָּא חֲמָתוֹ אַחֲמָתוֹ קַשְׁיָא! חֲמָתוֹ אַחֲמָתוֹ נָמֵי לָא קַשְׁיָא, הָא — רַבִּי יְהוּדָה, הָא — רַבִּי שִׁמְעוֹן. הָא רַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵין צְרִיכָה לְגוּפָהּ — חַיָּיב עָלֶיהָ. הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵין צְרִיכָה לְגוּפָהּ — פָּטוּר עָלֶיהָ.

Cela va pour 'son mort' ; mais 'sa colère' contre 'sa colère' reste une difficulté ! 'Sa colère' contre 'sa colère' non plus n'est pas une difficulté : celle-ci [la baraita] est de Rabbi Yehouda, celle-là [la mishna] de Rabbi Chimon. Celle-ci est de Rabbi Yehouda, qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même (melakha she-eina tsrikha le-goufa) rend hayav ; celle-là est de Rabbi Chimon, qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même rend patour.

📜 Rachi (1)
הָא ר' יְהוּדָה כוּ' וּמֵתוּ אֲמָתוֹ הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְתָרוּצֵי אֶלָּא מֵעִיקָּרָא אַהְדַּר לְאוֹקְמִינְהוּ כְּחַד תַּנָּא וְלָא מִתּוֹקְמָא אֶלָּא כְּר' יְהוּדָה דְּהָא מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ הִיא כְּמוֹצִיא אֶת הַמֵּת לְקָובְרוֹ:
Celle-ci de Rabbi Yehouda etc. : 'son mort' contre 'son mort', il aurait aussi pu le résoudre ainsi ; mais il a d'abord cherché à les établir selon un seul Tana, et ce n'est possible que selon Rabbi Yehouda, car c'est une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même, comme celui qui sort le mort pour l'enterrer.
🗂️ Tossefot (1)
הָא ר' יְהוּדָה וְהָא ר"ש פֵּי' בַּקּוּנְטְ' דִּבְהַאי שִׁינּוּיָא נָמֵי מְשַׁנֵּי דְּלָא קָשֶׁה מֵתוּ אַמָּתוֹ וְהָא דְּלָא קָאָמַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא הֻוזְכַּר אָמוֹרָא לְעֵיל וְקָשֶׁה לר"י דע"כ תַּרְוַיְיהוּ בְּמֵת דִּידֵיהּ אַייְּרִי וְלֹא בְּמֵת דְּעָלְמָא כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא דִּלְעֵיל דְּיָצָא יְדֵי קְרִיעָה וא"כ הָוְיָא מְלָאכָה שֶׁצְּרִיכָה לְגוּפָהּ כֵּיוָן שֶׁהִיא צֹורֶךְ מִצְוָה כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן וְנִרְאֶה לר"י דְּלָא מְתָרֵץ אֶלָּא חַמָּתוֹ אַחֲמָתוֹ אֲבָל בַּעַל מֵתוֹ לָא פְלִיגִי דִּבְמֵת דְּעָלְמָא פָּטוּר דִּמְקַלְקֵל הוּא וּבְמֵת דִּידֵיהּ דְּאִיכָּא מִצְוָה חֲשִׁיב מְתַקֵּן אע"ג דִּלְקַמָּן מַשְׁמַע דִּלְצֹורֶךְ מִצְוָה לָא חֲשִׁיב ר"ש תִּיקּוּן דְּהָא יָלֵיף מִמִּילָה וְהַבְעָרַת בַּת כֹּהֵן דִּמְקַלְקֵל בְּחַבּוּרָה וּבְהַבְעָרָה חַיָּיב הָתָם מְקַלְקֵל הוּא לְגַמְרֵי שֶׁאֵינוֹ צֹורֶךְ אַחֵר אֶלָּא מַה שֶׁהוּא צֹורֶךְ מִצְוָה אֲבָל גַּבֵּי קְרִיעַת אֵבֶל הָוֵי תִּיקּוּן הַבֶּגֶד עַל יְדֵי קְרִיעָה שֶׁיּוּכַל לְלָובְשׁוֹ בְּכָל שָׁעָה וְאִית בּוֹ חִימּוּם וְעוֹד כְּמוֹ שֶׁמְּחַלֵּק לְקַמָּן ר"ת דְּהָתָם הַתִּיקּוּן בָּא לְבַסּוֹף שֶׁבִּשְׁעַת חַבּוּרָה וְהַבְעָרָה אֵינָהּ בָּאָה הֶכְשֵׁר מִצְוָה עַד הַגְּמָר אֲבָל הָכָא בִּשְׁעַת קְרִיעָה בָּא הַתִּיקּוּן וְלָא חֲשִׁיב קִלְקוּל:
Celle-ci de Rabbi Yehouda et celle-là de Rabbi Chimon : le Kountres (Rachi) explique que par cette réponse aussi on résout que 'son mort' contre 'son mort' n'est pas difficile, et s'il ne l'a pas dit [plus tôt], c'est seulement parce qu'aucun Amora n'était mentionné plus haut. Le Ri objecte : forcément, les deux parlent de son propre mort et non d'un mort quelconque, comme l'enseigne la baraita plus haut, 'il s'est acquitté de la keria' ; s'il en est ainsi, c'est une melakha nécessaire pour elle-même, puisque c'est pour le besoin d'une mitsva, comme on le prouve plus loin. Le Ri pense donc qu'il ne résout que 'sa colère' contre 'sa colère' ; mais pour 'son mort', ils ne divergent pas : pour un mort quelconque il est patour, car il détruit, et pour son propre mort, où il y a une mitsva, c'est considéré comme réparer. Et bien que plus loin il apparaisse que Rabbi Chimon ne considère pas le besoin d'une mitsva comme une réparation, puisqu'il apprend de la mila et de la combustion de la fille de Cohen que celui qui détruit en blessant (havoura) ou en brûlant est hayav, là-bas c'est une destruction complète, qui ne sert à rien d'autre qu'au besoin de la mitsva ; mais pour la déchirure de l'endeuillé, la déchirure est une réparation du vêtement, qui permet de le porter à tout moment, et cela apaise son émotion. De plus, comme le distingue plus loin Rabbenou Tam, la-bas la réparation vient à la fin, car au moment de la blessure et de la combustion la mitsva ne se prépare qu'à la fin ; mais ici la réparation survient au moment de la déchirure, et ce n'est pas considéré comme une destruction.
💡 Explication

Melakha she-eina tsrikha le-goufa : l'acte est fait, mais pas pour le but qui caractérisait cette melakha dans le Michkan. Celui qui déchire par colère ne veut pas le résultat de la déchirure pour lui-même.

Rachi : cette réponse aurait aussi résolu la contradiction sur 'son mort'. Tossefot (le Ri) le conteste : pour son propre mort, la déchirure est une mitsva, donc un tikoun selon tous.

8
אֵימַר דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בִּמְתַקֵּן, בִּמְקַלְקֵל מִי שָׁמְעַתְּ לֵיהּ? אָמַר רַבִּי אָבִין: הַאי נָמֵי מְתַקַּן הוּא, דְּקָעָבֵיד נַחַת רוּחַ לְיִצְרוֹ. וּכְהַאי גַּווְנָא מִי שְׁרֵי? וְהָתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר מִשּׁוּם חִילְפָא בַּר אַגְרָא שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: הַמִּקְּרַע בְּגָדָיו בַּחֲמָתוֹ, וְהַמְשַׁבֵּר כֵּלָיו בַּחֲמָתוֹ, וְהַמְפַזֵּר מְעוֹתָיו בַּחֲמָתוֹ, יְהֵא בְּעֵינֶיךָ כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה. שֶׁכָּךְ אֻומָּנוּתוֹ שֶׁל יֵצֶר הָרַע: הַיּוֹם אוֹמֵר לוֹ עֲשֵׂה כָּךְ, וּלְמָחָר אוֹמֵר לוֹ עֲשֵׂה כָּךְ, עַד שֶׁאוֹמֵר לוֹ עֲבוֹד עֲבוֹדָה זָרָה וְהוֹלֵךְ וְעוֹבֵד. אָמַר רַבִּי אָבִין: מַאי קְרָאָהּ — ״לֹא יִהְיֶה בְךָ אֵל זָר וְלֹא תִשְׁתַּחֲוֶה לְאֵל נֵכָר״, אֵיזֶהוּ אֵל זָר שֶׁיֵּשׁ בְּגוּפוֹ שֶׁל אָדָם? הֱוֵי אוֹמֵר, זֶה יֵצֶר הָרַע.

Admettons que tu aies entendu Rabbi Yehouda [rendre hayav] pour celui qui répare ; pour celui qui détruit, l'as-tu entendu ? Rabbi Avin a dit : celui-ci aussi répare, car il procure une satisfaction à son penchant (nahat roua'h le-yitsro).

Et d'une telle manière, est-ce permis ? N'a-t-on pas enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Hilfa bar Agra, qui l'a dit au nom de Rabbi Yo'hanan ben Nouri : celui qui déchire ses vêtements dans sa colère, qui brise ses objets dans sa colère, qui disperse son argent dans sa colère, qu'il soit à tes yeux comme celui qui sert l'idolâtrie.

Car tel est le métier du yetser hara : aujourd'hui il lui dit 'fais ceci', demain il lui dit 'fais cela', jusqu'à ce qu'il lui dise 'sers l'idolâtrie', et il va et la sert. Rabbi Avin a dit : quel est le verset ? 'Il n'y aura pas en toi de dieu étranger (el zar), et tu ne te prosterneras pas devant un dieu étranger (el nekhar)' (Tehilim 81,10).

Quel est le dieu étranger qui est dans le corps de l'homme ? Dis que c'est le yetser hara.

📜 Rachi (3)
נַחַת רוּחַ לְיִצְרוֹ שֶׁמְּשַׁכֵּךְ אֶת חֲמָתוֹ:
Satisfaction à son penchant : car il apaise sa colère.
מִי שְׁרֵי וְהָא תַּנְיָא כּוּ' אַלְמָא לָאו מְתַקֵּן הוּא שֶׁמְּלַמֵּד וּמַרְגִּיל אֶת יִצְרוֹ לָבֹא עָלָיו:
Est-ce permis ? N'a-t-on pas enseigné etc. : donc ce n'est pas une réparation, puisqu'il enseigne et habitue son penchant à venir sur lui.
בָּךְ מַשְׁמַע בְּקִרְבְּךָ שֶׁאִם הָיָה בְּךָ תִּשְׁתַּחֲוֶה לְאֵל נֵכָר לְבַסּוֹף:
En toi : signifie 'en ton sein' ; car s'il est en toi, tu te prosterneras à la fin devant un dieu étranger.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אִי בָּטְלִי יְהִירֵי, בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּכָל הַמִּתְגָּאֶה כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה (שַׁבָּת קה:), נִמְצָא עַל יְדֵי גַּאֲוָה מוּסָפִין כֹּחַ בִּקְלִיפַּת הַמִּינִין הַמּוֹשְׁכִין הָאָדָם לַעֲבוֹדָה זָרָה, וּלְכָךְ אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי שֶׁהֵם הַמִּינִין. וּלְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ בְּסַנְהֶדְרִין צ"ח אַמְגּוּשֵׁי 'מְכַשֵּׁף' וְכֵן הוּא בְּמַחֲלֹוקֶת רַב וּשְׁמוּאֵל לְעֵיל, נִרְאֶה לִי הַטַּעַם דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה נִקְרָא שְׁמָם כְּשָׁפִים שֶׁמַּכְחִישִׁים בְּפָּמַלְייָא שֶׁל מַעְלָה וְכֵן עֲוֹן הַגַּאֲוָה, לָכֵן אִי בָּטְלִי יְהִירֵי בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בְּסֵפֶר קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל כֹּחַ הַחֶסֶד מְבַטֵּל הַכְּשָׁפִים, לָכֵן חַלּוֹן זִיהֲרָא שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] הַחֶסֶד מְבַטֵּל כֹּחַ הַכְּשָׁפִים וְשֵׁבֶט יְהוּדָה דְּיוֹנֵק מֵחַלּוֹן זֶה מְבַטֵּל כְּשָׁפִים (וְעַיֵּין זֹוהַר תְּרוּמָה קמב) וְזֶה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין סז:) שָׁאנֵי רַבִּי חֲנִינָא דִּנְפִישׁ זְכוּתֵיהּ, שֶׁעַל יְדֵי רִבּוּי זְכִיּוֹתָיו הַגְּבִיר עָלָיו כֹּחַ הַחֶסֶד שֶׁהַמִּצְוֹת הֵם מִיָּמִין וְעַל יְדֵי כֹּחַ הַחֶסֶד דִּידֵיהּ בִּיטֵּל הַכְּשָׁפִים עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ מַה שֶׁכָּתַב מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל שֶׁהַגַּאֲוָה נִמְשֶׁכֶת מִיְּסוֹד הָאֵשׁ, וְלָכֵן עַל יְדֵי הַגַּאֲוָה מַגְבִּירִים כֹּחַ הַגְּבוּרָה בָּעוֹלָם, וְלָזֶה אָמַר כָּל הַמִּתְגָּאֶה מֵבִיא חֲרוֹן אַף, אֲבָל הֶעָנָיו הוּא מִצַּד הַחֶסֶד מִגְּבִיר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם, לָכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה כֻּולּוֹ מִצַּד הַחֲסָדִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ב, ב) וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי טוֹב הוּא, הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְכֵן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בְּחֶסֶד הָיָה עָנָיו מְאֹד, וְזֶה שֶׁאָמַר אִי בָּטְלִי יְהִירֵי שֶׁאָז גּוֹבֵר הַחֶסֶד בָּעוֹלָם אָז בָּטְלִי אַמְגּוּשֵׁי הַמְכַשְּׁפִים, כִּי בְּתִגְבֹּורֶת הַחֶסֶד יִתְבַּטֵּל הַכְּשָׁפִים.
Si les orgueilleux cessent, les amgouchei cessent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison est que quiconque s'enorgueillit est comme s'il servait l'idolâtrie (Chabbat 105b) ; par l'orgueil on ajoute donc de la force à la kelipa (force d'impureté) des minim qui attirent l'homme vers l'idolâtrie ; c'est pourquoi, si les orgueilleux cessent, les amgouchei cessent, eux qui sont les minim. Selon l'explication de Rachi en Sanhédrin 98, amgouchei signifie 'sorcier', et il en est ainsi dans la mahloket de Rav et Chmouel plus haut ; il me semble alors que la raison est ce que nos Maîtres ont dit : pourquoi les appelle-t-on kechafim ? Parce qu'ils contredisent la famille d'en haut ; et il en va de même de la faute d'orgueil ; c'est pourquoi si les orgueilleux cessent, les amgouchei cessent. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai cité du livre Kehilat Yaakov : la force du 'hessed annule la sorcellerie ; c'est pourquoi la 'fenêtre de Zihara', qui est le sod du 'hessed, annule la force de la sorcellerie, et la tribu de Yehouda, qui puise à cette fenêtre, annule la sorcellerie (voir Zohar Terouma 142). C'est ce que nos Maîtres ont dit (Sanhédrin 67b) : Rabbi Hanina est différent, car son mérite est grand ; par l'abondance de ses mérites, la force du 'hessed s'est renforcée en lui, car les mitsvot sont de la droite, et par la force de son 'hessed il a annulé la sorcellerie. Fin de citation, voir là-bas. On connaît ce qu'a écrit Maharhou (Rabbi Haim Vital) : l'orgueil procède de l'élément du feu ; c'est pourquoi par l'orgueil on renforce la guevoura (rigueur) dans le monde, et c'est pour cela qu'il est dit : quiconque s'enorgueillit amène la colère. Mais l'humble est du côté du 'hessed et renforce le 'hessed dans le monde. C'est pourquoi Moche Rabbenou, qui était entièrement du côté des hassadim, comme il est dit (Chemot 2,2) : 'elle vit qu'il était bon', était très humble ; de même Avraham Avinou, qui était dans le 'hessed, était très humble. C'est ce qu'il dit : si les orgueilleux cessent, le 'hessed domine dans le monde, et alors les amgouchei, les sorciers, cessent, car par le renforcement du 'hessed la sorcellerie est annulée.
הַמִּקְּרַע בְּגָדָיו בַּחֲמָתוֹ, וְהַמְשַׁבֵּר כֵּלָיו בַּחֲמָתוֹ, וְהַמְפַזֵּר מְעוֹתָיו בַּחֲמָתוֹ, יְהֵא בְּעֵינֶיךָ כְּעוֹבֵד עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת. הָא דְּנָקֵיט בְּגָדָיו כֵּלָיו מְעוֹתָיו וְלֹא אָמַר 'בְּגָדִים כֵּלִים מָעוֹת' דְּהָא אִיסָּרָא אִיכָּא בֵּין בְּשֶׁלּוֹ בֵּין בְּשֶׁל אֲחֵרִים! נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכּוֹ עַל דְּבָרִים הָרוּחָנִים גַּם כֵּן אֲשֶׁר אֵלּוּ אֲשֶׁר יִתְייַחֲסוּ לָאָדָם וּבְגָדָיו הֵם בִּגְדֵי הַנְּשָׁמָה, שֶׁאֵין לְךָ נְשָׁמָה שֶׁאֵין לָהּ מַלְבּוּשׁ רוּחָנִי הַנִּקְרָא 'חַשְׁמַל' כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת בְּבִרְכַּת מַלְבִּישׁ עֲרוּמִים, וְהַכּוֹעֵס גּוֹרֵם קְרִיעָה לְבֶגֶד נִשְׁמָתוֹ, וּמְשַׁבֵּר כֵּלָיו הֵם צִינּוֹרוֹת הַשֶּׁפַע שֶׁלּוֹ שֶׁמַּשְׁבְּרָם בְּכַעַס שֶׁלּוֹ, וּבָזֶה לֹא יְכִילוּן מֵי הַשֶּׁפַע, וּלְכָךְ הַכַּעֲסָן מְאֹד הֲרֵי זֶה יֶחְסַר מְזוֹנוֹ, וּמְפַזֵּר מְעוֹתָיו אֵלּוּ דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד שֶׁמְּכַוְּנִים בְּשֵׁם 'מָעוֹת' וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבִּי עֲקִיבָה בִּפְטִירַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַרְבֵּה מָעוֹת יֵשׁ לִי וְאֵין לִי שֻׁולְחָנִי לִפְרָטָם, וְהַכּוֹעֵס גּוֹרֵם לְעַצְמוֹ שִׁכְחָה כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא (סַנְהֶדְרִין סח.), וְזֶהוּ עִנְיַן פִּזּוּר מְעוֹתָיו שֶׁיִּשְׁתַּכְּחוּ מִמֶּנּוּ בַּר מִינָן! וְאוֹמְרוֹ יְהֵא בְּעֵינֶיךָ כְּעוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר יִזָּהֵר לְבִלְתִּי תִּסְתַּכֵּל בְּפָנָיו כְּאִלּוּ עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה.
Celui qui déchire ses vêtements dans sa colère, qui brise ses objets dans sa colère, qui disperse son argent dans sa colère, qu'il soit à tes yeux comme celui qui sert les astres et les constellations. Pourquoi dit-il 'ses vêtements, ses objets, son argent' et non 'des vêtements, des objets, de l'argent', puisque l'interdit existe aussi bien pour ce qui est à lui que pour ce qui est à autrui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est aussi une allusion, selon sa voie, à des choses spirituelles qui se rapportent à l'homme. Ses vêtements sont les vêtements de la nechama, car il n'est pas de nechama sans un vêtement spirituel appelé 'hachmal', comme il est mentionné dans le Sefer HaKavanot à la bénédiction 'qui habille ceux qui sont nus' ; et le colérique cause une déchirure au vêtement de sa nechama. 'Brise ses objets' : ce sont les canaux de son abondance (chefa), qu'il brise par sa colère, et ils ne peuvent plus contenir les eaux de l'abondance ; c'est pourquoi le grand colérique manquera de subsistance. 'Disperse son argent' : ce sont les paroles de Torah qu'il étudie, appelées 'argent', comme l'a dit Rabbi Akiva au décès de Rabbi Eliezer : 'j'ai beaucoup d'argent et je n'ai pas de changeur pour le monnayer' ; or le colérique se cause l'oubli, comme mentionné dans la Guemara (Sanhédrin 68a) ; c'est cela disperser son argent, qu'il les oublie, que cela ne nous arrive pas ! Et 'qu'il soit à tes yeux comme celui qui sert l'idolâtrie' signifie : qu'on prenne garde de ne pas regarder son visage, comme s'il servait l'idolâtrie.
אמר רבי אבין: מאי קראה? (תהלים פא, י) "לא יהיה בך אל זר ולא תשתחוה לאל נכר" איזהו "אל־זר" שיש בגופו של אדם? הוי אומר: זה יצר הרע. קשא מנא לן דקאי על יצר הרע של כעס? ונראה לי בס"ד דרבי אבין לא יליף מהאי קרא אלא רק ממ"ש השומע לדברי יצר הרע סופו לעבוד עבודה זרה, דקאי זה הילפותא על סוף הברייתא וזה נלמד מהאי קרא, דקאמר לא יהיה בך אל זר זה יצר הרע כדי שלבסוף לא תשתחוה לאל נכר שיאמר לך לעבוד עבודה זרה ממש. ועוד נראה לי בס"ד דרבי אבין יליף מהאי קרא דקאי על יצר הרע של כעס, והיינו דקרי ליה אל זר ואותיות 'זר' הם ראש וסוף של 'ר וג ז' ואותיות שבנתיים הם 'גו' רצונו לומר תוך כמו דברים בגו, וזה שאמר איזהו 'אל זר ' שיש בגופו של אדם? רצונו לומר בגווייתו ובתוכו, ועל זה יורה אותיות 'גו' של 'ר וג ז' ואותיות 'זר' של 'ר וג ז'. ונראה לי בס"ד דידוע היצר הרע עיקר שליטתו ומשכנו בעשרה אברים, ב' עינים ב' אזנים ב' ידים ב' רגלים ופה ולב, ואם תסיר מן רמ"ח [248] עשרה ישאר רל"ח מספר 'אל זר' [238] ודו"ק!
Rabbi Avin a dit : quel est le verset ? 'Il n'y aura pas en toi de dieu étranger, et tu ne te prosterneras pas devant un dieu étranger' (Tehilim 81,10). Quel est le 'el zar' qui est dans le corps de l'homme ? Dis que c'est le yetser hara. Difficulté : d'où savons-nous que cela porte sur le yetser hara de la colère ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Avin n'apprend de ce verset que ce qui est dit : celui qui écoute les paroles du yetser hara finit par servir l'idolâtrie ; cette déduction porte sur la fin de la baraita, et c'est cela qu'on apprend du verset : 'il n'y aura pas en toi de dieu étranger', c'est le yetser hara, afin qu'à la fin 'tu ne te prosternes pas devant un dieu étranger', lorsqu'il te dirait de servir réellement l'idolâtrie. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Avin déduit de ce verset qu'il s'agit du yetser hara de la colère : c'est pourquoi il l'appelle 'el zar' ; les lettres de 'zar' (zayin, resh) sont la dernière et la première de 'rogez' (resh, vav, guimel, zayin : colère), et les lettres du milieu (guimel, vav) forment 'gou', qui signifie 'intérieur', comme dans l'expression 'des choses à l'intérieur'. C'est ce qu'il dit : quel est le 'el zar' qui est dans le corps de l'homme ? C'est-à-dire en son intérieur ; c'est ce qu'indiquent les lettres 'gou' et les lettres 'zar' de 'rogez'. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : on sait que le yetser hara a sa domination et sa demeure principales dans dix membres : les deux yeux, les deux oreilles, les deux mains, les deux pieds, la bouche et le cœur ; si tu retires dix de 248, il reste 238, la valeur numérique de 'el zar' [238]. Réfléchis-y !
💡 Explication

R. Yehouda ne rend hayav une melakha she-eina tsrikha le-goufa que si l'acte est constructif. R. Avin : calmer sa colère est un bénéfice, donc un tikoun.

Objection : un tel bénéfice est interdit, car il habitue le penchant à dominer l'homme (Rachi) ; on ne peut pas le compter comme une réparation.

La première glose du Ben Yehoyada commente un passage de Sanhédrin qui cite notre daf.

9
לָא צְרִיכָא, דְּקָא עָבֵיד לְמִירְמָא אֵימְתָא אַאִינָשֵׁי בֵּיתֵיהּ. כִּי הָא דְּרַב יְהוּדָה שָׁלֵיף מְצָבְייָתָא, רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב תָּבַר מָאנֵי תְּבִירֵי, רַב שֵׁשֶׁת רָמֵי לַהּ לְאַמְתֵּיהּ מוֹנִינֵי אַרֵישָׁא, רַבִּי אַבָּא תָּבַר נִכְתְּמָא.

[La mishna] n'est nécessaire que lorsqu'il le fait pour inspirer la crainte aux gens de sa maison. Comme Rav Yehouda qui arrachait des franges [de son vêtement], Rav Aha bar Yaakov qui brisait des récipients [déjà] brisés, Rav Chechet qui jetait de la saumure de petits poissons (mounini) sur la tête de sa servante, Rabbi Abba qui brisait un couvercle de jarre.

📜 Rachi (3)
שָׁלִיף מִצִּבְיָיתָא מִן הַבֶּגֶד בַּחֲמָתוֹ לְהַרְאוֹתָם שֶׁהוּא כּוֹעֵס וְיָגוּרוּ מִלְּפָנָיו:
Arrachait des franges : du vêtement, dans sa colère, pour leur montrer qu'il est en colère et qu'ils le craignent.
מוֹנִינֵי צִיר שֶׁל דָּגִים קְטַנִּים:
Mounini : de la saumure de petits poissons.
נַכְתְּמָא כִּיסּוּי הַכַּד:
Nakhtama : le couvercle de la jarre.
🗂️ Tossefot (1)
לָא צְרִיכָא דְּקָעָבֵד לְמִירְמֵא אֵימְתָא כּוּ' הַשְׁתָּא הֲוָה מָצֵי לְאוֹקְמֵי תַּרְוַוייְהוּ כְּר' יְהוּדָה וּמַתְנִי' דְּלָא עֲבַד לְמִירְמֵא אֵימְתָא דבלא"ה מוֹקְמִינַן לְקַמָּן כַּר' יְהוּדָה דְּאָמַר מְקַלְקֵל בְּחַבּוּרָה פָּטוּר אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְאוֹקְמֵי מַתְנֵי' בִּדְעָבִיד לְמִירְמֵא אֵימְתָא דְּאִי בַּחֲמָתוֹ פְּשִׁיטָא דְּפָטוּר:
[La mishna] n'est nécessaire que lorsqu'il le fait pour inspirer la crainte etc. : il aurait pu établir les deux selon Rabbi Yehouda, et la mishna dans le cas où il ne le fait pas pour inspirer la crainte, puisque de toute façon nous l'établissons plus loin selon Rabbi Yehouda, qui dit que celui qui détruit en blessant est patour ; mais il lui convient d'établir la mishna dans le cas où il le fait pour inspirer la crainte, car s'il le fait [réellement] dans sa colère, il est évident qu'il est patour.
💡 Explication

Celui qui déchire pour inspirer la crainte ne se laisse pas dominer par la colère ; il la joue. Il n'y a donc pas l'interdit de la colère, et l'acte procure un bénéfice (la maisonnée le craint) : selon R. Yehouda il est hayav, selon R. Chimon patour.

Les Amoraim cités choisissaient des gestes de perte minime pour éviter le gaspillage (bal tachhit).

10
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: כָּל הַמּוֹרִיד דְּמָעוֹת עַל אָדָם כָּשֵׁר, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא סוֹפְרָן וּמַנִּיחָן בְּבֵית גְּנָזָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נֹדִי סָפַרְתָּה אָתָּה שִׂימָה דִמְעָתִי בְנֹאדֶךָ הֲלֹא בְּסִפְרָתֶךָ״. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כָּל הַמִּתְעַצֵּל בְּהֶסְפֵּדוֹ שֶׁל חָכָם — רָאוּי לְקָובְרוֹ בְּחַיָּיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּקְבְּרוּ אֹותוֹ בִּגְבוּל נַחֲלָתוֹ בְּתִמְנַת סֶרַח אֲשֶׁר בְּהַר אֶפְרָיִם מִצְּפוֹן לְהַר גָּעַשׁ״, מְלַמֵּד שֶׁרָגַשׁ עֲלֵיהֶן הַר לְהָורְגָן. אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמִּתְעַצֵּל בְּהֶסְפֵּדוֹ שֶׁל חָכָם, אֵינוֹ מַאֲרִיךְ יָמִים — מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּסַאסְּאָה בְּשֶׁלֵּחָה תָּרֵיבְנָה״.

Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : quiconque verse des larmes sur un homme droit, le Saint béni soit-Il les compte et les dépose dans Sa salle des trésors, comme il est dit : 'Tu as compté mes errances ; mets mes larmes dans Ton outre ; ne sont-elles pas dans Ton compte ?' (Tehilim 56,9). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque est négligent dans l'éloge funèbre (hesped) d'un sage mérite d'être enterré de son vivant, comme il est dit : 'Ils l'enterrèrent dans le territoire de son héritage, à Timnat Serah, qui est dans la montagne d'Ephraim, au nord du mont Gaach' (Yehochoua 24,30) ; cela enseigne que la montagne s'agita contre eux pour les tuer.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque est négligent dans l'éloge funèbre d'un sage ne prolonge pas ses jours, mesure pour mesure, comme il est dit : 'Avec mesure (be-sasseah), en la renvoyant, Tu contestes avec elle' (Yechayahou 27,8).

📜 Rachi (4)
נוֹדִי סָפַרְתָּה אַתָּה לְשׁוֹן לָנוּד לוֹ (אִיּוֹב ב):
Tu as compté mes errances (nodi) : du langage de 'le consoler' (lanoud lo, Iyov 2).
וְיִקְבְּרוּ אוֹתוֹ בִּיהוֹשֻׁעַ כְּתִיב:
Ils l'enterrèrent : il est écrit au sujet de Yehochoua.
שֶׁרָגַשׁ עֲלֵיהֶן הַר לְהָורְגָן שֶׁלֹּא הִסְפִּידוּ כָּרָאוּי:
Que la montagne s'agita contre eux pour les tuer : parce qu'ils ne l'avaient pas éloge comme il convient.
מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא לֹא נִתְאַבֵּל עַל שֶׁנִּתְקַצְּרוּ יְמֵי הֶחָכָם אַף לְחַיָּיו לֹא יָחוּשׁוּ מִן הַשָּׁמַיִם:
Mesure pour mesure : lui n'a pas pris le deuil de ce que les jours du sage aient été abrégés ; de même, pour sa vie, on ne s'en souciera pas au Ciel.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁרָגַשׁ עֲלֵיהֶן הָהָר כו' מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁכְּחַן דִּכְתִיב בֵּיהּ וַיִּבְכּוּ אוֹתוֹ שְׁלֹשִׁים יוֹם כְּמוֹ בְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן. ע"כ תּוֹסְפוֹת שֶׁאָנֵץ. רש"ל:
Que la montagne s'agita contre eux etc. : parce que nous ne trouvons pas qu'il soit écrit à son sujet 'ils le pleurèrent trente jours', comme pour Moche et Aharon. Fin des Tossefot de Sens. Rachal.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַמּוֹרִיד דְּמָעוֹת עַל אָדָם כָּשֵׁר, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא סוֹפְרָן וּמַנִּיחָן בְּבֵית גְּנָזָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁשְּׁנֵי פְּעָמִים דִּמְעָה [119] עוֹלִים מִסְפַּר רָחֵל [238] , שֶׁבָּזֶה נִמְתֶּקֶת מִן הַדִּינִים שֶׁלָּהּ כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת עַיֵּין שָׁם. וְיָדוּעַ שֶׁרָחֵל נִקְרֵאת 'אוֹצָר' בְּסוֹד הַכָּתוּב יִרְאַת ה' הִיא אוֹצָרוֹ, וְזֶה שֶׁאוֹמֵר כָּל הַמּוֹרִיד דְּמָעוֹת מִעוּט רַבִּים שְׁתַּיִם, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא סוֹפְרָן שֶׁלּוֹקֵחַ מִסְפָּרָן שֶׁל ב' פְּעָמִים דִּמְעָה וּמַנִּיחָן בְּבֵית גְּנָזָיו הִיא רָחֵל, שֶׁמַּנִּיחַ תִּיקּוּנָם שָׁם לְמַתֵּק הַדִּינִים שֶׁבָּהּ.
Quiconque verse des larmes sur un homme droit, le Saint béni soit-Il les compte et les dépose dans Sa salle des trésors. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que cela s'explique] d'après ce qu'a dit notre maître le Ari : deux fois dim'a (larme) [119] font le nombre de Rahel [238], et par la elle est adoucie de ses dinim (rigueurs), comme mentionné dans le Sefer HaKavanot, voir là-bas. On sait que Rahel est appelée 'otsar' (trésor), selon le sod du verset : 'la crainte de Hachem, c'est Son trésor'. C'est ce qu'il dit : 'quiconque verse des larmes' - le pluriel désigne au minimum deux - 'le Saint béni soit-Il les compte' : Il prend leur nombre, deux fois dim'a, 'et les dépose dans Sa salle des trésors', qui est Rahel, où Il place leur tikoun pour adoucir les dinim qui sont en elle.
מְלַמֵּד שֶׁגָּעַשׁ עֲלֵיהֶם הָהָר. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה כִּי הַצַּדִּיקִים בִּפְטִירָתָם נִדְמֶה לָהֶם יֵצֶר הָרַע כְּהַר דְּאַף עַל פִּי כֵּן כַּפּוֹ אוֹתוֹ, לְכָךְ הוּא שֶׁהָיָה צַדִּיק גָּדוֹל וְלֹא הִסְפִּידוּהוּ כָּרָאוּי גָּעַשׁ עֲלֵיהֶם הָהָר , גַּם הָיָה עִנְיַן רַעַשׁ, כִּי הוּא מִן הַצַּדִּיקִים הַגְּדוֹלִים שֶׁקִּבְּלוּ הַתּוֹרָה וְהִשְׁקִיטוּ הַרְעָשַׁת הָאָרֶץ וְאֵיךְ לֹא נִסְפַּד כַּהֲלָכָה.
Cela enseigne que la montagne s'agita contre eux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est qu'aux tsadikim, à leur décès, le yetser hara apparaît comme une montagne, et malgré cela ils l'ont soumis ; c'est pourquoi, pour lui qui était un grand tsadik et qu'on n'avait pas éloge comme il convient, la montagne s'agita contre eux. Il y a aussi l'idée du tremblement : il faisait partie des grands tsadikim qui ont reçu la Torah et ont apaisé le tremblement de la terre ; comment donc n'a-t-il pas été éloge selon la règle ?
💡 Explication

Trois enseignements liés au deuil du sage. Gaach est lu comme ragach (s'agiter) : la montagne se souleva contre ceux qui n'avaient pas éloge Yehochoua. Sasseah est lu comme seah be-seah, mesure pour mesure : qui néglige la vie abrégée du sage voit ses propres jours abrégés.

11
אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן: ״וַיַּעַבְדוּ הָעָם אֶת ה׳ כֹּל יְמֵי יְהוֹשֻׁעַ וְכֹל יְמֵי הַזְּקֵנִים אֲשֶׁר הֶאֱרִיכוּ יָמִים אַחֲרֵי יְהוֹשֻׁעַ״! אֲמַר לֵיהּ, בַּבְלָאֵי: יָמִים הֶאֱרִיכוּ, שָׁנִים לֹא הֶאֱרִיכוּ. אֶלָּא מֵעַתָּה: ״לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם״ — יָמִים וְלֹא שָׁנִים? בְּרָכָה שָׁאנֵי.

Rabbi Hiya bar Abba objecta à Rabbi Yo'hanan : 'Le peuple servit Hachem tous les jours de Yehochoua et tous les jours des anciens qui prolongèrent leurs jours après Yehochoua' (Choftim 2,7) ! Il lui répondit : Babylonien !

Ils prolongèrent des jours, ils ne prolongèrent pas des années. S'il en est ainsi : 'afin que se multiplient vos jours et les jours de vos enfants' (Devarim 11,21), des jours et non des années ?

Une bénédiction est différente.

📜 Rachi (2)
בַּבְלָאֵי דְּמִבָּבֶל סָלֵיק:
Babylonien : car il était monté de Babel.
יָמִים הֶאֱרִיכוּ שֶׁכָּלוּ יְמֵיהֶם בְּטוֹב דַּחֲשִׁיב אֲרִיכוּת יָמִים כִּדְאָמְרִי' בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף עא.) כִּי אֹורֶךְ יָמִים וּשְׁנוֹת חַיִּים יֹוסִיפוּ וְכִי יֵשׁ לְךָ שָׁנִים שֶׁל חַיִּים וְשָׁנִים שֶׁאֵינָם שֶׁל חַיִּים אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אֵלּוּ שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם שֶׁמִּתְהַפְּכוֹת עָלָיו מֵרָעָה לְטוֹבָה:
Ils prolongèrent des jours : leurs jours s'achevèrent dans le bien, ce qui est considéré comme une prolongation des jours, comme nous disons dans Seder Yoma (71a) : 'car une longueur de jours et des années de vie ils t'ajouteront' : y a-t-il donc des années de vie et des années qui ne sont pas de vie ? Rabbi Elazar a dit : ce sont les années de l'homme qui se retournent pour lui du mal vers le bien.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּרָכָה שָׁאנֵי. פֵּירוּשׁ כֵּיוָן שֶׁהוּא בְּרָכָה עַל שְׁמִירַת מִצְוֹת מִסְּתָמָא קָאֵי עַל רִבּוּי הַשָּׁנִים גַּם כֵּן וּסְתָמוֹ כְּפֵירוּשׁוֹ, אֲבָל הָתָם דְּמִשְׁתַּעֵי בְּמַה שֶׁקָּרָה לָהֶם אִם גַּם שְׁנַיִם הֶאֱרִיכוּ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְפָרֵשׁ לַהֲדֵיהּ הַשָּׁנִים. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בְּרָכָה שָׁאנֵי דְּרָאוּי לְהֶעְלִימָה וּלְמִסְתַּר בָּהּ סְתוּמֵי שֶׁלֹּא יִתְקַנְּאוּ בָּהּ הַמְקַטְרְגִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּעִנְיַן בְּרָכָה שֶׁבֵּרְכוּ הַחֲכָמִים לְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן רַשְׁבִּ"י תִּזְרַע וְלֹא תִּחְצַד וְכוּ' (מוֹעֵד קָטָן ט), וְלָכֵן נָקֵיט יָמִים לְשׁוֹן סָתוּם לְהַעֲלִים הַשָּׁנִים וְלָא נָקֵיט לְהוּ לַהֲדֵיהּ, מַה שֶׁאֵין כֵּן הָתָם דִּקְרָא מִשְׁתַּעֵי בְּמַה דְּעָבַר וַהֲוָה מִכְּבָר. אוֹ נִרְאֶה לִי בְּרָכָה שָׁאנֵי דְּכָל הַנּוֹתֵן בְּעַיִן יָפָה נוֹתֵן וּבְוַדַּאי כַּוָּנָתוֹ יִתְבָּרֵךְ גַּם עַל רִבּוּי הַשָּׁנִים.
Une bénédiction est différente. Explication : puisque c'est une bénédiction pour l'observance des mitsvot, elle porte vraisemblablement aussi sur la multiplication des années, et le sens général vaut explication ; mais là-bas, où le verset raconte ce qui leur est arrivé, s'ils avaient aussi prolongé des années, il aurait fallu mentionner explicitement les années. Ou bien il me semble : une bénédiction est différente, car il convient de la dissimuler et d'y cacher des choses voilées afin que les accusateurs (mekatregim) ne la jalousent pas, comme on l'a dit à propos de la bénédiction dont les sages bénirent Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon bar Yohai : 'tu sèmeras et tu ne récolteras pas' etc. (Moed Katan 9) ; c'est pourquoi on emploie 'jours', terme voilé, pour cacher les années, sans les mentionner explicitement ; ce qui n'est pas le cas là-bas, où le verset raconte ce qui est passé et déjà arrivé. Ou bien il me semble : une bénédiction est différente, car quiconque donne, donne de bon œil, et certainement Son intention, béni soit-Il, porte aussi sur la multiplication des années.
💡 Explication

Les anciens n'avaient pas bien éloge Yehochoua, et pourtant le verset dit qu'ils 'prolongèrent leurs jours'. R. Yo'hanan distingue jours et années : leurs jours furent bons, mais leur vie ne fut pas longue. Pour une berakha, on lit le terme au sens le plus large.

12
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶחָד מִן הָאַחִין שֶׁמֵּת —

Rabbi Hiya bar Abba a dit encore au nom de Rabbi Yo'hanan : si l'un des frères meurt -

💡 Explication

L'enseignement se poursuit à l'amud suivant (106a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).