Shabbat 106b — Le bivar, l'animal déjà capturé et la capture à plusieurs

Shabbat 106b

Sougya : Fin de la mishna sur la melakha de chasser (tsad) : un cerf poussé dans un jardin, une cour ou un bivar (enclos) rend hayav, mais pour Rabban Chimon ben Gamliel tout dépend si l'animal 'manque de capture'. La Guemara confronte la mishna de Beitsa et une baraita sur les animaux des bivarim à Yom Tov, et résout la contradiction par le tsipor deror et par la distinction entre petit et grand bivar, que Rav Ashi définit par trois critères.

Suivent les animaux déjà 'capturés' (boiteux, vieux, malade), les insectes, le lion, puis une nouvelle mishna sur la capture faite à deux : fermer la porte ou s'asseoir sur le seuil.

Mishna de Beitsa vs baraita : résoudre la contradictionMishna (Beitsa 23b)Poissons : interdit.Animal et oiseau du bivar : permis (déjà capturés)BaraitaAnimal, oiseau, poisson du bivar :interdit de capturer et de nourrir1re réponse : animal vs animalBaraita = R. Yehouda (seule la maison capture) ; Mishna = Rabbanan (le bivar capture aussi)Oiseau vs oiseau : proposition bivar couvert / non couvertObjection : une maison est couverte, et pourtant, pour tous,l'oiseau n'est capturé que dans une tour (migdal), pas dans une maisonRabba bar Rav Houna : la mishna parle du tsipor deroroiseau libre qui habite la maison comme le champ : il y échappe.Pour un oiseau ordinaire, bivar couvert = capturé ; non couvert = non capturéConséquence : tout est selon les Rabbanan, aussi pour l'animalPetit bivar : l'animal est déjà capturé (on peut le prendre ; y faire entrer = chasser)Grand bivar : l'animal n'est pas encore capturé (interdit de le prendre)
Les étapes de la Guemara pour concilier la mishna de Beitsa et la baraita.
Fermer la porte, s'asseoir à l'entrée : qui a capturé ?Un seul fermehayavc'est sa captureDeux ferment (un seul pouvait)patourimdeux ont fait l'acte d'un seulDeux ferment (un seul ne pouvait pas)hayavinR. Chimon : patourim1er assis ne remplit pas, 2e complètele 2e hayavle 2e achève la capture1er remplit, 2e s'assoit à côté1er hayav, 2e patourmême si le 1er s'en va
Les deux mishnayot de la capture à plusieurs : qui est hayav ?
1
וּצְבִי לְגִינָּה וּלְחָצֵר וְלַבֵּיבָרִין — [חַייָּב]. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין. זֶה הַכְּלָל: מְחֻוסַּר צֵידָה — פָּטוּר, שֶׁאֵינוֹ מְחֻוסַּר צֵידָה — חַיָּיב.

... et un cerf dans un jardin, une cour ou des bivarim (enclos) : [hayav]. Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les bivarim ne sont pas égaux.

Voici la règle : [si l'animal] manque [encore] de capture (mehoussar tseida), patour ; [s'il] ne manque pas de capture, hayav.

📜 Rachi (1)
הַמְחֻוסַּר צֵידָה שֶׁקָּשֶׁה לְתָופְסוֹ שָׁם כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Ce qui manque de capture : qu'il est difficile de le saisir la, comme on l'explique dans la Guemara.
⚖️ Rosh (1)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַצָּד צִפּוֹר לַמִּגְדָּל וּצְבִי לַבַּיִת חַיָּיב. וחכ"א צִפּוֹר לַמִּגְדָּל וּצְבִי לַבַּיִת לַגִּינָּה וְלֶחָצֵר וְלַבֵּיבָרִין חַייָּב. רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין. זֶה הַכְּלָל כָּל הַמְחֻוסָּר צֵידָה פָּטוּר וְשֶׁאֵינוֹ מְחֻוסַּר צִידָה חַייָּב. צְבִי שֶׁנִּכְנַס לַבַּיִת וְנָעַל אֶחָד בְּפָנָיו חַייָּב. נָעֲלוּ שְׁנַיִם פְּטוּרִים. לֹא יָכוֹל אֶחָד לִנְעוֹל וְנָעֲלוּ שְׁנַיִם שְׁנֵיהֶם חַיָּיבִין. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר:
Rabbi Yehouda dit : celui qui capture un oiseau [en le faisant entrer] dans une tour (migdal) et un cerf dans une maison est hayav. Et les Sages disent : un oiseau dans une tour, et un cerf dans une maison, un jardin, une cour ou des bivarim, hayav. Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les bivarim ne sont pas égaux. Voici la règle : tout ce qui manque de capture, patour ; et ce qui ne manque pas de capture, hayav. Un cerf qui est entré dans une maison et qu'un seul à fermé [la porte] devant lui : hayav. Si deux l'ont fermée : patourim. Si un seul ne pouvait pas fermer et que deux l'ont fermée, tous deux sont hayavin ; et Rabbi Chimon exempte.
💡 Explication

Suite de la mishna commencée à l'amud précédent. Pour les Rabbanan, faire entrer un cerf dans un jardin, une cour ou un bivar (enclos) suffit pour la melakha de tsad (chasser). Rabban Chimon ben Gamliel pose un critère : l'animal est-il encore mehoussar tseida, c'est-à-dire faut-il encore le poursuivre pour le saisir ? Si oui, la capture n'est pas achevée et on est patour.

2
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. אֲבָל צָדִין חַיָּה וָעוֹף, וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. וּרְמִינְהוּ: בֵּיבָרִין שֶׁל חַיּוֹת וְשֶׁל עוֹפוֹת וְשֶׁל דָּגִים — אֵין צָדִין מֵהֶם בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. קַשְׁיָא חַיָּה אָחִיהָ, קַשְׁיָא עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת.

GUEMARA. Nous avons appris là-bas (Beitsa 23b) : on ne capture pas de poissons dans les bivarim à Yom Tov et on ne place pas de nourriture devant eux ; mais on capture l'animal (haya) et l'oiseau, et on place de la nourriture devant eux.

Et on oppose : les bivarim d'animaux, d'oiseaux et de poissons, on n'y capture pas à Yom Tov et on ne place pas de nourriture devant eux. Difficulté : animal contre animal ; difficulté : oiseaux contre oiseaux.

📜 Rachi (3)
גְּמ' בֵּיבָרִין קַרְפֵּיפוֹת מֻוקָּפִין:
Bivarim : des enclos entourés [de murs].
אֵין צָדִין מֵהֶן בי"ט אַלְמָא לָאו נִיצּוֹד וְעוֹמֵד קָא חֲשִׁיב לֵיהּ ש"מ הַמַּכְנִיסוֹ לְבֵיבָר אֵין זוֹ צִידָתוֹ:
On n'y capture pas à Yom Tov : on voit donc qu'il ne le considère pas comme 'capturé et en place' ; on en déduit que celui qui le fait entrer dans un bivar, ce n'est pas là sa capture.
וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶן מְזוֹנוֹת כֵּיוָן דְּהֵן מֻוקְצֶה לָא מָצֵי לְמִטְרַח עֲלַיְיהוּ:
Et on ne place pas de nourriture devant eux : puisqu'ils sont mouktsé, on ne peut pas se donner de peine pour eux.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת אֵין לְפָרֵשׁ דְּטַעְמָא מִשּׁוּם דְּדָגִים מִיתַּזְנִי שַׁפִּיר בְּמַיִם לְהָכִי לָא טָרְחִינַן דַּחֲשִׁיבִי כְּאֵין מְזוֹנוֹתֵיהֶם עָלֶיךָ. חֲדָא דְּלָאו מִילְּתָא דִּפְסִיקָא הִיא דִּלְדָגִים מִצָּוְיִין מְזוֹנוֹת וְלֹא לְחַיָּה וְעוֹד דִּבְסָמוּךְ בָּעֵי לְאוֹקְמֵי הָא דְּקָתָנֵי אֵין צָדִין חַיָּה וְעוֹף וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת בְּבֵיבָר שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה וְכִי בִּשְׁבִיל שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה מִצָּוְיִין לָהֶם מְזוֹנוֹת וְרַשִׁ"י דְּפֵירֵשׁ כֵּיוָן דְּאֵין צָדִין מֻוקְצִין נִינְהוּ לְהָכִי אֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת וְאֵין טוֹרְחִין בִּשְׁבִילָם אֵין נִרְאֶה כְּלָל דְּהָא תְּנַן לְקַמָּן בְּפֶ' בָּתְרָא (שַׁבָּת דַּף קָנֶה:) נוֹתְנִים מַיִם לִפְנֵי אֲוָוזִים וְתַרְנְגוֹלִים וְלִפְנֵי יוֹנֵי הַרְדִּסְיָיאוֹת אע"ג דְּמֻוקְצִין הֵן בְּשַׁבָּת וְנִרְאֶה לר"י כָּל הֵיכָא דְּהָוֵי כְּנִיצּוֹד וְעוֹמֵד מִדְּאוֹרַיְיתָּא כְּגוֹן אַוָּוזִין וְתַרְנְגֹולִין וְיוֹנֵי הַרְדִּסְיָיאוֹת ואע"ג דְּמִדְּרַבָּנָן אָסוּר לְצוּדָן כְּדִתְנַן בְּפֶרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קז.) חַיָּה וָעוֹף שֶׁבִּרְשׁוּתוֹ הַצָּדָן פָּטוּר מַשְׁמַע אֲבָל אָסוּר כֵּיוָן דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא כְּנִיצּוֹד וְעוֹמֵד נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת וְכֵן חַיָּה וְעוֹף שֶׁבַּבֵּיבָרִין מְקֹורִין דַּחֲשִׁיב טְפֵי מְזוֹנוֹתֵיהֶם עָלֶיךָ אֲבָל כָּאן שֶׁמִּן הַתּוֹרָה אֵין נִיצּוֹדִין לָא חֲשִׁיב מְזוֹנוֹתֵיהֶן עָלֶיךָ וְהָוֵי כְּאוֹתָן שֶׁהֵן כָּל שָׁעָה בַּשָּׂדֶה כְּמוֹ יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִייָּה וְאָתֵי שַׁפִּיר לְפִי זֶה הַהִיא דְּרֵישׁ אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּד.) דְּקָתָנֵי הָתָם בְּמַתְנִיתִין רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר זֶה הַכְּלָל הַמְחֻוסַּר צֵידָה אָסוּר כוּ' וְקָאָמַר בַּגְּמָרָא הֵיכִי דָּמֵי מְחֻוסָּר צֵידָה כְּגוֹן דְּאָמַר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ אָמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף וַהֲרֵי אֲווָזִים וְתַרְנְגוֹלִים דְּאָמַר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ וְאָמַר הַצָּד אֲוָוזִים וְתַרְנְגוֹלִים וְיוֹנֵי הַרְדָּסִייָּאוֹת פָּטוּר וְהַשְׁתָּא קָשֶׁה מַאי פָּרֵיךְ וְהָא פָּטוּר מַשְׁמַע אֲבָל אָסוּר וּבְמַתְנִיתִין קָתָנֵי נָמֵי רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר מְחֻוסַּר צֵידָה אָסוּר וּלְמַאי דְּפִי' הָכָא אָתֵי שַׁפִּיר דְּרַשְׁבָּ"ג קָאֵי אַרֵישָׁא דְּקָתָנֵי אֵין צָדִין וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת וְקָא אָסַר רַשְׁבָּ"ג בִּמְחֻוסַּר צֵידָה אַף לִיתֵּן מְזוֹנוֹת וא"כ מְחֻוסַּר צֵידָה דְּאוֹרָיְיתָא חֲשִׁיב לֵיהּ וּלְהָכִי פָּרִיךְ שַׁפִּיר:
Et on ne place pas de nourriture devant eux : on ne peut pas expliquer que la raison soit que les poissons se nourrissent bien dans l'eau, et que pour cela on ne se donne pas de peine [pour eux], parce qu'ils sont considérés comme ceux dont la nourriture ne t'incombe pas. D'abord, parce que ce n'est pas une chose tranchée que la nourriture soit disponible pour les poissons et non pour l'animal ; ensuite, parce que juste après [la Guemara] veut établir ce qui est enseigné - on ne capture pas l'animal et l'oiseau et on ne place pas de nourriture devant eux - dans un bivar non couvert ; or est-ce parce qu'il n'est pas couvert que la nourriture leur est disponible ? Et Rachi, qui a expliqué : puisqu'on ne les capture pas, ils sont mouktsé, c'est pourquoi on ne place pas de nourriture devant eux et on ne se donne pas de peine pour eux, cela ne paraît pas du tout [juste] : nous avons appris plus loin, au dernier chapitre (Chabbat 155b) : on donne de l'eau devant les oies, les poules et les pigeons hardesiyot, bien qu'ils soient mouktsé le Chabbat. Il semble au Ri : partout où [l'animal] est comme 'capturé et en place' selon la Torah, comme les oies, les poules et les pigeons hardesiyot - et bien que par ordre rabbinique il soit interdit de les capturer, comme nous avons appris au chapitre Chemona cheratsim (plus loin, Chabbat 107a) : l'animal et l'oiseau qui sont en sa possession, celui qui les capture est patour, ce qui implique : mais interdit - puisque selon la Torah ils sont comme capturés, on place de la nourriture devant eux ; de même l'animal et l'oiseau qui sont dans des bivarim couverts, dont on considère davantage que leur nourriture t'incombe. Mais ici, où selon la Torah ils ne sont pas capturés, on ne considère pas que leur nourriture t'incombe, et ils sont comme ceux qui sont tout le temps dans les champs, comme les pigeons du colombier et les pigeons du grenier. Selon cela s'explique bien [le passage] du début de Ein tsadin (Beitsa 24a) : il y est enseigné dans la mishna : Rabban Chimon ben Gamliel dit : voici la règle, ce qui manque de capture est interdit, etc. ; et la Guemara dit : comment est le cas de ce qui manque de capture ? Par exemple quand on dit : apporte un filet et capturons-le. Abayé dit à Rav Yossef : et voici les oies et les poules, dont on dit : apporte un filet et capturons-les, et on a dit : celui qui capture oies, poules et pigeons hardesiyot est patour ! Or c'est difficile : qu'objecte-t-il ? Patour implique : mais interdit ; et dans la mishna aussi il est enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce qui manque de capture est interdit. Mais selon ce que nous avons expliqué ici, c'est bien : Rabban Chimon ben Gamliel se rapporte à la première partie, qui enseigne : on ne capture pas et on ne place pas de nourriture devant eux ; et Rabban Chimon ben Gamliel interdit, pour ce qui manque de capture, même de donner de la nourriture ; il considère donc ce qui manque de capture comme [une capture] de la Torah, et c'est pourquoi il objecte à juste titre.
💡 Explication

À Yom Tov, on peut abattre un animal pour le repas, mais il est interdit de le chasser. Si un animal enfermé dans un bivar est déjà considéré comme capturé, on peut l'y prendre. La mishna de Beitsa le permet pour l'animal et l'oiseau ; la baraita l'interdit. Deux contradictions sont à résoudre.

🖼️ Schéma
Mishna de Beitsa vs baraita : résoudre la contradictionMishna (Beitsa 23b)Poissons : interdit.Animal et oiseau du bivar : permis (déjà capturés)BaraitaAnimal, oiseau, poisson du bivar :interdit de capturer et de nourrir1re réponse : animal vs animalBaraita = R. Yehouda (seule la maison capture) ; Mishna = Rabbanan (le bivar capture aussi)Oiseau vs oiseau : proposition bivar couvert / non couvertObjection : une maison est couverte, et pourtant, pour tous,l'oiseau n'est capturé que dans une tour (migdal), pas dans une maisonRabba bar Rav Houna : la mishna parle du tsipor deroroiseau libre qui habite la maison comme le champ : il y échappe.Pour un oiseau ordinaire, bivar couvert = capturé ; non couvert = non capturéConséquence : tout est selon les Rabbanan, aussi pour l'animalPetit bivar : l'animal est déjà capturé (on peut le prendre ; y faire entrer = chasser)Grand bivar : l'animal n'est pas encore capturé (interdit de le prendre)
Le parcours de la Guemara, de la contradiction à sa résolution.
3
בִּשְׁלָמָא חַיָּה אַחַיָּה לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבָּנָן.

Certes, animal contre animal n'est pas difficile : celle-ci est [selon] Rabbi Yehouda, celle-là [selon] les Rabbanan.

📜 Rachi (1)
הָא רַבִּי יְהוּדָה הַהִיא דְּאֵין צָדִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא דִּבְמַתְנִיתִין לָא חֲשִׁיב לָהּ צֵידָה עַד שֶׁיַּכְנִיסוּ לַבַּיִת:
Celle-ci est [selon] Rabbi Yehouda : celle qui dit 'on ne capture pas' est de Rabbi Yehouda, car dans notre mishna il ne le considère comme capturé que lorsqu'on le fait entrer dans une maison.
💡 Explication

Pour Rabbi Yehouda, un cerf n'est capturé qu'une fois dans une maison ; dans un bivar il ne l'est pas encore, d'où l'interdit de la baraita. Pour les Rabbanan, le bivar suffit : l'animal y est déjà capturé, et la mishna de Beitsa permet de l'y prendre.

4
אֶלָּא עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת קַשְׁיָא! וְכִי תֵּימָא, עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת נָמֵי לָא קַשְׁיָא: הָא בֵּיבָר מְקֹורֶה, הָא בֵּיבָר שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה — וְהָא בַּיִת דִּמְקֹורֶה הוּא, וּבֵין לְרַבִּי יְהוּדָה וּבֵין לְרַבָּנַן צִפּוֹר לַמִּגְדָּל — אִין, לַבַּיִת — לָא!

Mais oiseaux contre oiseaux est difficile ! Et si tu dis : oiseaux contre oiseaux non plus n'est pas difficile, celle-ci [parle] d'un bivar couvert, celle-là d'un bivar non couvert - or une maison est bien couverte, et aussi bien selon Rabbi Yehouda que selon les Rabbanan : un oiseau dans une tour, oui ; dans une maison, non !

📜 Rachi (2)
עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת קַשְׁיָא דְּהָא בֵּין לְר' יְהוּדָה בֵּין לְרַבָּנָן צִפּוֹר לְמִגְדָּל קָאָמְרִי:
Oiseaux contre oiseaux est difficile : car aussi bien R. Yehouda que les Rabbanan disent 'un oiseau dans une tour'.
בֵּיבָר מְקֹורֶה הָוֵי נִיצּוֹד:
Un bivar couvert : c'est capturé.
💡 Explication

Pour l'oiseau, R. Yehouda et les Rabbanan sont d'accord : il n'est capturé que dans un migdal (tour, petit abri fermé). On ne peut donc pas attribuer les deux sources à deux Tannaim. La proposition couvert / non couvert est rejetée : une maison est couverte, et l'oiseau n'y est pas considéré comme capturé.

5
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: הָכָא בְּצִפּוֹר דְּרוֹר עָסְקִינַן, לְפִי שֶׁאֵינָהּ מְקַבֶּלֶת מָרוּת. דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: לָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ ״צִפּוֹר דְּרוֹר״ — מִפְּנֵי שֶׁדָּרָה בַּבַּיִת כְּבַשָּׂדֶה. הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי — חַיָּה אַחַיָּה נָמֵי לָא קַשְׁיָא, הָא בְּבֵיבָר גָּדוֹל, הָא בְּבֵיבָר קָטָן.

Rabba bar Rav Houna a dit : ici, nous traitons du tsipor deror (oiseau libre), parce qu'il n'accepte pas d'autorité. Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : pourquoi l'appelle-t-on 'tsipor deror' ?

Parce qu'il habite (dara) dans la maison comme dans le champ. Maintenant que tu en es arrivé là, animal contre animal non plus n'est pas difficile : celle-ci [parle] d'un grand bivar, celle-là d'un petit bivar.

📜 Rachi (5)
בְּצִפּוֹר דְּרוֹר מַתְנִי' דְּקָתָנֵי צִפּוֹר לַבַּיִת לֹא בְּצִפּוֹר דְּרוֹר עָסְקִינַן שֶׁדַּרְכָּהּ לָדוּר בַּבַּיִת כְּבַשָּׂדֶה וְנִשְׁמֶטֶת מִזָּוִית לְזָוִית:
Du tsipor deror : notre mishna, qui enseigne 'un oiseau dans une maison, non', nous traitons du tsipor deror, dont l'habitude est d'habiter la maison comme le champ, et il s'esquive d'un coin à l'autre.
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי לְאוֹקְמִינְהוּ לְתַרְוַוייְהוּ כְּרַבָּנָן:
Maintenant que tu en es arrivé là : à établir les deux selon les Rabbanan.
חַיָּה אָחִיהָ נָמֵי מוֹקְמִי כְּרַבָּנָן:
Animal contre animal aussi : on les établit selon les Rabbanan.
וְהָא בֵּיבָר קָטָן מַתְנִיתִין דְּהָכָא:
Et celle-ci, un petit bivar : notre mishna d'ici.
וְהָא מַתְנִיתִין דְּבֵיצָה בְּבֵיבָר גָּדוֹל:
Et celle-là : la mishna de Beitsa, dans un grand bivar.
💡 Explication

La mishna (oiseau dans une maison : non capturé) vise un oiseau particulier, le tsipor deror, qui s'esquive d'un coin à l'autre même à l'intérieur. Pour un oiseau ordinaire, un bivar couvert vaut capturé ; la distinction couvert / non couvert redevient valable.

Puisque la contradiction se résout par les circonstances, on peut aussi expliquer les deux sources sur l'animal selon les Rabbanan : dans un petit bivar, l'animal est déjà capturé ; dans un grand bivar, il ne l'est pas encore.

6
הֵיכִי דָמֵי בֵּיבָר גָּדוֹל, הֵיכִי דָמֵי בֵּיבָר קָטָן? אָמַר רַב אַשִּׁי: כָּל הֵיכָא דְּרָהֵיט בָּתְרֵיהּ וּמָטֵי לֵהּ בְּחַד שִׁיחְייָא — בֵּיבָר קָטָן, וְאִידָךְ — בֵּיבָר גָּדוֹל. אִי נָמֵי: כָּל הֵיכָא דְּנָפֵיל טֻולָּא דִכְתָלִים אַהֲדָדֵי — בֵּיבָר קָטָן, וְאִידָךְ — בֵּיבָר גָּדוֹל. וְאִי נָמֵי: כָּל הֵיכָא דְּלֵיכָּא עֻוקְצֵי עֻוקְצֵי — בֵּיבָר קָטָן, וְאִידָךְ — בֵּיבָר גָּדוֹל.

Comment est un grand bivar, comment est un petit bivar ? Rav Ashi a dit : partout où l'on court après [l'animal] et on l'atteint d'un seul élan (chihaya), c'est un petit bivar ; et l'autre, un grand bivar.

Ou bien : partout où l'ombre des murs tombe l'une sur l'autre, c'est un petit bivar ; et l'autre, un grand bivar. Ou bien : partout où il n'y a pas de recoins et de recoins, c'est un petit bivar ; et l'autre, un grand bivar.

📜 Rachi (3)
שִׁיחְיָיא מְרֻוצֶּה שֶׁהוּא שׁוֹחֶה לֶאֱחֹוז בָּהּ:
Chihaya : une course où l'on se penche pour la saisir.
עֻוקְצֵי פֵּיאוֹת לְהִשָּׁמֵט בָּהֶן:
Recoins : des angles où s'esquiver.
וְאִידָךְ כָּל מִי שֶׁאֵינוֹ כֵּן:
Et l'autre : tout ce qui n'est pas ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
הֵיכָא דְּנָפְלִי טֻולָּא דִּכְתָלִים הָיָה לָהֶם שִׁיעוּר הַכְּתָלִים שָׁוֶה וְהָיוּ יוֹדְעִין שִׁיעוּרָן:
Là où l'ombre des murs tombe : ils avaient une mesure des murs égale et ils connaissaient leur mesure.
💡 Explication

Trois critères pratiques pour savoir si l'animal est déjà à portée de main. Le deuxième suppose, selon Tossefot, que les murs des bivarim avaient une hauteur connue et uniforme : si les ombres des murs opposés se rejoignent, l'espace est étroit.

🖼️ Schéma
Rav Ashi : petit bivar ou grand bivar ?CritèrePetit bivardéjà capturéGrand bivarmanque de capture1. La courseon l'atteint d'un seul élanil faut plusieurs élans2. L'ombre des mursles ombres des murs se rejoignentles ombres ne se rejoignent pas3. Les recoinspas de recoins où fuirdes recoins où l'animal s'esquive
Les trois critères de Rav Ashi.
7
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר וְכוּ׳. אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הֲלָכָה, מִכְּלָל דִּפְלִיגִי? אֲמַר לֵיהּ מַאי נָפְקָא לָךְ מִינָּהּ? אֲמַר לֵיהּ גְּמָרָא גָּמוּר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא?

Rabban Chimon ben Gamliel dit, etc. Rav Yossef a dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.

Abayé lui dit : 'la halakha', cela implique qu'ils sont en désaccord ? Il lui dit : quelle différence cela fait-il pour toi ?

Il lui dit : 'apprends l'étude', que ce soit une chanson ?

📜 Rachi (3)
מִכְּלָל דִּפְלִיגִי וְהָא אוֹקֵימְנָא דְּרַבָּנָן נָמֵי בְּבֵיבָר קָטָן אָמְרִי:
Cela implique qu'ils sont en désaccord : or nous avons établi que les Rabbanan aussi parlent d'un petit bivar.
מַאי נָפְקָא לָךְ מִינַּהּ כ"ש כֵּיוָן דְּלָא פְּלִיגִי עֲלֵיהּ הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ:
Quelle différence cela fait-il pour toi : à plus forte raison, puisqu'ils ne sont pas en désaccord avec lui, la halakha est comme lui.
זְמוֹרְתָּא תְּהֵא אוֹמֵר הַשְּׁמוּעָה בִּזְמִירָה בְּעָלְמָא בְּלֹא צֹורֶךְ:
Que ce soit une chanson : [que l'on] dise la tradition en simple chant, sans utilité.
🗂️ Tossefot (1)
הֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי אע"ג דְּר' יְהוּדָה פְּלִיג מ"מ פָּרֵיךְ אַבַּיֵּי שַׁפִּיר דְּאִי לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יְהוּדָה אֲתָא לֵימָא אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הָכָא אָתֵי שַׁפִּיר דְּלָא קָבָעֵי הֵיכִי דָּמֵי מְחֻוסָּר צֵידָה דְּהָא כְּבָר פִּי' דְּהֵיכָא דְּאִיכָּא עֻוקְצֵי בֵּיבָר גָּדוֹל וּמִסְּתָמָא דְּהַיְינוּ מְחֻוסַּר צֵידָה דְּרַשְׁבָּ"ג אֲבָל בְּרֵישׁ אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּד.) קָשֶׁה אַמַּאי קָבָעֵי ה"ד מְחֻוסַּר צֵידָה הוֹאִיל וּכְבָר פִּי' בֵּיבָר גָּדוֹל וּבֵיבָר קָטָן לְרַבָּנָן וְנִרְאֶה לְרִיבָ"א מִשּׁוּם דְּהָתָם קָתָנֵי בְּמִילְּתַייְהוּ חַיָּה וְעוֹף וְעָלָה קָאֵי רַשְׁבָּ"ג וְקָבָעֵי ה"ד מְחֻוסַּר צֵידָה בְּעוֹפוֹת אֲבָל אָחִיהָ לָא קָבָעֵי דְּזֶה כְּבָר פֵּירֵשׁ וְכֵן מַשְׁמַע דְּכָל הָנְהוּ דְּמַיְיתֵי עֲלָהּ לָא מַיְירֵי אֶלָּא בְּעוֹפוֹת אֲבָל הָכָא לָא אַייְּרוּ רַבָּנָן בְּעוֹפוֹת אֶלָּא בְּחַיָּה גְּרֵידָא:
La halakha, cela implique qu'ils sont en désaccord : bien que Rabbi Yehouda soit en désaccord, Abayé objecte malgré tout à juste titre, car si [Chmouel] venait exclure [l'avis] de Rabbi Yehouda, qu'il dise : la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda. Ici, c'est bien qu'on ne demande pas comment est le cas de ce qui manque de capture, puisqu'on a déjà expliqué que là où il y a des recoins c'est un grand bivar, et vraisemblablement c'est cela le 'manque de capture' de Rabban Chimon ben Gamliel. Mais au début de Ein tsadin (Beitsa 24a) c'est difficile : pourquoi demande-t-on comment est le cas de ce qui manque de capture, puisqu'on a déjà expliqué grand bivar et petit bivar selon les Rabbanan ? Il semble au Riva : parce que là-bas il est enseigné dans leurs propos l'animal et l'oiseau, et Rabban Chimon ben Gamliel s'y rapporte ; on demande comment est le cas de ce qui manque de capture pour les oiseaux, mais pour l'animal on ne le demande pas, car cela a déjà été expliqué. C'est aussi ce qui ressort de tous ceux que l'on cite à ce sujet, qui ne traitent que des oiseaux. Mais ici, les Rabbanan ne traitent pas des oiseaux, seulement de l'animal.
💡 Explication

On a établi que les Rabbanan aussi distinguent petit et grand bivar : ils sont donc d'accord avec RaChBaG. Pourquoi alors dire la halakha est comme lui, formule employée quand il y a mahloket ? Rav Yossef répond qu'en pratique rien ne change. Abayé réplique par un proverbe : on n'étudie pas une tradition en la récitant comme une chanson ; il faut en comprendre la portée.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: הַצָּד צְבִי סוּמָא וְיָשֵׁן — חַיָּיב. חִיגֵּר, וְזָקֵן וְחוֹלֶה — פָּטוּר. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: מַאי שְׁנָא הָנֵי, וּמַאי שְׁנָא הָנֵי? הָנֵי עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי, הָנֵי לָא עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי. וְהָתַנְיָא: חוֹלֶה חַיָּיב! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת, לָא קַשְׁיָא: הָא בְּחוֹלֶה מֵחֲמַת אִישָּׁתָא, הָא בְּחוֹלֶה מֵחֲמַת אֻובְצָנָא.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui capture un cerf aveugle ou endormi est hayav ; boiteux, vieux ou malade, patour. Abayé dit à Rav Yossef : en quoi ceux-ci diffèrent-ils de ceux-là ?

Ceux-ci sont susceptibles de s'échapper, ceux-là ne sont pas susceptibles de s'échapper. Mais il est enseigné : malade, hayav !

Rav Chechet a dit : ce n'est pas difficile ; celle-ci [parle] d'un malade de fièvre (ichta), celle-là d'un malade d'épuisement (ovtsana).

📜 Rachi (2)
סוּמָא וְיָשֵׁן עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי לִישָּׁמֵט כְּשֶׁמַּרְגִּישִׁין יַד אָדָם:
Aveugle et endormi sont susceptibles de s'échapper : de s'esquiver lorsqu'ils sentent la main d'un homme.
אֻובְצָנָא עֲייֵפוּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָזוּז מִמְּקוֹמוֹ נִצּוֹד וְעוֹמֵד הוּא:
Ovtsana : un épuisement tel qu'il ne peut bouger de sa place ; il est 'capturé et en place'.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנוּ רַבָּנַן הַצָּד צְבִי יָשָׁן וְסוּמָא חַייָּב. חִגֵּר וְזָקֵן וְחוֹלֶה פָּטוּר. תָּנוּ רַבָּנַן הַצָּד חֲגָבִים וְהַגַּזִּין וְהַצְּרָעִין וְיַתּוּשִׁין בְּשַׁבָּת חַיָּיב דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל שֶׁבְּמִינוֹ נִיצּוֹד חַייָּב וְכֹל שֶׁאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד פָּטוּר:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : celui qui capture un cerf endormi ou aveugle est hayav ; boiteux, vieux ou malade, patour. Nos maîtres ont enseigné : celui qui capture des sauterelles, des gazin, des guêpes et des moustiques le Chabbat est hayav, selon Rabbi Meir. Et les Sages disent : tout ce dont l'espèce est [habituellement] capturée, hayav ; et tout ce dont l'espèce n'est pas capturée, patour.
💡 Explication

Le critère est le même qu'au bivar : l'animal peut-il encore s'enfuir ? L'aveugle et l'endormi s'échappent dès qu'ils sentent la main : il faut les capturer. Le boiteux, le vieux et le malade épuisé sont déjà nitsod ve-omed (capturés et en place). Le malade de fièvre peut encore fuir.

🖼️ Schéma
Quel animal faut-il encore capturer ?Le cerf peut-ilencore s'échapper ?Oui : hayavil faut le capturerNon : patourdéjà 'capturé et en place'AveugleEndormi(fuient au contact de la main)Malade de fièvre (ichta)BoiteuxVieuxMalade d'épuisement (ovtsana)(ne peut bouger de sa place)Critères identiques pour les sauterelles : rosée (aveuglées) = patour ; forte chaleur = hayav
L'état de l'animal décide s'il reste quelque chose à capturer.
9
תָּנוּ רַבָּנַן: הַצָּד חֲגָבִין, גִּזִּין, צְרָעִין וְיַתּוּשִׁין בְּשַׁבָּת — חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: כָּל שֶׁבְּמִינוֹ נִיצּוֹד — חַייָּב, וְכֹל שֶׁאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד — פָּטוּר. תַּנְיָא אִידָךְ: הַצָּד חֲגָבִים בִּשְׁעַת הַטַּל — פָּטוּר, בִּשְׁעַת הַשָּׁרָב — חַיָּיב. אֶלְעָזָר בֶּן מַהֲבַאי אוֹמֵר: אִם הָיוּ מְקַלְּחוֹת וּבָאוֹת — פָּטוּר. אִיבַּעְיָא לְהוּ: אֶלְעָזָר בֶּן מַהֲבַאי אַרֵישָׁא קָאֵי, אוֹ אַסֵּיפָא קָאֵי? תָּא שְׁמַע: הַצָּד חֲגָבִין בִּשְׁעַת הַטַּל — פָּטוּר, בִּשְׁעַת הַשָּׁרָב — חַיָּיב, אֶלְעָזָר בֶּן מַהֲבַאי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת הַשָּׁרָב, אִם הָיוּ מְקַלְּחוֹת וּבָאוֹת — פָּטוּר.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui capture des sauterelles (hagavim), des gazin, des guêpes et des moustiques le Chabbat est hayav, selon Rabbi Meir. Et les Sages disent : tout ce dont l'espèce est capturée, hayav ; et tout ce dont l'espèce n'est pas capturée, patour.

Il est enseigné dans une autre [baraita] : celui qui capture des sauterelles au moment de la rosée est patour ; au moment de la forte chaleur (charav), hayav. Elazar ben Mehavai dit : si elles venaient en essaim, patour.

Ils ont demandé : Elazar ben Mehavai se rapporte-t-il à la première partie ou à la dernière ? Viens entendre : celui qui capture des sauterelles au moment de la rosée est patour ; au moment de la forte chaleur, hayav.

Elazar ben Mehavai dit : même au moment de la forte chaleur, si elles venaient en essaim, patour.

📜 Rachi (6)
הַגַּזִּין מִין חָגָב טָהוֹר הוּא וְנֶאֱכָלִין:
Gazin : c'est une espèce de sauterelle pure, et on les mange.
בְּמִינוֹ נִיצּוֹד כְּגוֹן חֲגָבִים וְהַגַּזִּין:
Dont l'espèce est capturée : comme les sauterelles et les gazin.
שֶׁאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד צִירְעִין וְיַתּוּשִׁין שֶׁאֵינָן לְצֹורֶךְ:
Dont l'espèce n'est pas capturée : guêpes et moustiques, qui ne servent à rien.
חֲגָבִים בִּשְׁעַת הַטַּל עֵינֵיהֶם מִתְעַווְּרוֹת וַהֲרֵי הֵן נִיצּוֹדִין וְעוֹמְדִין:
Sauterelles au moment de la rosée : leurs yeux s'aveuglent, et elles sont 'capturées et en place'.
מְקַלְּחוֹת הַרְבֵּה בְּיַחַד שֶׁהֵן מְזֻומָּנוֹת לִיקַּח:
En essaim (mekalhot) : nombreuses ensemble, de sorte qu'elles sont prêtes à être prises.
אַרֵישָׁא קָאֵי דְּאַף בִּשְׁעַת הַטַּל אִם מְקַלְּחוֹת וּבָאוֹת שְׁרֵי וְאִי לָא אָסוּר:
Se rapporte à la première partie : [à savoir] que même au moment de la rosée, si elles viennent en essaim c'est permis, et sinon c'est interdit.
💡 Explication

Pour les Sages, la melakha de chasser porte sur ce que l'on capture habituellement pour s'en servir : les sauterelles comestibles, et non les guêpes ou moustiques. Au moment de la rosée, les sauterelles sont engourdies, déjà comme capturées. Pour Elazar ben Mehavai, un essaim dense se ramasse sans effort, même par forte chaleur : il se rapporte à la fin de la baraita, dans le sens de la clémence.

10
מַתְנִי׳ צְבִי שֶׁנִּכְנַס לַבַּיִת וְנָעַל אֶחָד בְּפָנָיו — חַייָּב. נָעֲלוּ שְׁנַיִם — פְּטוּרִין. לֹא יָכוֹל אֶחָד לִנְעוֹל וְנָעֲלוּ שְׁנַיִם — חַיָּיבִין. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר.

MISHNA. Un cerf qui est entré dans une maison, et qu'un seul à fermé [la porte] devant lui : hayav.

Si deux l'ont fermée : patourim. Si un seul ne pouvait pas fermer et que deux l'ont fermée : hayavin.

Et Rabbi Chimon exempte.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' צְבִי שֶׁנִּכְנַס מֵאֵלָיו:
Mishna. Un cerf qui est entré : de lui-même.
וְנָעַל אֶחָד בְּפָנָיו זוֹ הִיא צִידָתוֹ:
Et qu'un seul à fermé devant lui : c'est là sa capture.
נָעֲלוּ שְׁנַיִם פְּטוּרִים דְּהָוֵי לְהוּ שְׁנַיִם שֶׁעֲשָׂאוּהָ:
Si deux l'ont fermée, patourim : car ce sont deux qui l'ont faite.
לֹא יָכוֹל אֶחָד לִנְעוֹל אוֹרְחֵיהּ הוּא לִנְעֹול בִּשְׁנַיִם וַהֲרֵי לְכָל אֶחָד מְלָאכָה דִּבְלָא אִיהוּ לָא מִתְעַבְדָא:
Si un seul ne pouvait pas fermer : il est d'usage de fermer à deux, et chacun a [accompli] une melakha, puisque sans lui elle ne se ferait pas.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר לְטַעְמֵיהּ דְּדָרֵישׁ קְרָאֵי לְמִיפְטַר זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל בְּפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ (לְעֵיל שַׁבָּת צב:):
Et Rabbi Chimon exempte : selon son principe, car il interprète les versets pour exempter [le cas où] celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, au chapitre Ha-matsnia (plus haut, Chabbat 92b).
💡 Explication

Fermer la porte sur un animal entré de lui-même, c'est le capturer. Quand deux font ensemble ce qu'un seul pouvait faire, aucun n'a accompli la melakha : ils sont patour. Si un seul ne pouvait pas, la melakha se fait normalement à deux : chacun est hayav. Rabbi Chimon exempte toujours deux personnes qui font une seule melakha (zeh eino yakhol ve-zeh eino yakhol, Chabbat 92b).

🖼️ Schéma
Fermer la porte, s'asseoir à l'entrée : qui a capturé ?Un seul fermehayavc'est sa captureDeux ferment (un seul pouvait)patourimdeux ont fait l'acte d'un seulDeux ferment (un seul ne pouvait pas)hayavinR. Chimon : patourim1er assis ne remplit pas, 2e complètele 2e hayavle 2e achève la capture1er remplit, 2e s'assoit à côté1er hayav, 2e patourmême si le 1er s'en va
Les cas de capture à plusieurs.
11
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: הַצָּד אֲרִי בְּשַׁבָּת — אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיַּכְנִיסֶנּוּ לַגּוּרְזָקִי שֶׁלּוֹ.

GUEMARA. Rabbi Yirmeya bar Abba a dit au nom de Chmouel : celui qui capture un lion le Chabbat n'est hayav que lorsqu'il le fait entrer dans sa cage (gorzeki).

📜 Rachi (2)
גְּמ' הַצַּד אֲרִי אֲפִילּוּ תּוֹפְסוֹ אֵין זוֹ צִידָתוֹ שֶׁכְּשֶׁכּוֹעֵס מַשְׁחִית וְהוֹלֵךְ:
Guemara. Celui qui capture un lion : même s'il le saisit, ce n'est pas là sa capture, car lorsqu'il s'irrite il détruit [tout] et s'en va.
עַד שֶׁיַּכְנִיסֶנּוּ לַגּוּרְזָקִי שֶׁלּוֹ בֵּית מִשְׁמָר הֶעָשׂוּי לוֹ כְּמִין תֵּיבָה:
Jusqu'à ce qu'il le fasse entrer dans sa gorzeki : une loge de garde faite pour lui, en forme de caisse.
💡 Explication

Un lion saisi reste dangereux et continue de se débattre : il n'est capturé qu'une fois dans la cage faite pour lui.

12
מַתְנִי׳ יָשַׁב הָאֶחָד עַל הַפֶּתַח וְלֹא מִילְּאָהוּ, יָשַׁב הַשֵּׁנִי וּמִילְּאָהוּ — הַשֵּׁנִי חַייָּב. יָשַׁב הָרִאשׁוֹן עַל הַפֶּתַח וּמִילְּאָהוּ, וּבָא הַשֵּׁנִי וְיָשַׁב בְּצִידּוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁעָמַד הָרִאשׁוֹן וְהָלַךְ לוֹ — הָרִאשׁוֹן חַייָּב וְהַשֵּׁנִי פָּטוּר. הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ.

MISHNA. Si l'un s'est assis sur l'entrée et ne l'a pas remplie, et que le second s'est assis et l'a remplie, le second est hayav.

Si le premier s'est assis sur l'entrée et l'a remplie, et que le second est venu s'asseoir à côté de lui, même si le premier s'est levé et s'en est allé, le premier est hayav et le second patour. À quoi cela ressemble-t-il ?

À celui qui ferme sa maison pour la garder, et il se trouve qu'un cerf y est gardé à l'intérieur.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' הַשֵּׁנִי חַיָּיב שֶׁהוּא צִדּוֹ:
Mishna. Le second est hayav : car c'est lui qui l'a capturé.
הָא לָמָּה שֵׁנִי זֶה דּוֹמֶה מֵאַחַר שֶׁנִּצּוֹד ע"י הָרִאשׁוֹן:
À quoi : ce second ressemble-t-il, puisque [le cerf] a été capturé par le premier ?
לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְלֹא לָצוּד:
À celui qui ferme sa maison pour la garder : et non pour capturer.
וְנִמְצָא צְבִי שֶׁהוּא נִיצּוֹד כְּבָר שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ וְכֵן אע"פ שֶׁעָמַד הָרִאשׁוֹן אֵין זֶה אֶלָּא כְּשׁוֹמְרוֹ לַצְּבִי שֶׁהָיָה לוֹ מֵאֶתְמוֹל:
Et il se trouve qu'un cerf : déjà capturé, est gardé à l'intérieur. De même, bien que le premier se soit levé, ce n'est que comme celui qui garde un cerf qu'il avait depuis la veille.
🗂️ Tossefot (1)
לְמַה זֶה דּוֹמֶה לְנוֹעֵל בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ וְאִם תֹּאמַר מַאי אֻולְמָא הַךְ מֵהַךְ וְנִרְאֶה לְרִיבָ"א דס"ד דְּבָא וְיָשַׁב בְּצִידּוֹ לִיתְּסַר מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי דִּלְהוֹסִיף שְׁמִירָה לַצְּבִי הוּא בָּא:
À quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et il se trouve qu'un cerf y est gardé à l'intérieur : et si tu dis : en quoi ce cas-ci est-il plus fort que celui-là ? Il semble au Riva : on aurait pu penser que celui qui est venu s'asseoir à côté soit interdit, car il semble qu'il vient ajouter une garde au cerf.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' יָשַׁב אֶחָד עִלְהַפְתַּח וְלֹא מִלְּאָהוּ וְיָשַׁב הַשֵּׁנִי וּמִלְּאָהוּ הַשֵּׁנִי חַייָּב. יָשַׁב הָרִאשׁוֹן עַל הַפֶּתַח וּמִלְּאָהוּ וְיָשַׁב הַשֵּׁנִי בְּצִדּוֹ אע"פ שֶׁעָמַד הָרִאשׁוֹן וְהָלַךְ לוֹ הָרִאשׁוֹן חַיָּיב וְהַשֵּׁנִי פָּטוּר. הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ:
Mishna. Si l'un s'est assis sur l'entrée et ne l'a pas remplie, et que le second s'est assis et l'a remplie, le second est hayav. Si le premier s'est assis sur l'entrée et l'a remplie, et que le second s'est assis à côté de lui, même si le premier s'est levé et s'en est allé, le premier est hayav et le second patour. À quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et il se trouve qu'un cerf y est gardé à l'intérieur.
💡 Explication

La capture est achevée par celui qui ferme la dernière issue. Quand le premier remplit déjà l'entrée, le cerf est capturé ; le second, en s'asseyant à côté puis en restant après le départ du premier, né fait que garder un animal déjà pris. Tossefot explique pourquoi l'exemple de la maison fermée est ajouté : on aurait pu penser que le second, qui vient exprès, cherche à renforcer la garde du cerf.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).