Shabbat 107a — Patour oumoutar, et la capture et la blessure des cheratsim

Shabbat 107a

Sougya : La guemara termine le chapitre Haoreg : Rav permet de garder jusqu'à la nuit un oiseau entré sous son vêtement, et l'on discute si le 'patour' de la michna du cerf signifie 'patour et permis'. Chmouel pose la règle : tout patour de Chabbat est patour mais interdit, sauf trois cas (le cerf déjà gardé, l'abcès percé pour faire sortir le pus, le serpent dont on s'occupe pour ne pas être mordu).

Puis commence le chapitre Chemona cheratsim : la michna distingue la capture et la blessure des huit cheratsim, des autres reptiles et des animaux déjà possédés. La guemara demande quel Tana admet que les cheratsim ont une peau : R.

Yo'hanan ben Nouri selon Chmouel, ou même les Sages selon Rav.

Chmouel : les trois cas 'patour oumoutar'CasQuand hayavPatour oumoutarPreuve (michna)Cerf enfermédans la maisonle 1er assis fermela porte (capture)le 2e s'assoit à côté(déjà capturé)'comme celui qui fermesa maison'Percer un abcès(mefis moursa)pour lui faireune ouverture (pe)pour faire sortirle pus (lehah)aiguille à mainpour retirer une épineSerpent(nahach)le capturerpour un remèdes'en occuper pourqu'il ne morde pason renverse un bolsur un scorpionRègle générale : tout 'patour' de Chabbat = patour mais interdit (derabanan), sauf ces trois.
Les trois exceptions de Chmouel : patour et permis dès le départ.
Michna : capture (tseida) et blessure (havala)CatégorieCaptureBlessureRaison8 cheratsimde la Torahhayavhayavils ont une peau :le sang s'y accumuleautres chekatsimet remasimpour un besoin : hayavsans besoin : patourpatourpas de peau :havoura qui revienthayot et oiseauxen sa possessionpatourhayavdéjà capturés ;ils ont une peau
Le tableau de la michna du chapitre Chemona cheratsim.
1
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: נִכְנְסָה לוֹ צִפּוֹר תַּחַת כְּנָפָיו — יוֹשֵׁב וּמְשַׁמְּרָהּ עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. מֵתִיב רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: יָשַׁב הָרִאשׁוֹן עַל הַפֶּתַח וּמִלְּאָהוּ, וּבָא הַשֵּׁנִי וְיָשַׁב בְּצִדּוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁעָמַד הָרִאשׁוֹן וְהָלַךְ לוֹ — הָרִאשׁוֹן חַיָּיב וְהַשֵּׁנִי פָּטוּר. מַאי לַָאו, פָּטוּר אֲבָל אָסוּר? לֹא, פָּטוּר וּמֻותָּר. הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ, מִכְּלָל דְּפָטוּר וּמֻותָּר! שְׁמַע מִינָּה.

GUEMARA. R.

Abba a dit au nom de R. Hiya bar Achi, au nom de Rav : si un oiseau est entré sous ses pans (de vêtement), il reste assis et le garde jusqu'à la tombée de la nuit.

R. Nahman bar Yitshak objecte : [la michna enseigne :] le premier s'est assis à l'entrée et l'a remplie, le second est venu et s'est assis à côté de lui ; même si le premier s'est levé et est parti, le premier est hayav et le second est patour.

N'est-ce pas : patour mais interdit ? Non : patour et permis.

C'est aussi ce qui est logique, puisque la fin enseigne : à quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et un cerf s'y trouve gardé.

On en déduit : patour et permis. Conclus-en ainsi.

📜 Rachi (3)
גְּמ' תַּחַת כְּנָפָיו תַּחַת כַּנְפֵי כְּסוּתוֹ וְאֵין יָכוֹל לָצֵאת שֶׁנִּנְעַל בְּפָנָיו מֵאֵלָיו:
Sous ses pans : sous les pans de son vêtement, et il ne peut pas sortir, car [l'issue] s'est fermée devant lui d'elle-même.
יוֹשֵׁב וּמְשַׁמְּרוֹ כֵּן וְאֵינוֹ צָרִיךְ לִפְתֹּוחַ לוֹ חַלּוֹן דְּאֵינוֹ אֶלָּא שׁוֹמֵר:
Il reste assis et le garde : ainsi, et il n'est pas tenu de lui ouvrir une fenêtre, car il ne fait que garder.
לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ דְּכָל אָדָם עוֹשִׂין כֵּן:
À celui qui ferme sa maison : car tout le monde fait ainsi.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר ר' אַבָּא אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב נִכְנְסָה לוֹ צִפּוֹר תַּחַת כְּנָפָיו יוֹשֵׁב וּמְשַׁמְּרוֹ עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ. אָמַר שְׁמוּאֵל כֹּל פְּטוּרֵי דְּשַׁבָּת פָּטוּר אֲבָל אָסוּר בַּר מֵהָנֵי תְּלָת דְּפָטוּר וּמֻותָּר. חֲדָא הָא וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר דְּקָתָנֵי סֵיפָא הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ. וְאִידַּךְ הַמֵּפִיס מֻורְסָא בְּשַׁבָּת אִם לַעֲשׂוֹת לָהּ פֶּה חַייָּב וְאִם לְהוֹצִיא מִמֶּנָּה לֵחָה פָּטוּר. וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר דִּתְנַן מַחַט שֶׁל יָד מֻותָּר לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ וְאִידַּךְ הַצָּד נָחָשׁ בְּשַׁבָּת אִם מִתְעַסֵּק בּוֹ שֶׁלֹּא יִשְּׁכֶנּוּ פָּטוּר וְאִם לִרְפוּאָה חַיָּיב וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר דִּתְנַן כּוֹפִין קְעָרָה עַל גַּבֵּי הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז בַּקּוֹרָה וְעַל צוֹאָה שֶׁל קָטָן וְעַל עַקְרָב בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּשֹּׁוךְ: הַדְרָן עֲלָךְ הָאוֹרֵג
GUEMARA. R. Abba a dit au nom de R. Hiya bar Achi, au nom de Rav : si un oiseau est entré sous ses pans, il reste assis et le garde jusqu'à la tombée de la nuit. Chmouel a dit : tous les patour de Chabbat sont patour mais interdit, sauf ces trois-ci qui sont patour et permis. L'un est celui-ci ; et d'où sait-on qu'il est patour et permis ? Car la fin enseigne : à quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et un cerf s'y trouve gardé. Le deuxième : celui qui perce un abcès le Chabbat, si c'est pour lui faire une ouverture, il est hayav ; si c'est pour en faire sortir le pus, il est patour. Et d'où sait-on qu'il est patour et permis ? Car nous avons appris : une aiguille à main, il est permis de la prendre pour retirer une épine. Le troisième : celui qui capture un serpent le Chabbat, s'il s'en occupe pour qu'il ne le morde pas, il est patour ; si c'est pour un remède, il est hayav. Et d'où sait-on qu'il est patour et permis ? Car nous avons appris : on renverse un bol sur une lampe pour que [le feu] ne prenne pas dans la poutre, et sur les excréments d'un petit enfant, et sur un scorpion pour qu'il ne pique pas. Nous reviendrons à toi, chapitre Haoreg.
💡 Explication

Rav permet lekhathila (dès le départ) de rester assis pour garder l'oiseau : l'oiseau est déjà pris, on ne fait que le garder (chômer). R. Nahman bar Yitshak objecte depuis la michna du cerf : le second est seulement patour, et dans tout le traité 'patour' signifie en général patour aval assour (exempt de la Torah, interdit par les Sages).

Réponse : ici c'est patour oumoutar (exempt et permis). Preuve : la michna compare le second à celui qui ferme sa maison, un acte que chacun fait normalement le Chabbat.

🖼️ Schéma
Rav : l'oiseau sous le vêtement - patour oumoutar ?Ravil reste assis et legardé jusqu'à la nuitObjection de R. Nahmanle 2e est 'patour' := patour mais interdit ?Réponsenon : patouret permisPreuve par la fin de la michna'comme celui qui ferme sa maison et un cerfs'y trouve gardé' : acte permis à tout le monde
Le déroulement de la discussion sur l'enseignement de Rav.
2
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: אַף עַל פִּי שֶׁעָמַד הָרִאשׁוֹן וְהָלַךְ לוֹ — הָרִאשׁוֹן חַיָּיב וְהַשֵּׁנִי פָּטוּר, מַאי לָאו פָּטוּר וּמֻותָּר? לֹא, פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. הָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: הָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ, וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ, מִכְּלָל דְּפָטוּר וּמֻותָּר. שְׁמַע מִינָּה.

Certains disent : R. Nahman bar Yitshak a dit : nous aussi, nous l'avons appris : même si le premier s'est levé et est parti, le premier est hayav et le second est patour.

N'est-ce pas : patour et permis ? Non : patour mais interdit.

Mais puisque la fin enseigne : à quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et un cerf s'y trouve gardé, on en déduit : patour et permis.

Conclus-en ainsi.

💡 Explication

Seconde version (ika deamrei) : R. Nahman bar Yitshak apporte la michna comme soutien à Rav, au lieu d'une objection. La conclusion est la même : la fin de la michna prouve que le second est patour oumoutar.

3
אָמַר שְׁמוּאֵל: כֹּל פְּטוּרֵי דְּשַׁבָּת פָּטוּר אֲבָל אָסוּר, לְבַר מֵהָנֵי תְּלָת דְּפָטוּר וּמֻותָּר: חֲדָא הָא, וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר? — דְּקָתָנֵי סֵיפָא לְמַה זֶה דּוֹמֶה — לְנוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ לְשָׁומְרוֹ, וְנִמְצָא צְבִי שָׁמוּר בְּתוֹכוֹ. וְאִידָךְ: הַמֵּפִיס מֻורְסָא בְּשַׁבָּת, אִם לַעֲשׂוֹת לָהּ פֶּה — חַייָּב, אִם לְהוֹצִיא מִמֶּנָּה לֵחָה — פָּטוּר. וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר? דִּתְנַן: מַחַט שֶׁל יָד — לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ. וְאִידָךְ: הַצָּד נָחָשׁ בְּשַׁבָּת, אִם מִתְעַסֵּק בּוֹ שֶׁלֹּא יִשְּׁכֶנּוּ — פָּטוּר, אִם לִרְפוּאָה — חַיָּיב, וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר? — דִּתְנַן: כּוֹפִין קְעָרָה עַל הַנֵּר בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תֶּאֱחֹוז בַּקּוֹרָה, וְעַל צוֹאָה שֶׁל קָטָן, וְעַל עַקְרָב שֶׁלֹּא תִישֹּׁךְ.

Chmouel a dit : tous les patour de Chabbat sont patour mais interdit, sauf ces trois-ci qui sont patour et permis. L'un est celui-ci ; et d'où [sait-on] qu'il est patour et permis ?

Car la fin enseigne : à quoi cela ressemble-t-il ? À celui qui ferme sa maison pour la garder, et un cerf s'y trouve gardé.

Le deuxième : celui qui perce un abcès (moursa) le Chabbat, si c'est pour lui faire une ouverture, il est hayav ; si c'est pour en faire sortir le pus (lehah), il est patour. Et d'où [sait-on] qu'il est patour et permis ?

Car nous avons appris : une aiguille à main, [on peut la déplacer] pour retirer avec elle une épine. Le troisième : celui qui capture un serpent le Chabbat, s'il s'en occupe pour qu'il ne le morde pas, il est patour ; si c'est pour un remède, il est hayav.

Et d'où [sait-on] qu'il est patour et permis ? Car nous avons appris : on renverse un bol sur une lampe pour que [le feu] ne prenne pas dans la poutre, et sur les excréments d'un petit enfant, et sur un scorpion pour qu'il ne pique pas.

📜 Rachi (10)
הַמֵּפִיס מְבַקֵּעַ מֻורְסָא קויטור"א:
Celui qui perce : qui fend un abcès, 'coitura' en langue vernaculaire.
אִם לַעֲשׂוֹת לָהּ פֶּה בַּתּוֹסֶפְתָּא תָּנֵי הָכִי אִם לְקָולְפָהּ וְלַעֲשׂוֹת לָהּ פֶּה כְּדֶרֶךְ שֶׁרוֹפְאִים שֶׁל עַכְשָׁיו עוֹשִׂין דִּמְתַקֵּן לָהּ פֶּתַח:
Si c'est pour lui faire une ouverture : dans la Tossefta on enseigne ainsi : si c'est pour l'écorcer et lui faire une ouverture, comme le font les médecins d'aujourd'hui, car il lui arrange une ouverture.
חַיָּיב מִשּׁוּם בּוֹנֶה פֶּתַח אוֹ מִשּׁוּם מְתַקֵּן כְּלִי מַה לִי לְתַקֵּן מַכָּה מַה לִּי לְתַקֵּן כְּלִי:
Il est hayav : à cause de boneh (construire) une ouverture, ou à cause de metaken keli (réparer un ustensile) : quelle différence entre arranger une plaie et arranger un ustensile ?
וְאִם לְהוֹצִיא לַחָה שֶׁל עַכְשָׁיו וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אִם תַּחֲזֹור וְתִסְתֹּום מִיָּד:
Et si c'est pour faire sortir le pus : de maintenant, et il ne se soucie pas qu'elle se referme aussitôt.
פָּטוּר וּמֻותָּר דְּאֵין כָּאן תִּיקּוּן וְרַבָּנָן נָמֵי לָא גְזוּר בָּהּ שְׁבוּת מִשּׁוּם צַעֲרָא:
Il est patour : et c'est permis, car il n'y a pas ici d'amélioration, et les Sages non plus n'ont pas décrété de chevout à cause de la souffrance.
וּמַחַט שֶׁל יָד נִיטֶּלֶת בְּשַׁבָּת:
Et une aiguille à main : on peut la déplacer le Chabbat.
לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ וְהַייְנוּ דֻּומְיָא דְּלֵחָה דִּמְצַעֵר לֵיהּ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ אִם יִסָּתֵם מִיָּד וְקָאָמַר נִיטֶּלֶת לְכַתְּחִילָּה מַחַט שֶׁל יָד הִיא מַחַט שֶׁתּוֹפְרִין בָּהּ בְּגָדִים וּמִשּׁוּם דְּקָתָנֵי בַּהֲדֵהּ וְשֶׁל שַׂק לִפְתֹּוחַ בָּהּ אֶת הַדֶּלֶת קָרֵי לָהּ לְהַאי מַחַט שֶׁל יָד:
Pour retirer avec elle une épine : c'est semblable au pus, car [l'épine] le fait souffrir et il ne se soucie pas que [l'ouverture] se referme aussitôt ; et [la michna] dit qu'on peut la prendre des le départ. Une aiguille à main est une aiguille avec laquelle on coud les vêtements ; et parce qu'on enseigne avec elle 'et celle du sac, pour ouvrir avec elle la porte', on appelle celle-ci 'aiguille à main'.
קְעָרָה שֶׁל חֶרֶס:
Un bol : d'argile.
כּוֹפִין לְכַתְּחִילָּה וְלֹא שֶׁיִּכְבֶּה אֶת הַנֵּר וְאַשְׁמְעִינַן דִּכְלִי נִיטָּל לְהַצָּלַת דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל בְּשַׁבָּת:
On renverse : dès le départ, et pas pour éteindre la lampe ; et [la michna] nous apprend qu'un ustensile peut être déplacé pour sauver une chose qui ne peut pas être déplacée le Chabbat.
עַל עַקְרָב שֶׁלֹּא תִּשֹּׁוךְ ואע"ג דְּמִמֵּילָא מִתְּצִיד:
Sur un scorpion pour qu'il ne pique pas : et bien qu'il se trouve capturé de lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִמַּאי דְּפָטוּר וּמֻותָּר דִּתְנַן מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ לְמַאי דְּמַסִּיק בְּרֵישׁ פ' הַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פֹּה.) דְּאָתְיָא כר"ש אָתֵי שַׁפִּיר דְּמַייְרֵי אֲפִילּוּ וַדַּאי חֲבִיל וּמִשּׁוּם שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ שָׁרִי אֲבָל לְפִי מַאי דְּפָרִיךְ הָתָם וְהָא דִּתְנַן מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ לֵיחוּשׁ דִּילְמָא חָבֵיל לָא פְּשִׁיט הָכָא מִינֵּיהּ שַׁפִּיר דִּבְמֵפִיס מֻורְסָא דְּוַדַּאי עוֹשֶׂה פֶּתַח שֶׁמָּא יְהֵא אָסוּר וְאוֹמֵר רִ"י דַּאֲפִילּוּ לְמַאי דס"ד הָתָם פְּשִׁיט שַׁפִּיר דְּמִסְתַּבֵּר דִּכְכוּלֵּי עָלְמָא אָתְיָא אֲפִילּוּ כְּר' יְהוּדָה וְכֵיוָן דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר בְּעָלְמָא דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אֲפִילּוּ אֵינוֹ פְּסִיק רֵישֵׁיהּ שָׁרִי הָכָא מִשּׁוּם צַעֲרָא דְּגוּפָא לר"ש נָמֵי בְּמֵפִיס מֻורְסָא דְּהָוֵי מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ שָׁרִי לְכַתְּחִילָּה מֵהַאי טַעְמָא:
Selon la conclusion au début du chapitre Hanehnakin (Sanhédrin 85a), que [cette michna] suit R. Chimon, c'est bien : il s'agit même du cas où il blesse certainement, et c'est permis parce que c'est une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même (melakha cheeinah tsrikha legoufah). Mais selon ce que l'on objecte là-bas : 'et ce que nous avons appris, une aiguille à main pour retirer une épine, craignons qu'il ne blesse !', on ne pourrait pas bien le prouver ici, car celui qui perce un abcès fait certainement une ouverture, et ce serait peut-être interdit. Et le Ri dit : même selon ce que l'on pensait là-bas, la preuve est bonne, car il est logique [que la michna de l'aiguille] vaille pour tous, même selon R. Yehouda. Et puisque R. Yehouda, qui interdit ailleurs le davar cheeino mitkaven même quand ce n'est pas un psik reicha, le permet ici à cause de la souffrance du corps, pour R. Chimon aussi, celui qui perce un abcès, qui est une melakha cheeinah tsrikha legoufah, c'est permis dès le départ pour cette raison.
💡 Explication

Chmouel formule une règle générale : le mot patour dans les lois de Chabbat signifie exempt de la Torah mais interdit par les Sages (chevout). Il y a trois exceptions où l'acte est permis dès le départ.

Pour l'abcès, faire une ouverture durable est une vraie melakha (boneh ou metaken keli). Faire sortir le pus sans chercher à garder l'ouverture n'est pas une amélioration, et les Sages n'ont pas interdit à cause de la souffrance (tsaara). La preuve : on peut déplacer une aiguille pour retirer une épine, cas semblable. Pour le serpent, la preuve vient du bol renversé sur un scorpion : le scorpion se trouve capturé de lui-même, et c'est permis.

4
הַדְרָן עֲלָךְ הָאוֹרֵג

Nous reviendrons à toi, chapitre Haoreg (le tisserand).

5
מַתְנִי׳ שְׁמֹנָה שְׁרָצִים הָאֲמוּרִים בַּתּוֹרָה, הַצָּדָן וְהַחוֹבֵל בָּהֶן חַייָּב, וּשְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים, הַחוֹבֵל בָּהֶן פָּטוּר, הַצָּדָן לְצֹורֶךְ — חַייָּב, שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ — פָּטוּר. חַיָּה וָעוֹף שֶׁבִּרְשׁוּתוֹ, הַצָּדָן — פָּטוּר, וְהַחוֹבֵל בָּהֶן — חַיָּיב.

MICHNA. Les huit cheratsim mentionnés dans la Torah : celui qui les capture ou les blesse est hayav.

Et les autres chekatsim et remasim (bestioles rampantes) : celui qui les blesse est patour ; celui qui les capture pour un besoin est hayav, sans besoin il est patour. Une hayah (animal sauvage) ou un oiseau qui sont en sa possession : celui qui les capture est patour, et celui qui les blesse est hayav.

📜 Rachi (8)
מַתְנֵי' שְׁמֹנָה שְׁרָצִים הַחֹולֶד וְהָעַכְבָּר וְגוֹ' (וַיִּקְרָא יא):
MICHNA. Huit cheratsim : la belette, la souris, etc. (Vayikra 11).
הַצָּדָן חַייָּב שֶׁבְּמִינוֹ נִיצּוֹד:
Celui qui les capture : est hayav, car leur espèce est [habituellement] capturée.
וְהַחוֹבֵל בָּהֶן חַיָּיב דְּיֵשׁ לָהֶן עוֹר כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא וְהָוְיָא לֵיהּ חַבּוּרָה שֶׁאֵינָהּ חוֹזֶרֶת וְהָוְיָא לֵיהּ תּוֹלָדָה דְּשׁוֹחֵט. לוי"ה. ל"א כֵּיוָן דְּיֵשׁ לָהֶן עוֹר נִצְבַּע הָעוֹר בַּדָּם הַנִּצְרָר בּוֹ דְּחַיָּיב מִשּׁוּם צוֹבֵעַ:
Et celui qui les blesse est hayav : car ils ont une peau, comme on l'explique dans la guemara, et c'est une blessure qui ne revient pas ; c'est donc une toldah de chohet (égorger). Autre explication : puisqu'ils ont une peau, la peau se colore par le sang qui s'y accumule, et il est hayav à cause de tsovea (teindre).
וּשְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים כְּגוֹן תּוֹלַעַת וּנְחָשִׁים וְעַקְרַבִּים:
Et les autres chekatsim et remasim : comme le ver, les serpents et les scorpions.
הַחוֹבֵל בָּהֶן פָּטוּר דְּאֵין לָהֶם עוֹר:
Celui qui les blesse est patour : car ils n'ont pas de peau.
שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ פָּטוּר דְּאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד וְהָוְיָא מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ וְר' שִׁמְעוֹן הִיא כִּדְמוּקֵי לָהּ בגמ':
Sans besoin, il est patour : car leur espèce n'est pas capturée, et c'est une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même ; et c'est R. Chimon, comme on l'établit dans la guemara.
חַיָּה וְעוֹף שֶׁבִּרְשׁוּתוֹ פָּטוּר אִם צָדָן שֶׁהֲרֵי נִיצּוֹדִין וְעוֹמְדִין:
Une hayah ou un oiseau qui sont en sa possession : il est patour s'il les capture, car ils sont déjà capturés.
וְהַחוֹבֵל בָּהֶן חַיָּיב דְּיֵשׁ לָהֶן עוֹר:
Et celui qui les blesse est hayav : car ils ont une peau.
🗂️ Tossefot (3)
מַתְנֵי' שְׁמֹנָה שְׁרָצִים הַחוֹבֵל בָּהֶן חַיָּיב לָשׁוֹן שָׁפֵי' הַקּוֹנְטָר' מִשּׁוּם נְטִילַת נְשָׁמָה עִיקָּר כִּדְפֵי' בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עה.):
Selon l'expression qu'a expliquée le Kountras (Rachi), à cause de netilat nechama (ôter la vie), c'est l'essentiel, comme il l'a expliqué au chapitre Klal gadol (plus haut Chabbat 75a).
הַצָּדָן לְצֹורֶךְ חַיָּיב וְא"ת מ"ש דְּאִיצְטְרִיךְ הָכָא לְמִיתְנֵי טְפֵי הַצָּדָן לְצֹורֶךְ חַייָּב בְּכָל חִיּוּבֵי דְּשַׁבָּת נָמֵי לָא מִחַיַּיב ר"ש אֶלָּא לְצֹורֶךְ וְאוֹמֵר ר"י דִּלְהָכִי תְּנָא לֵיהּ הָכָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּבִשְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים שֶׁאֵין לָהֶן עוֹר צָרִיךְ שֶׁיִּתְכַּוֵּין לְשׁוּם צֹורֶךְ דִּסְתָמֵיהּ לָאו לְצֹורֶךְ קָייְמִי אֲבָל בִּשְׁמוֹנָה שְׁרָצִים דְּרֵישָׁא דְּיֵשׁ לָהֶם עוֹר סְתָמַיְיהוּ נִיצּוֹדִין לְצֹורֶךְ עוֹרָן לְהָכִי תָּנֵי צָדָן בַּהֲדֵי חוֹבֵל דִּמְחַיֵּיב נָמֵי מִשּׁוּם עוֹר:
Et si tu demandes : pourquoi fallait-il enseigner ici en plus 'celui qui les capture pour un besoin est hayav' ? Dans toutes les obligations de Chabbat aussi, R. Chimon ne rend hayav que pour un besoin ! Et le Ri dit : on l'enseigne ici pour nous apprendre que, pour les autres chekatsim et remasim qui n'ont pas de peau, il faut qu'il ait l'intention d'un besoin, car en général on ne les capture pas pour un besoin. Mais les huit cheratsim du début, qui ont une peau, on les capture en général pour le besoin de leur peau ; c'est pourquoi on enseigne 'celui qui les capture' avec 'celui qui les blesse', car il est hayav aussi à cause de la peau.
שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ פָּטוּר פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד וְאֵינוֹ נִרְאֶה דְּהָא מַאן דְּפָטַר אֵין בְּמִינוֹ נִיצּוֹד פּוֹטֵר אֲפִילּוּ לְצֹורֶךְ אֶלָּא יֵשׁ לְפָרֵשׁ דַּאֲפִילּוּ בְּמִינוֹ נִיצּוֹד פָּטוּר מִשּׁוּם דְּהָוְיָא מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ ור"ת מְחָקוֹ מִן הַפֵּירוּשִׁים:
Rachi a expliqué : car leur espèce n'est pas capturée. Et cela ne semble pas juste, car celui qui exempte pour 'leur espèce n'est pas capturée' exempte même pour un besoin. Il faut plutôt expliquer : même si leur espèce est capturée, il est patour parce que c'est une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même. Et Rabbenou Tam l'a effacé des commentaires.
⚖️ Rosh (1)
שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים הָאֲמוּרִין בַּתּוֹרָה הַצָּדָן וְהַחוֹבֵל בָּהֶן חַייָּב. וּשְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים הַחוֹבֵל בָּהֶן פָּטוּר. פִּי' כָּל זְמַן שֶׁלֹּא יָצָא דָּם. אֲבָל שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים אִם נִצְרַר הַדָּם אע"פ שֶׁלֹּא יָצָא חַייָּב לְפִי שֶׁיֵּשׁ לָהֶן עוֹרוֹת וְהָעוֹר מְעַכֵּב הַדָּם שֶׁלֹּא לָצֵאת וְסוֹפוֹ לְנַקֵּב הָעוֹר וְלָצֵאת. אֲבָל שְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים אֵין לָהֶן עוֹרוֹת וְאִם נֶעֱקַר הַדָּם הָיָה יוֹצֵא הִלְכָּךְ אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיֵּצֵא מֵהֶן. וְהַצָּדָן לְצֹורֶךְ חַייָּב שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ פָּטוּר. חַיָּה וְעוֹף שֶׁבִּרְשׁוּתוֹ הַחוֹבֵל בָּהֶן חַייָּב וְהַצָּדָן פָּטוּר. הַצָּד פַּרְעוֹשׁ בְּשַׁבָּת פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וְהַהוֹרְגוֹ חַיָּיב לד"ה. פִּי' ה"ר פּוֹרָת זַ"ל הָא דְּצִדָּן אָסוּר הַייְנוּ עַל גַּבֵּי קַרְקַע דַּוְקָא אוֹ עַל גַּבֵּי בְּגָדָיו מִבַּחוּץ אֲבָל אִם הוּא עַל בְּשָׂרוֹ וְנוֹשְׁכוֹ מֻותָּר לִיקְחֵנוּ וּלְהַשְׁלִיכוֹ מֵעָלָיו דְּאֵינוֹ כְּמִתְכַּוֵּין לְצוּדוֹ אֶלָּא כְּמִתְעַסֵּק שֶׁלֹּא יִשְּׁכֶנּוּ וְאֵין בּוֹ מִשּׁוּם אִיסּוּר טִלְטוּל מִידִי דַּהֲוָה אַקּוֹץ בר"ה דְּשָׁרֵינַן בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מב.) לְטַלְטְלוֹ וּלְהוֹלִיכוֹ פָּחוֹת פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת:
Les huit cheratsim mentionnés dans la Torah : celui qui les capture ou les blesse est hayav. Et les autres chekatsim et remasim : celui qui les blesse est patour. Explication : tant que le sang n'est pas sorti. Mais les huit cheratsim, si le sang s'est accumulé, même s'il n'est pas sorti, il est hayav, parce qu'ils ont des peaux, et la peau retient le sang de sortir, et à la fin il percera la peau et sortira. Mais les autres chekatsim et remasim n'ont pas de peaux, et si le sang avait été détaché il serait sorti ; c'est pourquoi il n'est hayav que lorsqu'il sort d'eux. Et celui qui les capture pour un besoin est hayav, sans besoin il est patour. Une hayah ou un oiseau en sa possession : celui qui les blesse est hayav, et celui qui les capture est patour. Celui qui capture une puce le Chabbat est patour mais interdit, et celui qui la tue est hayav selon tous. Le Rav Porat, de mémoire bénie, a expliqué : l'interdit de la capturer concerne seulement [le cas où elle est] sur le sol ou sur ses vêtements à l'extérieur ; mais si elle est sur sa chair et le mord, il est permis de la prendre et de la jeter loin de lui, car il n'est pas comme quelqu'un qui a l'intention de la capturer, mais comme quelqu'un qui s'en occupe pour qu'elle ne le morde pas. Et il n'y a pas là d'interdit de déplacement (tiltoul), de même que pour une épine dans le domaine public, que nous permettons au chapitre Kirah (Chabbat 42a) de déplacer et de porter par étapes de moins de quatre amot.
💡 Explication

Début du chapitre Chemona cheratsim. Deux melakhot : tseida (capture) et havala (blessure, toldah de chehita selon Rachi). Les huit cheratsim de Vayikra 11 ont une peau : le sang qui s'accumule sous la peau est une blessure qui ne revient pas. Les autres reptiles n'ont pas de peau : la blessure sans sortie de sang ne compte pas.

Pour la capture des autres reptiles, il faut un besoin (tsorekh). Les animaux déjà en possession sont déjà capturés : la capture est sans objet, mais la blessure reste interdite.

6
גְּמ׳ מִדְּקָתָנֵי ״הַחוֹבֵל בָּהֶן חַיָּיב״ מִכְּלָל דְּאִית לְהוּ עוֹר. מַאן תְּנָא? אָמַר שְׁמוּאֵל: רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הִיא, דִּתְנַן, רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר: שְׁמֹנָה שְׁרָצִים יֵשׁ לָהֶן עוֹרוֹת. רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה, דִּכְתִיב: ״אֵלֶּה הַטְּמֵאִים לָכֶם״, לְרַבּוֹת שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶן כִּבְשָׂרָן, אֲבָל לְעִנְיַן שַׁבָּת — אֲפִילּוּ רַבָּנָן מוֹדוּ.

GUEMARA. Puisque [la michna] enseigne 'celui qui les blesse est hayav', on en déduit qu'ils ont une peau.

Qui est le Tana [de cet enseignement] ? Chmouel a dit : c'est R.

Yo'hanan ben Nouri, car nous avons appris : R. Yo'hanan ben Nouri dit : les huit cheratsim ont des peaux.

Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav : tu peux même dire [que c'est] les Sages. Les Sages ne sont en désaccord avec R.

Yo'hanan ben Nouri qu'au sujet de la tuma (impureté), car il est écrit : 'ceux-ci sont les impurs pour vous' (Vayikra 11,31), pour inclure que leurs peaux sont comme leur chair ; mais au sujet de Chabbat, même les Sages l'admettent.

📜 Rachi (3)
גְּמ' שְׁמֹונָה שְׁרָצִים יֵשׁ לָהֶן עוֹרוֹת וּפְלִיג אַדְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב הָאֲנָקָה הַכֹּחַ וְהַלְּטָאָה וְהַחֹומֶט עוֹרוֹתֵיהֶן מְטַמְּאִין בְּכַעֲדָשָׁה כִּבְשָׂרָן אַלְמָא הָנֵי אַרְבָּעָה לֵית לְהוּ עוֹר:
GUEMARA. Les huit cheratsim ont des peaux : et il est en désaccord avec les Sages qui disent au chapitre Haor vehaRoteiv : l'anaka, le koah, la letaa et le homet, leurs peaux rendent impur [à partir de la taille] d'une lentille comme leur chair. Donc ces quatre-là n'ont pas de peau.
אֵלֶּה הַטְּמֵאִים בָּתַר וְהָאֲנָקָה וְהַכֹּחַ כְּתִיב וְדָרְשִׁינַן ה' יְתֵירָה דְּהַטְּמֵאִים לְרַבּוֹת שֶׁעוֹרוֹתֵיהֶן כִּבְשָׂרָן וּכְתִיב אֵלֶּה לִמְעוּטֵי הָנָךְ דִּקְרָא קַמָּא הַחֹולֶד וְהָעַכְבָּר וְהַצָּב:
Ceux-ci sont les impurs : c'est écrit après 'et l'anaka et le koah', et nous interprétons le hé superflu de 'hatemeim' pour inclure que leurs peaux sont comme leur chair ; et il est écrit 'ceux-ci' pour exclure ceux du premier verset, la belette, la souris et le tsav.
אֲפִילּוּ רַבָּנַן מוֹדוּ דְּיֵשׁ לָהֶן עוֹר:
Même les Sages l'admettent : qu'ils ont une peau.
🗂️ Tossefot (2)
אֲמַר שְׁמוּאֵל ר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הִיא דְּאָמַר שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים יֵשׁ לָהֶם עוֹר תֵּימַהּ לר"י דע"כ לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה אֲבָל בְּשַׁבָּת דִּילְמָא מוֹדוֹ לֵיהּ דְּהָא עוֹר שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ הָוֵי כְּבָשָׂר לְעִנְיַן טֻומְאָה וְהַחוֹבֵל בּוֹ בְּשַׁבָּת חַייָּב וְכֵן עוֹר שֶׁל עוֹף מִסְּתָמָא הָוֵי כְּבָשָׂר שֶׁרַךְ הוּא וּתְנַן חַיָּה וְעוֹף שֶׁבִּרְשׁוּתוֹ הַחוֹבֵל בָּהֶן חַיָּיב וי"ל דְּעוֹר שֶׁל עֵגֶל הָרַךְ וְשֶׁל עוֹף אע"ג דַּחֲשִׁיב עוֹר הָוֵי כְּבָשָׂר לְעִנְיַן טֻומְאָה מִשּׁוּם דְּרַכִּיכִין וּרְאוּיָן לַאֲכִילָה אֲבָל עוֹר ח' שְׁרָצִים סָבַר שְׁמוּאֵל דְּטַעֲמָא דְּרַבָּנָן דַּחֲשִׁיבִי לֵיהּ כְּבָשָׂר מִשּׁוּם דְּאָזְלִי בָּתַר גִּישְׁתָּא כְּדִמְפָרֵשׁ בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכב:) וְלֹא מִשּׁוּם רַכִּיכוּת דְּלָא רַכִּיךְ כֻּולֵּי הַאי וְכֵיוָן דְּלֵית לְהוּ מַמָּשׁוּת עוֹר הַחוֹבֵל בָּהֶן פָּטוּר כְּמוֹ בִּשְׁאָר שְׁקָצִים וּרְמָשִׂים:
Le Ri s'étonne : [peut-être] les Sages ne sont en désaccord avec R. Yo'hanan qu'au sujet de la tuma, mais pour Chabbat ils l'admettent peut-être ! Car la peau d'un veau tendre est comme la chair pour la tuma, et celui qui la blesse le Chabbat est hayav ; de même la peau d'un oiseau est vraisemblablement comme la chair, car elle est tendre, et nous avons appris : une hayah ou un oiseau en sa possession, celui qui les blesse est hayav. On peut répondre : la peau d'un veau tendre et celle d'un oiseau, bien qu'on la considère comme une peau, est comme la chair pour la tuma parce qu'elle est tendre et propre à être mangée. Mais pour la peau des huit cheratsim, Chmouel pense que la raison des Sages de la considérer comme chair est qu'ils suivent la gichta (l'épaisseur, la consistance), comme on l'explique au chapitre Haor vehaRoteiv (Houlin 122b), et non à cause de la tendreté, car elle n'est pas si tendre. Et puisqu'ils n'ont pas la consistance d'une peau, celui qui les blesse est patour, comme pour les autres chekatsim et remasim.
ע"כ לָא פְלִיגִי רַבָּנָן אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה דִּכְתִיב אֵלֶּה הַטְּמֵאִים וא"ת וְהָא מַסְּקִינַן בְּפֶ' הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (שָׁם) דִּבְגִישְׁתָּא קָמִיפַּלְגִי וּפִי' בַּקְּוַנְט' הָתָם דְּרַבָּנָן לָא דָּרְשִׁי הַטְּמֵאִים וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּרַב דְּהָכָא לְטַעְמֵיהּ דְּתָנֵי הָתָם תִּנְשֶׁמֶת וְלָא אָזֵיל בָּתַר גִּישְׁתָּא וּמִיהוּ בְּלָאו הָכִי א"א לוֹמַר הָתָם כִּדְפֵי' הַקּוּנְטְרֵס דְּאַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר הָתָם רַב תַּנָּא הוּא וּפָלֵיג וְהָא ע"כ בָּרַיְיתָא דְּדָרֵישׁ הַטְּמֵאִים קַייְמָא כְּרַב ע"כ נִרְאֶה דְּרַבָּנָן דְּמַתְנִי' דְּהָתָם נָמֵי אִית לְהוּ דְּרָשָׁה דְּהַטְּמֵאִים אֲבָל לֵית לְהוּ לְמִינֵהוּ הִפְסִיק הָעִנְיָן וְכָתַב הַטְּמֵאִים לְרַבּוֹת וְאֵלֶּה לְמַעֵט וּמוֹקְמִינַן רִיבּוּיָא אַהָנְהוּ אַרְבַּע דְּלֵית לְהוּ גִּישְׁתָּא הָאֲנָקָה וְהַכֹּחַ וְהַלְּטָאָה וְהַחֹומֶט וְרַב מְרַבֶּה כָּל הָנְהוּ דִּכְתִיב בָּתַר לְמִינֵהוּ וְגַם תִּנְשֶׁמֶת בִּכְלָל וּקְצָת קָשֶׁה דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן מַאן ת"ק רַבִּי יְהוּדָה דְּאָזֵיל בָּתַר גִּישְׁתָּא וְהָא רַבָּנָן נָמֵי אֲזַלוּ בָּתַר גִּישְׁתָּא וַאֲפִילּוּ הָכֵי דָּרְשִׁי הַטְּמֵאִים וה"נ נֵימָא לְרַבִּי יְהוּדָה וא"כ נָמֵי נֵימָא עַד כָּאן לָא פְּלִיג רַבִּי יְהוּדָה אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה דִּכְתִיב הַטְּמֵאִים אֲבָל לְעִנְיַן שַׁבָּת מוֹדֶה:
Et si tu demandes : nous concluons au chapitre Haor vehaRoteiv (ibid.) qu'ils sont en désaccord sur la gichta, et le Kountras a expliqué là-bas que les Sages n'interprètent pas 'hatemeim'. On peut dire que Rav ici suit son opinion, car il enseigne là-bas 'tinchemet' et ne suit pas la gichta. Cependant, même sans cela, il est impossible de dire là-bas comme l'a expliqué le Kountras : pourquoi faudrait-il dire là-bas 'Rav est un Tana et il est en désaccord', alors que la baraita qui interprète 'hatemeim' suit forcément Rav ? Il semble donc que les Sages de la michna de là-bas ont aussi l'interprétation de 'hatemeim', mais ils considèrent que 'lemineihou' (selon son espèce) interrompt le sujet ; et il est écrit 'hatemeim' pour inclure et 'ele' pour exclure, et nous appliquons l'inclusion à ces quatre qui n'ont pas de gichta : l'anaka, le koah, la letaa et le homet. Et Rav inclut tous ceux qui sont écrits après 'lemineihou', et le tinchemet aussi est compris. Il y a une petite difficulté : nous disons plus loin 'qui est le premier Tana ? R. Yehouda, qui suit la gichta' ; or les Sages aussi suivent la gichta et interprètent malgré tout 'hatemeim'. Disons donc de même pour R. Yehouda ; et alors disons aussi : R. Yehouda n'est en désaccord qu'au sujet de la tuma, car il est écrit 'hatemeim', mais au sujet de Chabbat il admet.
💡 Explication

La blessure n'est comptée que s'il y a une peau sous laquelle le sang s'accumule. Or dans le traité Houlin (michna Haor vehaRoteiv), les Sages disent que la peau de quatre cheratsim (anaka, koah, letaa, homet) rend impur comme leur chair : ils n'ont donc pas de vraie peau.

Chmouel : la michna suit donc R. Yo'hanan ben Nouri seul. Rav : la peau est assimilée à la chair seulement pour la tuma, par un verset (ribouy du hé de 'hatemeim'). Pour Chabbat, les Sages reconnaissent que c'est une peau.

🖼️ Schéma
Les 8 cheratsim ont-ils une peau ?OpinionPour la tumaPour Chabbat (blessure)R. Yo'hanan ben Nouripeau distincte :ne rend pas impurpeau : hayavRabanan (selon Chmouel)4 d'entre eux : peau= chair (impure)pas de peau : patour(michna = RYBN seul)Rabanan (selon Rav)peau = chair, parle verset 'ele hatemeim'ils admettent la peau :hayavLa guemara demande ensuite : et pour Chabbat ils ne sont pas en désaccord ? (baraita)
Les deux lectures de la michna : Chmouel et Rav.
7
וּלְעִנְיַן שַׁבָּת לָא פְּלִיגִי?! וְהָתַנְיָא: הַצָּד אֶחָד מִשְּׁמֹנָה שְׁרָצִים הָאֲמוּרִים בַּתּוֹרָה, הַחוֹבֵל בָּהֶן — חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין עוֹר אֶלָּא

Et au sujet de Chabbat ils ne sont pas en désaccord ? Or il a été enseigné [dans une baraita] : celui qui capture l'un des huit cheratsim mentionnés dans la Torah, [ou] celui qui les blesse, est hayav ; ce sont les paroles de R.

Yo'hanan ben Nouri. Et les Sages disent : il n'y a de peau que...

💡 Explication

Objection contre Rav : une baraita montre que les Sages sont aussi en désaccord avec R. Yo'hanan ben Nouri pour Chabbat. La suite de la baraita est en 107b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).