Shabbat 108b — L'eau salée le Chabbat et les soins des yeux

Shabbat 108b

Sougya : L'amud achève la mishna des eaux salées : on ne prépare pas de hilmei (saumure), mais on peut faire un peu d'eau salée pour y tremper son pain. Rabbi Yossi interdit toute quantité, sauf si l'huile est placée en premier.

La Guemara définit l'eau salée forte (l'œuf y flotte), discute le fait de saler le radis et l'œuf, puis passe, par la mer de Sedom, aux soins des yeux le Chabbat : laver, cligner, vin, salive à jeun et kilorin (collyres). Le critère est de savoir si l'acte montre qu'il sert de remède.

L'amud se termine sur les conseils d'hygiène de Chmouel et de Rabbi Mona.

Préparer de l'eau salée le Chabbat : trois positionsTana kama (Chmouel)grande quantité (hilmei)pour les conserves : interditpetite quantité : permisRabbi Yossi (Rabba, R. Yo'hanan)grande ou petite : interditsinon on dira : 'petitemelakha = permise'Rav Yehouda (rejeté)R. Yossi vient permettrecar la mishna ne dit pas'R. Yossi interdit'Selon Rabbi Yossi, seul permis :huile d'abord dans l'eau, ou huile d'abord sur le sel,puis le troisième élément (l'huile affaiblit le sel)Toujours interditeau + sel ensemble au départ(ressemble à un tannage, meavded)même si l'huile vient ensuiteMei melah azin (R. Yehouda b. Haviva)eau salée forte : l'œuf y flotte= 2/3 de sel, 1/3 d'eau (Abaye)sert à la mouryas (saumure de poisson)
Eau salée le Chabbat : tana kama, Rabbi Yossi et les cas permis.
Soigner l'œil le Chabbat : le critère 'mokhah milta'Décret des Sages : pas de remède le Chabbat (crainte de broyer desingrédients). Interdit seulement si l'acte montre qu'il sert à soigner.Se laver dansla mer de Sedom=> PERMIS(simple lavage)Vin sur la paupière(pain trempé de vin)=> PERMIS(Chmouel)Kilorin trempésla veille, sur l'œil=> PERMIS(Chmouel)Pourquoi ?on croit à unlavage ordinaireFermer et ouvrirles yeux dans l'eau=> INTERDIT(Rabbi Yirmeya)Vin dans l'œil(en clignant)=> INTERDITRouk tafel sur l'œil(salive à jeun)=> INTERDITpersonne ne s'en laveClignement avecle kilor (Mar Oukva)=> Bar Levai :'Chmouel n'a pas permis'Conseil de Chmouel et de Rabbi Mona : une goutte d'eau froide le matin, et se lavermains et pieds [à l'eau chaude] le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.
Les soins des yeux le Chabbat : permis quand l'acte ressemble à un lavage, interdit quand il montre un remède.
1
אֲבָל עוֹשֶׂה הוּא אֶת מֵי הַמֶּלַח, וְטוֹבֵל בָּהֶן פִּתּוֹ, וְנוֹתֵן לְתוֹךְ הַתַּבְשִׁיל. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וַהֲלֹא הוּא הֵילְמֵי, בֵּין מְרֻובֶּה וּבֵין מוּעָט! וְאֵלּוּ הֵן מֵי מֶלַח הַמֻּותָּרִין — נוֹתֵן שֶׁמֶן לְכַתְּחִלָּה לְתוֹךְ הַמַּיִם אוֹ לְתוֹךְ הַמֶּלַח.

mais on peut faire de l'eau salée (mei melah), y tremper son pain et en mettre dans un plat cuit. Rabbi Yossi a dit : n'est-ce pas de la saumure (hilmei), qu'il y en ait beaucoup ou peu ?

Et voici l'eau salée permise : on met l'huile en premier dans l'eau ou sur le sel.

📜 Rachi (3)
אֲבָל עוֹשֶׂה כו' מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Cela est expliqué dans la Guemara.
וַהֲלֹא הוּא הֵילְמֵי בֵּין רַב בֵּין מְעַט וְאִם הַמְרֻובִּים אֲסוּרִים אַף הַמּוּעָטִים אֲסוּרִים וְאִם אֵלּוּ מֻותָּרִים אַף אֵלּוּ מֻותָּרִין וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ דִּלְחֻומְרָא א"ר יוֹסֵי דְּכֻולָּן לְאִיסּוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא כִּמְעַבֵּד מְתַקֵּן אֶת הָאֹוכֶל הַנָּתוּן לְתוֹכוֹ כְּדֵי שֶׁיִּתְקַיֵּים:
Si la grande quantité est interdite, la petite aussi l'est ; et si celle-ci est permise, celle-là l'est aussi. La Guemara explique que Rabbi Yossi parle dans le sens de la sévérité : tout est interdit, car c'est comme tanner (meavded), on prépare l'aliment qu'on y met pour qu'il se conserve.
וְאֵלּוּ הֵן הַמֻּותָּרִין נוֹתֵן שֶׁמֶן לְתוֹךְ מַיִם בַּתְּחִלָּה קֹודֶם שֶׁיִּתֵּן הַמֶּלַח נוֹתֵן שֶׁמֶן לְתוֹךְ הַמֶּלַח בַּתְּחִלָּה קֹודֶם שֶׁיִּתֵּן הַמַּיִם דְּהַשֶּׁמֶן מְעַכֵּב שֶׁאֵין הַמֶּלַח מִתְעָרֵב יָפֶה עִם הַמַּיִם וּמַתִּישׁ אֶת כֹּחוֹ מִהְיוֹת מֵי מֶלַח עַזִּין אֲבָל לֹא יִתֵּן מַיִם וּמֶלַח תְּחִילָּה אֲפִילּוּ נוֹתֵן שֶׁמֶן לְבַסּוֹף דִּבְשָׁעָה שֶׁנּוֹתֵן מַיִם וּמֶלַח יַחַד הוּא נִרְאֶה כִּמְעַבֵּד:
On met l'huile dans l'eau d'abord, avant de mettre le sel ; ou l'huile sur le sel d'abord, avant de mettre l'eau. En effet l'huile empêche le sel de bien se mélanger à l'eau et affaiblit sa force, de sorte que l'eau salée ne devient pas forte. Mais on ne mettra pas d'abord l'eau et le sel, même si l'on ajoute l'huile à la fin, car au moment où l'on met ensemble l'eau et le sel, on semble tanner.
💡 Explication

Fin de la mishna. Le hilmei est une saumure concentrée servant à conserver les légumes ; la préparer ressemble à la melakha de meavded (tanner), car elle transforme durablement l'aliment. Le tana kama permet une petite quantité d'eau salée pour l'usage immédiat.

Rabbi Yossi refuse de distinguer selon la quantité. Il propose un autre moyen : mettre l'huile en premier. Selon Rachi, l'huile empêche le sel de bien se mélanger à l'eau et affaiblit la saumure.

2
גְּמ׳ מַאי קָאָמַר? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל, הָכִי קָאָמַר: אֵין עוֹשִׂין מֵי מֶלַח מְרֻובִּין, אֲבָל עוֹשֶׂה הוּא מֵי מֶלַח מוּעָטִין.

Guemara. Que dit [la mishna] ?

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : voici ce qu'elle dit : on ne fait pas d'eau salée en grande quantité, mais on fait de l'eau salée en petite quantité.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַאי קָאָמַר מַאי הֵילְמֵי וּמַאי מֵי מֶלַח:
Qu'est-ce que le hilmei et qu'est-ce que l'eau salée ?
💡 Explication

La mishna semblait opposer deux choses, hilmei et mei melah. Chmouel explique que la différence tient à la quantité : une grande quantité sert à conserver, une petite sert au repas.

3
אָמַר רַבִּי יוֹסִי: וַהֲלֹא הוּא הֵילְמֵי, בֵּין מְרֻובִּין בֵּין מוּעָטִין. אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי יוֹסֵי לֶאֱסֹור אוֹ לְהַתִּיר? אָמַר רַב יְהוּדָה: לְהַתִּיר. מִדְּלָא קָתָנֵי ״רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר״. אֲמַר לֵיהּ רַבָּה: הָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא וְאֵלּוּ הֵן מֵי מֶלַח הַמֻּותָּרִין, מִכְּלָל דְּרַבִּי יוֹסֵי לֶאֱסֹור. אֶלָּא אָמַר רַבָּה: לֶאֱסֹור. וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֶאֱסֹור.

Rabbi Yossi a dit : n'est-ce pas du hilmei, en grande ou en petite quantité ? On a demandé : Rabbi Yossi [parle-t-il] pour interdire ou pour permettre ?

Rav Yehouda a dit : pour permettre, puisqu'on n'enseigne pas 'Rabbi Yossi interdit'. Rabba lui a dit : mais puisqu'on enseigne à la fin 'et voici l'eau salée permise', on en déduit que Rabbi Yossi [parle] pour interdire.

Rabba a donc dit : pour interdire. Et Rabbi Yo'hanan a dit de même : pour interdire.

📜 Rachi (1)
לֶאֱסֹור אוֹ לְהַתִּיר הַאי דְּקָאָמַר שְׁנֵיהֶן שָׁוִין לְאִיסּוּר אוֹ לְהֶיתֵּר:
Quand il dit que les deux sont égaux, est-ce dans le sens de l'interdit ou de la permission ?
💡 Explication

La phrase de Rabbi Yossi met les deux quantités sur le même plan, sans dire dans quel sens. Rav Yehouda se fonde sur la formulation : on n'a pas écrit 'Rabbi Yossi interdit'. Rabba se fonde sur la suite : si tout était permis, il serait inutile de préciser quelle eau salée est permise. La conclusion, avec Rabbi Yo'hanan, est que Rabbi Yossi interdit.

4
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵין עוֹשִׂין מֵי מֶלַח מְרֻובִּין לָתֵת לְתוֹךְ הַכְּבָשִׁין שֶׁבְּתוֹךְ גִּיסְטְרָא. אֲבָל עוֹשֶׂה הוּא מֵי מֶלַח מוּעָטִין, וְאוֹכֵל בָּהֶן פִּתּוֹ, וְנוֹתֵן לְתוֹךְ הַתַּבְשִׁיל. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וְכִי מִפְּנֵי שֶׁהַלָּלוּ מְרֻובִּין וְהַלָּלוּ מוּעָטִין הַלָּלוּ אֲסוּרִין וְהַלָּלוּ מֻותָּרִין? יֹאמְרוּ: מְלָאכָה מְרֻובָּה — אֲסוּרָה, מְלָאכָה מוּעֶטֶת — מֻותֶּרֶת! אֶלָּא אֵלּוּ וָאֵלּוּ אֲסוּרִין הֵן. וְאֵלּוּ הֵן מֵי מֶלַח הַמֻּותָּרִין — נוֹתֵן שֶׁמֶן וּמֶלַח אוֹ שֶׁמֶן וּמַיִם, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתֵּן מַיִם וּמֶלַח לְכַתְּחִלָּה.

On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : on ne fait pas d'eau salée en grande quantité pour la mettre sur les légumes en conserve (kevachin) qui sont dans une gistera ; mais on fait de l'eau salée en petite quantité, on y mange son pain et on en met dans un plat cuit. Rabbi Yossi a dit : parce que l'une est en grande quantité et l'autre en petite, l'une serait interdite et l'autre permise ?

On dira : une grande melakha est interdite, une petite melakha est permise ! Les unes et les autres sont donc interdites.

Et voici l'eau salée permise : on met huile et sel, ou huile et eau, à condition de ne pas mettre d'abord l'eau et le sel.

📜 Rachi (2)
כְּבָשִׁין יָרָק שֶׁכּוֹבֵשׁ לְהִתְקַיֵּים:
Légumes que l'on met en conserve pour qu'ils se gardent.
גִּיסְטְרָא כְּלִי שָׁבוּר שֶׁל חֶרֶס וְאֵינוֹ רָאוּי לְכָל תַּשְׁמִישׁ כְּשָׁלֵם וּמַקְצִין אוֹתוֹ לְכָךְ:
Un récipient de terre brisé, qui ne convient plus à tous les usages d'un [récipient] entier ; on le réserve à cet usage.
💡 Explication

La baraita confirme la lecture de Rabba. Rabbi Yossi craint une erreur de principe : si l'on distingue selon la quantité, les gens croiront qu'une petite melakha est permise le Chabbat.

La gistera est un tesson de poterie brisée utilisé pour les conserves. L'ordre compte : l'huile doit entrer avant que l'eau et le sel ne soient réunis.

🖼️ Schéma
Préparer de l'eau salée le Chabbat : trois positionsTana kama (Chmouel)grande quantité (hilmei)pour les conserves : interditpetite quantité : permisRabbi Yossi (Rabba, R. Yo'hanan)grande ou petite : interditsinon on dira : 'petitemelakha = permise'Rav Yehouda (rejeté)R. Yossi vient permettrecar la mishna ne dit pas'R. Yossi interdit'Selon Rabbi Yossi, seul permis :huile d'abord dans l'eau, ou huile d'abord sur le sel,puis le troisième élément (l'huile affaiblit le sel)Toujours interditeau + sel ensemble au départ(ressemble à un tannage, meavded)même si l'huile vient ensuiteMei melah azin (R. Yehouda b. Haviva)eau salée forte : l'œuf y flotte= 2/3 de sel, 1/3 d'eau (Abaye)sert à la mouryas (saumure de poisson)
Les positions sur l'eau salée et l'ordre de préparation permis selon Rabbi Yossi.
5
עַזִּין צְנוֹן וְאֶתְרוֹג סִימָן.

Fortes, radis et cédrat : [ce sont les] signes mnémotechniques (siman).

💡 Explication

Un siman annonce les trois enseignements de Rabbi Yehouda bar Haviva qui suivent : l'eau salée forte, le radis salé, et le cédrat difficile à digérer.

6
תָּנֵי רַבִּי יְהוּדָה בַּר חֲבִיבָא: אֵין עוֹשִׂין מֵי מֶלַח עַזִּין. מַאי מֵי מֶלַח עַזִּין? רַבָּה וְרַב יוֹסֵף בַּר אַבָּא דְאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: כֹּל שֶׁהַבֵּיצָה צָפָה בָּהֶן. וְכַמָּה? אָמַר אַבַּיֵּי: תְּרֵי תִּילְתֵי מִילְחָא וְתִילְתָּא מַיָּא.

Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : on ne fait pas d'eau salée forte (mei melah azin). Qu'est-ce que l'eau salée forte ?

Rabba et Rav Yossef bar Abba ont dit tous deux : toute [eau] dans laquelle un œuf flotte. Et combien ?

Abaye a dit : deux tiers de sel et un tiers d'eau.

📜 Rachi (1)
שֶׁהַבֵּיצָה צָפָה בָּהֶם כֹּחַ הַמֶּלַח מְעַכֶּבֶת מִלִּשְׁקֹועַ:
La force du sel l'empêche de couler.
💡 Explication

L'eau salée forte est interdite même en petite quantité, car elle agit comme un tannage. Le test pratique : un œuf y flotte, car la densité du sel l'empêche de couler. Abaye donne la proportion : 2/3 de sel pour 1/3 d'eau.

7
לְמַאי עָבְדִי לָהּ? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: לְמוּרְייָסָא. תָּנֵי רַבִּי יְהוּדָה בַּר חֲבִיבָא: אֵין מוֹלְחִין צְנוֹן וּבֵיצָה בְּשַׁבָּת. רַב חִזְקִיָּה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי אָמַר: צְנוֹן — אָסוּר, וּבֵיצָה — מֻותֶּרֶת. אָמַר רַב נַחְמָן: מֵרֵישׁ הֲוָה מָלַחְנָא פֻּוגְלָא, אָמֵינָא: אַפְסוֹדֵי קָא מַפְסֵידְנָא לֵיהּ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: פֻּוגְלָא חוּרְפֵּיהּ מְעַלֵּי. כֵּיוָן דְּשָׁמַעְנָא לְהָא, דְּכִי אֲתָא עֻולָּא וְאָמַר בְּמַעְרְבָא מָלְחִי כִּישְׁרֵי כִּישְׁרֵי, מִמֶּלַח לָא מָלַחְנָא, טְבוּלֵי וַדַּאי מְטַבֵּילְנָא.

Pour quoi la fait-on ? Rabbi Abahou a dit : pour la mouryas (saumure de poisson).

Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : on ne sale pas le radis ni l'œuf le Chabbat. Rav Hizkiya a dit au nom d'Abaye : le radis est interdit et l'œuf est permis.

Rav Nahman a dit : au début je salais le radis [le Chabbat], je me disais : je l'abîme, car Chmouel a dit : pour le radis, son piquant est bon. Depuis que j'ai entendu ceci, que lorsque Oula est venu il a dit : en Occident (Erets Israël) on sale [les radis] en tas, je ne les sale plus, mais je les trempe certainement [dans le sel].

📜 Rachi (7)
לְמוּרְיָיסָא שֶׁל דָּגִים:
De poissons.
אֵין מוֹלְחִין צְנוֹן וּבֵיצָה ג' וְד' חֲתִיכוֹת יַחַד שֶׁהַמֶּלַח מְעַבְּדָן וְנַעֲשִׂין קָשִׁין וְהָוֵי תִּיקּוּן:
Trois ou quatre morceaux ensemble : le sel les travaille, ils deviennent durs, et c'est une amélioration (tikoun).
מֵרֵישׁ הֲוָה מָלַחְנָא פֻּוגְלָא בְּשַׁבְּתָא:
Le Chabbat.
פֻּוגְלָא צְנוֹן:
Pougla : le radis.
כִּשְׁרֵי תִּילִּין גְּבוֹהִים עִיגּוּל עַל עִיגּוּל:
Kichrei : de hauts tas, rangée sur rangée.
מִימְלָח לָא מָלַחְנָא שְׁתַּיִם יַחַד:
Je ne sale pas deux [morceaux] ensemble.
טְבוּלֵי בִּשְׁעַת אֲכִילָה מְטַבֵּילְנָא וְאַכִּילְנָא:
Tremper : au moment de manger, je trempe et je mange.
💡 Explication

Saler plusieurs morceaux ensemble les transforme : ils durcissent et se conservent, ce qui ressemble à un tikoun (amélioration). Pour l'œuf, Abaye permet.

Rav Nahman pensait que le sel retire au radis son piquant, qui est sa qualité ; saler reviendrait donc à l'abîmer. Mais en Erets Israël on sale les radis en tas pour les améliorer. Il a donc cessé de saler, et se contente de tremper chaque bouchée au moment de manger.

8
תָּנֵי רַבִּי יְהוּדָה בַּר חֲבִיבָא: אֶתְרוֹג צְנוֹן וּבֵיצָה, אִילְמָלֵא קְלִיפָּתָן הַחִיצוֹנָה אֵינָן יוֹצְאִין מִבְּנֵי מֵעַיִים לְעוֹלָם.

Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : le cédrat, le radis et l'œuf, n'était leur écorce extérieure, ne sortiraient jamais des intestins.

📜 Rachi (2)
קְלִיפָּה חִיצוֹנָה דְּבֵיצָה הִיא הַחֶלְבּוֹן אֶלָּא אַיְּידֵי דְּתָנֵי בַּהֲדֵי אֶתְרוֹג וּצְנוֹן קְלִיפָּה נְקַט בָּהּ נַמֵּי לְשׁוֹן קְלִיפָה:
Pour l'œuf, c'est le blanc ; mais comme on l'enseigne avec le cédrat et le radis, on emploie pour lui aussi le terme 'écorce'.
אֵין יוֹצְאִין מִבְּנֵי מֵעַיִם שֶׁמִּתְקַשְּׁרִין וּמִתְקַשִּׁין וְנֶעְצָרִין:
Car ils se nouent, durcissent et sont retenus.
💡 Explication

Remarque médicale : ces trois aliments sont durs à digérer. Pour l'œuf, Rachi précise que l'écorce extérieure désigne le blanc ; le mot 'écorce' est employé parce qu'il figure dans la même liste que le cédrat et le radis.

9
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר: מֵעוֹלָם לָא טְבַע גַּבְרָא בְּיַמָּא דִסְדֹום. אָמַר רַב יוֹסֵף: הַפֵּיכָא סְדוֹם, וְהַפִּיכָאֵן מִילַּהָא. גַּבְרָא הוּא דְּלָא טָבַע, כְּשׁוּרָא טָבַע?! אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי, לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר: לָא מִבַּעְיָא כְּשׁוּרָא דַּאֲפִילּוּ בְּכָל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם לָא טָבַע, אֶלָּא אֲפִילּוּ גַּבְרָא דְּטָבַע בְּכָל מֵימוֹת שֶׁבָּעוֹלָם, בְּיַמָּא דִסְדוֹם לָא טָבַע. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? כִּי הָא דְּרָבִין הֲוָה שָׁקֵיל וְאָזֵיל אֲחוֹרֵיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה אַגֻּודָּא דְּיַמָּא דִסְדוֹם. אֲמַר לֵיהּ: מַהוּ לְמִימְשֵׁי מֵהָנֵי מַיָּא בְּשַׁבְּתָא. אֲמַר לֵיהּ: שַׁפִּיר דָּמֵי.

Quand Rav Dimi est venu, il a dit : jamais un homme ne s'est noyé dans la mer de Sedom. Rav Yossef a dit : Sedom est renversée, et ses paroles sont renversées !

C'est un homme qui ne s'y noie pas, et une poutre coulerait ?! Abaye lui a dit : il parle sur le mode 'il n'est pas nécessaire' (lo mibaya) : il n'est pas nécessaire [de le dire] d'une poutre, qui ne coule dans aucune eau du monde ; mais même un homme, qui coule dans toutes les eaux du monde, ne coule pas dans la mer de Sedom.

Quelle différence pratique ? Comme dans ce cas : Ravin marchait derrière Rabbi Yirmeya sur le rivage de la mer de Sedom.

Il lui dit : peut-on se laver dans cette eau le Chabbat ? Il lui répondit : c'est bien (chapir dami).

📜 Rachi (5)
לָא טְבַע גַּבְרָא בְּיַמָּא דִסְדֹום מִפְּנֵי שֶׁהַמַּיִם מְלוּחִין וְכֹחַ מְלִיחָתָן מְעַכְּבוֹ מִלִּטְבֹּועַ:
Parce que l'eau est salée, et la force de sa salinité l'empêche de couler.
וַהֲפוּכָה מִילָה דְּבָרִים הָאֲמוּרִים בָּהּ הֲפוּכִין:
Les choses dites à son sujet sont renversées.
כְּשׁוּרָא טָבַע בִּתְמִיהַּ:
Sous forme d'étonnement.
מַהוּ לְמִימְשֵׁי מֵהָנֵי מַיָּא גָּרְסִינַן מִי אָסוּר מִשּׁוּם רְפוּאָה דִּגְזוּר רַבָּנָן בְּכָל רְפוּאוֹת בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין וְאֵלּוּ מְרַפְּאוֹת אֶת הָעַיִן:
C'est ainsi que nous lisons 'lemimchei mehanei maya'. Est-ce interdit à cause du remède ? Car les Sages ont décrété contre tous les remèdes le Chabbat, à cause du broyage des ingrédients, et cette eau guérit les yeux.
שַׁפִּיר דָּמֵי דְּלָאו מוֹכְחָא מִילְּתָא דְּלִרְפוּאָה עֲבִיד אַף עַל פִּי שֶׁמְּרַפְּאִין שָׁרִי דְּטַעֲמָא דִּרְפוּאָה דַּאֲסִירָא לֵיתָא אֶלָּא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשְׂחֹוק סַמְמָנִין דְּדָמֵי לִטְחִינָה שֶׁהוּא אַב מְלָאכָה:
Car on ne voit pas qu'il agit pour se soigner. Bien que [cette eau] guérisse, c'est permis : la raison de l'interdit du remède est uniquement le décret, de crainte qu'on broie des ingrédients, ce qui ressemble à moudre, qui est une av melakha.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף: הֲפוּכָה סְדוֹם וַהֲפוּכָה מִילֵּי. נִרְאֶה לִי בס"ד, וַדַּאי רַב יוֹסֵף לְחַדּוּדֵי הַתַּלְמִידִים הוּא דְּבָעֵי בַּקֻּושְׁייָא זוֹ, וְלָכֵן קֹודֶם שֶׁאָמַר הַקֻּושְׁיָא אָמַר הֲפוּכָה סְדוֹם וַהֲפוּכָה מִילֵּי , רָמַז בָּזֶה לְהַגְּדוֹלִים הַיּוֹשְׁבִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁלֹּא יַחְשְׁבוּ חָס וְחָלִילָה שֶׁהוּא טוֹעֶה לְהַקְשׁוֹת קֻושְׁיָא זוֹ בְּטָעוּת, לְכָךְ אָמַר כֵּיוָן דַּהֲפוּכָה סְדוֹם גַּם אֲנִי רוֹצֶה לְהַפֵּךְ מִילֵּיהּ לְהַקְשׁוֹת בָּהּ קֻושְׁיָא בְּטָעוּת כְּדֵי לְחַדֵּד הַתַּלְמִידִים.
Rav Yossef a dit : Sedom est renversée et ses paroles sont renversées. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Yossef voulait certainement aiguiser [l'esprit] des élèves par cette objection. C'est pourquoi, avant d'énoncer l'objection, il a dit 'Sedom est renversée et ses paroles sont renversées'. Il a fait allusion par là aux grands [savants] assis dans la maison d'étude, pour qu'ils ne pensent pas, à D.ieu ne plaise, qu'il se trompait en posant cette objection par erreur. Il a donc dit : puisque Sedom est renversée, moi aussi je veux renverser ses paroles, pour poser à leur sujet une objection erronée afin d'aiguiser les élèves.
💡 Explication

L'eau de la mer Morte est très salée, d'où la remarque de Rav Dimi. Rav Yossef objecte que la formule est mal choisie ; Abaye explique qu'elle suit le schéma lo mibaya : on énonce le cas le moins évident.

La nafka mina : une eau aussi salée à des vertus de guérison, surtout pour les yeux. Or les Sages ont interdit les remèdes le Chabbat, de crainte qu'on vienne à broyer des ingrédients (chehikat samemanim). Rabbi Yirmeya permet de s'y laver, car l'acte ne montre pas qu'il vise la guérison.

🖼️ Schéma
Rav Dimi et la mer de Sedom : 'lo mibaya'Rav Dimi'jamais un homme nes'est noyé à Sedom'Rav Yossef'une poutre couleraitet l'homme non ?!'Abaye : lo mibayala poutre, évident ;même l'homme ne coule pasNafka mina : l'eau est très salée et soigne (les yeux)=> se laver le Chabbat : permis (Rabbi Yirmeya à Ravin)
De la remarque de Rav Dimi à la question halakhique de Ravin.
10
מַהוּ לְמֵימַץ וּלְמִיפְתַּח? אֲמַר לֵיהּ: זוֹ לֹא שָׁמַעְתִּי, כַּיּוֹצֵא בָּהּ שָׁמַעְתִּי. דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא, זִימְנִין אֲמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב מַתְנָה וְזִימְנִין אָמַר לַהּ מִשְּׁמֵיהּ דְּמָר עוּקְבָא, וְתַרְוַוייְהוּ מִשְּׁמֵיהּ דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי אָמְרִין, חַד אָמַר: יַיִן, בְּתוֹךְ הָעַיִן — אָסוּר, עַל גַּב הָעַיִן — מֻותָּר. וְחַד אָמַר: רוֹק תָּפֵל [אֲפִילּוּ] עַל גַּב הָעַיִן — אָסוּר.

Peut-on fermer et ouvrir [les yeux] ? Il lui dit : cela je ne l'ai pas entendu ; j'ai entendu un cas semblable.

Car Rabbi Zeira a dit, tantôt au nom de Rav Matna, tantôt au nom de Mar Oukva, et tous deux disent au nom du père de Chmouel et de Levi. L'un a dit : du vin dans l'œil est interdit, sur l'œil est permis.

Et l'autre a dit : la salive à jeun (rouk tafel), [même] sur l'œil, est interdite.

📜 Rachi (10)
מַהוּ לְמֵימַץ וּלְמִפְתַּח לְשׁוֹן אֵין מְעַמְּצִין אֶת הַמֵּת (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קנא:) עוֹצֵם עֵינָיו כְּשֶׁהוּא רוֹחֵץ מֵהֶן בְּשַׁבָּת מַהוּ שֶׁיַּסְגִּיר וְיִפְתַּח עֵינָיו כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס מֵהֶן לָעַיִן:
Même expression que 'on ne ferme pas [les yeux] du mort' (plus loin, Chabbat 151b). Quand il se lave avec cette eau le Chabbat, peut-il fermer et ouvrir les yeux pour qu'elle y entre ?
כַּיּוֹצֵא בוֹ שָׁמַעְתִּי דְּהֵיכָא דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא דְּלִרְפוּאָה עֲבִיד אָסוּר וּמֵימָץ וּמַפְתֵּחַ נָמֵי מוֹכְחָא מִילְּתָא וְהָא אַסְהָדוּתָא דְּרַב דִּימֵי דְּאָמַר לָא טְבַע גַּבְרָא בְּיַמָּא דִסְדֹום נָפְקָא לַן מִינַּהּ הָא כֵּיוָן דִּמְלִיחִי טוּבָא. מַסּוּ וְאָסַר לְמֵימַץ וּלְמִפְתַּח:
Quand il est clair qu'on agit pour se soigner, c'est interdit ; et fermer et ouvrir [les yeux] rend aussi la chose claire. Du témoignage de Rav Dimi, qui a dit que nul homme ne se noie dans la mer de Sedom, nous apprenons ceci : puisqu'elles sont très salées, elles guérissent, et il a interdit de fermer et d'ouvrir [les yeux].
זִימְנִין א"ל וְכוּ' שֶׁקִּבֵּל מִשְּׁנֵיהֶם:
Car il l'a reçu des deux.
וְתַרְוַיְיהוּ רַב מַתְנָה וּמָר עֻוקְבָא:
Rav Matna et Mar Oukva.
מִשְּׁמֵיהּ דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי אָמְרִי תַּרְתֵּי מִילֵּי אֲמוּר חֲדָא מִשְּׁמֵיהּ דְּאָבוּהָ דִּשְׁמוּאֵל וַחֲדָא מִשְּׁמֵיהּ דְּלֵוִי:
Ils ont dit deux choses : l'une au nom du père de Chmouel et l'autre au nom de Levi.
חַד אָמַר אוֹ אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל אוֹ לֵוִי:
Soit le père de Chmouel, soit Levi.
יַיִן בְּתוֹךְ הָעַיִן דַּעֲמִיץ וּפָתַח אָסוּר דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא:
Quand on ferme et on ouvre [les yeux], c'est interdit, car la chose est claire.
עַל גַּב הָעַיִן מֻותָּר דְּאָמְרִי לִרְחִיצָה בְּעָלְמָא עָבְדִי:
Car on dira qu'il le fait simplement pour se laver.
רוֹק תָּפֵל שֶׁלֹּא טָעַם כְּלוּם מִשֶּׁנֵּיעוֹר מִשְׁנָתוֹ:
Celui qui n'a rien goûté depuis qu'il s'est réveillé de son sommeil.
אֲפִילּוּ עַל גַּב עַיִן אָסוּר דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא דְּלִרְפוּאָה דְּאִילּוּ לִרְחִיצָה מְאִיס לְהָכִי נְקַט רוֹק תָּפֵל לְפִי שֶׁהוּא חָזָק וּמְרַפֵּא:
Car il est clair que c'est pour se soigner, puisque pour se laver cela serait répugnant. C'est pourquoi on cite la salive à jeun : elle est forte et guérit.
💡 Explication

Ravin demande si l'on peut cligner pour faire entrer l'eau salée dans l'œil. Rabbi Yirmeya répond par analogie. Selon Rachi, le principe est : ce qui montre clairement un but de guérison (mokhah milta) est interdit. Mettre du vin sur la paupière passe pour un lavage ; le faire entrer dans l'œil montre un soin.

Le rouk tafel, salive de celui qui n'a rien goûté depuis son réveil, est un remède connu. Personne ne se lave avec de la salive : l'appliquer, même sur la paupière, montre un soin.

🖼️ Schéma
Soigner l'œil le Chabbat : le critère 'mokhah milta'Décret des Sages : pas de remède le Chabbat (crainte de broyer desingrédients). Interdit seulement si l'acte montre qu'il sert à soigner.Se laver dansla mer de Sedom=> PERMIS(simple lavage)Vin sur la paupière(pain trempé de vin)=> PERMIS(Chmouel)Kilorin trempésla veille, sur l'œil=> PERMIS(Chmouel)Pourquoi ?on croit à unlavage ordinaireFermer et ouvrirles yeux dans l'eau=> INTERDIT(Rabbi Yirmeya)Vin dans l'œil(en clignant)=> INTERDITRouk tafel sur l'œil(salive à jeun)=> INTERDITpersonne ne s'en laveClignement avecle kilor (Mar Oukva)=> Bar Levai :'Chmouel n'a pas permis'Conseil de Chmouel et de Rabbi Mona : une goutte d'eau froide le matin, et se lavermains et pieds [à l'eau chaude] le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.
Ce qui est permis et interdit pour les yeux le Chabbat.
11
תִּסְתַּייֵּם דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל הוּא דְּאָמַר יַיִן בְּתוֹךְ הָעַיִן — אָסוּר, עַל גַּב הָעַיִן — מֻותָּר, מִדְּאָמַר שְׁמוּאֵל: שׁוֹרֶה אָדָם פִּיתּוֹ בְּיַיִן וְנוֹתְנוֹ עַל גַּב הָעַיִן בְּשַׁבָּת. דִּשְׁמִיעָא לֵיהּ מְמָאֵן — לָאו דִּשְׁמִיעָא לֵיהּ מֵאֲבוּהּ? וְלִיטַעֲמֵיךְ, הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: רֹוק תָּפֵל אֲפִילּוּ עַל גַּבֵּי הָעַיִן אָסוּר, דִּשְׁמִיעָא לֵיהּ מְמָאֵן? אִילֵּימָא דִּשְׁמִיעָא לֵיהּ מֵאֲבוּהּ, אֶלָּא לֵוִי — וְלָא חֲדָא אָמַר?! אֶלָּא: חֲדָא שְׁמִיעָא לֵיהּ מֵאֲבוּהּ וַחֲדָא שְׁמִיעָא לֵיהּ מִלֵּוִי, וְלָא יָדְעִינַן הֵי מֵאֲבוּהּ הֵי מִלֵּוִי.

Concluons que c'est le père de Chmouel qui a dit : du vin dans l'œil est interdit, sur l'œil est permis, puisque Chmouel a dit : on peut tremper son pain dans du vin et le mettre sur l'œil le Chabbat. De qui l'a-t-il entendu ?

N'est-ce pas de son père ? Et selon ton raisonnement, ce que Chmouel a dit : la salive à jeun, même sur l'œil, est interdite, de qui l'a-t-il entendu ?

Si l'on dit qu'il l'a entendu de son père, alors Levi n'aurait pas dit une seule [des deux] ?! Il en a donc entendu une de son père et une de Levi, et nous ne savons pas laquelle de son père et laquelle de Levi.

📜 Rachi (1)
וְלִיטַעֲמֵיךְ כו' א"כ לֵוִי וְלָא חֲדָא אָמַר בִּתְמִיהַּ וְהָא חֲדָא מִשְּׁמֵיהּ אִתְּמַר כְּדַאֲמָרָן:
S'il en est ainsi, Levi n'aurait pas dit une seule [règle], sous forme d'étonnement ; or une [règle] a été dite en son nom, comme nous l'avons dit.
💡 Explication

Tentative d'attribuer chaque règle. Chmouel enseigne la règle du vin : on suppose qu'il la tient de son père. La Guemara réfute : Chmouel enseigne aussi la règle de la salive. Si les deux venaient de son père, Levi n'aurait rien dit, alors qu'on a rapporté une règle au nom de chacun. L'attribution reste inconnue.

🖼️ Schéma
Qui a dit quoi ? Les deux règles transmises à ChmouelSourcesle père de Chmouelet LeviRègle 1vin : dans l'œil interdit,sur l'œil permisRègle 2rouk tafel : même surl'œil interditPreuve proposéeChmouel permet le pain trempéde vin sur l'œil : il l'a doncappris de son père (règle 1)RéfutationChmouel cite aussi la règle 2 :Levi n'aurait rien dit ?!=> on ne sait pas qui a dit quoi
La tentative d'attribuer les deux règles au père de Chmouel ou à Levi.
12
אָמַר מָר עֻוקְבָא אָמַר שְׁמוּאֵל: שׁוֹרֶה אָדָם קִילוֹרִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְנוֹתֵן עַל גַּב עֵינָיו בְּשַׁבָּת, וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. בַּר לֵוַאי הֲוָה קָאֵי קַמֵּיהּ דְּמָר עוּקְבָא. חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה עָמֵיץ וּפָתַח. אֲמַר לֵיהּ: כֻּולֵּי הַאי וַדַּאי לָא שְׁרָא מָר שְׁמוּאֵל. שְׁלַח לֵיהּ רַבִּי יַנַּאי לְמָר עֻוקְבָא: לִישַׁדַּר לַן מָר מֵהָנָךְ קִילוֹרִין דְּמָר שְׁמוּאֵל. שְׁלַח לֵיהּ: שַׁדּוֹרֵי מְשַׁדְּרָנָא לָךְ, דְּלָא תֵּימָא צַר עַיִן אֲנָא, אֶלָּא הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל: טוֹבָה טִיפַּת צוֹנֵן שַׁחֲרִית וּרְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם בְּחַמִּין עַרְבִית מִכָּל קִילוֹרִין שֶׁבָּעוֹלָם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, אָמַר רַבִּי מוּנָא מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה: טוֹבָה טִיפַּת צוֹנֵן שַׁחֲרִית וּרְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם עַרְבִית מִכָּל קִילוֹרִין שֶׁבָּעוֹלָם.

Mar Oukva a dit au nom de Chmouel : on peut tremper des kilorin (collyres) la veille du Chabbat et les mettre sur les yeux le Chabbat, sans crainte. Bar Levai se tenait devant Mar Oukva.

Il le vit fermer et ouvrir [les yeux]. Il lui dit : tout cela, Mar Chmouel ne l'a certainement pas permis.

Rabbi Yanai envoya dire à Mar Oukva : que le maître nous envoie de ces kilorin de Mar Chmouel. Il lui fit répondre : je te les envoie, pour que tu ne dises pas que je suis avare ; mais voici ce qu'a dit Chmouel : une goutte d'eau froide le matin, et se laver les mains et les pieds à l'eau chaude le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.

On a aussi enseigné ainsi : Rabbi Mona a dit au nom de Rabbi Yehouda : une goutte d'eau froide le matin, et se laver les mains et les pieds le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.

📜 Rachi (7)
שׁוּרָה בְּמַיִם:
Dans l'eau.
קִילוֹרִין לוזי"א בְּלַעַ"ז:
Kilorin : 'lozia' en langue vernaculaire.
וְנוֹתֵן ע"ג עֵינָיו דִּלְדִידֵיהּ כֵּיוָן דְּאַצְרְכוּהָ לִשְׁרוֹתָהּ מע"ש אִיכָּא הֶיכֵּרָא וְלֵיכָּא לְמִיגְזַר וּמַאן דַּחֲזִינְהוּ סָבַר דִּרְחִיצָה בְּעָלְמָא הִיא דִּכְסָבַר שֶׁהוּא יַיִן:
Selon lui, puisqu'on a exigé de le tremper la veille du Chabbat, il y a un signe distinctif et il n'y a pas lieu de décréter ; et celui qui le voit pense que c'est un simple lavage, car il croit que c'est du vin.
כֻּולֵּי הַאי וַדַּאי לָא שְׁרָא דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא:
Car la chose est claire.
מָר עֻוקְבָא הֲוָה שְׁכִיחַ גַּבֵּי מַר שְׁמוּאֵל וְאַב ב"ד הָיָה בְּיָמָיו כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף נה. וּבְמוֹעֵד קָטָן דַּף טז.):
Mar Oukva fréquentait Mar Chmouel, et il était av beit din de son temps, comme nous l'avons dit plus haut (Chabbat 55a et Moed Katan 16a).
טִיפַּת צוֹנֵן לָתֵת בְּעֵינָיו:
Une goutte d'eau froide : à mettre dans ses yeux.
וּרְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם בְּחַמִּין עַרְבִית נָמֵי מְאִירָה הָעֵינַיִם:
Se laver les mains et les pieds à l'eau chaude le soir : cela aussi éclaire les yeux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טוֹבָה טִפַּת צוֹנֵן שַׁחֲרִית, וּרְחִיצַת יָדַיִם וְרַגְלַיִם עַרְבִית, מִכָּל קִילוֹרִין שֶׁבָּעוֹלָם. עַיֵּין בַּהֲרָ"ן טַעַם לָזֶה עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּדֶרֶךְ רֶמֶז הַצּוֹנֵן הוּא מִצַּד הַחֶסֶד לָכֵן מְסֻוגָּל בַּבֹּוקֶר שֶׁשּׁוֹלֵט בּוֹ הַחֶסֶד, וְהַחֹום מִצַּד הַגְּבוּרָה לָכֵן מְסֻוגָּל בְּעַרְבִית זְמַן שְׁלִיטַת הַגְּבוּרָה, נִמְצָא יֵשׁ תּוֹעֶלֶת מִן הַקֹּר וּמִן הַחַם לְהָאִיר לָעֵינַיִם הַחוּשִׁית. לְכָךְ הַתּוֹרָה שֶׁמְּאִירָה עַיִן הַשִּׂכְלִית נִקְרֵאת אֵשׁ וְנִקְרֵאת מַיִם שֶׁהֵם חַם וְקֹר. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד עַל הַתּוֹרָה (מִשְׁלֵי לא, יד) מִמֶּרְחָק תָּבִיא לַחְמָהּ, 'מֶרְחָק' אוֹתִיּוֹת 'קַר חָם'. וּבָזֶה יוּבָן (יִרְמְיָהוּ לא, ב) מֵרָחוֹק ה' נִרְאָה לִי, רְצוֹנוֹ לוֹמַר הֵן בְּעֵת קַר הֵן בְּעֵת חַם נִרְאֶה לִי, וְעַל כֵּן מְחַבֵּב אוֹתִי וְאוֹמֵר לִי וְאַהֲבַת עוֹלָם אֲהַבְתִּיךְ, וְלָכֵן נֶאֱמַר בְּאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה, וַיַּרְא אֶת הַמָּקוֹם מֵרָחֹק (בְּרֵאשִׁית כב, ד).
Une goutte d'eau froide le matin, et se laver les mains et les pieds le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde. Voir le Ran pour la raison de cela. Il me semble, avec l'aide du Ciel, par voie d'allusion (remez) : le froid vient du côté du 'hessed (bonté), c'est pourquoi il convient le matin, moment où domine le 'hessed ; et la chaleur vient du côté de la guevoura (rigueur), c'est pourquoi elle convient le soir, moment où domine la guevoura. Il y a donc un profit du froid et du chaud pour éclairer l'œil physique. C'est pourquoi la Torah, qui éclaire l'œil de l'intelligence, est appelée feu et appelée eau, qui sont le chaud et le froid. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, [le verset] sur la Torah (Michle 31,14) : 'de loin (mimerhak) elle apporte son pain' : 'merhak' a les lettres de 'kar ham' (froid, chaud). On comprend ainsi (Yirmeyahou 31,2) : 'de loin Hachem m'est apparu', c'est-à-dire aussi bien au temps du froid qu'au temps du chaud Il m'est apparu ; c'est pourquoi Il me chérit et me dit : 'Je t'ai aimé d'un amour éternel'. Et c'est pourquoi il est dit d'Avraham avinou, que la paix soit sur lui : 'il vit le lieu de loin (merahok)' (Berechit 22,4).
💡 Explication

Le kilor est un collyre qu'on trempe avant usage. Trempé la veille, il peut être posé sur la paupière le Chabbat : selon Rachi, l'obligation de le tremper la veille sert de signe distinctif, et l'observateur croit qu'il s'agit d'un simple lavage au vin.

Mar Oukva, en clignant, fait entrer le produit dans l'œil ; Bar Levai lui fait remarquer que cela montre un soin. L'amud termine par un conseil d'hygiène de Chmouel, confirmé par une baraita.

13
הוּא הָיָה אוֹמֵר: יָד לָעַיִן — תִּיקָּצֵץ. יד לַחֹוטֶם — תִּיקָּצֵץ. יָד לַפֶּה — תִּיקָּצֵץ. יָד לְאֹוזֶן — תִּיקָּצֵץ. יד לַחֲסוּדָה — תִּיקָּצֵץ. יָד לָאַמָּה — תִּיקָּצֵץ. יָד לְפִי טַבַּעַת — תִּיקָּצֵץ. יד

Il disait : la main à l'œil, qu'elle soit coupée ! La main au nez, qu'elle soit coupée !

La main à la bouche, qu'elle soit coupée ! La main à l'oreille, qu'elle soit coupée !

La main à la saignée (hasouda), qu'elle soit coupée ! La main au membre, qu'elle soit coupée !

La main à l'anus, qu'elle soit coupée ! La main

📜 Rachi (6)
הוּא הָיָה אוֹמֵר ר' מוּנָא:
Rabbi Mona.
יד לָעַיִן שַׁחֲרִית קֹודֶם שֶׁיִּטֹּול יָדָיו:
Le matin, avant qu'il ait lavé ses mains.
תִּיקָּצֵץ נוֹחַ לוֹ שֶׁתִּקָּצֵץ שֶׁרוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עַל הַיָּד וּמְסַמַּתּוֹ וְכֵן כֻּולָּן:
Mieux vaudrait pour lui qu'elle soit coupée, car un mauvais esprit repose sur la main et l'aveugle ; et de même pour toutes.
לַחֲסוּדָה רִיבְדָּא דְּכוּסִילְתָּא פלימא"ה בְּלַעַ"ז:
Hasouda : la marque d'une saignée, 'flieme' en langue vernaculaire.
לְפִי טַבַּעַת נֶקֶב הָרְעִי שֶׁעָגוֹל כְּטַבַּעַת:
Pi taba'at : l'orifice des excréments, qui est rond comme un anneau.
תִּיקָּצֵץ וְלֹא תִּגַּע שׁוּב בְּעַיִן אוֹ בָּאֹוזֶן קֹודֶם נְטִילָה:
Qu'elle soit coupée, et qu'elle ne touche plus l'œil ou l'oreille avant l'ablution.
💡 Explication

Rabbi Mona énumère les parties du corps qu'on ne doit pas toucher le matin avant l'ablution des mains (netilat yadayim). Selon Rachi, un mauvais esprit (roua raa) repose sur les mains au réveil et peut causer du tort, par exemple aveugler l'œil. L'expression 'qu'elle soit coupée' signifie : mieux vaudrait pour lui qu'elle soit coupée. La phrase se poursuit sur l'amud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).