Sougya : L'amud achève la mishna des eaux salées : on ne prépare pas de hilmei (saumure), mais on peut faire un peu d'eau salée pour y tremper son pain. Rabbi Yossi interdit toute quantité, sauf si l'huile est placée en premier.
La Guemara définit l'eau salée forte (l'œuf y flotte), discute le fait de saler le radis et l'œuf, puis passe, par la mer de Sedom, aux soins des yeux le Chabbat : laver, cligner, vin, salive à jeun et kilorin (collyres). Le critère est de savoir si l'acte montre qu'il sert de remède.
L'amud se termine sur les conseils d'hygiène de Chmouel et de Rabbi Mona.
mais on peut faire de l'eau salée (mei melah), y tremper son pain et en mettre dans un plat cuit. Rabbi Yossi a dit : n'est-ce pas de la saumure (hilmei), qu'il y en ait beaucoup ou peu ?
Et voici l'eau salée permise : on met l'huile en premier dans l'eau ou sur le sel.
Fin de la mishna. Le hilmei est une saumure concentrée servant à conserver les légumes ; la préparer ressemble à la melakha de meavded (tanner), car elle transforme durablement l'aliment. Le tana kama permet une petite quantité d'eau salée pour l'usage immédiat.
Rabbi Yossi refuse de distinguer selon la quantité. Il propose un autre moyen : mettre l'huile en premier. Selon Rachi, l'huile empêche le sel de bien se mélanger à l'eau et affaiblit la saumure.
Guemara. Que dit [la mishna] ?
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : voici ce qu'elle dit : on ne fait pas d'eau salée en grande quantité, mais on fait de l'eau salée en petite quantité.
La mishna semblait opposer deux choses, hilmei et mei melah. Chmouel explique que la différence tient à la quantité : une grande quantité sert à conserver, une petite sert au repas.
Rabbi Yossi a dit : n'est-ce pas du hilmei, en grande ou en petite quantité ? On a demandé : Rabbi Yossi [parle-t-il] pour interdire ou pour permettre ?
Rav Yehouda a dit : pour permettre, puisqu'on n'enseigne pas 'Rabbi Yossi interdit'. Rabba lui a dit : mais puisqu'on enseigne à la fin 'et voici l'eau salée permise', on en déduit que Rabbi Yossi [parle] pour interdire.
Rabba a donc dit : pour interdire. Et Rabbi Yo'hanan a dit de même : pour interdire.
La phrase de Rabbi Yossi met les deux quantités sur le même plan, sans dire dans quel sens. Rav Yehouda se fonde sur la formulation : on n'a pas écrit 'Rabbi Yossi interdit'. Rabba se fonde sur la suite : si tout était permis, il serait inutile de préciser quelle eau salée est permise. La conclusion, avec Rabbi Yo'hanan, est que Rabbi Yossi interdit.
On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : on ne fait pas d'eau salée en grande quantité pour la mettre sur les légumes en conserve (kevachin) qui sont dans une gistera ; mais on fait de l'eau salée en petite quantité, on y mange son pain et on en met dans un plat cuit. Rabbi Yossi a dit : parce que l'une est en grande quantité et l'autre en petite, l'une serait interdite et l'autre permise ?
On dira : une grande melakha est interdite, une petite melakha est permise ! Les unes et les autres sont donc interdites.
Et voici l'eau salée permise : on met huile et sel, ou huile et eau, à condition de ne pas mettre d'abord l'eau et le sel.
La baraita confirme la lecture de Rabba. Rabbi Yossi craint une erreur de principe : si l'on distingue selon la quantité, les gens croiront qu'une petite melakha est permise le Chabbat.
La gistera est un tesson de poterie brisée utilisé pour les conserves. L'ordre compte : l'huile doit entrer avant que l'eau et le sel ne soient réunis.
Fortes, radis et cédrat : [ce sont les] signes mnémotechniques (siman).
Un siman annonce les trois enseignements de Rabbi Yehouda bar Haviva qui suivent : l'eau salée forte, le radis salé, et le cédrat difficile à digérer.
Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : on ne fait pas d'eau salée forte (mei melah azin). Qu'est-ce que l'eau salée forte ?
Rabba et Rav Yossef bar Abba ont dit tous deux : toute [eau] dans laquelle un œuf flotte. Et combien ?
Abaye a dit : deux tiers de sel et un tiers d'eau.
L'eau salée forte est interdite même en petite quantité, car elle agit comme un tannage. Le test pratique : un œuf y flotte, car la densité du sel l'empêche de couler. Abaye donne la proportion : 2/3 de sel pour 1/3 d'eau.
Pour quoi la fait-on ? Rabbi Abahou a dit : pour la mouryas (saumure de poisson).
Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : on ne sale pas le radis ni l'œuf le Chabbat. Rav Hizkiya a dit au nom d'Abaye : le radis est interdit et l'œuf est permis.
Rav Nahman a dit : au début je salais le radis [le Chabbat], je me disais : je l'abîme, car Chmouel a dit : pour le radis, son piquant est bon. Depuis que j'ai entendu ceci, que lorsque Oula est venu il a dit : en Occident (Erets Israël) on sale [les radis] en tas, je ne les sale plus, mais je les trempe certainement [dans le sel].
Saler plusieurs morceaux ensemble les transforme : ils durcissent et se conservent, ce qui ressemble à un tikoun (amélioration). Pour l'œuf, Abaye permet.
Rav Nahman pensait que le sel retire au radis son piquant, qui est sa qualité ; saler reviendrait donc à l'abîmer. Mais en Erets Israël on sale les radis en tas pour les améliorer. Il a donc cessé de saler, et se contente de tremper chaque bouchée au moment de manger.
Rabbi Yehouda bar Haviva a enseigné : le cédrat, le radis et l'œuf, n'était leur écorce extérieure, ne sortiraient jamais des intestins.
Remarque médicale : ces trois aliments sont durs à digérer. Pour l'œuf, Rachi précise que l'écorce extérieure désigne le blanc ; le mot 'écorce' est employé parce qu'il figure dans la même liste que le cédrat et le radis.
Quand Rav Dimi est venu, il a dit : jamais un homme ne s'est noyé dans la mer de Sedom. Rav Yossef a dit : Sedom est renversée, et ses paroles sont renversées !
C'est un homme qui ne s'y noie pas, et une poutre coulerait ?! Abaye lui a dit : il parle sur le mode 'il n'est pas nécessaire' (lo mibaya) : il n'est pas nécessaire [de le dire] d'une poutre, qui ne coule dans aucune eau du monde ; mais même un homme, qui coule dans toutes les eaux du monde, ne coule pas dans la mer de Sedom.
Quelle différence pratique ? Comme dans ce cas : Ravin marchait derrière Rabbi Yirmeya sur le rivage de la mer de Sedom.
Il lui dit : peut-on se laver dans cette eau le Chabbat ? Il lui répondit : c'est bien (chapir dami).
L'eau de la mer Morte est très salée, d'où la remarque de Rav Dimi. Rav Yossef objecte que la formule est mal choisie ; Abaye explique qu'elle suit le schéma lo mibaya : on énonce le cas le moins évident.
La nafka mina : une eau aussi salée à des vertus de guérison, surtout pour les yeux. Or les Sages ont interdit les remèdes le Chabbat, de crainte qu'on vienne à broyer des ingrédients (chehikat samemanim). Rabbi Yirmeya permet de s'y laver, car l'acte ne montre pas qu'il vise la guérison.
Peut-on fermer et ouvrir [les yeux] ? Il lui dit : cela je ne l'ai pas entendu ; j'ai entendu un cas semblable.
Car Rabbi Zeira a dit, tantôt au nom de Rav Matna, tantôt au nom de Mar Oukva, et tous deux disent au nom du père de Chmouel et de Levi. L'un a dit : du vin dans l'œil est interdit, sur l'œil est permis.
Et l'autre a dit : la salive à jeun (rouk tafel), [même] sur l'œil, est interdite.
Ravin demande si l'on peut cligner pour faire entrer l'eau salée dans l'œil. Rabbi Yirmeya répond par analogie. Selon Rachi, le principe est : ce qui montre clairement un but de guérison (mokhah milta) est interdit. Mettre du vin sur la paupière passe pour un lavage ; le faire entrer dans l'œil montre un soin.
Le rouk tafel, salive de celui qui n'a rien goûté depuis son réveil, est un remède connu. Personne ne se lave avec de la salive : l'appliquer, même sur la paupière, montre un soin.
Concluons que c'est le père de Chmouel qui a dit : du vin dans l'œil est interdit, sur l'œil est permis, puisque Chmouel a dit : on peut tremper son pain dans du vin et le mettre sur l'œil le Chabbat. De qui l'a-t-il entendu ?
N'est-ce pas de son père ? Et selon ton raisonnement, ce que Chmouel a dit : la salive à jeun, même sur l'œil, est interdite, de qui l'a-t-il entendu ?
Si l'on dit qu'il l'a entendu de son père, alors Levi n'aurait pas dit une seule [des deux] ?! Il en a donc entendu une de son père et une de Levi, et nous ne savons pas laquelle de son père et laquelle de Levi.
Tentative d'attribuer chaque règle. Chmouel enseigne la règle du vin : on suppose qu'il la tient de son père. La Guemara réfute : Chmouel enseigne aussi la règle de la salive. Si les deux venaient de son père, Levi n'aurait rien dit, alors qu'on a rapporté une règle au nom de chacun. L'attribution reste inconnue.
Mar Oukva a dit au nom de Chmouel : on peut tremper des kilorin (collyres) la veille du Chabbat et les mettre sur les yeux le Chabbat, sans crainte. Bar Levai se tenait devant Mar Oukva.
Il le vit fermer et ouvrir [les yeux]. Il lui dit : tout cela, Mar Chmouel ne l'a certainement pas permis.
Rabbi Yanai envoya dire à Mar Oukva : que le maître nous envoie de ces kilorin de Mar Chmouel. Il lui fit répondre : je te les envoie, pour que tu ne dises pas que je suis avare ; mais voici ce qu'a dit Chmouel : une goutte d'eau froide le matin, et se laver les mains et les pieds à l'eau chaude le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.
On a aussi enseigné ainsi : Rabbi Mona a dit au nom de Rabbi Yehouda : une goutte d'eau froide le matin, et se laver les mains et les pieds le soir, valent mieux que tous les kilorin du monde.
Le kilor est un collyre qu'on trempe avant usage. Trempé la veille, il peut être posé sur la paupière le Chabbat : selon Rachi, l'obligation de le tremper la veille sert de signe distinctif, et l'observateur croit qu'il s'agit d'un simple lavage au vin.
Mar Oukva, en clignant, fait entrer le produit dans l'œil ; Bar Levai lui fait remarquer que cela montre un soin. L'amud termine par un conseil d'hygiène de Chmouel, confirmé par une baraita.
Il disait : la main à l'œil, qu'elle soit coupée ! La main au nez, qu'elle soit coupée !
La main à la bouche, qu'elle soit coupée ! La main à l'oreille, qu'elle soit coupée !
La main à la saignée (hasouda), qu'elle soit coupée ! La main au membre, qu'elle soit coupée !
La main à l'anus, qu'elle soit coupée ! La main
Rabbi Mona énumère les parties du corps qu'on ne doit pas toucher le matin avant l'ablution des mains (netilat yadayim). Selon Rachi, un mauvais esprit (roua raa) repose sur les mains au réveil et peut causer du tort, par exemple aveugler l'œil. L'expression 'qu'elle soit coupée' signifie : mieux vaudrait pour lui qu'elle soit coupée. La phrase se poursuit sur l'amud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).