Sougya : L'amud achève la liste des dangers de la main non lavée le matin et de l'esprit qui repose sur elle jusqu'à trois ablutions. Il examine ensuite quels remèdes sont permis le Chabbat : herbes et plantes (alin, coriandre, houblon, teruza), jus de melon, blessure trempée dans le vin ou le vinaigre.
Le critère est de savoir si l'usage est celui des bien-portants ou s'il montre clairement un soin ; une blessure au dos de la main ou du pied est dangereuse et on transgresse le Chabbat pour elle. Enfin, deux baraitot se contredisent sur le bain dans la Grande Mer ; Rabbi Yo'hanan les attribue à Rabbi Meir et à Rabbi Yehouda, qui divergent sur le statut des mers comme mikve.
[La main qui touche] le tonneau (guiguit) : qu'elle soit coupée. La main [qui touche] l'œil rend aveugle, la main [qui touche] l'oreille rend sourd, la main [qui touche le nez ou la bouche] fait monter un polype.
Il a été enseigné : Rabbi Natan dit : c'est une [entité] libre (bat horin), et elle insiste jusqu'à ce qu'on se lave les mains trois fois. Rabbi Yo'hanan a dit : le fard (poukh) fait passer la bat melekh, arrête les larmes et fait pousser les cils.
On a enseigné de même : Rabbi Yossi dit : le fard fait passer la bat melekh, arrête les larmes et fait pousser les cils.
Suite de la liste commencée au 108b : la main qui n'a pas été lavée le matin porte un esprit mauvais (roua'h raa) et nuit aux organes qu'elle touche. Rabbi Natan précise que cet esprit est bat horin : il ne part qu'après trois ablutions ; c'est la source de la netilat yadayim du matin versée trois fois.
Le poukh (fard pour les yeux, kohol) chasse la bat melekh, un mal des yeux attribué à un esprit. Le lien avec le Chabbat : on peut s'en servir, car c'est aussi un usage cosmétique.
Mar Oukva a dit au nom de Chmouel : les alin (feuilles) n'ont pas d'effet de guérison (refoua). Rav Yossef a dit : la coriandre (kusbarta) n'a pas d'effet de guérison.
Rav Chechet a dit : le houblon (kechout) n'a pas d'effet de guérison. Rav Yossef a dit : la coriandre, même à moi, elle me fait du mal.
Rav Chechet a dit : la roquette (gargira), même à moi, elle me fait du bien. Mar Oukva a dit au nom de Chmouel : toutes les espèces de kechout sont permises, sauf la teruza.
Les Sages ont interdit les remèdes le Chabbat par gezera (décret), de peur qu'on en vienne à broyer des plantes (chehikat samemanim). Ce qui n'a pas d'effet de guérison reste permis. Rav Yossef et Rav Chechet étaient aveugles : ils parlent de leur propre expérience des yeux.
Rachi comprend ces énoncés comme portant sur la nourriture ; Tossefot soutient qu'il s'agit de ce qu'on pose sur l'œil. Critère de fond (Rachi) : un aliment consommé aussi par les bien-portants est permis, car on ne voit pas qu'il s'agit d'un soin (la mokha milta) ; la teruza ne se mange que comme remède, donc on le voit.
Rav Hisda a dit : le chirka touya est permis ; les pia'pouei beie (œufs battus) sont interdits. La femme de Zeiri en a fait pour Hiya bar Achi, et il n'en a pas mangé.
Elle lui a dit : je l'ai fait pour ton maître et il en a mangé, et toi tu n'en manges pas ?! Zeiri suit son propre raisonnement, car Zeiri a dit : on peut mettre du vin clair et de l'eau claire dans le filtre (mechameret) le Chabbat, sans crainte.
Il en ressort que, puisqu'on les boit ainsi, on ne fait rien ; ici aussi, puisqu'on le mange ainsi, on ne fait rien.
Deux lectures du chirka touya. Selon Rachi : enduire un rôti chaud d'huile et d'œufs battus après la tombée de la nuit est permis ; battre des œufs dans un bol est interdit, car on semble vouloir les jeter dans la marmite. Selon Rabbenou Hananel (Tossefot) : il s'agit du jus de melon, filtré et bu comme laxatif ; ce qui rattache ce passage au sujet de la refoua.
La règle de Zeiri : filtrer un liquide qu'on consomme de toute façon sans filtrage n'est pas l'acte de borer (trier) ; on n'y ajoute rien.
Mar Oukva a dit : celui dont la main ou le pied a été heurté peut la serrer (tsomta) dans du vin sans crainte. On a demandé : et le vinaigre, qu'en est-il ?
Rav Hillel a dit à Rav Achi : quand j'étais chez Rav Kahana, on disait : le vinaigre, non. Rava a dit : et ces gens de Mehoza, puisqu'ils sont délicats, même le vin les guérit.
Le vin sert d'abord à arrêter le sang et n'est pas perçu comme un remède ; le vinaigre, plus fort, soigne : le geste se voit comme un traitement. Pour les gens de Mehoza, peau sensible, le vin a déjà un effet thérapeutique : il leur est interdit.
Ravina est venu chez Rav Achi ; il a vu qu'un âne lui avait marché sur le dos du pied, et [Rav Achi] était assis et le serrait dans du vinaigre. Il lui a dit : le Maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rav Hillel : le vinaigre, non ?
Il lui a dit : le dos de la main et le dos du pied sont différents.
Certains disent : il a vu qu'il le serrait dans du vin. Il lui a dit : le Maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rava : ces gens de Mehoza, puisqu'ils sont délicats, même le vin les guérit ?
Et le Maître aussi est délicat ! Il lui a dit : le dos de la main et le dos du pied sont différents, car Rav Ada bar Matna a dit au nom de Rav : le dos de la main et le dos du pied sont comme une blessure interne (makka chel halal), et on transgresse le Chabbat pour eux.
Une makka chel halal (blessure à l'intérieur du corps) met la vie en danger : on transgresse le Chabbat pour la soigner (pikouah nefech). Rav l'étend au dos de la main et du pied. Les deux versions (vinaigre ou vin) mènent à la même conclusion.
Les Sages ont enseigné : on se baigne dans les eaux de Guerar, dans les eaux de Hamatan, dans les eaux d'Assia et dans les eaux de Tibériade, mais pas dans la Grande Mer, ni dans l'eau de rouissage (mei michra), ni dans la mer de Sedom.
Même critère : les sources chaudes ou salées de Guerar, Tibériade, etc. servent aussi au bain ordinaire, on ne voit pas qu'il s'agit d'un soin. L'eau où l'on fait tremper le lin et la mer de Sedom (mer Morte), très salée, ne servent qu'à se soigner : la chose se voit. La raison pour la Grande Mer (Méditerranée) est donnée plus loin.
On oppose [une autre baraita] : on se baigne dans les eaux de Tibériade et dans la Grande Mer, mais pas dans l'eau de rouissage ni dans la mer de Sedom. Il y a une difficulté : la Grande Mer contre la Grande Mer !
Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas de difficulté. Celle-ci est de Rabbi Meir, celle-là de Rabbi Yehouda.
Car nous avons appris : toutes les mers sont comme un mikve, car il est dit : 'et l'amas (mikve) des eaux, Il l'appela mers (yamim)' ; ce sont les paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : la Grande Mer est comme un mikve ; et on a dit 'mers' seulement parce qu'il y a en elle de nombreuses espèces de mers.
Mikve et maayan (source) : un mikve purifie seulement si ses eaux sont stagnantes (achboren) ; une source purifie même quand elle coule (zohalin) et compte comme mayim 'hayim (eaux vives), requises pour le zav, le metsora et les mei hatat.
Pour Rabbi Meir, toutes les mers ont le statut de mikve : la Grande Mer n'a rien de particulier, on peut s'y baigner. Pour Rabbi Yehouda, seule la Grande Mer est le mikve du verset : elle a un statut à part, et la baraita qui interdit d'y baigner suit son avis. Tossefot relève que le lien entre les deux sujets (pureté et refoua) reste à expliquer.
Rabbi Yossi dit : toutes les mers purifient [même] en coulant (zohalin), et elles sont invalides pour les zavim, pour les metsoraim et pour y sanctifier les mei hatat. Rav Nahman bar Yitshak objecte :
Rabbi Yossi donne aux mers un statut intermédiaire : comme une source, elles purifient même quand leurs eaux sont en mouvement ; comme un mikve, elles ne sont pas des eaux vives et ne conviennent pas aux purifications qui en exigent. L'objection de Rav Nahman bar Yitshak suit au 109b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).