Shabbat 10a — Se préparer pour la prière, l'heure du tribunal et du repas, prier au bain public

Shabbat 10a

Sougya : Le daf poursuit la discussion de la Michna (9b) sur les activités qu'on ne commence pas à l'approche de Minha. La Guemara explique pourquoi on interrompt un repas pour Arvit et non pour Minha, puis Rav Chechet conteste l'obligation de remettre sa ceinture ; la réponse s'appuie sur le verset Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël.

Suivent les usages de plusieurs Amoraim pour la tenue pendant la prière, et deux récits sur l'équilibre entre prière et étude. La Guemara définit ensuite le début d'un procès (Rabbi Yirmeya et Rabbi Yona), la valeur du juge qui juge avec vérité, l'heure à laquelle le tribunal lève la séance, et une baraita sur les heures de repas selon les catégories de personnes.

Le daf se termine sur la déclaration de Rav Ada bar Ahava, selon qui on peut prier dans un bain public : une baraita sur les trois salles du bain l'objecte, et la Guemara restreint sa parole à un bain vide, puis à un bain neuf.

Les trois salles du bain public (baraita, segments 8-10) Salle Salut (chalom) Lecture / prière Tefillin déjà portés Mettre les tefillin Extérieure tous habillés permis permis on les garde permis Intermédiaire nus et habillés permis interdit on ne les retire pas interdit Intérieure tous nus (le bain lui-même) interdit interdit (à fortiori) on les retire interdit (à fortiori) Question : Rav Ada bar Ahava permet de prier au bain. De quelle salle parle-t-il ?
Le statut de chaque salle du bain public selon la baraita. La salle intérieure, où l'on se lave, est le bain proprement dit : la prière y est interdite, ce qui semble contredire Rav Ada bar Ahava.
Heures du premier repas (heures du jour, à partir du matin) Baraita telle que citée Version corrigée (à cause de Rav Papa) 1re heureLoudim (voraces) 2e heurebrigands 3e heurehéritiers 4e heureouvriers 5e heuretout homme 1re heureLoudim 2e heurebrigands 3e heurehéritiers 4e heuretout homme 5e heureouvriers 6e heuretalmidei hakhamim Au-delà de la 6e heure : comme jeter une pierre dans une outre (sans profit pour le corps). Abaye : cela vaut seulement pour qui n'a rien goûté le matin. Le tribunal siège jusqu'à ce repas (Rav Chechet).
La baraita des heures de repas, avant et après la correction imposée par Rav Papa (4e heure = repas de tout homme). Les juges, talmidei hakhamim, mangent à la 6e heure.
Rav Ada bar Ahava : on peut prier au bain. De quel bain parle-t-il ? 1. Le bain ordinaire ? Objection : la baraita interdit la prière là où l'on est nu. rejeté 2. Un bain sans personne ? Objection : R. Yossi bar Hanina, le bain est interdit même vide, comme les toilettes sans excrément. rejeté 3. Un bain neuf personne ne s'y est jamais lavé, il est seulement destiné au bain. retenu, puis questionné Objection de Ravina : la question de la hazmana (désignation) Un lieu destiné à servir de toilettes, sans avoir encore servi : la désignation suffit-elle à l'interdire ? Question non tranchée. Le bain neuf ne pose-t-il pas le même problème ? Réponse : Non, peut-être... (suite en 10b)
Les trois lectures successives de la parole de Rav Ada bar Ahava, et l'objection tirée de la question de Ravina sur la désignation d'un lieu.
1
הָתָם לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת, הָכָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת. אִי נָמֵי, בְּמִנְחָה — כֵּיוָן דִּקְבִיעָא לַהּ זִימְנָא מִירְתַת וְלָא אָתֵי לְמִפְשַׁע. עַרְבִית — כֵּיוָן דְּכֻולֵּהּ לֵילְיָא זְמַן עַרְבִית, לָא מִירְתַת וְאָתֵי לְמִפְשַׁע. מַתְקִיף לַהּ רַב שֵׁשֶׁת: טְרִיחוּתָא לְמֵיסַר הֶמְיָינֵיהּ?! וְעוֹד, לֵיקוּ הָכִי וְלִיצַלֵּי! — מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל״.

Là-bas (Minha), l'ivresse n'est pas fréquente ; ici (Arvit), l'ivresse est fréquente. Ou bien : à Minha, puisque son temps est fixé, il craint et ne vient pas à négliger ; à Arvit, puisque toute la nuit est le temps d'Arvit, il ne craint pas et vient à négliger.

Rav Chechet objecte : est-ce une peine de nouer sa ceinture ? Et de plus, qu'il se tienne ainsi et qu'il prie ! — Parce qu'il est dit : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël (Amos 4, 12).

📜 Rachi (2)
לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת אֵין דֶּרֶךְ לְהִשְׂתַּכֵּר מבע"י לְפִיכָךְ גּוֹמֵר וְיִתְפַּלֵּל אֲבָל בַּלַּיְלָה עָשׂוּי לְהִשְׂתַּכֵּר בִּסְעֻודָּתָן:
L'ivresse n'est pas fréquente — on n'a pas l'habitude de s'enivrer tant qu'il fait jour ; c'est pourquoi il termine et priera. Mais la nuit, on a coutume de s'enivrer au cours de leur repas.
הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ הִתְנָאֵה לְפָנָיו:
Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu — pare-toi devant Lui.
🗂️ Tossefot (2)
הָתָם לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת וא"ת דִּבְרֵישׁ פֶּ' בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כו: וְשָׁם) אָמְרִינַן שַׁחֲרִית וּמוּסָף דְּכָל יוֹמָא לָא שְׁכִיחַ שִׁכְרוּת לָא גָּזְרִינַן מִנְחָה וּנְעִילָה דִּשְׁכִיחַ שִׁכְרוּת חָיְישִׁינַן אַלְמָא גַּם בְּמִנְחָה שְׁכִיחַ שִׁכְרוּת וְי"ל דְּהָתָם לְעִנְיַן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם שָׁאנֵי דַּאֲפִילּוּ לֹא שָׁתָה אֶלָּא רְבִיעִית אָסוּר לִישָּׂא אֶת כַּפָּיו:
Là-bas, l'ivresse n'est pas fréquente — Et si tu objectes : au début du dernier chapitre de Taanit (26b), nous disons : à Chaharit et Moussaf de chaque jour, l'ivresse n'est pas fréquente, nous ne décrétons pas ; à Minha et Neila, où l'ivresse est fréquente, nous craignons. Il en ressort que l'ivresse est fréquente aussi à Minha. On peut répondre que là-bas il s'agit de la bénédiction des Cohanim (nessiat kapayim), qui a un statut particulier : même s'il n'a bu qu'un reviit, il lui est interdit de lever les mains.
טְרִיחוּתָא לְמֵיסַר הֶמְיָינֵיהּ וְעוֹד לֵיקוּ הָכִי וְלִיצַלֵּי וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל וְלָא חָייֵשׁ לְשַׁנּוֹיֵי קֻושְׁיָא קַמַּייְתָא מִכָּאן שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱזֹור חֲלָצָיו כְּשֶׁמִּתְפַּלֵּל וּבְמַחֲזוֹר וִיטְרִי מְפָרֵשׁ דְּטַעַם דְּבָעֵינַן אֵזוֹר שֶׁלֹּא יְהֵא לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה וְדַוְקָא לָהֶן שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם מִכְנָסַיִם לְכָךְ הָיוּ צְרִיכִים לֶאֱזֹור בִּשְׁעַת תְּפִלָּה אֲבָל לְדִידַן שֶׁיֵּשׁ לָנוּ אַבְנֵט שֶׁל מִכְנָסַיִם אֵין אָנוּ צְרִיכִין לֶאֱזֹור:
Est-ce une peine de nouer sa ceinture ? Et de plus, qu'il se tienne ainsi et prie ; et la Guemara répond : parce qu'il est dit, Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël — La Guemara ne se soucie pas de répondre à la première objection. On apprend d'ici qu'il faut se ceindre les reins quand on prie. Le Mahzor Vitry explique que la raison pour laquelle on exige une ceinture est que le cœur ne voie pas la nudité. Cela ne valait que pour eux, qui n'avaient pas de pantalons : c'est pourquoi ils devaient se ceindre au moment de la prière. Mais nous, qui avons la ceinture du pantalon, nous n'avons pas besoin de nous ceindre.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר זְעֵירִי הָנֵי חַבְרִין בַּבְלָאֵי לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת מִכִּי שְׁרָא הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ. מִכָּאן נִרְאֶה שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱזֹור חֲלָצָיו כְּשֶׁמִּתְפַּלֵּל וּבְמַחֲזוֹר וִיטְרִי כָּתוּב שא"צ דְּהָא שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱזֹור חֲלָצָיו הַייְנוּ מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יְהֵא לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה וַאֲנַן אִית לָן אַבְנֵט וּמִכְנָסַיִם וְלָהֶם לֹא הָיָה מִכְנָסַיִם כִּי אִם כִּיס א' לְמִדַּת הָאֵבֶר וּמִיהוּ מִצְוָה לֶאֱזֹור מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. וְלָמֶ"ד חוֹבָה מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְהָא תְּפִלַּת הַמִּנְחָה חוֹבָה הִיא וּתְנַן אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ הָתָם לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת הָכָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת. אִי נָמֵי בְּמִנְחָה כֵּיוָן דִּקְבִיעַ לֵיהּ זִימְנָא מִירְתַת וְלָא אָתֵי לְמִיפְשַׁע עַרְבִית כֵּיוָן דְּכֻולֵּי לֵילְיָא זְמַן תְּפִלָּה לָא מִירְתַת וְאָתֵי לְמִיפְשַׁע וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִנְהַג חוֹבָה ואע"פ דִּשְׁרָא לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ מַטְרְחִינַן לֵיהּ. רַבָּה בַּר רַב הוּנָא רָמֵי פֻּוזְמָקֵי וּמְצַלֵּי אָמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. רָבָא שָׁדֵי גְּלִימֵיהּ וּפָכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר כְּעַבְדָּא קַמֵּי מָרֵיהּ. אָמַר רַב אָשֵׁי חֲזֵינָא לְרַב כָּהֲנָא כִּי אִיכָּא רִיתְחָא בְּעָלְמָא פָּכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר כְּעַבְדָּא קַמֵּי מָרֵיהּ. וְכִי אִיכָּא שְׁלָמָא מְצַיֵּין נַפְשֵׁיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. רָבָא חַזְיֵיהּ לְרַב הַמְנוּנָא דַּהֲוָה קָא מַאֲרִיךְ בְּצִלּוּתֵיהּ אָמַר מַנִּיחִין חַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי עוֹלָם הַזֶּה. וְאִיהוּ סָבַר זְמַן תְּפִלָּה לְחוּד זְמַן תּוֹרָה לְחוּד. רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּר' זֵירָא וַהֲוָה גָּרֵיס מְטָא זְמַן צַלּוֹיֵי וְקָמְסַרְהָב קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי זֵירָא מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹועַ תּוֹרָה גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה וְדַוְקָא מִי שֶׁתּוֹרָתוֹ אֻומָּנוּתוֹ כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן סִימָן כו:
Zeiri a dit : ces compagnons babyloniens, selon l'avis qui tient que la prière d'Arvit est facultative (rechout), une fois qu'il a défait sa ceinture, nous ne le dérangeons pas. On voit d'ici qu'il faut se ceindre les reins pour prier. Dans le Mahzor Vitry il est écrit que ce n'est pas nécessaire : l'obligation de se ceindre les reins avait pour raison que le cœur ne voie pas la nudité ; or nous avons ceinture et pantalons, alors qu'eux n'avaient pas de pantalons, seulement une poche à la mesure du membre. Toutefois, c'est une mitsva de se ceindre, parce qu'il est dit : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël. Et selon l'avis qui la tient pour obligatoire (hova), nous le dérangeons. Mais la prière de Minha est obligatoire, et nous avons appris : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas, et Rabbi Hanina a dit : [le repas commencé] dès qu'il défait sa ceinture ! Là-bas l'ivresse n'est pas fréquente, ici l'ivresse est fréquente. Ou bien : à Minha, puisque son temps est fixé, il craint et ne vient pas à négliger ; à Arvit, puisque toute la nuit est le temps de la prière, il ne craint pas et vient à négliger. Aujourd'hui, tout le monde à adopté la prière d'Arvit comme une obligation ; même s'il a défait sa ceinture, nous le dérangeons. Rabba bar Rav Houna mettait des chaussettes et priait ; il disait : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël. Rava ôtait son manteau, joignait les mains et priait ; il disait : comme un esclave devant son maître. Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana, quand il y avait de la colère (divine) dans le monde, joindre les mains et prier ; il disait : comme un esclave devant son maître. Et quand il y avait la paix, il se paraît et priait ; il disait : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël. Rava vit Rav Hamnouna qui prolongeait sa prière ; il dit : on laisse la vie du monde à venir et on s'occupe de la vie de ce monde. Et lui (Rav Hamnouna) pensait : le temps de la prière est à part, le temps de la Torah est à part. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zeira et étudiait ; le temps de prier arriva et il se hâtait. Rabbi Zeira lui appliqua : Celui qui détourne son oreille pour ne pas entendre la Torah, sa prière aussi est une abomination. Et cela vaut seulement pour celui dont la Torah est le métier (torato omanouto), comme nous le dirons plus loin, siman 26.
💡 Explication

Le début du daf répond à une difficulté de 9b. Zeiri a dit : pour Arvit, si on la tient pour hova (obligatoire), on dérange celui qui a déjà défait sa ceinture pour manger. Or pour Minha, qui est obligatoire, la Michna enseigne que si l'on a commencé à manger on n'interrompt pas. La Guemara donne deux raisons de distinguer : le risque d'ivresse, plus grand au repas du soir, et le risque de négligence, plus grand quand le temps de la prière s'étend sur toute la nuit.

Rav Chechet conteste l'expression même de Zeiri : pourquoi parler de déranger celui qui a défait sa ceinture ? La renouer ne coûte rien, et il pourrait prier sans elle. La réponse, tirée d'Amos, établit qu'on doit se préparer et se présenter convenablement devant D.ieu pour la prière. Tossefot note que la première objection reste sans réponse explicite.

🖼️ Schéma
Repas commencé : faut-il l'interrompre pour prier ? Minha on n'interrompt pas Raison 1 : le jour, l'ivresse est rare ; il finira son repas et priera. Raison 2 : le temps de Minha est fixé et court, il craint de le manquer et ne négligera pas. Arvit (pour qui la tient pour obligatoire) on le dérange, même ceinture défaite Raison 1 : le soir, l'ivresse est fréquente au cours du repas. Raison 2 : toute la nuit convient pour Arvit, il ne craint rien et finira par négliger. Remettre la ceinture : Prépare-toi à la rencontre...
Les deux explications de la différence entre Minha et Arvit.
2
רָבָא בַּר רַב הוּנָא רָמֵי פֻּוזְמָקֵי וּמְצַלֵּי, אָמַר: ״הִכּוֹן לִקְרַאת״ וְגוֹ׳. רָבָא שָׁדֵי גְּלִימֵיהּ וּפָכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי. אָמַר: ״כְּעַבְדָּא קַמֵּיהּ מָרֵיהּ״. אָמַר רַב אַשִּׁי: חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא כִּי אִיכָּא צַעֲרָא בְּעָלְמָא, שָׁדֵי גְּלִימֵיהּ וּפָכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי. אָמַר: ״כְּעַבְדָּא קַמֵּי מָרֵיהּ״. כִּי אִיכָּא שְׁלָמָא לָבֵישׁ וּמִתְכַּסֵּי וּמִתְעַטֵּף וּמְצַלֵּי. אָמַר: ״הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל״.

Rabba bar Rav Houna mettait des chaussettes (de prix) et priait. Il disait : Prépare-toi à la rencontre, etc.

Rava ôtait son manteau, joignait les mains et priait. Il disait : comme un esclave devant son maître.

Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana, quand il y a de la souffrance dans le monde, ôter son manteau, joindre les mains et prier. Il disait : comme un esclave devant son maître.

Quand il y a la paix, il se vêtait, se couvrait, s'enveloppait et priait. Il disait : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël.

📜 Rachi (3)
רָמֵי פֻּוזְמָקֵי נוֹתֵן אַנְפִּילָאוֹת חֲשׁוּבִים בְּרַגְלָיו וּבְלַעַ"ז קאלצו"ס:
Il mettait des chaussettes — il mettait à ses pieds des chaussons de prix ; en langue vernaculaire, calces.
שָׁדֵי גְּלִימָא מַשְׁלִיךְ אַדַּרְתּוֹ מֵעָלָיו שֶׁלֹּא יֵרָאֶה כְּחָשׁוּב:
Il ôtait son manteau — il rejetait son manteau pour ne pas paraître important.
וּפָכַר יָדֶיהָ חוֹבֵק יָדָיו בְּאֶצְבְּעוֹתָיו מרצי"ר בְּלַעַ"ז כְּאָדָם הַמִּצְטַעֵר מֵאֵימַת רַבּוֹ:
Et il joignait les mains — il serrait ses mains l'une dans l'autre par les doigts, en langue vernaculaire (serrer), comme un homme qui souffre de la crainte de son maître.
🗂️ Tossefot (1)
רָמֵי פֻּוזְמָקֵי מִכָּאן יֵשׁ לְהוֹכִיחַ שֶׁאֵין לְהִתְפַּלֵּל יָחֵף אֶלָּא בְּט' בְּאָב ויו"כ:
Il mettait des chaussettes — on peut prouver d'ici qu'on ne prie pas pieds nus, sauf le 9 Av et à Yom Kippour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב אַשִּׁי: חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא, כִּי אִיכָּא צַעֲרָא בְּעָלְמָא, שָׁדֵי גְּלִימֵיהּ וּפָכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְעֵת צָרָה מַרְאֶה עַצְמוֹ כְּעֶבֶד, מִפְּנֵי דֶּרֶךְ הָעֶבֶד כְּשֶׁיָּבֹא לְבַקֵּשׁ דָּבָר מִן הַמֶּלֶךְ יְדַבֵּר בַּקָּשָׁתוֹ בִּדְבָרִים מְצֻומְצָמִים וְיֵצֵא תֵּיכֶף, וְכֵן הָעִנְיָן בְּעֵת צָרָה אֵין לְהַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּה , וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל הַיָּם הָיָה עוֹמֵד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וּמַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּה, אָמַר לוֹ הקב"ה יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִין בְּצָרָה וְאַתָּה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּה?! וְלָכֵן בְּצָרַת מִרְיָם הִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה, [בַּמִּדְבָּר יב, יג] אַל נָא, רְפָא נָא לָהּ, אֲבָל בְּעֵת שָׁלוֹם מַרְאֶה עַצְמוֹ כָּשֵׁר שֶׁדַּרְכּוֹ כְּשֶׁיָּבֹא לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ לְבַקֵּשׁ דָּבָר מַאֲרִיךְ וְאֵינוֹ מְדַבֵּר כְּמוֹ הָעֶבֶד. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד בְּעֵת צָרָה חוֹשֵׁשׁ מֵהַמְקַטְרְגִים שֶׁרוֹאִין מִתְכַּבֵּד בִּלְבוּשָׁיו וְעוֹמֵד בַּתְּפִלָּה, יֹאמְרוּ זֶה מַרְאֶה עַצְמוֹ מֵהַחֲשׁוּבִים וְנִרְאֶה מַה מַעֲשָׂיו, לָכֵן בְּעֵת צָרָה כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ לָהֶם תִּגְבֹּורֶת חוֹשֵׁשׁ מִקִּטְרוּגָם וְקִנְאָתָם, מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּעֵת שָׁלוֹם הֵם יִהְיוּ מֻוכְנָעִים מֵאֲלֵיהֶם וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ כָּל כָּךְ מֵהֶם. וּמַה שֶׁאָמַר עַל זֶה הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל , נִרְאֶה לִי בס"ד 'הִכּוֹן' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון 'כַּוָּנָה' רֶמֶז קִישּׁוּט הַפְּנִימִיּוּת שֶׁל הָאָדָם הוּא כַּוָּנָה, וּקְשֹׁוט חֲצִינִיּוּתוֹ הוּא בְּמַלְבּוּשִׁים חֲשׁוּבִים, דִּכְמוֹ שֶׁצָּרִיךְ לִיזָּהֵר בִּקְשׁוֹט זֶה לָכֵן הִכּוֹן הוּא כַּוָּנָה, שֶׁעַל יְדֵי זֶה מִתְעוֹרֵר בָּזֶה. וְהָא דְּרַב הוּנָא רָמֵי פֻּוזְמָקֵי נִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁמִּתְפַּלֵּל בְּהַרְכָּנַת הָרֹאשׁ וְרוֹצֶה שֶׁצֶּלֶם פָּנָיו לֹא יִרְאֶה כַּפּוֹת רַגְלָיו. אִי נָמֵי כְּדֵי לְהִדָּמוֹת לְמַלְאָכִים שֶׁאֵין לָהֶם חִילּוּק אֶצְבָּעוֹת.
Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana, quand il y a de la souffrance dans le monde, ôter son manteau, joindre les mains et prier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en temps de détresse il se présente comme un esclave, car l'usage de l'esclave, quand il vient demander quelque chose au roi, est de formuler sa demande en peu de mots et de sortir aussitôt. De même en temps de détresse on ne prolonge pas la prière, comme l'ont dit nos Maîtres : près de la mer, Moche Rabbenou se tenait et prolongeait sa prière ; le Saint béni soit-Il lui dit : Israël est dans la détresse et toi tu prolonges ta prière ?! C'est pourquoi, pour la détresse de Myriam, il fit une prière courte (Nombres 12, 13) : de grâce, guéris-la je t'en prie. Mais en temps de paix il se présente comme un ministre, dont l'usage, quand il vient devant le roi demander quelque chose, est de s'étendre, et il ne parle pas comme l'esclave. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en temps de détresse il craint les accusateurs (mekatreguim) qui le voient se parer de ses vêtements et se tenir en prière ; ils diraient : celui-ci se présente comme un homme important, voyons quelles sont ses actions. C'est pourquoi en temps de détresse, comme ils ont de la force, il craint leur accusation et leur jalousie, alors qu'en temps de paix ils sont soumis d'eux-mêmes et il ne les craint pas autant. Et sur ce qu'il dit à ce propos, Prépare-toi (hikon) à la rencontre de ton D.ieu, Israël, il me semble, avec l'aide du Ciel, que hikon, par permutation des lettres, donne kavana (intention) : l'allusion est que la parure de l'intérieur de l'homme est la kavana, et la parure de son extérieur, ce sont des vêtements de prix. De même qu'il faut veiller à cette parure-ci, hikon est donc kavana, car par elle on s'éveille à celle-là. Quant à Rav Houna qui mettait des chaussettes, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'il priait la tête inclinée et voulait que l'image de son visage ne voie pas la plante de ses pieds. Ou bien, pour ressembler aux anges, qui n'ont pas de séparation entre les doigts.
💡 Explication

Après le verset d'Amos, la Guemara rapporte deux conduites opposées. Pour les uns, se tenir devant D.ieu demande de se parer : Rabba bar Rav Houna met des chaussettes de prix. Pour Rava, il faut au contraire se tenir avec soumission, comme un esclave devant son maître : il ôte son manteau et joint les mains.

Rav Kahana concilie les deux : en temps de tsaar (souffrance collective), il prend l'attitude de l'esclave ; en temps de chalom, il se pare. Tossefot en déduit qu'on ne prie pas pieds nus, sauf les jours de deuil et de jeûne où le port des chaussures est interdit.

🖼️ Schéma
Deux attitudes pour se tenir devant D.ieu dans la prière Se parer Verset : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu. Rabba bar Rav Houna : chaussettes de prix. Rav Kahana en temps de paix : se vêt, se couvre et s'enveloppe. S'effacer Image : comme un esclave devant son maître. Rava : ôte son manteau, joint les mains. Rav Kahana en temps de détresse : même conduite que Rava.
Rav Kahana adopte l'une ou l'autre attitude selon l'état du monde.
3
רָבָא חַזְייֵהּ לְרַב הַמְנוּנָא דְּקָא מַאֲרֵיךְ בִּצְלוֹתֵיהּ. אָמַר: מַנִּיחִין חַיֵּי עוֹלָם, וְעוֹסְקִים בְּחַיֵּי שָׁעָה. וְהוּא סָבַר זְמַן תְּפִלָּה לְחוּד וּזְמַן תּוֹרָה לְחוּד. רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּרַבִּי זֵירָא וַהֲווֹ עָסְקִי בִּשְׁמַעְתָּא. נְגַהּ לְצַלּוֹיֵי וַהֲוָה קָא מְסַרְהֵב רַבִּי יִרְמְיָה. קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי זֵירָא: ״מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹועַ תּוֹרָה גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה״.

Rava vit Rav Hamnouna qui prolongeait sa prière. Il dit : on laisse la vie éternelle et on s'occupe de la vie passagère.

Et lui (Rav Hamnouna) pensait : le temps de la prière est à part et le temps de la Torah est à part. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zeira et ils étaient occupés à une halakha.

Il se fit tard pour prier, et Rabbi Yirmeya se hâtait. Rabbi Zeira lui appliqua : Celui qui détourne son oreille pour ne pas entendre la Torah, sa prière aussi est une abomination (Proverbes 28, 9).

📜 Rachi (3)
חַיֵּי עוֹלָם תּוֹרָה תְּפִלָּה צֹורֶךְ חַיֵּי שָׁעָה הִיא לִרְפוּאָה לְשָׁלוֹם וְלִמְזוֹנוֹת:
La vie éternelle — c'est la Torah. La prière concerne les besoins de la vie passagère : guérison, paix et subsistance.
נֹגַהּ אִיחֵר:
Il se fit tard (nega) — il s'était fait tard.
מְסַרְהֵב מְמַהֵר לַעֲמֹוד:
Il se hâtait (mesarhev) — il se pressait de se lever.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי זֵירָא: (מִשְׁלֵי כח, ט) "מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹעַ תּוֹרָה, גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ נָמֵי וְעוֹד מַנִּיחִין חַיֵּי הָעוֹלָם וְעוֹסְקִים בְּחַיֵּי שָׁעָה? כִּי בִּשְׁלָמָא רָבָא לָא אָמַר הַאי קְרָא עַל רַב הַמְנוּנָא מְסָנִי, כִּי רַב הַמְנוּנָא לֹא פָּסַק לְפָנָיו מִדִּבְרֵי תּוֹרָה וְקָם לְהִתְפַּלֵּל, אֶלָּא כְּבָר עָמַד לְהִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה בִּזְמַנָּהּ וְרַק חַזְיֵהּ דַּהֲוָה מַאֲרִיךְ בִּתְפִלָּתוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ צֹורֶךְ חַיֵּי שָׁעָה 'לִרְפוּאָה לְשָׁלוֹם לִמְזוֹנוֹת' וּלְפִי זֶה רֻובָּהּ דִּתְפִלַּת י"ח הָא חַיֵּי עוֹלָם, כִּי שְׁלֹשָׁה רִאשׁוֹנוֹת הֵם שִׁבְחוֹ שֶׁל מָקוֹם, וְאַתָּה חוֹנֵן וַהֲשִׁיבֵנוּ וּסְלַח לָנוּ אֵינָם חַיֵּי שָׁעָה אֶלָּא נֶחְשָׁבִים חַיֵּי עוֹלָם, וְכֵיוָן שֶׁהוּא רוֹצֶה לְהִתְפַּלֵּל תְּחִלָּה בִּבְרָכוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם חַיֵּי עוֹלָם אֵיךְ יֹאמַר מַנִּיחִין חַיֵּי הָעוֹלָם וְעוֹסְקִים בְּחַיֵּי שָׁעָה?! אֲבָל רָבָא אָמַר כֵּן עַל רַב הַמְנוּנָא מִשּׁוּם דְּחַזְיֵהּ דַּהֲוָה מַאֲרִיךְ בְּתַחֲנוּנִים שֶׁאַחַר הָעֲמִידָה, יַעַן כִּי רָאָה שֶׁכָּרַע כְּרִיעָה שְׁלִישִׁית גַּם כֵּן, וְאִם כֵּן שָׁם הָאֲרִיכוּת הִיא בִּשְׁאֵלַת צְרָכָיו שֶׁהֵם חַיֵּי שָׁעָה, וְלָכֵן דִּקְדֵּק הַשַּׁ"ס לוֹמַר דְּקָא מַאֲרִיךְ בְּצִלּוּתֵיהּ וְלֹא אָמַר 'בִּצְלוֹתָא' וְהַיְינוּ 'בְּצִלּוּתֵיהּ' רְצוֹנוֹ לוֹמַר בַּתְּפִלָּה שֶׁמְּחַדֵּשׁ לְעַצְמוֹ וּלְגוּפוֹ וְלֹא בְּעִיקַּר הַתְּפִלָּה שֶׁתִּקְּנוּ אַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה. וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק הָרִי"ף זַ"ל דְּהִקְשָׁה עַל מַה שֶּׁאָמַר גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה מַאי 'גַּם'? שֶׁהֲרֵי אֵין דָּבָר אַחֵר נִתְעָב עִם הַתְּפִלָּה! עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה נִיחָא כִּי בִּתְפִילַּת הָעֲמִידָה אִיכָּא חַיֵּי עוֹלָם בְּאַתָּה חוֹנֵן וַהֲשִׁיבֵנוּ וּסְלַח לָנוּ, וְאִיכָּא חַיֵּי שָׁעָה בִּרְפָאֵינוּ וּבְרֻכֵּינוּ וְכַיּוֹצֵא, וְאִם מֵסִיר אָזְנוֹ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה אָז גַּם תְּפִלָּה שֶׁאֵינוֹ חַיֵּי שָׁעָה הִיא תּוֹעֵבָה שֶׁלֹּא תַּעֲלֶה לְרָצוֹן. מִיהוּ הַדָּבָר יִפָּלֵא כִּי שֵׁם תּוֹעֵבָה עַל עֲבוֹדָה זָרָה וְעַל מִשְׁכַּב זְכוּר, וְאֵיךְ מִשּׁוּם שֶׁפְּסִיק מִדִּבְרֵי תּוֹרָה קוֹרֵא עַל תְּפִלָּתוֹ שֵׁם 'תּוֹעֵבָה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּגְּמָרָא אָמְרוּ דְּדָרַשׁ בַּר קַפָּרָא עַל מִלַּת 'תּוֹעֵבָה' הָאָמוּר בְּמִשְׁכַּב זְכוּר נִטְרְקוּן 'תּוֹעֶה אַתָּה בָּהּ' וְכֵן נָמֵי כָּאן קָרֵי לָהּ תּוֹעֵבָה לְפִי מַשְׁמָעוּת הֲנִטְרְקוּן שֶׁל זֶה, שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר תּוֹעֶה אַתָּה בָּהּ , דְּהַיְינוּ הַתְּפִלָּה זוֹ שֶׁאַתָּה פּוֹסֵק מִדִּבְרֵי תּוֹרָה וּמִתְפַּלֵּל מֻוכְרָח שֶׁיִּהְיֶה לִבְּךָ תּוֹעֶה וְלֹא תּוּכַל לְכַוֵּין בָּהּ הֵיטֵב, מִפְּנֵי שֶׁלִּבְּךָ טָרוּד בִּדְבַר הַהֲלָכָה שֶׁהָיִיתָ צָרִיךְ לוֹמַר. וְלָכֵן חֲסִידִים הָרִאשׁוֹנִים הָיוּ שׁוֹהִים שָׁעָה אַחַת , מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה בַּלַּיְלָה וְחוֹשְׁשִׁין אִם יִתְפַּלְּלוּ תֵּיכֶף תִּתְבַּלְבֵּל כַּוָּנָתָם מֵחֲמַת עֵסֶק הַתּוֹרָה, וְלָכֵן יִשְׁהוּ שָׁעָה עַד שֶׁיָּסוּרוּ הִרְהוּרֵי תּוֹרָה מִלִּבָּם. וְלָכֵן תִּמְצָא בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת (פֶּרֶק ב, הֲלָכָה ד) א"ר חַיָּיא רֻובָּא [אָמַר רַבִּי חַייָּא הַגָּדוֹל] אֲנָא מִיַּמַּיָּיא לָא כֻּונִּיתָ [אֲנִי מִיָּמַי לֹא כִּיווַּנְתִּי בִּתְפִילָּה] , אֶלָּא חַד זְמַן רָצִיתִי לְכַוֵּין [אֶלָּא פַּעַם אַחַת רָצִיתִי לְכַווֵּן] וְהִרְהַרְתִּי בְּלִבִּי [וְהִרְהַרְתִּי בְּלִבִּי וְאָמַרְתִּי] מִי יִכָּנֵס לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ קֹודֶם וְכוּ', וְכֵן אָמַר שְׁמוּאֵל וְכֵן אָמַר רַבִּי בּוֹן יְעֻויַּן שָׁם. וְהַדָּבָר יִפָּלֵא גְּדוֹלֵי חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֵיךְ לֹא יְכַוְּנוּ בִּתְפִלָּה?! וּבָזֶה נִיחָא שֶׁהֵם הָיְתָה תּוֹרָתָם אֻומָּנוּתָם, שֶׁהָיוּ אֲדוּקִים בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יָמִים וְלֵילוֹת וְלָכֵן לִבָּם טָרוּד הַרְבֵּה בְּהִרְהוּרֵי תּוֹרָה גַּם בְּעֵת הַתְּפִלָּה, וְאָמַר פַּעַם אַחַת נִתְגַּבַּרְתִּי לִדְחוֹת מִלִּבִּי הִרְהוּרֵי תּוֹרָה בְּעֵת תְּפִלָּה, וּבָא בְּלִבִּי מַחְשָׁבָה זָרָה שֶׁחָשַׁבְתִּי 'מִי נִכְנָס תְּחִלָּה' וְכֵן שְׁאָר חֲכָמִים, וְלָזֶה אָמַר הַכָּתוּב מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹעַ תּוֹרָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר שֶׁקָּם וּפוֹסֵק בְּאֶמְצַע הַהֲלָכָה אָז גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה , פֵּירוּשׁ תּוֹעֶה בָּהּ כְּמוֹ שֶׁאָמַר בַּר קַפָּרָא שֶׁהוּא תּוֹעֶה בָּהּ בְּבִלְבּוּל הַכַּוָּנָה מֵחֲמַת דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁהָיָה לוֹמֵד בָּהֶם קֹודֶם שֶׁהִתְפַּלֵּל, שֶׁלֹּא גָּמַר לִימּוּדוֹ בָּהֶם וְלֹא נָחָה דַּעְתּוֹ עֲדַיִין.
Rabbi Zeira lui appliqua : Celui qui détourne son oreille pour ne pas entendre la Torah, sa prière aussi est une abomination (Proverbes 28, 9). On peut demander : pourquoi ne lui a-t-il pas dit aussi : on laisse la vie éternelle et on s'occupe de la vie passagère ? Certes, on comprend que Rava n'ait pas dit ce verset à propos de Rav Hamnouna, car Rav Hamnouna n'avait pas interrompu devant lui des paroles de Torah pour se lever prier : il s'était déjà levé pour prier la prière en son temps, et Rava le vit seulement prolonger sa prière. Il me semble, avec l'aide du Ciel : Rachi a expliqué que les besoins de la vie passagère sont la guérison, la paix et la subsistance. Selon cela, la majeure partie de la prière des Dix-huit bénédictions relève de la vie éternelle : les trois premières sont la louange du Lieu (D.ieu), et Ata honen, Hachivenou et Selah lanou ne sont pas vie passagère mais sont comptées comme vie éternelle. Puisqu'il veut prier d'abord ces bénédictions qui sont vie éternelle, comment dire : on laisse la vie éternelle et on s'occupe de la vie passagère ?! Mais Rava a dit cela de Rav Hamnouna parce qu'il l'a vu prolonger les supplications qui suivent la Amida, ayant vu qu'il avait déjà fait aussi la troisième inclinaison. Là, la longueur porte sur la demande de ses besoins, qui sont vie passagère. C'est pourquoi le Chass a précisé qu'il prolongeait be-tsaloteih (sa prière) et n'a pas dit be-tsalota (la prière) : be-tsaloteih veut dire dans la prière qu'il compose pour lui-même et pour son corps, et non dans le corps de la prière instituée par les hommes de la Grande Assemblée. Par là se résout, avec l'aide du Ciel, la remarque du Rif, qui a demandé à propos de sa prière aussi est une abomination : que signifie aussi ? Aucune autre chose n'est abominable avec la prière ! Voir là-bas. Selon ce qui précède, cela s'explique : dans la Amida il y a de la vie éternelle, dans Ata honen, Hachivenou et Selah lanou, et de la vie passagère, dans Refaenou, Barekhenou et autres semblables. Si l'on détourne son oreille des paroles de Torah, alors même la partie de la prière qui n'est pas vie passagère est une abomination, car elle ne sera pas agréée. Toutefois la chose est étonnante, car le mot abomination (toeva) s'emploie pour l'idolâtrie et pour les relations interdites entre hommes : comment, parce qu'il a interrompu les paroles de Torah, appelle-t-on sa prière toeva ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la Guemara Bar Kappara a expliqué le mot toeva dit à propos des relations interdites comme un notarikon (acrostiche) : toé ata ba, tu t'égares en elle. Ici aussi on l'appelle toeva selon le sens de ce notarikon : tu t'égares en elle. Cette prière, pour laquelle tu interromps les paroles de Torah, ton cœur y sera forcément égaré et tu ne pourras pas y mettre ta kavana, car ton cœur est occupé par la halakha que tu devais dire. C'est pourquoi les premiers hassidim attendaient une heure : ils étudiaient la Torah la nuit et craignaient que, s'ils priaient aussitôt, leur kavana soit troublée par l'étude ; ils attendaient donc une heure jusqu'à ce que les réflexions de Torah quittent leur cœur. C'est pourquoi tu trouves dans le Yerouchalmi, Berakhot (2, 4) : Rabbi Hiya le Grand a dit : de ma vie je n'ai eu de kavana dans la prière, sauf une fois où j'ai voulu me concentrer, et j'ai réfléchi dans mon cœur : qui entrera le premier devant le roi, etc. Ainsi dit Chmouel, ainsi dit Rabbi Boun, voir là-bas. La chose est étonnante : comment les plus grands Sages d'Israël n'auraient-ils pas de kavana dans la prière ?! Selon ce qui précède, cela s'explique : leur Torah était leur métier, ils étaient attachés à l'étude jour et nuit, et leur cœur était donc très occupé par des réflexions de Torah même pendant la prière. Il dit : une fois je me suis efforcé de chasser de mon cœur les réflexions de Torah pendant la prière, et il m'est venu une pensée étrangère, j'ai pensé : qui entre le premier. Et de même les autres Sages. C'est ce que dit le verset : Celui qui détourne son oreille pour ne pas entendre la Torah, c'est-à-dire qui se lève et interrompt au milieu de la halakha, alors sa prière aussi est toeva, c'est-à-dire toé ba, il s'y égare, comme l'a dit Bar Kappara : il s'égare en elle par le trouble de sa kavana causé par les paroles de Torah qu'il étudiait avant de prier, sans les avoir achevées, et son esprit n'est pas encore apaisé.
💡 Explication

Deux récits sur le rapport entre tefila et Torah. Rava reproche à Rav Hamnouna de prolonger sa prière : selon Rachi, la Torah est hayei olam (vie éternelle) et la prière porte sur les besoins de hayei chaa (la vie passagère). Rav Hamnouna tenait que chacune a son temps propre, et que le temps de la prière ne se prend pas sur celui de l'étude.

Dans le second récit, Rabbi Yirmeya presse la fin de l'étude pour aller prier. Rabbi Zeira lui applique le verset des Proverbes : celui qui se détourne de la Torah, sa prière n'est pas agréée. Le Roch précise que cela concerne celui dont la Torah est le métier.

4
מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת דִּין? — רַבִּי יִרְמְיָה וְרַבִּי יוֹנָה. חַד אָמַר מִשֶּׁיִּתְעַטְּפוּ הַדַּייָּנִין. וְחַד אָמַר מִשֶּׁיִּפְתְּחוּ בַּעֲלֵי דִינִים. וְלָא פְּלִיגִי, הָא, דְּעָסְקִי וְאָתוּ בְּדִינָא. הָא, דְּלָא עָסְקִי וְאָתוּ בְּדִינָא.

À partir de quand le procès est-il commencé ? — Rabbi Yirmeya et Rabbi Yona. L'un dit : dès que les juges s'enveloppent.

L'autre dit : dès que les plaideurs commencent. Et ils ne sont pas en désaccord : ceci, quand ils étaient déjà occupés à juger et arrivent à ce procès ; cela, quand ils n'étaient pas occupés à juger et arrivent au procès.

📜 Rachi (2)
דַּייָּנִין מִתְעַטְּפִין בְּטַלִּיתָן כְּשֶׁפּוֹתְחִין בַּדִּין מֵאֵימַת שְׁכִינָה וְשֶׁלֹּא יִפְנוּ רֹאשָׁן לְכָאן וּלְכָאן וּתְהֵא דַּעְתָן מְיֻושֶּׁבֶת עֲלֵיהֶם:
Les juges s'enveloppent de leur talit — quand ils ouvrent le procès, par crainte de la Chekhina, et pour qu'ils ne tournent pas la tête ici et là et que leur esprit soit posé.
עֲסִיקִי וְאָתוּ בְּדִין אַחֵר וּכְבָר מְעֻוטָּפִים הֵן וּכְשֶׁנִּגְמַר אוֹתוֹ דִּין בָּא לִפְנֵיהֶם דִּין אַחֵר סָמוּךְ לַמִּנְחָה הָוְיָא הַתְחָלָתָן מִשֶּׁיִּפְתְּחוּ בַּעֲלֵי הַדִּין בִּטְעָנוֹת דְּהָכָא לֵיכָּא לְמֵימַר מִשֶּׁיִּתְעַטְּפוּ:
Ils étaient occupés et arrivent — à un autre procès, et ils sont déjà enveloppés. Quand ce procès s'achève et qu'un autre procès vient devant eux près de Minha, son commencement est le moment où les plaideurs ouvrent leurs arguments, car ici on ne peut pas dire : dès qu'ils s'enveloppent.
⚖️ Rosh (1)
מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת דִּין. רַבִּי יוֹנָה וְר' יִרְמְיָה חַד אָמַר מִשֶּׁיִּתְעַטְּפוּ הַדַּייָּנִין וְחַד אָמַר מִשֶּׁיִּפְתְּחוּ בַּעֲלֵי דִּינִין וְלָא פְּלִיגִי הָא דְּעָסְקִי וְאָתוּ בְּדִינָא וְהָא דְּלָא עָסְקִי וְאָתוּ בְּדִינָא ר' אַמִּי וְר' אַסִּי הֲווֹ יָתְבִי וְגָרְסִי בֵּינֵי עַמּוּדֵי כָּל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא הֲווֹ טָפְחִי אַעֵיבְרָא דְּדַשָּׁא וְאָמְרִי מַאן דְּאִית לֵיהּ דִּינָא לֵיעוּל וְלֵיתֵי. רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא הֲווֹ יָתְבִי כֻּולֵּי יוֹמָא בְּדִינָא וַהֲוָה חָלֵישׁ לִיבַּייְהוּ תְּנָא לְהוּ רַב חִיָּיא מִדִּיפְתִּי וַיַּעֲמֹוד הָעָם עַל מֹשֶׁה מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁמּשֶׁה רַבֵּינוּ יוֹשֵׁב וְדָן כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ תּוֹרָתוֹ אֵימָתַי נַעֲשֵׂית אֶלָּא לוֹמַר לָךְ כָּל דַּיָּין שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִיתּוֹ אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה שֻׁותָּף לְהַקָּבָּ"ה בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית כְּתִיב הָכָא מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב וּכְתִיב הָתָם וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹוקֶר יוֹם אֶחָד. עַד מָתַי יוֹשְׁבִין בַּדִּין אָמַר רַב יוֹסֵף עַד זְמַן סְעוּדָה וְהִיא שָׁעָה שִׁשִּׁית שֶׁהִיא מַאֲכַל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים:
À partir de quand le procès est-il commencé ? Rabbi Yona et Rabbi Yirmeya : l'un dit, dès que les juges s'enveloppent ; l'autre dit, dès que les plaideurs commencent. Et ils ne sont pas en désaccord : ceci quand ils étaient occupés à juger et arrivent, cela quand ils n'étaient pas occupés à juger et arrivent. Rabbi Ami et Rabbi Assi étaient assis et étudiaient entre les colonnes ; à chaque heure ils frappaient sur le verrou de la porte et disaient : que celui qui a un procès entre et vienne. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna siégeaient au tribunal toute la journée et leur cœur faiblissait. Rav Hiya de Difti leur enseigna : Le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir. Te viendrait-il à l'esprit que Moche Rabbenou siégeait et jugeait toute la journée ? Son étude de la Torah, quand se faisait-elle ? Mais c'est pour te dire : tout juge qui juge un jugement de vérité selon sa vérité, même une seule heure, le verset le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création. Il est écrit ici : du matin jusqu'au soir, et il est écrit là-bas : il y eut un soir, il y eut un matin, un jour. Jusqu'à quand siège-t-on au tribunal ? Rav Yossef a dit : jusqu'au temps du repas, qui est la sixième heure, le repas des talmidei hakhamim.
💡 Explication

La Michna de 9b enseigne qu'on n'entre pas en jugement à l'approche de Minha, mais que si l'on a commencé on n'interrompt pas. Il faut donc définir le début du procès. Deux critères sont proposés : le moment où les juges s'enveloppent de leur talit, ou celui où les baalei din (plaideurs) exposent leurs arguments.

La Guemara les concilie : quand les juges n'étaient pas en séance, l'enveloppement marque le début ; quand ils sortent d'un autre procès, ils sont déjà enveloppés, et le début est l'ouverture des plaidoiries.

🖼️ Schéma
À partir de quand le procès est-il commencé ? Juges qui n'étaient pas en séance Début = quand les juges s'enveloppent de leur talit. Rachi : ils s'enveloppent par crainte de la Chekhina, pour garder l'esprit posé. Juges déjà occupés à un autre procès Début = quand les plaideurs ouvrent leurs arguments. Ils sont déjà enveloppés : ce signe ne marque plus rien.
Les deux avis ne s'opposent pas : chacun vise une situation différente.
5
רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי הֲווֹ יָתְבִי וְגָרְסִי בֵּינֵי עַמּוּדֵי. וְכֹל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא הֲווֹ טָפְחִי אַעֵיבְרָא דְּדַשָּׁא וְאָמְרִי: אִי אִיכָּא דְּאִית לֵיהּ דִּינָא, לִיעוֹל וְלַיְּתֵי. רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא הֲווֹ יָתְבִי בְּדִינָא כֻּולֵּי יוֹמָא, הֲוָה קָא חָלֵישׁ לִבַּייְהוּ. תְּנָא לְהוּ רַב חִיָּיא בַּר רַב מִדִּפְתִּי: ״וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל מֹשֶׁה מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב״, וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁמּשֶׁה יוֹשֵׁב וְדָן כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ? תּוֹרָתוֹ מָתַי נַעֲשֵׂית? אֶלָּא לוֹמַר לְךָ כָּל דַּיָּין שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִיתּוֹ, אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ נַעֲשָׂה שֻׁותָּף לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. כְּתִיב הָכָא: ״וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל מֹשֶׁה מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם אֶחָד״.

Rav Ami et Rav Assi étaient assis et étudiaient entre les colonnes. Et à chaque heure ils frappaient sur le verrou de la porte et disaient : s'il y a quelqu'un qui a un procès, qu'il entre et vienne.

Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna siégeaient au tribunal toute la journée, et leur cœur faiblissait. Rav Hiya bar Rav de Difti leur enseigna : Le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir (Exode 18, 13).

Te viendrait-il à l'esprit que Moche siégeait et jugeait toute la journée ? Son étude de la Torah, quand se faisait-elle ?

Mais c'est pour te dire : tout juge qui juge un jugement de vérité selon sa vérité, même une seule heure, le verset le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création. Il est écrit ici : Le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir, et il est écrit là-bas : Il y eut un soir, il y eut un matin, un jour (Genèse 1, 5).

📜 Rachi (3)
עַמּוּדֵי שֶׁעֲלִייַּת בֵּית הַמִּדְרָשׁ נִשְׁעָן עֲלֵיהֶם:
Les colonnes — sur lesquelles s'appuie l'étage supérieur de la maison d'étude.
חֲלִישׁ לִבַּיְיהוּ מִצְטַעֲרִין שֶׁלֹּא עָסְקוּ אוֹתוֹ יוֹם בַּתּוֹרָה:
Leur cœur faiblissait — ils souffraient de ne pas s'être occupés de Torah ce jour-là.
תְּנָא לְהוּ חַיָּיא בַּר רַב שֶׁגָּדוֹל שְׂכַר הַדַּייָּנִים וְלֹא יִצְטַעֲרוּ ול"נ דְּאֵין זֶה [מַשְׁמָעוּת] לְשׁוֹן לִבַּיְיהוּ אֶלָּא לְשׁוֹן חַלָּשׁ דַּעְתַּיְיהוּ וּלְשׁוֹן חַלָּשׁ לִבַּייְהוּ לְשׁוֹן תַּעֲנִית הוּא שֶׁלֹּא סָעֲדוּ כָּל הַיּוֹם תְּנָא לְהוּ חַיָּיא בַּר רַב שֶׁאֵין צְרִיכִין לֵישֵׁב וְלִידּוֹן כָּל הַיּוֹם אֶלָּא מִקְצָת הַיּוֹם וּמַה שֶׁאָמַר מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב מִדְרָשׁ הוּא שֶׁחָשׁוּב הַדָּבָר כְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ עֶרֶב וּבֹוקֶר:
Hiya bar Rav leur enseigna — que la récompense des juges est grande, et qu'ils ne doivent pas souffrir. Mais il me semble que ce n'est pas le sens de l'expression leur cœur : ce serait alors leur esprit faiblissait. L'expression leur cœur faiblissait désigne le jeûne : ils n'avaient pas mangé de la journée. Hiya bar Rav leur enseigna qu'ils n'ont pas besoin de siéger et juger toute la journée, mais seulement une partie de la journée. Et ce qui est dit : du matin jusqu'au soir, est un midrach : la chose est comptée comme l'œuvre de la Création, à propos de laquelle sont dits soir et matin.
🗂️ Tossefot (2)
אִי אִיכָּא דְּאִית לֵיהּ דִּינָא לֵיעוּל מַשְׁמַע דְּעָדִיף דִּין מִתַּלְמוּד תּוֹרָה וְהָא דְּאָמְרִי' בְּפֶ' בָּתְרָא דמ"ק (דַּף יז.) גַּבֵּי הַהוּא דְּטַרְקֵיהּ זִיבּוּרָא וּשְׁכֵיב עַייְּלוּהוּ לִמְעָרְתָּא דַּחֲסִידֵי וְלֹא קִבְּלוּהוּ לִמְעָרְתָּא דְּדַיָּינֵי וְקִבְּלוּהוּ הָתָם בְּדַיָּינִין שֶׁאֵינָן מֻומְחִין שֶׁפְּעָמִים נוֹטִין אַחַר הַשֹּׁוחַד:
S'il y a quelqu'un qui a un procès, qu'il entre — on comprend d'ici que juger est supérieur à l'étude de la Torah. Et ce que nous disons dans le dernier chapitre de Moed Katan (17a), à propos de cet homme qu'une guêpe piqua et qui mourut : on voulut le porter dans le caveau des hassidim et ils ne le reçurent pas, dans le caveau des juges et ils le reçurent, il s'agit là de juges qui ne sont pas des experts reconnus, qui parfois penchent du côté du pot-de-vin.
דִּין אֱמֶת לַאֲמִיתּוֹ לְאַפּוֹקֵי דִּין מְרֻומֶּה:
Un jugement de vérité selon sa vérité — à l'exclusion d'un jugement entaché de fraude.
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי הֲווֹ יָתְבִי וְגָרְסִי בֵּינֵי עַמּוּדֵי, וְכֹל שַׁעְתָּא וְשַׁעְתָּא הֲווֹ טָפְחִי אַעֵיבְרָא דְּדַשָּׁא וְאָמְרִי: אִי אִיכָּא דְּאִית לֵיהּ דִּינָא, לִיעוֹל וְלַיְּתֵי. פֵּירוּשׁ הָיָה מַקִּישִׁין עַל בְּרֵיחַ הַדֶּלֶת. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא מַקִּישִׁין עַל הַדֶּלֶת עַצְמוֹ שֶׁכֵּן הַדֶּרֶךְ לְהַקִּישׁ עַל הַדֶּלֶת וְלֹא עַל הַבְּרִיחַ? וְעוֹד לְמַאי אַצְרֵיכִי לְהָא דְּוַדַּאי מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ צֹורֶךְ לַדִּין יָבֹא מֵאֵילָיו כִּי בֵּית דִּין יְדוּעִים הֵם? וְעוֹד מַה שֶׁנֶּאֱמַר לִיעוֹל נִרְאֶה יִתּוּר לָשׁוֹן וְסַגִּי לוֹמַר לַיְּתֵי בִּלְבַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב קה"י [קְהִילַּת יַעֲקֹב] זַ"ל סוֹד הַדִּין שֶׁל בֵּית דִּין כָּלוּל מִשִּׁבְעָה מִידּוֹת, שֶׁהַדַּייָּנִים שְׁלֹשָׁה כְּנֶגֶד חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] , וְהָעֵדִים שְׁנַיִם כְּנֶגֶד נֶצַח וְהוֹד, וְהִבָּעֲלִי דִּינִים הֵם יְסוֹד וּמַלְכוּת, שֶׁהַתּוֹבֵעַ יְסוֹד וְהַנִּתְבָּע מַלְכוּת, וְלָכֵן הָעוֹלָם שֶׁנִּבְנָה בְּשִׁבְעַת יְמֵי בְּרֵאשִׁית שֶׁהֵם כְּנֶגֶד חג"ת נהי"ם [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת, נֶצַח, הוֹד, יְסוֹד, מַלְכוּת] מִתְקַיֵּים עַל יְדֵי הַדִּין, וְלָזֶה אָמַר כָּל דַּיָּן שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ, אֲפִלּוּ שָׁעָה אַחַת, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב, כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה שֻׁתָּף לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא 'בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית' דַּיְיקָא, וּבְעֵת שֶׁהַדַּייָּנִים יוֹשְׁבִים וּמִתְבּוֹנְנִים בַּדִּין לֵידַע הֵיכָן הַדִּין נוֹטֶה אָז בָּזֶה מַעֲלִים חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] לְחַבָּ"ד [חָכְמָה, בִּינָה, דַּעַת] עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא הַנִּתְבָּע שֶׁעָלָיו יוֹשְׁבִים בַּדִּין הוּא כְּנֶגֶד מַלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת שַׁעַר, בְּסוֹד שֵׁם אֲדֹנָי אֲשֶׁר בְּמִילּוֹאוֹ [בְּמִילּוּי אָלֶ"ף דָּלֶ"ת נוּ"ן יוֹ"ד עוֹלֶה 671] תרע"א [671] שֶׁהוּא לְשׁוֹן שַׁעַר, וְזֶהוּ (זְכַרְיָה ח, טז) שִׁפְטוּ בְּשַׁעֲרֵיכֶם דְּהַיְינוּ בְּנִתְבָּע שֶׁהוּא בְּחִינַת 'שַׁעַר' אַךְ הַתּוֹבֵעַ כְּנֶגֶד הַיְּסוֹד הַנִּקְרָא בְּרֵיחַ הַדֶּלֶת, וְהוּא עִיבְרָא דְּדַשָּׁא יַעַן כִּי הוּא בְּקַו הָאֶמְצָעִי, וְיָדוּעַ שֶׁהַתִּפְאֶרֶת נִקְרָא בְּרִיחַ הַתִּיכוֹן כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (פ' בָּלָק דַּף קפ"ו), וְלָכֵן הַיְּסוֹד שֶׁהוּא גַּם כֵּן בְּקַו הָאֶמְצָעִי שֶׁעוֹמֵד בֵּין נֶצַח וְהוֹד גַּם כֵּן נִקְרָא בְּרֵיחַ מִן הַקָּצֶה אֶל הַקָּצֶה, אַךְ נִקְרָא בְּרִיחַ הַדֶּלֶת מִפְּנֵי שֶׁהַמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד דֶּלֶת סוֹמֶכֶת עָלָיו, יַעַן שֶׁהִיא עוֹמֶדֶת אַחַר גה"י כַּיָּדוּעַ, וְכֵן הַיְּסוֹד נִקְרָא עִיבְרָא דְּדַשָּׁא שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר בְּרֵיחַ הַדֶּלֶת. גַּם אָמַרְתִּי יִצְדַּק עַל יְסוֹד שֵׁם בְּרֵיחַ שֶׁהוּא בַּר חַי , וְגַם הוּא רַב, חַי בְּסוֹד 'רַב עוֹד יוֹסֵף בְּנִי חַי' (בְּרֵאשִׁית מה, כח), וְזֶהוּ צֵירוּף 'בְּרֵיחַ' וּלְכָךְ מַקִּישִׁים עַל עִיבְרָא דְּדַשָּׁא הָרוֹמֵז לַתּוֹבֵעַ דְּאִית לֵיהּ דִּינָא עַל הַנִּתְבָּע לִיעוֹל וְלַיְּתֵי, כִּי הַתּוֹבֵעַ נִכְנַס תְּחִלָּה לִתְבֹּועַ הַדִּין וּמִמֶּנּוּ מַתְחִיל יִחוּד הַסְּפִירוֹת הַנִּזְכָּר הַנַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי הַדִּין שֶׁדָּנִין הַדַּיָּינִים, וז"ש לִיעוֹל בִּבְחִינָה הָרוֹמֶזֶת כְּנֶגְדּוֹ שֶׁהוּא בְּחִינַת הַיְּסוֹד, וְלַיְּתֵי לְפָנֵינוּ אֲנַן בֵּית דִּין בְּחִינַת חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] כְּדֵי לִתְבֹּועַ.
Rav Ami et Rav Assi étaient assis et étudiaient entre les colonnes, et à chaque heure ils frappaient sur le verrou de la porte et disaient : s'il y a quelqu'un qui a un procès, qu'il entre et vienne. Explication : ils frappaient sur le verrou de la porte. On peut demander : pourquoi ne frappaient-ils pas sur la porte elle-même, puisque l'usage est de frapper à la porte et non sur le verrou ? De plus, à quoi bon cela, puisque celui qui a besoin d'un procès viendra certainement de lui-même, les tribunaux étant connus ? De plus, le mot qu'il entre (leeiol) semble superflu, il suffisait de dire qu'il vienne ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit le Rav Kehilat Yaakov : le sod (secret) du jugement d'un tribunal comprend sept attributs. Les juges, au nombre de trois, correspondent à 'Hessed, Guevoura, Tiferet ; les témoins, au nombre de deux, à Netsa'h et Hod ; les plaideurs sont Yessod et Malkhout, le demandeur Yessod et le défendeur Malkhout. C'est pourquoi le monde, construit pendant les sept jours de la Création qui correspondent à 'Hessed, Guevoura, Tiferet, Netsa'h, Hod, Yessod, Malkhout, subsiste par le jugement. Et c'est ce qui est dit : tout juge qui juge un jugement de vérité selon sa vérité, même une seule heure, le verset le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création, précisément. Et au moment où les juges siègent et examinent le procès pour savoir de quel côté penche le droit, ils élèvent 'Hessed, Guevoura, Tiferet vers 'Hokhma, Bina, Daat. Fin de ses paroles, voir là-bas. Il en ressort que le défendeur, sur qui l'on siège en jugement, correspond à Malkhout, qui est appelée porte (chaar), selon le sod du Nom Adnout, dont le remplissage (alef dalet noun youd) vaut 671, tara, qui signifie porte en araméen. C'est ce qui est dit (Zacharie 8, 16) : jugez dans vos portes, c'est-à-dire sur le défendeur, qui est l'aspect de la porte. Mais le demandeur correspond à Yessod, appelé verrou de la porte ; c'est le ivra dedacha (le verrou de la porte), parce qu'il est dans la ligne médiane. On sait que Tiferet est appelée verrou central, comme il est mentionné dans le saint Zohar (Balak 186). C'est pourquoi Yessod, qui est aussi dans la ligne médiane, entre Netsa'h et Hod, est aussi appelé verrou d'un bout à l'autre ; mais il est appelé verrou de la porte parce que Malkhout, qui est le sod de la porte (delet), s'appuie sur lui, car elle se tient après Guevoura, Hod, Yessod, comme on le sait. Ainsi Yessod est appelé ivra dedacha, qui veut dire verrou de la porte. J'ai dit aussi que le nom beriah (verrou) convient à Yessod : c'est bar haï (fils vivant), et il est aussi rav haï (grand, vivant), selon le sod de : c'est assez, Yossef mon fils est vivant (Genèse 45, 28) ; telle est la composition du mot beriah. C'est pourquoi ils frappent sur le ivra dedacha, qui fait allusion au demandeur qui a un procès contre le défendeur : qu'il entre et vienne. Car le demandeur entre en premier pour réclamer justice, et c'est par lui que commence l'union des sefirot mentionnée, qui se fait par le jugement que rendent les juges. C'est ce qui est dit : qu'il entre, dans l'aspect qui lui correspond, celui de Yessod, et qu'il vienne devant nous, nous le tribunal, aspect de 'Hessed, Guevoura, Tiferet, pour réclamer.
אֶלָּא לוֹמַר לָךְ: כָּל דַּיָּן שֶׁדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ, אֲפִלּוּ שָׁעָה אַחַת, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב, כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה שֻׁתָּף לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. קַשָּׁא נְהִי דְּהַאי דְּאָמַר קְרָא מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב אֵינוֹ כִּפְשׁוּטוֹ אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּנַעֲשָׂה שֻׁותָּף מִכֹּחַ הַגְּזֵרָה שָׁוָה שֶׁל וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר, אַךְ מַה שֶׁאָמַר 'אֲפִלּוּ שָׁעָה אַחַת' מֵהֵיכָא מַפִּיק לָהּ, דִּמְנָא לָן שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שָׁעָה אַחַת וְדִילְמָא אַרְבַּע אוֹ שֵׁשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַפִּיק לָהּ מִתֵּיבַת מֹשֶׁה דְּנִרְאֶה יַתִּיר, דְּהָא כְּתִיב (שְׁמוֹת יח, יג) וַיֵּשֶׁב מֹשֶׁה לִשְׁפֹּט אֶת הָעָם וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וַיַּעַמְדוּ הָעָם עָלָיו מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב מֵאַחַר דְּהִזְכִּיר כְּבָר שָׁמוּ בָּזֶה הַפָּסוּק? לְכָךְ דְּרֵישׁ שֵׁם מֹשֶׁה נִכְתַּב לִדְרָשָׁה עַל שָׁעָה, כִּי מֹשֶׁה [345] עִם נָקוּד הַחוֹלֵם [10] מִסִּפְרוֹ שָׁנָה [355] וְעִם נָקוּד צר"י [30] מִסִּפְרוֹ שָׁעָה [375] וּכְאִלּוּ אָמַר וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל מֹשֶׁה שָׁעָה, וְאָמַר נָמֵי מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב לְלַמְּדֵינוּ עִנְיַן הַשֻּׁותָּף בִּגְזֵרָה שָׁוָה, וְאֵין הַדָּבָר כִּפְשׁוּטוֹ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב מִן הַבָּקָר עַד עָרֶב, וְאַף עַל גַּבֵּי כִּי נָקוּד מֹשֶׁה הוּא סגו"ל וְלֹא צר"י לֹא אֲפַכְתְּ בָּזֶה לְעִנְיַן הַדְּרָשָׁה, מִפְּנֵי שֶׁבַּמִּבְטָא יוֹצֵא צר"י וסגו"ל שָׁוִין, וְכָזֹאת מָצָאתִי דְּרָשָׁה בְּמָקוֹם אַחֵר. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב ב"ד (בא"ח דַּף קל"ו) בְּשֵׁם תּוֹסֶפְתָּא דִּבְרָכוֹת שֶׁהַשָּׁעָה מִתְחַלֶּקֶת לנ"ד [54] עוֹנוֹת יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַטַּעַם שֶׁכָּתְבוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל 'שָׁעָה' רוֹמֶזֶת לַמַּלְכוּת, וְהַייְנוּ כִּי הַמַּלְכוּת הִיא בְּחִינַת שֵׁם אֲדֹנָי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כ"ד צֵירוּפִים לְכָךְ נִקְרֵאת שָׁעָה שֶׁהִיא כ"ד עוֹנוֹת, אַךְ הַתִּפְאֶרֶת נִקְרָא יוֹם כִּי הוּא בְּחִינַת שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ י"ב צֵירוּפִים וְהַיּוֹם הוּא י"ב שָׁעוֹת, וְהִנֵּה 'בֹּקֶר' [302] מִסְפַּר שב [302] , וְעִם נְקֻודּוֹת חול"ם וסגו"ל שֶׁהֵם מ' [40] הֲרֵי שמ"ב [342] , וּ 'עָרֵב' [272] עִם נְקֻודּוֹת קָמַץ וְסֶגוֹל [46] עוֹלֶה שיח [318] , וְהַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר שמ"ב [342] לְמִסְפַּר שי"ח [318] הוּא מִסְפַּר כ"ד [24] , שֶׁהוּא שִׁיעוּר שָׁעָה שֶׁהִיא כ"ד עוֹנוֹת! וְזֶה נִרְמַז בַּכָּתוּב, (שְׁמוֹת י"ח י"ג) וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל מֹשֶׁה מִן הַבֹּקֶר עַד הָעָרֶב , דְּהַיְינוּ כ"ד עוֹנוֹת, שֶׁהוּא שִׁיעוּר שָׁעָה הַנִּרְמָזִים בְּמִסְפַּר שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִסְפַּר 'בָּקָר' לְבֵין מִסְפַּר 'עֶרֶב'.
Mais c'est pour te dire : tout juge qui juge un jugement de vérité selon sa vérité, même une seule heure, le verset le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création. Difficulté : admettons que ce que dit le verset, du matin jusqu'au soir, ne soit pas à prendre au sens simple, et qu'il vienne dire qu'il devient associé, en vertu de la gezera chava (analogie verbale) avec il y eut un soir, il y eut un matin. Mais ce qu'il dit, même une seule heure, d'où le tire-t-il ? D'où savons-nous que Moche Rabbenou siégeait une heure, et peut-être quatre ou six ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le tire du mot Moche, qui semble superflu, puisqu'il est écrit (Exode 18, 13) : Moche s'assit pour juger le peuple ; il aurait fallu dire : le peuple se tint auprès de lui du matin jusqu'au soir, puisque son nom est déjà mentionné dans ce verset. On a donc interprété que le nom Moche est écrit pour enseigner sur l'heure (chaa) : Moche (345) avec la voyelle holam (10) donne le nombre de chana, année (355), et avec la voyelle tsere (30) le nombre de chaa, heure (375). C'est comme s'il disait : le peuple se tint auprès de Moche une heure. Et il dit aussi du matin jusqu'au soir pour nous apprendre l'idée de l'association par la gezera chava ; la chose n'est pas au sens simple, à savoir qu'il siégeait du matin au soir. Et bien que la voyelle de Moche soit un segol et non un tsere, cela n'importe pas pour ce midrach, car à la prononciation tsere et segol sonnent pareil ; j'ai trouvé un midrach de ce genre ailleurs. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav B. D.ieu (Ben Ich Haï, page 136) au nom de la Tossefta de Berakhot, que l'heure se divise en 54 onot (instants), voir là-bas. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle les kabbalistes ont écrit que chaa (l'heure) fait allusion à Malkhout : Malkhout est l'aspect du Nom Adnout, qui a 24 combinaisons, c'est pourquoi elle est appelée heure, qui fait 24 onot ; mais Tiferet est appelée jour, car elle est l'aspect du Nom Havaya, qui a 12 combinaisons, et le jour a 12 heures. Or boker (matin, 302) vaut le nombre de chav (302), et avec les voyelles holam et segol, qui font 40, on obtient 342 ; et erev (soir, 272) avec les voyelles kamats et segol (46) fait 318. La différence entre 342 et 318 est 24, qui est la mesure d'une heure, faite de 24 onot ! C'est ce que fait allusion le verset (Exode 18, 13) : le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir, c'est-à-dire 24 onot, la mesure d'une heure, à laquelle renvoie la différence entre le nombre de boker et le nombre de erev.
💡 Explication

Rav Ami et Rav Assi interrompent régulièrement leur étude pour appeler d'éventuels plaideurs : Tossefot en déduit que rendre la justice passe avant l'étude. À l'inverse, Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna siègent toute la journée et s'épuisent.

Rav Hiya bar Rav leur enseigne une baraita sur le verset de l'Exode. Pris à la lettre, il signifierait que Moche jugeait du matin au soir, ce qui ne laisserait pas de temps pour l'étude. Le verset est donc lu par gezera chava (analogie verbale) avec le récit de la Création, où figurent aussi soir et matin : juger avec vérité, même une heure, fait du juge un associé de l'œuvre de la Création. Rachi retient la seconde lecture : ils avaient jeûné, et la baraita leur apprend qu'une partie de la journée suffit.

6
עַד מָתַי יוֹשְׁבִין בַּדִּין? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: עַד זְמַן סְעוּדָה. אָמַר רַב חָמָא: מַאי קְרָא? — דִּכְתִיב: ״אִי לָךְ אֶרֶץ שֶׁמַּלְכֵּךְ נָעַר וְשָׂרַיִךְ בַּבֹּקֶר יֹאכֵלוּ. אַשְׁרֵיךְ אֶרֶץ שֶׁמַּלְכֵּךְ בֶּן חוֹרִים וְשָׂרַיִךְ בָּעֵת יֹאכֵלוּ בִּגְבוּרָה וְלֹא בַשְּׁתִי״. בִּגְבוּרָה שֶׁל תּוֹרָה, וְלֹא בִּשְׁתִיָּיה שֶׁל יַיִן.

Jusqu'à quand siège-t-on au tribunal ? Rav Chechet a dit : jusqu'au temps du repas.

Rav Hama a dit : quel est le verset ? Il est écrit : Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant et dont les princes mangent dès le matin.

Heureux es-tu, pays dont le roi est un homme libre et dont les princes mangent au moment voulu, avec force et non dans la boisson (Ecclésiaste 10, 16-17) : avec la force de la Torah, et non dans la boisson du vin.

📜 Rachi (1)
שֶׁמַּלְכֵּךְ דַּייָּנֵךְ שֶׁהַדַּייָּן קָרוּי מֶלֶךְ שֶׁנֶּאֱמַר מֶלֶךְ בְּמִשְׁפָּט יַעֲמִיד אָרֶץ (מִשְׁלֵי כ״ט:ד׳):
Dont le roi — ton juge, car le juge est appelé roi, ainsi qu'il est dit : le roi par la justice affermit le pays (Proverbes 29, 4).
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַד מָתַי יוֹשְׁבִין בַּדִּין? אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: עַד זְמַן סְעוּדָה. אָמַר רַב חָמָא: מַאי קְרָאָהּ? דִּכְתִיב: (קֹהֶלֶת י, טז) "אִי לָךְ אֶרֶץ שֶׁמַּלְכֵּךְ נָעַר, וְשָׂרֶיךָ בַּבֹּקֶר יֹאכֵלוּ, אַשְׁרֵיךְ אֶרֶץ שֶׁמַּלְכֵּךְ בֶּן חוֹרִים, וְשָׂרֶיךָ בְּעֵת יֹאכְלוּ, בִּגְבוּרָה וְלֹא בִּשְׁתֵּי" בִּגְבוּרָה שֶׁל תּוֹרָה, וְלֹא בִּשְׁתִיָּה שֶׁל יַיִן. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה דִּכְתִיב, (מִשְׁלֵי ט, ה) לְכוּ לַחֲמוּ בְלַחֲמִי וּשְׁתוּ בְּיַיִן מָסָכְתִּי, וְהַיְינוּ לִימּוּד תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב נִמְשְׁלָה לַאֲכִילָה, וְלִימּוּד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה נִמְשְׁלָה לִשְׁתִיָּה. גַּם יָדוּעַ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב בְּחִינַת חֶסֶד וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה בְּחִינַת גְּבוּרָה. וְהִנֵּה טֶבַע הָעוֹלָם הַנִּיעוּר כָּל הַלַּיְלָה אֵינוֹ תָּאֵב לֶאֱכֹול בַּבֹּוקֶר, וְעֵסֶק הַתּוֹרָה אֲשֶׁר יִהְיֶה הָאָדָם נֵיעוֹר בּוֹ כָּל הַלַּיְלָה הוּא עֵסֶק תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהוּא בְּחִינַת גְּבוּרָה, וְלָזֶה אָמַר (קֹהֶלֶת י, יז) שָׂרַיִךְ בְּעֵת יֹאכֵלוּ, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּשָׁעָה רְבִיעִית וְלֹא בַּבֹּוקֶר, וְהַסִּיבָּה בִּשְׁבִיל שֶׁכָּל הַלַּיְלָה הָיוּ נֵעוֹרִים בְּעֵסֶק הַגְּבוּרָה שֶׁבְּעַל פֶּה וּלְכָךְ לֹא הָיוּ יְכוֹלִים לֶאֱכֹול בַּבֹּוקֶר אֶלָּא רַק בָּעֵת הַיָּדוּעַ שֶׁהוּא שָׁעָה רְבִיעִית, אֲבָל לֹא הָיְתָה הֲסִיבָּה בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ שׁוֹתִין כָּל הַלַּיְלָה יַיִן וּלְכָךְ אֵינָם יְכוֹלִים לֶאֱכֹול בַּבֹּקֶר, מִפְּנֵי שֶׁגַּם הַנִּעוּר כָּל הַלַּיְלָה כִּשְׁתִיַּית הַיַּיִן אֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱכֹול בַּבֹּוקֶר הַשְׁכֵּם, זֶה לֹא הָיָה.
Jusqu'à quand siège-t-on au tribunal ? Rav Chechet a dit : jusqu'au temps du repas. Rav Hama a dit : quel est le verset ? Il est écrit (Ecclésiaste 10, 16) : Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant et dont les princes mangent dès le matin. Heureux es-tu, pays dont le roi est un homme libre et dont les princes mangent au moment voulu, avec force et non dans la boisson : avec la force de la Torah, et non dans la boisson du vin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Torah est comparée au manger et au boire, comme il est écrit (Proverbes 9, 5) : venez, mangez de mon pain et buvez du vin que j'ai mêlé. L'étude de la Torah écrite est comparée au manger, et l'étude de la Torah orale au boire. On sait aussi que la Torah écrite est l'aspect de 'Hessed et la Torah orale l'aspect de Guevoura. Or c'est la nature du monde que celui qui a veillé toute la nuit n'a pas envie de manger le matin ; et l'étude de la Torah dans laquelle l'homme veille toute la nuit est l'étude de la Torah orale, qui est l'aspect de Guevoura. C'est pourquoi il dit (Ecclésiaste 10, 17) : tes princes mangent au moment voulu, comme l'a dit le Maharcha : cela veut dire à la quatrième heure et non le matin. La cause en est que toute la nuit ils étaient éveillés dans l'étude de la Guevoura, la Torah orale, et c'est pourquoi ils ne pouvaient pas manger le matin, mais seulement au moment connu, la quatrième heure. La cause n'était pas qu'ils buvaient du vin toute la nuit et ne pouvaient donc pas manger le matin, car celui qui veille toute la nuit en buvant du vin ne peut pas non plus manger de bon matin ; cela n'était pas le cas.
💡 Explication

Rav Chechet fixe la fin de la séance du tribunal au temps du repas. Rav Hama trouve un appui dans l'Ecclésiaste : Rachi explique que le roi désigne le juge. Les princes qui mangent dès le matin sont blâmés ; ceux qui mangent au moment voulu sont loués, car ils ont d'abord consacré la matinée à la force de la Torah, c'est-à-dire à l'étude et au jugement.

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תָּנוּ רַבָּנַן: שָׁעָה רִאשׁוֹנָה — מַאֲכַל לוּדִים. שְׁנִיָּה — מַאֲכַל לִסְטִים. שְׁלִישִׁית — מַאֲכַל יוֹרְשִׁין. רְבִיעִית — מַאֲכַל פּוֹעֲלִים. חֲמִישִׁית — מַאֲכַל כָּל אָדָם.

Nos Maîtres ont enseigné : la première heure est le repas des Loudim ; la deuxième, le repas des brigands ; la troisième, le repas des héritiers ; la quatrième, le repas des ouvriers ; la cinquième, le repas de tout homme.

📜 Rachi (2)
לוּדִים אֻומָּה שֶׁקּוֹרִין קנלינ"ש וְאוֹכְלֵי אָדָם הֵן וְהֵם רַעַבְתָנִין:
Loudim — un peuple que l'on appelle cannibales ; ils mangent des hommes et sont voraces.
מַאֲכַל יוֹרְשִׁים יוֹרְשֵׁי הוֹן רַב שֶׁלֹּא טָרְחוּ בּוֹ וְאֵין עֲסוּקִים וְדוֹאֲגִין לָשׁוּט אַחֲרֵי מְזוֹנוֹת וְלַעֲסֹוק בִּמְלָאכָה:
Le repas des héritiers — ceux qui ont hérité d'une grande fortune pour laquelle ils n'ont pas peiné, et qui ne sont pas occupés ni soucieux de courir après leur subsistance ni de travailler.
💡 Explication

La baraita classe les heures du premier repas de la journée. Plus on mange tôt, plus cela révèle un manque de maîtrise ou d'occupation : les Loudim, peuple vorace, mangent dès la première heure ; les brigands, qui ont passé la nuit à voler, à la deuxième ; les héritiers oisifs, à la troisième. Les heures se comptent à partir du matin.

8
אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב פָּפָּא רְבִיעִית זְמַן סְעוּדָה לְכָל אָדָם! אֶלָּא רְבִיעִית מַאֲכַל כָּל אָדָם. חֲמִישִׁית — מַאֲכַל פּוֹעֲלִים. שִׁשִּׁית — מַאֲכַל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. מִכָּאן וְאֵילָךְ — כְּזוֹרֵק אֶבֶן לַחֵמֶת. אָמַר אַבַּיֵּי: לָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא טְעִים מִידִי בְּצַפְרָא, אֲבָל טְעִים מִידִי בְּצַפְרָא — לֵית לַן בַּהּ.

Est-ce ainsi ? Rav Papa n'a-t-il pas dit : la quatrième heure est le temps du repas pour tout homme !

Mais (dis ainsi) : la quatrième heure, le repas de tout homme ; la cinquième, le repas des ouvriers ; la sixième, le repas des talmidei hakhamim. À partir de là, c'est comme jeter une pierre dans une outre.

Abaye a dit : nous ne l'avons dit que s'il n'a rien goûté le matin ; mais s'il a goûté quelque chose le matin, cela ne nous pose pas de problème.

📜 Rachi (1)
כְּזוֹרֵק אֶבֶן לַחֵמֶת קָשֶׁה לַגּוּף וְלִי נִרְאֶה לֹא קָשֶׁה וְלֹא יָפֶה:
Comme jeter une pierre dans une outre — c'est nuisible au corps. Et il me semble : ce n'est ni nuisible ni bon.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁשִּׁית מַאֲכַל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מִכָּאן וְאֵילָךְ, כְּזוֹרֵק אֶבֶן לַחֵמֶת. נִרְאֶה לְפִי זֶה אוֹתָם הֲלוּדִים הָרְשָׁעִים שֶׁאָכְלוּ בְּשָׁעָה רִאשׁוֹנָה אָז כְּשֶׁאוֹכְלִים הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים מִתְעַכֵּל מַאֲכָלָם וְתֶחְסַר בִּטְנָם, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (מִשְׁלֵי יג, כה) צַדִּיק אֹכֵל לְשֹׂבַע נַפְשׁוֹ וּבֶטֶן רְשָׁעִים תֶּחְסָר, וּלְפִי זֶה אוֹתָם דַּיָּינִים שֶׁאוֹכְלִים בַּבֹּוקֶר דִּכְתִיב בְּהוּ (קֹהֶלֶת י, יז) וְשָׂרֶיךָ בַּבֹּקֶר יֹאכֵלוּ, דּוֹמִין לְלוּדִים שֶׁגּוֹנְבִים בְּנֵי אָדָם וְאוֹכְלִים אוֹתָם, זֶה שֶׁאָמַר (יְשַׁעְיָהוּ א, כג) שָׂרַיִךְ סוֹרְרִים וְחַבְרֵי גַּנָּבִים. וּמַה שֶׁאָמַר מִכָּאן וְאֵילָךְ, כְּזוֹרֵק אֶבֶן לַחֵמֶת , נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לָכֵן בי"ד עִתִּים שְׁמֹנָה בְּקוֹהֶלֶת בָּעֵת הַשְּׁבִיעִי אָמַר (קֹהֶלֶת ג, ה) עֵת לְהַשְׁלִיךְ אֲבָנִים, כִּי אַחַר שִׁישִּׁית הִיא שְׁבִיעִית.
La sixième, le repas des talmidei hakhamim ; à partir de là, c'est comme jeter une pierre dans une outre. Il semble d'après cela que ces Loudim méchants, qui mangent à la première heure, au moment où les talmidei hakhamim mangent, leur nourriture est digérée et leur ventre est vide. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel (Proverbes 13, 25) : le juste mange à satiété, et le ventre des méchants est vide. Selon cela, ces juges qui mangent le matin, dont il est écrit (Ecclésiaste 10, 16) : tes princes mangent dès le matin, ressemblent aux Loudim, qui volent des hommes et les mangent ; c'est ce qui est dit (Isaie 1, 23) : tes princes sont des rebelles et des compagnons de voleurs. Et sur ce qu'il dit : à partir de là, c'est comme jeter une pierre dans une outre, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que parmi les quatorze temps énumérés dans l'Ecclésiaste, au septième temps il est dit (Ecclésiaste 3, 5) : un temps pour jeter des pierres, car après la sixième vient la septième.
💡 Explication

Rav Papa fixe la quatrième heure comme le repas de tout homme, ce qui contredit la baraita. On corrige donc son texte : tout homme à la quatrième, les ouvriers à la cinquième, les talmidei hakhamim à la sixième, car ils siègent au tribunal jusque-là.

Manger après la sixième heure est comparé à jeter une pierre dans une outre. Rachi rapporte deux lectures : cela nuit au corps, ou cela ne lui apporte rien. Abaye limite la règle à celui qui est resté à jeun toute la matinée.

9
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: מִתְפַּלֵּל אָדָם תְּפִלָּתוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ. מֵיתִיבִי: הַנִּכְנָס לְבֵית הַמֶּרְחָץ, מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִין לְבוּשִׁין — יֵשׁ שָׁם מִקְרָא וּתְפִלָּה. וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שְׁאֵילַת שָׁלוֹם. וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ חוֹלֵץ.

Rav Ada bar Ahava a dit : un homme peut prier sa prière au bain public. On objecte : celui qui entre au bain, dans l'endroit où les gens se tiennent habillés, il y a la lecture (de la Torah) et prière, et à plus forte raison le salut (chalom).

Il y met les tefillin, et à plus forte raison il ne les retire pas.

📜 Rachi (1)
מֶרְחֲצָאוֹת שֶׁלָּהֶן ג' חֲדָרִים הָיוּ לוֹ פְּנִימִי לְהַזִּיעַ וּלְהִשְׁתַּטֵּף אֶמְצָעִי שֶׁיּוֹרֵד לְתוֹכוֹ מִן הַמֶּרְחָץ וְלוֹבֵשׁ חֲלוּקוֹ וְיוֹצֵא לַחִיצוֹן וְגוֹמֵר לְבִישָׁתוֹ וְנָח שָׁם שָׁעָה מִיְּגִיעַת הַמֶּרְחָץ:
Leurs bains avaient trois salles : l'intérieure pour transpirer et se laver ; l'intermédiaire, dans laquelle on descend en sortant du bain, où l'on met sa tunique et d'où l'on sort vers l'extérieure ; là on achève de s'habiller et on se repose un moment de la fatigue du bain.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מִתְפַּלֵּל אָדָם תְּפִלָּתוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ. וְדַוְקָא מֶרְחָץ חָדָשׁ שֶׁלֹּא רָחֲצוּ בּוֹ בְּנֵי אָדָם עֲדַייִן אֲבָל בְּמֶרְחָץ שֶׁכְּבָר רָחֲצוּ בּוֹ בְּנֵי אָדָם אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל כִּדְתַנְיָא הַנִּכְנָס לְבֵית הַמֶּרְחָץ מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים לְבוּשִׁים יֵשׁ שָׁם ק"ש וּתְפִלָּה וְאֵין צ"ל שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְאֵצֶ"ל שֶׁאֵינוֹ חוֹלֵץ. מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים עֲרֻומִּים וּלְבוּשִׁים יֵשׁ שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וְאֵין שָׁם ק"ש וּתְפִלָּה וְאֵינוֹ חוֹלֵץ תְּפִילִּין וְאֵינוֹ מַנִּיחַ לְכַתְּחִלָּה. מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים עֲרֻומִּים אֵין שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וְאֵין צ"ל קְרִיאַת שְׁמַע וּתְפִלָּה וְחוֹלֵץ תְּפִילִּין וְאֵין צ"ל שֶׁאֵין מַנִּיחַ מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב הַמְנוּנָא דְּאָמַר אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּתֵּן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּקְרָא לוֹ ה' שָׁלוֹם אָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב שָׁרֵי לֵיהּ לְאִינָשׁ לְמֵימַר הֵימָנוּתָא בְּבֵית הַמֶּרְחָץ וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב הָאֵל הַנֶּאֱמָן מְתַרְגְּמִינַן אֱלָהָא מְהֵימְנָא אֲבָל שֵׁם גּוּפֵיהּ לָא אִיקְּרִי נֶאֱמָן:
Rav Ada bar Ahava a dit : un homme peut prier sa prière au bain public. Il s'agit seulement d'un bain neuf, dans lequel personne ne s'est encore lavé ; mais dans un bain où des gens se sont déjà lavés, il est interdit de prier, comme il est enseigné : celui qui entre au bain, dans l'endroit où les gens se tiennent habillés, il y a la Chema et prière, et à plus forte raison le salut ; il y met les tefillin, et à plus forte raison il ne les retire pas. Dans l'endroit où les gens se tiennent nus et habillés, il y a le salut, mais pas la Chema ni la prière ; il ne retire pas les tefillin et ne les met pas au départ. Dans l'endroit où les gens se tiennent nus, il n'y a pas de salut, et à plus forte raison pas de Chema ni de prière ; il retire les tefillin, et à plus forte raison il ne les met pas. Cela appuie Rav Hamnouna, qui a dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain au bain, car il est dit : il l'appela : Hachem Chalom (Juges 6, 24). Rabba bar Mehassia a dit au nom de Rav Hama bar Gouria, au nom de Rav : il est permis de dire hemnouta (foi, fidélité) au bain. Et bien qu'il soit écrit : le D.ieu fidèle (ha-El ha-neeman), que nous traduisons en araméen D.ieu mehemna, le Nom lui-même n'est pas appelé fidèle.
💡 Explication

Nouvelle sougya : Rav Ada bar Ahava permet de prier au bain public. On lui oppose une baraita qui distingue trois salles (voir le schéma en haut de page). Rachi décrit le bain antique : salle intérieure pour se laver, salle intermédiaire où l'on commence à se vêtir, salle extérieure où l'on achève de s'habiller et où l'on se repose.

Dans la salle extérieure, où tous sont habillés, tout est permis : étude, prière, salut, tefillin. Le Roch tranche déjà selon la conclusion de la Guemara : Rav Ada ne parle que d'un bain neuf.

10
מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים עֲרֻומִּים וּלְבוּשִׁין — יֵשׁ שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם, וְאֵין שָׁם מִקְרָא וּתְפִלָּה, וְאֵינוֹ חוֹלֵץ תְּפִילִּין, וְאֵינוֹ מַנִּיחַ לְכַתְּחִלָּה.

Dans l'endroit où les gens se tiennent nus et habillés, il y a le salut, mais il n'y a pas la lecture ni la prière ; il ne retire pas les tefillin, et il ne les met pas au départ.

📜 Rachi (2)
עוֹמְדִים עֲרוּמִים פְּנִימִי:
Se tiennent nus — c'est la salle intérieure.
עֲרוּמִים וּלְבוּשִׁים אֶמְצָעִי שֶׁיּוֹצֵא בּוֹ עָרֹום וּמְמַהֵר לְכַסּוֹת אֶת עַצְמוֹ וְיוֹצֵא לַחִיצוֹן:
Nus et habillés — la salle intermédiaire, où l'on sort nu et où l'on se hâte de se couvrir, puis on sort vers l'extérieure.
💡 Explication

La salle intermédiaire a un statut mixte. Le salut, qui comporte le mot chalom, y est permis ; l'étude et la prière y sont interdites. Pour les tefillin, on distingue : celui qui les porte déjà n'a pas à les retirer, mais on ne les y met pas lekhathila (au départ).

11
מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִין עֲרֻומִּים — אֵין שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר מִקְרָא וּתְפִלָּה, וְחוֹלֵץ תְּפִילִּין, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ מַנִּיחָן!

Dans l'endroit où les gens se tiennent nus, il n'y a pas le salut, et à plus forte raison pas la lecture ni la prière ; il retire les tefillin, et à plus forte raison il ne les met pas !

📜 Rachi (1)
וְחוֹלֵץ תְּפִילִּין מֵרֹאשׁוֹ וְאֵין צ"ל שֶׁאִם אוֹחֲזָן בְּיָדוֹ בַּתִּיק שֶׁלָּהֶן שֶׁאֵינוֹ מַנִּיחַ וְהָא דְּתָנֵי וְאֵין צ"ל כו' אַיְּידֵי דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי מְצִיעֲתָא וְאֵינוֹ מַנִּיחַ וְאֵינוֹ חוֹלֵץ שֶׁאֶמְצָעִי לֹא כְּמֶרְחָץ גָּמוּר הוּא וּמִקְצָת תּוֹרַת מֶרְחָץ עָלָיו הִלְכָּךְ הָיוּ בְּרֹאשׁוֹ אֵין צָרִיךְ לַחְלֹוץ הָיָה אוֹחֲזָן אָסוּר לְהַנִּיחָן שָׁם בְּרֹאשׁוֹ אֶלָּא יוֹצֵא לַחִיצוֹן וּמַנִּיחָן:
Il retire les tefillin — de sa tête ; et à plus forte raison, s'il les tient à la main dans leur étui, il ne les met pas. Et si la baraita enseigne et à plus forte raison, c'est parce qu'elle voulait enseigner pour la salle du milieu : il ne les met pas et il ne les retire pas. Car la salle intermédiaire n'est pas un bain à part entière, mais une partie du statut de bain s'applique à elle. C'est pourquoi, s'ils étaient sur sa tête, il n'a pas besoin de les retirer ; s'il les tenait en main, il lui est interdit de les mettre là sur sa tête, mais il sort vers l'extérieure et les met.
💡 Explication

Dans la salle intérieure, tout est interdit, et on doit même retirer les tefillin. C'est là le bain au sens propre ; la baraita contredit donc Rav Ada bar Ahava, qui permettait d'y prier.

Rachi explique pourquoi la baraita dit et à plus forte raison il ne les met pas, évidence : c'est par symétrie avec la salle intermédiaire, où il fallait distinguer entre retirer et mettre.

12
כִּי קָאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה בְּמֶרְחָץ שֶׁאֵין בּוֹ אָדָם. וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: מֶרְחָץ שֶׁאָמְרוּ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ אָדָם, בֵּית הַכִּסֵּא שֶׁאָמְרוּ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה!

Rav Ada bar Ahava parlait d'un bain dans lequel il n'y a personne. Mais Rabbi Yossi bar Hanina n'a-t-il pas dit : le bain dont on a parlé, même s'il n'y a personne dedans ; les toilettes dont on a parlé, même s'il n'y a pas d'excrément dedans !

📜 Rachi (1)
אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בּוֹ צוֹאָה שֶׁפִּינּוּהָ מִשָּׁם:
Même s'il n'y a pas d'excrément — qu'on les a débarrassées de là.
💡 Explication

Première restriction : Rav Ada parlerait d'un bain vide. Mais Rabbi Yossi bar Hanina enseigne que l'interdit tient à la fonction du lieu : un bain reste interdit même sans baigneurs, comme des toilettes restent interdites même nettoyées.

13
אֶלָּא כִּי קָאָמַר רַב אַדָּא, בְּחַדְתֵי. וְהָא מִבְעָא בְּעָא לֵיהּ רָבִינָא: הִזְמִינוֹ לְבֵית הַכִּסֵּא מַהוּ, יֵשׁ זִימּוּן אוֹ אֵין זִימּוּן? וְלָא אִיפְּשִׁיטָא לֵיהּ. לָאו הוּא הַדִּין לְמֶרְחָץ? לָא, דִּילְמָא

Mais Rav Ada parlait d'un bain neuf. Mais Ravina ne lui a-t-il pas posé la question : si on l'a destiné à servir de toilettes, qu'en est-il ?

La désignation compte-t-elle ou non ? Et la question n'a pas été résolue pour lui.

N'en est-il pas de même pour le bain ? — Non, peut-être...

📜 Rachi (1)
בְּחַדְתֵי שֶׁלֹּא רָחַץ בּוֹ אָדָם מֵעוֹלָם אֶלָּא שֶׁהִזְמִינוֹ לְכָךְ:
Neuf — dans lequel personne ne s'est jamais lavé, mais qu'on a seulement destiné à cela.
💡 Explication

Seconde restriction : un bain neuf, où personne ne s'est encore lavé. On objecte la question de Ravina sur la hazmana (désignation) : un lieu préparé pour servir de toilettes, mais pas encore utilisé, est-il déjà interdit ? La question est restée sans réponse. Si Rav Ada permet sans réserve la prière dans un bain neuf, il semble avoir tranché une question que Ravina lui-même ne savait pas résoudre. La réponse commence ici et se poursuit en 10b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).