Sougya : Le daf poursuit la discussion de la Michna (9b) sur les activités qu'on ne commence pas à l'approche de Minha. La Guemara explique pourquoi on interrompt un repas pour Arvit et non pour Minha, puis Rav Chechet conteste l'obligation de remettre sa ceinture ; la réponse s'appuie sur le verset Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël.
Suivent les usages de plusieurs Amoraim pour la tenue pendant la prière, et deux récits sur l'équilibre entre prière et étude. La Guemara définit ensuite le début d'un procès (Rabbi Yirmeya et Rabbi Yona), la valeur du juge qui juge avec vérité, l'heure à laquelle le tribunal lève la séance, et une baraita sur les heures de repas selon les catégories de personnes.
Le daf se termine sur la déclaration de Rav Ada bar Ahava, selon qui on peut prier dans un bain public : une baraita sur les trois salles du bain l'objecte, et la Guemara restreint sa parole à un bain vide, puis à un bain neuf.
Là-bas (Minha), l'ivresse n'est pas fréquente ; ici (Arvit), l'ivresse est fréquente. Ou bien : à Minha, puisque son temps est fixé, il craint et ne vient pas à négliger ; à Arvit, puisque toute la nuit est le temps d'Arvit, il ne craint pas et vient à négliger.
Rav Chechet objecte : est-ce une peine de nouer sa ceinture ? Et de plus, qu'il se tienne ainsi et qu'il prie ! — Parce qu'il est dit : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël (Amos 4, 12).
Le début du daf répond à une difficulté de 9b. Zeiri a dit : pour Arvit, si on la tient pour hova (obligatoire), on dérange celui qui a déjà défait sa ceinture pour manger. Or pour Minha, qui est obligatoire, la Michna enseigne que si l'on a commencé à manger on n'interrompt pas. La Guemara donne deux raisons de distinguer : le risque d'ivresse, plus grand au repas du soir, et le risque de négligence, plus grand quand le temps de la prière s'étend sur toute la nuit.
Rav Chechet conteste l'expression même de Zeiri : pourquoi parler de déranger celui qui a défait sa ceinture ? La renouer ne coûte rien, et il pourrait prier sans elle. La réponse, tirée d'Amos, établit qu'on doit se préparer et se présenter convenablement devant D.ieu pour la prière. Tossefot note que la première objection reste sans réponse explicite.
Rabba bar Rav Houna mettait des chaussettes (de prix) et priait. Il disait : Prépare-toi à la rencontre, etc.
Rava ôtait son manteau, joignait les mains et priait. Il disait : comme un esclave devant son maître.
Rav Achi a dit : j'ai vu Rav Kahana, quand il y a de la souffrance dans le monde, ôter son manteau, joindre les mains et prier. Il disait : comme un esclave devant son maître.
Quand il y a la paix, il se vêtait, se couvrait, s'enveloppait et priait. Il disait : Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël.
Après le verset d'Amos, la Guemara rapporte deux conduites opposées. Pour les uns, se tenir devant D.ieu demande de se parer : Rabba bar Rav Houna met des chaussettes de prix. Pour Rava, il faut au contraire se tenir avec soumission, comme un esclave devant son maître : il ôte son manteau et joint les mains.
Rav Kahana concilie les deux : en temps de tsaar (souffrance collective), il prend l'attitude de l'esclave ; en temps de chalom, il se pare. Tossefot en déduit qu'on ne prie pas pieds nus, sauf les jours de deuil et de jeûne où le port des chaussures est interdit.
Rava vit Rav Hamnouna qui prolongeait sa prière. Il dit : on laisse la vie éternelle et on s'occupe de la vie passagère.
Et lui (Rav Hamnouna) pensait : le temps de la prière est à part et le temps de la Torah est à part. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zeira et ils étaient occupés à une halakha.
Il se fit tard pour prier, et Rabbi Yirmeya se hâtait. Rabbi Zeira lui appliqua : Celui qui détourne son oreille pour ne pas entendre la Torah, sa prière aussi est une abomination (Proverbes 28, 9).
Deux récits sur le rapport entre tefila et Torah. Rava reproche à Rav Hamnouna de prolonger sa prière : selon Rachi, la Torah est hayei olam (vie éternelle) et la prière porte sur les besoins de hayei chaa (la vie passagère). Rav Hamnouna tenait que chacune a son temps propre, et que le temps de la prière ne se prend pas sur celui de l'étude.
Dans le second récit, Rabbi Yirmeya presse la fin de l'étude pour aller prier. Rabbi Zeira lui applique le verset des Proverbes : celui qui se détourne de la Torah, sa prière n'est pas agréée. Le Roch précise que cela concerne celui dont la Torah est le métier.
À partir de quand le procès est-il commencé ? — Rabbi Yirmeya et Rabbi Yona. L'un dit : dès que les juges s'enveloppent.
L'autre dit : dès que les plaideurs commencent. Et ils ne sont pas en désaccord : ceci, quand ils étaient déjà occupés à juger et arrivent à ce procès ; cela, quand ils n'étaient pas occupés à juger et arrivent au procès.
La Michna de 9b enseigne qu'on n'entre pas en jugement à l'approche de Minha, mais que si l'on a commencé on n'interrompt pas. Il faut donc définir le début du procès. Deux critères sont proposés : le moment où les juges s'enveloppent de leur talit, ou celui où les baalei din (plaideurs) exposent leurs arguments.
La Guemara les concilie : quand les juges n'étaient pas en séance, l'enveloppement marque le début ; quand ils sortent d'un autre procès, ils sont déjà enveloppés, et le début est l'ouverture des plaidoiries.
Rav Ami et Rav Assi étaient assis et étudiaient entre les colonnes. Et à chaque heure ils frappaient sur le verrou de la porte et disaient : s'il y a quelqu'un qui a un procès, qu'il entre et vienne.
Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna siégeaient au tribunal toute la journée, et leur cœur faiblissait. Rav Hiya bar Rav de Difti leur enseigna : Le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir (Exode 18, 13).
Te viendrait-il à l'esprit que Moche siégeait et jugeait toute la journée ? Son étude de la Torah, quand se faisait-elle ?
Mais c'est pour te dire : tout juge qui juge un jugement de vérité selon sa vérité, même une seule heure, le verset le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création. Il est écrit ici : Le peuple se tint auprès de Moche du matin jusqu'au soir, et il est écrit là-bas : Il y eut un soir, il y eut un matin, un jour (Genèse 1, 5).
Rav Ami et Rav Assi interrompent régulièrement leur étude pour appeler d'éventuels plaideurs : Tossefot en déduit que rendre la justice passe avant l'étude. À l'inverse, Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna siègent toute la journée et s'épuisent.
Rav Hiya bar Rav leur enseigne une baraita sur le verset de l'Exode. Pris à la lettre, il signifierait que Moche jugeait du matin au soir, ce qui ne laisserait pas de temps pour l'étude. Le verset est donc lu par gezera chava (analogie verbale) avec le récit de la Création, où figurent aussi soir et matin : juger avec vérité, même une heure, fait du juge un associé de l'œuvre de la Création. Rachi retient la seconde lecture : ils avaient jeûné, et la baraita leur apprend qu'une partie de la journée suffit.
Jusqu'à quand siège-t-on au tribunal ? Rav Chechet a dit : jusqu'au temps du repas.
Rav Hama a dit : quel est le verset ? Il est écrit : Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant et dont les princes mangent dès le matin.
Heureux es-tu, pays dont le roi est un homme libre et dont les princes mangent au moment voulu, avec force et non dans la boisson (Ecclésiaste 10, 16-17) : avec la force de la Torah, et non dans la boisson du vin.
Rav Chechet fixe la fin de la séance du tribunal au temps du repas. Rav Hama trouve un appui dans l'Ecclésiaste : Rachi explique que le roi désigne le juge. Les princes qui mangent dès le matin sont blâmés ; ceux qui mangent au moment voulu sont loués, car ils ont d'abord consacré la matinée à la force de la Torah, c'est-à-dire à l'étude et au jugement.
Nos Maîtres ont enseigné : la première heure est le repas des Loudim ; la deuxième, le repas des brigands ; la troisième, le repas des héritiers ; la quatrième, le repas des ouvriers ; la cinquième, le repas de tout homme.
La baraita classe les heures du premier repas de la journée. Plus on mange tôt, plus cela révèle un manque de maîtrise ou d'occupation : les Loudim, peuple vorace, mangent dès la première heure ; les brigands, qui ont passé la nuit à voler, à la deuxième ; les héritiers oisifs, à la troisième. Les heures se comptent à partir du matin.
Est-ce ainsi ? Rav Papa n'a-t-il pas dit : la quatrième heure est le temps du repas pour tout homme !
Mais (dis ainsi) : la quatrième heure, le repas de tout homme ; la cinquième, le repas des ouvriers ; la sixième, le repas des talmidei hakhamim. À partir de là, c'est comme jeter une pierre dans une outre.
Abaye a dit : nous ne l'avons dit que s'il n'a rien goûté le matin ; mais s'il a goûté quelque chose le matin, cela ne nous pose pas de problème.
Rav Papa fixe la quatrième heure comme le repas de tout homme, ce qui contredit la baraita. On corrige donc son texte : tout homme à la quatrième, les ouvriers à la cinquième, les talmidei hakhamim à la sixième, car ils siègent au tribunal jusque-là.
Manger après la sixième heure est comparé à jeter une pierre dans une outre. Rachi rapporte deux lectures : cela nuit au corps, ou cela ne lui apporte rien. Abaye limite la règle à celui qui est resté à jeun toute la matinée.
Rav Ada bar Ahava a dit : un homme peut prier sa prière au bain public. On objecte : celui qui entre au bain, dans l'endroit où les gens se tiennent habillés, il y a la lecture (de la Torah) et prière, et à plus forte raison le salut (chalom).
Il y met les tefillin, et à plus forte raison il ne les retire pas.
Nouvelle sougya : Rav Ada bar Ahava permet de prier au bain public. On lui oppose une baraita qui distingue trois salles (voir le schéma en haut de page). Rachi décrit le bain antique : salle intérieure pour se laver, salle intermédiaire où l'on commence à se vêtir, salle extérieure où l'on achève de s'habiller et où l'on se repose.
Dans la salle extérieure, où tous sont habillés, tout est permis : étude, prière, salut, tefillin. Le Roch tranche déjà selon la conclusion de la Guemara : Rav Ada ne parle que d'un bain neuf.
Dans l'endroit où les gens se tiennent nus et habillés, il y a le salut, mais il n'y a pas la lecture ni la prière ; il ne retire pas les tefillin, et il ne les met pas au départ.
La salle intermédiaire a un statut mixte. Le salut, qui comporte le mot chalom, y est permis ; l'étude et la prière y sont interdites. Pour les tefillin, on distingue : celui qui les porte déjà n'a pas à les retirer, mais on ne les y met pas lekhathila (au départ).
Dans l'endroit où les gens se tiennent nus, il n'y a pas le salut, et à plus forte raison pas la lecture ni la prière ; il retire les tefillin, et à plus forte raison il ne les met pas !
Dans la salle intérieure, tout est interdit, et on doit même retirer les tefillin. C'est là le bain au sens propre ; la baraita contredit donc Rav Ada bar Ahava, qui permettait d'y prier.
Rachi explique pourquoi la baraita dit et à plus forte raison il ne les met pas, évidence : c'est par symétrie avec la salle intermédiaire, où il fallait distinguer entre retirer et mettre.
Rav Ada bar Ahava parlait d'un bain dans lequel il n'y a personne. Mais Rabbi Yossi bar Hanina n'a-t-il pas dit : le bain dont on a parlé, même s'il n'y a personne dedans ; les toilettes dont on a parlé, même s'il n'y a pas d'excrément dedans !
Première restriction : Rav Ada parlerait d'un bain vide. Mais Rabbi Yossi bar Hanina enseigne que l'interdit tient à la fonction du lieu : un bain reste interdit même sans baigneurs, comme des toilettes restent interdites même nettoyées.
Mais Rav Ada parlait d'un bain neuf. Mais Ravina ne lui a-t-il pas posé la question : si on l'a destiné à servir de toilettes, qu'en est-il ?
La désignation compte-t-elle ou non ? Et la question n'a pas été résolue pour lui.
N'en est-il pas de même pour le bain ? — Non, peut-être...
Seconde restriction : un bain neuf, où personne ne s'est encore lavé. On objecte la question de Ravina sur la hazmana (désignation) : un lieu préparé pour servir de toilettes, mais pas encore utilisé, est-il déjà interdit ? La question est restée sans réponse. Si Rav Ada permet sans réserve la prière dans un bain neuf, il semble avoir tranché une question que Ravina lui-même ne savait pas résoudre. La réponse commence ici et se poursuit en 10b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).