Shabbat 10b — Le Nom Chalom, le cadeau du Chabbat et les enseignements de Rav

Shabbat 10b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le bain (beit ha-merhats) commencée en 10a : la simple désignation (hazmana) d'un lieu pour le bain ne l'interdit pas à la prière, tandis que le lieu d'aisances, répugnant, reste un doute. La baraita enseigne qu'à l'endroit où les gens sont nus on ne se salue pas, ce qui appuie Rav Hamnouna au nom de Oula : « Chalom » est un Nom de Hachem, d'après le verset « Et il l'appela Hachem Chalom ».

La Guemara distingue ce Nom du mot « himnouta » (fidélité), permis dans le lieu d'aisances. Suit une série d'enseignements de Rav transmis par Rava bar Mahsseya au nom de Rav Hama bar Gourya : celui qui fait un cadeau doit en informer le bénéficiaire, appris du Chabbat, « cadeau de la maison des trésors » ; l'épisode de Rav Hisda et des dons du bœuf ; l'interdiction de favoriser un fils parmi ses frères, tirée de la tunique de Yossef ; et le conseil d'habiter une ville de fondation récente, déduit de Tsoar, plus jeune d'un an que Sedom.

Le Roch résume la halakha du bain selon ses trois zones.

Les trois zones du bain (baraita citée par la Guemara et le Roch) Zone du bain Chema et prière Salutation (chalom) Téfillin 1. Tous habillés vestiaire extérieur permis permis (à fortiori) on les met ; on ne les retire pas 2. Nus et habillés zone intermédiaire interdit permis on ne les retire pas ; on ne les met pas 3. Tous nus salle de bain proprement dite interdit (à fortiori) interdit on les retire Zone 3 : interdit de dire chalom, car Chalom est un Nom de Hachem (Choftim 6, 24) - Rav Hamnouna au nom de Oula. Un bain neuf, où personne ne s'est encore baigné, reste permis à la prière (Rav Ada bar Ahava, selon le Roch).
Halakha du bain selon ses trois zones : prière, salutation et tefillin.
Une chaîne de transmission, cinq enseignements de Rav Rav Rav Hama bar Gourya Rava bar Mahsseya 1. Himnouta permis de dire fidélité dans le lieu d'aisances seg. 2 2. Le cadeau informer celui qui reçoit (le Chabbat) seg. 3-5 3. Milta l'étoffe fine est chère à qui la porte seg. 5 4. Les fils ne pas distinguer un fils parmi ses frères seg. 6 5. La ville habiter une ville de fondation récente seg. 7 (suite 11a) Le n. 3 est dit par Rava bar Mahsseya au nom de Rav, sans l'intermédiaire explicite de Rav Hama bar Gourya. Le premier enseignement relie la sougya du bain à la série : la Guemara passe ensuite aux autres dits du même transmetteur.
La série des enseignements de Rav rapportés par Rava bar Mahsseya.
1
שָׁאנֵי בֵּית הַכִּסֵּא דִּמְאִיס.

(La Guemara répond :) Le lieu d'aisances est différent, car il est répugnant.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי בֵּית הַכִּסֵּא דִּמְאִיס וְשֵׁם מְגֻונֶּה עָלָיו מש"ה מְסַפְּקָא לָן בְּהַזְמָנָתוֹ:
Le lieu d'aisances est différent, car il est répugnant - un nom dégradant s'attache à lui ; c'est pourquoi nous sommes dans le doute au sujet de sa désignation (hazmana).
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי בֵּית הַכִּסֵּא דִּנְפִישׁ זֻוהֲמָא תֵּימַהּ בְּסוֹף פ"ק דִּנְדָרִים (דַּף ז'.) גָּרַס בָּעֵי רָבִינָא הִזְמִינוֹ לְבֵית הַכִּסֵּא וְהִזְמִינוֹ לְבֵית הַמֶּרְחָץ מַהוּ אַלְמָא בְּמֶרְחָץ נָמֵי מִיבְּעֵי לֵיהּ וְיֵשׁ שֶׁמּוֹחֲקִין אוֹתוֹ שָׁם מִן הַסְּפָרִים מִשּׁוּם הַךְ דְּהָכָא וּמִיהוּ יֵשׁ לְקַיֵּים שָׁם הַגִּיר' וְהָכָא ה"פ מַאי לַָאו כִּי הֵיכִי דְּלָא אִיפְּשִׁיטָא לֵיהּ מִבֵּית הַכִּסֵּא ה"נ לָא אִיפְּשִׁיטָא לֵיהּ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי בֵּית הַכִּסֵּא דִּנְפִישׁ זֻוהֲמֵיהּ לְהָכִי לָא אִיפְּשִׁיטָא לֵיהּ אֲבָל מֶרְחָץ בָּתַר דְּבָעֲיָא הָדַר פְּשָׁטָא א"נ הִזְמִינוֹ לְבֵית הַמֶּרְחָץ אֵינוֹ מִדִּבְרֵי רָבִינָא אֶלָּא הַשַּׁ"ס הוּא דְּמַסִּיק שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְחַלֵּק וְכֵן יֵשׁ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת:
Le lieu d'aisances est différent, car sa saleté est grande - Question : à la fin du premier chapitre de Nedarim (7a), la leçon porte : Ravina demanda : s'il l'a désigné pour lieu d'aisances, et s'il l'a désigné pour bain, qu'en est-il ? Il en ressort qu'au sujet du bain aussi la question se posait pour lui. Certains effacent ce passage des livres là-bas à cause de notre passage-ci. Toutefois on peut maintenir la leçon là-bas, et ici l'explication est la suivante : ne faut-il pas dire que, de même que la question du lieu d'aisances n'a pas été tranchée pour lui, celle du bain ne l'a pas été non plus ? Et on répond : le lieu d'aisances est différent, car sa saleté est grande ; c'est pourquoi la question n'a pas été tranchée pour lui ; mais pour le bain, après avoir posé la question, il l'a ensuite tranchée. Autre réponse : « s'il l'a désigné pour bain » ne fait pas partie des paroles de Ravina ; c'est le Talmud (ha-Chass) qui l'ajoute en concluant, parce qu'il ne veut pas distinguer ; et on trouve cela en plusieurs endroits.
💡 Explication

Ce segment conclut une discussion commencée en 10a. Rav Ada bar Ahava a permis de prier dans un bain neuf, où personne ne s'est encore baigné. On en déduit que la simple hazmana (désignation d'un lieu pour un usage) ne suffit pas à interdire le bain à la prière. Pourquoi alors Ravina reste-t-il dans le doute pour un lieu désigné comme beit ha-kisse (lieu d'aisances) ?

Réponse : le lieu d'aisances est maïs, répugnant. Rachi précise que son nom même est dégradant : dès qu'on appelle un lieu ainsi, ce nom peut suffire à l'avilir, d'où le doute. Tossefot concilie ce passage avec Nedarim 7a, où la question de Ravina semble porter aussi sur le bain.

2
אֵין שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם. מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב הַמְנוּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּעֻולָּא דְּאָמַר: אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּתֵּן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיִּקְרָא לוֹ ה׳ שָׁלוֹם״.

« Il n'y a pas là de salutation (cheilat chalom). » Cela vient à l'appui de Rav Hamnouna, au nom de Oula, qui a dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain (de lui dire chalom) dans le bain, parce qu'il est dit : « Et il l'appela Hachem Chalom » (Choftim 6, 24).

📜 Rachi (1)
וַיִּקְרָא לוֹ גִּדְעוֹן להקב"ה ה' שָׁלוֹם:
Et il l'appela - Guideon (appela) le Saint, béni soit-Il : Hachem Chalom.
💡 Explication

La phrase citée est la fin d'une baraita (voir le Roch, segment 7, et le schéma de synthèse) qui partage le bain en trois zones. Dans la zone où les gens se tiennent nus, il est interdit de se saluer.

La raison est donnée par Rav Hamnouna au nom de Oula : le mot chalom est un des Noms de Hachem. Guideon, après avoir bâti un autel, l'appela « Hachem Chalom ». Prononcer ce mot dans un lieu indécent revient à y mentionner un Nom divin.

3
אֶלָּא מֵעַתָּה ״הֵימָנוּתָא״ נָמֵי אָסוּר לְמֵימַר בְּבֵית הַכִּסֵּא, דִּכְתִיב: ״הָאֵל הַנֶּאֱמָן״. וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהָאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא, אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא, אָמַר רַב: שָׁרִי לְמֵימַר ״הֵימָנוּתָא״ בְּבֵית הַכִּסֵּא! הָתָם שֵׁם גּוּפֵיהּ לָא אִיקְּרִי הָכִי, דִּמְתַרְגְּמִינַן ״אֱלָהָא מְהֵימְנָא״, הָכָא שֵׁם גּוּפֵיהּ אִיקְּרִי ״שָׁלוֹם״ דִּכְתִיב ״וַיִּקְרָא לוֹ ה׳ שָׁלוֹם״.

S'il en est ainsi, dire « himnouta » (fidélité) devrait aussi être interdit dans le lieu d'aisances, puisqu'il est écrit : « Le D.ieu fidèle » (Devarim 7, 9). Et si tu dis qu'il en est bien ainsi, Rava bar Mahsseya n'a-t-il pas dit, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : il est permis de dire « himnouta » dans le lieu d'aisances ! - Là-bas, le Nom lui-même n'est pas appelé ainsi, puisque nous traduisons (dans le Targoum) « E-laha mehemna » (le D.ieu fidèle) ; ici, le Nom lui-même est appelé « Chalom », comme il est écrit : « Et il l'appela Hachem Chalom ».

📜 Rachi (1)
הֵימָנוּתָא לְהַזְכִּיר אֱמוּנָה בְּבֵית הַכִּסֵּא:
Himnouta - mentionner la fidélité (emouna) dans le lieu d'aisances.
🗂️ Tossefot (1)
דִּמְתַרְגְּמִינַן אֱלָהָא מְהֵימְנָא תֵּימַהּ דְּשָׁלוֹם נָמֵי מְתַרְגְּמִינַן דַּעֲבַד לֵיהּ שָׁלוֹם וְי"ל דְּהָתָם קָרְאוּ שָׁלוֹם עַל שֵׁם שֶׁהוּא עוֹשֶׂה שָׁלוֹם דְּאִי לֹא קָרְאוּ שָׁלוֹם אֶלָּא בָּעֵי לְמֵימַר ה' שְׁלוֹם ה' הָעוֹשֶׂה לוֹ שָׁלוֹם א"כ ה"ל לְמֵימַר ה' שְׁלוֹמוֹ:
Car nous traduisons « E-laha mehemna » - Question : « Chalom » aussi, nous le traduisons (dans le Targoum) « qui lui fit la paix » ! On peut répondre que là-bas il L'a appelé Chalom parce qu'Il fait la paix ; car s'il ne L'avait pas appelé Chalom, et voulait seulement dire « Hachem de paix », Hachem qui lui fait la paix, il aurait dû dire « Hachem chelomo » (Hachem est sa paix).
🪔 Ben Yehoyada (1)
דִּמְתַרְגְּמִינַן: אֱלָהָא מְהֵימְנָא. נִרְאֶה לִי בס"ד קֻושְׁיַת הַתּוֹסָפוֹת כֵּיוָן דִּכְתִיב וַיִּקְרָא מַשְׁמַע דְּלִקְרִיאַת שֵׁם נִתְכַּוֵּון, מַה שֶׁאֵין כֵּן מַה שֶׁאָמַר הָאֵל הַנֶּאֱמָן מַשְׁמַע שֶׁבַח קָאָמַר.
Car nous traduisons : E-laha mehemna. Il me semble, avec l'aide du Ciel, (au sujet de) la question des Tossefot : puisqu'il est écrit « et il appela », cela indique qu'il visait l'attribution d'un nom ; ce qui n'est pas le cas de « le D.ieu fidèle », qui indique qu'il s'agit d'une louange.
💡 Explication

La Guemara éprouve le critère : si tout mot qui s'applique à Hachem était interdit, le mot himnouta (fidélité) le serait aussi, puisque le verset dit « le D.ieu fidèle ». Or Rav le permet expressément dans le lieu d'aisances.

La distinction : « fidèle » est un qualificatif ; le Targoum le rend par « E-laha mehemna », un Nom suivi d'un adjectif. « Chalom », dans le verset de Guideon, est le Nom lui-même : il l'a appelé ainsi. Tossefot objecte que le Targoum traduit aussi Chalom de façon descriptive, et répond par la forme du verset : pour dire « Hachem qui lui fait la paix », il aurait fallu « chelomo ». Le Ben Yehoyada appuie cette réponse sur le verbe « et il appela ».

🖼️ Schéma
Pourquoi Chalom est interdit et himnouta permis ? Chalom Verset : Et il l'appela Hachem Chalom (Choftim 6, 24) Le mot est le Nom lui-même : il l'appela ainsi. Interdit dans le bain (zone nue) et dans le lieu d'aisances Himnouta (fidélité) Verset : le D.ieu fidèle (Devarim 7, 9) Targoum : E-laha mehemna Le mot qualifie le Nom : c'est un adjectif de louange. Permis, même dans le lieu d'aisances (Rav) Tossefot : Chalom aussi est traduit (qui lui fit la paix) ; mais alors le verset aurait dit Hachem chelomo.
Nom propre ou qualificatif : le critère qui sépare Chalom de himnouta.
4
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵירוֹ, צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָדַעַת כִּי אֲנִי ה׳ מְקַדִּשְׁכֶם״. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״לָדַעַת כִּי אֲנִי ה׳ מְקַדִּשְׁכֶם״, אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מַתָּנָה טוֹבָה יֵשׁ לִי בְּבֵית גְּנָזַי וְשַׁבָּת שְׁמָהּ, וַאֲנִי מְבַקֵּשׁ לִיתְּנָהּ לְיִשְׂרָאֵל, לֵךְ וְהוֹדִיעָם. מִכָּאן אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: הַנּוֹתֵן פַּת לְתִינוֹק, צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לְאִמּוֹ. מַאי עֲבִיד לֵיהּ? אָמַר אַבַּיֵּי: שָׁאֵיף לֵיהּ מִשְׁחָא, וּמָלֵי לֵיהּ כֻּוחְלָא. וְהָאִידָּנָא דְּחָייְשִׁינַן לִכְשָׁפִים מַאי? אָמַר רַב פָּפָּא: שָׁאֵיף לֵיהּ מֵאוֹתוֹ הַמִּין.

Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer, car il est dit : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie » (Chemot 31, 13). On a enseigné de même dans une baraita : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie » - le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : J'ai un bon cadeau dans Ma maison des trésors, et Chabbat est son nom ; Je veux le donner à Israël ; va, et informe-les.

D'ici, Rabban Chimon ben Gamliel a dit : celui qui donne du pain à un enfant doit en informer sa mère. Que lui fait-il ?

Abaye a dit : il l'enduit d'huile et lui met du khôl (fard) aux yeux. Et aujourd'hui, où nous craignons la sorcellerie, qu'en est-il ?

Rav Papa a dit : il l'enduit de ce même aliment.

📜 Rachi (5)
צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ מַתַּן פְּלוֹנִי אֶתֵּן לְךָ וְזֶהוּ דֶּרֶךְ כָּבוֹד דְּשֶׁמָּא יִתְבַּייֵּשׁ לְקַבְּלָהּ וּמִתּוֹךְ כָּךְ מִתְרַצִּין בִּדְבָרִים וְאֵינוֹ בּוֹשׁ בַּדָּבָר וְכֵן אִם נְתָנָהּ בְּבֵיתוֹ שֶׁלֹּא מִיְּדִיעָתוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ שֶׁמִּיָּדוֹ בָּאָה לוֹ שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ יְהֵא אוֹהֲבוֹ:
Doit l'en informer - (en lui disant :) je te donnerai tel cadeau. C'est une manière respectueuse, car peut-être aurait-il honte de l'accepter ; ainsi ils s'accordent par la parole, et il n'a pas honte de la chose. De même, s'il l'a donné dans sa maison à son insu, il doit lui faire savoir que c'est de sa main que le cadeau lui vient, afin que, par cela, il l'aime.
לָדַעַת כִּי אֲנִי ה' וְגוֹ' לְהוֹדִיעָם אֲנִי בָּא שֶׁאֲנִי רוֹצֶה לְקַדְּשָׁם:
Pour savoir que Je suis Hachem, etc. - Je viens les informer que Je veux les sanctifier.
שָׁייֵף לֵיהּ מִשְׁחָא יְשַׁפְשְׁפֶנּוּ בְּשֶׁמֶן בֵּין עֵינָיו דָּבָר הַנִּרְאֶה שֶׁתִּשְׁאָלֶנּוּ אִמּוֹ מִי עָשָׂה כֵּן וְיֹאמַר לָהּ הַתִּינוֹק פְּלוֹנִי עָשָׂה וְגַם פַּת נָתַן לִי:
Il l'enduit d'huile - il le frotte d'huile entre les yeux, chose visible, afin que sa mère lui demande qui a fait cela ; l'enfant lui dira : un tel l'a fait, et il m'a aussi donné du pain.
וּמָלֵי לֵיהּ כֻּוחְלָא נוֹתֵן כְּחוֹל סְבִיב עֵינוֹ וְכֵן לְשׁוֹנוֹ בַּתַּלְמוּד:
Et lui met du khôl - il met du khôl autour de son œil ; c'est ainsi que s'exprime le Talmud.
לִכְשָׁפִים שֶׁתַּחְשְׁדֶנּוּ שֶׁכִּשְּׁפוֹ:
La sorcellerie - (on craint) qu'elle le soupçonne de l'avoir ensorcelé.
🗂️ Tossefot (1)
הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵרוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ וְדַוְקָא בְּמַתָּנָה שֶׁנּוֹתֵן לוֹ ע"י אַהֲבָה שֶׁאֵין הַמְקַבֵּל מִתְבַּיֵּישׁ אֲבָל הַנּוֹתֵן צְדָקָה שֶׁהַמְקַבֵּל מִתְבַּיֵּישׁ מַתָּן בַּסֵּתֶר יִכְפֶּה אָף (מִשְׁלֵי כ״א:י״ד):
Celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer - Cela vaut seulement pour un cadeau donné par affection, dont le bénéficiaire n'a pas honte ; mais pour celui qui donne la tsedaka, dont le bénéficiaire a honte, (on applique :) « un don en secret apaise la colère » (Michle 21, 14).
🪔 Ben Yehoyada (3)
הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵרוֹ, צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. לְפִי מַה שֶּׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל שֶׁיֹּאמַר לוֹ תְּחִלָּה מַתַּן פְּלוֹנִי אֶתֵּן לְךָ מְדֻוקְדָּק לָשׁוֹן 'הַנּוֹתֵן' שֶׁלֹּא אָמַר 'אִם נָתַן' גַּם נִיחָא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַב בְּהָכִי דְּאִם לֹא כֵן מַאי מוֹסִיף עַל רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, וּלְכָךְ בָּחַר רַשִׁ"י בְּדֶרֶךְ זֶה בַּתְּחִלָּה.
Celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer. Selon ce qu'a écrit Rachi, qu'il lui dise d'abord « je te donnerai tel cadeau », l'expression « celui qui donne » (ha-noten) est précise : il n'a pas dit « s'il a donné ». Il est aussi commode d'expliquer ainsi les paroles de Rav, car sinon, qu'ajoute-t-il à Rabban Chimon ben Gamliel ? C'est pourquoi Rachi a choisi cette voie en premier.
אָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מַתָּנָה טוֹבָה יֵשׁ לִי בְּבֵית גְּנָזַי, וְ'שַׁבָּת' שְׁמָהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ 'טוֹבָה' הָא וַדַּאי דְּמַתְּנַת הקב"ה טוֹבָה הִיא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז לוֹ עַל אוֹרוֹת הַמֹּוחִין הַנִּמְשָׁכִים בְּיוֹם שַׁבָּת שֶׁהֵם אוֹרוֹת חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] שֶׁהֵם י"ה שֶׁמִּסְפָּרָם ט"ו, וְחָלַק תֵּיבַת 'טוֹבָה' לִשְׁתַּיִם וַתִּקְרֶאנָה 'ט"ו בָּהּ' וְלָכֵן א"ל בְּבֵית גִּנְזֵי כִּי חו"ב נִסְתָּרִים בְּסוֹד (דְּבָרִים כט, כח) הַנִּסְתֶּרֶת לָהּ' אֱ-לֹהֵינוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ בְּבֵית גִּנְזֵי עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת (דַּף ס"ג ע"ב וע"ג) עִנְיַן הַשַּׁבָּת יֵשׁ בּוֹ ב' בְּחִינוֹת, אַחַת בְּחִינַת ז' שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת נַעֲשִׂים ז' ז' עַד רֵישָׁא עִילָּא דְּלָא אִתְיַדָּע הַנִּקְרָא עַתִּיק יוֹמִין, וּבְחִינַת הַב' שֶׁל י"ג שֶׁכָּל הָעוֹלָמוֹת נַעֲשִׂים בְּיוֹם שַׁבָּת י"ג י"ג, וז"ס [וְזֶה סוֹד] אַתָּה אֶחָד [13] וְשִׁמְךָ אֶחָד [13] י"ג י"ג עַיֵּין שָׁם. גַּם כָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁבָּת מִתְגַּלֶּה נֹועַם מִסּוֹד הַבִּינָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ נוּ"ן [50] שְׁעָרִים כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת יְעֻויַּן שָׁם. וְעַל זֶה רָמַז בְּאוֹמְרוֹ יֵשׁ לִי בְּבֵית גְּנָזַי תֵּיבַת גִּנְזֵי הִיא ז' י"ג נוּ"ן. גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד גִּנְזֵי אוֹתִיּוֹת ג ' זַיִ"ן רֶמֶז לְשֵׁם 'אֶהְיֶה' [21] שֶׁמִּסְּפָרוֹ ג' פְּעָמִים ז' [3×7=21] וְהוּא סוֹד הַבְּרִיאָה הַמִּתְגֶּלֶית בְּיוֹם הַשַּׁבָּת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת בְּסוֹד וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי נִתְעַלָּה וְיָשַׁב עַל כִּסֵּא כְּבוֹדוֹ.
Le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : J'ai un bon cadeau dans Ma maison des trésors, et « Chabbat » est son nom. On peut demander : pourquoi a-t-il fallu préciser « bon » ? Le cadeau du Saint, béni soit-Il, est évidemment bon ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui fit allusion aux lumières des mohin (facultés de l'intellect) qui s'épanchent le jour du Chabbat, les lumières de ''Hokhma et Bina (sagesse et intelligence), qui correspondent aux lettres youd-hé, dont la valeur numérique est quinze. Il a divisé le mot « tova » (bon) en deux, pour le lire « têt-vav ba » (quinze en lui). C'est pourquoi Il dit « dans Ma maison des trésors », car ''Hokhma et Bina sont cachées, selon le sod de « les choses cachées sont à Hachem notre D.ieu » (Devarim 29, 28). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, (qu'il faut comprendre) « dans Ma maison des trésors » selon ce qui est écrit dans le Sefer ha-Kavanot (63b-c) : le Chabbat comporte deux aspects. L'un est l'aspect de sept, car tous les mondes deviennent sept et sept, jusqu'à la Tête supérieure inconnaissable, appelée Atik Yomin ; le second est l'aspect de treize, car tous les mondes deviennent, le jour du Chabbat, treize et treize ; c'est le sod de « Tu es Un (ehad, 13) et Ton Nom est Un (13) », treize et treize ; voir là-bas. Notre maître a aussi écrit qu'au Chabbat se révèle la douceur (noam) issue du sod de Bina, qui comporte cinquante portes, comme il est mentionné dans le Sefer ha-Kavanot ; voir là-bas. C'est à cela qu'Il fait allusion en disant « J'ai dans Ma maison des trésors » : le mot « guenazai » (Mes trésors) contient zayin (7), youd-guimel (13) et noun (50). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « guenazai » contient les lettres « guimel zayin » (trois fois sept), allusion au Nom E-hye (21), dont la valeur est trois fois sept (3x7=21) ; c'est le sod du monde de la Beria qui se révèle le jour du Chabbat, comme il est écrit dans le Sefer ha-Kavanot, selon le sod de « et le septième jour, Il s'éleva et s'assit sur le trône de Sa gloire ».
וְאוֹמְרוֹ שַׁבָּת שְׁמָהּ. מַשְׁמַע דְּרָמַז לוֹ בָּזֶה חִידּוּשׁ אַחֵר בִּקְרִיאַת הַשֵּׁם וּמַחְוֵי לֵיהּ לְמֵידַק בִּשְׁמָהּ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָמַז לוֹ לְמֵידַק בְּשֵׁם הַמַּתָּנָה וּמִזֶּה יָבִין מַעֲלָתָהּ, כִּי עֹוצֶם מַעֲלָתָהּ רָמוּז בִּשְׁמָהּ שֶׁנִּקְרֵאת 'שַׁבָּת' וְאוֹתִיּוֹת אֵלּוּ בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה שִׁי"ן בֵּי"ת ת"ו הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'שנ"י תיבו"ת' וְנִרְמָז בָּזֶה מַעֲלַת הַשַּׁבָּת דִּכְתִיב בֵּיהּ זָכוּר וּכְתִיב בֵּיהּ שָׁמוּר, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל זָכוֹר וְשָׁמוֹר בְּדִבּוּר אֶחָד נֶאֶמְרוּ, וּשְׁנֵי תֵּיבוֹת אֵלּוּ שֶׁל זָכוּר וּשְׁמֹור שֶׁנֶּאֶמְרוּ כְּדֶרֶךְ פֶּלֶא הֵם זָכוּר עַל קְדֻושָּׁתוֹ וּשְׁמֹור עַל שְׁמִירַת מִצְוֹתָיו, וְלָכֵן מִי שֶׁיֶּשְׁנוֹ בִּשְׁמִירָה יֶשְׁנוֹ בִּזְכִירָה וְזֶהוּ לְפִי פְּשׁוּטָן, אֲבָל לְסוֹדָן זָכוּר לִדְכוֹרָא שָׁמוּר לְנָוקְבָהּ כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ. נִמְצָא מַעֲלוֹת הַמַּתָּנָה הַזֹּאת בְּנִגְלֶה וּבְנִסְתָּר רְמוּזִים בִּשְׁנֵי תֵּיבוֹת שֶׁל זָכוּר וּשְׁמֹור שֶׁנֶּאֶמְרוּ בְּדִיבּוּר אֶחָד, וְהֵמָּה רְמוּזִים בִּשְׁמָהּ שֶׁהוּא תֵּיבָה אַחַת שֶׁאוֹתִיּוֹת 'שַׁבָּת' בְּמִילּוֹאָם הֵם אוֹתִיּוֹת 'שנ"י תיבו"ת'. אִי נָמֵי נ"ל בס"ד הָא דא"ל וְ 'שַׁבָּת' שְׁמָהּ מַחְוֵי לֵיהּ בְּמָחוֹג עַל הַטּוֹב שֶׁלָּהּ שֶׁרָמוּז בִּשְׁמָהּ, כִּי טוֹב שֶׁל הַשַּׁבָּת הוּא תּוֹסְפוֹת נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] שֶׁהֵם רְמוּזִים בְּאוֹת שִׁי"ן שֶׁיֵּשׁ לָהּ ג' קַוִּין כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן נִקְרֵאת שב"ת ב'ת ש'. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָמוּז בִּשְׁמָהּ עִנְיָן גָּדוֹל שֶׁיִּהְיֶה לְיִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד לָבֹא, שֶׁכָּל אֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל מְשַׁמְּשִׁין לוֹ שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת [2800] עֲבָדִים וְכַנִּזְכָּר לְקַמָּן (דַּף ל"ב), וְזֶה נִרְמַז בְּשֵׁם שַׁבָּת שֶׁהוּא 'שָׁב ת' וְהַיְינוּ שָׁב רְצוֹנוֹ לוֹמַר שִׁבְעָה כְּמוֹ 'שָׁב שְׁמַעְתְּתָא' וְשִׁבְעָה פְּעָמִים ת' עוֹלֶה שְׁנֵי אֲלָפִים וּשְׁמוֹנֶה מֵאוֹת [7×400=2800] .
Et Il dit : « Chabbat est son nom ». Cela indique qu'Il lui signalait par là une nouveauté supplémentaire dans l'attribution du nom, et lui montrait qu'il fallait examiner son nom. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui indiqua d'examiner le nom du cadeau pour en comprendre la valeur : la grandeur de sa valeur est évoquée dans son nom, « Chabbat ». Ces lettres, écrites en toutes lettres (milouy) ainsi : chin-youd-noun, beit-youd-tav, tav-vav, forment les lettres de « chenei tevot » (deux mots). Cela évoque la valeur du Chabbat, à propos duquel il est écrit « Zakhor » (souviens-toi) et « Chamor » (garde) ; nos maîtres ont dit que Zakhor et Chamor furent prononcés en une seule parole. Ces deux mots, Zakhor et Chamor, dits de manière prodigieuse, sont : Zakhor pour sa sainteté et Chamor pour la garde de ses commandements ; c'est pourquoi celui qui est soumis à la garde est soumis au souvenir. Tel est leur sens simple ; mais selon leur sod, Zakhor correspond au masculin et Chamor au féminin, comme il est mentionné dans le saint Zohar. Il en résulte que les qualités de ce cadeau, dans le révélé et dans le caché, sont évoquées par les deux mots Zakhor et Chamor, dits en une seule parole, et ceux-ci sont évoqués dans son nom, qui est un seul mot, car les lettres de « Chabbat » écrites en toutes lettres forment « chenei tevot ». Autre explication, il me semble, avec l'aide du Ciel : en lui disant « et Chabbat est son nom », Il lui montrait du doigt le bien qu'il contient, évoqué dans son nom ; car le bien du Chabbat est l'ajout de NaRaN (nefech, roua'h, nechama), évoqués par la lettre chin, qui a trois branches, comme on le sait ; c'est pourquoi il s'appelle Ch-B-T : « bat chin ». Autre explication, il me semble, avec l'aide du Ciel : son nom évoque une grande chose qui adviendra à Israël dans le monde futur, où chacun d'Israël sera servi par deux mille huit cents serviteurs, comme il est mentionné plus loin (32b) ; cela est évoqué dans le nom Chabbat, qui se lit « chev tav » : « chev » signifie sept, comme dans « chev chemaata » (sept enseignements), et sept fois tav (400) font deux mille huit cents (7x400=2800).
💡 Explication

Deuxième enseignement de la série de Rav : celui qui fait un cadeau doit en informer le bénéficiaire. La preuve vient du Chabbat. Hachem aurait pu donner le Chabbat sans commentaire ; Il charge Moche d'informer Israël : « pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie ».

Rabban Chimon ben Gamliel en tire une application concrète : celui qui donne du pain à un enfant doit faire en sorte que la mère le sache. Abaye propose de marquer l'enfant (huile, khôl) pour que la mère pose la question ; Rav Papa, à une époque où l'on craint les accusations de sorcellerie, préfère l'enduire du même aliment, dont la provenance est évidente.

Rachi donne deux raisons : éviter la honte de celui qui reçoit, et susciter l'affection entre les deux. Tossefot limite la règle au cadeau d'amitié : la tsedaka se donne en secret.

5
אִינִי וְהָאָמַר רַב חָמָא (בַּר) [בְּרַבִּי] חֲנִינָא: הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵירוֹ אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמֹשֶׁה לֹא יָדַע כִּי קָרַן עוֹר פָּנָיו בְּדַבְּרוֹ אִתּוֹ״! — לָא קַשְׁיָא: הָא בְּמִילְּתָא דַּעֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי, הָא בְּמִילְּתָא דְּלָא עֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי. וְהָא שַׁבָּת, דַּעֲבִידָא לְגַלּוֹיֵי? — מַתַּן שְׂכָרָהּ לָא עָבֵיד לִגַלּוֹיֵי.

Est-ce vrai ? Rav Hama beRabbi Hanina n'a-t-il pas dit : celui qui fait un cadeau à son prochain n'a pas besoin de l'en informer, car il est dit : « Et Moche ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, quand Il lui parlait » (Chemot 34, 29) ! - Ce n'est pas difficile : l'un traite d'une chose destinée à se révéler, l'autre d'une chose qui n'est pas destinée à se révéler. - Mais le Chabbat est destiné à se révéler ! - Le don de sa récompense n'est pas destiné à se révéler.

📜 Rachi (2)
לְאִגַּלּוֹיֵי מִי נָתְנוּ לוֹ:
À se révéler - (on saura) qui le lui a donné.
מַתַּן שְׂכָרָהּ כו' וְהוּא הוֹדִיעָם [ע"י מֹשֶׁה] בְּעַל פֶּה מַה שְׂכָרָהּ:
Le don de sa récompense, etc. - Et Il leur fit connaître (par Moche), oralement, quelle est sa récompense.
💡 Explication

Objection : Hachem a donné à Moche un visage rayonnant sans le lui dire, ce qui semble prouver qu'on n'a pas besoin d'informer. La Guemara distingue : quand le cadeau finira par être connu, avec l'identité du donateur (le visage de Moche serait vu de tous), il n'est pas nécessaire d'informer ; quand il risque de rester inconnu, il faut informer.

Le Chabbat, lui, sera connu de tous comme commandement. Ce qui ne se révèle pas de soi-même, c'est sa récompense (matan secharah) : c'est elle que Moche devait faire connaître, oralement selon Rachi.

🖼️ Schéma
Faut-il informer celui qui reçoit un cadeau ? Rav : il faut informer Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie (Chemot 31, 13) Rav Hama b. Hanina : inutile Moche ne savait pas que la peau de son visage rayonnait (Chemot 34, 29) Chose qui ne se révélera pas d'elle-même : informer Chose destinée à se révéler (le visage de Moche) : inutile Le Chabbat sera connu de tous : pourquoi informer ? Sa récompense (matan secharah) ne se révèle pas d'elle-même.
Les deux enseignements conciliés : ce qui se révèle et ce qui ne se révèle pas.
6
רַב חִסְדָּא הֲוָה נָקֵיט בִּידֵיהּ תַּרְתֵּי מַתְּנָתָא דְתוֹרָא, אָמַר: כָּל מַאן דְּאָתֵי וְאָמַר לִי שְׁמַעְתָּתָא חַדְתָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יָהֵיבְנָא לֵיהּ נִיהֲלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא בַּר מַחְסֵיָא, הָכִי אָמַר רַב: הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵירוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָדַעַת כִּי אֲנִי ה׳ מְקַדִּשְׁכֶם״. יָהֲבָה נִיהֲלֵיהּ. אֲמַר חֲבִיבִין עֲלָךְ שְׁמַעְתָּתָא דְּרַב כֻּולֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אֲמַר לֵיהּ: הַיְינוּ דְּאָמַר רַב: מִילְּתָא אַלְּבִישַׁייְהוּ יַקִּירָא. אֲמַר לֵיהּ: אָמַר רַב הָכִי?! בָּתְרָיְיתָא עֲדִיפָא לִי מִקַּמָּיְיתָא, וְאִי הֲוָה נָקֵיטְנָא אַחֲרִיתִי, יָהֵיבְנָא לָךְ.

Rav Hisda tenait dans sa main deux dons (matanot) de bœuf. Il dit : quiconque viendra me dire un enseignement nouveau au nom de Rav, je les lui donnerai.

Rava bar Mahsseya lui dit : ainsi a dit Rav : celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer, car il est dit : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie ». Il les lui donna.

(Rava bar Mahsseya) lui dit : les enseignements de Rav te sont-ils si chers ? Il répondit : oui.

Il lui dit : c'est ce qu'a dit Rav : l'étoffe fine (milta) est précieuse pour ceux qui la portent. Il lui dit : Rav a dit cela ?!

Le dernier m'est plus précieux que le premier ; et si j'en tenais un autre, je te le donnerais.

📜 Rachi (4)
רַב חִסְדָּא כֹּהֵן הֲוָה כִּדְאָמְרִינַן (בְּרָכוֹת פ"ו דַּף מד.) גַּבֵּי עִיר אַחַת הָיְתָה בא"י וּבָהּ שְׁמֹונִים זוּגוֹת אַחִים כֹּהֲנִים הַנְּשׂוּאִים שְׁמוֹנִים זוּגוֹת אֲחָיוֹת כֹּהֲנוֹת וּבְדַקוּ מִסּוּרָא עַד נְהַרְדְּעָא וְלָא אַשְׁכַּחוּ אֶלָּא תַּרְתֵּי בְּנֹתֶיהָ דְּרַב חִסְדָּא דְּהָווּ נְסִיבִי לְרָמִי בַּר חָמָא וּלְמָר עֻוקְבָא בַּר חָמָא:
Rav Hisda - était cohen, comme nous le disons (Berakhot 44a) à propos d'une ville en terre d'Israël où il y avait quatre-vingts paires de frères cohanim mariés à quatre-vingts paires de sœurs issues de cohanim ; on chercha de Soura jusqu'à Neharde'a et l'on ne trouva que les deux filles de Rav Hisda, mariées à Rami bar Hama et à Mar Oukva bar Hama.
הֲוָה נָקֵיט תַּרְתֵּי מַתְּנָתָא דְּתוֹרָא זוּג שֶׁל זְרוֹעַ לְחָיַיִם וְקֵיבָה שֶׁנִּתְּנָה לוֹ וְרַשַּׁאי לְהַאֲכִילָן לְיִשְׂרָאֵל ואע"ג דְּרַב חִסְדָּא בח"ל הֲוָה לָא יָלְפִינַן מֵהָכָא דְּמַתָּנוֹת נוֹהֲגוֹת בַּזְּמַן הַזֶּה דְּהָאִידָּנָא נְהוּג עָלְמָא כִּתְלָתָא סָבֵי (בְּרָכוֹת דַּף כב.) כְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה בְּכִלְאַיִם וּכְרַבִּי יְהוּדָה בִּטְבִילַת בַּעֲלֵי קְרָיִין לת"ת וּכְרַבִּי אִלְעַאי בְּרֵאשִׁית הַגֵּז שֶׁהָיָה אוֹמֵר אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בָּאָרֶץ וְכֵן מַתָּנוֹת בִּימֵי רַב חִסְדָּא אַכַּתִּי לָא נָהוּג כַּר' אִלְעַאי וּבִימֵי ר"נ בַּר יִצְחָק נָהוּג כְּוָותֵיהּ בְּרֵאשִׁית הַגֵּז וְלֹא בְּמַתָּנוֹת וְהַשְׁתָּא קָא חָזֵינָא דְּנָהוּג אַף בְּמַתָּנוֹת וְכִי הֵיכִי דְּאָחֲזוּ בְּמִנְהָג בְּרֵאשִׁית הַגֵּז בִּימֵי ר"נ וְלָא מְחֵינָא בְּהוּ וּנְהַגְנָא כּוֹלָּא כְּוָותֵיהּ הַשְׁתָּא דְּנָהוּג אַף בְּמַתָּנוֹת לָא מַשְׁנִינַן מִנְהָגָא:
Il tenait deux dons de bœuf - une paire parmi l'épaule, les mâchoires et la caillette, qu'on lui avait donnés ; il a le droit de les faire manger à un Israël (non-cohen). Et bien que Rav Hisda fût hors de la terre d'Israël, nous n'apprenons pas d'ici que les dons s'appliquent à notre époque ; car aujourd'hui l'usage général suit les trois anciens (Berakhot 22a) : Rabbi Yochiyya pour les kilayim, Rabbi Yehouda pour l'immersion des baalei keri en vue de l'étude de la Torah, et Rabbi Ilai pour les prémices de la tonte (rechit ha-gez), qui disait qu'elles ne s'appliquent qu'en terre (d'Israël). Pour les dons, aux jours de Rav Hisda, on ne suivait pas encore Rabbi Ilai ; aux jours de Rav Nahman bar Yitshak, on le suivait pour les prémices de la tonte mais pas pour les dons ; et maintenant nous voyons qu'on le suit aussi pour les dons. De même qu'aux jours de Rav Nahman on s'est tenu à cet usage pour les prémices de la tonte, sans qu'on proteste, et que tous se sont conduits selon lui, maintenant qu'on le suit aussi pour les dons, nous ne changeons pas l'usage.
חַדְתָּא חֲדָשָׁה שֶׁלֹּא שְׁמַעְתִּיהָ:
Nouveau - nouveau, que je n'ai pas entendu.
מִילְּתָא אַלְבֵּישִׁי' יַקִּירָא מְעִיל דָּמָיו יְקָרִים לְמִי שֶׁרָגִיל לְלָובְשׁוֹ כְּלוֹמַר לְפִי שֶׁאַתָּה תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב וְרָגִיל בִּשְׁמוּעוֹתָיו אַתָּה מְחַזֵּר אַחֲרֵיהֶם:
L'étoffe fine est précieuse pour ceux qui la portent - un manteau a une grande valeur pour celui qui a l'habitude de le porter ; c'est-à-dire : parce que tu es l'élève de Rav et habitué à ses enseignements, tu les recherches.
🗂️ Tossefot (1)
יָהֲבָה נִיהֲלֵיהּ דְּמֻותֶּרֶת לְזָרִים כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְהָכִי מוֹכַח בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין קלב.) וְהָא דְּאָמַר בפ"ב דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כֹּה.) חֲזָקָה לִכְהֻונָּה חִילּוּק מַתָּנוֹת כְּגוֹן שֶׁמֵּעִיד לוֹ דִּבְתוֹרַת כְּהֻונָּה יָהֲבָה נִיהֲלֵיהּ:
Il les lui donna - car ils sont permis aux non-cohanim (zarim), selon l'explication du Kountrass (Rachi), et c'est ce qui ressort du chapitre ha-Zeroa (Houlin 132a). Quant à ce qui est dit au deuxième chapitre de Ketoubot (25a), que le partage des dons établit une présomption de kehouna, il s'agit par exemple du cas où (un témoin) atteste qu'il les lui a donnés à titre de cohen.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ: אָמַר רַב הָכִי? בָּתְרָיְתָא עֲדִיפָא לִי מִקַּמָּיְתָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שֶׁאָמַר 'אָמַר רַב הָכֵי' נִרְאֶה לְשׁוֹן יֶתֶר, וְעוֹד מַאי קָא מֻתְמָהּ 'אָמַר רַב הָכִי' הֲלֹא בְּוַדַּאי אָמַר כֵּן כֵּיוָן דְּהָכִי קָאָמַר רָבָא בַּר מְחַסְיָיא מִשְּׁמוֹ! וְעוֹד קְשָׁא תֵּיבַת 'לִי' נִרְאֶה לְלֹא צֹורֶךְ? וְעוֹד קְשָׁא אֵיךְ בַּתְרָיְתָא עֲדִיפָא לֵיהּ וַהֲלֹא קַמַּיְיתָא הִיא מִדִּבְרֵי תּוֹרָה דְּיָלֵיף לָהּ מִן הַפָּסוּק וּבָּתְרָיְיתָא נִרְאֵית מִלְּתָא בְּעָלְמָא מִכְּלָל מִילֵּי דְּעָלְמָא דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים מַה שֶׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל (בפ"ב מ"ה דֵּעוֹת) אִמְרוּ עַל רַב תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ שֶׁלֹּא שִׂיחַ שִׂיחָה בְּטֵלָה כָּל יָמָיו וְזוֹ הִיא שִׂיחַת רֹוב כָּל אָדָם עַייֵּן שָׁם. וּמָרָן זַ"ל בְּכֶסֶף מִשְׁנֶה כָּתַב שֶׁלֹּא יָדַע הֵיכָן כָּתוּב דָּבָר זֶה בַּתַּלְמוּד עַל רַב, כִּי בַּתַּלְמוּד נִזְכַּר דָּבָר זֶה עַל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְעַיֵּין מִרְכֶּבֶת הַמִּשְׁנָה זַ"ל מַה שֶּׁכָּתַב בָּזֶה עַיֵּין שָׁם. וְכִמְדֻומֶּה לִי שֶׁרָאִיתִי בְּאֵיזֶה סֵפֶר שֶׁמֵּבִיא הוֹכָחָה מְקוֹר דָּבָר זֶה בַּתַּלְמוּד עַל רַב מִמַּה שֶׁנֶּאֱמַר בְּחֻולִּין (קי"א) אִתְּמַר דָּגִים שֶׁעָלוּ בַּקְּעָרָה רַב אָמַר אָסוּר לְאָכְלָן בְּכֻותָּח [מַאֲכָל הֶעָשׂוּי מֵחָלָב] דְּנוֹתֵן טַעַם הוּא וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֻותָּר דְּנוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם הוּא, וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִתְּמַר אֶלָּא מִכְּלָלָא אִתְּמַר, דְּרַב אִקְּלַע לְבֵי רַב שִׁימִי בַּר חִיָּיא בַּר בְּרֵיהּ חַשׁ בְּעֵינֵיהּ, עֲבַדוּ לֵיהּ 'שַׁיְיפָה בְּצָעָא' פֵּירוּשׁ עָשׂוּ לוֹ סַם בִּשְׁבִיל רְפוּאַת עֵינָיו בִּקְעָרָה, בָּתַר הָכִי רְמוֹ לֵיהּ תַּבְשִׁיל בְּאוֹתָהּ קְעָרָה וְטָעַם לֵיהּ טַעַם שֶׁל אוֹתוֹ הַסַּם, אֲמַר יָהֵיב טַעְמָא כֻּולֵּי הַאי, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל יָהֵיב הַסַּם טַעַם בַּקְּעָרָה כֻּולֵּי הַאי שֶׁחוֹזֵר וְנוֹתֵן טַעַם בַּתַּבְשִׁיל, וּמַאן דְּשָׁמַע מִמֶּנּוּ דְּבָרִים אֵלּוּ סָבַר דְּאִית לֵיהּ לְרַב נְתִינַת טַעַם בַּר נְתִינַת טַעַם בְּעָלְמָא לֶאֱסֹור עַייֵּן שָׁם. וּמִכָּאן מוּכָח דְּלָא שָׂח רַב שִׂיחַת חֻולִּין, דְּאִם לֹא כֵן מְנָא לֵיהּ לְמֵידַק שֶׁבָּא רַב לְלַמְּדֵנוּ דִּין בְּעִנְיַן נוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם בְּדִינֵי אִיסּוּרִין, וְדִלְמָא שִׂיחָה בְּעָלְמָא שָׂח עַל אוֹתוֹ הַסַּם לוֹמַר שֶׁהָיָה חָזָק הַרְבֵּה, אֶלָּא וַדַּאי לֹא שָׂח שִׂיחָה בְּטֵילָה שֶׁל חֻולִּין וְלֹא אָמַר דָּבָר זֶה אֶלָּא כְּדֵי לְלַמְּדֵנוּ דִּין בְּאִסּוּרִין שֶׁיֵּשׁ לֶאֱסֹור נוֹתֵן טַעַם בַּר נוֹתֵן טַעַם ע"כ שָׁמַעְתִּי אוֹ רָאִיתִי. אַךְ שֶׁיִּהְיֶה מָצִינוּ דְּרַב לֹא שָׂח שִׂיחָה בְּטֵלָה וְדָיְיקִי לָהּ מִדְּבָרִים הַנִּזְכָּר, וְעַל כֵּן וַדַּאי גַּם זֶה הַדָּבָר שֶׁאָמַר רַבִּי מִילְּתָא אַלַּבִּישַׁייְהוּ יַקִּירָא, אֵין דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן שֶׁהֵם מִילֵּי דְּעָלְמָא, כִּי רַב לֹא שָׂח שִׂיחָה כָּזֹאת וּבְוַדַּאי שֶׁאָמַר בָּזֶה דְּבַר סוֹד עָמֹוק וְרָמַז אוֹתוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ. וְלָכֵן כְּשֶׁשָּׁמַע רַב חִסְדָּא דָּבָר זֶה מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר רַב חִסְדָּא 'אָמַר רַב הָכִי?' פֵּירוּשׁ אִם הָיָה אוֹמֵר דָּבָר זֶה חָכָם אַחֵר הָיִינוּ אוֹמְרִים דְּבָרִים אֵלּוּ כִּפְשׁוּטָן שֶׁהֵם מִמִּילֵּי דְּעָלְמָא, אַךְ כֵּיוָן דְּאָמַר רַב הָכִי שֶׁהוּא לֹא שָׂח שִׂיחַת חֻולִּין דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי, וַדַּאי דְּבָרִים אֵלּוּ יֵשׁ בָּהֶם סוֹד נֶעְלַם וְיָקָר מְאֹד שֶׁהֵם מִדִּבְרֵי חֲכָמִים וְחִידֹותָם אֲשֶׁר יִרְמְזוּן בִּדְבָרִים פְּשׁוּטִים סוֹדוֹת עֲמֻוקִּים. וְלָכֵן דְּאִי בָּתְרָיְתָא עֲדִיפָא לִי מִקַּמָּיְתָא 'לִי' דַּיְיקָא, כִּי שְׁאָר בְּנֵי אָדָם שֶׁשּׁוֹמְעִין זֶה חוֹשְׁבִין זֶה מִמִּילֵּי דְּעָלְמָא אַךְ 'לִי' שֶׁאֲנִי יוֹדֵעַ דַּרְכּוֹ שֶׁל רַב דְּלָא שָׂח שִׂיחָה מִמִּילֵּי דְּעָלְמָא עֲדִיפָא הַאי בַּתְרָיְתָא, כִּי אֶצְלִי בָּרוּר הַדָּבָר שֶׁהַדְּבָרִים אֵלּוּ יֵשׁ בָּהֶם סוֹד עָמֹוק וְהֵם מִדִּבְרֵי חֲכָמִים וְחִידֹותָם.
Il lui dit : Rav a dit cela ? Le dernier m'est plus précieux que le premier. On peut demander : « Rav a dit cela » semble superflu ; de plus, de quoi s'étonne-t-il en disant « Rav a dit cela », puisqu'il l'a certainement dit, Rava bar Mahsseya le rapportant en son nom ! Autre difficulté : le mot « m'(est) » (li) semble inutile. Autre difficulté : comment le dernier peut-il lui être plus précieux, alors que le premier est une parole de Torah, puisqu'il l'apprend d'un verset, et que le dernier paraît être un simple propos du langage courant, de ce que disent les gens ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, (de répondre) en posant d'abord ce qu'a écrit le Rambam (Hilkhot Deot 2, 5) : on a dit de Rav, élève de notre saint maître, qu'il ne tint jamais de conversation vaine de toute sa vie, alors que c'est la conversation de la plupart des hommes ; voir là-bas. Maran, dans le Kessef Michne, a écrit qu'il ne savait pas où cela est écrit dans le Talmud à propos de Rav, car dans le Talmud cela est dit de Rabbi Yo'hanan ben Zakkai ; voir ce qu'a écrit le Mirkevet ha-Michne à ce sujet. Il me semble avoir vu dans un livre une preuve de la source de cela dans le Talmud à propos de Rav, à partir de ce qui est dit dans Houlin (111b) : il a été énoncé : des poissons qui ont été posés dans un plat (de viande), Rav dit qu'il est interdit de les manger avec du koutah (un mets fait de lait), car il y a transmission de goût (noten taam) ; Chemouel dit que c'est permis, car c'est un goût transmis au second degré (noten taam bar noten taam). La position de Rav n'a pas été énoncée explicitement, mais déduite : Rav se rendit chez Rav Chimi bar Hiya, son petit-fils, qui souffrait des yeux ; on lui prépara un onguent dans un plat ; ensuite on y mit pour lui un plat cuisiné, et il y goûta le goût de ce remède ; il dit : il transmet tant de goût ! Rachi explique : le remède transmet au plat tant de goût qu'il le retransmet au plat cuisiné. Celui qui entendit de lui ces paroles pensa que Rav tient qu'un goût transmis au second degré interdit en général ; voir là-bas. D'ici il est prouvé que Rav ne tenait pas de conversation profane ; sinon, d'où (cet auditeur) aurait-il déduit que Rav venait nous enseigner une loi sur le goût transmis au second degré dans les lois des interdits ? Peut-être parlait-il simplement de ce remède, pour dire qu'il était très fort. Il faut donc que Rav ne tenait pas de conversation vaine et profane, et qu'il n'a dit cela que pour nous enseigner une loi sur les interdits : qu'il faut interdire le goût transmis au second degré. Fin (de ce que) j'ai entendu ou vu. Quoi qu'il en soit, nous trouvons que Rav ne tenait pas de conversation vaine, et on le déduit des paroles citées. C'est pourquoi, assurément, cette chose aussi que Rav a dite, « l'étoffe fine est précieuse pour ceux qui la portent », ces paroles ne sont pas à prendre au sens simple, comme des propos du langage courant, car Rav ne tenait pas une telle conversation ; il a certainement dit par là un sod profond et l'a évoqué par ces paroles. C'est pourquoi, lorsque Rav Hisda entendit cela au nom de Rav, il dit : « Rav a dit cela ? », c'est-à-dire : si un autre sage avait dit cela, nous aurions pris ces paroles au sens simple, comme des propos courants ; mais puisque Rav l'a dit, lui qui ne tenait pas de conversation profane comme en tiennent les gens, ces paroles contiennent assurément un sod caché et très précieux, et font partie des paroles des sages et de leurs énigmes, qui évoquent par des mots simples des secrets profonds. C'est pourquoi « le dernier m'est plus précieux que le premier » : « m'(est) » précisément, car les autres hommes qui entendent cela pensent que ce sont des propos courants ; mais pour moi, qui connais la manière de Rav de ne pas tenir de propos courants, ce dernier est plus précieux, car pour moi il est clair que ces paroles contiennent un sod profond et font partie des paroles des sages et de leurs énigmes.
וְאִי הֲוָה נָקֵיטְנָא אַחֲרִיתָא, יָהֵיבְנָא לָךְ. מַקְשִׁים כֵּיוָן דַּעֲדִיפָא לִי מִקַּמַּיְתָא לֹא דַּי לוֹ בְּאַחַת כִּי צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן יוֹתֵר מִמַּה שֶׁנָּתַן עַל קַמַּיְיתָא? וְיֵשׁ בָּזֶה תֵּירוּץ פָּשׁוּט דְּהָכִי קָאָמַר אִי הֲוָה נָקֵיטְנָא אַחַת עוֹד עִם הַשְּׁנִיִּים שֶׁהָיוּ בְּיָדִי הָיִיתִי נוֹתֵן אֶת שְׁלָשְׁתָּם לְךָ עַל זֹאת הַשְּׁמוּעָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם כַּוָּנָתוֹ כִּפְשׁוּטָהּ אִי נָקֵיטְנָא אַחַת עַתָּה בְּיָדִי הֲוָה יָהֵיבְנָא לָךְ עַל שְׁמוּעָה זוֹ הָאַחֲרוֹנָה. וְאַף עַל גַּב דְּבֶאֱמֶת הָאַחֲרוֹנָה עֲדִיפָה לֵיהּ מִכָּל מָקוֹם הָרִאשׁוֹנָה הִתְנָה עָלֶיהָ בְּפֵירוּשׁ בַּתְּחִילָּה, וְאִם כֵּן הוּא הָיָה מֻוכְרָח לִיתֵּן תַּרְתֵּי מַתְּנָתָא דַּהֲוָה בִּידֵיהּ כִּי כֵן הִתְנָה וְאָמַר מֵעִיקָּרָא, אַךְ הָאַחֲרוֹנָה אָמַר לוֹ רַבָּה מֵאֵילָיו וְלֹא הִתְנָה שֶׁיִּתֵּן לוֹ כְּלוּם עַל דָּבָר אַחֵר שֶׁיֹּאמַר לוֹ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב, וְאִם כֵּן אֵין לוֹ חִיּוּב בָּזֶה הַמַּתָּנָה וְלָזֶה אָמַר הֲוָה יָהֵיבְנָא לָךְ וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין אֲנִי חַייָּב בָּזֶה שֶׁלֹּא הִתְנֵיתִי, וְאַתָּה אָמַרְתָּ גַּם כֵּן לִי בְּחִנָּם מֵאֵלֶיךָ שֶׁלֹּא נִתְכַּוַּונְתָּ לִיקַּח כְּלוּם.
Et si j'en tenais un autre, je te le donnerais. On demande : puisque (le dernier) lui est plus précieux que le premier, un seul ne suffit pas, car il devrait donner davantage que ce qu'il a donné pour le premier ? Il y a à cela une réponse simple : il veut dire que s'il avait tenu un de plus avec les deux qu'il avait en main, il lui aurait donné les trois pour cet enseignement. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que son intention est en fait selon le sens simple : si j'en tenais maintenant un dans la main, je te le donnerais pour ce dernier enseignement. Et bien que le dernier lui fut en vérité plus précieux, il avait expressément posé une condition au sujet du premier, au début ; il était donc obligé de donner les deux dons qu'il avait en main, car c'est ce qu'il avait stipulé et dit au départ. Mais le dernier, Rava le lui a dit de lui-même, et (Rav Hisda) n'avait pas stipulé qu'il lui donnerait quoi que ce soit pour une autre chose qu'il lui dirait au nom de Rav ; il n'avait donc pas d'obligation pour ce cadeau. C'est pourquoi il dit « je te le donnerais », bien que je n'y sois pas obligé, n'ayant pas posé de condition, et que toi aussi tu me l'aies dit gratuitement, de toi-même, sans avoir l'intention de prendre quoi que ce soit.
💡 Explication

Récit illustrant l'enseignement précédent. Rav Hisda, cohen selon Rachi, détient deux des matanot (dons dus au cohen sur l'animal abattu : épaule, mâchoires, caillette) et les promet à qui lui apportera un enseignement inédit de Rav. Rava bar Mahsseya lui rapporte justement la règle du cadeau qu'on doit annoncer, et la reçoit en récompense.

Il ajoute alors un proverbe de Rav : milta alevichaihou yakira, l'étoffe fine est chère à ceux qui ont l'habitude de la porter. Rachi : l'élève habitué aux enseignements de son maître en connaît la valeur et les recherche. Rav Hisda préfère ce second enseignement au premier.

Tossefot justifie que Rav Hisda ait pu donner les dons à un non-cohen. Rachi explique pourquoi on ne donne plus ces dons hors d'Israël : l'usage suit Rabbi Ilai.

7
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: לְעוֹלָם אַל יְשַׁנֶּה אָדָם בְּנוֹ בֵּין הַבָּנִים, שֶׁבִּשְׁבִיל מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים מֵילָת שֶׁנָּתַן יַעֲקֹב לְיוֹסֵף יוֹתֵר מִשְּׁאָר בָּנָיו, נִתְקַנְּאוּ בּוֹ אֶחָיו וְנִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר וְיָרְדוּ אֲבוֹתֵינוּ לְמִצְרַיִם.

Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : qu'un homme ne distingue jamais un de ses fils parmi les fils, car à cause du poids de deux sela'im de laine fine (milat) que Yaakov donna à Yossef de plus qu'à ses autres fils, ses frères furent jaloux de lui, la chose s'enchaîna, et nos pères descendirent en Égypte.

📜 Rachi (1)
מִשְׁקַל ב' סְלָעִים לָאו דַּוְקָא נְקַט בְּתַלְמִידֵי רַבֵּינוּ יִצְחָק הַלֵּוִי מָצָאתִי כְּתֹונֶת פַּסִּים סָבִיב פַּס יָדוֹ נָתַן מִילָת וְלֹא כָּל הַכֻּתֹּונֶת:
Le poids de deux sela'im - ce chiffre n'est pas précis. Dans (les écrits des) élèves de notre maître Yitshak ha-Levi, j'ai trouvé : (dans) la tunique rayée (ketonet passim), il mit de la laine fine autour de la bande du poignet, et non dans toute la tunique.
🗂️ Tossefot (1)
ה"ג נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר וְיָרְדוּ אֲבוֹתֵינוּ לְמִצְרַיִם ואע"ג דִּבְלָאו הָכֵי נִגְזַר דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ט״ו:י״ג) וַעֲבָדוּם וְעִנּוּ אוֹתָם שֶׁמָּא לֹא הָיָה נִגְזַר עֲלֵיהֶם עִינּוּי כ"כ אֶלָּא ע"י זֶה שֶׁהֲרֵי אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה הִתְחִילוּ קֹודֶם שֶׁנּוֹלַד יִצְחָק ל' שָׁנִים:
Notre leçon est : « la chose s'enchaîna et nos pères descendirent en Égypte » - Et bien que, même sans cela, cela eut déjà été décrété, comme il est écrit (Berechit 15, 13) : « ils les asserviront et les opprimeront », peut-être une oppression aussi dure n'avait-elle été décrétée contre eux qu'à cause de cela ; car les quatre cents ans commencèrent trente ans avant la naissance de Yitshak.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁבִּשְׁבִיל מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים מִילָת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שְׁנֵי סְלָעִים לָאו דַּוְקָא עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט שְׁנֵי סְלָעִים רֶמֶז בָּזֶה לְפִי דַּרְכּוֹ הַסִּיבָּה שֶׁיָּרְדוּ לְמִצְרַיִם וְלֹא לְמָקוֹם אַחֵר, וְהוּא מִפְּנֵי שֶׁמִּצְרַיִם הָיוּ יוֹנְקִים מִשְּׁנֵי אוֹתִיּוֹת מ"י דְּשֵׁם אֵלֶּה יָם , שֶׁהֵם ב' גְּבוּרוֹת הַגְּדוֹלִים בְּיוֹתֵר מִן ג' גְּבוּרוֹת שֶׁל אוֹתִיּוֹת אֵלֶּה, וְלָכֵן מִצְרַיִם נִקְרְאוּ בְּנֵי חַיִּים כִּי בְּכָל אוֹת מֵהַנִּזְכָּר יֵשׁ בּוֹ כ"ד צֵירוּפִים וּבֵין הַכֹּל הֵם ק"ך צֵרוּפִים. וְיָדוּעַ כִּי הַגְּבוּרָה מְכֻונֵּית בְּשֵׁם סֶלַע וְאָמַרְתִּי בָּזֶה טַעַם, דְּלָכֵן תִּמְצָא סֶלַע [160] עוֹלֶה קַיִן [160] שֶׁהוּא שֹׁורֶשׁ הַגְּבוּרוֹת, וְלָזֶה אוֹמֵר בִּשְׁבִיל מִשְׁקַל שְׁנֵי סְלָעִים רָמְזוּ לְפִי דַּרְכָּם עַל שְׁנֵי גְּבוּרוֹת 'מִי' דְּשֵׁם 'אֱ-לֹהִים' לְכָךְ יָרְדוּ לְמִצְרַיִם וְלֹא לְמָקוֹם אַחֵר, כִּי שָׁם נִמְצְאוּ הַשְּׁנֵי סְלָעִים הַגְּבוֹהִים שֶׁהֵם שֶׁל אוֹתִיּוֹת 'מִי'.
À cause du poids de deux sela'im de laine fine. Rachi a expliqué que « deux sela'im » n'est pas précis ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il mentionne « deux sela'im » pour faire allusion, selon sa voie, à la raison pour laquelle ils descendirent en Égypte et non en un autre lieu : c'est que l'Égypte puisait dans les deux lettres mem-youd du Nom E-lokim, qui sont deux gvourot (forces de rigueur), plus grandes que les trois gvourot des lettres alef-lamed-hé. C'est pourquoi les Égyptiens sont appelés « bnei 'hayim », car chaque lettre mentionnée comporte vingt-quatre combinaisons, et en tout cent vingt combinaisons. On sait que la gvoura est désignée par le nom « sela » (rocher), et j'en ai donné une raison : c'est pourquoi tu trouves que « sela » (160) a la même valeur que « Kayin » (160), qui est la racine des gvourot. C'est pour cela qu'il dit « à cause du poids de deux sela'im », faisant allusion, selon leur voie, aux deux gvourot mem-youd du Nom E-lokim ; c'est pourquoi ils descendirent en Égypte et non ailleurs, car c'est là que se trouvaient les deux sela'im élevés, ceux des lettres mem-youd.
וְנִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר, וְיָרְדוּ אֲבוֹתֵינוּ לְמִצְרַיִם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַהוּ לְשׁוֹן 'נִתְגַּלְגֵּל'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי גְּזֵרַת גָּלוּת מִצְרַיִם הָיָה ת' שָׁנָה וְלֹא נִתְפָּרֵשׁ שֵׁם הַמָּקוֹם, אֶלָּא נֶאֱמַר (בְּרֵאשִׁית טו, יג) בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם בִּסְתָם, וּכְבָר הִתְחִילָה הַגֵּירוּת בְּאֶרֶץ כְּנַעַן, כִּי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁהַסַּךְ שֶׁל הַגָּלוּת נֶחְשָׁב מִלֵּידַת יִצְחָק, וְאִם כֵּן בְּדִין הוּא שֶׁיִּהְיֶה נִשְׁלָם בְּאֶרֶץ כְּנַעַן, אַךְ נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר שֶׁל הַגְּזֵרָה מֵאֶרֶץ כְּנַעַן לְמִצְרַיִם בִּשְׁבִיל עִנְיַן הַמְּכִירָה. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קיט, פט) לְעוֹלָם ה' דְּבָרְךָ נִצָּב בַּשָּׁמָיִם, כְּלוֹמַר דָּבָר הִיא הַגְּזֵרָה שֶׁהִיא דִּבּוּר קָשֶׁה יִשָּׁאֵר בַּשָּׁמַיִם וְלֹא יֵרֵד לָאָרֶץ, וְכַנִּזְכָּר בְּסִפְרֵי הַמְקֻובָּלִים זַ"ל, וְכֵן הַגְּזֵרָה שֶׁל בְּרִית בֵּין הַבְּתָרִים בַּתְּחִלָּה הָיְתָה נִצֶּבֶת בַּשָּׁמַיִם וְלֹא יָרְדָה לְמַטָּה, אַךְ כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשָׂה עִנְיַן קִנְאַת הַשְּׁבָטִים עִם אֲחֵיהֶם נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר, אוֹתוֹ הַדִּיבּוּר שֶׁל הַגְּזֵרָה נִתְגַּלְגֵּל מִן הַשָּׁמַיִם וְיָרַד לָאָרֶץ וְעַל יְדֵי כָּךְ יָרְדוּ אֲבוֹתֵינוּ לְמִצְרַיִם. אוֹ יוּבָן נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר קָאֵי עַל הַקִּנְאָה, שֶׁאוֹתִיּוֹת קִנְאָה נִתְגַּלְגְּלָה וְנַעֲשֵׂית נְאָקָה בְּצוּרַת הַגָּלוּת, דִּכְתִיב (שְׁמוֹת ב, כד) וַיִּשְׁמַע אֱ-לֹהִים אֶת נַאֲקָתָם.
La chose s'enchaîna (nitgalguel), et nos pères descendirent en Égypte. On peut demander : que signifie l'expression « nitgalguel » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le décret de l'exil d'Égypte était de quatre cents ans, sans que le nom du lieu soit précisé ; il est dit seulement (Berechit 15, 13) : « dans un pays qui n'est pas à eux », sans précision. L'état d'étranger avait déjà commencé en terre de Canaan, car nos maîtres ont dit que le compte de l'exil se calcule à partir de la naissance de Yitshak ; en toute logique il aurait donc dû s'achever en terre de Canaan. Mais la chose du décret « roula » (nitgalguel) de la terre de Canaan vers l'Égypte à cause de l'affaire de la vente. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, selon ce que dit le verset (Tehilim 119, 89) : « Pour l'éternité, Hachem, Ta parole se tient dans les cieux » ; c'est-à-dire que la parole qu'est le décret, parole dure, reste dans les cieux et ne descend pas sur terre, comme il est mentionné dans les livres des kabbalistes. De même, le décret de l'alliance entre les morceaux (brit bein ha-betarim) se tenait d'abord dans les cieux et n'était pas descendu en bas ; mais lorsque survint l'affaire de la jalousie des tribus envers leur frère, la chose roula : cette parole du décret roula des cieux et descendit sur terre, et par cela nos pères descendirent en Égypte. Ou bien on comprendra que « la chose roula » se rapporte à la jalousie : les lettres de « kin'a » (jalousie) roulèrent et devinrent « ne'aka » (gémissement), sous la forme de l'exil, comme il est écrit (Chemot 2, 24) : « Et D.ieu entendit leur gémissement ».
💡 Explication

Quatrième enseignement de la série : un père ne doit pas distinguer un fils de ses frères par un traitement de faveur. L'exemple est la ketonet passim de Yossef : un supplément de laine fine valant deux sela'im a suffi à provoquer la jalousie des frères, puis la vente de Yossef et la descente en Égypte.

Rachi réduit encore la part du cadeau : seule la bordure des manches était en laine fine. Tossefot demande comment la descente en Égypte peut être attribuée à cette jalousie, alors qu'elle avait été décrétée à Avraham ; il répond que la jalousie a pu aggraver la dureté de l'exil.

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וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: לְעוֹלָם יְחַזֵּר אָדָם וְיֵשֵׁב בְּעִיר שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה, שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה עֲוֹנוֹתֶיהָ מוּעָטִין. שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה נָא הָעִיר הַזֹּאת קְרֹובָה לָנוּס שָׁמָּה וְהִיא מִצְעָר״. מַאי ״קְרוֹבָה״? אִילֵימָא קְרוֹבָה דְּמִיקָּרְבָא וְזוּטָא — וְהָא קָא חָזוּ לַהּ! אֶלָּא מִתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה, עוֹנוֹתֶיהָ מֻוצְעָרִין. אָמַר רַבִּי אָבִין: מַאי קְרָא? — דִּכְתִיב: ״אִמָּלְטָה נָא שָׁמָּה״. ״נָא״ בְּגֵימַטְרְיָא — חַמְשִׁין וְחַד הָוֵי, וְשֶׁל סְדוֹם חֲמִישִּׁים וּשְׁתַּיִם. וְשַׁלְוָתָהּ

Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : qu'un homme cherche toujours à habiter une ville dont le peuplement est récent, car du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses, comme il est dit : « Voici donc cette ville, proche pour s'y enfuir, et elle est petite (mitsar) » (Berechit 19, 20). Que signifie « proche » ?

Si l'on dit : proche, à proximité, et petite - mais ils la voyaient ! Il faut donc dire : du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses.

Rabbi Avin a dit : quel est le verset (qui l'indique) ? Il est écrit : « Que je m'échappe donc (na) là-bas » : « na » en guematria fait cinquante et un, et (l'âge de) Sedom, cinquante-deux.

Et sa tranquillité...

📜 Rachi (6)
שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה שֶׁנִּתְייַשְּׁבוּ בָּהּ מִקָּרוֹב כְּלוֹמַר עִיר חֲדָשָׁה:
Dont le peuplement est récent - qu'on s'y est établi depuis peu, c'est-à-dire une ville nouvelle.
דִּמְקָרְבָא לָנוּס שָׁם:
Qu'elle est à proximité - pour s'y enfuir.
וְזוּטָא וְלֹא צְרִיכִין אַתֶּם לְהַקְפִּיד עַל קִיּוּמָהּ:
Et petite - et vous n'avez pas besoin de vous montrer rigoureux quant à son maintien.
הָא קָא חָזוּ לֵהּ לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר לְהוּ:
Mais ils la voyaient - pourquoi avait-il besoin de le leur dire ?
שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה שָׁנָה אַחַת קָדְמָה לָהּ סְדוֹם כְּדִמְפָרֵשׁ שֶׁל סְדוֹם חֲמִשִּׁים וּשְׁתַּיִם דע"כ בּוֹנֵי מִגְדָּל בְּאֶרֶץ שִׁנְעָר הָיוּ וְלֹא הָיָה יִשּׁוּב בָּעוֹלָם אֶלָּא בְּאוֹתָהּ בִּקְעָה כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית י״א:א׳) וַיְהִי כָל הָאָרֶץ שָׂפָה אֶחָת וְגוֹ' וַיְהִי בְּנָסְעָם מִקֹּדֶם וּמִשָּׁם נָפוֹצוּ לִמְקוֹמוֹת אֲחֵרִים כְּשֶׁנִּתְפַּלְּגוּ וּבָנוּ לָהֶם עֲייָרוֹת וּמִשֶּׁנִּתְפַּלְּגוּ עַד שֶׁחָרְבָה סְדוֹם אֵינוֹ אֶלָּא חֲמִשִּׁים וּשְׁתַּיִם שָׁנָה שֶׁהֲרֵי בְּסוֹף יְמֵי פְּלַג נִתְפַּלְּגוּ הָאֲרָצוֹת כִּדְתַנְיָא בְּסֵדֶר עוֹלָם אָמַר רַבִּי יוֹסֵי נָבִיא גָּדוֹל הָיָה עָבַר שֶׁקָּרָא בְּנוֹ פֶּלֶג כִּי בְיָמָיו נִפְלְגָה הָאָרֶץ וְאִם תֹּאמַר בִּתְחִלַּת יָמָיו וַהֲלֹא יָקְטָן אָחִיו קָטָן מִמֶּנּוּ וְהוֹלִיד מִשְׁפָּחוֹת וְנִתְפַּלְּגוּ וְאִם תֹּאמַר בְּאֶמְצַע יָמָיו לֹא בָּא הַכָּתוּב לִסְתֹּום אֶלָּא לְפָרֵשׁ נָתַן לְךָ סִימָן וְלֹא תֵּדַע בְּאֵיזוֹ מִשְּׁנוֹתָיו אֶלָּא בְּסוֹף יָמָיו צֵא וַחֲשֹׁוב שְׁנוֹתָיו שֶׁל פְּלַג וְנִמְצָא שָׁנָה שֶׁמֵּת בָּהּ הִיא שְׁנַת מ"ח לְאַבְרָהָם וּכְשֶׁחָרַב סְדוֹם שְׁנַת צ"ט לְאַבְרָהָם שֶׁהֲרֵי בּוֹ בַּיּוֹם נִתְבַּשְּׂרָה שָׂרָה וּלְשָׁנָה אַחֶרֶת יָלְדָה וְאַבְרָהָם בֶּן מְאַת שָׁנָה וְגוֹ' (שָׁם כא):
Dont le peuplement est récent - Sedom la précédait d'une année, comme il l'explique : celle de Sedom, cinquante-deux. Car jusque-là, (les hommes) étaient les bâtisseurs de la tour dans le pays de Chin'ar, et il n'y avait de peuplement au monde que dans cette vallée, comme il est écrit (Berechit 11, 1-2) : « Toute la terre avait une seule langue, etc. Et comme ils partaient de l'orient... » ; de là ils se dispersèrent vers d'autres lieux lorsqu'ils furent divisés, et se bâtirent des villes. Or depuis leur division jusqu'à la destruction de Sedom, il n'y a que cinquante-deux ans, car c'est à la fin des jours de Peleg que les terres furent divisées, comme il est enseigné dans le Seder Olam : Rabbi Yossi a dit : Ever était un grand prophète, puisqu'il appela son fils Peleg, « car en ses jours la terre fut divisée ». Si tu dis au début de ses jours - Yoktan, son frère, n'était-il pas plus jeune que lui, et il engendra des familles, et elles furent divisées ? Si tu dis au milieu de ses jours - le verset ne vient pas voiler mais expliquer ; il t'a donné un signe, et tu ne saurais pas en laquelle de ses années ? C'est donc à la fin de ses jours. Va et compte les années de Peleg : tu trouveras que l'année de sa mort est la quarante-huitième année d'Avraham ; et quand Sedom fut détruite, c'était la quatre-vingt-dix-neuvième année d'Avraham, car ce jour-là Sarah reçut l'annonce, et l'année suivante elle enfanta, « et Avraham avait cent ans », etc. (ibid. 21).
וְשַׁלְוָתָהּ הָאֲמוּרָה בָּהּ גָּאוֹן שִׂבְעַת לֶחֶם וְשַׁלְוַת הַשְׁקֵט הָיָה לָהּ וְגוֹ' (יְחֶזְקֵאל ט״ז:מ״ט) וּכְתִיב נָתִיב לֹא יְדָעוֹ עָיִט לֹא הִדְרִיכוּהוּ וְגוֹ' (אִיּוֹב כ״ח:ז׳):
Et sa tranquillité - celle dont il est dit à son sujet (Ye'hezkel 16, 49) : « orgueil, abondance de pain et tranquillité paisible, elle les avait », etc. ; et il est écrit (Iyov 28, 7) : « un sentier que l'oiseau de proie ne connaît pas, etc. ».
🗂️ Tossefot (1)
וְשֶׁל סְדוֹם נ"ב שָׁנָה כְּמוֹ שֶׁמּוֹכִיחַ בַּקּוֹנ' שֶׁהָיָה אַבְרָהָם בֶּן מ"ח שָׁנָה כְּשֶׁנִּבְנֵית סְדוֹם וְשַׁלְוָתָהּ כ"ו שָׁנִים מַשְׁמַע שֶׁהָיָה אַבְרָהָם בֶּן ע"ג כְּשֶׁהָרַג אֶת הַמְּלָכִים וּבְסֵדֶר עוֹלָם מַשְׁמַע שֶׁהָיָה בֶּן ע"ה שָׁנָה כְּשֶׁהִכָּה אֶת הַמְּלָכִים דְּקָאָמַר הָתָם אַבְרָהָם אָבִינוּ כְּשֶׁנִּדְבַּר עִמּוֹ בֵּין הַבְּתָרִים בֶּן ע' שָׁנָה הָיָה שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי מִקֵּץ שְׁלֹשִׁים שָׁנָה וְגוֹ' וְחָזַר לְחָרָן וְשָׁהָה שָׁם ה' שָׁנִים שֶׁנֶּאֱמַר וְאַבְרָם בֶּן חָמֵשׁ שָׁנִים וְשִׁבְעִים שָׁנָה בְּצֵאתוֹ מֵחָרָן וְגוֹ' וְאוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁיָּצָא מֵחָרָן שְׁנַת רָעָב הָיְתָה יָרַד לְמִצְרַיִם וְשָׁהָה שָׁם ג' חֳדָשִׁים בָּא וַיָּשָׁב לוֹ בְּאֵלוֹנֵי מַמְרֵא הִיא שָׁנָה שֶׁכָּבַשׁ אֶת הַמְּלָכִים ולפ"ז לֹא הָיְתָה שֶׁלָּוְתָה אֶלָּא כ"ד וְצָרִיךְ לוֹמַר שֶׁהָיְתָה בְּשַׁלְוָה ב' שָׁנִים בַּתְּחִלָּה:
Et celle de Sedom, cinquante-deux ans - Comme le démontre le Kountrass, Avraham avait quarante-huit ans quand Sedom fut bâtie ; et sa tranquillité dura vingt-six ans ; il en ressort qu'Avraham avait soixante-treize ans quand il tua les rois. Or d'après le Seder Olam il ressort qu'il avait soixante-quinze ans quand il frappa les rois, car il y est dit : notre père Avraham, quand (D.ieu) lui parla (à l'alliance) entre les morceaux, avait soixante-dix ans, comme il est dit : « et ce fut au bout de trente ans », etc. ; il retourna à 'Haran et y resta cinq ans, comme il est dit : « Et Avram avait soixante-quinze ans quand il sortit de 'Haran », etc. ; l'année où il sortit de 'Haran fut une année de famine ; il descendit en Égypte et y resta trois mois ; il vint s'installer aux chênes de Mamre : c'est l'année où il vainquit les rois. D'après cela, sa tranquillité n'aurait dure que vingt-quatre ans ; il faut donc dire qu'elle fut en tranquillité deux ans au début.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם יְחַזֵּר אָדָם, וְיֵשֵׁב בְּעִיר שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה, עוֹנוֹתֶיהָ מוּעָטִים...וְשַׁלְוָתָהּ עֶשְׂרִים וְשֵׁשׁ. קַשָּׁא הָכָא קֻושְׁיָא עֲצוּמָה הֲלֹא כָּאן לֹא בָּא לְבָאֵר הַפָּסוּק וְרַק הֵבִיא זֶה לִלְמֹוד מִתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה, עוֹנוֹתֶיהָ מוּעָטִים, וְזֶה נִלְמַד מִפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית יט, כ) אִמָּלְטָה נָא שְׁמָהּ, וּמַה לוֹ לְהוֹדִיעֵנוּ עַתָּה שֶׁשַּׁלְוָתָהּ עֶשְׂרִים וְשֵׁשׁ דְּאֵין דָּבָר זֶה שַׁיָּיךְ לְעִנְיָן דְּהָכָא? וּכְבָר מהראנ"ח זַ"ל (בִּדְרָשׁוֹתָיו פ' חַיֵּי שָׂרָה) נִתְעוֹרֵר בְּקֻושְׁיָא זוֹ וְנִדְחַק לְתָרֵץ יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשַׁפִּיר הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ דָּבָר זֶה הָכָא וְהוּא כִּי בֶּאֱמֶת הָעֲוֹנוֹת שֶׁגָּרְמוּ הַחֻרְבָּן לִסְדוֹם הֵם מַה שֶׁעָשׂוּ בְּשָׁנִים שֶׁל הַשַּׁלְוָה, שֶׁהָיָה לָהֶם בְּאוֹתָם הַשָּׁנִים מִנְהָגִים רָעִים וְקָשִׁים מְאֹד שֶׁעָשׂוּ אוֹתָם מִכֹּחַ שַׁלְוָתָם, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל וְשַׁלְוָתָהּ הָאֲמוּרָה גָּאוֹן שִׂבְעַת לֶחֶם וְשַׁלְוַת הַשְׁקֵט הָיָה לָהּ וְכוּ', וְזוֹ הָעִיר שֶׁהָיְתָה קְרוֹבָה לִסְדוֹם גַּם כֵּן הֵי' לָהּ אוֹתָם הָרָעוֹת שֶׁל סְדוֹם כִּי מַלְכוּת אַחַת הִיא. וּלְכָךְ רָצָה הַמַּלְאָךְ לְהַפְּכָהּ כִּסְדוֹם וְרַק בַּעֲבוּר לוֹט עָזַב אוֹתָהּ כַּמְפֹורָשׁ בַּמִּקְרָא. וְאִם כֵּן קַשָּׁא קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה מֵאַחַר שֶׁהַשָּׁנִים שֶׁל הַשַּׁלְוָה הֵם גָּרְמוּ הַחֻרְבָּן לִסְדוֹם אֵיךְ בָּא לוֹט לְהַצִּיל אֶת הָעִיר הַקְּרוֹבָה הַהִיא בְּטַעֲנָה זוֹ שֶׁהָיְתָה בַּת נ"א שָׁנָה וּסְדוֹם בַּת נ"ב, דְּמַה לָנוּ מִשָּׁנִים הָרִאשׁוֹנִים הֲלֹא הֵמָּה לֹא נַעֲשָׂה מִצֵּידָם חֻרְבָּן, דְּכָל חֻרְבַּן סְדוֹם הָיָה מִצַּד שָׁנִים שֶׁל הַשַּׁלְוָה שֶׁהָיוּ בָּאַחֲרוֹנָה, וּכְאִלּוּ שָׁוָה הָעִיר עִם סְדוֹם שֶׁגַּם הִיא הָיְתָה בְּשַׁלְוָה כ"ו שָׁנִים? עַל כֵּן מֵחֲמַת קֻושְׁיָא זוֹ מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ הַכָּתוּב קְרוֹבָה וּמְצַעֵר כִּפְשׁוּטוֹ [הִנֵּה נָא הָעִיר הַזֹּאת קְרֹבָה לָנוּס שָׁמָּה וְהִיא מִצְעָר אִמָּלְטָה נָּא שָׁמָּה] , אַף עַל פִּי שֶׁצָּרִיךְ לִסְבֹּול בָּזֶה דֹּוחַק קֻושְׁיָא דְּהָא קָא חָזוּ לָהּ. וְאִם כֵּן לְפִי זֶה לֵיכָּא לְמִשְׁמַע מֵהַאי קְרָא אוֹתוֹ לִמּוּד שֶׁלָּמַד רַב לוֹמַר מִתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה וְכוּ', עַל כֵּן הֻוצְרַךְ עַתָּה לְפָרֵשׁ בִּדְבָרָיו דָּבָר זֶה דְּשַׁלְוָתָהּ שֶׁל סְדוֹם הָיְתָה כ"ו שָׁנִים וְעַל יְדֵי כָּךְ נִתְבָּרְרָה הַהוֹכָחָה הַנִּזְכָּר, וְהוּא דְּהַתּוֹסָפוֹת זַ"ל כָּתְבוּ שֶׁבְּסֵדֶר עוֹלָם מַשְׁמַע דְּאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה הָיָה בֶּן ע"ה [75] שָׁנָה כְּשֶׁהִכָּה הַמְּלָכִים, וּלְפִי זֶה לֹא הָיְתָה שֶׁלָּוְתָה שֶׁל סְדוֹם אֶלָּא כ"ד [24] וְאֵיךְ קָאָמַר הָכָא שֶׁלָּוְתָה כ"ו [26] ? וְכָתְבוּ שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר שֶׁהָיְתָה שֶׁלָּוָה שְׁתֵּי שָׁנִים בַּתְּחִלָּה, כְּלוֹמַר בִּתְחִלַּת בִּנְיָינָהּ וְאֵלּוּ הַשָּׁנִים שֶׁל עַבְדּוֹ וְשֶׁל מָרְדוּ הָיוּ אַחַר אוֹתָם שְׁתֵּי שָׁנִים דְּשַׁלְוָה, וְאַחַר הֲרִיגַת הַמְּלָכִים הָיוּ בְּשַׁלְוָה כ"ד [24] שָׁנִים עַד כָּאן דְּבָרָיו הַתּוֹסָפוֹת. וְהַשְׁתָּא בַּז הַמּוּבָן שַׁפִּיר שֶׁהֻוצְרַךְ לְבָאֵר לָנוּ שֶׁהַשַּׁלְוָה הָיְתָה כ"ו [26] שָׁנִים, וְתִקְשֵׁי אֵיךְ אֶפְשָׁר לִהְיוֹת זֶה עַל פִּי חֶשְׁבּוֹן שֶׁהֵבִיא בְּסֵדֶר עוֹלָם? וּמֻוכְרָח אַתָּה לוֹמַר כִּי שְׁתֵּי שָׁנִים מִשְּׁנֵי הַשַּׁלְוָה הָיוּ בִּתְחִלַּת בִּנְייָנָהּ. וּלְפִי זֶה רַק אֵצֶל סְדוֹם יֵשׁ שֶׁלָּוָה כ"ו [26] שָׁנָה שֶׁהֵם כ"ד [24] בָּאַחֲרוֹנָה וּשְׁתַּיִם בָּרִאשׁוֹנָה, אֲבָל לְאוֹתָהּ הָעִיר לֹא הָיָה אֶלָּא כ"ה [25] שֶׁהֵם כ"ד [24] בָּאַחֲרוֹנָה וְאַחַת [1] בְּרֹאשָׁנָהּ, וְנִמְצָא עוֹנוֹתֶיהָ מוּעָטִין מִשֶּׁל סְדוֹם שָׁנָה אַחַת, וְשַׁפִּיר לָמַדְנוּ מִזֶּה יְחַזֵּר אָדָם, וְיֵשֵׁב בְּעִיר שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁיְּשִׁיבָתָהּ קְרוֹבָה, עוֹנוֹתֶיהָ מוּעָטִין.
Qu'un homme cherche toujours à habiter une ville dont le peuplement est récent, car du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses... et sa tranquillité, vingt-six (ans). Il y a ici une très forte difficulté : (la Guemara) ne vient pas ici expliquer le verset ; elle ne l'a cité que pour apprendre que « du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses », ce qui s'apprend du verset (Berechit 19, 20) « que je m'échappe donc là-bas ». Pourquoi nous fait-elle savoir maintenant que sa tranquillité dura vingt-six ans, chose sans rapport avec le sujet d'ici ? Le Maharanah (dans ses Derachot, parachat 'Hayei Sarah) a déjà soulevé cette difficulté et a répondu de manière forcée ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il était bien nécessaire d'expliquer cela ici. En vérité, les fautes qui causèrent la destruction de Sedom sont celles qu'ils commirent pendant les années de tranquillité : ils eurent pendant ces années des coutumes mauvaises et très dures, qu'ils pratiquèrent à cause de leur tranquillité, comme l'a écrit Rachi : « et sa tranquillité, celle dont il est dit : orgueil, abondance de pain et tranquillité paisible, elle les avait », etc. Et cette ville, proche de Sedom, avait aussi ces maux de Sedom, car c'était un même royaume ; c'est pourquoi l'ange voulait la renverser comme Sedom, et ne l'épargna qu'à cause de Lot, comme le verset l'explique. S'il en est ainsi, une grande difficulté se pose : puisque ce sont les années de tranquillité qui causèrent la destruction de Sedom, comment Lot a-t-il pu sauver la ville proche avec cet argument, qu'elle avait cinquante et un ans et Sedom cinquante-deux ? Que nous importent les premières années, qui n'ont pas causé de destruction, puisque toute la destruction de Sedom provenait des années de tranquillité, qui furent les dernières ? La ville serait comme égale à Sedom, puisqu'elle aussi fut en tranquillité vingt-six ans ! À cause de cette difficulté, on serait obligé d'expliquer « proche » et « petite » dans le verset selon le sens simple (« Voici donc cette ville, proche pour s'y enfuir, et elle est petite ; que je m'échappe donc là-bas »), tout en supportant la difficulté « mais ils la voyaient ». Dans ce cas, on ne pourrait pas apprendre de ce verset l'enseignement que Rav en a tiré en disant « du fait que son peuplement est récent », etc. C'est pourquoi il a fallu maintenant expliquer dans ses paroles que la tranquillité de Sedom dura vingt-six ans, et par là la preuve mentionnée devient claire. En effet, les Tossefot ont écrit que d'après le Seder Olam il ressort que notre père Avraham avait soixante-quinze ans quand il frappa les rois ; selon cela, la tranquillité de Sedom n'aurait dure que vingt-quatre ans ; comment dit-on ici vingt-six ? Et ils ont écrit qu'il faut dire qu'elle fut en tranquillité deux ans au début, c'est-à-dire au début de sa construction, et que les années où ils furent asservis et où ils se révoltèrent vinrent après ces deux années de tranquillité ; après la mort des rois, ils furent en tranquillité vingt-quatre ans. Fin des paroles des Tossefot. Maintenant on comprend bien qu'il ait fallu nous expliquer que la tranquillité dura vingt-six ans ; et si l'on demande comment cela est possible selon le compte du Seder Olam, on est obligé de dire que deux des années de tranquillité furent au début de sa construction. D'après cela, Sedom seule eut vingt-six ans de tranquillité, vingt-quatre à la fin et deux au début ; mais cette ville n'en eut que vingt-cinq, vingt-quatre à la fin et une au début. Il en résulte que ses fautes étaient moindres d'une année que celles de Sedom, et nous avons bien appris de là : qu'un homme cherche toujours à habiter une ville dont le peuplement est récent, car du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מִתְפַּלֵּל אָדָם תְּפִלָּתוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ. וְדַוְקָא מֶרְחָץ חָדָשׁ שֶׁלֹּא רָחֲצוּ בּוֹ בְּנֵי אָדָם עֲדַייִן אֲבָל בְּמֶרְחָץ שֶׁכְּבָר רָחֲצוּ בּוֹ בְּנֵי אָדָם אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל כִּדְתַנְיָא הַנִּכְנָס לְבֵית הַמֶּרְחָץ מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים לְבוּשִׁים יֵשׁ שָׁם ק"ש וּתְפִלָּה וְאֵין צ"ל שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וּמַנִּיחַ תְּפִילִּין וְאֵצֶ"ל שֶׁאֵינוֹ חוֹלֵץ. מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים עֲרֻומִּים וּלְבוּשִׁים יֵשׁ שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וְאֵין שָׁם ק"ש וּתְפִלָּה וְאֵינוֹ חוֹלֵץ תְּפִילִּין וְאֵינוֹ מַנִּיחַ לְכַתְּחִלָּה. מָקוֹם שֶׁבְּנֵי אָדָם עוֹמְדִים עֲרֻומִּים אֵין שָׁם שְׁאֵילַת שָׁלוֹם וְאֵין צ"ל קְרִיאַת שְׁמַע וּתְפִלָּה וְחוֹלֵץ תְּפִילִּין וְאֵין צ"ל שֶׁאֵין מַנִּיחַ מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַב הַמְנוּנָא דְּאָמַר אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּתֵּן שָׁלוֹם לַחֲבֵירוֹ בְּבֵית הַמֶּרְחָץ שֶׁנֶּאֱמַר וַיִּקְרָא לוֹ ה' שָׁלוֹם אָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב שָׁרֵי לֵיהּ לְאִינָשׁ לְמֵימַר הֵימָנוּתָא בְּבֵית הַמֶּרְחָץ וְאַף עַל גַּב דִּכְתִיב הָאֵל הַנֶּאֱמָן מְתַרְגְּמִינַן אֱלָהָא מְהֵימְנָא אֲבָל שֵׁם גּוּפֵיהּ לָא אִיקְּרִי נֶאֱמָן:
Rav Ada bar Ahava a dit : un homme peut dire sa prière dans le bain. Cela vaut seulement pour un bain neuf, où des gens ne se sont pas encore baignés ; mais dans un bain où des gens se sont déjà baignés, il est interdit de prier, comme il est enseigné : celui qui entre dans le bain - à l'endroit où les gens se tiennent habillés, il y a (permission de) Chema et de prière, et à plus forte raison de salutation ; il met les tefillin, et à plus forte raison il ne les retire pas. À l'endroit où les gens se tiennent nus et habillés, il y a salutation, mais pas de Chema ni de prière ; il ne retire pas les tefillin, et ne les met pas à priori. À l'endroit où les gens se tiennent nus, il n'y a pas de salutation, et à plus forte raison pas de Chema ni de prière ; il retire les tefillin, et à plus forte raison il ne les met pas. Cela vient à l'appui de Rav Hamnouna, qui a dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain dans le bain, car il est dit : « Et il l'appela Hachem Chalom ». Rava bar Mahsseya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya au nom de Rav : il est permis à un homme de dire « himnouta » dans le bain ; et bien qu'il soit écrit « le D.ieu fidèle », nous traduisons « E-laha mehemna » : le Nom lui-même n'est pas appelé « fidèle ».
💡 Explication

Cinquième enseignement : il est bon d'habiter une ville de fondation récente, car ses habitants ont eu moins de temps pour accumuler des fautes. La source est la demande de Lot à l'ange : épargner Tsoar, « proche » et « petite ». Lire « proche » au sens géographique ne tient pas, puisque les anges voyaient la ville ; « proche » veut donc dire récemment peuplée.

Rabbi Avin trouve l'allusion dans le mot na (noun 50 + alef 1 = 51) : Tsoar avait 51 ans, Sedom 52. Rachi reconstitue la chronologie : les villes furent fondées après la dispersion de la tour, à la mort de Peleg (Avraham avait 48 ans), et Sedom fut détruite quand Avraham avait 99 ans. La phrase sur la tranquillité de Sedom (26 ans) se poursuit en 11a ; Tossefot et le Ben Yehoyada en discutent le compte.

Le Roch, placé ici par la source, reprend la halakha du bain (segments 0-2) : prière permise seulement dans un bain neuf, et la règle des trois zones.

🖼️ Schéma
Tsoar, plus jeune d'un an que Sedom Avraham 48 ans fin de Peleg : division, Sedom fondée +1 an : Tsoar fondée Avraham 99 ans destruction de Sedom Sedom : 52 ans Tsoar : 51 ans = na (noun 50 + alef 1) Moins d'années d'existence, moins de fautes accumulées : Lot demande que Tsoar soit épargnée.
Chronologie de Sedom et de Tsoar selon Rachi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).