Sougya : Le daf achève la discussion sur le bain (beit ha-merhats) commencée en 10a : la simple désignation (hazmana) d'un lieu pour le bain ne l'interdit pas à la prière, tandis que le lieu d'aisances, répugnant, reste un doute. La baraita enseigne qu'à l'endroit où les gens sont nus on ne se salue pas, ce qui appuie Rav Hamnouna au nom de Oula : « Chalom » est un Nom de Hachem, d'après le verset « Et il l'appela Hachem Chalom ».
La Guemara distingue ce Nom du mot « himnouta » (fidélité), permis dans le lieu d'aisances. Suit une série d'enseignements de Rav transmis par Rava bar Mahsseya au nom de Rav Hama bar Gourya : celui qui fait un cadeau doit en informer le bénéficiaire, appris du Chabbat, « cadeau de la maison des trésors » ; l'épisode de Rav Hisda et des dons du bœuf ; l'interdiction de favoriser un fils parmi ses frères, tirée de la tunique de Yossef ; et le conseil d'habiter une ville de fondation récente, déduit de Tsoar, plus jeune d'un an que Sedom.
Le Roch résume la halakha du bain selon ses trois zones.
(La Guemara répond :) Le lieu d'aisances est différent, car il est répugnant.
Ce segment conclut une discussion commencée en 10a. Rav Ada bar Ahava a permis de prier dans un bain neuf, où personne ne s'est encore baigné. On en déduit que la simple hazmana (désignation d'un lieu pour un usage) ne suffit pas à interdire le bain à la prière. Pourquoi alors Ravina reste-t-il dans le doute pour un lieu désigné comme beit ha-kisse (lieu d'aisances) ?
Réponse : le lieu d'aisances est maïs, répugnant. Rachi précise que son nom même est dégradant : dès qu'on appelle un lieu ainsi, ce nom peut suffire à l'avilir, d'où le doute. Tossefot concilie ce passage avec Nedarim 7a, où la question de Ravina semble porter aussi sur le bain.
« Il n'y a pas là de salutation (cheilat chalom). » Cela vient à l'appui de Rav Hamnouna, au nom de Oula, qui a dit : il est interdit à un homme de saluer son prochain (de lui dire chalom) dans le bain, parce qu'il est dit : « Et il l'appela Hachem Chalom » (Choftim 6, 24).
La phrase citée est la fin d'une baraita (voir le Roch, segment 7, et le schéma de synthèse) qui partage le bain en trois zones. Dans la zone où les gens se tiennent nus, il est interdit de se saluer.
La raison est donnée par Rav Hamnouna au nom de Oula : le mot chalom est un des Noms de Hachem. Guideon, après avoir bâti un autel, l'appela « Hachem Chalom ». Prononcer ce mot dans un lieu indécent revient à y mentionner un Nom divin.
S'il en est ainsi, dire « himnouta » (fidélité) devrait aussi être interdit dans le lieu d'aisances, puisqu'il est écrit : « Le D.ieu fidèle » (Devarim 7, 9). Et si tu dis qu'il en est bien ainsi, Rava bar Mahsseya n'a-t-il pas dit, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : il est permis de dire « himnouta » dans le lieu d'aisances ! - Là-bas, le Nom lui-même n'est pas appelé ainsi, puisque nous traduisons (dans le Targoum) « E-laha mehemna » (le D.ieu fidèle) ; ici, le Nom lui-même est appelé « Chalom », comme il est écrit : « Et il l'appela Hachem Chalom ».
La Guemara éprouve le critère : si tout mot qui s'applique à Hachem était interdit, le mot himnouta (fidélité) le serait aussi, puisque le verset dit « le D.ieu fidèle ». Or Rav le permet expressément dans le lieu d'aisances.
La distinction : « fidèle » est un qualificatif ; le Targoum le rend par « E-laha mehemna », un Nom suivi d'un adjectif. « Chalom », dans le verset de Guideon, est le Nom lui-même : il l'a appelé ainsi. Tossefot objecte que le Targoum traduit aussi Chalom de façon descriptive, et répond par la forme du verset : pour dire « Hachem qui lui fait la paix », il aurait fallu « chelomo ». Le Ben Yehoyada appuie cette réponse sur le verbe « et il appela ».
Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer, car il est dit : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie » (Chemot 31, 13). On a enseigné de même dans une baraita : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie » - le Saint, béni soit-Il, dit à Moche : J'ai un bon cadeau dans Ma maison des trésors, et Chabbat est son nom ; Je veux le donner à Israël ; va, et informe-les.
D'ici, Rabban Chimon ben Gamliel a dit : celui qui donne du pain à un enfant doit en informer sa mère. Que lui fait-il ?
Abaye a dit : il l'enduit d'huile et lui met du khôl (fard) aux yeux. Et aujourd'hui, où nous craignons la sorcellerie, qu'en est-il ?
Rav Papa a dit : il l'enduit de ce même aliment.
Deuxième enseignement de la série de Rav : celui qui fait un cadeau doit en informer le bénéficiaire. La preuve vient du Chabbat. Hachem aurait pu donner le Chabbat sans commentaire ; Il charge Moche d'informer Israël : « pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie ».
Rabban Chimon ben Gamliel en tire une application concrète : celui qui donne du pain à un enfant doit faire en sorte que la mère le sache. Abaye propose de marquer l'enfant (huile, khôl) pour que la mère pose la question ; Rav Papa, à une époque où l'on craint les accusations de sorcellerie, préfère l'enduire du même aliment, dont la provenance est évidente.
Rachi donne deux raisons : éviter la honte de celui qui reçoit, et susciter l'affection entre les deux. Tossefot limite la règle au cadeau d'amitié : la tsedaka se donne en secret.
Est-ce vrai ? Rav Hama beRabbi Hanina n'a-t-il pas dit : celui qui fait un cadeau à son prochain n'a pas besoin de l'en informer, car il est dit : « Et Moche ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, quand Il lui parlait » (Chemot 34, 29) ! - Ce n'est pas difficile : l'un traite d'une chose destinée à se révéler, l'autre d'une chose qui n'est pas destinée à se révéler. - Mais le Chabbat est destiné à se révéler ! - Le don de sa récompense n'est pas destiné à se révéler.
Objection : Hachem a donné à Moche un visage rayonnant sans le lui dire, ce qui semble prouver qu'on n'a pas besoin d'informer. La Guemara distingue : quand le cadeau finira par être connu, avec l'identité du donateur (le visage de Moche serait vu de tous), il n'est pas nécessaire d'informer ; quand il risque de rester inconnu, il faut informer.
Le Chabbat, lui, sera connu de tous comme commandement. Ce qui ne se révèle pas de soi-même, c'est sa récompense (matan secharah) : c'est elle que Moche devait faire connaître, oralement selon Rachi.
Rav Hisda tenait dans sa main deux dons (matanot) de bœuf. Il dit : quiconque viendra me dire un enseignement nouveau au nom de Rav, je les lui donnerai.
Rava bar Mahsseya lui dit : ainsi a dit Rav : celui qui fait un cadeau à son prochain doit l'en informer, car il est dit : « Pour savoir que Je suis Hachem qui vous sanctifie ». Il les lui donna.
(Rava bar Mahsseya) lui dit : les enseignements de Rav te sont-ils si chers ? Il répondit : oui.
Il lui dit : c'est ce qu'a dit Rav : l'étoffe fine (milta) est précieuse pour ceux qui la portent. Il lui dit : Rav a dit cela ?!
Le dernier m'est plus précieux que le premier ; et si j'en tenais un autre, je te le donnerais.
Récit illustrant l'enseignement précédent. Rav Hisda, cohen selon Rachi, détient deux des matanot (dons dus au cohen sur l'animal abattu : épaule, mâchoires, caillette) et les promet à qui lui apportera un enseignement inédit de Rav. Rava bar Mahsseya lui rapporte justement la règle du cadeau qu'on doit annoncer, et la reçoit en récompense.
Il ajoute alors un proverbe de Rav : milta alevichaihou yakira, l'étoffe fine est chère à ceux qui ont l'habitude de la porter. Rachi : l'élève habitué aux enseignements de son maître en connaît la valeur et les recherche. Rav Hisda préfère ce second enseignement au premier.
Tossefot justifie que Rav Hisda ait pu donner les dons à un non-cohen. Rachi explique pourquoi on ne donne plus ces dons hors d'Israël : l'usage suit Rabbi Ilai.
Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : qu'un homme ne distingue jamais un de ses fils parmi les fils, car à cause du poids de deux sela'im de laine fine (milat) que Yaakov donna à Yossef de plus qu'à ses autres fils, ses frères furent jaloux de lui, la chose s'enchaîna, et nos pères descendirent en Égypte.
Quatrième enseignement de la série : un père ne doit pas distinguer un fils de ses frères par un traitement de faveur. L'exemple est la ketonet passim de Yossef : un supplément de laine fine valant deux sela'im a suffi à provoquer la jalousie des frères, puis la vente de Yossef et la descente en Égypte.
Rachi réduit encore la part du cadeau : seule la bordure des manches était en laine fine. Tossefot demande comment la descente en Égypte peut être attribuée à cette jalousie, alors qu'elle avait été décrétée à Avraham ; il répond que la jalousie a pu aggraver la dureté de l'exil.
Rava bar Mahsseya a dit encore, au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : qu'un homme cherche toujours à habiter une ville dont le peuplement est récent, car du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses, comme il est dit : « Voici donc cette ville, proche pour s'y enfuir, et elle est petite (mitsar) » (Berechit 19, 20). Que signifie « proche » ?
Si l'on dit : proche, à proximité, et petite - mais ils la voyaient ! Il faut donc dire : du fait que son peuplement est récent, ses fautes sont peu nombreuses.
Rabbi Avin a dit : quel est le verset (qui l'indique) ? Il est écrit : « Que je m'échappe donc (na) là-bas » : « na » en guematria fait cinquante et un, et (l'âge de) Sedom, cinquante-deux.
Et sa tranquillité...
Cinquième enseignement : il est bon d'habiter une ville de fondation récente, car ses habitants ont eu moins de temps pour accumuler des fautes. La source est la demande de Lot à l'ange : épargner Tsoar, « proche » et « petite ». Lire « proche » au sens géographique ne tient pas, puisque les anges voyaient la ville ; « proche » veut donc dire récemment peuplée.
Rabbi Avin trouve l'allusion dans le mot na (noun 50 + alef 1 = 51) : Tsoar avait 51 ans, Sedom 52. Rachi reconstitue la chronologie : les villes furent fondées après la dispersion de la tour, à la mort de Peleg (Avraham avait 48 ans), et Sedom fut détruite quand Avraham avait 99 ans. La phrase sur la tranquillité de Sedom (26 ans) se poursuit en 11a ; Tossefot et le Ben Yehoyada en discutent le compte.
Le Roch, placé ici par la source, reprend la halakha du bain (segments 0-2) : prière permise seulement dans un bain neuf, et la règle des trois zones.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).