Sougya : Le daf achève la série d'enseignements transmis par Rava bar Mehasseya au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : les années de tranquillité de Sedom, la ville dont les toits dépassent la synagogue, l'échelle des dominations et des souffrances, le cœur insondable des rois et l'efficacité du jeûne contre un mauvais rêve, même le Chabbat. La Guemara revient ensuite à la Michna de 9b : la fin de la Michna (on interrompt pour le Chema) concerne ceux qui étudient la Torah ; Rabbi Yo'hanan limite la dispense de prière à ceux dont la Torah est le métier, comme Rabbi Chimon bar Yohai, et une baraita contraire est ramenée aux sages occupés à l'intercalation de l'année.
Commence alors une nouvelle Michna : les gezerot (décrets préventifs) de la veille de Chabbat, le tailleur et son aiguille, le scribe et son calame, la lecture à la lumière de la lampe, et le zav qui ne mange pas avec la zava. La Guemara ouvre sa discussion par une Michna parallèle sur celui qui boit d'un domaine à l'autre.
... vingt-six, comme il est écrit : Douze ans ils servirent Kedorlaomer, et treize ans ils se révoltèrent. Et la quatorzième année, etc.
(Berechit 14, 4-5).
Fin de l'enseignement commencé en 10b : le royaume de Sedom dura cinquante-deux ans, dont vingt-six seulement de tranquillité. Rachi décompte : douze années de servitude, treize de révolte, et l'année où Kedorlaomer fut tué ; il reste vingt-six années paisibles. La prospérité de Sedom fut donc brève.
Rava bar Mehasseya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : toute ville dont les toits sont plus hauts que la synagogue finit par être détruite, comme il est dit : Pour élever la maison de notre D.ieu et relever ses ruines (Ezra 9, 9). Cela ne vaut que pour les maisons elles-mêmes ; pour les kachkouchei et les abrourei (tourelles et tours), cela ne nous pose pas de problème.
Rav Achi a dit : moi, j'ai fait en sorte que Mata Mehasseya ne soit pas détruite. — Mais elle a été détruite ! — Elle n'a pas été détruite à cause de cette faute.
La synagogue doit dominer la ville. Le verset d'Ezra parle de la maison de D.ieu qu'il faut élever ; Rav en tire que des toits plus hauts que la synagogue attirent la destruction. La Guemara restreint : seules les maisons comptent, pas les tourelles ou les tours qui s'élèvent au-dessus d'elles.
Rav Achi a veillé à appliquer cette règle à Mata Mehasseya. La ville fut détruite plus tard, mais pour d'autres fautes. Le Ben Yehoyada explique pourquoi le texte dit plus hauts et non égaux : la synagogue, petit sanctuaire, se situe un degré en dessous du Temple.
Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : (mieux vaut être) sous Ishmael et non sous un nokhri (étranger) ; sous un nokhri et non sous un haver ; sous un haver et non sous un talmid 'hakham (érudit) ; sous un talmid 'hakham et non sous un orphelin et une veuve.
Une échelle des dominations, de la plus supportable à la plus redoutable. Les trois premiers échelons sont des peuples : Ishmael, Rome (Edom), et les haverim. Rachi y voit un peuple perse ; Tossefot montre qu'il s'agit d'un groupe distinct, arrivé à Bavel plus tard, à l'époque de Rabbi Yo'hanan, et plus dur que les Perses.
Les deux derniers échelons sont surprenants : le talmid 'hakham et l'orphelin et la veuve. Leur pouvoir vient du Ciel, qui les défend quand on les offense. Le Ben Yehoyada ajoute que le talmid 'hakham peut être apaisé, alors que l'orphelin et la veuve remettent leur cause au Ciel.
Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : toute maladie (holi), mais pas la maladie des intestins ; toute douleur (kéév), mais pas la douleur du cœur ; toute gêne (mihouch), mais pas le mal de tête ; tout mal, mais pas une mauvaise femme.
Rav classe les souffrances par type, et dans chaque type il désigne la plus grave. Rachi définit les trois termes : holi, la maladie longue qui épuise ; kéév, la douleur intermittente ; mihouch, la gêne passagère. La dernière paire généralise : de tous les maux, la mauvaise femme est le plus dur.
Le Ben Yehoyada propose deux lectures : une lecture morale, où chaque maladie représente une faute (gourmandise, orgueil, pensées de faute), et une explication de l'expression mauvaise femme à partir du passage de Yevamot 63b.
Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : si toutes les mers étaient de l'encre, les marais des calames, les cieux des parchemins et tous les hommes des scribes, ils ne suffiraient pas à écrire la profondeur (halal) du pouvoir. Quel est le verset qui le montre ?
Rav Mecharchiya a dit : Les cieux pour la hauteur, la terre pour la profondeur, et le cœur des rois est insondable (Michle 25, 3).
Le mot halal (espace, profondeur) désigne, selon Rachi, l'étendue de ce que le souverain doit porter dans son esprit : les provinces, les impôts, les guerres et les jugements, le même jour. Le verset de Michle place le cœur des rois à côté des cieux et de la terre, tous trois impossibles à mesurer.
Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : le jeûne est efficace contre un (mauvais) rêve comme le feu contre l'étoupe. Rav Hisda a dit : et le jour même.
Et Rav Yossef a dit : même le Chabbat.
Le taanit halom (jeûne pour un mauvais rêve) annule le mauvais présage, comme le feu consume l'étoupe. Deux précisions : Rav Hisda exige de jeûner le jour même qui suit le rêve ; Rav Yossef permet ce jeûne même le Chabbat, bien que le jeûne soit normalement interdit ce jour-là.
Rav Yehochoua, fils de Rav Idi, se trouva chez Rav Achi. On lui prépara un veau tilta.
On lui dit : que le maître goûte quelque chose. Il leur répondit : je suis en jeûne.
Ils lui dirent : le maître ne tient-il pas compte de ce qu'a dit Rav Yehouda ? Car Rav Yehouda a dit : un homme peut emprunter son jeûne et le rembourser !
Il leur répondit : c'est un jeûne pour un rêve. Et Rava bar Mehasseya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : le jeûne est efficace contre un rêve comme le feu contre l'étoupe.
Et Rav Hisda a dit : et le jour même. Et Rav Yossef a dit : même le Chabbat.
Un récit illustre la règle précédente. Rav Yehochoua refuse un repas de choix : il jeûne. On lui objecte la règle de Rav Yehouda, love adam taanito ou-fore'a : un jeûne volontaire peut être reporté à un autre jour. Il répond qu'un taanit halom ne se reporte pas, puisque son efficacité dépend du jour même (Rav Hisda).
Le Roch précise, à partir du Yerouchalmi, que le report n'est possible que pour un jeûne accepté pour un jour non spécifié.
(Michna :) Et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; ils interrompent pour le Chema. — Mais le début de la Michna a déjà enseigné ils n'interrompent pas ! — La fin nous amène aux paroles de Torah. Car il est enseigné dans une baraita : des compagnons occupés à l'étude de la Torah interrompent pour le Chema et n'interrompent pas pour la prière.
Rabbi Yo'hanan a dit : on ne l'a enseigné que pour des gens comme Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues, dont la Torah est le métier. Mais des gens comme nous interrompent pour le Chema et pour la prière.
Retour à la Michna de 9b : celui qui a commencé un repas, un jugement ou un travail avant Minha n'interrompt pas pour la prière. Pourquoi la fin de la Michna répète-t-elle et on n'interrompt pas pour la prière ? Parce qu'elle parle d'un autre cas : l'étude de la Torah.
Le Chema est deoraita et lié à une heure fixe ; on interrompt donc l'étude pour lui. La Tefila est d'un degré inférieur et l'étude ne s'interrompt pas pour elle. Rabbi Yo'hanan limite cette dispense à ceux dont la Torah est le seul métier (torato oumanouto). Celui qui interrompt son étude pour gagner sa vie doit à plus forte raison l'interrompre pour prier.
Mais il est enseigné dans une baraita : de même qu'on n'interrompt pas pour la prière, on n'interrompt pas pour le Chema ! — Cette baraita a été enseignée pour l'intercalation de l'année. Car Rav Ada bar Ahava a dit, et les anciens de Hagronya l'ont aussi enseigné : Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : quand nous étions occupés à l'intercalation de l'année à Yavne, nous n'interrompions ni pour le Chema ni pour la prière.
Une autre baraita dispense aussi du Chema. La Guemara la limite à l'ibour chana (intercalation d'un treizième mois). De cette décision dépendent les dates de toutes les fêtes ; Tossefot explique qu'on craint de fausser les moadim. Les sages occupés à ce travail n'interrompaient ni pour le Chema ni pour la prière.
MICHNA. Le tailleur ne sortira pas avec son aiguille peu avant la tombée de la nuit (la veille de Chabbat), de peur qu'il n'oublie et ne sorte.
Ni le scribe avec son calame. On n'épouillera pas ses vêtements, et on ne lira pas à la lumière de la lampe.
En vérité, ils ont dit : le hazan regarde où les enfants lisent, mais lui-même ne lira pas. De même : le zav ne mangera pas avec la zava, à cause de l'accoutumance à la faute.
Nouvelle Michna, consacrée aux gezerot (mesures préventives). L'artisan porte habituellement son outil sur lui ; s'il sort avec à l'approche de Chabbat, il risque de continuer une fois Chabbat entré, et de transgresser l'interdit de hotsaa (transport d'un domaine à l'autre). Tossefot précise le mécanisme : une sortie par pur oubli de l'aiguille ne serait pas un interdit de la Torah (melekhet mahchevet) ; la crainte porte sur celui qui se souvient de l'aiguille mais oublie que c'est Chabbat.
La lecture à la lumière d'une lampe à huile est interdite, car on pourrait l'incliner pour raviver la flamme. Le hazan peut seulement jeter un regard. Le zav et la zava sont déjà tous deux impurs ; l'interdit de manger ensemble vise la relation, passible de karet.
GUEMARA. Nous avons appris ailleurs : un homme ne se tiendra pas dans le domaine privé pour boire dans le domaine public, ni dans le domaine public pour boire dans le domaine privé.
Mais s'il a fait entrer sa tête et la majeure partie de son corps dans l'endroit où il boit, c'est permis.
La Guemara ouvre par une Michna d'Erouvin qui fonctionne selon la même logique. Boire en tendant la tête vers un récipient placé dans l'autre domaine est interdit : on pourrait tirer le récipient vers soi et transgresser la hotsaa, faute passible d'un hatat. Si l'on entre avec la tête et la majeure partie du corps dans ce domaine, le risque disparaît.
Tossefot se demande pourquoi l'eau avalée, qui passe dans un corps situé en partie dans l'autre domaine, ne constitue pas un transport ; il répond que l'acte d'avaler vaut hanaha (dépôt) à l'endroit où il a lieu.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).