Shabbat 11a — Enseignements de Rav sur la synagogue, la souffrance et le jeûne ; interrompre l'étude pour le Chema ; les précautions de la veille de Chabbat

Shabbat 11a

Sougya : Le daf achève la série d'enseignements transmis par Rava bar Mehasseya au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : les années de tranquillité de Sedom, la ville dont les toits dépassent la synagogue, l'échelle des dominations et des souffrances, le cœur insondable des rois et l'efficacité du jeûne contre un mauvais rêve, même le Chabbat. La Guemara revient ensuite à la Michna de 9b : la fin de la Michna (on interrompt pour le Chema) concerne ceux qui étudient la Torah ; Rabbi Yo'hanan limite la dispense de prière à ceux dont la Torah est le métier, comme Rabbi Chimon bar Yohai, et une baraita contraire est ramenée aux sages occupés à l'intercalation de l'année.

Commence alors une nouvelle Michna : les gezerot (décrets préventifs) de la veille de Chabbat, le tailleur et son aiguille, le scribe et son calame, la lecture à la lumière de la lampe, et le zav qui ne mange pas avec la zava. La Guemara ouvre sa discussion par une Michna parallèle sur celui qui boit d'un domaine à l'autre.

Les deux échelles de Rav (segments 2 et 3) Sous quelle autorité vivre ? Quelle souffrance supporter ? Ishmael (les Arabes) le moins dur Nokhri (Rome, Edom) plus méchants (Rachi) Haver (peuple perse / prêtres) Rachi et Tossefot divergent Talmid 'hakham s'il est offensé, il punit (Rachi) Orphelin et veuve leurs larmes coulent vite Tout holi (maladie longue) mais pas la maladie des intestins Tout keev (douleur qui va et vient) mais pas la douleur du cœur Tout mihouch (gêne passagère) mais pas le mal de tête Tout mal (raa) mais pas une mauvaise femme de plus en plus redoutable Formule : il vaut mieux subir A que B. Chaque ligne est préférable à la suivante.
Les deux listes graduées de Rav. À gauche, les dominations, de la plus supportable à la plus redoutable ; les deux dernières sont redoutables parce que le Ciel prend leur défense. À droite, chaque type de souffrance est accepté, sauf sa forme la plus grave.
Qui interrompt son étude pour le Chema et pour la prière ? (segments 7-8) Situation Chema (deoraita, heure fixe) Tefila (Amida) Torah = métier Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues on interrompt on n'interrompt pas Nous (on interrompt l'étude pour gagner sa vie) on interrompt on interrompt Intercalation de l'année Rabbi Elazar bar Tsadok, à Yavne on n'interrompt pas on n'interrompt pas Deux baraitot semblaient se contredire sur le Chema : la seconde parle du travail d'intercalation, dont dépendent toutes les fêtes.
Le tableau résume la discussion : la dispense de prière est réservée à ceux dont la Torah est le seul métier ; la dispense du Chema aussi, seulement pour le travail d'intercalation de l'année.
La Michna des précautions (segment 9) : chaque interdit et ce qu'il prévient Interdit (gezera) Transgression redoutée Tailleur + aiguille, avant la nuit oublier, et sortir avec une fois Chabbat entré (hotsaa) Scribe + calame même crainte : sortir avec son outil (hotsaa) Épouiller ses vêtements la raison est expliquée plus loin (12a) Lire à la lumière de la lampe incliner la lampe pour raviver la flamme (allumer) exception : le hazan regarde où lisent les enfants Le zav ne mange pas avec la zava l'intimité mène à une relation interdite (karet) Point commun : un acte permis en soi est interdit parce qu'il conduit, par habitude ou par inattention, à une transgression grave (hergel avéra).
Les cinq dispositions de la Michna. Toutes interdisent un acte permis en lui-même, pour éloigner d'une transgression à laquelle il conduirait.
1
עֶשְׂרִים וְשֵׁשׁ, דִּכְתִיב: ״שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה עָבְדוּ אֶת כְּדָרְלָעֹומֶר וּשְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָרָדוּ. וּבְאַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה וְגוֹ׳״

... vingt-six, comme il est écrit : Douze ans ils servirent Kedorlaomer, et treize ans ils se révoltèrent. Et la quatorzième année, etc.

(Berechit 14, 4-5).

📜 Rachi (1)
עֶשְׂרִים וָשֵׁשׁ דִּכְתִיב שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה עָבְדוּ אֶת כְּדָרְלָעֹומֶר אֵין זוֹ שֶׁלָּוָה וי"ג מָרְדוּ אֵין זוֹ שָׁלוֹם שֶׁהָיוּ בָּהֶן מִלְחָמוֹת הֲרֵי כ"ה שָׁנִים וּשְׁנַת כ"ו נֶהֱרַג כְּדָרְלָעֹומֶר וְהָיְתָה בְּשַׁלְוָה כ"ו הַנּוֹתָרִים מנ"ב:
Douze ans ils servirent Kedorlaomer : ce n'est pas une période de tranquillité. Et treize ans ils se révoltèrent : ce n'est pas une période de paix, car il y eut des guerres. Cela fait vingt-cinq ans ; la vingt-sixième année, Kedorlaomer fut tué. Et ils vécurent en tranquillité les vingt-six années restantes sur cinquante-deux.
💡 Explication

Fin de l'enseignement commencé en 10b : le royaume de Sedom dura cinquante-deux ans, dont vingt-six seulement de tranquillité. Rachi décompte : douze années de servitude, treize de révolte, et l'année où Kedorlaomer fut tué ; il reste vingt-six années paisibles. La prospérité de Sedom fut donc brève.

🖼️ Schéma
Les 52 ans de Sedom (fin de 10b et segment 0) 12 ans : asservis 13 ans : révolte, guerres 26 ans de tranquillité 26e année : Kedorlaomer est tué 12 + 13 + 1 = 26 ans sans paix 52 - 26 = 26 ans de paix (Rachi)
Décompte de Rachi : 26 années troublées, 26 années paisibles.
2
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: כָּל עִיר שֶׁגַּגּוֹתֶיהָ גְּבוֹהִין מִבֵּית הַכְּנֶסֶת לְסוֹף חֲרֵבָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְרוֹמֵם אֶת בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ וּלְהַעֲמִיד אֶת חָרְבֹותָיו״. וְהָנֵי מִילֵּי בְּבָתִּים, אֲבָל בְּקִשְׁקוּשֵׁי וַאֲבַרְוָרֵי לֵית לַן בַּהּ. אָמַר רַב אַשִּׁי: אֲנָא עֲבַדִי לְמָתָא מַחְסֵיָא דְּלָא חֲרַבָה. וְהָא חָרְבָה! מֵאוֹתוֹ עָוֹן לֹא חָרְבָה.

Rava bar Mehasseya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : toute ville dont les toits sont plus hauts que la synagogue finit par être détruite, comme il est dit : Pour élever la maison de notre D.ieu et relever ses ruines (Ezra 9, 9). Cela ne vaut que pour les maisons elles-mêmes ; pour les kachkouchei et les abrourei (tourelles et tours), cela ne nous pose pas de problème.

Rav Achi a dit : moi, j'ai fait en sorte que Mata Mehasseya ne soit pas détruite. — Mais elle a été détruite ! — Elle n'a pas été détruite à cause de cette faute.

📜 Rachi (3)
לְרוֹמֵם בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ וְעַל יְדֵי כֵּן זָכִינוּ לָתֵת לָנוּ גָּדֵר בִּיהוּדָה:
Pour élever la maison de notre D.ieu : et grâce à cela nous avons mérité qu'on nous donne une clôture (protection) en Yehouda.
קִשְׁקוּשֵׁי וַאֲבַרְוָרֵי בִּירָנִיּוֹת וּמִגְדָּלִים:
Kachkouchei et abrourei : des tourelles et des tours.
רַב אַשִּׁי רֹאשׁ יְשִׁיבָה הָיָה בְּמָתָא מְחַסְיָא וּמְנָעָם מִלְּהַגְבִּיהַּ בָּתֵּיהֶם יוֹתֵר מבהכ"נ:
Rav Achi était chef de yechiva à Mata Mehasseya, et il empêcha les habitants d'élever leurs maisons plus haut que la synagogue.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל עִיר, שֶׁגַּגּוֹתֶיהָ גְּבוֹהִים מִבֵּית הַכְּנֶסֶת, לְסוֹף חָרְבָה שֶׁנֶּאֱמַר: (עֶזְרָא ט, ט) "לְרוֹמֵם אֶת בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ, וּלְהַעֲמִיד אֶת חָרְבֹתָיו". מַקְשִׁים דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא גְּבוֹהִים הָא שָׁוִין לֵית לַן בַּהּ, וּמִן רְאָיָה דְּפָסוּק לְרוֹמֵם מַשְׁמַע דְּלָא סַגִּי בְּשָׁוִין אֶלָּא צָרִיךְ לְרוֹמֵם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכֵי תִּיקְשֵׁי אֵיךְ מוֹכִיחַ לְבֵית הַכְּנֶסֶת מִקְּדֻושַּׁת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ דִּקְדֻושָּׁתוֹ גְּדוֹלָה וַחֲמוּרָה בְּיוֹתֵר שֶׁשָּׁם הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּגִילּוּי יוֹתֵר? אַךְ תֵּירוּץ קֻושְׁיָא זוֹ פָּשׁוּט דְּבֵית הַכְּנֶסֶת נִקְרָא מִקְדָּשׁ מְעַט‎ וְאִם כֵּן לְפָחוֹת צָרִיךְ לְהוֹרִידָהּ בְּמַעֲלָה מִן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ מַדְרֵגָה אַחַת, וְלָכֵן בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ דִּכְתִיב לְרוֹמֵם הִנֵּה כָּאן סַגִּי בְּשָׁוִים, וְהָא דְּלָא מַקְשֵׁי עַל רַב מִמָּתָא מְחַסְיָיא שֶׁלֹּא הָיוּ גַּגּוֹתֶיהָ גְּבוֹהִים יֶחְרָבָהּ די"ל דְּרַב דְּאָמַר בְּגַגּוֹתֶיהָ גְּבוֹהִים תֶּחֱרַב הָעִיר הַייְנוּ מֵחֲמַת עָוֹן זֶה בִּלְבַד אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בְּיָדָם עוֹנוֹת אֲחֵרִים שֶׁרָאוּי שֶׁתֶּחְרַב בַּעֲבוּרָם, וּמָתָא מְחַסְיָיא הָיוּ בָּהּ עוֹנוֹת אֲחֵרִים שֶׁרָאוּי שֶׁתֶּחְרַב בַּעֲבוּרָם וְלָכֵן חָרְבָה, אֲבָל עַל רַב אַשִּׁי דְּאָמַר בְּפֵירוּשׁ לֹא חָרְבָה שַׁפִּיר מַקְשֵׁי מִן חוּשׁ הָרֵיאוֹת דְּחָזֵינַן דְּחָרְבָה, וּמְשַׁנֵּי רַב אַשִּׁי נָמֵי כַּוָּנָתוֹ הָיְתָה כָּךְ.
Toute ville dont les toits sont plus hauts que la synagogue finit par être détruite, comme il est dit : Pour élever la maison de notre D.ieu et relever ses ruines. On objecte : l'expression implique seulement plus hauts, donc des toits de même hauteur ne posent pas de problème ; or la preuve tirée du verset Pour élever indique que l'égalité ne suffit pas et qu'il faut élever. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut de toute façon demander : comment déduire la règle de la synagogue de la sainteté du Temple, dont la sainteté est bien plus grande et plus grave, puisque la Chekhina y réside de façon plus manifeste ? La réponse à cette question est simple : la synagogue est appelée petit sanctuaire (mikdach méat) ; il faut donc au moins la placer un degré en dessous du Temple. Pour le Temple il est écrit élever ; ici, l'égalité suffit. Et si l'on n'objecte pas à Rav l'exemple de Mata Méhasséya, où les toits n'étaient pas plus hauts et qui fut pourtant détruite, c'est qu'on peut dire : quand Rav affirme qu'une ville aux toits plus hauts sera détruite, il parle de cette faute seule, même si les habitants n'ont pas d'autres fautes méritant la destruction ; Mata Méhasséya avait d'autres fautes qui la rendaient digne d'être détruite, et c'est pourquoi elle le fut. Mais à Rav Achi, qui a dit explicitement elle n'a pas été détruite, on objecte à juste titre ce que l'on voit de ses yeux, à savoir qu'elle fut détruite ; et la Guemara répond que Rav Achi aussi voulait dire cela.
💡 Explication

La synagogue doit dominer la ville. Le verset d'Ezra parle de la maison de D.ieu qu'il faut élever ; Rav en tire que des toits plus hauts que la synagogue attirent la destruction. La Guemara restreint : seules les maisons comptent, pas les tourelles ou les tours qui s'élèvent au-dessus d'elles.

Rav Achi a veillé à appliquer cette règle à Mata Mehasseya. La ville fut détruite plus tard, mais pour d'autres fautes. Le Ben Yehoyada explique pourquoi le texte dit plus hauts et non égaux : la synagogue, petit sanctuaire, se situe un degré en dessous du Temple.

3
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: תַּחַת יִשְׁמָעֵאל וְלֹא תַּחַת נָכְרִי. תַּחַת נָכְרִי וְלֹא תַּחַת חָבֵר. תַּחַת חַבָּר וְלֹא תַּחַת תַּלְמִיד חָכָם. תַּחַת תַּלְמִיד חָכָם וְלֹא תַּחַת יָתוֹם וְאַלְמָנָה.

Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : (mieux vaut être) sous Ishmael et non sous un nokhri (étranger) ; sous un nokhri et non sous un haver ; sous un haver et non sous un talmid 'hakham (érudit) ; sous un talmid 'hakham et non sous un orphelin et une veuve.

📜 Rachi (4)
תַּחַת יִשְׁמָעֵאל לְשַׁמְּשׁוֹ:
Sous Ishmael : pour le servir.
וְלֹא תַּחַת נָכְרִי אֲדֻומִּים שֶׁהָיוּ רִשְׁעֵי' יוֹתֵר:
Et non sous un nokhri : les Édomites (Romains), qui étaient plus méchants.
חָבֵר אֻומָּה מִבְּנֵי פַּרְסִיִּים:
Haver : un peuple issu des Perses.
תַּלְמִיד חָכָם אִם יַקְנִיטֶנּוּ יַעֲנִישֶׁנּוּ וְכֵן יָתוֹם וְאַלְמָנָה מִפְּנֵי שֶׁדִּמְעָתָן מְצוּיָה:
Talmid 'hakham : s'il le vexe, il le fera punir. De même l'orphelin et la veuve, parce que leurs larmes viennent facilement.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא תַּחַת חָבֵר פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס חָבֵר פַּרְסִיִּים ול"נ דְּפַרְסִיִּים הָיוּ בְּבָבֶל מֵימוֹת כּוֹרֶשׁ כדפירש"י בפ"ב דְּגִיטִּין (דַּף יז.) וַחֲבֵרִים בִּימֵי רַבִּי יוֹחָנָן אָתוּ לְבָבֶל כִּדְאָמַר בְּהַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת סג:) וְעוֹד דְּאָמְרִינַן בְּקִדּוּשִׁין (עב.) הַרְאֵנִי פַּרְסִיִּים דּוֹמִין לַחֲיָילוֹת בֵּית דָּוִד הַרְאֵנִי חַבָּרִין דּוֹמִין לְמַלְאֲכֵי חַבָּלָה מַשְׁמַע דְּחַבָּרֵי אֻומָּה אַחֶרֶת הִיא וְהָא דְאָמַר בְּפֶרֶק ב' דְּגִיטִּין (דַּף ז.) אֲתָא חַבְרָא שְׁקַל שְׁרָגָא מִקַּמַּיְיהוּ אֲמַר רַחֲמָנָא אוֹ בְּטֻולָּךְ אוֹ בְּטֻולָּא דְּבַר עֵשָׂו לְמֵימְרָא דִּבְנֵי אֲדֻומִּים מַעֲלֵי מִפַּרְסִיִּים וְהָתַנְיָא אֱ-לֹהִים הֵבִין דַּרְכָּהּ וְגוֹ' יָדַע הקב"ה שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל יְכוֹלִים לְקַבֵּל רֹוב גְּזֵרוֹתָיו שֶׁל עֵשָׂו הָרָשָׁע עָמַד וְהַגָּל' אוֹתָם לְבָבֶל לָאו מִשּׁוּם דְּחַבָּרִים הָיוּ פָּרְסָאֵי אֶלָּא עִיקָּר הָיוּ הַפַּרְסִיִּים וְהַחַבָּרִים שֶׁבֵּינֵיהֶם הָיוּ כְּפּוּפִין לָהֶן וּמְשַׁנֵּי הָא מִקַּמֵּי דְּאָתוּ חַבָּרֵי לְבָבֶל הָיוּ פָּרְסָאֵי מָעֲלוּ מֵרוֹמָאֵי וְהָא דְּקָאָמַר אוֹ בְּטֻולָּךְ אוֹ בְּטֻולָּא דְּבַר עֵשָׂו בָּתַר דְּאָתוּ חַבָּרֵי לְבָבֶל בִּימֵי ר' יוֹחָנָן כִּדְמוֹכַח בְּהַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת סג:) וְהִרְשִׁיעוּ אֶת הַפַּרְסִיִּים דְּרוֹמִיִּים מְעַלֵּי מִפָּרְסָאֵי וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ שָׁם דְּאָתוּ חַבָּרֵי לְבָבֶל פַּרְסִיִּים בִּימֵי כּוֹרֶשׁ ול"נ כִּדְפָרֵישִׁי' דְּהָא בִּימֵי רַבִּי יוֹחָנָן אֲתוּ חַבָּרֵי וּפַרְסִיִּים בִּימֵי כּוֹרֶשׁ וְכִדְמוּכָח בְּקִדּוּשִׁין (דַּף עב.) דְּלָאו אֻומָּה אַחַת הֵן והר"ר יַעֲקֹב מִקּוֹרְבֵיל מְפָרֵשׁ דְּחַבָּרִים הָיוּ מְשָׁרְתִים מִפַּרְסִיִּים דּוֹמִים לְמַלְאֲכֵי חַבָּלָה לְפִי שֶׁלּוֹבְשִׁים בְּגָדִים שְׁחֹורִים וּרְחָבִים וְהַיְינוּ דִּשְׁקַל הַכֹּומֶר שְׁרָגָא לְהָבִיא לַעַ"ז שֶׁלָּהֶן:
Et non sous un haver : Rachi explique que haver désigne les Perses. Mais il ne nous semble pas ainsi : les Perses étaient à Bavel depuis l'époque de Cyrus, comme Rachi l'explique au deuxième chapitre de Guittin (17a), alors que les haverim sont venus à Bavel à l'époque de Rabbi Yo'hanan, comme on le dit au chapitre Haba al yevimto (Yevamot 63b). De plus, on dit dans Kiddouchin (72a) : Montre-moi les Perses, ils ressemblent aux armées de la maison de David ; montre-moi les haverim, ils ressemblent à des anges de destruction ; cela implique que les haverim sont un autre peuple. Quant à ce qu'on dit au deuxième chapitre de Guittin (7a) : un haver vint et enleva la lampe de devant eux ; il dit : Miséricordieux, ou sous ton ombre, ou sous l'ombre du fils d'Essav ; cela revient à dire que les Édomites sont meilleurs que les Perses. Or on enseigne dans une baraita : D.ieu a compris son chemin, etc. : le Saint béni soit-Il savait qu'Israël ne pourrait supporter la plupart des décrets d'Essav le méchant ; Il se leva et les exila à Bavel. Cela n'implique pas que les haverim soient les Perses : les Perses étaient le peuple principal, et les haverim qui vivaient parmi eux leur étaient soumis. La Guemara répond : ceci (la baraita) vaut avant que les haverim ne viennent à Bavel, quand les Perses étaient meilleurs que les Romains ; et la parole ou sous ton ombre, ou sous l'ombre du fils d'Essav vaut après l'arrivée des haverim à Bavel, à l'époque de Rabbi Yo'hanan, comme cela ressort du chapitre Haba al yevimto (Yevamot 63b) ; ils rendirent les Perses méchants, si bien que les Romains étaient meilleurs que les Perses. Rachi explique là-bas que les haverim perses sont venus à Bavel à l'époque de Cyrus ; il ne nous semble pas ainsi, mais comme nous l'avons expliqué : les haverim sont venus à l'époque de Rabbi Yo'hanan et les Perses à l'époque de Cyrus, et il ressort de Kiddouchin (72a) que ce n'est pas un seul peuple. Rabbi Yaakov de Corbeil explique que les haverim étaient des serviteurs des Perses, qui ressemblaient à des anges de destruction parce qu'ils portaient des vêtements noirs et amples ; c'est pourquoi le prêtre enleva la lampe, pour l'apporter à leur culte idolâtre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּחַת יַד חָבֵר וְלֹא [תַּחַת] תַּלְמִיד חָכָם. פֵּירוּשׁ תַּחַת אַפּוֹ וְכַעֲסוֹ שֶׁל 'חָבֵר' וְלֹא תַּחַת אַפּוֹ וְכַעֲסוֹ שֶׁל 'תַּלְמִיד חָכָם ' מִפְּנֵי שֶׁחִבֵּר עוֹשֶׂה בִּפְעֻולּוֹת גַּשְׁמִיּוֹת לְמַטָּה וְלָזֶה יֵשׁ גַּם כֵּן לִמְצוֹא תְּרוּפָה כְּנֶגְדּוֹ, אַךְ אַפּוֹ וְכַעֲסוֹ שֶׁל תַּלְמִיד חָכָם עוֹשֶׂה רֹושֶׁם מִלְמַעְלָה כִּי מִן הַשָּׁמַיִם נִלְחָמִים לוֹ וּמִי יוּכַל לְבַטֵּל מַעֲשֵׂה שָׁמַיִם חָס וְחָלִילָה! וְכֵן מַה שֶׁאָמַר תַּחַת תַּלְמִיד חָכָם וְלֹא [ תַּחַת ] יָתוֹם וְאַלְמָנָה , מִפְּנֵי שֶׁגַּם אֵלּוּ מִן הַשָּׁמַיִם מֵעֲנִישִׁין בַּעֲבוּרָם שֶׁדִּמְעָתָם מְצוּיָה וּמוֹסְרִים דִּינָם לַשָּׁמַיִם, אַךְ תַּלְמִיד חָכָם אֶפְשָׁר שֶׁהָאָדָם יְפַיְּיסֵהוּ בִּדְבָרִים וְיִתְרַצֶּה וְיִמְחֹול, אַךְ אֵלּוּ אֵין לָהֶם דַּעַת לְהִתְפַּייֵּס בְּתַחֲנוּנִים אוֹ בִּדְבָרִים שֶׁהָאָדָם יִצְדַּק עַצְמוֹ וּלְכָךְ שֶׁלָּהֶם קָשֶׁה יוֹתֵר מִן תַּלְמִיד חָכָם. וּמַה שֶׁאָמַר תַּחַת יַד יִשְׁמָעֵאל וְלֹא תַּחַת יַד עַכּוּ"ם , כִּי בְּעַכּוּ"ם יֵשׁ שִׂנְאַת הַדָּת יוֹתֵר, וְעוֹד מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה.
Sous la main d'un haver et non sous un talmid 'hakham. C'est-à-dire : sous la colère et l'irritation d'un haver, et non sous la colère et l'irritation d'un talmid 'hakham. Le haver agit par des moyens matériels, en bas, et contre cela on peut trouver un remède ; mais la colère d'un talmid 'hakham fait impression en haut, car le Ciel combat pour lui, et qui peut annuler une action du Ciel, à D.ieu ne plaise ! De même, ce qu'il dit sous un talmid 'hakham et non sous un orphelin et une veuve : ceux-là aussi, le Ciel punit à cause d'eux, car leurs larmes viennent facilement et ils remettent leur cause au Ciel. Mais un talmid 'hakham, on peut l'apaiser par des paroles, il se laisse fléchir et pardonne ; ceux-là n'ont pas l'état d'esprit pour se laisser apaiser par des supplications ou par les paroles de celui qui cherche à se justifier. C'est pourquoi leur cas est plus grave que celui du talmid 'hakham. Et ce qu'il dit sous la main d'Ishmael et non sous la main d'un idolâtre : chez l'idolâtre il y a davantage de haine de la religion ; et aussi à cause d'un événement qui s'est produit.
💡 Explication

Une échelle des dominations, de la plus supportable à la plus redoutable. Les trois premiers échelons sont des peuples : Ishmael, Rome (Edom), et les haverim. Rachi y voit un peuple perse ; Tossefot montre qu'il s'agit d'un groupe distinct, arrivé à Bavel plus tard, à l'époque de Rabbi Yo'hanan, et plus dur que les Perses.

Les deux derniers échelons sont surprenants : le talmid 'hakham et l'orphelin et la veuve. Leur pouvoir vient du Ciel, qui les défend quand on les offense. Le Ben Yehoyada ajoute que le talmid 'hakham peut être apaisé, alors que l'orphelin et la veuve remettent leur cause au Ciel.

4
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: כָּל חֹולִי, וְלֹא חֹולִי מֵעַיִם. כָּל כְּאֵב, וְלֹא כְּאֵב לֵב. כָּל מֵיחוֹשׁ, וְלֹא מֵיחוֹשׁ רֹאשׁ. כָּל רָעָה, וְלֹא אִשָּׁה רָעָה.

Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : toute maladie (holi), mais pas la maladie des intestins ; toute douleur (kéév), mais pas la douleur du cœur ; toute gêne (mihouch), mais pas le mal de tête ; tout mal, mais pas une mauvaise femme.

📜 Rachi (3)
חֹולִי הוּא חֹולִי אָרֹוךְ הַמְנַווְּנָהּ וְהוֹלֵךְ וּמַתִּישׁ כֹּחַ כְּגוֹן אִשָּׁתָא וְחֹולִי הָרֹאשׁ:
Holi (maladie) : c'est une maladie longue, qui affaiblit progressivement et épuise les forces, comme la fièvre ou la maladie de la tête.
כְּאֵב הוּא הַהוֹלֵךְ וּבָא כְּגוֹן כְּאֵב שֵׁן כְּאֵב מַכָּה:
Kéév (douleur) : c'est celle qui va et vient, comme une douleur de dent ou la douleur d'une plaie.
מֵיחוֹשׁ חֲשָׁשָׁא בְּעָלְמָא לְפִי שָׁעָה וְקַל:
Mihouch (gêne) : une simple gêne, passagère et légère.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל חֹלִי וְלֹא חֹלִי מֵעַיִם. נִרְאֶה לִי לָאו בְּחֹולִי הַשִּׁלְשׁוּל אַייְרֵי, אֶלָּא בִּכְאֵב שֶׁיִּהְיֶה בַּבֶּטֶן שֶׁזֶּה אֵינוֹ נִיכָּר מִבַּחוּץ וְהָרוֹאִין אֵין מִתְפַּעֲלִים כָּל כָּךְ לְמַהֵר לוֹ בְּרוֹפֵא וְעֵסֶק רְפוּאוֹת, וְאֶפְשָׁר מַה דְּבֵינֵי וּבֵינֵי יָצָא נֶזֶק אֶל הַחוֹלֶה מֵחֲמַת הִתְרַשְּׁלוּת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל רָמְזוּ בְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים מוּסָר לָאָדָם עַל חוֹלֵי הַנֶּפֶשׁ, וְהַיְינוּ דָּחֲלִי מֵעַיִם רֶמֶז עַל עוֹנוֹת הַנִּמְשָׁכִים מֵאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה בְּתַעֲנוּגִים וּמֻותָּרוֹת, אֲשֶׁר מֵאֵלֶּה יִהְיֶה לְיֵצֶר הָרַע חֲבָלִים חֲזָקִים לִמְשֹׁוךְ אֶת הָאָדָם לְבוֹר שַׁחַת לְקַלְקֵל מַעֲשָׂיו, גַּם מֵיחוֹשׁ רֹאשׁ רֶמֶז לִבְלֹול הַמּוֹחַ בְּמַחֲשָׁבוֹת רָעוֹת וּפְגוּמוֹת, וְנִכְלָל בְּמֵיחוֹשׁ הָרֹאשׁ גַּם הַגַּאֲוָה שֶׁהִיא בְּרֹאשׁ, לְכָךְ מִצְנֶפֶת כֹּהֵן גָּדוֹל מְכַפֶּרֶת עַל גַּאֲוָה, גַּם כְּאֵב לֵב רֶמֶז לְהִרְהוּרֵי עֲבֵירָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הִרְהוּרֵי עֲבֵירָה קָשִׁים מֵעֲבֵירָה, גַּם אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עֵינָא וְלָבֹא תְּרֵי סַרְסוּרַי דַּעֲבֵירָה אִינּוּן, וְלָזֶה אָמַר (בִּמְדַבֵּר טו, לט) וְלֹא תָתֻרוּ אַחֲרֵי לְבַבְכֶם וְאַחֲרֵי עֵינֵיכֶם וְכוּ', וְאָמְרוּ אִשָּׁה רָעָה רֶמֶז לְנֶפֶשׁ רָשָׁע הַמִּתְדַּבֶּקֶת בְּאָדָם טוֹב וּמַחֲטִיאָתוֹ וּמְאַבַּדְתּוֹ מִן הָעוֹלָם, כַּאֲשֶׁר קָרָה לְיוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁשִּׁמֵּשׁ פ' שָׁנָה בִּכְהֻונָּה וּלְסוֹף נַעֲשָׂה צָדוֹקִי, וְעַל זֶה מְבָרְכִים כָּל יוֹם שֶׁלֹּא עָשַׂנִי גּוֹי, שֶׁלֹּא עָשַׂנִי עֶבֶד דְּהַיְינוּ שֶׁלֹּא דָּבְקָה בָּנוּ נֶפֶשׁ גּוֹי וְנֶפֶשׁ עֶבֶד.
Toute maladie, mais pas la maladie des intestins. Il me semble qu'il ne s'agit pas de la maladie de la diarrhée, mais d'une douleur dans le ventre : elle ne se voit pas de l'extérieur, ceux qui la voient ne s'émeuvent pas assez pour se hâter d'appeler le médecin et de s'occuper des remèdes, et entre-temps il peut en résulter un dommage pour le malade par négligence. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont fait allusion par ces paroles à une leçon morale sur les maladies de l'âme. La maladie des intestins fait allusion aux fautes qui proviennent du manger et du boire dans les délices et le superflu ; par eux le yetser hara obtient des cordes solides pour tirer l'homme vers la fosse et corrompre ses actes. Le mal de tête fait allusion au trouble du cerveau par des pensées mauvaises et défectueuses ; le mal de tête inclut aussi l'orgueil, qui siège dans la tête, et c'est pourquoi le turban du Cohen Gadol fait expiation pour l'orgueil. La douleur du cœur fait allusion aux pensées de faute (hirhourei avéra), dont nos maîtres ont dit qu'elles sont plus graves que la faute ; ils ont dit aussi : l'œil et le cœur sont les deux entremetteurs de la faute ; c'est pourquoi il est dit : Vous ne vous égarerez pas après votre cœur et après vos yeux (Bamidbar 15, 39). Et la mauvaise femme fait allusion à une âme méchante qui s'attache à un homme bon, le fait fauter et le perd du monde, comme il arriva à Yo'hanan le Cohen Gadol, qui servit quatre-vingts ans dans la prêtrise et finit par devenir sadducéen. C'est pour cela qu'on récite chaque jour : qui ne m'a pas fait non-Juif, qui ne m'a pas fait esclave, c'est-à-dire que ne s'est pas attachée à nous une âme de non-Juif ou une âme d'esclave.
כָּל רָעָה וְלֹא אִשָּׁה רָעָה. קַשָּׁא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְלֹא רָעַת אִשָּׁה כִּדְנָקֵיט בְּאִידָךְ, וְעוֹד קְשָׁא לָמָּה מַפְלִיג כָּל כָּךְ בְּאִשָּׁה רָעָה שֶׁקָּשֶׁה מִכָּל רָעוֹת שֶׁבָּעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁנֶּאֱמַר בִּיבָמוֹת (ס"ג) הֵיכִי דָּמֵי אִשָּׁה רָעָה? אָמַר אַבַּיֵּי: מְקַשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא וּמְקַשְּׁטָא לֵיהּ פֻּומָּא, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י פֻּומָּא לְקַלֵּל וּלְגַדֵּף עַד זְמַן סְעוּדָה כְּדֵי לְצַעֲרוֹ, רָבָא אָמַר: מְקַשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא וּמַהְדְּרָא לֵיהּ גַּבָּהּ, פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל מַהְדְּרָא לֵיהּ גַּבָּהּ שֶׁלֹּא לֶאֱכֹול עִמּוֹ וּמְצַעַרְתּוֹ עַיֵּין שָׁם. וְאִיכָּא לְמֵידַק בָּזֶה טוּבָא חֲדָא מַה שְׁאֵלָה זוֹ דְּשָׁאַל הֵיכִי דָּמֵי אִשָּׁה רָעָה? וַהֲלֹא זֶה יָדוּעַ לְכָל אָדָם דְּאִשָּׁה הַמְצַעֶרֶת אֶת בַּעְלָהּ בִּקְלָלוֹת אוֹ בַּקְּטָטוֹת וּמְרִיבוֹת זוֹ נִקְרֵאת בְּפִי הָעוֹלָם אִשָּׁה רָעָה! וְעוֹד קַשָּׁא לָמָּה זָכְרוּ אַבַּיֵּי וְרָבָא אוֹפַנִּים אֵלּוּ וַהֲלֹא יֵשׁ כַּמָּה אוֹפַנִּים עוֹד בִּרְעוּת הָאִשָּׁה, וְעוֹד לָמָּה הִזְכִּיר מִקַּשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא דְּהָא בָּזֶה אֵין עוֹשֶׂה רָעָה? וְעוֹד לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּפֵירֵשׁ דִּבְרֵי רָבָא מַהְדְּרָא לֵיהּ גַּבָּהּ שֶׁלֹּא לֶאֱכֹול עִמּוֹ מֶה רָעָה יֵשׁ לְבַעֲלָהּ בָּזֶה, וְלָמָּה יִצְטַעֵר הַרְבֵּה אִם לֹא תֹּאכַל עִמּוֹ תִּתְבַּטֵּל בְּמִיעוּטָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבֶאֱמֶת אִם הָאִשָּׁה עוֹשָׂה מְרִיבָה וּמְקַלֶּלֶת זוֹ נִקְרֵאת אִשָּׁה קָשָׁה אוֹ אִשָּׁה מָרָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת ז, כו) וּמוֹצֶא אֲנִי מַר מִמָּוֶת אֶת הָאִשָּׁה, וּכְמוֹ דְּאִיתָא הָתָם דא"ל כְּגוֹן אִמְּךָ, וּמַסִּיק בַּגְּמָרָא דַּהֲוָות תַּקִּיפָה מְאֹד, אַךְ תֹּואַר אִשָּׁה רָעָה זֶה רָאוּי לְהֵאָמֵר עַל אִשָּׁה הַגּוֹרֶמֶת לְבַעֲלָהּ רַע בְּעִנְיַן הָאִישּׁוּת, שֶׁגּוֹרֶמֶת לוֹ עֲוֹן שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה אֲשֶׁר עָוֹן זֶה נִקְרָא רַע, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית לח, ז) וַיְהִי עֵר בְּכוֹר יְהוּדָה רַע וְכוּ', וְלָכֵן הַגּוֹרֶמֶת רְאִיַּית קֶרִי לְבַעֲלָהּ נִקְרֵאת אִשָּׁה רָעָה עַל שֵׁם עָוֹן זֶה שֶׁנִּקְרָא עָלָיו שֵׁם 'רָע'. וְלָכֵן שָׁאַל הֵיכִי דָּמֵי אִשָּׁה רָעָה? מֶה גְּרָמָא עוֹשֶׂה בְּדָבָר הַנִּקְרָא רַע. וְאָמַר אַבָּיֵי : מְקַשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא וּמְקַשְּׁטָא לֵיהּ פֻּומָּא, פֵּירוּשׁ יֵשׁ מִינֵי מַאֲכָלִים וּמִינֵי מַשְׁקִין שֶׁהֵם מַרְבִּים הַזֶּרַע וּמְחַמְּמִים הָאָדָם וּמְעוֹרְרִין בְּקִרְבּוֹ אֵשׁ הַתַּאֲוָה שֶׁל הַמִּשְׁגָּל, וְהָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה מֵהֶם יִתְלַהֵב בְּתַאֲוַת הַתַּשְׁמִישׁ שֶׁאִם לֹא יְשַׁמֵּשׁ מֻוכְרָח שֶׁיִּרְאֶה קֶרִי, וְזוֹ הָאִשָּׁה מִקַּשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא בְּמִינֵי מַאֲכָלִין וּמַשְׁקִין אֵלּוּ כְּדֵי שֶׁתִּבְעַר בְּקִרְבּוֹ אֵשׁ הַתַּאֲוָה, וְאַחַר כָּךְ מִקַּשְּׁטָא לֵיהּ פֻּומָּא בְּחֵירוּפִין וְדִבְרֵי רִיבוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא יְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ וְיָשֵׁן חַם בְּהַבְעָרַת אֵשׁ הַתַּאֲוָה, וְאָז מֻוכְרָח שֶׁיֵּצֵא מִמֶּנּוּ שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה שֶׁהוּא עָוֹן הַנִּקְרָא רַע, וְלָכֵן הִיא הַגּוֹרֶמֶת לָזֶה נִקְרֵאת אִשָּׁה רָעָה. וְרָבָא אָמַר מְקַשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא כַּאֲשֶׁר פֵּרַשְׁנוּ בְּמִינֵי מַאֲכָל וּמַשְׁקֶה הַמַּבְעִירִים אֵשׁ תַּאֲוַת הַתַּשְׁמִישׁ, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁהֵם יְשֵׁנִים מַהְדְּרָא לֵיהּ גַּבָּהּ וְהוּא לָשׁוֹן נְקִיָּה, כְּלוֹמַר תּוֹבְעָהּ לְתַשְׁמִישׁ וְהִיא מוֹרֶדֶת וּמְסָרֶבֶת וְלֹא תִּרְצֶה לְשַׁמֵּשׁ עִמּוֹ וְזֶה בְּהֶכְרֵחַ יֵרָאֶה שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה. אוֹ נִרְאֶה לִי דִּבְרֵי רָבָא מִקַּשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר מְקַשֶּׁטֶת גּוּפָהּ, כִּי הָאִשָּׁה נִקְרֵאת שֻׁלְחָן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא שֻׁלְחָן עָרַכְתִּי לוֹ וְכוּ', וְהַיְינוּ מְקַשֶּׁטֶת עַצְמָהּ בְּתַכְשִׁיטִין נָאִים כְּדֵי לְעוֹרֵר לִבּוֹ בְּתַאֲוַת תַּשְׁמִישׁ לָבֹא עָלֶיהָ, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁבָּאִין לִישֹׁן מַהְדְּרָא לֵיהּ גַּבָּהּ שֶׁאֵינָהּ רוֹצֶה לְשַׁמֵּשׁ וְעַל יְדֵי כָּךְ מֻוכְרָח שֶׁיִּרְאֶה קֶרִי. נִמְצָא לְפִי זֶה אִשָּׁה רָעָה הַיְינוּ אוֹתָהּ הַגּוֹרֶמֶת לְבַעְלָהּ צַעַר הַנְפָשַׁיי, שֶׁגּוֹרֶמֶת לוֹ לְהוֹצִיא שִׁכְבַת זֶרַע לְבַטָּלָה שֶׁהוּא עָוֹן הַנִּקְרָא רַע, וְלָזֶה אָמַר כָּל רָעָה וְלֹא אִשָּׁה רָעָה שֶׁכָּל צַעַר רָעָה שֶׁתָּבֹא לַגּוּף אֵינָהּ נוֹגַעַת לַנֶּפֶשׁ אֶלָּא הַצַּעַר לַגּוּף דַּוְקָא וְזֶה יִסְבֹּול הָאָדָם, וְרַק אִשָּׁה רָעָה כַּנִּזְכָּר לְעֵיל שֶׁצַּעַר שֶׁלָּהּ נוֹגֵעַ לְנֶפֶשׁ זוֹ קָשֶׁה מְאֹד, יַעַן כִּי בְּצַעַר הַגּוּף יוֹצֵא טוֹבָה לְאָדָם שֶׁיּוֹעִיל לוֹ לְכַפָּרַת עוֹנוֹת, מַה שֶׁאֵין כֵּן צַעַר הַנֶּפֶשׁ שֶׁל אִשָּׁה רָעָה הַנִּזְכָּר לְעֵיל אַדְּרַבָּה מַגְדִּיל עוֹנוֹת. וְלָכֵן דִּקְדֵּק לוֹמַר 'וְלֹא אִשָּׁה רָעָה' שֶׁלֹּא אָמַר וְלֹא 'רָעַת אִשָּׁה' דְּאִם הֲוָה נָקֵיט כֵּן הֲוָה מַשְׁמַע עַל צַעַר הַבָּא מִן הָאִשָּׁה מִצַּד קְטָטוֹת וּמְרִיבוֹת וּקְלָלוֹת שֶׁהוּא צַעַר גּוֹפָנַיי, וְעַתָּה נָקֵיט כֵּן לְלַמְּדֵנוּ שֶׁהוּא מְדַבֵּר בְּצַעַר נְפָשַׁיי.
Tout mal, mais pas une mauvaise femme. Difficulté : il aurait dû dire et non le mal de la femme, comme dans les autres membres de la phrase. Autre difficulté : pourquoi insister autant sur la mauvaise femme, qui serait plus dure que tous les maux du monde ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, s'appuyer sur ce qui est dit dans Yevamot (63b) : Qu'est-ce qu'une mauvaise femme ? Abaye dit : elle lui prépare la table et lui prépare la bouche ; Rachi explique : la bouche, pour le maudire et l'insulter jusqu'à l'heure du repas afin de le faire souffrir. Rava dit : elle lui prépare la table et lui tourne le dos ; Rachi explique : elle lui tourne le dos pour ne pas manger avec lui, et le fait souffrir. Il y a beaucoup à examiner. D'abord, quelle est cette question, qu'est-ce qu'une mauvaise femme ? Chacun sait qu'une femme qui fait souffrir son mari par des malédictions, des querelles et des disputes est appelée communément mauvaise femme ! Ensuite, pourquoi Abaye et Rava ont-ils mentionné ces cas, alors qu'il existe bien d'autres façons dont une femme fait du mal ? Pourquoi mentionner elle lui prépare la table, ce qui ne fait aucun mal ? Et selon Rachi, qui explique les paroles de Rava elle lui tourne le dos comme ne pas manger avec lui, quel mal cela fait-il au mari ? Pourquoi souffrirait-il beaucoup si elle ne mange pas avec lui ? Qu'elle s'en abstienne ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'une femme qui provoque des disputes et maudit est appelée femme dure ou femme amère, comme il est dit : Je trouve plus amère que la mort la femme (Kohelet 7, 26), et comme il est rapporté là-bas qu'on lui répondit : comme ta mère, la Guemara concluant qu'elle était très dure. Mais le qualificatif de mauvaise femme convient à une femme qui cause à son mari un mal dans le domaine conjugal : elle le conduit à la faute de la semence émise en vain, faute qui est appelée ra (mal), comme nos maîtres l'ont dit sur le verset Er, premier-né de Yehouda, était mauvais (Berechit 38, 7). Celle qui cause à son mari une émission nocturne (keri) est donc appelée mauvaise femme, du nom de cette faute appelée ra. C'est pourquoi on demande : qu'est-ce qu'une mauvaise femme, c'est-à-dire quelle cause produit-elle dans la chose appelée ra ? Abaye dit : elle lui prépare la table et lui prépare la bouche. C'est-à-dire : il y a des sortes d'aliments et de boissons qui augmentent la semence, réchauffent l'homme et éveillent en lui le feu du désir conjugal ; celui qui en mange et en boit s'enflamme de désir, et s'il n'a pas de relation il aura forcément une émission. Cette femme lui prépare la table avec ces aliments et boissons pour que le feu du désir brûle en lui, puis elle lui prépare la bouche par des injures et des paroles de dispute pour qu'il n'ait pas de relation avec elle ; il s'endort échauffé par ce feu, et il en résulte forcément une émission de semence en vain, la faute appelée ra ; c'est pourquoi celle qui en est la cause est appelée mauvaise femme. Rava dit : elle lui prépare la table, comme nous l'avons expliqué, avec des aliments et boissons qui attisent le désir ; ensuite, quand ils vont dormir, elle lui tourne le dos, expression pudique : il la sollicite et elle se refuse et ne veut pas de relation avec lui, et il en résulte forcément une émission en vain. Ou bien, il me semble que Rava, en disant elle lui prépare la table, veut dire qu'elle pare son corps, car la femme est appelée table, comme on le dit dans la Guemara : J'ai dressé pour lui une table, etc. ; elle se pare de beaux bijoux pour éveiller le désir de son mari, et ensuite, quand ils vont dormir, elle lui tourne le dos et refuse, et de ce fait il aura forcément une émission. Il en résulte que la mauvaise femme est celle qui cause à son mari une souffrance de l'âme, en l'amenant à émettre la semence en vain, faute appelée ra. C'est pourquoi il dit : tout mal, mais pas une mauvaise femme. Toute souffrance qui atteint le corps ne touche pas l'âme ; la douleur est seulement corporelle, et l'homme peut la supporter. Mais la souffrance de la mauvaise femme décrite plus haut touche l'âme, et elle est très dure, car de la souffrance du corps il résulte un bien pour l'homme, qui lui sert d'expiation pour ses fautes, alors que la souffrance de l'âme causée par la mauvaise femme augmente au contraire les fautes. C'est pourquoi il a précisé et non une mauvaise femme, et n'a pas dit et non le mal de la femme : cette dernière formule aurait désigné la souffrance venant de la femme par des querelles, des disputes et des malédictions, qui est une souffrance corporelle ; la formule choisie nous apprend qu'il parle d'une souffrance de l'âme.
💡 Explication

Rav classe les souffrances par type, et dans chaque type il désigne la plus grave. Rachi définit les trois termes : holi, la maladie longue qui épuise ; kéév, la douleur intermittente ; mihouch, la gêne passagère. La dernière paire généralise : de tous les maux, la mauvaise femme est le plus dur.

Le Ben Yehoyada propose deux lectures : une lecture morale, où chaque maladie représente une faute (gourmandise, orgueil, pensées de faute), et une explication de l'expression mauvaise femme à partir du passage de Yevamot 63b.

5
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: אִם יִהְיוּ כָּל הַיָּמִים דְּיוֹ, וַאֲגַמִּים קֻולְמוֹסִים, וְשָׁמַיִם יְרִיעוֹת, וְכָל בְּנֵי אָדָם לַבְלָרִין — אֵין מַסְפִּיקִים לִכְתֹּוב חֲלָלָהּ שֶׁל רְשׁוּת. מַאי קְרָאָה אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: ״שָׁמַיִם לָרוּם וָאָרֶץ לָעֹומֶק וְלֵב מְלָכִים אֵין חֵקֶר״.

Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : si toutes les mers étaient de l'encre, les marais des calames, les cieux des parchemins et tous les hommes des scribes, ils ne suffiraient pas à écrire la profondeur (halal) du pouvoir. Quel est le verset qui le montre ?

Rav Mecharchiya a dit : Les cieux pour la hauteur, la terre pour la profondeur, et le cœur des rois est insondable (Michle 25, 3).

📜 Rachi (1)
חֲלָלָה שֶׁל רְשׁוּת עֹומֶק לִבָּם שֶׁהוּא צָרִיךְ לִהְיוֹת לוֹ לֵב לְכַמָּה מְדִינוֹת לַמַּס הַקָּצוּב וּלְכַמָּה מִלְחָמוֹת וּלְכַמָּה מִשְׁפָּטִים וְהַכֹּל בְּיוֹם אֶחָד:
La profondeur du pouvoir : la profondeur de leur cœur ; le souverain doit avoir un cœur pour de nombreuses provinces, pour l'impôt fixe, pour de nombreuses guerres et pour de nombreux jugements, et tout cela en un seul jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין מַסְפִּיקִין לִכְתֹּב חֲלָלָהּ שֶׁל רְשׁוּת. נִרְאֶה לִי שֶׁזֶּה נֶאֱמַר עַל מְלָכִים הָרִאשׁוֹנָם אֲשֶׁר הָיוּ כָּל עִנְייְנֵי מַלְכוּתָם מְסוּרָה בְּיָדָם וּבְהַנְהָגַת דַּעְתָּם שֶׁהַכֹּל נַעֲשָׂה וְנִגְמַר בִּבְחִירָתָם וּבִידִיעָתָם, וְלָכֵן בִּשְׁבִיל תִּיקּוּן הָעוֹלָם הָיָה נוֹתֵן לָהֶם הקב"ה לֵב רָחָב עַד אֵין חֵקֶר כְּדֵי לִסְבֹּול וּלְהָכִיל בּוֹ כָּל עִנְייְנֵי הַמֶּמְשָׁלָה הַצְּרִיכָה לְעוֹלָם, מַה שֶׁאֵין כֵּן עַתָּה כָּל הָעִנְיָינִים מִבַּיִת וּמִחוּץ מָסֹורֶת בְּיַד שָׂרִים פְּקִידִים אִישׁ אִישׁ עַל פְּקֻודָּתוֹ וַחֲלוּקִים לְכַמָּה מַחֲלוֹקוֹת, לָכֵן אֵין בְּרֹוחַב לִבָּם חִידּוּשׁ נִפְלָא מְאֹד.
Ils ne suffiraient pas à écrire la profondeur du pouvoir. Il me semble que cela a été dit des premiers rois, dont toutes les affaires du royaume étaient entre leurs mains et sous leur direction, tout se faisant et s'achevant selon leur choix et à leur connaissance. C'est pourquoi, pour le bon ordre du monde, le Saint béni soit-Il leur donnait un cœur large, insondable, pour supporter et contenir toutes les affaires du gouvernement dont le monde à besoin. Aujourd'hui, en revanche, toutes les affaires, intérieures et extérieures, sont confiées à des ministres et fonctionnaires, chacun à son poste, et réparties en de nombreuses divisions ; c'est pourquoi la largeur de leur cœur n'est plus une chose très extraordinaire.
💡 Explication

Le mot halal (espace, profondeur) désigne, selon Rachi, l'étendue de ce que le souverain doit porter dans son esprit : les provinces, les impôts, les guerres et les jugements, le même jour. Le verset de Michle place le cœur des rois à côté des cieux et de la terre, tous trois impossibles à mesurer.

6
וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: יָפָה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם כְּאֵשׁ לִנְעֹורֶת. אָמַר רַב חִסְדָּא: וּבוֹ בַּיּוֹם. וְאָמַר רַב יוֹסֵף: אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Rava bar Méhasséya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : le jeûne est efficace contre un (mauvais) rêve comme le feu contre l'étoupe. Rav Hisda a dit : et le jour même.

Et Rav Yossef a dit : même le Chabbat.

🪔 Ben Yehoyada (1)
יָפֶה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם, כְּאֵשׁ לִנְעֹרֶת. נִרְאֶה לִי בס"ד אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵין חֲלוֹם בְּלֹא דְּבָרִים בְּטֵלִים, לָכֵן תַּשְׁלִיךְ חֲצִי מִן אוֹתִיּוֹת חֲלוֹם שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת וָא"ו מֵ"ם הָאַחֲרוֹנִים, וְתִקַּח חֶצְיוֹ שֶׁהוּא חָל וְתִצָּרֵף זֶה עִם אוֹתִיּוֹת צוֹם לְמַפְרֵעַ אָז עוֹלֶה בְּיָדְךָ צֵירוּף מֻוצְלָח , רֶמֶז בָּזֶה עַל יְדֵי צוֹם יִהְיֶה הָאָדָם מֻוצְלָח בַּחֲלוֹם שֶׁיִּתְהַפֵּךְ לְטוֹבָה, לְכָךְ הָרֶמֶז שֶׁל מֻוצְלָח נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי צֵירוּף הָאוֹתִיּוֹת בָּזֶה וּבָזֶה לְמַפְרֵעַ! גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד 'טוֹב וְנָאֶה הַתַּעֲנִית לַחֲלוֹם' [1128] עוֹלֶה כְּמִנְיַן תֵּיבוֹת 'כְּמוֹ הָאֵשׁ לַנְּעֹורֶת' [1128] בְּדִקְדּוּק. אוֹ הָרֶמֶז כָּךְ 'טוֹב וְנָאֶה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם' [1123] עוֹלֶה בְּמִסְפַּר תֵּיבוֹת 'כְּמוֹ אֵשׁ לִנְעֹורֶת' [1123] בְּדִקְדּוּק. וְאוֹמְרוֹ כְּאֵשׁ לִנְעֹרֶת עַייֵּן מָהַרְשָׁ"א זַ"ל מַה שֶׁכָּתַב בְּטַעַם הַדִּמְיוֹן הַזֶּה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַנְּעֹורֶת הִיא שֶׁל פִּשְׁתָּן וְיָדוּעַ שֶׁהַפִּשְׁתָּן הוּא גְּבוּרָה וְהַצֶּמֶר חֶסֶד וְכַנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר (תַּזְרִיעַ דַּף נ"א וְעַיֵּין מִקְדַּשׁ מֶלֶךְ יְעֻויַּן שָׁם) וְלָכֵן הָאֵשׁ שֶׁהוּא גְּבוּרָה נֶאֱחָז תֵּכֶף בְּפִשְׁתָּן כִּי הוּא מִן בְּמִינוֹ, אֲבָל בְּצֶמֶר שֶׁהוּא חֶסֶד אֵינוֹ נֶאֱחָז, וְכֵן הָעִנְיָן גַּבֵּי חֲלוֹם שֶׁהוּא בָּא מִמֹּוחִין דְּקַטְנוּת שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] שְׁמוֹת 'אֱ-לֹהִים'. וְיָדוּעַ שֶׁבְּיוֹם הַתַּעֲנִית הָאָדָם נִיזּוֹן מִמֹּוחִין דִּקְטַנּוֹת שה"ס שְׁמוֹת אֱ-לֹהִים. וְלָכֵן הָאָדָם בְּתַעֲנִית צָרִיךְ לְכַוֵּין בִּשְׁמוֹת אֱ-לֹהִים כְּמִנְיַן תעני"ת [930] כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ (דַּף ח'). וְלָכֵן אֶמְצַע ת עָנִי ת יֵשׁ 'עָנִי' שֶׁאוֹתוֹ הַיּוֹם הוּא עָנִי וְאֵינוֹ עָשִׁיר לִהְיוֹת נִיזּוֹן מִמֹּוחִין דְּגַדְלוּת שה"ס (קֹהֶלֶת ז, יב) וְהַחָכְמָה תִּחְיֶה בְּעָלֶיהָ כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר בְּשַׁלַּח. וְנִמְצָא כְּמוֹ שֶׁהָאֵשׁ שה"ס גְּבוּרָה מִתְאַחֵז בִּנְעֹורֶת שה"ס גְּבוּרָה שֶׁהוּא מִין בְּמִינוֹ כֵּן הַתַּעֲנִית שה"ס הַקְּטַנּוֹת פּוֹעֵל בַּחֲלוֹם שֶׁהוּא בָּא מִסּוֹד הַקְּטַנּוֹת לְתַקְּנוֹ וּלְהֵטִיבוּ, וְעַל דֶּרֶךְ זֶה אָמְרוּ אֵין הַגְּבוּרוֹת מִתְמַתְּקִין אֶלָּא בְּשֶׁרָשַׁם בְּסוֹד וְסִכְסַכְתִּי מִצְרַיִם בְּמִצְרַיִם, וְדַע דמ"ש נְעֹרֶת וְלֹא אָמְרוּ פִּשְׁתָּן? מִפְּנֵי שֶׁדֶּרֶךְ הָעוֹלָם לִשְׂרֹוף הַנְּעֹורֶת שֶׁהִיא פְּסֹולֶת הַפִּשְׁתָּן וְלֹא יִשְׂרְפוּ הַפִּשְׁתָּן.
Le jeûne est efficace contre un rêve comme le feu contre l'étoupe. Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres ont dit qu'il n'y a pas de rêve sans paroles vaines. Retire donc la moitié des lettres de halom (rêve), à savoir les deux dernières, vav et mem, et prends l'autre moitié, het lamed ; joins-la aux lettres de tsom (jeûne) lues à rebours : on obtient la combinaison moutslah (réussi). C'est une allusion : par le jeûne, l'homme réussira pour son rêve, qui se changera en bien ; c'est pourquoi l'allusion à moutslah se forme en combinant les lettres de l'un et de l'autre à rebours. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que les mots tov ve-nae ha-taanit la-halom (bon et beau est le jeûne pour le rêve) valent 1128, comme les mots kemo ha-ech la-neoret (comme le feu pour l'étoupe), exactement. Ou bien l'allusion est la suivante : tov ve-nae taanit la-halom vaut 1123, comme kemo ech la-neoret, exactement. Sur la comparaison comme le feu contre l'étoupe, voir ce qu'écrit le Maharcha sur la raison de cette image. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : l'étoupe provient du lin, et l'on sait que le lin correspond à la guevoura (rigueur) et la laine au 'hessed (bonté), comme il est mentionné dans le Zohar (Tazria 51 ; voir Mikdach Melekh). C'est pourquoi le feu, qui est guevoura, prend aussitôt dans le lin, car il est de son espèce, alors qu'il ne prend pas dans la laine, qui est 'hessed. Il en va de même pour le rêve : il provient des mohin de katnout (état de conscience réduit), qui est le sod des Noms d'Elokim. Et l'on sait que le jour du jeûne l'homme se nourrit des mohin de katnout, qui est le sod des Noms d'Elokim. C'est pourquoi, pendant le jeûne, on doit diriger son intention vers les Noms d'Elokim dont le nombre correspond à taanit (930), comme nos maîtres l'ont dit dans le Chaar Roua'h ha-Kodech (page 8). C'est pourquoi au milieu de t-ani-t se trouve ani (pauvre) : ce jour-là, l'homme est pauvre et non riche, il ne se nourrit pas des mohin de gadlout (état de conscience élargi), dont le sod est La sagesse fait vivre ceux qui la possèdent (Kohelet 7, 12), comme il est mentionné dans le Zohar, Bechala'h. Ainsi, comme le feu, sod de la guevoura, prend dans l'étoupe, sod de la guevoura, espèce semblable, de même le jeûne, sod de la katnout, agit sur le rêve, qui vient du sod de la katnout, pour le réparer et l'améliorer. C'est dans ce sens qu'on a dit : les guevourot ne s'adoucissent que dans leur racine, selon le sod de J'exciterai l'Égypte contre l'Égypte. Sache enfin pourquoi il a dit étoupe et non lin : l'usage est de brûler l'étoupe, qui est le déchet du lin, et non le lin lui-même.
💡 Explication

Le taanit halom (jeûne pour un mauvais rêve) annule le mauvais présage, comme le feu consume l'étoupe. Deux précisions : Rav Hisda exige de jeûner le jour même qui suit le rêve ; Rav Yossef permet ce jeûne même le Chabbat, bien que le jeûne soit normalement interdit ce jour-là.

7
רַב יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידֵּי אִיקְּלַע לְבֵי רַב אָשֵׁי. עָבְדִי לֵיהּ עִיגְלָא תִּילְתָּא. אָמְרוּ לֵיהּ: לִטְעֹום מַר מִידִי. אֲמַר לְהוּ: בְּתַעֲנִית יָתֵיבְנָא. אָמְרוּ לֵיהּ: וְלָא סָבַר לֵיהּ מָר לְהָא דְּרַב יְהוּדָה? דְּאָמַר רַב יְהוּדָה: לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ! אֲמַר לְהוּ: תַּעֲנִית חֲלוֹם הוּא. וְאָמַר רָבָא בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: יָפָה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם כְּאֵשׁ לִנְעֹורֶת. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: וּבוֹ בַּיּוֹם. וְאָמַר רַב יוֹסֵף: אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת.

Rav Yehochoua, fils de Rav Idi, se trouva chez Rav Achi. On lui prépara un veau tilta.

On lui dit : que le maître goûte quelque chose. Il leur répondit : je suis en jeûne.

Ils lui dirent : le maître ne tient-il pas compte de ce qu'a dit Rav Yehouda ? Car Rav Yehouda a dit : un homme peut emprunter son jeûne et le rembourser !

Il leur répondit : c'est un jeûne pour un rêve. Et Rava bar Mehasseya a dit au nom de Rav Hama bar Gourya, au nom de Rav : le jeûne est efficace contre un rêve comme le feu contre l'étoupe.

Et Rav Hisda a dit : et le jour même. Et Rav Yossef a dit : même le Chabbat.

📜 Rachi (1)
עִיגְלָא תִּילְתָּא שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן שֶׁהוּא מְשֻׁובָּח מִפְּנֵי שֶׁהַבְּהֵמָה בְּקַטְנוּתָהּ אֵינָהּ עֲדַייִן בְּכֹחָהּ וְהַוָּלָד רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי אֵינוֹ בָּרִיא:
Veau tilta : le troisième né de sa mère ; il est de première qualité, car tant que la bête est jeune elle n'a pas encore toute sa force, et le premier et le deuxième petit ne sont pas vigoureux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲבַדוּ לֵיהּ עִגְלָא תִּלְתָּא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁדִּקְדְּקוּ לַעֲשׂוֹת לִכְבוֹדוֹ עִגְלָא תְּלָתָא שֶׁהוּא שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן, מִפְּנֵי שֶׁהָיָה הוּא חָכָם וְאָבִיו רַב אִידִי חָכָם וְגַם אָבִיו שֶׁל רַב אִידִי הָיָה חָכָם שֶׁשְּׁמוֹ רַב אָבִין, כִּדְאִיתָא לְקַמָּן (בפ"ב דַּף כג:) רַב הוּנָא הֲוָה רְגִיל דְּהוּא חָלֵיף וְתָנֵי אַפִּיתְחָא דְרַבִּי אָבִין נַגָּרָא. חֲזָא דְּהוּא רָגִיל בִּשְׁרָגָא טוּבָא אֲמַר: תְּרֵי גַּבְרֵי רַבְרְבֵי נָפְקִי מֵהָכָא. נָפְקִי מִינַּיְהוּ רַב אִידִי בַּר אָבִין, וְרַב חִיָּא בַּר אָבִין נִמְצָא גַּם אָבִיו שֶׁל רַב אִידִי הָיָה חָכָם, לְכָךְ רַב יְהוּדָה שֶׁהָיָה שְׁלִישִׁי עֲבַדוּ לֵיהּ עִגְלָא תְּלִיתָאָה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בִּפְסָחִים דַּף מ"ט רַב אִידִי בַּר אָבִין נָסֵיב כָּהֵנְתָּא, וְהָווּ לֵיהּ תְּרֵי בְּנֵי סְמִיכִי רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי, וְרַב יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי, וּפֵירְשׁוּ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל רְצוֹנוֹ לוֹמַר רְאוּיִים לִסְמִיכָה אִם הָיוּ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל. וְיָדוּעַ כִּי הַנִּסְמָךְ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נִקְרָא 'רַבִּי' בִּשְׁלֹשָׁה אוֹתִיּוֹת, וּלְכָךְ עָשׂוּ לִכְבוֹדוֹ עִגְלָא תִּילְתָּא. אִי נָמֵי עָשׂוּ כֵּן לְהוֹרוֹת שֶׁעָשׂוּ זֶה לִכְבוֹד הַתּוֹרָה שֶׁבּוֹ שֶׁנִּקְרֵאת אוֹרָיְיתָא תְּלִיתַאי.
On lui prépara un veau tilta. Rachi explique : le troisième né de sa mère. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle on prit soin de préparer en son honneur un veau troisième né est qu'il était lui-même sage, que son père Rav Idi était sage, et que le père de Rav Idi était aussi un sage, nommé Rav Avin, comme on le rapporte plus loin (deuxième chapitre, 23b) : Rav Houna avait l'habitude de passer devant la porte de Rabbi Avin le menuisier ; il vit qu'il allumait beaucoup de lampes et dit : deux grands hommes sortiront d'ici ; d'eux sortirent Rav Idi bar Avin et Rav Hiya bar Avin. Le père de Rav Idi était donc aussi un sage ; c'est pourquoi à Rav Yehochoua, qui était le troisième, on prépara un veau troisième. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel : on rapporte dans Pessahim (49a) que Rav Idi bar Avin épousa une fille de Cohen et eut deux fils dignes de la semikha, Rav Chechet fils de Rav Idi et Rav Yehochoua fils de Rav Idi ; les Richonim expliquent : dignes de recevoir la semikha s'ils avaient été en Erets Israël. Or on sait que celui qui reçoit la semikha en Erets Israël est appelé Rabbi, avec trois lettres ; c'est pourquoi on prépara en son honneur un veau troisième. Ou bien on le fit pour montrer que c'était en l'honneur de la Torah qui était en lui, laquelle est appelée Torah triple.
⚖️ Rosh (1)
בִּירוּשַׁלְמִי בִּנְדָרִים פֶּרֶק קוֹנָם מַשְׁמַע דְּהָא דְּאָמַר לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ דַּוְקָא בְּיוֹם סְתָם אֲבָל בְּיוֹם זֶה לֹא דְּגָרְסִינַן הָתָם נָדַר לְהִתְעַנּוֹת וְשָׁכַח וְאָכַל אִיבֵּד תַּעֲנִיתוֹ רַב אָמַר בְּשֵׁם רַבָּנָן וְהוּא שֶׁאָמַר יוֹם סְתָם אֲבָל אָמַר יוֹם זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים מַשְׁמַע בְּיוֹם סְתָם אָבַד תַּעֲנִיתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְהִתְעַנּוֹת יוֹם אַחֵר תַּחְתָּיו דְּלֹוֶה וּפוֹרֵעַ אֲבָל יוֹם זֶה דְּאֵין לֹוֶה וּפוֹרֵעַ מַשְׁלִים אַף עַל גַּב דְּאָכַל כַּזַּיִת וְהָתָם מַיְיתֵי לְעֵיל הַהִיא דְּלֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ ואע"ג דְּיוֹם סְתָם נָמֵי צָרִיךְ לְקַבְּלוֹ בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וְלוֹמַר הֲרֵינִי בְּתַעֲנִית לְמָחָר אַפֵּ"ה לָא חֲשִׁיב כְּיוֹם זֶה כֵּיוָן דְּמֵעִיקָּרָא לֹא נָדַר לְהִתְעַנּוֹת יוֹם זֶה. וּקְצָת קָשֶׁה מִגְּמָרָא דִּילַן בפ"ק דְּתַעֲנִית דַּף יב: דְּמַיְיתֵי לְהָא דְּלֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ וְקָאָמְרִינַן עֲלָהּ כִּי אַמְרִיתָא קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל אָמַר וְכִי נֶדֶר הוּא דְּלָא סַגִּי דְּלָא מְשַׁלֵּם צַעֲרָא הוּא דְּקַבֵּיל עֲלֵיהּ אִי מָצֵי מְצַעַר וְאִי לָא מָצֵי לָא מְצַעַר. וְהַשְׁתָּא אִי מַייְרֵי בְּיוֹם זֶה נִיחָא דְּכִי לָא מָצֵי אֵינוֹ זָקוּק לְשַׁלֵּם אֶלָּא אִי אַיְּירִי בְּיוֹם סְתָם אַמַּאי לֹא יְשַׁלֵּם אִי לָא מָצֵי הָאִידָּנָא עֲבִיד זִימְנָא אַחֲרִיתִי כְּשֶׁיִּתְחַזֵּק וְיוּכַל לְהִתְעַנּוֹת וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בְּאָדָם שֶׁקָּשֶׁה לוֹ לְהִתְעַנּוֹת כִּדְאָמַר שְׁמוּאֵל גּוּפֵיהּ לְעֵיל מֵהַהִיא שְׁמַעְתָּא הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית חוֹטֵא הוּא וְהָא דְּנִקְרָא קָדוֹשׁ גַּבֵּי נָזִיר הַהוּא בְּמָצֵי מִצַּעַר נַפְשֵׁיהּ וּמִשּׁוּם דְּנִקְרָא חוֹטֵא כִּי לָא מָצֵי מִצַּעַר נַפְשֵׁיהּ קָאָמַר שְׁמוּאֵל דְּאֵינוֹ חַיָּיב לִפְרֹועַ:
Du Yerouchalmi, en Nedarim, chapitre Konam, il ressort que la règle un homme emprunte son jeûne et le rembourse vaut seulement pour un jour non spécifié, mais non pour ce jour-ci. On y lit en effet : celui qui a fait vœu de jeûner, a oublié et a mangé, a perdu son jeûne. Rav a dit au nom des Sages : à condition qu'il ait dit un jour non spécifié ; mais s'il a dit ce jour-ci, il jeûne et complète. On en déduit : pour un jour non spécifié il a perdu son jeûne, parce qu'il peut jeûner un autre jour à la place, puisqu'on emprunte et rembourse ; mais pour ce jour-ci, où l'on n'emprunte pas et ne rembourse pas, il complète le jeûne, même s'il a mangé la quantité d'une olive. Et là-bas, plus haut, on cite la règle un homme emprunte son jeûne et le rembourse. Et bien que, pour un jour non spécifié aussi, il faille accepter le jeûne à la prière de Minha et dire : je serai en jeûne demain, ce n'est pas considéré comme ce jour-ci, puisqu'au départ il n'a pas fait vœu de jeûner ce jour précis. Il y a une petite difficulté d'après notre Guemara, au premier chapitre de Taanit (12b), qui cite la règle on emprunte son jeûne et on le rembourse, et où l'on dit à ce sujet : quand je l'ai dit devant Chmouel, il a dit : est-ce un vœu, qu'il faille absolument le rembourser ? C'est une souffrance qu'il a acceptée : s'il peut se mortifier, qu'il le fasse ; s'il ne peut pas, qu'il ne le fasse pas. Or, s'il s'agit de ce jour-ci, c'est clair : s'il ne peut pas, il n'est pas tenu de rembourser. Mais s'il s'agit d'un jour non spécifié, pourquoi ne rembourserait-il pas ? S'il ne peut pas aujourd'hui, qu'il le fasse une autre fois, quand il aura repris des forces et pourra jeûner ! On peut répondre que là-bas il s'agit d'un homme pour qui le jeûne est pénible, comme Chmouel lui-même l'a dit plus haut, avant ce passage : celui qui jeûne est appelé fauteur ; et si le nazir est appelé saint, c'est pour celui qui peut se mortifier. Et parce qu'il est appelé fauteur quand il ne peut pas se mortifier, Chmouel dit qu'il n'est pas tenu de rembourser.
💡 Explication

Un récit illustre la règle précédente. Rav Yehochoua refuse un repas de choix : il jeûne. On lui objecte la règle de Rav Yehouda, love adam taanito ou-fore'a : un jeûne volontaire peut être reporté à un autre jour. Il répond qu'un taanit halom ne se reporte pas, puisque son efficacité dépend du jour même (Rav Hisda).

Le Roch précise, à partir du Yerouchalmi, que le report n'est possible que pour un jeûne accepté pour un jour non spécifié.

8
וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין, מַפְסִיקִין לִקְרִיאַת שְׁמַע. הָא תְּנָא לֵיהּ רֵישָׁא אֵין מַפְסִיקִין? סֵיפָא אֲתָאן לְדִבְרֵי תוֹרָה. דְּתַנְיָא: חֲבֵרִים שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בַּתּוֹרָה — מַפְסִיקִין לִקְרִיאַת שְׁמַע, וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא כְּגוֹן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי וַחֲבֵירָיו שֶׁתּוֹרָתָן אֻומָּנוּתָן. אֲבָל כְּגוֹן אָנוּ, מַפְסִיקִין לִקְרִיאַת שְׁמַע וְלִתְפִלָּה.

(Michna :) Et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; ils interrompent pour le Chema. — Mais le début de la Michna a déjà enseigné ils n'interrompent pas ! — La fin nous amène aux paroles de Torah. Car il est enseigné dans une baraita : des compagnons occupés à l'étude de la Torah interrompent pour le Chema et n'interrompent pas pour la prière.

Rabbi Yo'hanan a dit : on ne l'a enseigné que pour des gens comme Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues, dont la Torah est le métier. Mais des gens comme nous interrompent pour le Chema et pour la prière.

📜 Rachi (4)
וְהָא תְּנָא לֵיהּ רֵישָׁא אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְגַבֵּי תְּפִלָּה קָייְמִינַן וְלָמָּה לֵיהּ לְמִיהְדַּר לְמִיתְנֵי וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה:
Mais le début de la Michna a déjà enseigné s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas : et il s'agit de la prière ; pourquoi répéter et enseigner et ils n'interrompent pas pour la prière ?
אֲתַאן לְדִבְרֵי תּוֹרָה וּמִילְּתָא אַחֲרִיתִי נְקַט:
La fin nous amène aux paroles de Torah : elle traite d'un autre sujet.
חֲבֵרִים הָעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה מַפְסִיקִין תּוֹרָתָן לִקְרִיאַת שְׁמַע דִּזְמַנָּהּ דְּאֻורְיִי' וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה:
Des compagnons occupés à la Torah interrompent : leur étude, pour le Chema, dont l'heure est fixée par la Torah (deoraita) : quand tu te couches et quand tu te lèves ; et ils n'interrompent pas pour la prière.
אֲבָל אָנוּ הוֹאִיל וּמַפְסִיקִין תּוֹרָתֵנוּ לְאוֹמַנְתֵּנוּ כ"ש שֶׁנַּפְסִיק לִתְפִלָּה:
Mais nous : puisque nous interrompons notre étude pour notre métier, à plus forte raison interrompons-nous pour la prière.
🗂️ Tossefot (2)
כְּגוֹן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי וַחֲבֵרָיו וְהָא דְּאָמַר לְקַמָּן (דַּף לג:) כִּי הֲוָה מָטֵי (זְמַן תְּפִלָּה) לָבֵישׁ וּמִכַּסֵּי וּמְצַלֵּי הַהוּא מְצַלֵּי הַיְינוּ ק"ש:
Comme Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues : quant à ce qu'on dit plus loin (33b), quand venait (l'heure de la prière) il s'habillait, se couvrait et priait, il s'agit en fait du Chema.
כְּגוֹן אָנוּ מַפְסִיקִין בֵּין לִקְרִיאַת שְׁמַע בֵּין לִתְפִלָּה וְהָא דְּאָמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי יִרְמְיָה מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹועַ תּוֹרָה וְגוֹ' וי"ל תּוֹרָתוֹ הָיְתָה אוֹמַנְתּוֹ אוֹ עֲדַיִין לֹא הָיְתָה שָׁעָה עוֹבֶרֶת:
Des gens comme nous interrompent pour le Chema et pour la prière : et qu'en est-il de ce que Rabbi Zeira dit à Rabbi Yirmeya : Celui qui détourne l'oreille pour ne pas entendre la Torah, etc. ? On peut répondre que sa Torah était son métier, ou bien que l'heure (de la prière) n'était pas encore passée.
⚖️ Rosh (1)
וּמַפְסִיקִין לק"ש וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה וְהָא נְקַט לֵיהּ רֵישָׁא אֵין מַפְסִיקִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן סֵיפָא אֲתָאן לְדִבְרֵי תוֹרָה דְּתַנְיָא חֲבֵרִים שֶׁהָיוּ עֲסוּקֵין בַּתּוֹרָה מַפְסִיקִין לק"ש וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא כְּגוֹן ר"ש בֶּן יוֹחַאי וַחֲבֵירָיו שֶׁתּוֹרָתָן אֻומָּנוּתָן אֲבָל אָנוּ מַפְסִיקִין בֵּין לק"ש בֵּין לִתְפִלָּה:
Et ils interrompent pour le Chema et n'interrompent pas pour la prière. Mais le début l'a déjà enseigné : ils n'interrompent pas ! Rabbi Yo'hanan a dit : la fin nous amène aux paroles de Torah, car il est enseigné dans une baraita : des compagnons occupés à la Torah interrompent pour le Chema et n'interrompent pas pour la prière. Rabbi Yo'hanan a dit : on ne l'a enseigné que pour des gens comme Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues, dont la Torah est le métier ; mais nous, nous interrompons pour le Chema comme pour la prière.
💡 Explication

Retour à la Michna de 9b : celui qui a commencé un repas, un jugement ou un travail avant Minha n'interrompt pas pour la prière. Pourquoi la fin de la Michna répète-t-elle et on n'interrompt pas pour la prière ? Parce qu'elle parle d'un autre cas : l'étude de la Torah.

Le Chema est deoraita et lié à une heure fixe ; on interrompt donc l'étude pour lui. La Tefila est d'un degré inférieur et l'étude ne s'interrompt pas pour elle. Rabbi Yo'hanan limite cette dispense à ceux dont la Torah est le seul métier (torato oumanouto). Celui qui interrompt son étude pour gagner sa vie doit à plus forte raison l'interrompre pour prier.

9
וְהָתַנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה, כָּךְ אֵין מַפְסִיקִין לִקְרִיאַת שְׁמַע! כִּי תָּנֵי הַהִיא — בְּעִיבּוּר שָׁנָה. דְּאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה, וְכֵן תָּנוּ סָבֵי דְּהַגְרוֹנְיָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: כְּשֶׁהָיִינוּ עוֹסְקִין בְּעִיבּוּר הַשָּׁנָה בְּיַבְנֶה לֹא הָיִינוּ מַפְסִיקִין לֹא לִקְרִיאַת שְׁמַע וְלֹא לִתְפִלָּה.

Mais il est enseigné dans une baraita : de même qu'on n'interrompt pas pour la prière, on n'interrompt pas pour le Chema ! — Cette baraita a été enseignée pour l'intercalation de l'année. Car Rav Ada bar Ahava a dit, et les anciens de Hagronya l'ont aussi enseigné : Rabbi Elazar bar Tsadok a dit : quand nous étions occupés à l'intercalation de l'année à Yavne, nous n'interrompions ni pour le Chema ni pour la prière.

📜 Rachi (1)
עִיבּוּר שָׁנָה שֶׁהָיוּ עוֹלִים שִׁבְעָה לָעֲלִייָּה וְנוֹשְׂאִין וְנוֹתְנִין אִם הַשָּׁנָה רְאוּיָה וּצְרִיכָה לְהִתְעַבֵּר כִּדְאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (יא:) עַל הָאָבִיב וְעַל פֵּירוֹת הָאִילָן וְעַל הַתְּקוּפָה:
Intercalation de l'année : ils montaient à sept dans une chambre haute et délibéraient pour savoir si l'année devait et pouvait être prolongée, comme on le dit dans Sanhédrin (11b) : en fonction du printemps (aviv), des fruits de l'arbre et de la saison (tekoufa).
🗂️ Tossefot (1)
בְּעִיבּוּר שָׁנָה שֶׁלֹּא יִתְקַלְקְלוּ הַמּוֹעֲדוֹת:
Pour l'intercalation de l'année : afin que les fêtes ne soient pas faussées.
💡 Explication

Une autre baraita dispense aussi du Chema. La Guemara la limite à l'ibour chana (intercalation d'un treizième mois). De cette décision dépendent les dates de toutes les fêtes ; Tossefot explique qu'on craint de fausser les moadim. Les sages occupés à ce travail n'interrompaient ni pour le Chema ni pour la prière.

🖼️ Schéma
Qui interrompt son étude pour le Chema et pour la prière ? (segments 7-8) Situation Chema (deoraita, heure fixe) Tefila (Amida) Torah = métier Rabbi Chimon bar Yohai et ses collègues on interrompt on n'interrompt pas Nous (on interrompt l'étude pour gagner sa vie) on interrompt on interrompt Intercalation de l'année Rabbi Elazar bar Tsadok, à Yavne on n'interrompt pas on n'interrompt pas Deux baraitot semblaient se contredire sur le Chema : la seconde parle du travail d'intercalation, dont dépendent toutes les fêtes.
Trois situations, trois règles d'interruption.
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מַתְנִי׳ לֹא יֵצֵא הַחַייָּט בְּמַחֲטוֹ סָמוּךְ לַחֲשֵׁכָה, שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיֵצֵא. וְלֹא הַלַּבְלָר בְּקֻולְמוֹסוֹ. וְלֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו, וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר. בֶּאֱמֶת אָמְרוּ, הַחַזָּן רוֹאֶה הֵיכָן תִּינוֹקוֹת קוֹרְאִין, אֲבָל הוּא לֹא יִקְרָא. כַּיּוֹצֵא בוֹ: לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה, מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה.

MICHNA. Le tailleur ne sortira pas avec son aiguille peu avant la tombée de la nuit (la veille de Chabbat), de peur qu'il n'oublie et ne sorte.

Ni le scribe avec son calame. On n'épouillera pas ses vêtements, et on ne lira pas à la lumière de la lampe.

En vérité, ils ont dit : le hazan regarde où les enfants lisent, mais lui-même ne lira pas. De même : le zav ne mangera pas avec la zava, à cause de l'accoutumance à la faute.

📜 Rachi (7)
מַתְנֵי' שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיֵצֵא מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
Michna. De peur qu'il n'oublie et ne sorte : une fois la nuit tombée.
וְלֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו מְבַעֵר כִּנִּים מִבְּגָדָיו דִּמְתַרְגְּמִינַן בִּעַרְתִּי פִּלֵּיתִי (דְּבָרִים כו) וּלְקַמָּן (שַׁבָּת יב.) מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Et on n'épouillera pas ses vêtements : on n'ôtera pas les poux de ses habits, comme on traduit biarti (j'ai ôté) par paliti (Devarim 26) ; la raison est expliquée plus loin (Chabbat 12a).
וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר בְּסֵפֶר שֶׁמָּא יַטֶּה הַנֵּר לְהָבִיא הַשֶּׁמֶן לְפִי הַפְּתִילָה שֶׁיִּדְלֹק יָפֶה וְנִמְצָא מַבְעִיר בְּשַׁבָּת:
Et on ne lira pas à la lumière de la lampe : dans un livre, de peur qu'il n'incline la lampe pour amener l'huile vers la mèche afin qu'elle brûle bien ; il se trouverait allumer le Chabbat.
הַחַזָּן חַזַּן הַכְּנֶסֶת הַמִּקְרָא שִׁבְעָה הַקּוֹרְאִים בַּתּוֹרָה וּפְעָמִים שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ הֵיכָן צְרִיכִין לִקְרוֹת לְמָחָר וְרוֹאֶה הֵיכָן קוֹרִין תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן בְּשַׁבָּת זוֹ וְהֵן קוֹרִין בְּסֵדֶר לְאוֹר הַנֵּר בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וְיוֹדֵעַ שֶׁהִיא פָּרָשָׁה שֶׁל שַׁבָּת זוֹ ל"א חַזָּן מְלַמֵּד תִּינוֹקוֹת וְרוֹאֶה הֵיכָן יַתְחִילוּ לְמָחָר וְהֵיכָא יְסַיְּימוּ פָּרָשֻׁיּוֹתֵיהֶן:
Le hazan : le hazan de la synagogue, qui fait lire les sept lecteurs de la Torah ; parfois il ne sait pas où il faut lire le lendemain, et il regarde où lisent, ce Chabbat, les enfants de l'école ; ils lisent dans l'ordre à la lumière de la lampe à la synagogue, et il sait ainsi que c'est la section de ce Chabbat. Autre explication : le hazan est le maître des enfants, et il regarde où ils commenceront demain et où ils termineront leurs passages.
כַּיּוֹצֵא בוֹ לַעֲשׂוֹת הַרְחָקָה לַעֲבֵירָה אָמְרוּ:
De même : ils ont dit (cette règle) pour éloigner de la faute.
לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה וכ"ש טָהוֹר עִם הַזָּבָה:
Le zav ne mangera pas avec la zava : et à plus forte raison un homme pur avec la zava.
מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה מִפְּנֵי שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁמִּתְיַחֲדִין יָבֹא לִבְעֹול זָבָה שֶׁהִיא בְּכָרֵת:
À cause de l'accoutumance à la faute : parce qu'à force de se retrouver seuls ensemble, il en viendra à avoir une relation avec la zava, ce qui est passible de karet.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיֵצֵא אַלִּיבָּא דְּרָבָא דְּאָמַר לָא גָּזְרִי גְּזֵירָה לִגְזֵירָה אֵין לְפָרֵשׁ שֶׁמָּא יִשְׁכַּח הַמַּחַט דַּאֲפִילּוּ יָצָא לֵיכָּא אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא כִּדְאִיתָא בפ"ב דב"ק (דַּף כו:) הִכִּיר בָּהּ וּשְׁכָחָהּ לְעִנְיַן שַׁבָּת פָּטוּר מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שֶׁמָּא יִשְׁכַּח אֶת הַמַּחַט לְהַצְנִיעוֹ עַד שֶׁיִּהְיֶה שַׁבָּת וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁיִּזְכֹּור אֶת הַמַּחַט יִשְׁכַּח שֶׁהוּא שַׁבָּת וְיָצָא:
De peur qu'il n'oublie et ne sorte : selon Rava, qui dit qu'on ne prend pas de mesure préventive pour une mesure préventive, on ne peut pas expliquer de peur qu'il n'oublie l'aiguille. En effet, même s'il sortait ainsi, il n'y aurait pas d'interdit de la Torah, comme on le voit au deuxième chapitre de Baba Kamma (26b) : s'il la connaissait et l'a oubliée, pour le Chabbat il est exempt, car la Torah n'a interdit que le travail intentionnel (melekhet mahchevet). L'explication est donc : de peur qu'il n'oublie de ranger l'aiguille jusqu'à ce que Chabbat arrive, et qu'à la fin, quand il se souviendra de l'aiguille, il oublie que c'est Chabbat et sorte.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' לֹא יֵצֵא הַחַייָּט בְּמַחֲטוֹ סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיֵצֵא וְלֹא הַלַּבְלָר בְּקֻולְמוֹסוֹ וְלֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר בֶּאֱמֶת אָמְרוּ הַחַזָּן רוֹאֶה מֵהֵיכָן הַתִּינוֹקוֹת קוֹרִין אֲבָל הוּא לֹא יִקְרָא. כַּיּוֹצֵא בּוֹ לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה:
Michna. Le tailleur ne sortira pas avec son aiguille peu avant la tombée de la nuit, de peur qu'il n'oublie et ne sorte ; ni le scribe avec son calame. On n'épouillera pas ses vêtements, et on ne lira pas à la lumière de la lampe. En vérité, ils ont dit : le hazan regarde d'où les enfants lisent, mais lui-même ne lira pas. De même, le zav ne mangera pas avec la zava, à cause de l'accoutumance à la faute.
💡 Explication

Nouvelle Michna, consacrée aux gezerot (mesures préventives). L'artisan porte habituellement son outil sur lui ; s'il sort avec à l'approche de Chabbat, il risque de continuer une fois Chabbat entré, et de transgresser l'interdit de hotsaa (transport d'un domaine à l'autre). Tossefot précise le mécanisme : une sortie par pur oubli de l'aiguille ne serait pas un interdit de la Torah (melekhet mahchevet) ; la crainte porte sur celui qui se souvient de l'aiguille mais oublie que c'est Chabbat.

La lecture à la lumière d'une lampe à huile est interdite, car on pourrait l'incliner pour raviver la flamme. Le hazan peut seulement jeter un regard. Le zav et la zava sont déjà tous deux impurs ; l'interdit de manger ensemble vise la relation, passible de karet.

🖼️ Schéma
La Michna des précautions (segment 9) : chaque interdit et ce qu'il prévient Interdit (gezera) Transgression redoutée Tailleur + aiguille, avant la nuit oublier, et sortir avec une fois Chabbat entré (hotsaa) Scribe + calame même crainte : sortir avec son outil (hotsaa) Épouiller ses vêtements la raison est expliquée plus loin (12a) Lire à la lumière de la lampe incliner la lampe pour raviver la flamme (allumer) exception : le hazan regarde où lisent les enfants Le zav ne mange pas avec la zava l'intimité mène à une relation interdite (karet) Point commun : un acte permis en soi est interdit parce qu'il conduit, par habitude ou par inattention, à une transgression grave (hergel avéra).
Les précautions de la Michna et la transgression que chacune prévient.
11
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: לֹא יַעֲמוֹד אָדָם בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד וְיִשְׁתֶּה בִּרְשׁוּת הָרַבִּים, בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְיִשְׁתֶּה בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד. אֲבָל אִם הִכְנִיס רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ לִמְקוֹם שֶׁהוּא שׁוֹתֶה — מֻותָּר.

GUEMARA. Nous avons appris ailleurs : un homme ne se tiendra pas dans le domaine privé pour boire dans le domaine public, ni dans le domaine public pour boire dans le domaine privé.

Mais s'il a fait entrer sa tête et la majeure partie de son corps dans l'endroit où il boit, c'est permis.

📜 Rachi (1)
לֹא יַעֲמוֹד אָדָם ברה"י וְיוֹשִׁיט פִּיו וְרֹאשׁוֹ לרה"ר לֶאֱחֹוז כְּלִי וְלִשְׁתּוֹת גְּזֵרָה שֶׁמָּא יוֹצִיא הַכְּלִי אֵלָיו וְנִמְצָא מִתְחַיֵּיב חַטָּאת:
Un homme ne se tiendra pas : dans le domaine privé, en tendant la bouche et la tête vers le domaine public pour saisir un récipient et boire ; c'est une mesure préventive, de peur qu'il n'amène le récipient vers lui : il serait alors passible d'un sacrifice hatat.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא יַעֲמוֹד אָדָם ברה"ר וְיִשְׁתֶּה ברה"י בְּהַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (נ. יְרֻובֵּין דַּף צט.) מוּקֵי לָהּ בַּחֲפָצִים הַצְּרִיכִים לוֹ וְדִבְרֵי הַכֹּל פִּי' אַפֵּי' רַבָּנָן דְּאָמְרִי עוֹמֵד אָדָם בר"ה וּמְטַלְטֵל ברה"י הָכָא מוֹדוּ דְּכֵיוָן דְּצָרִיךְ לִשְׁתּוֹת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ שֶׁמָּא יְבִיאֵם אֶצְלוֹ וא"ת הַשְׁתָּא נָמֵי כִּי יַכְנִיס רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ אַמַּאי שָׁרִי הָא מַפִּיק מרה"י לרה"ר שֶׁלּוֹקֵחַ ברה"י וּנְחִית בְּבִטְנוֹ ברה"ר דְּהָכִי אָמַר הָתָם הִשְׁתִּין מַיִם וְרַק חַיָּיב חַטָּאת וְיֵשׁ לוֹמַר דִּבְלִיעָתוֹ הַייְנוּ הַנָּחָתוֹ וְאֵין לָחוּשׁ בַּמֶּה שֶׁשּׁוּב נִכְנָסִים לְתוֹךְ מֵעָיו כִּדְאָמַר (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף כ.) הוֹצִיא דְּיוֹ לִכְתֹּוב ב' אוֹתִיּוֹת וּכְתָבָן כְּשֶׁהוּא מְהַלֵּךְ חַייָּב דִּכְתִיבָתָן זוֹ הִיא הַנָּחָתָן וְאָתֵי שַׁפִּיר הָא דְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ (כְּרִיתוֹת דַּף יג:) יֵשׁ אוֹכֵל אֲכִילָה אַחַת וְחַיָּיב עָלֶיהָ ד' חַטָּאוֹת וְאָשָׁם אֶחָד רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אַף אִם הָיְתָה שַׁבָּת וְהוֹצִיאוֹ בְּפִיו חַיָּיב וְהַשְׁתָּא הֵיכִי תָּנֵי ר"מ הוֹצָאָה דְּלָא מִחַייַּב עֲלָהּ עַד שֶׁתָּנוּחַ בְּמֵעָיו בַּהֲדֵי הָנְהוּ דְּמִחַיַּיב בִּשְׁעַת בְּלִיעָה אֶלָּא אַהוֹצָאָה מְחַיֵּיב נָמֵי בִּשְׁעַת בְּלִיעָה כִּדְפָרֵישִׁית וְרַשִׁ"י תֵּירֵץ בְּעִנְיָן אַחֵר בְּהַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף צט:) ובפ"ב דְּעֵירוּבִין (דַּף כ. וְשָׁם) פֵּירַשְׁתִּי וְנִרְאֶה דאע"ג דַּהֲלָכָה כר"מ בִּגְזֵרוֹתָיו בְּהָא דְּאָמַר לֹא יַעֲמוֹד ברה"ר וּמְטַלְטֵל ברה"י אוֹ אִיפְּכָא לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ אֶלָּא כְּרַבָּנָן דְּשָׁרוּ כִּדְמוֹכַח בְּהַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (שָׁם דַּף צח:) דְּאָמַר מַתְנֵי לֵיהּ רַבִּי חֲנִינָא בַּר שֶׁלֶמְיָא לְחִיָּיא בַּר רַב קַמֵּיהּ דְּרַב לֹא יַעֲמוֹד כו' א"ל שְׁבַקְתְּ רַבָּנָן וַעֲבַדְתְּ כר"מ:
Un homme ne se tiendra pas dans le domaine public pour boire dans le domaine privé : au chapitre Ha-motsi tefillin (Erouvin 99a), on l'établit pour des objets dont il a besoin, et selon tous. C'est-à-dire : même les Sages, qui disent qu'un homme peut se tenir dans le domaine public et déplacer des objets dans le domaine privé, reconnaissent ici que, puisqu'il a besoin de boire, il faut craindre qu'il n'amène les objets vers lui. On pourrait demander : maintenant aussi, quand il fait entrer sa tête et la majeure partie de son corps, pourquoi est-ce permis ? Il fait bien sortir du domaine privé vers le domaine public, puisqu'il prend l'eau dans le domaine privé et qu'elle descend dans son ventre, qui est dans le domaine public ; car on dit là-bas : s'il a urine ou craché, il est passible d'un hatat. On peut répondre que l'avaler constitue le dépôt (hanaha), et qu'il n'y a pas à se préoccuper de ce que l'eau entre ensuite dans ses entrailles, comme on le dit (plus loin, Chabbat 80a) : s'il a sorti de l'encre pour écrire deux lettres et les a écrites en marchant, il est passible, car leur écriture constitue leur dépôt. Cela explique bien le passage du chapitre Amrou lo (Keritot 13b) : il peut arriver qu'on mange un seul aliment et qu'on soit passible de quatre hatat et d'un acham ; Rabbi Meir dit : aussi, si c'était Chabbat et qu'il l'a sorti dans sa bouche, il est passible. Comment Rabbi Meir compterait-il le transport (hotsaa), pour lequel on n'est passible que lorsque l'aliment se pose dans les entrailles, avec les autres cas où l'on est passible au moment d'avaler ? C'est donc que, pour le transport aussi, on est passible au moment d'avaler, comme je l'ai expliqué. Rachi a répondu autrement au chapitre Ha-motsi tefillin (Erouvin 99b), et je l'ai expliqué au deuxième chapitre d'Erouvin (20a). Il semble que, bien que la halakha suive Rabbi Meir dans ses mesures préventives, pour sa règle on ne se tiendra pas dans le domaine public en déplaçant des objets dans le domaine privé, ou l'inverse, la halakha ne suit pas son avis mais celui des Sages, qui permettent, comme cela ressort du chapitre Ha-motsi tefillin (98b) : Rabbi Hanina bar Chelamya enseignait à Hiya bar Rav, devant Rav : on ne se tiendra pas, etc. Il lui dit : tu as laissé les Sages et tu as agi selon Rabbi Meir !
💡 Explication

La Guemara ouvre par une Michna d'Erouvin qui fonctionne selon la même logique. Boire en tendant la tête vers un récipient placé dans l'autre domaine est interdit : on pourrait tirer le récipient vers soi et transgresser la hotsaa, faute passible d'un hatat. Si l'on entre avec la tête et la majeure partie du corps dans ce domaine, le risque disparaît.

Tossefot se demande pourquoi l'eau avalée, qui passe dans un corps situé en partie dans l'autre domaine, ne constitue pas un transport ; il répond que l'acte d'avaler vaut hanaha (dépôt) à l'endroit où il a lieu.

🖼️ Schéma
Boire d'un domaine à l'autre (segment 10) Domaine privé (rechout ha-yahid) Domaine public (rechout ha-rabim) il se tient ici le récipient est là interdit : il risque de tirer le récipient vers lui Permis s'il fait entrer sa tête et la majeure partie de son corps dans le domaine où il boit.
L'interdit de boire d'un domaine à l'autre, et la condition qui le lève.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).