Shabbat 9b — Les activités interdites avant la prière de Minha et le moment où elles sont considérées comme commencées

Shabbat 9b

Sougya : Le folio ouvre le premier perek sur une michna qui interdit, à l'approche de Minha, cinq activités susceptibles de se prolonger : la coupe de cheveux, le bain, la tannerie, le repas et le jugement. Si on les a commencées, on ne les interrompt pas, sauf pour le Chema.

La guemara demande de quelle Minha il s'agit : si c'est Minha ketana, la fin de la michna contredit Rabbi Yehochoua ben Levi, qui interdit de goûter quoi que ce soit une fois venue l'heure de Minha. Deux lectures placent donc la michna à Minha guedola : l'anonyme parle d'activités longues (coupe de Ben Elassa, grand repas), Rav Aha bar Yaakov d'activités ordinaires frappées d'un décret préventif.

Rav Avin définit ensuite le début de chaque activité, et Rav et Rabbi Hanina divergent sur le début du repas, divergence que la guemara rattache aux usages de Babylonie et d'Erets Israël.

La michna se situe près de Minha guedola : deux lectures Activité Première lecture (anonyme) activité longue par nature Rav Aha bar Yaakov activité courte + décret préventif Coiffeur Coupe de Ben Elassa (très élaborée) Coupe ordinaire crainte : les ciseaux cassent Bain Tout le processus du bain (laver, rincer, transpirer) Simplement transpirer crainte : un malaise Tannerie Grande tannerie (beaucoup de peaux, au début) Simple inspection crainte : voir une perte, être troublé Repas Grand repas (festin) (noces, circoncision...) Petit repas crainte : le prolonger Jugement Début du procès (long à instruire) Fin du procès (verdict) crainte : un argument annule tout Nafka mina (Roch, Tossefot) : un petit repas près de Minha guedola Rabbeinou Tam, Ri, Roch : permis (première lecture, rédaction de Rav Achi, indulgence en derabbanan). Rif, Rabbeinou Yona : interdit (Rav Aha bar Yaakov).
Les deux lectures qui placent la michna près de Minha guedola, et la décision des décisionnaires.
À partir de quand l'activité est-elle commencée ? Coupe de cheveux Rav Avin : quand on pose le tablier du coiffeur sur les genoux Bain Rav Avin : quand on retire son manteau (premier vêtement ôté) Tannerie Quand on attache (le tablier) entre les épaules Repas Rav quand on se lave les mains usage d'Erets Israël Rabbi Hanina quand on desserre sa ceinture usage de Babylonie (ceinture serrée)
Le début de chaque activité, à partir duquel on n'interrompt plus.
1
מַתְנִי׳ לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר סָמוּךְ לַמִּנְחָה עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל. לֹא יִכָּנֵס אָדָם לַמֶּרְחָץ, וְלֹא לַבֻּורְסְקִי, וְלֹא לֶאֱכֹול, וְלֹא לְדִין, וְאִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין. מַפְסִיקִין לִקְרוֹת קְרִיאַת שְׁמַע וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה.

MICHNA. Un homme ne s'assiéra pas devant le coiffeur à l'approche de Minha avant d'avoir prié.

Un homme n'entrera ni au bain, ni à la tannerie, ni pour manger, ni pour juger. Et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas.

On interrompt pour lire le Chema, et on n'interrompt pas pour la prière.

📜 Rachi (9)
מַתְנִי' לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר לְהִסְתַּפֵּר:
Pour se faire couper les cheveux.
סָמוּךְ לַמִּנְחָה קֹודֶם לַמִּנְחָה:
Avant Minha.
עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְלֹא יִתְפַּלֵּל וְהָא אֲפִילּוּ בְּחוֹל נָמֵי וְהָא דְּתָנֵי הָכָא מִשּׁוּם דְּדָמֵי לְהָא דְּתָנֵי גַּבָּהּ לֹא יֵצֵא הַחַיָּיט בְּמַחְטוֹ ע"ש עִם חֲשֵׁכָה שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיֵצֵא מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
De peur qu'il oublie et ne prie pas. Cela vaut pourtant aussi en semaine ; si on l'enseigne ici, c'est parce que ce cas ressemble à celui enseigné à côté : le tailleur ne sortira pas avec son aiguille la veille de Chabbat à la tombée du jour, de peur qu'il oublie et sorte une fois la nuit tombée.
וְלֹא יִכָּנֵס סָמוּךְ לַמִּנְחָה:
À l'approche de Minha.
לֹא לַמֶּרְחָץ כו' וְטַעֲמָא דְּכוּלְּהוּ מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ עַד שֶׁיַּעֲבֹור זְמַן תְּפִלָּה:
La raison de tous ces cas est la crainte qu'il se laisse entraîner jusqu'à ce que le temps de la prière soit passé.
וְאִם הִתְחִילוּ אַחַת מִכָּל אֵלּוּ:
L'une quelconque de ces activités.
אֵין מַפְסִיקִין אֶלָּא יִגְמֹור וְאַחַ"כּ מִתְפַּלֵּל וּבַגְּמָרָא (דַּף י.) מְפָרֵשׁ בִּדְאִיכָּא שְׁהוּת לִגְמֹור קֹודֶם שֶׁיַּעֲבֹור הַזְּמַן:
Il finit, puis il prie. Et dans la guemara (10a) on explique qu'il s'agit du cas où il reste le temps de finir avant que l'heure ne passe.
מַפְסִיקִין לק"ש דְּאִיתָא מִדְּאוֹרַיְיתָּא:
Car elle est d'ordre toraique (min haTora).
וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה וּבַגְּמָרָא (דַּף יא.) פָּרִיךְ הָא תָּנָא לֵיהּ רֵישָׁא:
Et dans la guemara (11a) on objecte : la première partie l'a déjà enseigné !
🗂️ Tossefot (2)
מַתְנִי' לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר סָמוּךְ לַמִּנְחָה עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְהָא דְּאָמַר בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף צפ: וְשָׁם) עַרְבֵי שַׁבָּתוֹת וְעַרְבֵי יָמִים טוֹבִים לֹא יֹאכַל עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ הַייְנוּ אֲפִילּוּ הִתְפַּלֵּל לֹא יֹאכַל כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם כְּדֵי שֶׁיִּכָּנֵס לַשַּׁבָּת כְּשֶׁהוּא בְּתַאֲוָה אֲבָל לֹא הִתְפַּלֵּל אֲפִילּוּ בִּשְׁאָר יָמִים נָמֵי אָסוּר כִּדְאָמַר הָכָא:
Ce qui est dit dans Arvei Pessahim (99b) : les veilles de Chabbat et de fêtes, on ne mange pas avant la nuit, s'entend même si l'on a prié : on ne mangera pas, comme on l'explique là-bas, afin d'entrer dans Chabbat avec appétit. Mais si l'on n'a pas prié, c'est interdit même les autres jours, comme on le dit ici.
וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין אֲפִילּוּ הִתְחִילוּ בְּאִיסּוּר כִּדְמוֹכַח בְּסֻוכָּה (דַּף לח.) גַּבֵּי מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בְּיָדוֹ לוּלָב נוֹטְלוֹ עַל שֻׁולְחָנוֹ וּפָרִיךְ לְמֵימְרָא דְּמַפְסִיקִין וְהָא תְנַן אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְלָא מְשַׁנֵּי דְּהָכָא בְּהִתְחִילוּ בְּהֶיתֵּר וְגַבֵּי לוּלָב הִתְחִילוּ בְּאִיסּוּר דְּמִצַּפְרָא זִמְנֵיהּ הוּא וה"נ מַשְׁמַע בגמ' דְּקָאָמַר כֵּיוָן דְּשָׁרֵי הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְיִתְייַשֵּׁב נָמֵי הָא דְּקָשֶׁה בַּגְּמָרָא גַּבֵּי לֵימָא תֶּהֱוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרִיבָּ"ל:
Même s'ils ont commencé de manière interdite, comme il ressort de Soucca (38a) à propos de celui qui venait en chemin sans loulav en main : il le prend à sa table. La guemara objecte là : on interromprait donc ? Or nous avons appris : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. Et elle ne répond pas qu'ici ils ont commencé de manière permise, alors que pour le loulav il a commencé de manière interdite, puisque son temps court dès le matin. Cela ressort aussi de notre guemara, qui dit : puisqu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine (d'interrompre). Ainsi s'éclaire également la difficulté soulevée dans la guemara au sujet de : disons que ce sera une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר סָמוּךְ לַמִּנְחָה עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לָשׁוֹן קְצָרָה 'לֹא יִסְתַּפֵּר אָדָם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָא מַשְׁמָע לָן אֲפִילּוּ לִפְנֵי הַסֵּפֶר שֶׁהוּא בַּעַל אֻמָּנוּת זוֹ דְּאֵין דַּרְכּוֹ לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּזוּג אֶחָד וּמִסְּתָמָא יֵשׁ לוֹ שָׁלֹשׁ וְאַרְבַּע עִם כָּל זֶה לָא פְלוּג רַבָּנַן! מִיהוּ עִיַּינְתִּי בְּסִפְרֵי הַפּוֹסְקִים וְרָאִיתִי שֶׁיֵּשׁ פְּלֻוגְתָּא בָּזֶה, דְּיֵשׁ מַתִּירִים הֵיכָא דְּיֵשׁ לוֹ שְׁנַיִם אוֹ שְׁלֹשָׁה זוּגִים וְיֵשׁ אוֹסְרִים, וְאִם כֵּן תֵּירוּץ שֶׁכָּתַבְתִּי לֹא יִהְיֶה אֶלָּא רַק לְפִי סְבָרַת הָאוֹסְרִין. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי הֲוָה תָּנֵי 'לֹא יִסְתַּפֵּר אָדָם סָמוּךְ לַמִּנְחָה' הֲוָה אֲמִינָא דְּאַיְירֵי בְּמִסְתַּפֵּר בְּבֵיתוֹ בְּמִסְפָּרַיִם שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּבֵיתוֹ, וּבָזוֹ תִּמְצָא לִפְעָמִים שֶׁאֵינָהּ מְחֻובֶּרֶת הֵיטֵב בְּמַסְמֵר וּלְכָךְ חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא יְשַׁבֵּר הַזּוּג, אֲבָל אִם מִסְתַּפֵּר לִפְנֵי סֵפֶר שֶׁאוֹמַנְתּוֹ בְּכָךְ זֶה וַדַּאי מִסְפָּרַיִם שֶׁלּוֹ מְחַזֵּק אוֹתָהּ הֵיטֵב בְּמַסְמֵר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹסֵק בָּהּ תָּמִיד וְלָא חַיְישָׁנָן שֶׁמָּא יְשַׁבֵּר הַזּוּג, לְכָךְ נָקֵיט לִפְנֵי הַסֵּפֶר לִרְבוּתָא דְּגַם בָּזֶה אָסוּר מִשּׁוּם דְּלָא פְּלוּג רַבָּנָן. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט כֵּן מִשּׁוּם סֵיפָא דְּקָתָנֵי וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין, וּפֵרְשׁוּ בַּגְּמָרָא מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת תִּסְפֹּרֶת? אָמַר רַבִּי אָבִין: מִשֶּׁיַּנִּיחַ מַעֲפֹרֶת שֶׁל סְפָרִים עַל כְּתֵפָיו, וְלָכֵן אִי הֲוָה תָּנֵי 'לֹא יִסְתַּפֵּר אָדָם' הָיִיתִי מְפָרֵשׁ דְּאַיְירֵי בְּמִסְתַּפֵּר בְּבֵיתוֹ וּלְהָכִי חֲשִׁיב לָהּ בְּסֵיפָא לְהַנָּחַת מַעֲפֹורֶת עַל בִּרְכָּיו הַתְחָלָה דְּאִיכָּא טִרְחָא בְּהַזְמָנָתָהּ וַהֲכָנָתָהּ. אַךְ לִפְנֵי הַסֵּפֶר שֶׁהַמַּעֲפֹורֶת מְזֻומֶּנֶת וּתְלוּיָה בַּחֲנוּתוֹ אֵין הַנָּחָתָהּ עַל בִּרְכָּיו חֲשִׁיבָה הַתְחָלָה, לְכָךְ נָקֵיט לִפְנֵי הַסֵּפֶר דְּגַם בָּזֶה אִם הִתְחִיל לְהַנִּיחַ הַמַּעֲפֹורֶת עַל בִּרְכָּיו חֲשִׁיב הַתְחָלָה וְאֵין מַפְסִיקִין.
Un homme ne s'assiéra pas devant le coiffeur à l'approche de Minha avant d'avoir prié. On demande : il aurait dû dire brièvement : un homme ne se fera pas couper les cheveux. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la michna nous enseigne que même devant le coiffeur, qui est un professionnel et n'a pas l'habitude de se servir d'une seule paire de ciseaux, mais en a vraisemblablement trois ou quatre, les Sages n'ont malgré tout pas fait de distinction. J'ai cependant examiné les livres des décisionnaires et j'ai vu qu'il y a controverse sur ce point : certains permettent lorsqu'il a deux ou trois paires, d'autres interdisent. Ma réponse ne vaut donc que selon l'avis de ceux qui interdisent. Autre explication, avec l'aide du Ciel : si la michna avait dit : un homme ne se fera pas couper les cheveux à l'approche de Minha, j'aurais pensé qu'il s'agit de celui qui se coupe les cheveux chez lui avec les ciseaux qu'il a à la maison ; on les trouve parfois mal fixés par leur clou, et c'est pourquoi on craint que la paire ne se casse. Mais celui qui se fait couper les cheveux devant un coiffeur de métier, celui-ci serre certainement bien ses ciseaux avec le clou, puisqu'il s'en sert constamment, et l'on ne craindrait pas que la paire se casse. La michna dit donc devant le coiffeur pour enseigner que même là c'est interdit, parce que les Sages n'ont pas fait de distinction. Ou encore, avec l'aide du Ciel, elle le formule ainsi à cause de la fin, qui enseigne : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. La guemara explique : à partir de quand commence la coupe ? Rabbi Avin dit : quand on pose le tablier des coiffeurs sur ses épaules. Si la michna avait dit : un homme ne se fera pas couper les cheveux, j'aurais expliqué qu'il s'agit de celui qui se coupe les cheveux chez lui, et que c'est pour cela que poser le tablier sur ses genoux compte comme un commencement : le préparer et l'apprête demande un effort. Mais devant le coiffeur, où le tablier est prêt et suspendu dans la boutique, le poser sur ses genoux ne compterait pas comme un commencement. La michna dit donc devant le coiffeur pour enseigner que là aussi, s'il a commencé à poser le tablier sur ses genoux, cela compte comme un commencement et l'on n'interrompt pas.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר סָמוּךְ לַמִּנְחָה עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל וְלֹא יִכָּנֵס לֹא לַמֶּרְחָץ וְלֹא לַבֻּורְסְקִי וְלֹא לֶאֱכוֹל וְלֹא לָדוּן וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין מַפְסִיקִין לִקְרִיאַת שְׁמַע וְאֵין מַפְסִיקִין לִתְפִלָּה. הָא דְּקָתָנֵי אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין מַיְירֵי דַּוְקָא כְּשֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם שֶׁיִּתְפַּלֵּל אַחַר שֶׁיִּגְמֹור מְלַאכְתּוֹ כִּדְמוֹכַח בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר בְּמִנְחָה לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת פִּי' לֹא יִשְׁתַּכֵּר וְיוּכַל לְהִתְפַּלֵּל אַחַר שֶׁיִּגְמֹור סְעֻודָּתוֹ הִלְכָּךְ אֵינוֹ מְחֻויָּב לְהַפְסִיק וְאִם לֹא הָיָה מְחֻויָּב לְהַפְסִיק אֲפִילּוּ תַּעֲבֹור הַמִּנְחָה א"כ מַאי נָפְקָא מִינָּה בְּמַה דְּלָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת אֲפִילּוּ אִי שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת נָמֵי דְּהָא אֵין מְחֻוייָּב לְהַפְסִיק אֲפִילּוּ אִם אֵין שְׁהוּת בַּיּוֹם אֶלָּא וַדַּאי כְּשֶׁיֵּשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם אַיְירֵי וְכֵיוָן דְּלָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת יִגְמֹור סְעֻודָּתוֹ וְאַחַ"כּ יִתְפַּלֵּל. וְהָכִי נָמֵי אָמַר בְּהֶדְיָא בְּמַס' סֻוכָּה דַּף לח. גַּבֵּי מִי שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בְּיָדוֹ לוּלָב נוֹטְלוֹ עַל שֻׁולְחָנוֹ וּפָרִיךְ מֵהָא דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וּמְשַׁנֵּי הָא דְּאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם הָא דְּלֵיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם וְאַיְירֵי נָמֵי בְּמַתְנִיתִין אֲפִילּוּ הִתְחִילוּ בְּאִיסּוּר וְכֵן מוּכָח בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר גַּבֵּי תְּפִלַּת עַרְבִית כֵּיוָן דִּשְׁרָא לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וּמַייְתִי עֲלָהּ מִתְּפִלַּת הַמִּנְחָה הָא דִּתְנַן וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין אַלְמָא אַיְירֵי אֲפִילּוּ הִתְחִיל בְּאִיסּוּר דֻּומְיָא דְּעַרְבִית דְּאַייְרֵי כְּשֶׁכְּבָר הִגִּיעַ זְמַן תְּפִלָּה וְעוֹד מִדְּלָא מְשַׁנֵּי הָתָם גַּבֵּי סֻוכָּה שָׁאנֵי הָתָם גַּבֵּי לוּלָב דְּהִתְחִיל בְּאִיסּוּר מִכְּלָל דְּמַתְנִי' נָמֵי בְּהִתְחִיל בְּאִיסּוּר:
MICHNA. Un homme ne s'assiéra pas devant le coiffeur à l'approche de Minha avant d'avoir prié ; il n'entrera ni au bain, ni à la tannerie, ni pour manger, ni pour juger ; et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; on interrompt pour la lecture du Chema et on n'interrompt pas pour la prière. Ce qui est enseigné : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas, ne vaut que lorsqu'il reste assez de temps dans la journée pour prier après avoir fini son activité. C'est ce que prouve la guemara, qui dit : à Minha l'ivresse n'est pas fréquente, ce qui signifie : il ne s'enivrera pas et pourra prier après avoir fini son repas ; c'est pourquoi il n'est pas tenu d'interrompre. Or s'il n'était pas tenu d'interrompre même au prix de manquer Minha, quelle différence y aurait-il à ce que l'ivresse soit rare ? Même si l'ivresse était fréquente, il ne serait pas tenu d'interrompre, même sans temps restant dans la journée ! Il s'agit donc forcément du cas où il reste du temps dans la journée : puisque l'ivresse est rare, il finit son repas et prie ensuite. C'est aussi ce qui est dit explicitement dans le traité Soucca (38a) à propos de celui qui venait en chemin sans loulav en main : il le prend à sa table. La guemara objecte à partir de notre michna : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; et elle répond : ici il reste du temps dans la journée, là il n'en reste pas. Notre michna traite aussi du cas où l'on a commencé de manière interdite. C'est ce que prouve la guemara, qui dit à propos de la prière d'Arvit : puisqu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine d'interrompre, et elle rapproche cela de la prière de Minha, dont il est enseigné : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. Cela traite donc même du cas où il a commencé de manière interdite, à l'image d'Arvit, où il s'agit du cas où l'heure de la prière est déjà arrivée. De plus, dans Soucca, la guemara ne répond pas : le loulav est différent, parce qu'il a commencé de manière interdite ; on en déduit que notre michna aussi traite du cas où il a commencé de manière interdite.
💡 Explication

La michna ouvre le traité sur l'ordre chronologique du vendredi, mais sa première règle vaut pour tous les jours, comme le note Rachi : on n'entreprend pas, à l'approche de Minha, une activité qui risque de se prolonger au-delà du temps de la prière.

Deux niveaux sont distingués. Lekhatehila (à priori), on ne commence pas. Bediavad (si l'on a déjà commencé), on n'interrompt pas pour la Amida, qui est derabbanan, mais on interrompt pour le Chema, qui est toraique. Tossefot et le Roch précisent que la tolérance ne vaut que s'il reste le temps de prier après, et qu'elle s'applique même à celui qui a commencé de manière interdite.

2
גְּמ׳ הֵי ״סָמוּךְ לְמִנְחָה״? אִילֵּימָא לְמִנְחָה גְּדוֹלָה — אַמַּאי לָא? הָאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם טוּבָא! אֶלָּא סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה.

GUEMARA. De quel « à l'approche de Minha » s'agit-il ?

Si l'on dit : à l'approche de Minha guedola (la grande Minha), pourquoi pas ? Il reste encore beaucoup de temps dans la journée !

C'est donc à l'approche de Minha ketana (la petite Minha).

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִנְחָה גְּדוֹלָה הַתְחָלַת זְמַן תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם מִכִּי מַתְחִיל לְהַעֲרִיב דְּהַייְנוּ מֵחֲצִי שֶׁבַע וּלְמַעְלָה דְּהָא חֲצִי שֵׁשׁ וַחֲצִי שֶׁבַע חַמָּה עוֹמֶדֶת בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם וְקוֹדֶרֶת כְּנֶגְדָּהּ לְמַטָּה וְאֵינָהּ נוֹטָה לְשׁוּם צַד וּמֵחֲצִי ז' וּלְמַעְלָה נוֹטֶה בָּרָקִיעַ לַמַּעֲרָב סָמוּךְ לַמִּנְחָה מֵהַתְחָלַת שֶׁבַע:
Le début du temps du sacrifice perpétuel (tamid) de l'après-midi, dès que le jour commence à décliner, c'est-à-dire à partir de six heures et demie : de cinq heures et demie à six heures et demie, le soleil se tient au-dessus de la tête de chacun, et l'ombre tombe droit sous lui, sans pencher d'aucun côté ; à partir de six heures et demie, il penche dans le ciel vers l'ouest. À l'approche de Minha signifie dès le début de la septième heure.
מִנְחָה קְטַנָּה בְּט' וּמֶחֱצָה שֶׁהָיוּ רְגִילִין שֶׁלֹּא לְאַחֲרוֹ יוֹתֵר מִכֵּן כִּדְאָמְרִי' בְּתָמִיד נִשְׁחָט סָמוּךְ לָהּ מִתְּחִילַּת י':
À neuf heures et demie, car on avait l'habitude de ne pas retarder le tamid au-delà, comme nous le disons dans le traité Tamid : il était égorgé à neuf heures et demie. À l'approche de celle-ci signifie dès le début de la dixième heure.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי סָמוּךְ לְמִנְחָה אִילֵּימָא סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה אַמַּאי לָא הָא אִיכָּא שְׁהוּת טוּבָא. אֶלָּא סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין לֵימָא תֶּיהֱוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרִיבָּ"ל דְּאַרִיבָּ"ל כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה. לְעוֹלָם סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה וּבְתִסְפֹּורֶת בֶּן אֶלְעָשָׂה וְלֹא לַמֶּרְחָץ לְכֻולָּא מִילְּתָא דְּמֶרְחָץ וְלֹא לְבֻורְסְקִי לְבֻורְסְקִי גְּדוֹלָה וְלֹא לֶאֱכוֹל בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה וְלֹא לָדוּן בִּתְחִלַּת דִּין. רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב יַעֲקֹב אָמַר לְעוֹלָם בְּתִסְפֹּורֶת דִּידַן וּלְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשָּׁבֵר הַזּוּג. וְלֹא לַמֶּרְחָץ לְהַזִּיעַ בְּעָלְמָא וּלְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לֹא שֶׁמָּא יִתְעַלְּפָה. וְלֹא לַבֻּורְסְקִי אֲפִילּוּ לְעַיּוֹנֵי בְּעָלְמָא וּלְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא דִּלְמָא חָזֵי פְּסֵידָא בִּזְבִינֵיהּ וּמִטְּרִיד. וְלֹא לֶאֱכוֹל בִּסְעוּדָה קְטַנָּה וּלְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לֹא גְּזֵירָה דִּלְמָא אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי. וְלֹא לָדוּן בִּגְמַר דִּין וּלְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא דִּלְמָא חָזוּ טַעְמֵי וְסָתְרִי דִּינָא. פָּסַק ר"ת דְּהִלְכְתָא כְּלִישָּׁנָא קַמָּא בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה אוֹ בִּתְחִלַּת דִּין אֵין מַתְחִילִין דְּהָכִי מַשְׁמַע לְקַמָּן דְּקָבָעֵי מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת דִּין אַלְמָא דְּבִתְחִלַּת דִּין אַיְירֵי. וְלָאו רְאָיָה הִיא דְּמָצֵינַן לְמֵימַר דִּמְפָרֵשׁ הַתְחָלַת דִּין מִשּׁוּם דְּהִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ הַתְחָלַת מֶרְחָץ וּבֻּורְסְקִי. מִיהוּ נִרְאֶה דְּהִלְכְתָא כְּלִישָּׁנָא קַמָּא מִשּׁוּם דִּסְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס קָאָמַר לָהּ דְּהַיְינוּ רַב אַשִּׁי דְּהוּא בָּתְרָאָה שֶׁסִּידֵּר הַשַּׁ"ס וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב וְעוֹד דְּהִלְכְתָא כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים. הִלְכָּךְ מֻותָּר לְהַתְחִיל בִּסְעוּדָה קְטַנָּה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה וְאִם הִתְחִילוּ בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה אֵין מַפְסִיקִין אֲפִילּוּ מִשֶּׁיַּגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה דְּלָא קי"ל כְּרִיבָּ"ל דְּאָמַר כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה אָסוּר לוֹ לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם עַד שֶׁיִּתְפַּלֵּל דִּבְפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח.) פְּסִיק דְּלָא כְּרִיבָּ"ל וא"ת כֵּיוָן דְּלָא פָּסְקִינַן כְּרִיבָּ"ל אִם כֵּן נוֹקְמָהּ לְמַתְנִיתִין בְּמִנְחָה קְטַנָּה אֲבָל בִּגְדוֹלָה יְהֵא מֻותָּר לְהַתְחִיל אֲפִילּוּ בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה. דְּלָא מוֹקְמִי מַתְנֵי' בְּמִנְחָה גְּדוֹלָה וּבִסְעוּדָה גְּדוֹלָה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא תִּקְשֵׁי לְרִיבָּ"ל וַאֲנַן לָא ס"ל כְּוָותֵיהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּנְהִי דְּלָא קי"ל כְּוָותֵיהּ בְּהָא דְּאָסוּר לִטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל אֶלָּא מֻותָּר לֶאֱכֹול פֵּירוֹת בְּהָא מִיהָא קי"ל כְּוָותֵיהּ שֶׁאִם הִתְחִיל לֶאֱכֹול סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה שֶׁמַּפְסִיק מִדְּלָא מְשַׁנֵּי לֹא קי"ל כְּרִיבָּ"ל וּסְעוּדָה גְּדוֹלָה הִיא סְעוּדַת נִישּׂוּאִין וּמִילָה וְיֵשׁוּעַ הַבֵּן וּסְעוּדָה קְטַנָּה הִיא סְעוּדַת כָּל אָדָם זוֹ הִיא שִׁיטַת ר"ת ור"י שֶׁמַּתִּיר לְהַתְחִיל בִּסְעוּדָה קְטַנָּה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה וְאִם הִתְחִיל בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה אֵין מַפְסִיקִין אֲפִילּוּ הִגִּיעַ זְמַן מִנְחָה קְטַנָּה. וּבִלְבַד שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁהוּת לְהִתְפַּלֵּל אַחַר שֶׁיִּגְמֹור סְעֻודָּתוֹ. וְאִם הִתְחִיל לֶאֱכֹול סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה יַפְסִיק כְּשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה. וְרַב אִלְפָּס פָּסַק כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא דְּאַפֵּי' סְעוּדָה קְטַנָּה אֲסוּרָה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה וְכֵן נִרְאֶה להר"ר יוֹנָה דְּשִׁינּוּיָא קַמָּא שִׁינּוּיָא דְחִיקָא הוּא דְּהָא דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר בִּסְתָם דָּחֵיק וּמוּקֵי בְּתִסְפֹּורֶת בֶּן אֶלְעָשָׂה וְלֹא לֶאֱכֹול סְתָם מוּקֵי בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה. וְשִׁינּוּיָא קַמָּא לָאו רַב אַשִּׁי הוּא דְּקָאָמַר לֵיהּ אֶלָּא כְּשֶׁנְּשָׂאוֹ וְנָתְנוּ בִּדְבַר בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה וְעָמְדוּ בְּקֻושְׁיָא וְהֻוצְרְכוּ לְתָרֵץ בְּדֹוחַק שֶׁלֹּא יָצְאוּ חֲלוּקִים מבהמ"ד עַד שֶׁמָּצָא רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב שִׁינּוּיָא רְוִיחָא וְעוֹד דְּקָאָמַר בַּגְּמָרָא אַמַּתְנִיתִין דִּבְמִנְחָה לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת וְאִי אַייְּרִי מַתְנִיתִין בִּסְעוּדַת כָּל אָדָם נִיחָא אֲבָל בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה שְׁכִיחָא וּשְׁכִיחָא. מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת תִּסְפֹּורֶת אָמַר רַבִּי אָבִין מִשֶּׁיַּנִּיחַ מַעְפֹּורֶת שֶׁל סְפָרִים עַל בִּרְכָּיו מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת מֶרְחָץ אָמַר רַבִּי אָבִין מִשֶּׁיַּעֲרֶה מַעֲפָורְתּוֹ מִמֶּנּוּ. מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת בֻּורְסְקִי אָמַר רַבִּי אָבִין מִשֶּׁיִּקְשֹׁור בֵּין כְּתֵפָיו. מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת אֲכִילָה רַב אָמַר מִשֶּׁיִּטֹּול יָדָיו רַבִּי חֲנִינָא אוֹמֵר מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ וְלָא פְּלִיגִי הָא לַן וְהָא לְהוּ:
GUEMARA. Qu'est-ce que « à l'approche de Minha » ? Si l'on dit : à l'approche de Minha guedola, pourquoi pas ? Il reste beaucoup de temps. C'est donc à l'approche de Minha ketana. Et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas : disons que ce sera une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : dès que l'heure de la prière de Minha est arrivée, il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié Minha. — En réalité, c'est à l'approche de Minha guedola, et il s'agit de la coupe de Ben Élassa ; ni au bain : pour tout le processus du bain ; ni à la tannerie : une grande tannerie ; ni pour manger : un grand repas ; ni pour juger : au début du jugement. Rav Aha fils de Rav Yaakov dit : en réalité il s'agit de notre coupe ordinaire ; pourquoi pas à priori ? Par décret, de peur que les ciseaux se cassent. Ni au bain : simplement pour transpirer ; pourquoi pas à priori ? De peur qu'il ait un malaise. Ni à la tannerie : même pour une simple inspection ; pourquoi pas à priori ? De peur qu'il voie une perte dans sa marchandise et en soit troublé. Ni pour manger : un petit repas ; pourquoi pas à priori ? Par décret, de peur qu'il le prolonge. Ni pour juger : à la fin du jugement ; pourquoi pas à priori ? De peur qu'ils voient un argument et cassent le jugement. Rabbeinou Tam a tranché que la halakha suit la première version : pour un grand repas ou au début du jugement, on ne commence pas. Il s'appuie sur ce qui ressort plus loin, où l'on demande : à partir de quand commence le jugement ? On en déduit qu'il s'agit du début du jugement. Mais ce n'est pas une preuve, car on peut dire que l'on précise le début du jugement à cause de « s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas », comme on précise le début du bain et de la tannerie. Il semble toutefois que la halakha suive la première version, parce que c'est la voix anonyme du Talmud qui l'énonce, c'est-à-dire Rav Achi, le dernier, qui a mis en ordre le Talmud, et la halakha le suit face à Rav Aha bar Yaakov ; de plus, la halakha suit l'avis indulgent dans les règles d'ordre rabbinique. Par conséquent, il est permis de commencer un petit repas à l'approche de Minha guedola ; et si l'on a commencé un grand repas, on n'interrompt pas, même une fois venue l'heure de Minha ketana, car nous ne suivons pas Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit : dès que l'heure de Minha est arrivée, il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié ; au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 28a), on tranche contre Rabbi Yehochoua ben Levi. On objectera : puisque nous ne tranchons pas selon Rabbi Yehochoua ben Levi, plaçons la michna à Minha ketana, et à Minha guedola il serait permis de commencer même un grand repas. On n'a placé la michna à Minha guedola et au grand repas que pour éviter une difficulté contre Rabbi Yehochoua ben Levi, et nous ne pensons pas comme lui ! On peut répondre : certes nous ne le suivons pas sur l'interdiction de goûter quoi que ce soit avant de prier, et il est permis de manger des fruits ; mais nous le suivons sur ce point : si l'on a commencé à manger à l'approche de Minha ketana, on interrompt. En effet, la guemara ne répond pas : nous ne suivons pas Rabbi Yehochoua ben Levi. Le grand repas est le repas de noces, de circoncision ou de yechoua haben ; le petit repas est le repas de tout un chacun. Telle est la position de Rabbeinou Tam et du Ri, qui permettent de commencer un petit repas à l'approche de Minha guedola ; et si l'on a commencé un grand repas, on n'interrompt pas, même une fois venue l'heure de Minha ketana, à condition d'avoir le temps de prier après avoir fini son repas. Et si l'on a commencé à manger à l'approche de Minha ketana, on interrompt quand arrive l'heure de la prière de Minha. Rav Alfas (le Rif) a tranché selon la dernière version : même un petit repas est interdit à l'approche de Minha guedola. C'est aussi l'avis de Rabbeinou Yona, pour qui la première réponse est forcée : la michna dit sans précision « ne s'assiéra pas devant le coiffeur », et on la force à parler de la coupe de Ben Élassa ; elle dit sans précision « ni pour manger », et on la place au grand repas. Cette première réponse n'est pas de Rav Achi : lorsque les membres de la yechiva débattaient de la question et butaient sur une difficulté, ils devaient répondre de façon forcée pour ne pas quitter la maison d'étude sur un désaccord, jusqu'à ce que Rav Aha bar Yaakov trouve une réponse plus large. De plus, la guemara dit de notre michna qu'à Minha l'ivresse n'est pas fréquente : si la michna parle du repas de tout un chacun, c'est cohérent, mais dans un grand repas l'ivresse est très fréquente. À partir de quand commence la coupe ? Rabbi Avin dit : quand on pose le tablier des coiffeurs sur ses genoux. À partir de quand commence le bain ? Rabbi Avin dit : quand on retire son manteau. À partir de quand commence la tannerie ? Rabbi Avin dit : quand on attache (le tablier) entre ses épaules. À partir de quand commence le repas ? Rav dit : quand on se lave les mains ; Rabbi Hanina dit : quand on desserre sa ceinture. Ils ne sont pas en désaccord : l'un vaut pour nous, l'autre pour eux.
💡 Explication

La guemara distingue deux temps de Minha, calqués sur le sacrifice tamid de l'après-midi : Minha guedola, dès 6 h 1/2 (heures proportionnelles), quand le soleil commence à décliner, et Minha ketana, à 9 h 1/2, heure habituelle du tamid.

Près de Minha guedola, il reste plus de cinq heures : interdire des activités courtes semble excessif. La guemara conclut donc provisoirement que la michna vise Minha ketana.

🖼️ Schéma
Minha guedola et Minha ketana dans la journée (heures proportionnelles) 0 (lever) 6 (midi) 12 (coucher) Temps de Minha dès 6 h 1/2 Minha guedola 6 h 1/2 Minha ketana 9 h 1/2 Rachi : le soleil commence à pencher vers l'ouest après 6 h 1/2 Question de la guemara : "sommes-nous près de" laquelle des deux ? Loin du soir à Minha guedola, il reste beaucoup de temps.
Position de Minha guedola et de Minha ketana dans une journée de douze heures proportionnelles.
3
אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין. נֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ זְמַן תְּפִלַּת הַמִּנְחָה, אָסוּר לְאָדָם שֶׁיִּטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה.

« S'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. » Disons que ce sera une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : dès que l'heure de la prière de Minha est arrivée, il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié la prière de Minha.

📜 Rachi (1)
אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין בִּתְמִיהַּ וְיַעֲבֹור הַזְּמַן לֵימָא תֶּהֱוֵי תְּיוּבְתָּא כו' דְּקָתָנֵי הָכָא יִגְמְרוּ סְעֻודָּתָם:
Question étonnée : et le temps passera ? Disons que ce sera une réfutation, etc., puisqu'il est enseigné ici qu'ils finissent leur repas.
🗂️ Tossefot (2)
אֵין מַפְסִיקִין וְדַוְקָא בִּדְאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם לְהִתְפַּלֵּל כִּדְמַשְׁמַע בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר בְּמִנְחָה לָא שְׁכִיחַ שִׁכְרוּת מַשְׁמַע דְּאֵין לוֹ לְהַפְסִיד תְּפִלַּת מִנְחָה וּבְסֻוכָּה (ג"' שָׁם) בְּהֶדְיָא מוּקֵי מַתְנֵי' בִּדְאִיכָּא שְׁהוּת דִּמְשַׁנֵּי אַמַּה שֶׁהֵבֵאתִי לְעֵיל הָא דְּאִיכָּא שְׁהוּת וְהָא דְּלֵיכָּא שְׁהוּת:
Et seulement lorsqu'il reste assez de temps dans la journée pour prier, comme il ressort de la guemara, qui dit : à Minha l'ivresse n'est pas fréquente ; on en déduit qu'il ne doit pas perdre la prière de Minha. Et dans Soucca (38a), on place explicitement la michna dans le cas où il reste du temps, puisqu'on y répond, sur ce que j'ai cité plus haut : ici il reste du temps, là il n'en reste pas.
לֵימָא תֶּהֱוֵי תְּיוּבְתָּא דְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מַשְׁמַע לֵיהּ דַּאֲפִילּוּ הִתְחִיל מַפְסִיק מִדְּאָמַר אָסוּר לִטְעֹום וא"ת לוֹקֵי מַתְנִיתִין בְּהִתְחִיל בְּהֶיתֵּר דְּאַשְׁכְּחַן גַּבֵּי הַבְדָּלָה (ע"פ דַּף ק'.) דְּקָאָמַר נָמֵי כִּי הַאי לִישָּׁנָא אָסוּר לְאָדָם לִטְעֹום כְּלוּם קֹודֶם שֶׁיַּבְדִּיל וְאַפֵּ"ה מַשְׁמַע אִם הִתְחִילוּ בְּהֶיתֵּר אֵין מַפְסִיקִין דְּקָאָמַר הָתָם הָכִי אָמַר רַב הַבְדָּלָה אֵינָהּ קוֹבַעַת וה"מ דְּקָבָעֵי וְאָכְלִי אֲבָל אַתְחוֹלֵי מֵעִיקָּרָא לָא מַתְחֲלִינַן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין מַשְׁמַע לֵיהּ אֲפִילּוּ הִתְחִילוּ בְּאִיסּוּר כִּדְפֵירֵשׁ בְּמָתְנֵי':
La guemara comprend que, selon lui, même celui qui a commencé interrompt, puisqu'il dit : il est interdit de goûter. On objectera : qu'on place la michna dans le cas où il a commencé de manière permise ! Nous trouvons en effet, à propos de la Havdala (Arvei Pessahim 100a), la même formule : il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir fait la Havdala ; et pourtant il en ressort que, s'ils ont commencé de manière permise, ils n'interrompent pas, car on y dit : ainsi a dit Rav, la Havdala n'interrompt pas (le repas) ; et cela vaut quand ils sont installés et mangent, mais on ne commence pas à priori. On peut répondre : « s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas » s'entend pour lui même s'ils ont commencé de manière interdite, comme il a été expliqué sur la michna.
💡 Explication

Si la michna vise Minha ketana, sa fin dit qu'un repas commencé à ce moment n'est pas interrompu, alors que Rabbi Yehochoua ben Levi interdit de goûter quoi que ce soit une fois l'heure venue. La guemara comprend que cet interdit implique d'interrompre un repas déjà commencé.

Tossefot explique pourquoi on ne distingue pas entre un repas commencé de manière permise et un repas commencé de manière interdite : la michna vise même le second cas, et elle contredit alors Rabbi Yehochoua ben Levi.

4
לֹא: לְעוֹלָם סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה — וּבְתִסְפֹּורֶת בֶּן אֶלְעָשָׂה. וְלֹא לַמֶּרְחָץ — לְכֻולָּהּ מִילְּתָא דְּמֶרְחָץ. וְלֹא לַבֻּורְסְקִי — לַבֻּורְסְקִי גְּדוֹלָה. וְלֹא לֶאֱכֹול — בִּסְעוּדָה גְּדוֹלָה. וְלֹא לְדִין — בִּתְחִלַּת דִּין.

Non : en réalité, à l'approche de Minha guedola, et il s'agit de la coupe de Ben Élassa. Ni au bain : pour l'ensemble du bain.

Ni à la tannerie : une grande tannerie. Ni pour manger : un grand repas.

Ni pour juger : au début du jugement.

📜 Rachi (3)
בֶּן אֶלְעָשָׂה חֲתָנוֹ שֶׁל רַבִּי הָיָה וּפִזֵּר מָעוֹת לִלְמֹוד תִּסְפֹּורֶת שֶׁל כ"ג [נִדְרִי' נא.] שֶׁהָיָה מְסַפֵּר כָּל רֹאשׁוֹ וְלֹא לְגַמְרֵי אֶלָּא מַנִּיחַ כָּל הַשְּׂעָרוֹת קְצָת כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה בְּצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה וְהַייְנוּ כָּסוֹם יִכְסְמוּ [אֶת רָאשֵׁיהֶם] (יְחֶזְקֵאל מ״ד:כ׳) וּמִימְּשִׁיךְ טוּבָא:
C'était le gendre de Rabbi (Yehouda haNassi), et il avait dépensé de l'argent pour apprendre la coupe du grand prêtre (Nedarim 51a) : on coupait toute la chevelure, mais pas entièrement ; on laissait chaque cheveu un peu, de sorte que la tête (l'extrémité) de l'un arrive à la racine de l'autre. C'est le sens de : « ils tailleront leur chevelure » (Ye'hezkel 44, 20). Cela prend beaucoup de temps.
לְכֻולָּא מִילְּתָא דְּמֶרְחָץ לְחוֹף רֹאשׁוֹ וּלְהִשְׁתַּטֵּף בְּחַמִּין וּבְצוֹנֵן וּלְהַזִּיעַ:
Se laver la tête, se rincer à l'eau chaude et à l'eau froide, et transpirer.
בֻּורְסְקִי גְּדוֹלָה עוֹרוֹת הַרְבֵּה וּבִתְחִלַּת תִּקּוּנָן:
Beaucoup de peaux, et au début de leur préparation.
🗂️ Tossefot (1)
בְּתִסְפֹּורֶת שֶׁל בֶּן אֶלְעָשָׂה כו' נִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא וְשָׁרִי סְעוּדָה קְטַנָּה בְּמִנְחָה גְּדוֹלָה עַד זְמַן תְּפִלָּה וְדַוְקָא סְעוּדָה גְּדוֹלָה כְּגוֹן סְעוּדַת אֵירוּסִין וְנִשּׂוּאִין וּסְעוּדַת מִילָה אָסוּר וּדְלָא כְּרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דְּאָסַר אֲפִילּוּ סְעוּדָה קְטַנָּה סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה דַּהֲלָכָה כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּסָתַם לָן הַשַּׁ"ס וְרַב אַשִּׁי שֶׁהוּא בָּתְרָאָה סִידֵּר אֶת הַשַּׁ"ס וְהִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ לְגַבֵּי רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב וְאַמַּאי דְּאָמַר לְקַמָּן מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת דִּין אֵין לְהוֹכִיחַ דְּמַתְנִיתִין אַייְרֵי בִּתְחִלַּת הַדִּין דְּלָא כְּרַב אֲחָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּקָאֵי אַאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וּמִיהוּ סָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה אָסוּר אֲפִילּוּ סְעוּדָה קְטַנָּה וְאִם הִתְחִילוּ מַפְסִיקִין ואע"ג דְּהַשַּׁ"ס אִי לָאו דָּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הֲוָה מוּקֵי לָהּ בִּסְעוּדָה קְטַנָּה וְסָמוּךְ לְמִנְחָה קְטַנָּה וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְלֹא קי"ל כְּר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת כח:) מ"מ כֵּיוָן דְּמַסִּיק סָתַם הַשַּׁ"ס הָכִי מַשְׁמַע דִּבְהָא דְּאִם הִתְחִילוּ מַפְסִיקִין קַיְימָא לַן כְּוָותֵיהּ וְדַוְקָא בְּהָא דְּאָמַר דְּאָסוּר לִטְעֹום אֲפִילּוּ פֵּירוֹת לָא קַיְימָא לַן כְּוָותֵיהּ:
Il semble que telle soit la halakha, et qu'un petit repas soit permis à Minha guedola jusqu'à l'heure de la prière ; seul un grand repas, comme un repas de fiançailles, de noces ou de circoncision, est interdit. Il en va autrement de Rav Aha bar Yaakov, qui interdit même un petit repas à l'approche de Minha guedola, car la halakha suit la première version, que le Talmud nous a donnée anonymement, et c'est Rav Achi, le dernier, qui a mis en ordre le Talmud ; la halakha le suit face à Rav Aha bar Yaakov. De ce qui est dit plus loin : à partir de quand commence le jugement ?, on ne peut pas prouver que la michna parle du début du jugement, contrairement à Rav Aha, car on peut dire que cela se rapporte à « s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ». Toutefois, à l'approche de Minha ketana, même un petit repas est interdit, et si l'on a commencé, on interrompt. Certes, sans Rabbi Yehochoua ben Levi, le Talmud aurait placé la michna au petit repas à l'approche de Minha ketana, avec « s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas », et nous ne suivons pas Rabbi Yehochoua ben Levi, comme il est dit au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 28b). Néanmoins, puisque la voix anonyme du Talmud conclut ainsi, on en déduit que sur ce point, « s'ils ont commencé, ils interrompent », nous le suivons ; c'est seulement sur ce qu'il dit, qu'il est interdit de goûter même des fruits, que nous ne le suivons pas.
💡 Explication

Pour sauver Rabbi Yehochoua ben Levi, la guemara replace la michna à Minha guedola. L'objection initiale (il reste beaucoup de temps) est levée en lisant chaque activité comme une activité longue par nature : la coupe élaborée de Ben Élassa, le bain complet, une grande tannerie, un grand repas (seouda guedola), le début d'un procès.

Rabbi Yehochoua ben Levi reste ainsi valable pour Minha ketana. Tossefot en tire la halakha : un petit repas est permis près de Minha guedola, mais près de Minha ketana on ne commence pas, et si l'on a commencé on interrompt.

5
רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: לְעוֹלָם בְּתִסְפֹּורֶת דִּידַן, לְכַתְּחִילָּה אַמַּאי לֹא יֵשֵׁב — גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשָּׁבֵר הַזּוּג. וְלֹא לַמֶּרְחָץ — לְהַזִּיעַ בְּעָלְמָא. לְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא — גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְעַלְּפָה. וְלֹא לַבֻּורְסְקִי — לְעַיּוֹנֵי בְּעָלְמָא. לְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא — דִּילְמָא חָזֵי פְּסֵידָא בִּזְבִינֵיהּ וּמִטְּרִיד. וְלֹא לֶאֱכֹול — בִּסְעוּדָה קְטַנָּה. לְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא — דִּילְמָא אָתֵי לְאַמְשׁוֹכֵי. וְלֹא לְדִין — בִּגְמַר הַדִּין. לְכַתְּחִלָּה אַמַּאי לָא — דִּילְמָא חָזֵי טַעְמָא וְסָתַר דִּינָא.

Rav Aha bar Yaakov dit : en réalité il s'agit de notre coupe ordinaire. Pourquoi ne s'assiéra-t-il pas à priori ?

Par décret, de peur que les ciseaux se cassent. Ni au bain : simplement pour transpirer.

Pourquoi pas à priori ? Par décret, de peur qu'il ait un malaise.

Ni à la tannerie : simplement pour inspecter. Pourquoi pas à priori ?

De peur qu'il voie une perte dans sa marchandise et en soit troublé. Ni pour manger : un petit repas.

Pourquoi pas à priori ? De peur qu'il en vienne à le prolonger.

Ni pour juger : à la fin du jugement. Pourquoi pas à priori ?

De peur qu'il voie un argument et casse le jugement.

📜 Rachi (7)
שֶׁמָּא יְשַׁבֵּר הַזּוּג שֶׁל מִסְפָּרַיִם וִיהֵא צָרִיךְ לְחַזֵּר אַחַר זוּג אַחֵר:
La paire (les deux lames) des ciseaux, et il faudrait chercher une autre paire.
לַמֶּרְחָץ נָמֵי לָא תֵּימָא לְכֻולָּא מִילְּתָא דְּמֶרְחָץ אֶלָּא לְהַזִּיעַ בְּעָלְמָא:
Au bain non plus, ne dis pas qu'il s'agit de tout le processus du bain, mais seulement de transpirer.
יִתְעַלְּפָה פשמי"ר בְּלַעַ"ז:
Pâsmer (se pâmer) en langue vernaculaire.
לְעַיּוֹנֵי בְּעָלְמָא שֶׁאֵין זֶה תְּחִלַּת עֲשִׂייָּתָהּ וְאַפֵּ"ה לְכַתְּחִלָּה לֹא יִכָּנֵס לָהּ סָמוּךְ לְמִנְחָה גְּדוֹלָה:
Ce n'est pas le début du travail ; et malgré cela, à priori, il n'y entrera pas à l'approche de Minha guedola.
דִּילְמָא חָזֵי פְּסֵידָא בִּזְבִינֵיהּ שֶׁמָּא נִתְקַלְקְלוּ בְּתוֹכָהּ הָעוֹרוֹת:
De peur que les peaux ne se soient abîmées à l'intérieur.
וּמִטְּרִיד יִצְטַעֵר וִיהֵא טָרוּד בְּצַעֲרוֹ וְלֹא יִתְפַּלֵּל:
Il s'affligera, sera occupé par son chagrin et ne priera pas.
וְסָתְרוּ דִּינָא יִסְתְּרוּ מַה שֶּׁפָּסְקוּ וְיַחְזְרוּ בָּהֶן וְחוֹזֵר לִהְיוֹת תְּחִלַּת הַדִּין:
Ils annuleront ce qu'ils ont tranché et reviendront sur leur décision, et ce sera de nouveau le début du jugement.
💡 Explication

Rav Aha bar Yaakov place aussi la michna à Minha guedola, mais il lit chaque activité dans sa forme courte et ordinaire. L'interdit est alors une guezera (décret préventif) : une activité brève peut devenir longue à cause d'un incident (ciseaux cassés, malaise, marchandise abîmée, repas prolongé, verdict annulé).

La conséquence pratique concerne le petit repas près de Minha guedola : interdit selon Rav Aha bar Yaakov (Rif, Rabbeinou Yona), permis selon la première lecture (Rabbeinou Tam, Ri, Roch).

6
מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת תִּסְפֹּורֶת? אָמַר רַב אָבִין: מִשֶּׁיַּנִּיחַ מַעְפֹּורֶת שֶׁל סַפָּרִין עַל בִּרְכָּיו. וּמֵאֵימָתַי הַתְחָלַת מֶרְחָץ? אָמַר רַב אָבִין: מִשֶּׁיַּעֲרֶה מֵעַפְרָתוֹ הֵימֶנּוּ. וּמֵאֵימָתַי הַתְחָלַת בֻּורְסְקִי? — מִשֶּׁיִּקְשֹׁור בֵּין כְּתֵיפָיו. וּמֵאֵימָתַי הַתְחָלַת אֲכִילָה? — רַב אָמַר: מִשֶּׁיִּטֹּול יָדָיו. וְרַבִּי חֲנִינָא אָמַר: מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ.

À partir de quand commence la coupe de cheveux ? Rav Avin dit : quand on pose le tablier des coiffeurs sur ses genoux.

Et à partir de quand commence le bain ? Rav Avin dit : quand on retire son manteau.

Et à partir de quand commence la tannerie ? Quand on attache (le tablier) entre ses épaules.

Et à partir de quand commence le repas ? Rav dit : quand on se lave les mains.

Et Rabbi Hanina dit : quand on desserre sa ceinture.

📜 Rachi (4)
מֵאֵימָתַי הַתְחָלַת תִּסְפֹּורֶת דְּנֵימָא שׁוּב אֵין מַפְסִיק כְּדִתְנַן אִם הִתְחִילוּ כו':
Pour que nous disions qu'il n'interrompt plus, comme nous avons appris : s'ils ont commencé, etc.
מַעֲפֹורֶת סוּדָר וְנוֹתְנוֹ עַל בִּרְכָּיו שֶׁלֹּא יִפֹּול הַשֵּׂעָר עַל בְּגָדָיו:
Une étoffe qu'on pose sur ses genoux pour que les cheveux ne tombent pas sur ses vêtements.
מִשֶּׁיַּעֲרֶה מֵעַפְרָתוֹ הֵימֶנּוּ סוּדָרוֹ הוּא רִאשׁוֹן לְהַפְשָׁטַת בְּגָדָיו:
C'est son manteau, le premier vêtement que l'on ôte.
מִשֶּׁיִּקְשֹׁור בֵּין כְּתֵפָיו אֶת בָּתֵּי זְרוֹעוֹתָיו שֶׁקּוֹרִין ברצייר"א:
Les manches (protectrices) de ses bras, qu'on appelle braccière (brassards) en langue vernaculaire.
💡 Explication

Puisque la michna dispense d'interrompre celui qui a commencé, il faut fixer le moment précis du commencement. Pour chaque activité, c'est le premier geste de préparation concret : le tablier du coiffeur, le premier vêtement ôté au bain, les protections du tanneur.

Pour le repas, Rav retient l'ablution des mains (netilat yadayim), Rabbi Hanina le fait de desserrer sa ceinture, geste antérieur.

🖼️ Schéma
À partir de quand l'activité est-elle commencée ? Coupe de cheveux Rav Avin : quand on pose le tablier du coiffeur sur les genoux Bain Rav Avin : quand on retire son manteau (premier vêtement ôté) Tannerie Quand on attache (le tablier) entre les épaules Repas Rav quand on se lave les mains usage d'Erets Israël Rabbi Hanina quand on desserre sa ceinture usage de Babylonie (ceinture serrée)
Le moment du commencement pour chaque activité, et la divergence sur le repas.
7
וְלָא פְּלִיגִי: הָא לָן, וְהָא לְהוּ.

Et ils ne sont pas en désaccord : l'un vaut pour nous, l'autre pour eux.

📜 Rachi (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ בְּנֵי בָּבֶל הָיוּ חוֹגְרִין אֶת עַצְמָן בְּחֹוזֶק וּכְשֶׁאוֹכְלִין צְרִיכִין לְהַתִּירָם וּבְנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לֹא הָיוּ נוֹהֲגִין כֵּן בְּהַתָּרַת חֲגוֹרָה קֹודֶם נְטִילַת יָדַיִם:
Les gens de Babylonie se ceignaient fortement et devaient desserrer leur ceinture pour manger ; les gens d'Erets Israël n'avaient pas cet usage de desserrer la ceinture avant l'ablution des mains.
🗂️ Tossefot (1)
הָא לָן וְהָא לָאו פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס בְּנֵי בָּבֶל הָיוּ חוֹגְרִים עַצְמָם בְּחֹוזֶק וכ"מ בְּסָמוּךְ מִדְּקָאָמַר הָנֵי חַבְרִין בַּבְלָאֵי לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת מִכִּי שְׁרָא הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְרַבִּי חֲנִינָא שֶׁהָיָה בא"י הָיָה אוֹמֵר לְתַלְמִידָיו שֶׁהָיוּ מִבָּבֶל וְרַב שֶׁהָיָה מִבָּבֶל אוֹמֵר לְתַלְמִידָיו שֶׁהָיוּ מא"י לְפִי שֶׁדַּרְכָּן הָיָה לְהִתְרַחֵק שֶׁלֹּא הָיוּ יְכוֹלִין לַעֲסֹוק כָּל כָּךְ בְּבֵיתָם וְקָשֶׁה דִּבְפֶרֶק כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מד.) בְּסוֹפוֹ קָאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר עַל הָאָרֶץ וְעַל פֵּירוֹתֶיהָ וְר' יוֹחָנָן אָמַר עַל הָאָרֶץ וְעַל הַפֵּירוֹת וְאָמַר הָתָם לָא פְּלִיגִי הָא לַן וְהָא לְהוּ מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן אַרַב חִסְדָּא אִינְהוּ אָכְלִי וַאֲנַן מְבָרְכִינַן וּמַאי פָּרֵיךְ לֵימָא רַב חִסְדָּא אוֹמֵר לְתַלְמִידָיו שֶׁהָיוּ מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְי"ל דְּקִים לֵיהּ שֶׁבְּאוֹתָהּ שָׁעָה לֹא הָיוּ לְפָנָיו תַּלְמִידִים מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
Rachi explique : les gens de Babylonie se ceignaient fortement ; c'est ce qui ressort aussi de la suite, où il est dit : ces savants babyloniens, selon qui tient la prière d'Arvit pour facultative, dès qu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine (d'interrompre). Rabbi Hanina, qui était en Erets Israël, le disait à ses élèves venus de Babylonie, et Rav, qui était de Babylonie, le disait à ses élèves venus d'Erets Israël, car ils avaient coutume de s'éloigner (pour étudier), n'ayant pas la possibilité de s'occuper autant (de l'étude) chez eux. Il y a une difficulté : à la fin du chapitre Keitsad mevarekhin (Berakhot 44a), Rav Hisda dit : « pour la terre et pour ses fruits », et Rabbi Yo'hanan dit : « pour la terre et pour les fruits » ; et on y dit : ils ne sont pas en désaccord, l'un vaut pour nous, l'autre pour eux. Rav Nahman objecte à Rav Hisda : eux mangent et nous bénissons ? Quelle est cette objection ? Qu'on dise que Rav Hisda le disait à ses élèves venus d'Erets Israël ! On peut répondre qu'il était établi qu'à ce moment-là il n'avait pas devant lui d'élèves d'Erets Israël.
💡 Explication

La guemara concilie Rav et Rabbi Hanina par une différence d'usage (minhag) : en Babylonie on portait la ceinture serrée et on la desserrait pour manger, geste qui marque déjà le début du repas ; en Erets Israël ce geste n'existait pas, et le repas commence avec l'ablution des mains.

Tossefot s'étonne de l'attribution : Rabbi Hanina vivait en Erets Israël et Rav en Babylonie. Il répond que chacun enseignait à des élèves venus de l'autre pays.

8
אָמַר אַבַּיֵּי: הָנֵי חַבְרִין בַּבְלָאֵי, לְמַאן דְּאָמַר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת, כֵּיוָן דִּשְׁרָא לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ, וּלְמַאן דְּאָמַר חוֹבָה מַטְרְחִינַן לֵיהּ?! וְהָא תְּפִלַּת מִנְחָה דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא חוֹבָה הִיא, וּתְנַן אִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין. וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ!

Abaye dit : ces savants babyloniens, selon celui qui dit que la prière d'Arvit est facultative (rechout), dès qu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine (d'interrompre). Et selon celui qui dit qu'elle est obligatoire (hova), on la lui impose ?

Pourtant la prière de Minha, qui est obligatoire pour tout le monde, nous avons appris : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; et Rabbi Hanina a dit : (le commencement, c'est) quand on desserre sa ceinture !

📜 Rachi (3)
לְמַאן דְּאָמַר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף כז:) מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּנֶגֶד הֶקְטֵר חֲלָבִים וְאֵימוּרִים שֶׁאֵין מְעַכְּבִין כַּפָּרָתָן:
Au traité Berakhot (27b), parce qu'elle correspond à la combustion des graisses et des parties offertes, qui n'empêchent pas l'expiation.
לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ לְהַפְסִיק אֶלָּא יִגְמֹור וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל:
D'interrompre ; il finit, puis il prie.
וּלְמַאן דְּאָמַר חוֹבָה כו' בִּתְמִיהַּ:
Question étonnée.
🗂️ Tossefot (1)
לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ וא"ת תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם ק"ש וְי"ל כְּגוֹן שֶׁקָּרָא ק"ש וְנִרְאֶה לר"י אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת אֵין לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שׁוּם צֹורֶךְ כְּמוֹ בִּשְׂרָא הֶמְיָינֵיהּ דְּהָכָא אוֹ אִם יֵשׁ שׁוּם מִצְוָה שֶׁאֵינָהּ עוֹבֶרֶת יַעֲשֶׂה הַמִּצְוָה וְלֹא יִתְפַּלֵּל אע"פ שֶׁהַמִּצְוָה אֵינָהּ עוֹבֶרֶת אֲבָל בְּחִנָּם אֵין לְבַטָּלָה תֵּדַע שֶׁהֲרֵי יַעֲקֹב תַּקָּנָה וְלָמָּה יֵשׁ לְבַטְּלָהּ בְּחִנָּם וְעוֹד דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (שָׁם כִּי: וְשָׁם) שֶׁהִיא כְּנֶגֶד הַקְטָרַת אֵבָרִים שֶׁהִיא כָּל הַלַּיְלָה דְּלָא מְעַכְּבִי כַּפָּרָה אֶלָּא מִצְוָה ה"נ תְּפִלַּת עַרְבִית מִצְוָה וְאֵין לְהַאֲרִיךְ:
On objectera : qu'il interrompe à cause de la lecture du Chema ! On peut répondre : il s'agit du cas où il a déjà lu le Chema. Et il semble au Ri que, même selon celui qui dit que la prière d'Arvit est facultative, on ne doit pas la supprimer sans raison, mais seulement pour un besoin, comme ici lorsqu'il a desserré sa ceinture ; ou bien, s'il y a une mitsva, même non pressante, il fera la mitsva et ne priera pas. Mais sans raison, on ne doit pas la supprimer. La preuve : Yaakov l'a instituée, pourquoi la supprimer sans raison ? De plus, nous disons au chapitre Tefilat hachahar (Berakhot 26b) qu'elle correspond à la combustion des membres, qui dure toute la nuit et n'empêche pas l'expiation, mais reste une mitsva ; de même la prière d'Arvit est une mitsva. Il n'y a pas lieu de s'étendre.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר זְעֵירִי הָנֵי חַבְרִין בַּבְלָאֵי לָמֶ"ד תְּפִלַּת עַרְבִית רְשׁוּת מִכִּי שְׁרָא הֶמְיָינֵיהּ לָא מַטְרְחִינַן לֵיהּ. מִכָּאן נִרְאֶה שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱזֹור חֲלָצָיו כְּשֶׁמִּתְפַּלֵּל וּבְמַחֲזוֹר וִיטְרִי כָּתוּב שא"צ דְּהָא שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱזֹור חֲלָצָיו הַייְנוּ מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יְהֵא לִבּוֹ רוֹאֶה אֶת הָעֶרְוָה וַאֲנַן אִית לָן אַבְנֵט וּמִכְנָסַיִם וְלָהֶם לֹא הָיָה מִכְנָסַיִם כִּי אִם כִּיס א' לְמִדַּת הָאֵבֶר וּמִיהוּ מִצְוָה לֶאֱזֹור מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. וְלָמֶ"ד חוֹבָה מַטְרְחִינַן לֵיהּ וְהָא תְּפִלַּת הַמִּנְחָה חוֹבָה הִיא וּתְנַן אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ הָתָם לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת הָכָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת. אִי נָמֵי בְּמִנְחָה כֵּיוָן דִּקְבִיעַ לֵיהּ זִימְנָא מִירְתַת וְלָא אָתֵי לְמִיפְשַׁע עַרְבִית כֵּיוָן דְּכֻולֵּי לֵילְיָא זְמַן תְּפִלָּה לָא מִירְתַת וְאָתֵי לְמִיפְשַׁע וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא בִּתְפִלַּת עַרְבִית מִנְהַג חוֹבָה ואע"פ דִּשְׁרָא לֵיהּ הֶמְיָינֵיהּ מַטְרְחִינַן לֵיהּ. רַבָּה בַּר רַב הוּנָא רָמֵי פֻּוזְמָקֵי וּמְצַלֵּי אָמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. רָבָא שָׁדֵי גְּלִימֵיהּ וּפָכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר כְּעַבְדָּא קַמֵּי מָרֵיהּ. אָמַר רַב אָשֵׁי חֲזֵינָא לְרַב כָּהֲנָא כִּי אִיכָּא רִיתְחָא בְּעָלְמָא פָּכַר יְדֵיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר כְּעַבְדָּא קַמֵּי מָרֵיהּ. וְכִי אִיכָּא שְׁלָמָא מְצַיֵּין נַפְשֵׁיהּ וּמְצַלֵּי אָמַר הִכּוֹן לִקְרַאת אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל. רָבָא חַזְיֵיהּ לְרַב הַמְנוּנָא דַּהֲוָה קָא מַאֲרִיךְ בְּצִלּוּתֵיהּ אָמַר מַנִּיחִין חַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי עוֹלָם הַזֶּה. וְאִיהוּ סָבַר זְמַן תְּפִלָּה לְחוּד זְמַן תּוֹרָה לְחוּד. רַבִּי יִרְמְיָה הֲוָה יָתֵיב קַמֵּיהּ דְּר' זֵירָא וַהֲוָה גָּרֵיס מְטָא זְמַן צַלּוֹיֵי וְקָמְסַרְהָב קָרֵי עֲלֵיהּ רַבִּי זֵירָא מֵסִיר אָזְנוֹ מִשְּׁמֹועַ תּוֹרָה גַּם תְּפִלָּתוֹ תּוֹעֵבָה וְדַוְקָא מִי שֶׁתּוֹרָתוֹ אֻומָּנוּתוֹ כִּדְבָעֵינַן לְמֵימַר לְקַמָּן סִימָן כו:
Zeiri dit : ces savants babyloniens, selon celui qui dit que la prière d'Arvit est facultative, dès qu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine (d'interrompre). On en déduit qu'il faut se ceindre les reins pour prier. Mais le Mahzor Vitry écrit que ce n'est pas nécessaire : l'obligation de se ceindre les reins vient de ce que le cœur ne doit pas voir la nudité ; or nous portons une ceinture et des pantalons, tandis qu'eux n'avaient pas de pantalons, seulement une poche à la mesure du membre. Toutefois, c'est une mitsva de se ceindre, car il est dit : « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël » (Amos 4, 12). Et selon celui qui dit qu'elle est obligatoire, on lui impose la peine ? Pourtant la prière de Minha est obligatoire, et nous avons appris : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas, et Rabbi Hanina a dit : quand on desserre sa ceinture ! Là, l'ivresse n'est pas fréquente ; ici, l'ivresse est fréquente. Ou encore : à Minha, puisque son heure est fixée, on la craint et on n'en vient pas à la négliger ; pour Arvit, puisque toute la nuit est le temps de la prière, on ne la craint pas et on en vient à la négliger. Et aujourd'hui, l'usage général est de traiter la prière d'Arvit comme une obligation, et même s'il a desserré sa ceinture, on lui impose la peine (d'interrompre). Rabba bar Rav Houna mettait des chaussettes et priait ; il disait : « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël ». Rava ôtait son manteau, joignait les mains et priait ; il disait : comme un serviteur devant son maître. Rav Achi dit : j'ai vu Rav Kahana, quand il y avait de la colère (divine) dans le monde, joindre les mains et prier, en disant : comme un serviteur devant son maître ; et quand il y avait la paix, se parer et prier, en disant : « Prépare-toi à la rencontre de ton D.ieu, Israël ». Rava vit Rav Hamnouna prolonger sa prière et dit : on délaisse la vie du monde futur (l'étude de la Tora) et on s'occupe de la vie de ce monde (la prière, qui porte sur les besoins). Lui pensait : le temps de la prière est une chose, le temps de la Tora en est une autre. Rabbi Yirmeya était assis devant Rabbi Zeira et étudiait ; l'heure de prier arriva, et il tardait. Rabbi Zeira lui appliqua : « Celui qui détourne son oreille pour ne pas écouter la Tora, même sa prière est une abomination » (Michle 28, 9). Cela ne vaut que pour celui dont la Tora est le métier, comme nous le dirons plus loin, siman 26.
💡 Explication

Abaye (le Roch lit Zeiri) énonce une règle sur Arvit : selon l'avis qui la tient pour rechout (facultative), celui qui a desserré sa ceinture n'interrompt pas son repas. La guemara en déduit qu'il l'interromprait selon l'avis qui la tient pour hova (obligatoire), et s'étonne : Minha est obligatoire pour tous, et pourtant on n'interrompt pas un repas commencé.

La réponse figure au folio suivant (10a) ; le Roch la cite : l'ivresse est plus fréquente le soir, et l'heure fixe de Minha la protège de la négligence, alors qu'Arvit, qui s'étend sur toute la nuit, risque d'être oubliée.

🖼️ Schéma
L'énoncé d'Abaye et la question de la guemara Abaye : pour qui tient Arvit facultative, un savant babylonien qui a desserré sa ceinture n'est pas obligé d'interrompre son repas. Déduction : pour qui tient Arvit obligatoire, on l'oblige à s'interrompre ? Objection Minha est obligatoire pour tous, et pourtant la michna dit : si l'on a commencé, on n'interrompt pas ; et le début, selon Rabbi Hanina, c'est desserrer sa ceinture. Réponse (Roch, suite au folio 10a) : à Minha l'ivresse est rare ; ou bien son heure fixe inspire la crainte.
Raisonnement de la guemara sur l'énoncé d'Abaye.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).