Sougya : Le folio ouvre le premier perek sur une michna qui interdit, à l'approche de Minha, cinq activités susceptibles de se prolonger : la coupe de cheveux, le bain, la tannerie, le repas et le jugement. Si on les a commencées, on ne les interrompt pas, sauf pour le Chema.
La guemara demande de quelle Minha il s'agit : si c'est Minha ketana, la fin de la michna contredit Rabbi Yehochoua ben Levi, qui interdit de goûter quoi que ce soit une fois venue l'heure de Minha. Deux lectures placent donc la michna à Minha guedola : l'anonyme parle d'activités longues (coupe de Ben Elassa, grand repas), Rav Aha bar Yaakov d'activités ordinaires frappées d'un décret préventif.
Rav Avin définit ensuite le début de chaque activité, et Rav et Rabbi Hanina divergent sur le début du repas, divergence que la guemara rattache aux usages de Babylonie et d'Erets Israël.
MICHNA. Un homme ne s'assiéra pas devant le coiffeur à l'approche de Minha avant d'avoir prié.
Un homme n'entrera ni au bain, ni à la tannerie, ni pour manger, ni pour juger. Et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas.
On interrompt pour lire le Chema, et on n'interrompt pas pour la prière.
La michna ouvre le traité sur l'ordre chronologique du vendredi, mais sa première règle vaut pour tous les jours, comme le note Rachi : on n'entreprend pas, à l'approche de Minha, une activité qui risque de se prolonger au-delà du temps de la prière.
Deux niveaux sont distingués. Lekhatehila (à priori), on ne commence pas. Bediavad (si l'on a déjà commencé), on n'interrompt pas pour la Amida, qui est derabbanan, mais on interrompt pour le Chema, qui est toraique. Tossefot et le Roch précisent que la tolérance ne vaut que s'il reste le temps de prier après, et qu'elle s'applique même à celui qui a commencé de manière interdite.
GUEMARA. De quel « à l'approche de Minha » s'agit-il ?
Si l'on dit : à l'approche de Minha guedola (la grande Minha), pourquoi pas ? Il reste encore beaucoup de temps dans la journée !
C'est donc à l'approche de Minha ketana (la petite Minha).
La guemara distingue deux temps de Minha, calqués sur le sacrifice tamid de l'après-midi : Minha guedola, dès 6 h 1/2 (heures proportionnelles), quand le soleil commence à décliner, et Minha ketana, à 9 h 1/2, heure habituelle du tamid.
Près de Minha guedola, il reste plus de cinq heures : interdire des activités courtes semble excessif. La guemara conclut donc provisoirement que la michna vise Minha ketana.
« S'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. » Disons que ce sera une réfutation de Rabbi Yehochoua ben Levi, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : dès que l'heure de la prière de Minha est arrivée, il est interdit à l'homme de goûter quoi que ce soit avant d'avoir prié la prière de Minha.
Si la michna vise Minha ketana, sa fin dit qu'un repas commencé à ce moment n'est pas interrompu, alors que Rabbi Yehochoua ben Levi interdit de goûter quoi que ce soit une fois l'heure venue. La guemara comprend que cet interdit implique d'interrompre un repas déjà commencé.
Tossefot explique pourquoi on ne distingue pas entre un repas commencé de manière permise et un repas commencé de manière interdite : la michna vise même le second cas, et elle contredit alors Rabbi Yehochoua ben Levi.
Non : en réalité, à l'approche de Minha guedola, et il s'agit de la coupe de Ben Élassa. Ni au bain : pour l'ensemble du bain.
Ni à la tannerie : une grande tannerie. Ni pour manger : un grand repas.
Ni pour juger : au début du jugement.
Pour sauver Rabbi Yehochoua ben Levi, la guemara replace la michna à Minha guedola. L'objection initiale (il reste beaucoup de temps) est levée en lisant chaque activité comme une activité longue par nature : la coupe élaborée de Ben Élassa, le bain complet, une grande tannerie, un grand repas (seouda guedola), le début d'un procès.
Rabbi Yehochoua ben Levi reste ainsi valable pour Minha ketana. Tossefot en tire la halakha : un petit repas est permis près de Minha guedola, mais près de Minha ketana on ne commence pas, et si l'on a commencé on interrompt.
Rav Aha bar Yaakov dit : en réalité il s'agit de notre coupe ordinaire. Pourquoi ne s'assiéra-t-il pas à priori ?
Par décret, de peur que les ciseaux se cassent. Ni au bain : simplement pour transpirer.
Pourquoi pas à priori ? Par décret, de peur qu'il ait un malaise.
Ni à la tannerie : simplement pour inspecter. Pourquoi pas à priori ?
De peur qu'il voie une perte dans sa marchandise et en soit troublé. Ni pour manger : un petit repas.
Pourquoi pas à priori ? De peur qu'il en vienne à le prolonger.
Ni pour juger : à la fin du jugement. Pourquoi pas à priori ?
De peur qu'il voie un argument et casse le jugement.
Rav Aha bar Yaakov place aussi la michna à Minha guedola, mais il lit chaque activité dans sa forme courte et ordinaire. L'interdit est alors une guezera (décret préventif) : une activité brève peut devenir longue à cause d'un incident (ciseaux cassés, malaise, marchandise abîmée, repas prolongé, verdict annulé).
La conséquence pratique concerne le petit repas près de Minha guedola : interdit selon Rav Aha bar Yaakov (Rif, Rabbeinou Yona), permis selon la première lecture (Rabbeinou Tam, Ri, Roch).
À partir de quand commence la coupe de cheveux ? Rav Avin dit : quand on pose le tablier des coiffeurs sur ses genoux.
Et à partir de quand commence le bain ? Rav Avin dit : quand on retire son manteau.
Et à partir de quand commence la tannerie ? Quand on attache (le tablier) entre ses épaules.
Et à partir de quand commence le repas ? Rav dit : quand on se lave les mains.
Et Rabbi Hanina dit : quand on desserre sa ceinture.
Puisque la michna dispense d'interrompre celui qui a commencé, il faut fixer le moment précis du commencement. Pour chaque activité, c'est le premier geste de préparation concret : le tablier du coiffeur, le premier vêtement ôté au bain, les protections du tanneur.
Pour le repas, Rav retient l'ablution des mains (netilat yadayim), Rabbi Hanina le fait de desserrer sa ceinture, geste antérieur.
Et ils ne sont pas en désaccord : l'un vaut pour nous, l'autre pour eux.
La guemara concilie Rav et Rabbi Hanina par une différence d'usage (minhag) : en Babylonie on portait la ceinture serrée et on la desserrait pour manger, geste qui marque déjà le début du repas ; en Erets Israël ce geste n'existait pas, et le repas commence avec l'ablution des mains.
Tossefot s'étonne de l'attribution : Rabbi Hanina vivait en Erets Israël et Rav en Babylonie. Il répond que chacun enseignait à des élèves venus de l'autre pays.
Abaye dit : ces savants babyloniens, selon celui qui dit que la prière d'Arvit est facultative (rechout), dès qu'il a desserré sa ceinture, on ne lui impose pas la peine (d'interrompre). Et selon celui qui dit qu'elle est obligatoire (hova), on la lui impose ?
Pourtant la prière de Minha, qui est obligatoire pour tout le monde, nous avons appris : s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas ; et Rabbi Hanina a dit : (le commencement, c'est) quand on desserre sa ceinture !
Abaye (le Roch lit Zeiri) énonce une règle sur Arvit : selon l'avis qui la tient pour rechout (facultative), celui qui a desserré sa ceinture n'interrompt pas son repas. La guemara en déduit qu'il l'interromprait selon l'avis qui la tient pour hova (obligatoire), et s'étonne : Minha est obligatoire pour tous, et pourtant on n'interrompt pas un repas commencé.
La réponse figure au folio suivant (10a) ; le Roch la cite : l'ivresse est plus fréquente le soir, et l'heure fixe de Minha la protège de la négligence, alors qu'Arvit, qui s'étend sur toute la nuit, risque d'être oubliée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).