Sougya : Le daf poursuit le commentaire de "et tu l'honoreras" : le changement de vêtements est tiré de la Torah (le Cohen change d'habits pour sortir la cendre). Rabbi Yo'hanan énonce une série de règles sur la tenue du talmid 'hakham : chaussures rapiécées, taches (revav ou revad), et Isaie qui marchait "nu et déchaussé".
La Guemara cite ensuite la Michna de Mikvaot sur la tache qui fait hatsitsa (séparation) lors de l'immersion : sur la selle, sur un vêtement d'un côté ou des deux, et la distinction de Rabbi Yossi entre les "banna'in" et l'ignorant. Rabbi Yo'hanan définit à cette occasion qui est un talmid 'hakham (objet perdu rendu sur reconnaissance visuelle, travail fait par les gens de sa ville, nomination comme parnas).
Enfin, retour à la Michna : Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva divergent sur le jour où l'on peut brûler les graisses du Chabbat (Yom Kippour ou Yom Tov suivant), en lien avec les vœux et offrandes volontaires à Yom Tov.
D'où (apprend-on) le changement de vêtements (comme marque d'honneur) à partir de la Torah ? Car il est dit : "Il enlèvera ses vêtements et revêtira d'autres vêtements" (Lévitique 6, 4).
Et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : la Torah t'a enseigné le savoir-vivre (derekh erets) : les vêtements dans lesquels il a fait cuire un plat pour son maître, qu'il ne serve pas avec eux une coupe (de vin) à son maître.
Suite du commentaire de Isaie 58, 13 (113a) : l'honneur du Chabbat passe par le vêtement. La Guemara cherche une source dans la Torah elle-même : le Cohen qui sort la cendre de l'autel (terumat ha-dechen) change d'habits.
Selon Rachi, il met des habits de moindre valeur pour une tâche salissante, afin de garder les beaux habits pour le service principal. L'école de Rabbi Yichmael en tire une règle de derekh erets (savoir-vivre) : on ne sert pas son maître dans les habits de cuisine. Par extension, on honore le Chabbat par des habits distincts.
Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est une honte pour un talmid 'hakham de sortir au marché avec des chaussures rapiécées. Mais Rabbi Aha bar Hanina sortait (ainsi) !
Rabbi Aha, fils de Rav Nahman, a dit : (il s'agit d'une) pièce sur une pièce.
Le talmid 'hakham représente la Torah en public ; sa tenue rejaillit sur elle. Une pièce simple est admise ; la honte vise la pièce posée sur une pièce, signe de négligence visible.
Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout talmid 'hakham sur le vêtement duquel on trouve une tache de graisse (revav) mérite la mort, car il est dit : "Tous ceux qui me haïssent aiment la mort" (Proverbes 8, 36) ; ne lis pas "ceux qui me haïssent" (mesanai) mais "ceux qui me font haïr" (masniai). Ravina a dit : c'est "revad" qui a été dit.
Et ils ne sont pas en désaccord : ceci concerne le manteau (glima), cela concerne le vêtement de dessous (levoucha).
La formule "mérite la mort" souligne la gravité : un savant sale donne une mauvaise image de la Torah. Le drach joue sur mesanai (ceux qui me haïssent) et masniai (ceux qui me font haïr).
Ravina lit revad au lieu de revav. Rachi explique revad comme une tache de semence ; d'autres (Rabbeinou Hananel) comme une tache de sang. La Guemara concilie : sur le glima (vêtement de dessus, visible), même une tache de graisse est une honte ; sur le levoucha (vêtement de dessous), seule la tache de revad l'est.
Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit : "Comme mon serviteur Isaie a marché nu et déchaussé" (Isaie 20, 3) ? "Nu" : avec des vêtements usés ; "et déchaussé" : avec des chaussures rapiécées.
Rabbi Yo'hanan ne lit pas le verset à la lettre : le prophète portait des habits usés et des chaussures rapiécées. Le lien avec le segment 1 est direct : pour un homme de son rang, c'était un signe d'humiliation, utilisé ici comme signe prophétique.
Nous avons appris là-bas (Michna Mikvaot) : une tache de graisse sur la selle (mardaat) fait séparation (hotsets). Rabban Chimon ben Gamliel dit : (seulement) à partir de la taille d'un issar italien.
Et sur les vêtements : d'un seul côté, elle ne fait pas séparation ; des deux côtés, elle fait séparation. Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yichmael : même d'un seul côté, elle fait séparation.
Un objet impur s'immerge au mikve ; tout corps étranger qui empêche l'eau de le toucher constitue une hatsitsa (séparation) et invalide l'immersion. Le critère, selon Rachi : ce à quoi le propriétaire tient (makpid), c'est-à-dire ce qu'il voudrait enlever.
La Guemara cite cette Michna pour la suite : le degré d'exigence de chacun sur ses vêtements détermine si la tache compte.
Rabbi Chimon ben Lakich demanda à Rabbi Hanina : la selle, (fait-elle séparation avec une tache) d'un seul côté ou des deux côtés ? Il lui répondit : cela, je ne l'ai pas entendu ; un cas semblable, je l'ai entendu.
Car nous avons appris : Rabbi Yossi dit : celui des banna'in, d'un seul côté ; celui de l'ignorant (bor), des deux côtés. Et la selle ne sera pas plus importante que le vêtement d'un am ha-arets.
La réponse de Rabbi Hanina procède par comparaison : si pour l'am ha-arets, peu exigeant, il faut une tache des deux côtés, à plus forte raison pour une selle d'âne, dont personne ne se soucie.
Que sont les "banna'in" ? Rabbi Yo'hanan a dit : ce sont les talmidei hakhamim, qui s'occupent de la construction (binyan) du monde tous leurs jours.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham à qui l'on rend un objet perdu sur reconnaissance visuelle (teviat ayin) ? C'est celui qui tient à retourner son chalouk (vêtement de dessous).
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham qu'on nomme parnas (dirigeant) sur la communauté ? C'est celui à qui l'on demande une chose de halakha en tout endroit et qui la dit, même dans le traité Kalla.
Rabbi Yo'hanan lit banna'in comme "bâtisseurs" : les talmidei hakhamim. Il enchaîne trois définitions du talmid 'hakham, chacune avec une conséquence pratique.
Teviat ayin : normalement, on ne rend un objet perdu qu'à qui en donne un signe distinctif (siman). Au talmid 'hakham, on le rend s'il dit simplement le reconnaître, car on le présume véridique. Le signe qui le distingue est son soin : il remet à l'endroit son chalouk, pour cacher les coutures.
Pour la nomination comme parnas, il doit pouvoir répondre partout, même sur le traité Kalla. Rachi et Tossefot discutent : traité peu étudié (donc marque de compétence), ou selon Rabbeinou Yitshak les sessions publiques de la kalla, que tous étudient.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham pour qui les gens de sa ville ont l'obligation de faire son travail ? C'est celui qui laisse ses propres affaires et s'occupe des affaires du Ciel.
Et cela ne vaut que pour se donner de la peine pour son pain. Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham ?
Quiconque on interroge sur une halakha en tout endroit, et il la dit. Quelle en est la conséquence pratique ?
Pour le nommer parnas sur la communauté. Si (il connaît) une seule massekhet, (on le nomme) dans sa localité ; si (il connaît) tout son apprentissage, (on le nomme) à la tête de la yechiva (rech metivta).
Rachi renvoie à Yoma 72b : l'arche, symbole du talmid 'hakham, est faite tantôt par Moche ("tu te feras"), tantôt par le peuple ("ils feront") ; de là, la communauté doit prendre en charge le travail du savant. La Guemara limite cette obligation à son pain, c'est-à-dire à sa subsistance.
La règle graduée : maîtrise d'une massekhet -> parnas local ; maîtrise étendue -> rech metivta.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : (les banna'in de la Michna,) ce sont les vêtements des ouleirin (préposés aux bains) qui viennent d'outre-mer. Cela veut-il dire qu'ils sont blancs ?
Mais Rabbi Yannai a dit à ses fils : mes fils, ne m'enterrez ni dans des vêtements blancs ni dans des vêtements noirs. Blancs : peut-être ne serai-je pas jugé méritant, et je serai comme un fiancé parmi des endeuillés.
Noirs : peut-être serai-je jugé méritant, et je serai comme un endeuillé parmi des fiancés. Mais (enterrez-moi) dans les vêtements des ouleirin qui viennent d'outre-mer.
Il en ressort qu'ils sont rouges ! Ce n'est pas difficile : ceci concerne les manteaux (glimei), cela les vêtements de dessous (levouchei).
Reich Lakich propose une autre lecture de banna'in : les ouleirin, préposés aux bains (de bei bani, maison de bain). Leur exigence sur les taches suppose des linges blancs. Or Rabbi Yannai demande à être enterré dans leurs habits comme un choix intermédiaire entre le blanc (fête) et le noir (deuil) : ils seraient donc rouges.
Réponse : leurs glimei (vêtements de dessus) sont rouges, leurs levouchei (linges de dessous) sont blancs.
Rabbi Yichmael dit : on plie, etc. Les Sages ont enseigné : "L'holocauste du Chabbat en son Chabbat" (Nombres 28, 10) enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes à Yom Kippour.
On pourrait penser que même celles de Yom Kippour (sont offertes) le Chabbat : le verset dit "en son Chabbat". Ce sont les paroles de Rabbi Yichmael.
Retour à la Michna (113a) : Rabbi Yichmael permet de plier les vêtements de Yom Kippour pour le Chabbat, et de brûler à Yom Kippour les graisses (helavim) des sacrifices du Chabbat. Les graisses et membres doivent en principe brûler la nuit même ; on peut cependant les brûler le jour suivant s'il est aussi saint.
Le verset olat chabbat be-chabbato est lu en deux temps : "olat chabbat be-chabbat" (en un autre Chabbat : Yom Kippour, appelé chabbat chabbaton) inclut ; le vav possessif ("son" Chabbat) exclut l'inverse. Tossefot note que le cas de deux jours saints consécutifs suppose un calendrier fixe particulier (opinion des Aherim).
Rabbi Akiva dit : "L'holocauste du Chabbat en son Chabbat" enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes à Yom Tov. On pourrait penser que même à Yom Kippour : le verset dit "en son Chabbat".
Rabbi Akiva applique l'inclusion à Yom Tov et l'exclusion à Yom Kippour. Pour lui, les graisses du Chabbat ne peuvent pas être brûlées à Yom Kippour qui suit.
Il ressort (de l'analyse) : selon Rabbi Yichmael, les vœux et offrandes volontaires (nedarim et nedavot) sont offerts à Yom Tov, et si le verset est nécessaire, c'est pour Yom Kippour. Selon Rabbi Akiva, les vœux et offrandes volontaires ne sont pas offerts à Yom Tov, et si le verset est nécessaire, c'est pour permettre (les graisses) à Yom Tov.
Rabbi Zeira a dit :
La Guemara explique pourquoi chacun applique le verset à un jour différent. Pour Rabbi Yichmael, les nedarim et nedavot (sacrifices qui peuvent attendre) s'offrent déjà à Yom Tov ; par kal va-homer, les graisses du Chabbat aussi. Le verset sert donc à inclure Yom Kippour.
Pour Rabbi Akiva, les nedarim et nedavot ne s'offrent pas à Yom Tov : sans verset, on interdirait aussi les graisses. Le verset sert à les permettre à Yom Tov, et Yom Kippour reste exclu. La parole de Rabbi Zeira continue en 114b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).