Shabbat 114a — Les vêtements du talmid hakham ; taches et hatsitsa ; graisses du Chabbat offertes à Yom Kippour ou à Yom Tov

Shabbat 114a

Sougya : Le daf poursuit le commentaire de "et tu l'honoreras" : le changement de vêtements est tiré de la Torah (le Cohen change d'habits pour sortir la cendre). Rabbi Yo'hanan énonce une série de règles sur la tenue du talmid 'hakham : chaussures rapiécées, taches (revav ou revad), et Isaie qui marchait "nu et déchaussé".

La Guemara cite ensuite la Michna de Mikvaot sur la tache qui fait hatsitsa (séparation) lors de l'immersion : sur la selle, sur un vêtement d'un côté ou des deux, et la distinction de Rabbi Yossi entre les "banna'in" et l'ignorant. Rabbi Yo'hanan définit à cette occasion qui est un talmid 'hakham (objet perdu rendu sur reconnaissance visuelle, travail fait par les gens de sa ville, nomination comme parnas).

Enfin, retour à la Michna : Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva divergent sur le jour où l'on peut brûler les graisses du Chabbat (Yom Kippour ou Yom Tov suivant), en lien avec les vœux et offrandes volontaires à Yom Tov.

Qui est un talmid 'hakham ? Les critères de Rabbi Yo'hanan (seg. 6-7) Critère Conséquence pratique (nafka mina) Il retourne son chalouk (ne montre pas les coutures) On lui rend un objet perdu sur simple reconnaissance visuelle (teviat ayin), sans signe Il laisse ses affaires pour les affaires du Ciel Les gens de sa ville doivent faire son travail (seulement : lui assurer son pain) Il répond sur toute question d'une même massekhet Nommé parnas (dirigeant) dans sa ville (be-atreih) Il répond sur tout son apprentissage (kouleih tanouyeh) Nommé roch metivta (chef de la yechiva)
Les critères de Rabbi Yohanan pour reconnaître un talmid hakham et leurs conséquences pratiques.
Une tache de graisse fait-elle hatsitsa à l'immersion ? (seg. 4-5) Objet Tanna kamma R. Yehouda / R. Yichmael Rabbi Yossi Selle d'âne (mardaat) hatsitsa (RaChBaG : dès la taille d'un issar) Question de Reich Lakich : un côté suffit-il ? R. Hanina : pas plus importante que l'habit du bor -> il faut les deux côtés Vêtement : tache d'un seul côté pas de hatsitsa hatsitsa banna'in : hatsitsa bor : pas de hatsitsa Vêtement : tache des deux côtés hatsitsa hatsitsa hatsitsa (même pour le bor) Principe (Rachi) : ce qui fait hatsitsa, c'est ce à quoi le propriétaire tient (makpid). Plus on est exigeant sur sa tenue, plus une petite tache compte.
Michna de Mikvaot : la tache de graisse et la hatsitsa selon les Tannaim.
Les graisses du Chabbat : quand les brûler ? (seg. 9-11) Cas Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Graisses du Chabbat brûlées à Yom Tov (dimanche) PERMIS (kal va-homer des nedarim) PERMIS (c'est ce qu'enseigne le verset) Graisses du Chabbat brûlées à Yom Kippour (dimanche) PERMIS (c'est ce qu'enseigne le verset) INTERDIT ("be-chabbato" exclut) Graisses de Yom Kippour brûlées le Chabbat INTERDIT ("be-chabbato" exclut) INTERDIT Vœux et offrandes volontaires à Yom Tov offerts non offerts
Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva : les graisses du Chabbat à Yom Kippour et à Yom Tov.
1
מִנַּייִן לְשִׁנּוּי בְּגָדִים מִן הַתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים״, וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, לִימְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ: בְּגָדִים שֶׁבִּישֵּׁל בָּהֶן קְדֵירָה לְרַבּוֹ — אַל יִמְזֹוג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ.

D'où (apprend-on) le changement de vêtements (comme marque d'honneur) à partir de la Torah ? Car il est dit : "Il enlèvera ses vêtements et revêtira d'autres vêtements" (Lévitique 6, 4).

Et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : la Torah t'a enseigné le savoir-vivre (derekh erets) : les vêtements dans lesquels il a fait cuire un plat pour son maître, qu'il ne serve pas avec eux une coupe (de vin) à son maître.

📜 Rachi (5)
מִנַּייִן לְשִׁינּוּי בְּגָדִים שֶׁהוּא דֶּרֶךְ כָּבוֹד לִפְנֵי הַמָּקוֹם:
D'où le changement de vêtements : qu'il est une marque d'honneur devant le Lieu (D.ieu).
וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים וְהוֹצִיא אֶת הַדֶּשֶׁן הִזְקִיקוֹ הַכָּתוּב לִלְבֹּושׁ בְּגָדִים פְּחוּתִים בִּשְׁעַת הוֹצָאַת הַדֶּשֶׁן שֶׁאֵינָהּ עֲבוֹדָה חֲשׁוּבָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יִמָּאֲסוּ בְּגָדָיו הַחֲשׁוּבִים שֶׁעוֹבֵד בָּהֶן עֲבוֹדַת אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה כְּגוֹן קִיטוֹר וְנִיסּוּךְ:
Et revêtira d'autres vêtements : "et il sortira la cendre". Le verset l'a obligé à revêtir des vêtements de moindre valeur au moment de la sortie de la cendre, qui n'est pas un service important, afin que ne se salissent pas ses vêtements importants, avec lesquels il accomplit le service de "manger et boire" (de l'autel), comme la combustion et la libation.
וְתַנָּא דְּבֵי ר' יִשְׁמָעֵאל בִּדְרָשָׁא דְּהַאי קְרָא:
Et l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : dans le commentaire de ce verset.
בְּגָדִים שֶׁבִּישֵּׁל בָּהֶם קְדֵירָה לְרַבּוֹ דֻּומְיָא דְּהוֹצָאַת הַדֶּשֶׁן:
Les vêtements dans lesquels il a fait cuire un plat pour son maître : à l'image de la sortie de la cendre.
אַל יִמְזֹוג בָּהֶם כּוֹס לְרַבּוֹ לְפִיכָךְ הֻוזְקַק לִלְבֹּושׁ בְּגָדִים פְּחוּתִים:
Qu'il ne serve pas avec eux une coupe à son maître : c'est pourquoi il a dû revêtir des vêtements de moindre valeur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִנַּיִן לְשִׁנּוּי בְּגָדִים מִן הַתּוֹרָה? שֶׁנֶּאֱמַר: (וַיִּקְרָא ו, ד) "וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו, וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים". אַף עַל גַּב דְּיָלְפִינַן זֶה מִן 'וְכִבַּדְתּוֹ' (יְשַׁעְיָהוּ נח, יג) שֶׁלֹּא יְהֵא מַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל שַׁבָּת כְּמַלְבּוּשְׁךָ שֶׁל חָל, רָצָה לַעֲשׂוֹת יַלְפוּתָא מִן הַמִּקְרָא, כִּי אוֹתוֹ פָּסוּק הוּא מִנְּבִיאִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָפְקָא מִינָּהּ לְמִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מָעוֹת לִקְנוֹת בָּהֶם בִּגְדֵי שַׁבָּת וְאֵין לוֹ לִקְנוֹת גַּם יַיִן לְקִדּוּשׁ אֵיזֶה מֵהֶם קָדִים? וְיָדוּעַ דְּיַיִן לְקִדּוּשׁ דְּרַבָּנָן וְעָשׂוּ לוֹ אַסְמַכְתָּא עַל פָּסוּק שֶׁל תּוֹרָה וְאִם לְמַלְבּוּשׁ לֹא יֵשׁ אַסְמַכְתָּא עַל פָּסוּק שֶׁל תּוֹרָה יִהְיֶה יַיִן קָדִים, וְאִם נִמְצָא לוֹ פָּסוּק שֶׁל תּוֹרָה יִהְיֶה מַלְבּוּשׁ קָדִים, מִשּׁוּם דְּאִית לֵיהּ אַסְמַכְתָּא עַל תְּרֵי קְרָאֵי פָּסוּק תּוֹרָה וּפָסוּק נְבִיאִים, וְיִקְנֶה לְבוּשׁ וִיקַדֵּשׁ עַל הַפַּת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּהֻוצְרַךְ רַבִּי יוֹחָנָן לְמֵילַף מֵהַאי קְרָא (וַיִּקְרָא ו, ד) דְּ'פָּשַׁט אֶת בְּגָדָיו' כִּי מֵהַאי קְרָא דְּ'וְכִבַּדְתּוֹ' דִּיֵּיק אֲפִילּוּ אִם יַחֲלִיף בְּגָדָיו אִם הֵם שָׁוִים כְּמוֹ שֶׁל חוֹל אָסוּר, מִשּׁוּם דִּ'וְכִבַּדְתּוֹ' כְּתִיב וְאֵין נִיכָּר בָּזֶה כְּבוֹד שַׁבָּת, דְּהָרוֹאֵהוּ חוֹשֵׁב שֶׁהוּא לוֹבֵשׁ בֶּגֶד שֶׁלָּבַשׁ בְּחוֹל, אַךְ מִן פָּסוּק זֶה בָּא לְמֵידַק דְּבָעֵי דַּוְקָא שֶׁיַּחֲלִיף בְּגָדָיו, וַאֲפִילּוּ אִם הֵם שָׁוִים בְּמַרְאֵיהֶם וְצוּרָתָם וַחֲשִׁיבוּתָם סַגִּי.
D'où le changement de vêtements à partir de la Torah ? Car il est dit (Lévitique 6, 4) : "Il enlèvera ses vêtements et revêtira d'autres vêtements". Bien que nous apprenions cela de "et tu l'honoreras" (Isaie 58, 13) : que ton vêtement du Chabbat ne soit pas comme ton vêtement de semaine, il a voulu en faire une déduction à partir d'un verset de la Torah, car ce verset-là est des Prophètes. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une conséquence pratique (nafka mina) pour celui qui a de l'argent pour acheter des vêtements de Chabbat mais n'a pas de quoi acheter aussi du vin pour le kiddouch : lequel des deux passe en premier ? Il est connu que le vin du kiddouch est d'ordre rabbinique, et qu'on lui a donné un appui (asmakhta) sur un verset de la Torah. Si pour le vêtement il n'y avait pas d'appui sur un verset de la Torah, le vin passerait en premier ; mais s'il se trouve pour lui un verset de la Torah, le vêtement passe en premier, car il a un appui sur deux versets, un verset de la Torah et un verset des Prophètes ; il achètera donc le vêtement et fera le kiddouch sur le pain. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan a eu besoin de déduire de ce verset (Lévitique 6, 4) "il enlèvera ses vêtements", car du verset "et tu l'honoreras" on déduit que même s'il change ses vêtements, s'ils sont semblables à ceux de semaine, c'est interdit, puisqu'il est écrit "et tu l'honoreras" et que l'honneur du Chabbat n'y est pas visible, car celui qui le voit pense qu'il porte un vêtement qu'il a porté en semaine. Mais de ce verset-ci on vient déduire qu'il faut précisément qu'il change ses vêtements, et que même s'ils sont semblables par leur aspect, leur forme et leur valeur, cela suffit.
💡 Explication

Suite du commentaire de Isaie 58, 13 (113a) : l'honneur du Chabbat passe par le vêtement. La Guemara cherche une source dans la Torah elle-même : le Cohen qui sort la cendre de l'autel (terumat ha-dechen) change d'habits.

Selon Rachi, il met des habits de moindre valeur pour une tâche salissante, afin de garder les beaux habits pour le service principal. L'école de Rabbi Yichmael en tire une règle de derekh erets (savoir-vivre) : on ne sert pas son maître dans les habits de cuisine. Par extension, on honore le Chabbat par des habits distincts.

2
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גְּנַאי הוּא לְתַלְמִיד חָכָם שֶׁיֵּצֵא בְּמִנְעָלִים הַמְטֻולָּאִים לַשּׁוּק. וְהָא רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא נָפֵיק! אָמַר רַבִּי אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: בִּטְלַאי עַל גַּב טְלַאי.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est une honte pour un talmid 'hakham de sortir au marché avec des chaussures rapiécées. Mais Rabbi Aha bar Hanina sortait (ainsi) !

Rabbi Aha, fils de Rav Nahman, a dit : (il s'agit d'une) pièce sur une pièce.

💡 Explication

Le talmid 'hakham représente la Torah en public ; sa tenue rejaillit sur elle. Une pièce simple est admise ; la honte vise la pièce posée sur une pièce, signe de négligence visible.

3
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁנִּמְצָא רְבָב עַל בִּגְדּוֹ — חַיָּיב מִיתָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל מְשַׂנְאַי אָהֲבוּ מָוֶת״ — אַל תִּקְרֵי ״מְשַׂנְאַי״, אֶלָּא ״מַשְׂנִיאֵי״. רָבִינָא אָמַר: רְבָד אִיתְּמַר. וְלָא פְּלִיגִי: הָא בִּגְלִימָא, הָא בִּלְבוּשָׁא.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tout talmid 'hakham sur le vêtement duquel on trouve une tache de graisse (revav) mérite la mort, car il est dit : "Tous ceux qui me haïssent aiment la mort" (Proverbes 8, 36) ; ne lis pas "ceux qui me haïssent" (mesanai) mais "ceux qui me font haïr" (masniai). Ravina a dit : c'est "revad" qui a été dit.

Et ils ne sont pas en désaccord : ceci concerne le manteau (glima), cela concerne le vêtement de dessous (levoucha).

📜 Rachi (6)
רְבָב שֻׁומָּן וְחָלָב:
Revav : graisse et suif.
חַייָּב מִיתָה שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת חָשׁוּב וְהָגוּן לִכְבוֹד תּוֹרָתוֹ:
Mérite la mort : car il doit être digne et convenable, pour l'honneur de sa Torah.
מַשְׂנִיאֵי שֶׁמְּמָאֲסִין עַצְמָן בְּעֵינֵי הַבְּרִיּוֹת וְהַבְּרִיּוֹת אוֹמְרִים אוֹי לָהֶם לְלוֹמְדֵי הַתּוֹרָה שֶׁהֵם מְאוּסִים וּמְגֻונִּים נִמְצָא זֶה מַשְׂנִיא אֶת הַתּוֹרָה:
Ceux qui me font haïr : car ils se rendent repoussants aux yeux des gens, et les gens disent : malheur à ceux qui étudient la Torah, qui sont repoussants et méprisables ; il se trouve que celui-là fait haïr la Torah.
רְבָד אִיתְּמַר שִׁכְבַת זֶרַע לְשׁוֹן מַרְבַדִּים רָבַדְתִּי עַרְשִׂי (מִשְׁלֵי ז׳:ט״ז) רִיפַּדְתִּיו וְקִישַּׁטְתִּיו בִּבְשָׂמִים מִינִים הַמַּכְנִיסִים תַּאֲוָה וְתִזָּקֵק לִי:
Revad a été dit : semence (chikhvat zera), de l'expression "de tapis (marvadim) j'ai garni (ravadti) ma couche" (Proverbes 7, 16) : je l'ai garnie et ornée d'aromates, des espèces qui éveillent le désir, afin que tu t'attaches à moi.
בִּגְלִימָא שֶׁהוּא עֶלְיוֹן אַפֵּי' רְבָב:
Le manteau : qui est le vêtement de dessus ; (la honte vaut) même pour une tache de graisse.
בַּלְּבוּשׁ שֶׁהוּא תַּחְתּוֹן רְבָד אִין רְבָב לָא:
Le vêtement de dessous : qui est en dessous ; revad oui, revav non.
🗂️ Tossefot (1)
הָא בִּלְבוּשָׁא הָא בִּגְלִימָא הָא דָּר' יַנַּאי בִּגְלִימָא כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶ' כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף כ.) גַּבֵּי שָׁחוֹר כַּחֶרֶת וְר' יוֹחָנָן אָמַר אֵלּוּ כֵּלִים הָאוֹלְיָירִין הַבָּאִין מִמְּדִינַת הַיָּם לְמֵימְרָא דְּאֻוכָּמֵי נִינְהוּ וְהָאָמַר ר' יַנַּאי כו' לָא קַשְׁיָא הָא בִּגְלִימָא הָא בִּפְתוּרֵי דָּר' יַנַּאי בִּגְלִימָא דְּהִיא סֻומָּקֵי דִּשְׁחוֹרִים לָא הָווּ כִּדְמַסִּיק הָכָא אֲבָל פְּתוּרֵי הָווּ אֻוכְּמֵי וּלְבוּשָׁא חִיוָּרֵי:
Ceci concerne le vêtement de dessous, cela le manteau : ce que dit Rabbi Yannai concerne le manteau, comme il ressort du chapitre Kol ha-yad (Nidda 20a) à propos de "noir comme l'encre" : "Et Rabbi Yo'hanan a dit : ce sont les vêtements des ouleirin qui viennent d'outre-mer. Cela veut-il dire qu'ils sont noirs ? Mais Rabbi Yannai a dit, etc. Ce n'est pas difficile : ceci concerne le manteau, cela concerne les nappes (petourei)." Ce que dit Rabbi Yannai concerne le manteau, qui est rouge, car noirs ils ne sont pas, comme le conclut (la Guemara) ici ; mais les nappes sont noires, et le vêtement de dessous est blanc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁנִּמְצָא רְבָב עַל בְּגָדָיו, חַיָּב מִיתָה. נָקֵיט 'חַיָּב מִיתָה' עַל צַד הַהַפְלָגָה, כַּמָּה שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (שְׁמוּאֵל ב' יב, ה) חַי ה' כִּי בֶן מָוֶת הָאִישׁ הָעֹשֶׂה זֹאת, אוֹ הַכַּוָּנָה רְצוֹנוֹ לוֹמַר אֶפְשָׁר שֶׁיָּבֹא לִידֵי חִיּוּב מִיתָה אִם יִזְדַּמֵּן שֶׁיֵּצֵא חִלּוּל הַשֵּׁם הַרְבֵּה מִדָּבָר זֶה, וְאִם כֵּן הַחִיּוּב הוּא עַל חִלּוּל הַשֵּׁם דְּכַפָּרָה שֶׁלּוֹ תְּלוּיָה בְּמִיתָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ כב, יד) אִם יְכֻפַּר הֶעָוֹ‍ן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻתוּן.
Tout talmid 'hakham sur les vêtements duquel on trouve une tache de graisse mérite la mort. Il dit "mérite la mort" par exagération, comme a dit le roi David (2 Samuel 12, 5) : "Par Hachem vivant, l'homme qui a fait cela mérite la mort". Ou bien le sens est : il se peut qu'il en vienne à mériter la mort, s'il arrive que cette chose entraîne une grande profanation du Nom (hilloul Hachem) ; et dans ce cas l'obligation vient de la profanation du Nom, dont l'expiation dépend de la mort, comme il est dit (Isaie 22, 14) : "Cette faute ne vous sera pas pardonnée jusqu'à ce que vous mouriez".
💡 Explication

La formule "mérite la mort" souligne la gravité : un savant sale donne une mauvaise image de la Torah. Le drach joue sur mesanai (ceux qui me haïssent) et masniai (ceux qui me font haïr).

Ravina lit revad au lieu de revav. Rachi explique revad comme une tache de semence ; d'autres (Rabbeinou Hananel) comme une tache de sang. La Guemara concilie : sur le glima (vêtement de dessus, visible), même une tache de graisse est une honte ; sur le levoucha (vêtement de dessous), seule la tache de revad l'est.

🖼️ Schéma
Quelle tache est une honte pour le talmid 'hakham ? (seg. 2) Vêtement Revav (graisse, gras) Revad (Rachi : semence) Glima (vêtement de dessus) honte honte Levoucha (vêtement de dessous) pas de honte honte
Revav et revad : conciliation selon le vêtement de dessus ou de dessous.
4
וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִכְתִיב ״כַּאֲשֶׁר הָלַךְ עַבְדִּי יְשַׁעְיָהוּ עָרוֹם וְיָחֵף״. ״עָרֹום״ — בִּבְגָדִים בְּלוּאִים, ״וְיָחֵף״ — בְּמִנְעָלִים הַמְטֻולָּאִים.

Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit : "Comme mon serviteur Isaie a marché nu et déchaussé" (Isaie 20, 3) ? "Nu" : avec des vêtements usés ; "et déchaussé" : avec des chaussures rapiécées.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ne lit pas le verset à la lettre : le prophète portait des habits usés et des chaussures rapiécées. Le lien avec le segment 1 est direct : pour un homme de son rang, c'était un signe d'humiliation, utilisé ici comme signe prophétique.

5
תְּנַן הָתָם: רְבָב עַל הַמַּרְדַּעַת חוֹצֵץ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: עַד כְּאִיסָּר הָאִיטַלְקִי. וְעַל הַבְּגָדִים, מִצַּד אֶחָד — אֵינוֹ חוֹצֵץ, מִשְּׁנֵי צְדָדִין — חוֹצֵץ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אַף מִצַּד אֶחָד חוֹצֵץ.

Nous avons appris là-bas (Michna Mikvaot) : une tache de graisse sur la selle (mardaat) fait séparation (hotsets). Rabban Chimon ben Gamliel dit : (seulement) à partir de la taille d'un issar italien.

Et sur les vêtements : d'un seul côté, elle ne fait pas séparation ; des deux côtés, elle fait séparation. Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Yichmael : même d'un seul côté, elle fait séparation.

📜 Rachi (4)
תְּנַן הָתָם בְּמַסֶּכֶת מִקְווָאוֹת וּנְקַט לָהּ מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵימַר שֶׁל בַּנָּאִים כו' לוֹמַר שֶׁדֶּרֶךְ תַּלְמִיד חָכָם מַקְפִּיד עַל לְבוּשָׁיו:
Nous avons appris là-bas : dans le traité Mikvaot. Et il la cite parce qu'il veut dire (plus loin) "celui des banna'in", etc., pour dire que la manière du talmid 'hakham est d'être exigeant sur ses vêtements.
עַל הַמַּרְדַּעַת שֶׁל חֲמוֹר:
Sur la selle : d'un âne.
חוֹצֵץ כָּל דָּבָר חוֹצֵץ לְעִנְיַן טְבִילָה דְּקָפֵיד עָלֶיהָ וְכָל חֲצִיצָה שֶׁמַּקְפִּיד עָלָיו חוֹצֶצֶת:
Fait séparation : toute chose fait séparation pour l'immersion quand on y tient (qu'on l'enlèverait) ; et toute séparation à laquelle on tient fait séparation.
מִשְּׁנֵי צְדָדִין שֶׁהָיָה בּוֹ הַרְבֵּה עַד שֶׁנִּבְלַע בַּבֶּגֶד וְנִרְאֶה לְצַד שֵׁנִי:
Des deux côtés : qu'il y en avait beaucoup, au point qu'elle a pénétré dans le vêtement et apparaît de l'autre côté.
💡 Explication

Un objet impur s'immerge au mikve ; tout corps étranger qui empêche l'eau de le toucher constitue une hatsitsa (séparation) et invalide l'immersion. Le critère, selon Rachi : ce à quoi le propriétaire tient (makpid), c'est-à-dire ce qu'il voudrait enlever.

La Guemara cite cette Michna pour la suite : le degré d'exigence de chacun sur ses vêtements détermine si la tache compte.

🖼️ Schéma
Une tache de graisse fait-elle hatsitsa à l'immersion ? (seg. 4-5) Objet Tanna kamma R. Yehouda / R. Yichmael Rabbi Yossi Selle d'âne (mardaat) hatsitsa (RaChBaG : dès la taille d'un issar) Question de Reich Lakich : un côté suffit-il ? R. Hanina : pas plus importante que l'habit du bor -> il faut les deux côtés Vêtement : tache d'un seul côté pas de hatsitsa hatsitsa banna'in : hatsitsa bor : pas de hatsitsa Vêtement : tache des deux côtés hatsitsa hatsitsa hatsitsa (même pour le bor) Principe (Rachi) : ce qui fait hatsitsa, c'est ce à quoi le propriétaire tient (makpid). Plus on est exigeant sur sa tenue, plus une petite tache compte.
La tache et la hatsitsa selon la Michna de Mikvaot.
6
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מֵרַבִּי חֲנִינָא: מַרְדַּעַת, מִצַּד אֶחָד אוֹ מִשְּׁנֵי צְדָדִין? אֲמַר לֵיהּ: זוֹ לֹא שָׁמַעְתִּי, כַּיּוֹצֵא בָּהּ שָׁמַעְתִּי. דִּתְנַן רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שֶׁל בַּנָּאִין — מִצַּד אֶחָד, וְשֶׁל בּוֹר — מִשְּׁנֵי צְדָדִין. וְלֹא תְּהֵא מַרְדַּעַת חֲשׁוּבָה מִבִּגְדּוֹ שֶׁל עַם הָאָרֶץ.

Rabbi Chimon ben Lakich demanda à Rabbi Hanina : la selle, (fait-elle séparation avec une tache) d'un seul côté ou des deux côtés ? Il lui répondit : cela, je ne l'ai pas entendu ; un cas semblable, je l'ai entendu.

Car nous avons appris : Rabbi Yossi dit : celui des banna'in, d'un seul côté ; celui de l'ignorant (bor), des deux côtés. Et la selle ne sera pas plus importante que le vêtement d'un am ha-arets.

📜 Rachi (2)
מַרְדַּעַת מִצַּד אֶחָד אוֹ מב' צְדָדִין לְר' יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר בְּבֶגֶד מִצַּד אֶחָד מַרְדַּעַת מַאי אָמַר בָּהּ:
La selle, d'un seul côté ou des deux côtés : selon Rabbi Yichmael qui dit que pour le vêtement, un seul côté (suffit), que dit-il de la selle ?
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר שֶׁל בַּנָּאִים פְּלִיג אֲדָר' יְהוּדָה וְאָמַר לְר' יִשְׁמָעֵאל בֶּגֶד שֶׁל בַּנָּאִים דְּהַייְנוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁמַּקְפִּידִין עַל לְבוּשֵׁיהֶן מִצַּד אֶחָד וְשֶׁל בּוּר מב' צְדָדִין:
Rabbi Yossi dit : celui des banna'in : il est en désaccord avec Rabbi Yehouda qui l'a dit au nom de Rabbi Yichmael ; le vêtement des banna'in, c'est-à-dire des talmidei hakhamim qui sont exigeants sur leurs vêtements, d'un seul côté ; et celui de l'ignorant, des deux côtés.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Hanina procède par comparaison : si pour l'am ha-arets, peu exigeant, il faut une tache des deux côtés, à plus forte raison pour une selle d'âne, dont personne ne se soucie.

7
מַאי ״בַּנָּאִין״? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁעוֹסְקִין בְּבִנְיָנוֹ שֶׁל עוֹלָם כָּל יְמֵיהֶן. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁמַּחְזִירִין לוֹ אֲבֵידָה בִּטְבִיעוּת הָעַיִן — זֶה הַמַּקְפִּיד עַל חֲלוּקוֹ לְהָופְכוֹ. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁמְּמַנִּין אוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּיבּוּר — זֶה שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ דָּבָר הֲלָכָה בְּכָל מָקוֹם וְאוֹמֵר, וַאֲפִילּוּ בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה.

Que sont les "banna'in" ? Rabbi Yo'hanan a dit : ce sont les talmidei hakhamim, qui s'occupent de la construction (binyan) du monde tous leurs jours.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham à qui l'on rend un objet perdu sur reconnaissance visuelle (teviat ayin) ? C'est celui qui tient à retourner son chalouk (vêtement de dessous).

Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham qu'on nomme parnas (dirigeant) sur la communauté ? C'est celui à qui l'on demande une chose de halakha en tout endroit et qui la dit, même dans le traité Kalla.

📜 Rachi (3)
שֶׁמַּחֲזִירִים לוֹ אֲבֵדָה בִּטְבִיעַת עַיִן כֵּיוָן שֶׁאָמַר אֲנִי מַכִּירָהּ אע"פ שֶׁאֵינוֹ נוֹתֵן בָּהּ סִימָן כִּדְאָמַר בְּאֵלּוּ מְצִיאוֹת (ב"מ כג:):
À qui l'on rend un objet perdu sur reconnaissance visuelle : dès lors qu'il dit "je le reconnais", même s'il n'en donne pas de signe, comme il est dit au chapitre Elou metsiot (Bava Metsia 23b).
הַמַּקְפִּיד עַל חֲלוּקוֹ לְהָופְכוֹ לוֹבְשׁוֹ כְּשֶׁהוּא הָפוּךְ מַקְפִּיד עָלָיו וְהוֹפְכוֹ שֶׁמַּקְפִּיד עָלָיו שֶׁלֹּא יִרְאוּ הַתְּפִירוֹת הַמְגֻונּוֹת וְאִימְרֵי הֶחָלוּק:
Qui tient à retourner son chalouk : s'il le porte à l'envers, il y fait attention et le retourne, car il tient à ce qu'on ne voie pas les coutures disgracieuses et les ourlets du chalouk.
בְּכָל מָקוֹם בְּכָל הַשַּׁ"ס וְאַפֵּי' בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה דְּלָא רְגִילִי בָּהּ אִינָשֵׁי וְזֶה נָתַן לִבּוֹ וּגְרָסָהּ מַסֶּכֶת כַּלָּה בָּרַיְיתָא הִיא כַּלָּה בְּלֹא בְּרָכָה אֲסוּרָה לְבַעֲלָהּ כְּנִדָּה:
En tout endroit : dans tout le Chass, et même dans le traité Kalla, que les gens n'ont pas l'habitude (d'étudier), et celui-là y a appliqué son cœur et l'a étudié. Le traité Kalla est une baraita : "une fiancée sans bénédiction est interdite à son mari comme une nidda".
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲפִילּוּ בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה פֵּי' בַּקּוּנְטְ' דְּלָא רְגִילִי בָּהּ אִינָשֵׁי וְהוּא נָתַן בְּלִבּוֹ לְגָורְסָהּ וּבְקִדּוּשִׁין פִּי' לִגְרִיעוּתָא בְּפֶרֶק הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִידּוּשִׁין דַּף מט:) גַּבֵּי ע"מ שֶׁאֲנִי תַּלְמִיד אֵין אוֹמְרִים כְּשִׁמְעוֹן בֶּן עַזַּאי וּכְשִׁמְעוֹן בֶּן זוֹמָא אֶלָּא כָּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ דָּבָר הֲלָכָה וְאַפֵּי' בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה וּפִי' בַּקּוּנְטְרֵס אַפֵּי' בְּמַס' כַּלָּה שֶׁהִיא קַלָּה וְנִרְאֶה דְּהָכָא מַשְׁמַע (וְאוֹמֵר) דִּנְקַט לֵיהּ מִשּׁוּם חֲשִׁיבוּת שֶׁיּוֹדֵעַ אַפֵּי' בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה דְּלָא רְגִילִי בָּהּ אִינָשֵׁי רָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס אֲבָל הָתָם קָתָנֵי דָּבָר אֶחָד מִתַּלְמוּדוֹ מַשְׁמַע אֲפִי' לֹא לָמַד אֶלָּא מַסֶּכֶת כַּלָּה וְאָמַר הֵימֶנָּה דָּבָר אֶחָד הֲרֵי זֶה חָכָם וּמִיהוּ בְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּקִידּוּשִׁין וְכֵן בְּפִי' רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל אֵין כָּתוּב בָּהֶן דָּבָר אֶחָד מִתַּלְמוּדוֹ וְרַבֵּינוּ יִצְחָק מְפָרֵשׁ דְּהַאי מַסֶּכֶת כַּלָּה הַיְינוּ דְּרָשׁוֹת הַסְּדוּרוֹת מֵהִלְכוֹת הֶחָג כִּדְאָמְרִינַן בְּלֹא יַחְפֹּור (ב"ב כב.) רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק רֵישׁ כַּלָּה הֲוָה וְקָאָמַר אֵיזֶהוּ ת"ח שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ עַל הַצִּיבּוּר בְּאַתְרֵיהּ כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ בְּמַסַּכְתִּי' בְּאַתְרֵיהּ כְּגוֹן שֶׁיּוֹדֵעַ לְהָשִׁיב בְּכָל מָקוֹם שֶׁיִּשְׁאָלוּהוּ בְּאוֹתָהּ מַסֶּכֶת אַפֵּי' בְּמַס' כַּלָּה שֶׁרְגִילִין בָּהּ רָאוּי לְמַנּוֹתוֹ בְּעִירוֹ אֲבָל בְּצִיר מֵהָכִי אֵין רָאוּי לְמַנּוֹתוֹ וְהָא דְּהֻוצְרַךְ לַחֲזֹור וּלְהַשְׁמִיעֵנוּ בְּסָמוּךְ אִי בְּמַסֶּכְתֵּיהּ בְּאַתְרֵיהּ אע"ג דִּכְבָר הִשְׁמִיעָנוּ כָּאן לְפִי שֶׁרוֹצֶה לְחַלֵּק בֵּין מַסֶּכֶת לְכוּלֵּיהּ הַשַּׁ"ס וְהַשְׁתָּא הָוֵי דְּהָכָא כִּי הַהוּא דְּקִידּוּשִׁין (דַּף מט:):
Et même dans le traité Kalla : Rachi explique (ici) : que les gens n'ont pas l'habitude (d'étudier), et lui s'est applique à l'étudier. Mais dans Kiddouchin, il l'a expliqué dans le sens d'une chose moindre, au chapitre Ha-ich mekadech (Kiddouchin 49b), à propos de (celui qui consacre une femme) "à condition que je sois un talmid" : on ne dit pas comme Chimon ben Azzai et Chimon ben Zoma, mais quiconque on interroge sur une chose de halakha (et qui répond), même dans le traité Kalla ; et Rachi a expliqué : même dans le traité Kalla, qui est facile. Il semble qu'ici (le mot "et il la dit") laisse entendre qu'il l'a mentionné pour son importance : celui qui connaît même le traité Kalla, que les gens n'ont pas l'habitude (d'étudier), est digne d'être nommé parnas. Mais là-bas, il est enseigné "une seule chose de son étude", ce qui laisse entendre que même s'il n'a étudié que le traité Kalla et en a dit une seule chose, il est un sage. Cependant, dans le commentaire de Rachi sur Kiddouchin, et de même dans le commentaire de Rabbeinou Hananel, il n'est pas écrit "une seule chose de son étude". Et Rabbeinou Yitshak explique que ce traité Kalla, ce sont les drachot ordonnées sur les lois de la fête, comme nous disons au chapitre Lo yahpor (Bava Batra 22a) : Rav Nahman bar Yitshak était rech kalla. Et il dit : quel talmid 'hakham est digne d'être nommé sur la communauté dans sa localité, comme il est dit peu après : "dans une massekhet, dans sa localité" ; par exemple celui qui sait répondre en tout point où on l'interroge dans ce traité, et même dans le traité Kalla, que l'on a l'habitude (d'étudier), est digne d'être nommé dans sa ville ; mais en dessous de cela, il n'est pas digne d'être nommé. Et s'il a fallu répéter et nous apprendre peu après "dans une massekhet, dans sa localité", bien qu'il nous l'ait déjà appris ici, c'est qu'il veut distinguer entre une massekhet et tout le Chass. Ainsi, le passage d'ici correspond à celui de Kiddouchin (49b).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁמַּחְזִירִין לוֹ אֲבֵדָה בִּטְבִיעוּת הָעַיִן? זֶה הַמַּקְפִּיד עַל חֲלוּקוֹ לְהָפְכוֹ. פֵּירוּשׁ בְּעֵת שֶׁאוֹכֵל מַקְפִּיד עַל חֲלוּקוֹ שֶׁלֹּא יִהְיֶה סָרוּחַ עַל כַּפּוֹת יָדָיו וְיִתְלַכְלֵךְ, וְכֵיוָן דְּמַקְפִּיד כָּל כָּךְ גַּם עַל חָלוּק שֶׁהוּא פְּנִימִי שְׁמַע מִינָּה דְּנוֹהֵג כֵּן בִּשְׁאָר תַּכְסִיסֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. אֲבָל אִם אֵינוֹ נוֹהֵג בְּכָךְ יֹאמְרוּ הָעָם הָאָרֶץ אֵין זֶה תַּלְמִיד חָכָם וְלָמָּה תַּחֲזִירוּ לוֹ אֲבֵדָה בִּטְבִיעוּת עַיִן, כִּי הָעִמִּי אֲרָצוֹת אֵין יוֹדְעִים תּוֹרָה וְרַק רוֹאִין עִנְייָנִים חֲצוֹנִים הַמּוֹרִין וּמְעִידִין שֶׁהוּא תַּלְמִיד חָכָם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, הַמִּדּוֹת שֶׁל הָאָדָם הַטִּבְעִיּוֹת שֶׁנּוֹלַד בָּהֶם כְּמוֹ כַּעַס וְקִנְאָה וְתַאֲוָה נִקְרָאִים 'בְּגָדִים' וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת ט, ח) בְּכָל עֵת יִהְיוּ בְגָדֶיךָ לְבָנִים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, וְהוּא מַקְפִּיד לַהֲפֹוךְ אוֹתָם לְטוֹבָה וְיֹושֶׁר שֶׁל תּוֹרָה.
Quel est le talmid 'hakham à qui l'on rend un objet perdu sur reconnaissance visuelle ? Celui qui tient à retourner son chalouk. Explication : quand il mange, il fait attention à son chalouk, pour qu'il ne pende pas sur ses paumes et ne se salisse pas. Et puisqu'il fait tellement attention, même au chalouk qui est un vêtement intérieur, on en déduit qu'il se conduit ainsi dans les autres usages des talmidei hakhamim. Mais s'il ne se conduit pas ainsi, les ignorants diront : ce n'est pas un talmid 'hakham, pourquoi lui rendez-vous un objet perdu sur reconnaissance visuelle ? Car les ignorants ne connaissent pas la Torah et ne voient que les choses extérieures, qui montrent et témoignent qu'il est un talmid 'hakham. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que les traits de caractère naturels de l'homme, avec lesquels il est né, comme la colère, la jalousie et le désir, sont appelés "vêtements", comme il est dit (Ecclésiaste 9, 8) : "En tout temps, que tes vêtements soient blancs", et comme l'a écrit le Maharcha ; et lui tient à les retourner vers le bien et la droiture de la Torah.
תַּלְמִידֵי חֲכָמִים נִקְרָאִים 'בַּנָּאִין' מִפְּנֵי שֶׁעוֹסְקִים בְּבִנְיָנוֹ שֶׁל עוֹלָם כָּל יְמֵיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּכְתִיב (תְּהִלִּים פט, ג) עוֹלָם חֶסֶד יִבְנֶה, וְהַייְנוּ עַל יְדֵי הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת חֶסֶד, דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי לֹא, כו) וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ, לְכָךְ נִתְּנָה מִיָּמִין דִּכְתִיב (דְּבָרִים לג, ב') מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ, וּבַתּוֹרָה יֵשׁ חֵלֶק נִגְלֶה וְחֵלֶק נִסְתָּר, וְגַם בְּחֶסֶד יֵשׁ חֶסֶד בְּאִתְגַּלְיָיא וְחֶסֶד בְּאִתְכַּסְייָא, וּמִסְפַּר חֶסֶד עִם הַכּוֹלֵל [73] ע"ג, וּב' פְּעָמִים ע"ג מִסְפַּר עוֹלָם [146] , וְכֵן הַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'חָכְמָה' וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ח, יב) אֲ‍נִי חָכְמָה שָׁכַנְתִּי עָרְמָה, וּב' פְּעָמִים חָכְמָה [73] כְּנֶגֶד חֵלֶק הַנִּגְלֶה וְחֵלֶק הַנִּסְתָּר עוֹלִים מִסְפַּר עוֹלָם [146] , וְלָזֶה אָמַר שֶׁעוֹסְקִים בְּבִנְיָנוֹ שֶׁל עוֹלָם כִּי בַּתּוֹרָה שֶׁהִיא ב' פְּעָמִים חָכְמָה נִבְנָה הָעוֹלָם! וְנִרְאֶה לִי בס"ד, בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת עוֹלָם כָּזֶה ע י"ן ו י"ו לְמֵ" ד מִ" ם יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'דִּמְיֻוָּנִים' שֶׁהַתּוֹרָה הַנִּגְלֶה שֶׁבָּהּ הֵם דְּבָרִים דְּמִיְּוָנִים לַדְּבָרִים הַנִּסְתָּרִים הָעֶלְיוֹנִים, וְלָכֵן סִתְרֵי תּוֹרָה נִקְרָאִים כִּבְשׁוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, 'כִּבְשׁוֹנוֹ' דָּיְיקָא רֶמֶז לְהַמִּלּוּי, וְלָזֶה אָמַר (הוֹשֵׁעַ יב, יא) וּבְיַד הַנְּבִיאִים אֲדָמָה, נְבִיאִים אוֹתִיּוֹת בַּנָּאִים הֵם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, אֲדָמָה שֶׁנִּיתַּן לָהֶם רְשׁוּת לַעֲשׂוֹת בְּדִבְרֵי תּוֹרָה דְּמִיְּוָנִים לַנִּסְתָּרִים שֶׁל מַעְלָה.
Les talmidei hakhamim sont appelés "banna'in" (bâtisseurs) parce qu'ils s'occupent de la construction du monde tous leurs jours. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est écrit (Psaumes 89, 3) : "Le monde est bâti par le 'hessed", c'est-à-dire par la Torah, appelée 'hessed, comme il est écrit (Proverbes 31, 26) : "Et une Torah de 'hessed est sur sa langue" ; c'est pourquoi elle a été donnée de la droite, comme il est écrit (Deutéronome 33, 2) : "De sa droite, un feu de loi pour eux". Or dans la Torah il y a une partie révélée et une partie cachée, et dans le 'hessed aussi il y a un 'hessed révélé et un 'hessed caché ; la valeur numérique de 'hessed avec le kollel est 73, et deux fois 73 donnent la valeur de olam (monde), 146. De même la Torah est appelée "'hokhma" (sagesse), comme il est dit (Proverbes 8, 12) : "Moi, la sagesse, j'habite avec la ruse" ; et deux fois 'hokhma (73), correspondant à la partie révélée et à la partie cachée, donnent la valeur de olam (146). C'est pourquoi il dit qu'ils s'occupent de la construction du monde, car par la Torah, qui est deux fois 'hokhma, le monde est bâti ! Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans le remplissage (miloui) des lettres de olam, ainsi : ayin-youd-noun, vav-youd-vav, lamed-mem-dalet, mem-mem, se trouvent les lettres de "dimyonim" (images, analogies) : la Torah révélée contient des choses qui sont des images des choses cachées d'en haut. C'est pourquoi les secrets de la Torah sont appelés "kivchono chel olam" (les mystères du monde) ; "kivchono" fait précisément allusion au remplissage. Et c'est pourquoi il est dit (Osée 12, 11) : "Et par la main des prophètes j'use d'images (adame)" : "nevi'im" (prophètes) a les lettres de "banna'im", ce sont les talmidei hakhamim ; "adame" : il leur a été donné permission de faire, dans les paroles de la Torah, des analogies avec les choses cachées d'en haut.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan lit banna'in comme "bâtisseurs" : les talmidei hakhamim. Il enchaîne trois définitions du talmid 'hakham, chacune avec une conséquence pratique.

Teviat ayin : normalement, on ne rend un objet perdu qu'à qui en donne un signe distinctif (siman). Au talmid 'hakham, on le rend s'il dit simplement le reconnaître, car on le présume véridique. Le signe qui le distingue est son soin : il remet à l'endroit son chalouk, pour cacher les coutures.

Pour la nomination comme parnas, il doit pouvoir répondre partout, même sur le traité Kalla. Rachi et Tossefot discutent : traité peu étudié (donc marque de compétence), ou selon Rabbeinou Yitshak les sessions publiques de la kalla, que tous étudient.

8
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם שֶׁבְּנֵי עִירוֹ מְצֻווִּין לַעֲשׂוֹת לוֹ מְלַאכְתּוֹ — זֶה שֶׁמַּנִּיחַ חֶפְצוֹ וְעוֹסֵק בְּחֶפְצֵי שָׁמַיִם. וְהָנֵי מִילֵּי לְמִיטְרַח בְּרִיפְתֵּיהּ. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד חָכָם — כָּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ הֲלָכָה בְּכָל מָקוֹם, וְאוֹמְרָהּ. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמַנּוֹייֵהּ פַּרְנָס עַל הַצִּיבּוּר. אִי בַּחֲדָא מַסֶּכְתָּא — בְּאַתְרֵיהּ, אִי בְּכוּלֵּיהּ תִּנּוּיָהּ — בְּרֵישׁ מְתִיבְתָּא.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham pour qui les gens de sa ville ont l'obligation de faire son travail ? C'est celui qui laisse ses propres affaires et s'occupe des affaires du Ciel.

Et cela ne vaut que pour se donner de la peine pour son pain. Et Rabbi Yo'hanan a dit : quel est le talmid 'hakham ?

Quiconque on interroge sur une halakha en tout endroit, et il la dit. Quelle en est la conséquence pratique ?

Pour le nommer parnas sur la communauté. Si (il connaît) une seule massekhet, (on le nomme) dans sa localité ; si (il connaît) tout son apprentissage, (on le nomme) à la tête de la yechiva (rech metivta).

📜 Rachi (4)
ת"ח שֶׁבְּנֵי עִירוֹ מְצֻוִּוין לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק ז' דְּיוֹמָא (דַּף עב:) כָּתוּב א' אוֹמֵר וְעָשִׂיתָ לְךָ אֲרוֹן עֵץ וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר וְעָשׂוּ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים וְגוֹ':
Un talmid 'hakham pour qui les gens de sa ville ont l'obligation de faire son travail : comme il est dit au chapitre 7 de Yoma (72b) : un verset dit "tu te feras une arche de bois", et un verset dit "ils feront une arche de bois d'acacia", etc.
לְמִיטְרַח בְּרִיפְתֵּיהּ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִטְרֹוחַ בּוֹ וְחַיָּיו תְּלוּיִין בּוֹ:
Pour se donner de la peine pour son pain : une chose dont il ne peut s'occuper et dont sa vie dépend.
אִם יוֹדֵעַ לְהָשִׁיב בְּמַסֶּכֶת שֶׁהוּא עוֹסֵק בָּהּ מְמַנִּים אוֹתוֹ פַּרְנָס בְּאַתְרֵיהּ:
S'il sait répondre dans la massekhet qu'il étudie, on le nomme parnas dans sa localité.
וְאִם בְּכוּלֵּיהּ תִּנּוּיָהּ דְּקָאֵי בְּהָא מַסֶּכֶת וּמַהְדַּר בְּמַסֶּכֶת אַחֲרִיתִי:
Et si (il connaît) tout son apprentissage : qu'il se tient dans cette massekhet et révise une autre massekhet.
💡 Explication

Rachi renvoie à Yoma 72b : l'arche, symbole du talmid 'hakham, est faite tantôt par Moche ("tu te feras"), tantôt par le peuple ("ils feront") ; de là, la communauté doit prendre en charge le travail du savant. La Guemara limite cette obligation à son pain, c'est-à-dire à sa subsistance.

La règle graduée : maîtrise d'une massekhet -> parnas local ; maîtrise étendue -> rech metivta.

9
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ אָמַר: אֵלּוּ כֵּלִים הָאוֹלְיָירִין הַבָּאִין מִמְּדִינַת הַיָּם. לְמֵימְרָא דְּחִיוָּרֵי נִינְהוּ? וְהָאָמַר לְהוּ רַבִּי יַנַּאי לְבָנָיו: בָּנַי, אַל תִּקְבְּרוּנִי לֹא בְּכֵלִים לְבָנִים וְלֹא בְּכֵלִים שְׁחוֹרִים, לְבָנִים — שֶׁמָּא לֹא אֶזְכֶּה, וְאֶהְיֶה כְּחָתָן בֵּין אֲבֵלִים. שְׁחוֹרִים — שֶׁמָּא אֶזְכֶּה, וְאֶהְיֶה כְּאָבֵל בֵּין חֲתָנִים. אֶלָּא בְּכֵלִים הָאוֹלְיָירִין הַבָּאִין מִמְּדִינַת הַיָּם. אַלְמָא, סֻומָּקֵי נִינְהוּ! לָא קַשְׁיָא: הָא בִּגְלִימֵי, הָא בִּלְבוּשֵׁי.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : (les banna'in de la Michna,) ce sont les vêtements des ouleirin (préposés aux bains) qui viennent d'outre-mer. Cela veut-il dire qu'ils sont blancs ?

Mais Rabbi Yannai a dit à ses fils : mes fils, ne m'enterrez ni dans des vêtements blancs ni dans des vêtements noirs. Blancs : peut-être ne serai-je pas jugé méritant, et je serai comme un fiancé parmi des endeuillés.

Noirs : peut-être serai-je jugé méritant, et je serai comme un endeuillé parmi des fiancés. Mais (enterrez-moi) dans les vêtements des ouleirin qui viennent d'outre-mer.

Il en ressort qu'ils sont rouges ! Ce n'est pas difficile : ceci concerne les manteaux (glimei), cela les vêtements de dessous (levouchei).

📜 Rachi (4)
אֵלּוּ כֵּלִים הָאוֹלְיָירִין הָא דִּתְנַן בַּנָּאִין מִצַּד אֶחָד הַיְינוּ כֵּלִים שֶׁל אוֹלְייָרִין בַּלָּנִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם אֲלוּנְטִיאוֹת חֲשׁוּבוֹת לְהִתְעַטֵּף בָּהֶם בְּנֵי אָדָם חֲשׁוּבִים בְּצֵאתָם מִן הַמֶּרְחָץ וּמַקְפִּידִים עַל טִינּוּף מְעַט וּבַנָּאִים לְשׁוֹן בֵּי בָּנִי (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף לג:):
Ce sont les vêtements des ouleirin : ce que nous avons appris "les banna'in, d'un seul côté", ce sont les vêtements des ouleirin, les baigneurs, qui ont des draps de bain de valeur dans lesquels s'enveloppent les gens importants en sortant du bain, et ils tiennent à la moindre salissure. "Banna'in" est de l'expression "bei bani" (maison de bain, plus haut, Chabbat 33b).
לְמֵימְרָא דְּחִיוָּרֵי נִינְהוּ מִדְּמַקְפִּידִין עַל רְבָב שֶׁעֲלֵיהֶם דְּאִילּוּ סֻומָּקֵי לָא מִיגַּנּוּ בְּטִינּוּף פֻּורְתָּא:
Cela veut-il dire qu'ils sont blancs : puisqu'ils tiennent à une tache de graisse sur eux ; car s'ils étaient rouges, une petite salissure ne les rendrait pas disgracieux.
שֶׁמָּא לֹא אֶזְכֶּה וָאֵשֵׁב בֵּין אוֹתָן שֶׁנִּדּוֹנִין בְּגֵיהִנָּם שֶׁדּוֹמִין לְשׁוּלֵי קְדֵירָה:
Peut-être ne serai-je pas jugé méritant : et je serai assis parmi ceux qui sont jugés dans le Guehinnom, qui ressemblent au fond noirci d'une marmite.
גְּלִימֵי סֻומָּקֵי:
Manteaux : rouges.
💡 Explication

Reich Lakich propose une autre lecture de banna'in : les ouleirin, préposés aux bains (de bei bani, maison de bain). Leur exigence sur les taches suppose des linges blancs. Or Rabbi Yannai demande à être enterré dans leurs habits comme un choix intermédiaire entre le blanc (fête) et le noir (deuil) : ils seraient donc rouges.

Réponse : leurs glimei (vêtements de dessus) sont rouges, leurs levouchei (linges de dessous) sont blancs.

🖼️ Schéma
Les vêtements des ouleirin : blancs ou rouges ? (seg. 8) Reich Lakich banna'in = ouleirin (baigneurs) très exigeants sur les taches -> blancs ? Rabbi Yannai ni blancs, ni noirs : enterrez-moi dans ceux des ouleirin -> rouges Levouchei (vêtements de dessous) = blancs Glimei (manteaux de dessus) = rouges
Reich Lakich et Rabbi Yannai : conciliation sur la couleur des vêtements des ouleirin.
10
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר מְקַפְּלִין כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: ״עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ״, לִימֵּד עַל חֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁקְּרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים. יָכוֹל אַף שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּשַׁבָּת — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּשַׁבַּתּוֹ״, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Rabbi Yichmael dit : on plie, etc. Les Sages ont enseigné : "L'holocauste du Chabbat en son Chabbat" (Nombres 28, 10) enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes à Yom Kippour.

On pourrait penser que même celles de Yom Kippour (sont offertes) le Chabbat : le verset dit "en son Chabbat". Ce sont les paroles de Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (3)
חֶלְבֵי שַׁבָּת כְּגוֹן אֶבְרֵי תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם קְרֵיבִים בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְהוּא יוֹם הַכִּפּוּרִים:
Les graisses du Chabbat : par exemple les membres du tamid de l'après-midi, offerts à la sortie du Chabbat, qui est Yom Kippour.
עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ מַשְׁמַע לְמִידְרַשׁ בְּלֹא וָי"ו וּמַשְׁמַע דְּעוֹלַת שַׁבָּת קְרֵיבָה בְּשַׁבָּת אַחֶרֶת לִימֵּד עַל חֶלְבֵי שַׁבָּת כו':
L'holocauste du Chabbat en son Chabbat : on le lit comme s'il était écrit sans vav ("le Chabbat"), ce qui laisse entendre que l'holocauste du Chabbat est offert un autre Chabbat : cela enseigne au sujet des graisses du Chabbat, etc.
יָכוֹל אַף שֶׁל יוה"כ בְּשַׁבָּת ת"ל בְּשַׁבַּתּוֹ וָי"ו מִיעוּטוֹ הוּא בְּשַׁבַּתּוֹ וְלֹא בְּשַׁבָּת אַחֶרֶת:
On pourrait penser que même celles de Yom Kippour le Chabbat, le verset dit "en son Chabbat" : le vav est une restriction : en son Chabbat, et non en un autre Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביוה"כ אוֹמֵר רִ"י דְּכָל הֵיכָא דְּקָתָנֵי תְּרֵי שְׁבִי דְּהָווּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אָתְיָא כַּאֲחֵרִים דְּאָמְרִי אֵין בֵּין עֲצֶרֶת לַעֲצֶרֶת אֶלָּא ד' יָמִים בִּלְבַד וְהָכִי מְפָרֵשׁ הַשַּׁ"ס בְּפֶ' בָּתְרָא דְּסֻוכָּה (דַּף נד:):
Les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour : le Ri dit que partout où l'on enseigne deux "Chabbat" consécutifs, cela suit les Aherim, qui disent qu'entre une fête de Chavouot (atseret) et la suivante il n'y a que quatre jours (de décalage) seulement ; et ainsi l'explique la Guemara dans le dernier chapitre de Soukka (54b).
💡 Explication

Retour à la Michna (113a) : Rabbi Yichmael permet de plier les vêtements de Yom Kippour pour le Chabbat, et de brûler à Yom Kippour les graisses (helavim) des sacrifices du Chabbat. Les graisses et membres doivent en principe brûler la nuit même ; on peut cependant les brûler le jour suivant s'il est aussi saint.

Le verset olat chabbat be-chabbato est lu en deux temps : "olat chabbat be-chabbat" (en un autre Chabbat : Yom Kippour, appelé chabbat chabbaton) inclut ; le vav possessif ("son" Chabbat) exclut l'inverse. Tossefot note que le cas de deux jours saints consécutifs suppose un calendrier fixe particulier (opinion des Aherim).

🖼️ Schéma
Les graisses du Chabbat : quand les brûler ? (seg. 9-11) Cas Rabbi Yichmael Rabbi Akiva Graisses du Chabbat brûlées à Yom Tov (dimanche) PERMIS (kal va-homer des nedarim) PERMIS (c'est ce qu'enseigne le verset) Graisses du Chabbat brûlées à Yom Kippour (dimanche) PERMIS (c'est ce qu'enseigne le verset) INTERDIT ("be-chabbato" exclut) Graisses de Yom Kippour brûlées le Chabbat INTERDIT ("be-chabbato" exclut) INTERDIT Vœux et offrandes volontaires à Yom Tov offerts non offerts
Graisses du Chabbat : les positions de Rabbi Yichmael et de Rabbi Akiva.
11
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ״, לִימֵּד עַל חֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁקְּרֵבִים בְּיוֹם טוֹב. יָכוֹל אַף בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּשַׁבַּתּוֹ״.

Rabbi Akiva dit : "L'holocauste du Chabbat en son Chabbat" enseigne au sujet des graisses du Chabbat qu'elles sont offertes à Yom Tov. On pourrait penser que même à Yom Kippour : le verset dit "en son Chabbat".

📜 Rachi (1)
שֶׁקְּרֵיבִים בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת:
Qui sont offertes à Yom Tov : qui tombe à la sortie du Chabbat.
💡 Explication

Rabbi Akiva applique l'inclusion à Yom Tov et l'exclusion à Yom Kippour. Pour lui, les graisses du Chabbat ne peuvent pas être brûlées à Yom Kippour qui suit.

12
כְּשֶׁתִּמְצָא לוֹמַר, לְדִבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל נְדָרִים וּנְדָבוֹת קְרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב, וְכִי אִיצְטְרִיךְ קְרָא — לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים. לְדִבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵבִין בְּיוֹם טוֹב, וְכִי אִיצְטְרִיךְ קְרָא — לְמִישְׁרֵא בְּיוֹם טוֹב. אָמַר רַבִּי זֵירָא:

Il ressort (de l'analyse) : selon Rabbi Yichmael, les vœux et offrandes volontaires (nedarim et nedavot) sont offerts à Yom Tov, et si le verset est nécessaire, c'est pour Yom Kippour. Selon Rabbi Akiva, les vœux et offrandes volontaires ne sont pas offerts à Yom Tov, et si le verset est nécessaire, c'est pour permettre (les graisses) à Yom Tov.

Rabbi Zeira a dit :

📜 Rachi (1)
נְדָרִים וּנְדָבוֹת פְּלוּגְתָּא הִיא בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף יט.) וְר' יִשְׁמָעֵאל סְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָמַר קְרֵיבִין הִלְכָּךְ כֵּיוָן דִּנְדָרִים וּנְדָבוֹת שֶׁיָּכוֹל לְהַמְתִּין וְלִשְׁחָטָן בְּחֹול וּלְהַקְרִיבָן נִשְׁחָטִים וְנִקְרָבִין בְּיוֹם טוֹב קַל וָחֹומֶר בְּחֶלְבֵי שַׁבָּת שֶׁנִּשְׁחֲטוּ כְּדַרְכָּן בִּזְמַנָּן וְנִיתְוַתְּרוּ הִלְכָּךְ לָא אִיצְטְרִיךְ קְרָא עוֹלַת שַׁבָּת בְּשַׁבַּתּוֹ אֶלָּא לְיוֹם הַכִּפּוּרִים:
Vœux et offrandes volontaires : c'est une controverse dans le traité Beitsa (19a), et Rabbi Yichmael pense comme celui qui dit qu'ils sont offerts. Par conséquent, puisque les vœux et offrandes volontaires, pour lesquels on peut attendre et les égorger en semaine, sont égorgés et offerts à Yom Tov, à plus forte raison (kal va-homer) les graisses du Chabbat, qui ont été égorgées normalement en leur temps et sont restées. Par conséquent, le verset "l'holocauste du Chabbat en son Chabbat" n'est nécessaire que pour Yom Kippour.
💡 Explication

La Guemara explique pourquoi chacun applique le verset à un jour différent. Pour Rabbi Yichmael, les nedarim et nedavot (sacrifices qui peuvent attendre) s'offrent déjà à Yom Tov ; par kal va-homer, les graisses du Chabbat aussi. Le verset sert donc à inclure Yom Kippour.

Pour Rabbi Akiva, les nedarim et nedavot ne s'offrent pas à Yom Tov : sans verset, on interdirait aussi les graisses. Le verset sert à les permettre à Yom Tov, et Yom Kippour reste exclu. La parole de Rabbi Zeira continue en 114b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).