Shabbat 114b — Sonner le chofar et faire la havdala entre Chabbat, Yom Kippour et Yom Tov ; la kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat

Shabbat 114b

Sougya : Rabbi Zeira raconte comment il comprenait, à Babylone puis en Erets Israël, la baraita selon laquelle on ne sonne pas le chofar à la veille d'un Chabbat qui suit Yom Kippour et l'on ne fait pas la havdala à la sortie d'un Chabbat qui précède Yom Kippour. Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi l'attribue à Rabbi Akiva, qui met Yom Kippour à égalité avec le Chabbat ; Rabbi Zeira répond que les Cohanim sont zerizin (vigilants) et n'ont pas besoin de signal.

La Guemara demande ensuite pourquoi on ne sonne pas pour annoncer que la kenivat yarak (préparation des légumes) est permise à Yom Kippour l'après-midi : Rav Yosef répond qu'on ne lève pas un chevout pour permettre, Rav Chicha distingue un chevout proche et un chevout éloigné, et la Michna sur Yom Tov qui suit le Chabbat tranche en faveur de Rav Yosef. Enfin, Rav Houna interdit la kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat (derachat "chabbaton"), et Rabbi Yo'hanan la permet ; une baraita le soutient (suite en 115a).

Chofar de la veille et havdala : quand les fait-on ? (seg. 0-4) Succession des jours Chofar (veille, de jour) Havdala (à la sortie) Yom Kippour vendredi -> Chabbat Non (baraita) - Chabbat -> Yom Kippour dimanche - Non (baraita) Yom Tov vendredi -> Chabbat Oui : on entre dans un jour plus grave Non : on entre dans le saint, pas dans le profane Chabbat -> Yom Tov dimanche Non : le jour grave sort ; pas de chofar pour permettre Oui : "bein kodech le-kodech" Règle (Rachi, Tossefot) : le chofar marque l'entrée d'un jour plus grave ; la havdala marque la sortie du plus saint vers le moins saint.
Chofar de la veille et havdala selon que Chabbat précède ou suit Yom Kippour ou Yom Tov.
Sonner le chofar (chevout) pour annoncer une permission ? (seg. 2-4) Question : qu'on sonne pour annoncer que la kenivat yarak est permise l'après-midi ! Rav Yosef On ne lève pas un chevout pour permettre (seulement pour interdire) Rav Chicha fils de Rav Idi Chevout proche : permis Chevout éloigné : non permis Objection : Yom Tov à la sortie du Chabbat, on ne sonne pas, alors que l'abattage est permis tout de suite (chevout proche) Conclusion (mehavarta) Rav Yosef a raison Chevout proche : ce qui devient permis tout de suite (abattage dès la nuit). Chevout éloigné : ce qui ne sert que plus tard (kenivat yarak l'après-midi, ou une autre année).
Rav Yosef et Rav Chicha : peut-on lever un chevout (sonner le chofar) pour annoncer une permission ?
Kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat (seg. 5-7) Jour Rav Houna / baraita de Rav Mana Rabbi Yo'hanan Chabbat ordinaire Interdit : on se fatigue pour la semaine Yom Kippour en semaine (après-midi) Permis : on voit la nourriture sans manger (inouy) Yom Kippour un Chabbat Interdit "chabbaton" = chevout -> kenivat yarak Permis "chabbaton" = melakha : assei + lo taasse Enjeu : le mot chabbaton ajoute-t-il un interdit (kenivat yarak) ou seulement une mitsva positive (assei) sur les melakhot déjà interdites ?
Rav Houna et Rabbi Yohanan : la kenivat yarak à Yom Kippour qui tombe un Chabbat.
1
כִּי הֲוֵינָא בְּבָבֶל הֲוָה אָמְרִינַן: הָא דְּתַנְיָא יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת — לֹא הָיוּ תּוֹקְעִין, וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת — לֹא הָיוּ מַבְדִּילִין, דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא. כִּי סָלֵיקְנָא לְהָתָם, אַשְׁכְּחִיתֵיהּ לִיהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי דְּיָתֵיב וְקָאָמַר: רַבִּי עֲקִיבָא הִיא, דְּאִי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, כֵּיוָן דְּאָמַר חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, לִיתְקַע, כִּי הֵיכִי דְּלֶיהְוֵי יָדְעִי דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים. וְאָמֵינָא לֵיהּ אֲנָא: כֹּהֲנִים זְרִיזִין הֵן.

(Rabbi Zeira poursuit :) Quand j'étais à Babylone, nous disions : ce qui est enseigné dans la baraita - Yom Kippour qui tombe la veille du Chabbat, on ne sonnait pas (le chofar), et à la sortie du Chabbat (quand Yom Kippour tombe à la sortie du Chabbat), on ne faisait pas la havdala - est l'avis de tous. Quand je suis monté là-bas (en Erets Israël), j'ai trouvé Yehouda, fils de Rabbi Chimon ben Pazi, qui était assis et disait : c'est l'avis de Rabbi Akiva.

Car si c'était celui de Rabbi Yichmael, puisqu'il dit que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour, qu'on sonne, afin qu'ils sachent que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour. Et je lui ai dit : les Cohanim sont zerizin (vigilants).

📜 Rachi (7)
כִּי הֲוֵינָא בְּבָבֶל כְּשֶׁלָּמַדְתִּי תּוֹרָה בְּבָבֶל קֹודֶם שֶׁעָלִיתִי לא"י:
Quand j'étais à Babylone : quand j'étudiais la Torah à Babylone, avant de monter en Erets Israël.
לֹא הָיוּ תּוֹקְעִין שֵׁשׁ תְּקִיעוֹת שֶׁתּוֹקְעִין בע"ש לְהַבְטִיל וּלְהַבְדִּיל מִשּׁוּם דיוה"כ קָדוֹשׁ כְּשַׁבָּת וְאָסוּר בְּכָל מְלָאכָה:
On ne sonnait pas : les six sonneries que l'on sonne la veille du Chabbat pour faire cesser (le travail) et pour séparer (le saint du profane), parce que Yom Kippour est saint comme le Chabbat et interdit en toute melakha.
וּבְמוֹצַ"שׁ אִם חָל בּוֹ יוה"כ:
Et à la sortie du Chabbat : si Yom Kippour y tombe.
לֹא הָיוּ מַבְדִּילִין בִּתְפִלָּה הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹדֶשׁ לְקֹדֶשׁ כְּמוֹ שֶׁמַּבְדִּילִין בי"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּמוֹצַ"שׁ:
On ne faisait pas la havdala : dans la prière, "qui sépare entre saint et saint", comme on fait la havdala lorsque Yom Tov tombe à la sortie du Chabbat.
רַבִּי עֲקִיבָא הִיא דַּחֲשִׁיב לֵיהּ יוה"כ כְּשַׁבָּת הִלְכָּךְ לָא בָּעֵי לְמִתְקַע לְהַבְדִּיל בֵּין זֶה לָזֶה לְהֶיכֵּרָא דְּלָא תָּקְעִינַן אֶלָּא בֵּין יוֹם קַל לְיוֹם חָמוּר וְכִי הֵיכִי דִּבְשַׁבָּת לָא תָּקְעִי לְהַבְדִּיל כֹּהֲנִים מִלְּהַקְרִיב חֶלְבֵי שַׁבָּת ביוה"כ ביוה"כ נָמֵי לָא תָּקְעִינַן לְהַבְדִּילָן מִלְּהַקְרִיב חֶלְבֵי יוה"כ בְּשַׁבָּת:
C'est Rabbi Akiva : qui considère Yom Kippour comme le Chabbat. C'est pourquoi il n'y a pas besoin de sonner pour séparer l'un de l'autre en signe distinctif, car on ne sonne qu'entre un jour léger et un jour grave. Et de même qu'au Chabbat on ne sonne pas pour empêcher les Cohanim d'offrir les graisses du Chabbat à Yom Kippour, à Yom Kippour non plus on ne sonne pas pour les empêcher d'offrir les graisses de Yom Kippour au Chabbat.
דְּאִי ר' יִשְׁמָעֵאל כֵּיוָן דְּקִיל לֵיהּ יוה"כ מִשַּׁבָּת לִיתְקַע לְהַבְטִיל מֵהִקָּרֵיב חֶלְבֵי יוה"כ בְּשַׁבָּת וּבִתְקִיעָה זוֹ יָבִינוּ שֶׁהוּא יוֹם הַקַּל וְלִכְשֶׁיָּחוּל יוה"כ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְלֹא יִתְקְעוּ יָדְעוּ שֶׁמֻּותָּר לְהַקְרִיב בּוֹ חֶלְבֵי שַׁבָּת:
Car si c'était Rabbi Yichmael : puisque pour lui Yom Kippour est plus léger que le Chabbat, qu'on sonne pour empêcher d'offrir les graisses de Yom Kippour au Chabbat. Par cette sonnerie, ils comprendront que (Yom Kippour) est le jour le plus léger, et lorsque Yom Kippour tombera à la sortie du Chabbat et qu'on ne sonnera pas, ils sauront qu'il est permis d'y offrir les graisses du Chabbat.
זְרִיזִים הֵם בְּקִיאִים הֵן בְּכָל וְאֵין צְרִיכִין סִימָן דִּכְתִיב בָּהֶן יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ לְיַעֲקֹב (דְּבָרִים ל״ג:י׳):
Ils sont zerizin : ils sont experts en toute chose et n'ont pas besoin de signe, comme il est écrit à leur sujet : "Ils enseigneront Tes lois à Yaakov" (Devarim 33, 10).
🗂️ Tossefot (1)
לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים הַךְ תְּקִיעָה בע"ש קָאָמַר כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל יוה"כ שֶׁחָל בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת לָא תָּקְעִי בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת לְהוֹדִיעַ שיוה"כ הוּא קַל דְּאַדְּרַבָּה מִתּוֹךְ הַתְּקִיעָה יְהֵא נִרְאֶה שֶׁהוּא חָמוּר דְּכָל תְּקִיעוֹת שֶׁתּוֹקְעִין בע"ש אוֹ עי"ט תּוֹקְעִין בִּכְנִיסַת חָמוּר וּלְהָכֵי אָמַר בְּסָמוּךְ י"ט שֶׁחָל בְּמוֹצַ"שׁ מַבְדִּילִין וְלֹא תּוֹקְעִין וְלָא תָּקְעִי לְהוֹדִיעַ דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בי"ט וּמִיהוּ הָתָם דָּבָר יָדוּעַ הוּא שי"ט קִיל הוּא מִשַּׁבָּת וְהָא דְּפָרִיךְ עֲלָהּ בְּסָמוּךְ וְאַמַּאי לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דִּלְיָדְעִי דְּשָׁרֵי שְׁחִיטָה לְאַלְתַּר אוֹתָהּ תְּקִיעָה אֵינָהּ אֶלָּא לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא לַיְלָה וְלֹא לְהוֹדִיעַ שי"ט קַל הוּא מִשַּׁבָּת וְהָא דְּלָא קָאָמַר הָכָא לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דְּחֶלְבֵי יוה"כ אֵין קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת דְּהָא כִּי לָא תָּקְעִי נָמֵי מֵחֲמַת שֶׁשַּׁבָּת ויוה"כ שָׁוִין אֵין קְרֵיבִין שֶׁל זֶה בָּזֶה אִם כֵּן הַתְּקִיעָה אֵינָהּ מוֹכַחַת שֶׁלֹּא יִהְיוּ קְרֵיבִין שֶׁל יוה"כ בְּשַׁבָּת וְהָא נַמֵּי לָא בָּעֵי לְמִיפְרַךְ וְלַיבְדֵּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת דִּלְיָדְעִי דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין ביוה"כ דְּהָא אַפֵּי' מַבְדִּיל בְּבֵית הִכָּנֵס' בָּרַבִּים אֵין פִּרְסוּם בְּהַבְדָּלָה כְּמוֹ בִּתְקִיעָה:
Qu'on sonne afin qu'ils sachent que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour : il parle de la sonnerie de la veille du Chabbat, comme l'explique le Kountras (Rachi). Mais quand Yom Kippour tombe le dimanche, on ne sonnerait pas à la sortie du Chabbat pour faire savoir que Yom Kippour est plus léger : au contraire, la sonnerie le ferait paraître plus grave, car toutes les sonneries faites la veille du Chabbat ou la veille de Yom Tov se font à l'entrée du jour le plus grave. C'est pourquoi il est dit plus loin : Yom Tov qui tombe à la sortie du Chabbat, on fait la havdala et on ne sonne pas ; et l'on ne sonne pas pour faire savoir que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Tov. Toutefois, là, il est connu que Yom Tov est plus léger que le Chabbat. Et l'objection soulevée plus loin, "pourquoi ? Qu'on sonne pour qu'ils sachent que l'abattage est permis aussitôt", vise une sonnerie qui n'aurait pour but que d'annoncer qu'il fait nuit, et non que Yom Tov est plus léger que le Chabbat. S'il n'est pas dit ici : "qu'on sonne pour qu'ils sachent que les graisses de Yom Kippour ne sont pas offertes au Chabbat", c'est que même sans sonnerie, puisque le Chabbat et Yom Kippour sont égaux (selon Rabbi Akiva), on n'offre pas les graisses de l'un pendant l'autre ; la sonnerie ne démontrerait donc pas que les graisses de Yom Kippour ne sont pas offertes au Chabbat. Il n'y avait pas lieu non plus d'objecter : qu'on fasse la havdala à la sortie du Chabbat pour qu'ils sachent que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour, car même si l'on fait la havdala à la synagogue en public, la havdala n'a pas la publicité de la sonnerie.
💡 Explication

Au Temple, on sonnait le chofar la veille du Chabbat pour faire cesser le travail et marquer l'entrée du jour saint. La baraita dit : si Yom Kippour tombe un vendredi, on ne sonne pas avant le Chabbat ; si Yom Kippour tombe un dimanche, on ne fait pas la havdala "entre saint et saint" à la sortie du Chabbat.

Yehouda ben Rabbi Chimon ben Pazi y voit l'avis de Rabbi Akiva, pour qui Yom Kippour et Chabbat ont la même gravité (114a). Selon Rabbi Yichmael, Yom Kippour est plus léger, puisqu'on y brûle les graisses du Chabbat ; il faudrait alors un signal pour les Cohanim. Rabbi Zeira réfute la preuve : les Cohanim sont zerizin et connaissent la règle sans signal, donc la baraita peut suivre tout le monde.

🖼️ Schéma
Chofar de la veille et havdala : quand les fait-on ? (seg. 0-4) Succession des jours Chofar (veille, de jour) Havdala (à la sortie) Yom Kippour vendredi -> Chabbat Non (baraita) - Chabbat -> Yom Kippour dimanche - Non (baraita) Yom Tov vendredi -> Chabbat Oui : on entre dans un jour plus grave Non : on entre dans le saint, pas dans le profane Chabbat -> Yom Tov dimanche Non : le jour grave sort ; pas de chofar pour permettre Oui : "bein kodech le-kodech" Règle (Rachi, Tossefot) : le chofar marque l'entrée d'un jour plus grave ; la havdala marque la sortie du plus saint vers le moins saint.
Quand sonne-t-on le chofar de la veille, quand fait-on la havdala ?
2
אֲמַר לֵיהּ מָר קַשִּׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא לְרַב אָשֵׁי: מִי אָמְרִינַן כֹּהֲנִים זְרִיזִין הֵן? וְהִתְנָן: שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִמְּלָאכָה, שָׁלֹשׁ לְהַבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְחֹול. כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי: לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשְׁלֶם, הָכָא נָמֵי לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשְׁלֶם.

Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, dit à Rav Achi : dit-on vraiment que les Cohanim sont zerizin ? Nous avons pourtant appris (dans une Michna) : trois (sonneries) pour faire cesser le peuple du travail, trois pour séparer le saint du profane !

(On répond :) Comme l'a dit Abaye : pour le reste du peuple de Jérusalem ; ici aussi, pour le reste du peuple de Jérusalem.

📜 Rachi (3)
וְהִתְנָן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה:
Nous avons pourtant appris : dans le traité Souka.
ג' לְהַבְטִיל כו' וּמַנִּי לְהוּ בִּתְקִיעוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ אֵין פּוֹחֲתִין מכ"א תְּקִיעוֹת בַּמִּקְדָּשׁ וקס"ד מִדְּתָקְעִי' לְהוּ בַּמִּקְדָּשׁ לְהֶיכֵּרָא דְּכָהֲנֵי' תָּקְעִי לְהוּ:
Trois pour faire cesser, etc. : on les compte parmi les sonneries du Temple (on ne sonne pas moins de vingt et une sonneries au Temple), et l'on pensait d'abord que, puisqu'on les sonne au Temple, on les sonne comme signe pour les Cohanim.
כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי בְּסֵדֶר יוֹמָא בְּפֶרֶק ג' גַּבֵּי נִבְרֶשֶׁת שֶׁעָשְׂתָה הֵילֵנִי הַמַּלְכָּה עַל פִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל בְּשָׁעָה שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת נִיצוֹצוֹת יוֹצְאוֹת הֵימֶנָּה וְהַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁזְּמַן ק"ש הִגִּיעַ וּמוֹתְבִינַן וּרְמִינְהוּ הַקּוֹרֵא ק"ש עִם אַנְשֵׁי מִשְׁמָר לֹא יָצָא אַלְמָא לָאו בְּזִימְנָא קְרָיִין וְאָמַר אַבַּיֵּי הָא סִימָן דְּנִבְרֶשֶׁת לִשְׁאָר עַמָּא שֶׁיִּקְרְאוּ ק"ש בְּעוֹנָתָהּ:
Comme l'a dit Abaye : dans le Seder Moed, traité Yoma, chapitre 3, au sujet du lustre que la reine Hilni fit faire à l'entrée du Heikhal : au lever du soleil, des étincelles en jaillissaient et tous savaient que l'heure du Chema était arrivée. On objecte : celui qui lit le Chema avec les hommes de la michmar (garde des Cohanim) n'est pas quitte ; il en ressort qu'ils ne le lisent pas à l'heure. Abaye répond : ce signe du lustre était pour le reste du peuple, afin qu'ils lisent le Chema en son temps.
💡 Explication

Objection : la Michna de Souka (53b) compte parmi les sonneries du Temple celles de la veille du Chabbat. Si on les sonne au Temple, n'est-ce pas pour les Cohanim ? Ils auraient donc besoin d'un signal.

Réponse par analogie avec Abaye (Yoma 37b, le lustre de la reine Hilni) : ces signaux du Temple s'adressent au reste du peuple de Jérusalem, pas aux Cohanim. L'argument des Cohanim zerizin tient.

3
וְלִיתְקַע, כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דִּשְׁרֵי בִּקְנִיבַת יָרָק מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה. אָמַר רַב יוֹסֵף: לְפִי שֶׁאֵין דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר.

Mais qu'on sonne (à Yom Kippour qui tombe la veille du Chabbat), afin qu'ils sachent que la kenivat yarak (préparation des légumes) est permise à partir de minha ! Rav Yosef dit : parce qu'on ne repousse pas un chevout (interdit rabbinique) pour permettre.

📜 Rachi (3)
וְלִיתְקַע בֵּין לר"ע בֵּין לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל לְאוֹדְעֵי דֶּקֶל הוּא מִשַּׁבָּת דיוה"כ שָׁרִי בִּקְנִיבַת יָרָק תָּלוּשׁ לְנַתֵּק הֶעָלִין מִן הַקְּלָחִין כְּדֵי לְהַשְׁווֹתָם שֶׁיְּהוּ מוּכָנִים לְחָתְכָן וּלְפָרְמָן דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם דְּהָוֵי עִינּוּי שֶׁרוֹאֶה וּמְזַמֵּן וְאֵינוֹ אוֹכֵל:
Mais qu'on sonne : selon Rabbi Akiva comme selon Rabbi Yichmael, pour faire savoir (que Yom Kippour) est plus léger que le Chabbat, car à Yom Kippour il est permis de faire la kenivat yarak détaché : arracher les feuilles des tiges pour les égaliser, afin qu'ils soient prêts à être coupés et hachés. Nous disons plus loin que c'est permis parce que c'est une affliction (inouy) : il voit, il prépare et il ne mange pas.
קְנִיבָה כִּי הַהִיא דִּכְלָל גָּדוֹל (לְעֵיל שַׁבָּת עג:) הַאי מַאן דְּקָנֵיב סִילְקָא אֶלָּא דְּהָתָם בִּמְחֻובָּר וְהָכָא בְּתָלוּשׁ:
Kenivat : comme dans le chapitre Kelal gadol (plus haut, Chabbat 73b) : "celui qui fait la keniva d'une bette". Mais là il s'agit de ce qui est attaché au sol, et ici de ce qui est détaché.
לְפִי שֶׁאֵין דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר תְּקִיעַת שׁוֹפָר שְׁבוּת הוּא וְקָאָמְרַתְּ דְּלִידְחֵיהּ לְהוֹדִיעַ הֶיתֵּר בִּקְנִיבַת יָרָק אֵין דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר אֶלָּא לֶאֱסֹור כְּגוֹן יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש תּוֹקְעִין לְהַבְטִיל וּלְהַבְדִּיל:
Parce qu'on ne repousse pas un chevout pour permettre : sonner le chofar est un chevout, et tu dis qu'il devrait être repoussé pour annoncer la permission de la kenivat yarak. On ne repousse pas un chevout pour permettre, seulement pour interdire : par exemple Yom Tov qui tombe la veille du Chabbat, on sonne pour faire cesser et pour séparer.
🗂️ Tossefot (3)
וְלִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דִּשְׁרֵי בִּקְנִיבַת יָרָק ה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ אַלִּיבָּא דְּר' יִשְׁמָעֵאל לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ שֶׁמַּצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מיוה"כ לְשַׁבָּת אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ לכ"ע:
Mais qu'on sonne afin qu'ils sachent que la kenivat yarak est permise : il aurait pu aussi objecter selon Rabbi Yichmael : qu'on sonne afin qu'ils sachent qu'on prépare les lits de Yom Kippour pour le Chabbat. Mais il préfère objecter selon tous.
אֶלָּא לִקְנִיבַת יָרָק נִרְאֶה לר"י דְּאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא דְּאִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא ביוה"כ נָמֵי לִיתְּסַר וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְעֵיל שַׁבָּת עג:) הַאי מַאן דְּקָנֵיב סִילְקָא חַייָּב שְׁתַּיִם הָתָם מַיְירֵי בִּמְחֻובָּר וְהָכָא אַייְרֵי בְּתָלוּשׁ כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְלָא דָּמֵי לְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל הַאי מַאן דְּפָרֵים סִילְקָא חַייָּב מִשּׁוּם טוֹחֵן דְּהָתָם מַייְרֵי כְּשֶׁעוֹשֶׂה חֲתִיכוֹת דַּקּוֹת מְאֹד וְהָכָא מַיְירֵי כְּשֶׁעוֹשֶׂה חֲתִיכוֹת גְּדוֹלוֹת:
Sauf pour la kenivat yarak : il semble au Ri que c'est une simple asmakhta (appui scripturaire). Car si c'était d'ordre toraique, ce serait interdit aussi à Yom Kippour. Et ce qui est dit dans le chapitre Kelal gadol (plus haut, Chabbat 73b), "celui qui fait la keniva d'une bette est coupable de deux (transgressions)", porte sur ce qui est attaché au sol, et ici sur ce qui est détaché, comme l'explique le Kountras. Ce n'est pas comparable non plus à ce qui est dit dans le chapitre Kelal gadol, "celui qui hache une bette est coupable au titre de moudre (tohen)" : là il s'agit de morceaux très fins, et ici de gros morceaux.
אָמַר רַב יוֹסֵף לְפִי שֶׁאֵין דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר לְעֵיל כִּי פָּרֵיךְ לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דְּחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין כּוּ' לָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָכִי דְּאֵין זוֹ הַתָּרָה מַה שֶׁמַּתִּירִין לְהַקְרִיבָם אֶלָּא חוּמְרָא הוּא שֶׁיַּקְטִירוּ הָאֵימוּרִים וְלֹא יָבֹאוּ לִידֵי נוֹתָר וְיֵשׁ חוּמְרָא בְּדָבָר שֶׁחַיָּיבִין לְהַקְטִירָם:
Rav Yosef dit : parce qu'on ne repousse pas un chevout pour permettre. Plus haut, quand on objectait "qu'on sonne afin qu'ils sachent que les graisses du Chabbat sont offertes...", on ne pouvait pas répondre ainsi : permettre de les offrir n'est pas une permission, c'est une rigueur, afin qu'on brûle les parties à offrir et qu'elles ne deviennent pas notar (reste invalide). Il y a une rigueur dans cette affaire, puisqu'on est tenu de les brûler.
💡 Explication

La kenivat yarak consiste à retirer les feuilles abîmées des légumes pour les préparer. Au Chabbat, c'est interdit (on se fatigue pour la semaine). À Yom Kippour, on la permet l'après-midi, car voir la nourriture sans la manger ajoute à l'affliction. Yom Kippour est donc plus léger sur ce point. Pourquoi ne pas sonner pour l'annoncer ?

Rav Yosef : la sonnerie du chofar est elle-même un chevout (interdit rabbinique). On lève un chevout pour interdire (faire cesser le travail), jamais pour annoncer une permission.

🖼️ Schéma
Sonner le chofar (chevout) pour annoncer une permission ? (seg. 2-4) Question : qu'on sonne pour annoncer que la kenivat yarak est permise l'après-midi ! Rav Yosef On ne lève pas un chevout pour permettre (seulement pour interdire) Rav Chicha fils de Rav Idi Chevout proche : permis Chevout éloigné : non permis Objection : Yom Tov à la sortie du Chabbat, on ne sonne pas, alors que l'abattage est permis tout de suite (chevout proche) Conclusion (mehavarta) Rav Yosef a raison Chevout proche : ce qui devient permis tout de suite (abattage dès la nuit). Chevout éloigné : ce qui ne sert que plus tard (kenivat yarak l'après-midi, ou une autre année).
Rav Yosef et Rav Chicha sur la levée d'un chevout.
4
וְרַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: שְׁבוּת קְרוֹבָה — הִתִּירוּ, שְׁבוּת רְחוֹקָה — לֹא הִתִּירוּ.

Et Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : un chevout proche, ils l'ont permis ; un chevout éloigné, ils ne l'ont pas permis.

📜 Rachi (2)
וְרַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר לְעוֹלָם דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר אִי הֲוָה מִיבְּעֵי' לָן הֶיתֵּרָא הָאִידָּנָא אֲבָל הַשְׁתָּא דְּלָא מִיבְּעֵי לָן קְנִיבַת יָרָק ביוה"כ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּע"ש שֶׁהֲרֵי בְּשַׁבָּת לֹא יְבַשְּׁלוּם וְלֹא תְּהֵא תְּקִיעָה זוֹ אֶלָּא לְהוֹדִיעֵנוּ הֶיתֵּר בְּשָׁנָה אַחֶרֶת שֶׁיָּחוּל יה"כ בְּאֶמְצַע שַׁבָּת לֹא הִתִּירוּ:
Et Rav Chechet, fils de Rav Idi, dit : on repousse bien un chevout pour permettre, si nous avions besoin de la permission maintenant. Mais ici, nous n'avons pas besoin de la kenivat yarak à Yom Kippour qui tombe la veille du Chabbat, puisqu'au Chabbat on ne les fera pas cuire. Cette sonnerie ne servirait qu'à nous faire connaître une permission pour une autre année, où Yom Kippour tombera au milieu de la semaine : cela, ils ne l'ont pas permis.
שְׁבוּת קְרוֹבָה כְּלוֹמַר דְּחִיּוּב שְׁבוּת הִתִּירוּ לְצֹורֶךְ דָּבָר קָרוֹב וְלֹא לְצֹורֶךְ דָּבָר רָחוֹק:
Chevout proche : c'est-à-dire que l'interdit de chevout, ils l'ont levé pour un besoin proche, mais pas pour un besoin éloigné.
💡 Explication

Rav Chicha propose une autre raison : on peut lever un chevout pour permettre, mais seulement pour un besoin proche. Quand Yom Kippour tombe un vendredi, personne ne cuisinera les légumes au Chabbat ; la sonnerie ne servirait qu'à enseigner la règle pour une autre année. C'est un besoin éloigné.

5
וּשְׁבוּת קְרוֹבָה הִתִּירוּ? וְהִתְנָן: יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת — תּוֹקְעִין וְלֹא מַבְדִּילִין. מוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּילִין וְלֹא תּוֹקְעִין. וְאַמַּאי? לִיתְקַע, כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דִּשְׁרֵי בִּשְׁחִיטָה לְאַלְתַּר! אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְרַב יוֹסֵף.

Et un chevout proche, l'ont-ils permis ? Nous avons pourtant appris : Yom Tov qui tombe la veille du Chabbat, on sonne et on ne fait pas la havdala ; (Yom Tov qui tombe) à la sortie du Chabbat, on fait la havdala et on ne sonne pas.

Pourquoi ? Qu'on sonne, afin qu'ils sachent que l'abattage est permis aussitôt !

Il est donc clair (mehavarta) que c'est comme Rav Yosef.

📜 Rachi (5)
תּוֹקְעִין לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִמְּלָאכָה הַמֻּותֶּרֶת ביו"ט כְּגוֹן אֹוכֶל נֶפֶשׁ וּלֲהַבְדִּיל בֵּין הַקֹּודֶשׁ וּבֵין הַחֹול:
On sonne : pour faire cesser le peuple des travaux permis à Yom Tov, comme la préparation des aliments (okhel nefech), et pour séparer le saint du profane.
וְלֹא מַבְדִּילִין בִּתְפִלָּה וְעַל הַכּוֹס דְּלָא תִּקְּנוּ לוֹמַר הַבְדָּלָה אֶלָּא בִּיצִיאַת קוֹדֶשׁ וּבִכְנִיסַת חוֹל וְלֹא בִּכְנִיסַת קֹדֶשׁ וּבִיצִיאַת חוֹל דְּהָתָם שַׁיָּיךְ לְקִדּוּשֵׁי יוֹמָא וְקִדּוּשׁ יוֹם שֶׁמְּקַדְּשִׁין עַל הַיַּיִן הָוֵי הֶיכֵּירָא דִּילֵיהּ:
Et on ne fait pas la havdala : dans la prière et sur la coupe, car on n'a institué la havdala qu'à la sortie du saint et à l'entrée du profane, et non à l'entrée du saint et à la sortie du profane. Là, cela relève de la sanctification du jour, et le Kiddouch que l'on récite sur le vin en est le signe distinctif.
מוֹצָאֵי שַׁבָּת וְאִם חָל יו"ט בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת מַבְדִּילִין בִּתְפִלָּה וְעַל הַכּוֹס הַמַּבְדִּיל בֵּין קֹודֶשׁ לְקֹודֶשׁ מִפְּנֵי שֶׁהַקּוֹדֶשׁ חָמוּר יוֹצֵא וְנִכְנָס קַל:
À la sortie du Chabbat : si Yom Tov tombe à la sortie du Chabbat, on fait la havdala dans la prière et sur la coupe, "qui sépare entre saint et saint", car le saint grave sort et le léger entre.
וְלֹא תּוֹקְעִין מִבְּעוֹד יוֹם לְהַבְטִיל וּלְהַבְדִּיל דְּהָא הַיּוֹצֵא חָמוּר וְהַיּוֹם לֹא עָשׂוּ שׁוּם מְלָאכָה:
Et on ne sonne pas : pendant le jour, pour faire cesser et pour séparer, car c'est le jour grave qui sort, et ce jour-là on n'a fait aucune melakha.
וְאַמַּאי אִי ס"ד דּוֹחִין שְׁבוּת לְהַתִּיר לְצֹורֶךְ דָּבָר קָרוֹב יִתְקַע מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה לֵידַע דְּשָׁרֵי בִּשְׁחִיטָה לְאַלְתַּר:
Pourquoi : si tu penses qu'on repousse un chevout pour permettre en vue d'un besoin proche, qu'on sonne à la tombée de la nuit pour faire savoir que l'abattage est permis aussitôt.
🗂️ Tossefot (1)
וְאַמַּאי לִיתְקַע כִּי הֵיכִי דְּלִידְּעוּ דִּשְׁרֵי בִּשְׁחִיטָה לֹא לְהוֹדִיעַ די"ט קִיל אֶלָּא לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא לַיְלָה וְכֵן אוֹמֵר רִ"י מַה שֶׁתּוֹקְעִים בְּמוֹצָאֵי יוה"כ אֵינוֹ אֶלָּא לְהוֹדִיעַ שֶׁהוּא לַיְלָה וְיַאֲכִילוּ אֶת בְּנֵיהֶם שֶׁהִתְעַנּוּ וְגַם לְהָכִין סְעוּדַת מוֹצָאֵי יוה"כ שֶׁהִיא כְּעֵין י"ט כְּמוֹ שֶׁיָּסַד הַפַּיְּיטָן אַחַר גְּמַר מִיצּוּי אֱכוֹל בִּדְצַוִּי וְרִצּוּי וְלֹא כַּמַּחֲזוֹרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן שֶׁהַתְּקִיעָה זֵכֶר לַיּוֹבֵל כִּי לָמָּה תּוֹקְעִין בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה וְכִי הָיָה יוֹבֵל בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה:
Pourquoi ? Qu'on sonne afin qu'ils sachent que l'abattage est permis : non pour annoncer que Yom Tov est plus léger, mais pour annoncer qu'il fait nuit. Le Ri dit de même : ce que l'on sonne à la sortie de Yom Kippour sert seulement à annoncer qu'il fait nuit, pour qu'on fasse manger les enfants qui ont jeûné, et aussi pour préparer le repas de la sortie de Yom Kippour, qui est comme un Yom Tov, ainsi que l'a composé le payetan : "après la fin (du jeûne), mange avec joie, ton offrande est agréée". Et non comme dans les mahzorim où il est écrit que la sonnerie rappelle le Yovel (Jubilé) : pourquoi sonnerait-on chaque année ? Y avait-il un Yovel chaque année ?
💡 Explication

Objection contre Rav Chicha, à partir de la Michna : quand Yom Tov suit le Chabbat, on ne sonne pas. Pourtant l'abattage (pour la fête) est permis dès la nuit : c'est un besoin proche. Si on levait un chevout pour un besoin proche, on devrait sonner.

Conclusion (mehavarta) : la raison est celle de Rav Yosef. On ne lève jamais un chevout pour annoncer une permission.

6
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב הוּנָא, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב הוּנָא: יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — אָסוּר בִּקְנִיבַת יָרָק. אָמַר רַב מָנָא, תַּנָּא: מִנַּיִן לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁאָסוּר בִּקְנִיבַת יָרָק — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבָּתוֹן״, שְׁבוּת. לְמַאי? אִילֵּימָא לִמְלָאכָה — וְהָכְתִיב: ״לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה״! אֶלָּא לָאו, אַקְּנִיבַת יָרָק! שְׁמַע מִינָּה.

Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Houna, et certains disent : Rabbi Abba a dit au nom de Rav Houna : Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite. Rav Mana dit : il a été enseigné (dans une baraita) : d'où sait-on que Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite ?

Le verset dit : "chabbaton", c'est-à-dire chevout (repos). Pour quoi ?

Si l'on dit pour la melakha, il est déjà écrit : "Tu ne feras aucune melakha" ! N'est-ce donc pas pour la kenivat yarak ?

Déduis-en (chema minah).

📜 Rachi (6)
אָסוּר בִּקְנִיבַת יָרָק וְלָא מִבָּעֵי בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא דְּאָסוּר מִשּׁוּם שְׁבוּת דְּקָטָרַח מִשַּׁבָּת לָחוּל אֶלָּא אֲפִילּוּ הָאִידָּנָא דְּיֵשׁ כָּאן עִינּוּי דְּהָא בִּשְׁאָר יוה"כ שֶׁשְּׁאָר שְׁבוּת אָסוּר זֶה מֻותָּר הַשְׁתָּא דְּחָל בְּשַׁבָּת לָא שָׁרוּ רַבָּנָן: אָמַר רַב מָנָא תָּנָא כו':
La kenivat yarak est interdite : il n'est pas besoin de dire que c'est interdit un Chabbat ordinaire, à titre de chevout, parce qu'on se fatigue du Chabbat pour la semaine. Mais même maintenant, où il y a une affliction, alors qu'à un autre Yom Kippour, où les autres chevout sont interdits, celui-ci est permis, maintenant qu'il tombe un Chabbat les Sages ne l'ont pas permis. Rav Mana a dit : il a été enseigné, etc.
ת"ל בְּשַׁבָּת בְּרֵאשִׁית שַׁבָּתוֹן שַׁבַּת קֹדֶשׁ וְשַׁבָּתוֹן מַשְׁמַע שְׁבוּת:
Le verset dit : au sujet du Chabbat de la Création, "chabbaton, Chabbat saint" ; et "chabbaton" signifie chevout.
וּלְמַאי בְּאֵיזֶה קְנִיבָה אָסַר לָן קְרָא:
Pour quoi : quelle keniva le verset nous a-t-il interdite ?
אִילֵּימָא בִּמְלָאכָה כְּגוֹן מְחֻובָּר:
Si l'on dit pour la melakha : par exemple ce qui est attaché au sol.
הָא כְּתִיב לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה וְהָא תּוּ לָמָּה לִי:
Il est déjà écrit : "Tu ne feras aucune melakha" : pourquoi celui-ci encore ?
אֶלָּא לָאו לִקְנִיבַת יָרָק בְּעָלְמָא בְּתָלוּשׁ דְּמִידִי דְּלָאו מְלָאכָה קָאֵי עָלֶיהָ בַּעֲשֵׂה דְּשַׁבָּתוֹן שְׁבוּת וְכֵיוָן דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא אָסוּר בְּכָל שַׁבְּתוֹת הַשָּׁנָה הָכָא לָא שָׁרֵינַן לֵיהּ מִשּׁוּם עָגְמַת נֶפֶשׁ לְמִידְחֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא וּבִשְׁאָר יוה"כ שָׁרִי לְעָגְמַת נֶפֶשׁ ואע"ג דִּכְתִיב בֵּיהּ נָמֵי שַׁבָּתוֹן שְׁבוּת לָאו מִמְּלָאכָה הוּא אֶלָּא מִכָּל דָּבָר הַמְעַכֵּב מִלְּהִתְעַנּוֹת מִדְּסָמְכִינַן לְוַעֲנִיתֶם הָכִי דָּרְשִׁינַן לָהּ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עַד.) לִרְחִיצָה וְסִיכָה וְדוֹמִין לָהֶם:
N'est-ce donc pas pour la kenivat yarak : ordinaire, détaché. Une chose qui n'est pas une melakha tombe sous le commandement positif (assei) de "chabbaton", chevout. Et puisque c'est interdit par la Torah tous les Chabbats de l'année, ici on ne le permet pas à cause de la peine (agmat nefech) pour repousser un interdit toraique. À un autre Yom Kippour, c'est permis pour la peine. Et bien qu'il soit écrit aussi à son sujet "chabbaton", chevout, cela ne porte pas sur la melakha mais sur toute chose qui empêche de jeûner, puisqu'on le rapproche de "vous affligerez". C'est ainsi qu'on l'interprète au dernier chapitre de Yoma (74a) : pour se laver, s'oindre et ce qui leur ressemble.
🗂️ Tossefot (1)
לְעוֹלָם לִמְלָאכָה וּקְנִיבַת יָרָק דְּבָרַיְיתָא הַייְנוּ שֶׁעוֹשִׂים דַּק דַּק דְּהָוֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא דְּדָמֵי לְטוֹחֵן א"נ בִּמְחֻובָּר:
En réalité pour la melakha : et la kenivat yarak de la baraita consiste à couper très fin, ce qui est un interdit toraique, semblable à moudre (tohen) ; ou bien il s'agit de ce qui est attaché au sol.
💡 Explication

Première position : Rav Houna interdit la kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat. La permission propre à Yom Kippour (l'affliction) ne l'emporte pas sur l'interdit du Chabbat.

La baraita de Rav Mana le dérive du mot chabbaton. Les melakhot sont déjà interdites par "tu ne feras aucune melakha" ; chabbaton doit donc viser autre chose, à savoir la kenivat yarak. Selon Rachi, cet interdit à alors une base toraique (assei), qu'on ne lève pas pour la peine de Yom Kippour. Selon le Ri (Tossefot, seg. 2), il s'agit d'une asmakhta.

🖼️ Schéma
Kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat (seg. 5-7) Jour Rav Houna / baraita de Rav Mana Rabbi Yo'hanan Chabbat ordinaire Interdit : on se fatigue pour la semaine Yom Kippour en semaine (après-midi) Permis : on voit la nourriture sans manger (inouy) Yom Kippour un Chabbat Interdit "chabbaton" = chevout -> kenivat yarak Permis "chabbaton" = melakha : assei + lo taasse Enjeu : le mot chabbaton ajoute-t-il un interdit (kenivat yarak) ou seulement une mitsva positive (assei) sur les melakhot déjà interdites ?
Kenivat yarak : Rav Houna contre Rabbi Yo'hanan.
7
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — מֻותָּר בִּקְנִיבַת יָרָק. מֵיתִיבִי: מִנַּיִן לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שֶׁאָסוּר בִּקְנִיבַת יָרָק — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁבָּתוֹן״, שְׁבוּת. לְמַאי? אִילֵּימָא לִמְלָאכָה — וְהָכְתִיב: ״לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה״ אֶלָּא לָאו, בִּקְנִיבַת יָרָק! לֹא, לְעוֹלָם לִמְלָאכָה, וְלַעֲבֹור עָלֶיהָ בְּ״עֲשֵׂה״ ו״לא תַּעֲשֶׂה״.

Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est permise. On objecte : d'où sait-on que Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite ?

Le verset dit : "chabbaton", chevout. Pour quoi ?

Si l'on dit pour la melakha, il est déjà écrit : "Tu ne feras aucune melakha" ! N'est-ce donc pas pour la kenivat yarak ?

Non : en réalité pour la melakha, et pour qu'on la transgresse par un commandement positif (assei) et par un interdit (lo taasse).

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan permet la kenivat yarak même quand Yom Kippour tombe un Chabbat. La baraita de Rav Mana lui est opposée.

Réponse : chabbaton vise bien la melakha. Il ajoute un assei (commandement positif de se reposer) à l'interdit lo taasse. Celui qui fait une melakha transgresse les deux. La kenivat yarak n'est pas concernée. Tossefot (seg. 5) explique alors la baraita : elle parle d'un hachage très fin (tohen) ou de légumes encore attachés au sol.

8
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת

Il a été enseigné (dans une baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un Chabbat...

💡 Explication

La baraita qui soutient Rabbi Yo'hanan continue en 115a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).