Sougya : Rabbi Zeira raconte comment il comprenait, à Babylone puis en Erets Israël, la baraita selon laquelle on ne sonne pas le chofar à la veille d'un Chabbat qui suit Yom Kippour et l'on ne fait pas la havdala à la sortie d'un Chabbat qui précède Yom Kippour. Yehouda fils de Rabbi Chimon ben Pazi l'attribue à Rabbi Akiva, qui met Yom Kippour à égalité avec le Chabbat ; Rabbi Zeira répond que les Cohanim sont zerizin (vigilants) et n'ont pas besoin de signal.
La Guemara demande ensuite pourquoi on ne sonne pas pour annoncer que la kenivat yarak (préparation des légumes) est permise à Yom Kippour l'après-midi : Rav Yosef répond qu'on ne lève pas un chevout pour permettre, Rav Chicha distingue un chevout proche et un chevout éloigné, et la Michna sur Yom Tov qui suit le Chabbat tranche en faveur de Rav Yosef. Enfin, Rav Houna interdit la kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat (derachat "chabbaton"), et Rabbi Yo'hanan la permet ; une baraita le soutient (suite en 115a).
(Rabbi Zeira poursuit :) Quand j'étais à Babylone, nous disions : ce qui est enseigné dans la baraita - Yom Kippour qui tombe la veille du Chabbat, on ne sonnait pas (le chofar), et à la sortie du Chabbat (quand Yom Kippour tombe à la sortie du Chabbat), on ne faisait pas la havdala - est l'avis de tous. Quand je suis monté là-bas (en Erets Israël), j'ai trouvé Yehouda, fils de Rabbi Chimon ben Pazi, qui était assis et disait : c'est l'avis de Rabbi Akiva.
Car si c'était celui de Rabbi Yichmael, puisqu'il dit que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour, qu'on sonne, afin qu'ils sachent que les graisses du Chabbat sont offertes à Yom Kippour. Et je lui ai dit : les Cohanim sont zerizin (vigilants).
Au Temple, on sonnait le chofar la veille du Chabbat pour faire cesser le travail et marquer l'entrée du jour saint. La baraita dit : si Yom Kippour tombe un vendredi, on ne sonne pas avant le Chabbat ; si Yom Kippour tombe un dimanche, on ne fait pas la havdala "entre saint et saint" à la sortie du Chabbat.
Yehouda ben Rabbi Chimon ben Pazi y voit l'avis de Rabbi Akiva, pour qui Yom Kippour et Chabbat ont la même gravité (114a). Selon Rabbi Yichmael, Yom Kippour est plus léger, puisqu'on y brûle les graisses du Chabbat ; il faudrait alors un signal pour les Cohanim. Rabbi Zeira réfute la preuve : les Cohanim sont zerizin et connaissent la règle sans signal, donc la baraita peut suivre tout le monde.
Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, dit à Rav Achi : dit-on vraiment que les Cohanim sont zerizin ? Nous avons pourtant appris (dans une Michna) : trois (sonneries) pour faire cesser le peuple du travail, trois pour séparer le saint du profane !
(On répond :) Comme l'a dit Abaye : pour le reste du peuple de Jérusalem ; ici aussi, pour le reste du peuple de Jérusalem.
Objection : la Michna de Souka (53b) compte parmi les sonneries du Temple celles de la veille du Chabbat. Si on les sonne au Temple, n'est-ce pas pour les Cohanim ? Ils auraient donc besoin d'un signal.
Réponse par analogie avec Abaye (Yoma 37b, le lustre de la reine Hilni) : ces signaux du Temple s'adressent au reste du peuple de Jérusalem, pas aux Cohanim. L'argument des Cohanim zerizin tient.
Mais qu'on sonne (à Yom Kippour qui tombe la veille du Chabbat), afin qu'ils sachent que la kenivat yarak (préparation des légumes) est permise à partir de minha ! Rav Yosef dit : parce qu'on ne repousse pas un chevout (interdit rabbinique) pour permettre.
La kenivat yarak consiste à retirer les feuilles abîmées des légumes pour les préparer. Au Chabbat, c'est interdit (on se fatigue pour la semaine). À Yom Kippour, on la permet l'après-midi, car voir la nourriture sans la manger ajoute à l'affliction. Yom Kippour est donc plus léger sur ce point. Pourquoi ne pas sonner pour l'annoncer ?
Rav Yosef : la sonnerie du chofar est elle-même un chevout (interdit rabbinique). On lève un chevout pour interdire (faire cesser le travail), jamais pour annoncer une permission.
Et Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : un chevout proche, ils l'ont permis ; un chevout éloigné, ils ne l'ont pas permis.
Rav Chicha propose une autre raison : on peut lever un chevout pour permettre, mais seulement pour un besoin proche. Quand Yom Kippour tombe un vendredi, personne ne cuisinera les légumes au Chabbat ; la sonnerie ne servirait qu'à enseigner la règle pour une autre année. C'est un besoin éloigné.
Et un chevout proche, l'ont-ils permis ? Nous avons pourtant appris : Yom Tov qui tombe la veille du Chabbat, on sonne et on ne fait pas la havdala ; (Yom Tov qui tombe) à la sortie du Chabbat, on fait la havdala et on ne sonne pas.
Pourquoi ? Qu'on sonne, afin qu'ils sachent que l'abattage est permis aussitôt !
Il est donc clair (mehavarta) que c'est comme Rav Yosef.
Objection contre Rav Chicha, à partir de la Michna : quand Yom Tov suit le Chabbat, on ne sonne pas. Pourtant l'abattage (pour la fête) est permis dès la nuit : c'est un besoin proche. Si on levait un chevout pour un besoin proche, on devrait sonner.
Conclusion (mehavarta) : la raison est celle de Rav Yosef. On ne lève jamais un chevout pour annoncer une permission.
Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Houna, et certains disent : Rabbi Abba a dit au nom de Rav Houna : Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite. Rav Mana dit : il a été enseigné (dans une baraita) : d'où sait-on que Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite ?
Le verset dit : "chabbaton", c'est-à-dire chevout (repos). Pour quoi ?
Si l'on dit pour la melakha, il est déjà écrit : "Tu ne feras aucune melakha" ! N'est-ce donc pas pour la kenivat yarak ?
Déduis-en (chema minah).
Première position : Rav Houna interdit la kenivat yarak quand Yom Kippour tombe un Chabbat. La permission propre à Yom Kippour (l'affliction) ne l'emporte pas sur l'interdit du Chabbat.
La baraita de Rav Mana le dérive du mot chabbaton. Les melakhot sont déjà interdites par "tu ne feras aucune melakha" ; chabbaton doit donc viser autre chose, à savoir la kenivat yarak. Selon Rachi, cet interdit à alors une base toraique (assei), qu'on ne lève pas pour la peine de Yom Kippour. Selon le Ri (Tossefot, seg. 2), il s'agit d'une asmakhta.
Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est permise. On objecte : d'où sait-on que Yom Kippour qui tombe un Chabbat, la kenivat yarak est interdite ?
Le verset dit : "chabbaton", chevout. Pour quoi ?
Si l'on dit pour la melakha, il est déjà écrit : "Tu ne feras aucune melakha" ! N'est-ce donc pas pour la kenivat yarak ?
Non : en réalité pour la melakha, et pour qu'on la transgresse par un commandement positif (assei) et par un interdit (lo taasse).
Rabbi Yo'hanan permet la kenivat yarak même quand Yom Kippour tombe un Chabbat. La baraita de Rav Mana lui est opposée.
Réponse : chabbaton vise bien la melakha. Il ajoute un assei (commandement positif de se reposer) à l'interdit lo taasse. Celui qui fait une melakha transgresse les deux. La kenivat yarak n'est pas concernée. Tossefot (seg. 5) explique alors la baraita : elle parle d'un hachage très fin (tohen) ou de légumes encore attachés au sol.
Il a été enseigné (dans une baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un Chabbat...
La baraita qui soutient Rabbi Yo'hanan continue en 115a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).