Shabbat 115a — Fin de Vé-elou kecharim ; sauver les Écrits saints de l'incendie : les livres en traduction selon Rav Houna et Rav Hisda

Shabbat 115a

Sougya : Le daf achève le chapitre Ve-elou kecharim avec les travaux permis à Yom Kippour à partir de Minha (casser des noix, égrener des grenades) à cause de l'angoisse de celui qui jeûne, et la réaction de Rabba envers les gens de sa maison. Commence ensuite le chapitre Kol kitvei ha-kodech : la Michna enseigne qu'on sauve de l'incendie, le Chabbat, tous les Écrits saints, qu'on les lise en public ou non, et qu'ils requièrent une gueniza même s'ils sont écrits en toute langue.

La Guemara rapporte la controverse de Rav Houna et Rav Hisda sur les livres écrits en traduction ou en langue étrangère, selon l'avis qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus : Rav Houna interdit de les sauver, Rav Hisda le permet à cause du mépris des Écrits saints. Chacun lit la Michna à sa façon ; deux baraitot sont opposées à Rav Houna, qui répond qu'il s'agit d'une controverse de Tannaim, illustrée par le récit du Targoum de Job enterré sur ordre de Rabban Gamliel.

Sauver un livre saint de l'incendie le Chabbat ? (seg. 2-3) Livre saint (Torah, Neviim, Ketouvim) Écrit en langue sainte (hébreu, ktav achouri) Écrit en traduction (targoum) ou en toute autre langue On le sauve (qu'on le lise en public ou non) Avis : ils ont été donnés pour être lus (nitnou likrot) Avis : ils n'ont pas été donnés pour être lus Tous : on le sauve Rav Houna : pas sauvé (mais gueniza) Rav Hisda : sauvé, à cause du mépris Roch : halakha comme Rav Houna (le maître) ; mais nos livres sont permis à lire, donc sauvés.
Arbre de décision : quels livres saints sauve-t-on de l'incendie le Chabbat, et où se situe la controverse de Rav Houna et Rav Hisda.
Le déroulement de la sougya contre Rav Houna (seg. 3-6) Michna : '...bien qu'ils soient écrits en toute langue' -> on les sauve Objection : réfutation de Rav Houna ? Rav Houna : sinon, 'ils requièrent une gueniza' serait inutile Chacun relit la Michna selon son avis (voir seg. 4) Baraita 1 : en targoum ou en toute langue -> on les sauve Rav Houna : ce Tanna pense 'donnés pour être lus' Baraita 2 : copte, mède, ivri, élamite, grec -> on les sauve bien que non donnés pour être lus Rav Houna : controverse de Tannaim Tanna kamma : on les sauve / Rabbi Yossi : on ne les sauve pas Récit du Targoum de Job enterré ; Rabbi : pas de destruction active Question finale : quels Tannaim ? (suite en 115b)
Le fil de la Guemara : objections contre Rav Houna et ses réponses.
1
מֻותָּר בִּקְנִיבַת יָרָק. (וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: יוֹם כִּיפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּחוֹל) מְפַצְּעִין בֶּאֱגוֹזִים וּמְפַרְכְּסִין בְּרִימּוֹנִים מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה מִפְּנֵי עָגְמַת נֶפֶשׁ. דְּבֵי רַב יְהוּדָה מְקַנְּבִי כְּרָבָא. דְּבֵי רַבָּה גָּרְדִי קָארֵי. כֵּיוָן דַּחֲזָא דַּהֲווֹ קָא מְחָרְפִי, אֲמַר לְהוּ: אֲתַאי אִיגַּרְתָּא מִמַּעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן דַּאֲסִיר.

(Il est) permis de tailler les légumes. (Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un jour de semaine,) on casse des noix et on égrène des grenades à partir de Minha, à cause de l'angoisse (agmat nefech).

Chez Rav Yehouda, on taillait des choux ; chez Rabba, on raclait des courges. Quand (Rabba) vit qu'ils le faisaient trop tôt, il leur dit : une lettre est venue de l'Occident (la terre d'Israël), au nom de Rabbi Yo'hanan, (disant) que c'est interdit.

📜 Rachi (4)
מֻותָּר בִּקְנִיבַת יָרָק דִּשְׁבוּת לָאו אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא הוּא אֶלָּא דְּרַבָּנָן וְהָכָא מִשּׁוּם עָגְמַת נֶפֶשׁ שֶׁמְּתַקֵּן וְאֵינוֹ אוֹכֵל וַהֲרֵי קָרוֹב לְעִינּוּי שָׁרִי וְדַווְקָא מִן הַמִּנְחָה וּלְמַעְלָה שֶׁהוּא שׁוֹאֵף וּמְצַפֶּה לְעֵת אֲכִילָה וְאִיכָּא עָגְמַת נֶפֶשׁ טְפֵי:
Il est permis de tailler les légumes : car le chevout n'est pas une interdiction de la Torah, mais rabbinique ; et ici, à cause de l'angoisse, du fait qu'il prépare et ne mange pas, ce qui est proche de l'affliction (inouy), on l'a permis. Et cela seulement à partir de Minha, quand il aspire et attend le moment du repas, et que l'angoisse est plus grande.
כֵּיוָן דְּחָזֵי דְּהָוֵי קָא מְחָרְפִי מַקְדִּימִין לִפְנֵי הַמִּנְחָה דְּהַשְׁתָּא לָאו עָגְמַת נֶפֶשׁ הוּא:
Quand il vit qu'ils le faisaient trop tôt : ils le faisaient avant Minha ; or à ce moment-là il n'y a pas d'angoisse.
אֲמַר לְהוּ לְאִינָשֵׁי בֵּיתֵיהּ:
Il leur dit : aux gens de sa maison.
אֲתָא אִיגַּרְתָּא מִמַּעֲרָבָא כו' כִּי הֵיכִי דְּלִקַבְּלוּ מִינֵּיהּ:
Une lettre est venue de l'Occident, etc. : afin qu'ils l'acceptent de lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲתָא אִיגַּרְתָּא מִמַּעְרְבָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, דַּאֲסִיר. נִרְאֶה לִי דְּלָא שִׁיקֵּר חָס וְחָלִילָה, דְּלָא אָמַר לוֹ עַל קְנִיבַת יָרָק אֶלָּא בִּסְתָם, וְכֵיוָן עַל אִגֶּרֶת אַחֶרֶת שֶׁבָּאָה לָהֶם לֶאֱסֹור בְּדָבָר אַחֵר.
Une lettre est venue de l'Occident au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est interdit. Il me semble qu'il n'a pas menti, à D.ieu ne plaise : il ne leur a pas dit (que la lettre portait) sur le fait de tailler les légumes, il l'a dit sans préciser, et il visait une autre lettre qui leur était parvenue pour interdire une autre chose.
💡 Explication

Fin du chapitre : à Yom Kippour, certains préparatifs du repas de la sortie du jeûne sont permis à partir de Minha. Ce sont des interdits rabbiniques (chevout), levés à cause de l'agmat nefech : celui qui jeûne souffre davantage s'il ne sait pas que son repas est prêt.

Les gens de Rabba commençaient trop tôt, avant Minha, quand la raison de la permission ne s'applique pas. Rabba invoque une lettre de Rabbi Yo'hanan pour qu'ils acceptent l'interdiction. Le Ben Yehoyada explique que Rabba parlait d'une autre lettre, sans rien affirmer de faux.

2
הַדְרָן עֲלָךְ וְאֵלּוּ קְשָׁרִים

Nous reviendrons à toi, (chapitre) Vé-elou kecharim.

💡 Explication

Formule de clôture du 15e chapitre (hadran). Le chapitre 16, Kol kitvei ha-kodech, commence.

3
מַתְנִי׳ כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה, בֵּין שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן, וּבֵין שֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶן. אַף עַל פִּי שֶׁכְּתוּבִים בְּכָל לָשׁוֹן, טְעוּנִים גְּנִיזָה. וּמִפְּנֵי מָה אֵין קוֹרִין בָּהֶם — מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ.

Michna. Tous les Écrits saints, on les sauve de l'incendie, qu'on les lise ou qu'on ne les lise pas.

Bien qu'ils soient écrits en toute langue, ils requièrent une gueniza. Et pourquoi ne les lit-on pas ?

À cause de l'interruption (bitoul) de la maison d'étude.

📜 Rachi (7)
מַתְנִי' כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ כְּגוֹן תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים וְלָא תֵּימָא תּוֹרָה לְחוּד הוּא דְּשָׁרֵי לְמִיטְרַח וּלְאַצּוֹלֵי וְלֹא שְׁאָר סְפָרִים:
Tous les Écrits saints : par exemple Torah, Neviim et Ketouvim ; et ne dis pas que c'est seulement pour la Torah qu'il est permis de se donner de la peine pour la sauver, et pas pour les autres livres.
מַצִּילִין אוֹתָן כִּדְקָתָנֵי לְקַמָּן לְמָבוֹי שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ וְטִירְחָא בְּעָלְמָא הוּא דְּשָׁרֵי בָּהּ וְחֶסְרוֹן עֵירוּב כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
On les sauve : comme il est enseigné plus loin, vers une impasse non traversante (mavoi she-eino mefoulach) ; ce n'est qu'un simple effort (tirha) qui est permis, ainsi que (le transport malgré) l'absence d'erouv, comme on l'explique dans la Guemara.
בֵּין שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן כְּגוֹן נְבִיאִים שֶׁמַּפְטִירִין בָּהֶן בְּשַׁבָּת בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Qu'on les lise : par exemple les Neviim, dont on lit la haftara le Chabbat à la synagogue.
בֵּין שֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶן כְּגוֹן כְּתוּבִים וְרַבֵּינוּ הַלֵּוִי אָמַר דְּאַפֵּי' יְחִידִים אֵין קוֹרִין בָּהֶן כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא מִשּׁוּם בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ דְּמָשְׁכִי לָבֹא וּבְשַׁבָּת הָיוּ דּוֹרְשִׁין דְּרָשָׁה לְבַעֲלֵי בָּתִּים שֶׁעִסּוּקִין בִּמְלָאכָה כָּל יְמוֹת הַחֹול וּבְתוֹךְ הַדְּרָשָׁה הָיוּ מוֹרִין לָהֶן הִלְכוֹת אִיסּוּר וְהֶיתֵּר וְטוֹב לָהֶן לִשְׁמֹועַ מִלִּקְרוֹת בִּכְתוּבִים:
Qu'on ne les lise pas : par exemple les Ketouvim. Et Rabbenou HaLevi a dit que même des particuliers n'y lisent pas, comme la Michna en enseigne la raison : à cause de l'interruption de la maison d'étude, car ils s'y laisseraient entraîner. Le Chabbat, on faisait une derasha pour les chefs de famille, occupés à leur travail tous les jours de la semaine, et au cours de la derasha on leur enseignait les lois de l'interdit et du permis ; il valait mieux pour eux écouter que lire dans les Ketouvim.
ואע"פ שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן וְאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר לְקַמָּן לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן מַצִּילִין אוֹתָן:
Bien qu'ils soient écrits en toute langue : et bien qu'il y ait quelqu'un qui dit plus loin qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus, on les sauve.
טְעוּנִין גְּנִיזָה אָסוּר לְהַנִּיחָן בִּמְקוֹם הֶפְקֵר וּבַגְּמָרָא מְתָרֵץ לָהּ וְרַבּוֹתַי פֵּירְשׁוּ דְּהַאי בְּכָל לָשׁוֹן דְּקָאָמַר אַכְּתוּבִים קָאֵי וְלֹא אַנְּבִיאִים וּמְדֻומֶּה אֲנִי מִפְּנֵי שֶׁמָּצִינוּ בְּיוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל שֶׁאָמְרוּ תַּרְגּוּם הֵן מְפָרְשִׁין כָּךְ וַאֲנִי אוֹמֵר אַף בִּנְבִיאִים אִם אָמַר יוֹנָתָן לֹא כְּתָבוֹ וְלֹא נִיתְּנוּ לִיכָּתֵב וְהָכִי מְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת מְגִילָּה (דַּף ט.) וּמַאן דְּאָסַר בְּכוּלְּהוּ אָסַר בַּר מס"ת יְוָונִית מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה דְּתַלְמַי הַמֶּלֶךְ וְלָא מְפַלֵּיג הָתָם בֵּין נְבִיאִים לִכְתוּבִים:
Ils requièrent une gueniza : il est interdit de les laisser dans un lieu abandonné ; et dans la Guemara on l'explique. Mes maîtres ont expliqué que ce 'en toute langue' se rapporte aux Ketouvim et non aux Neviim ; et j'imagine (qu'ils l'expliquent ainsi) parce que nous trouvons à propos de Yonatan ben Ouziel qu'on a dit (qu'il a fait) la traduction (des Neviim) ; c'est pourquoi ils expliquent ainsi. Mais moi je dis : même pour les Neviim, si Yonatan les a dits, il ne les a pas écrits, et ils n'ont pas été donnés pour être écrits. C'est ainsi qu'on l'explique dans le traité Meguila (9a) : celui qui interdit, interdit pour tous, sauf un Sefer Torah en grec, à cause de l'épisode du roi Ptolémée ; et on n'y distingue pas entre Neviim et Ketouvim.
מִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁהָיָה קָבוּעַ בְּשַׁבָּת כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל:
À cause de l'interruption de la maison d'étude : qui était fixée le Chabbat, comme je l'ai expliqué plus haut.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנִי' כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה כּוּ' אוֹמֵר ר"ת דְּכוֹלָּא הַאי פִּירְקָא אַייְרֵי כְּשֶׁנָּפְלָה דְּלֵיקָה בְּאוֹתוֹ בַּיִת אוֹ בְּאוֹתוֹ חָצֵר דְּכֵיוָן שֶׁהָאֵשׁ שָׁם וַדַּאי בָּהוּל הוּא וְאִי שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אֲבָל נָפְלָה דְּלֵיקָה בְּבַיִת אַחֵר מֻותָּר לְהַצִּיל הַכֹּל:
Tous les Écrits saints, on les sauve de l'incendie, etc. : Rabbenou Tam dit que tout ce chapitre traite du cas où l'incendie s'est déclaré dans cette maison même ou dans cette cour même ; puisque le feu est là, il est certainement affolé, et si on lui permettait (de tout sauver), il en viendrait à éteindre, comme on l'explique dans la Guemara. Mais si l'incendie s'est déclaré dans une autre maison, il est permis de tout sauver.
💡 Explication

La Michna ouvre le chapitre sur le sauvetage en cas d'incendie le Chabbat. Tous les livres de la Bible (Torah, Neviim, Ketouvim) peuvent être sauvés, même les Ketouvim, qu'on ne lit pas en public le Chabbat.

La gueniza est la mise à l'abri respectueuse d'un écrit saint hors d'usage : on ne le jette pas. La raison pour laquelle on ne lit pas les Ketouvim le Chabbat est le bitoul beit ha-midrach : le public devait venir entendre la derasha halakhique.

Tossefot (Rabbenou Tam) limite le chapitre au cas où le feu est dans la même maison ou la même cour ; ailleurs, il n'y a pas de restriction.

4
גְּמ׳ אִיתְּמַר: הָיוּ כְּתוּבִים תַּרְגּוּם אוֹ בְּכָל לָשׁוֹן, רַב הוּנָא אָמַר: אֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה, וְרַב חִסְדָּא אָמַר: מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּמַצִּילִין. כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן. רַב הוּנָא אָמַר: אֵין מַצִּילִין, דְּהָא לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן. רַב חִסְדָּא: אָמַר מַצִּילִין מִשּׁוּם בִּזְיוֹן כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ. תְּנַן: כָּל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה, בֵּין שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן בֵּין שֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶן, אַף עַל פִּי שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן. מַאי לַָאו, ״שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן״ — נְבִיאִים, ״וְשֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶן״ — כְּתוּבִים, ״אַף עַל פִּי שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן״ — דְּלֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן, וְקָתָנֵי: מַצִּילִין, וּתְיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא!

Guemara. Il a été dit : s'ils étaient écrits en traduction (targoum) ou en toute langue, Rav Houna dit : on ne les sauve pas de l'incendie ; et Rav Hisda dit : on les sauve de l'incendie.

Selon celui qui dit qu'ils ont été donnés pour être lus, tout le monde s'accorde qu'on les sauve. Ils divergent selon celui qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus.

Rav Houna dit : on ne les sauve pas, puisqu'ils n'ont pas été donnés pour être lus. Rav Hisda dit : on les sauve, à cause du mépris (bizayon) des Écrits saints.

Nous avons appris (dans la Michna) : tous les Écrits saints, on les sauve de l'incendie, qu'on les lise ou qu'on ne les lise pas, bien qu'ils soient écrits en toute langue. N'est-ce pas : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim ; 'bien qu'ils soient écrits en toute langue', (c'est-à-dire) qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus, et il enseigne : on les sauve.

C'est une réfutation de Rav Houna !

📜 Rachi (4)
גמ' אִיתְּמַר הָיוּ כְּתוּבִין תַּרְגּוּם אַכְּתוּבִים קָאָמַר ול"נ אָכַל כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ קָאֵי:
Il a été dit : s'ils étaient écrits en traduction : il parle des Ketouvim ; et il me semble (que cela) se rapporte à tous les Écrits saints.
אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן מֻותָּר לִקְרוֹת בְּכִתְבֵי הַקֹּדֶשׁ הַכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן בְּמַסֶּכֶת מְגִילָּה (דַּף ח:) וְאֵין בֵּין סִפְרֵי' וּתְפִילִּין וּמְזוּזוֹת אֶלָּא שֶׁהַסְּפָרִים נִכְתָּבִין בְּכָל לָשׁוֹן:
Selon celui qui dit qu'ils ont été donnés pour être lus : il est permis de lire dans les Écrits saints écrits en toute langue, (selon) le traité Meguila (8b) : il n'y a de différence entre les livres, les tefilin et les mezouzot que (le fait) que les livres s'écrivent en toute langue.
לֹא נִיתְּנוּ (רַבָּן גַּמְלִיאֵל) פְּלִיג עֲלָהּ וְאָמַר אַף סְפָרִים לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְוָונִית:
Ils n'ont pas été donnés : (Rabban Gamliel) conteste cela et dit : même les livres, on n'a permis de les écrire qu'en grec.
ואע"פ שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן וְלֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת דְּמִדְּקָאָמַר אַף עַל פִּי מִכְּלָל דְּלֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן דְּאִי נִיתְּנוּ מַאי גְּרִיעוּתַיְיהוּ:
Bien qu'ils soient écrits en toute langue : et n'ont pas été donnés pour être lus ; car du fait qu'il dit 'bien que', on déduit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus ; s'ils avaient été donnés, en quoi seraient-ils inférieurs ?
🗂️ Tossefot (2)
אַלִּיבָּא דמ"ד נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן כ"ע לָא פְלִיגִי דְּמַצִּילִין וְהַשְׁתָּא סְפָרִים שֶׁלָּנוּ מַצִּילִין דְּנָתְנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן מִשּׁוּם עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ כִּדְאָמְרִינַן בְּהַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין ס.):
Selon celui qui dit qu'ils ont été donnés pour être lus, tout le monde s'accorde qu'on les sauve : et maintenant, nos livres, on les sauve, car ils ont été donnés pour être lus en raison de 'il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah' (Psaumes 119, 126), comme nous le disons dans Hanizakin (Guittin 60a).
לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּהַייְנוּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דִּפְלִיג בְּמַתְנִיתִין בפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף ח:) דְּאַף סְפָרִים לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְוָונִית וּפֵירֵשׁ הָרַב פור"ת דְּהַייְנוּ טַעְמָא כֵּיוָן דְּלָא נִיתְּנוּ לִיכָּתֵב אָסוּר לִקְרוֹת בָּהֶן מִשּׁוּם דִּדְבָרִים שֶׁבִּכְתָב אָסוּר לְאָומְרָן בְּעַל פֶּה וְקָשֶׁה דְּאֵין זֶה אִי אַתָּה רַשַּׁאי לְאוֹמְרוֹ בְּעַל פֶּה כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ אוֹמְרוֹ בִּלְשׁוֹן הֶקְדֵּשׁ אֶלָּא בְּאוֹתוֹ לָשׁוֹן כְּשֶׁהֵן כְּתוּבִין דְּהָא שָׁרִי לְמֵימַר בְּעַל פֶּה תַּרְגּוּם כְּדִמְתַרְגֵּם רַב יוֹסֵף:
Ils n'ont pas été donnés pour être lus : Rachi a expliqué qu'il s'agit de Rabban Chimon ben Gamliel, qui conteste dans la Michna du premier chapitre de Meguila (8b) : même les livres, on n'a permis de les écrire qu'en grec. Et le Rav Porat a expliqué que la raison est : puisqu'ils n'ont pas été donnés pour être écrits, il est interdit d'y lire, car les paroles écrites, il est interdit de les dire de mémoire. Mais c'est difficile : cela ne relève pas de 'tu n'as pas le droit de le dire de mémoire', puisqu'il ne le dit pas en langue sainte mais dans la langue même où ils sont écrits ; or il est permis de dire de mémoire la traduction, comme Rav Yossef traduisait.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אִיתְּמַר הָיוּ כְּתוּבִין תַּרְגּוּם וְכָל לָשׁוֹן רַב הוּנָא אָמַר אֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה וְרַב חִסְדָּא אָמַר מַצִּילִין אוֹתָן מַפָּצֵי הַדְּלֵיקָה. אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּמַצִּילִין. כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן. רַב הוּנָא אָמַר אֵין מַצִּילִין דְּהָא לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת רַב חִסְדָּא אָמַר מַצִּילִין מִשּׁוּם בִּזְיוֹן דְּכִתְבֵי הַקֹּודֶשׁ. וְהִלְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּרַב חִסְדָּא תַּלְמִיד הֲוָה לְגַבֵּי רַב הוּנָא וְאֵין הֲלָכָה כְּתַלְמִיד בִּמְקוֹם הָרַב. וּמַאן דְּאָמַר לֹא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הַייְנוּ רַשְׁבָּ"ג דְּאָמַר בְּמָתְנֵי' בפ"ק דִּמְגִילָּה דַּף ח: דְּאַף סְפָרִים לֹא הִתִּירוּ לִכְתֹּוב אֶלָּא יְווָנִית וְכֵיוָן דְּלָא נִיתְּנוּ לִכְתֹּוב גַּם אֵין קוֹרִין בָּהֶן. וְהָנֵי מִילֵּי לְדִידְהוּ אֲבָל לְדִידַן שָׁרִי בֵּין לִקְרוֹת בָּהֶן בֵּין לְהַצִּיל מִשּׁוּם כֵּיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין דַּף ס. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ הַאי סִיפְרָא דְּאַפְטָרְתָּא אֲסִיר לְמִיקְרֵי בָּהּ בְּשַׁבְּתָא מ"ט לֹא נִיתְּנוּ לִיכָּתֵב. מָר בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר אֲפִי' לְטַלְטֵל בְּשַׁבְּתָא נָמֵי אָסוּר מ"ט מִשּׁוּם דְּלָא חֲזִי לְמִיקְרֵי בָּהּ בְּשַׁבְּתָא וְלֹא הִיא שָׁרִי לְמִיקְרֵי בָּהּ בְּשַׁבְּתָא וְשָׁרִי לְטִלְטוּלֵי דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְר"ל מְעַיְּינִי בְּסִיפְרָא דְּאַגַּדְתָּא בְּשַׁבְּתָא וְהָא לֹא נִיתְּנוּ לִכְתֹּוב אֶלָּא כֵּיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר עֵת לַעֲשׂוֹת לַה' הֵפֵרוּ תּוֹרָתֶךָ ה"נ עֵת לַעֲשׂוֹת. הִלְכָּךְ הָאִידָּנָא שֶׁאָנוּ כּוֹתְבִין תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה מִשּׁוּם עֵת לַעֲשׂוֹת כֻּולָּם הֵם פֵּירוּשֵׁי הַמִּצְוֹת וְעִיקְּרֵי תּוֹרָה וּמַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה וְכֵן אִם הָיוּ כְּתוּבִים בְּסַם וּבְסִיקְרָא בְּקוֹמוֹס וּבְקַנְקַנְתּוֹם מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. תָּנוּ רַבָּנַן הַבְּרָכוֹת וְהַקְּמֵיעִין אע"פ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אוֹתִיּוֹת שֶׁל שֵׁם וּמֵעִנְייָנוֹת הַרְבֵּה שֶׁל תּוֹרָה אֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אֶלָּא נִשְׂרָפִין בִּמְקוֹמָן. מִכָּאן אָמְרוּ כּוֹתְבֵי בְרָכוֹת כְּשׂוֹרְפֵי תוֹרָה. וּמַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁהָיָה כּוֹתֵב בְּרָכוֹת בְּצִידָּן וְהוֹדִיעוֹ אֶת ר' יִשְׁמָעֵאל וְהָלַךְ לְבָדְקוֹ וּכְשֶׁהָיָה עוֹלֶה בַּסֻּולָּם הִרְגִּישׁ בּוֹ נָטַל לְטִימּוּס שֶׁל בְּרָכוֹת וְשָׁקְעוּ לְסֵפֶל שֶׁל מַיִם וּבַלָּשׁוֹן הַזֶּה אָמַר לוֹ גָּדוֹל עֹונֶשׁ הָאַחֲרוֹן יוֹתֵר מֵעֹונֶשׁ הָרִאשׁוֹן וְהָאִידָּנָא דִּנְהִיגִי לִכְתֹּוב סֵדֶר הַבְּרָכוֹת וְיֵשׁ בָּהֶן הַרְבֵּה מֵעִנְיָינוֹת שֶׁל תּוֹרָה הוֹאִיל וְנָתְנוּ לִכְתֹּוב מִשּׁוּם עֵת לַעֲשׂוֹת וְגוֹ' וְנִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן גַּם מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה: סֵפֶר תּוֹרָה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ לְלַקֵּט שְׁמָנִים וְחָמֵשׁ אוֹתִיּוֹת מִתּוֹךְ תֵּיבוֹת שְׁלֵימוֹת וְגַם מִכְּלָלוֹ יְגַר שָׂהֲדוּתָא א"נ פָּרָשָׁה שֶׁאֵין בָּהּ שְׁמָנִים וְחָמֵשׁ אוֹתִיּוֹת אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אַזְכָּרוֹת מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. תַּרְגּוּם שֶׁכְּתָבוֹ מִקְרָא וּמִקְרָא שֶׁכְּתָבוֹ תַּרְגּוּם וּכְתָב עִבְרִי מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר תַּרְגּוּם שֶׁבַּתּוֹרָה וְתַרְגּוּם שֶׁבְּדָנִיֵּאל: תָּנוּ רַבָּנַן הַגִּלְיוֹנִים וְסִפְרֵי צָדוֹקִים אֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה ר' יוֹסֵי אוֹמֵר אַף בַּחוֹל קוֹדֵר אֶת הָאַזְכָּרוֹת שֶׁבָּהֶן וְגוֹנְזָן וְהֵן יִשָּׂרְפוּ. אָמַר ר' טַרְפוֹן אֲקַפֵּחַ אֶת בָּנַי שֶׁאִם יָבֹואוּ לְיָדִי שֶׁאֲנִי שׂוֹרֵף אוֹתָן וְאֶת הָאַזְכָּרוֹת שֶׁבָּהֶן שֶׁאֲפִילּוּ אָדָם רוֹדֵף אַחֲרָיו לְהָורְגוֹ וְנָחָשׁ רוֹדֵף אַחֲרָיו לְנָשְׁכוֹ נִכְנָס לְבֵית נָכְרִי וְאֵינוֹ נִכְנָס לְבָתֵּיהֶם שֶׁל אֵלּוּ. שֶׁהַלָּלוּ מַכִּירִין וְכוֹפְרִין וְהַלָּלוּ אֵין מַכִּירִין וְכוֹפְרִין וַעֲלֵיהֶם הַכָּתוּב אוֹמֵר אַחַר הַדֶּלֶת וְהַמְּזוּזָה שַׂמְתְּ זִכְרוֹנֵךְ. אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וּמַה לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ אָמְרָה תּוֹרָה שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדֻושָּׁה יִמָּחֶה עַל הַמַּיִם. הַלָּלוּ שֶׁמְּטִילִין אֵיבָה וְתַחֲרוּת בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה וַעֲלֵיהֶם אָמַר דָּוִד הֲלֹא מְשַׂנְאֶיךָ ה' אֶשְׂנָא וְגוֹ'. וּכְשֵׁם שֶׁאֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה כָּךְ אֵין מַצִּילִין אוֹתָן לֹא מִן הַמַּפֹּולֶת וְלֹא מִן הַמַּיִם וְלֹא מִכָּל דָּבָר הַמְּאַבְּדָן:
Guemara. Il a été dit : s'ils étaient écrits en traduction ou en toute langue, Rav Houna dit : on ne les sauve pas de l'incendie, et Rav Hisda dit : on les sauve de l'incendie. Selon celui qui dit qu'ils ont été donnés pour être lus, tout le monde s'accorde qu'on les sauve. Ils divergent selon celui qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus. Rav Houna dit : on ne les sauve pas, puisqu'ils n'ont pas été donnés pour être lus ; Rav Hisda dit : on les sauve, à cause du mépris des Écrits saints. Et la halakha est comme Rav Houna, car Rav Hisda était un élève par rapport à Rav Houna, et la halakha n'est pas comme l'élève face au maître. Celui qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus, Rachi a expliqué que c'est Rabban Chimon ben Gamliel, qui dit dans la Michna du premier chapitre de Meguila (8b) que même les livres, on n'a permis de les écrire qu'en grec ; et puisqu'ils n'ont pas été donnés pour être écrits, on n'y lit pas non plus. Cela vaut pour eux ; mais pour nous, il est permis aussi bien de les lire que de les sauver, car, puisqu'il n'est pas possible autrement, (on applique) 'il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah', comme nous le disons dans Guittin (60a). Rabba et Rav Yossef disent tous deux : ce livre de haftarot, il est interdit d'y lire le Chabbat. Pourquoi ? Il n'a pas été donné pour être écrit. Mar bar Rav Achi dit : même le déplacer (tiltoul) le Chabbat est interdit. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas apte à y lire le Chabbat. Mais il n'en est rien : il est permis d'y lire le Chabbat et permis de le déplacer, car Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich étudiaient dans un livre d'aggada le Chabbat ; or (l'aggada) n'a pas été donnée pour être écrite ; mais puisqu'il n'est pas possible autrement, 'il est temps d'agir pour Hachem, ils ont annulé Ta Torah' ; ici aussi, 'il est temps d'agir'. Par conséquent, aujourd'hui, où nous écrivons la Torah orale en raison de 'il est temps d'agir', tous (ces écrits) sont des explications des commandements et des fondements de la Torah, et on les sauve de l'incendie. De même, s'ils étaient écrits avec du sam, du sikra, du komos ou du kankantom (sortes d'encres et de colorants), on les sauve de l'incendie. Les Sages ont enseigné : les bénédictions et les amulettes, bien qu'elles contiennent des lettres du Nom et de nombreux passages de la Torah, on ne les sauve pas de l'incendie ; elles brûlent sur place. De là on a dit : ceux qui écrivent des bénédictions sont comme ceux qui brûlent la Torah. Il arriva qu'un homme écrivait des bénédictions à Tsidon ; on le fit savoir à Rabbi Yichmael, qui alla le vérifier. Comme il montait l'échelle, l'autre le sentit ; il prit la liasse (latimos) de bénédictions et la plongea dans un bassin d'eau. En ces termes Rabbi Yichmael lui dit : la punition de la dernière (faute) est plus grande que celle de la première. Et aujourd'hui, où l'on a coutume d'écrire l'ordre des bénédictions, qui contient de nombreux passages de la Torah, puisqu'elles ont été données à écrire en raison de 'il est temps d'agir', etc., et données pour être lues, on les sauve aussi de l'incendie. Un Sefer Torah dans lequel on peut rassembler quatre-vingt-cinq lettres à partir de mots complets, même si parmi eux se trouve 'yegar sahadouta' ; ou bien une section qui n'a pas quatre-vingt-cinq lettres mais qui contient des mentions du Nom (azkarot) : on les sauve de l'incendie. Un targoum écrit (comme) texte biblique, un texte biblique écrit en targoum, et l'écriture ivri : on les sauve de l'incendie ; et il va sans dire le targoum qui est dans la Torah et le targoum qui est dans Daniel. Les Sages ont enseigné : les guilyonim et les livres des sectaires (tsedoukim), on ne les sauve pas de l'incendie. Rabbi Yossi dit : même en semaine, on découpe les mentions du Nom qu'ils contiennent, on les enterre, et (le reste) est brûlé. Rabbi Tarfon dit : que je perde mes fils ! S'ils me tombent entre les mains, je les brûle, eux et les mentions du Nom qu'ils contiennent ; car même si un homme est poursuivi par quelqu'un qui veut le tuer, ou par un serpent qui veut le mordre, il entre dans la maison d'un idolâtre et n'entre pas dans les maisons de ceux-là ; car ceux-ci connaissent et renient, et ceux-là ne connaissent pas et renient ; et c'est à leur sujet que le verset dit : 'Derrière la porte et le montant, tu as placé ton souvenir' (Isaie 57, 8). Rabbi Yichmael dit : si, pour faire la paix entre un homme et sa femme, la Torah a dit que Mon Nom, écrit en sainteté, soit effacé dans l'eau, ceux-ci, qui jettent l'inimitié et la rivalité entre Israël et leur Père qui est aux cieux, à plus forte raison ; et c'est à leur sujet que David a dit : 'Ceux qui Te haïssent, Hachem, ne les haïrais-je pas', etc. (Psaumes 139, 21). Et de même qu'on ne les sauve pas de l'incendie, on ne les sauve ni d'un effondrement, ni de l'eau, ni de toute chose qui les détruit.
💡 Explication

La controverse porte sur un livre biblique écrit en targoum (araméen) ou dans une autre langue. Elle dépend d'une question antérieure (Meguila 8b) : un tel livre a-t-il le statut d'Écrit saint, nitnou likrot bahen (donné pour être lu) ? Si oui, tous admettent qu'on le sauve. Sinon, Rav Houna ne permet pas de le sauver, et Rav Hisda le permet pour éviter le bizayon (mépris) d'un texte saint.

La Guemara objecte à Rav Houna : l'expression af al pi (bien que) de la Michna montre qu'il s'agit de livres de statut inférieur, et on les sauve malgré tout.

Le Roch tranche comme Rav Houna (le maître face à son élève), mais précise que de nos jours on lit et on sauve tous ces livres, en vertu de et la'asot (Psaumes 119, 126).

5
אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: וְתִסְבְּרָא? אֵימָא סֵיפָא: טְעוּנִין גְּנִיזָה — הַשְׁתָּא אַצּוּלֵי מְצִילִּינַן, גְּנִיזָה מִיבְּעֵי? אֶלָּא, רַב הוּנָא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ, וְרַב חִסְדָּא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ. רַב הוּנָא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ: ״בֵּין שֶׁקּוֹרִין בָּהֶם״ — נְבִיאִים, ״וּבֵין שֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶם״ — כְּתוּבִים. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — שֶׁכְּתוּבִין בִּלְשׁוֹן הַקֹּדֶשׁ, אֲבָל בְּכָל לָשׁוֹן — אֵין מַצִּילִין, וַאֲפִילּוּ הָכִי גְּנִיזָה בָּעוּ. רַב חִסְדָּא מְתָרֵץ לְטַעְמֵיהּ: ״בֵּין שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן״ — נְבִיאִים, ״וּבֵין שֶׁאֵין קוֹרִין בָּהֶן״ — כְּתוּבִים, אַף עַל פִּי שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן, נָמֵי מַצִּילִין. וְהָכִי קָאָמַר: וּמְקָק שֶׁלָּהֶן טְעוּנִין גְּנִיזָה.

Rav Houna te dira : et tu penses (ainsi) ? Dis la fin : 'ils requièrent une gueniza'.

Maintenant qu'on les sauve (le Chabbat), faut-il (dire qu'ils requièrent) une gueniza ? En réalité, Rav Houna explique (la Michna) selon son raisonnement, et Rav Hisda explique selon son raisonnement.

Rav Houna explique selon son raisonnement : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim. De quel cas parle-t-on ?

Quand ils sont écrits en langue sainte ; mais en toute (autre) langue, on ne les sauve pas, et malgré cela ils requièrent une gueniza. Rav Hisda explique selon son raisonnement : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim ; bien qu'ils soient écrits en toute langue, on les sauve aussi.

Et voici ce qu'elle dit : et leur mikak requiert une gueniza.

📜 Rachi (3)
אֵימָא סֵיפָא לְדִידָךְ דַּאֲמַרְתְּ אע"פ שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן אַמַּצִּילִין קָאֵי אֵימָא סֵיפָא עַל כָּרְחָיךְ מִילְּתָא בְּאַנְפֵּיהּ נַפְשֵׁיהּ הוּא וּטְעוּנִין גְּנִיזָה בְּחוֹל פְּשִׁיטָא הַשְׁתָּא בְּשַׁבָּת מְצִילִּינַן לְהוּ גְּנִיזָה בְּחוֹל מִיבַּעְיָא:
Dis la fin : selon toi, qui dis que 'bien qu'ils soient écrits en toute langue' se rapporte à 'on les sauve', dis la fin : forcément c'est une affaire à part, et 'ils requièrent une gueniza' (s'entend) en semaine ; c'est évident : maintenant que le Chabbat on les sauve, faut-il (dire) qu'en semaine ils requièrent une gueniza ?
וַאֲפִילּוּ הָכִי בָּעוּ גְּנִיזָה וּדְקָתָנֵי ואע"פ שֶׁכְּתוּבִין בְּכָל לָשׁוֹן לָאו אַהַצָּלָה קָאֵי אֶלָּא אַטְּעוּנִין גְּנִיזָה וְהָכִי קָאָמַר אַף עַל פִּי שֶׁכְּתוּבִים בְּכָל לָשׁוֹן וּבְשַׁבָּת אֵין מַצִּילִין אוֹתָן בְּחוֹל מִיהָא טְעוּנִין גְּנִיזָה:
Et malgré cela ils requièrent une gueniza : ce qui est enseigné 'bien qu'ils soient écrits en toute langue' ne se rapporte pas au sauvetage mais à 'ils requièrent une gueniza' ; et voici ce qu'elle dit : bien qu'ils soient écrits en toute langue et que le Chabbat on ne les sauve pas, en semaine du moins ils requièrent une gueniza.
וּמֶקֶק שֶׁלָּהֶם אִם בָּלוּ וְנַעֲשׂוּ רִקָּבוֹן אַף הַמֶּקֶק רַקְבּוּבִית שֶׁל אֲכִילַת הַתּוֹלָעִים טְעוּנִין גְּנִיזָה:
Et leur mikak : s'ils sont usés et devenus pourriture, même le mikak, la pourriture laissée par les vers qui les ont rongés, requiert une gueniza.
💡 Explication

Rav Houna répond que la lecture de la Michna proposée rend la clause finale superflue : si l'on sauve ces livres le Chabbat, il va de soi qu'on ne les jette pas en semaine. Il rattache donc 'en toute langue' à la gueniza : ces livres ne sont pas sauvés, mais on les met à l'abri.

Rav Hisda garde le rattachement au sauvetage et donne à la clause finale un sens nouveau : même le mikak (les débris rongés par les vers) exige la gueniza.

🖼️ Schéma
Deux lectures de la Michna (seg. 4) Clause de la Michna Rav Houna Rav Hisda qu'on les lise Neviim Neviim qu'on ne les lise pas Ketouvim Ketouvim en toute langue se rattache à la gueniza : pas sauvés le Chabbat se rattache au sauvetage : sauvés aussi requièrent une gueniza les livres en langue étrangère, en semaine leur mikak (débris rongés par les vers)
Comment Rav Houna et Rav Hisda répartissent les clauses de la Michna.
6
מֵיתִיבִי: הָיוּ כְּתוּבִים תַּרְגּוּם וְכָל לָשׁוֹן — מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא! אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: הַאי תַּנָּא סָבַר נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן. תָּא שְׁמַע: הָיוּ כְּתוּבִין גִּיפְטִית, מְדֻיָּת, עִיבְרִית, עֵילָמִית, יְווָנִית, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִיתְּנוּ לִקְרוֹת בָּהֶן — מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא! אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: הָיוּ כְּתוּבִין תַּרְגּוּם וּבְכָל לָשׁוֹן — מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין מַצִּילִין אוֹתָן מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה.

On objecta : s'ils étaient écrits en traduction ou en toute langue, on les sauve de l'incendie. C'est une réfutation de Rav Houna !

Rav Houna te dira : ce Tanna pense qu'ils ont été donnés pour être lus. Viens et entends : s'ils étaient écrits en copte (guiftit), en mède, en ivri, en élamite, en grec, bien qu'ils n'aient pas été donnés pour être lus, on les sauve de l'incendie.

C'est une réfutation de Rav Houna ! Rav Houna te dira : c'est (une controverse de) Tannaim, comme il est enseigné : s'ils étaient écrits en traduction ou en toute langue, on les sauve de l'incendie ; Rabbi Yossi dit : on ne les sauve pas de l'incendie.

📜 Rachi (1)
עִבְרִית כְּתָב שֶׁל עֵבֶר הַנָּהָר:
Ivrit : l'écriture (des gens) d'au-delà du fleuve.
🗂️ Tossefot (1)
עֵילָמִית יְוָונִית אוֹמֵר רִ"י דְּאָתְיָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר שְׁאָר סְפָרִים לִכְתֹּוב יְווָנִית וְלֹא הִתִּיר אֶלָּא בס"ת בִּלְבַד אֲבָל רַבָּנָן שָׁרוּ אַף בִּשְׁאָר סְפָרִים כִּדְאָמַר בפ"ק דִּמְגִילָּה (דַּף מ.):
Élamite, grec : le Ri dit que cela suit Rabbi Yehouda, qui interdit d'écrire les autres livres en grec et ne l'a permis que pour le Sefer Torah seul ; mais les Rabbanan le permettent aussi pour les autres livres, comme il est dit dans le premier chapitre de Meguila (9a).
💡 Explication

Deux baraitot sont opposées à Rav Houna. La première se résout : son Tanna tient que ces livres sont donnés pour être lus, cas où Rav Houna admet aussi qu'on les sauve. La seconde précise explicitement 'bien qu'ils ne soient pas donnés pour être lus' ; Rav Houna répond alors que la question est une controverse de Tannaim, et il suit Rabbi Yossi.

Ivri désigne l'ancienne écriture hébraïque, distincte de l'écriture achourit des rouleaux.

7
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה בְּאַבָּא חֲלַפְתָּא שֶׁהָלַךְ אֵצֶל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּרִיבִּי לִטְבֶרְיָא, וּמְצָאוֹ שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב עַל שֻׁלְחָנוֹ שֶׁל יוֹחָנָן הַנָּזוּף וּבְיָדוֹ סֵפֶר אִיּוֹב תַּרְגּוּם, וְהוּא קוֹרֵא בּוֹ. אָמַר לוֹ: זָכוּר אֲנִי בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל אֲבִי אָבִיךָ שֶׁהָיָה עוֹמֵד עַל גַּבֵּי מַעֲלָה בְּהַר הַבַּיִת, וְהֵבִיאוּ לְפָנָיו סֵפֶר אִיּוֹב תַּרְגּוּם, וְאָמַר לַבַּנַּאי: שַׁקְּעֵהוּ תַּחַת הַנִּדְבָּךְ. אַף הוּא צִוָּה עָלָיו וּגְנָזוֹ. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עֲרֵיבָה שֶׁל טִיט כָּפוּ עָלָיו. אָמַר רַבִּי, שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר: חֲדָא, וְכִי טִיט בְּהַר הַבַּיִת מִנַּיִן? וְעוֹד, וְכִי מֻותָּר לְאַבְּדָן בַּיָּד? אֶלָּא מַנִּיחָן בִּמְקוֹם הַתֻּורְפָּה וְהֵן מַרְקִיבִין מֵאֲלֵיהֶן. מַאן תַּנָּאֵי

Rabbi Yossi dit : il arriva que (mon) père Halafta alla chez Rabban Gamliel beRibbi à Tibériade, et le trouva assis à la table de Yo'hanan HaNazouf, avec dans sa main un livre de Job en traduction, dans lequel il lisait. (Halafta) lui dit : je me souviens de Rabban Gamliel, le père de ton père, qui se tenait sur une marche du mont du Temple ; on lui apporta un livre de Job en traduction, et il dit au bâtisseur : enfonce-le sous la rangée (de pierres).

Lui aussi ordonna à son sujet, et on l'enterra. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : on renversa sur lui une auge de mortier.

Rabbi dit : il y a deux réponses à cela. L'une : du mortier sur le mont du Temple, d'où (viendrait-il) ?

Et encore : est-il permis de les détruire de ses mains ? En réalité, on les pose dans un endroit exposé, et ils pourrissent d'eux-mêmes.

Quels Tannaim ?

📜 Rachi (8)
אַבָּא חֲלַפְתָּא אַבָּא שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי חֲלַפְתָּא שְׁמוֹ:
Abba Halafta : le père de Rabbi Yossi, qui s'appelait Halafta.
רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּרִיבִי לֹא שֶׁהָיָה בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי אֶלָּא אָדָם גָּדוֹל קָרֵי בְּרִיבִי:
Rabban Gamliel beRibbi : il n'était pas le fils de Rabbi ; on appelle 'beRibbi' un grand homme.
רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֲבִי אָבִיךָ הוּא רַבָּן גַּמְלִיאֵל הַזָּקֵן וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָיָה בְּדוֹרוֹ שֶׁל חֲלַפְתָּא הוּא אֲבִי אָבִיו שֶׁל רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ:
Rabban Gamliel, le père de ton père : c'est Rabban Gamliel l'Ancien ; et le Rabban Gamliel de la génération de Halafta est le grand-père de Rabbenou HaKadoch.
גַּב מַעֲלָה בְּהַר הַבַּיִת שֶׁבְּהַר הַבַּיִת הָיוּ מַעֲלוֹת כְּשֶׁהוּא הוֹלֵךְ וְגָבוֹהַּ כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת (פ"ב מ"ג):
Sur une marche du mont du Temple : car sur le mont du Temple il y avait des marches, à mesure qu'on montait, comme il est enseigné dans le traité Middot (2, 3).
נִדְבָּךְ שׁוּרַת אַבְנֵי הַבִּנְיָן:
Nidbakh : une rangée de pierres de construction.
טִיט בְּהַר הַבַּיִת מִנַּיִן וְכִי בְּטִיט הָיוּ בּוֹנִין וַהֲלֹא בִּטְרַכְסִיד הָיוּ בּוֹנִים חוֹל וְסִיד מְעֹורָבִין וְטִיט לָא הָוֵי אֶלָּא עָפָר וּמַיִם:
Du mortier sur le mont du Temple, d'où ? : construisait-on avec du tit ? On construisait avec du tarkessid, sable et chaux mélangés ; et le tit n'est que terre et eau.
הַתֻּורְפָּה גָּלוּי וְהֶפְקֵר:
Hatorfa : (lieu) exposé et abandonne.
מַאן תַּנָּאֵי דְּקָאָמַר רַב הוּנָא לְעֵיל תַּנָּאֵי הִיא מַאן מְהַנֵּי תַּנָּאֵי קָאֵי כְּרַב חִסְדָּא וּמַאן כְּרַב הוּנָא:
Quels Tannaim ? : Rav Houna a dit plus haut 'c'est une controverse de Tannaim' ; lequel de ces Tannaim suit Rav Hisda et lequel suit Rav Houna ?
🗂️ Tossefot (1)
וּבְיָדוֹ סֵפֶר אִיּוֹב תַּרְגּוּם מַשְׁמַע שֶׁבִּימֵי הַתַּנָּאִים כְּבָר נַעֲשָׂה תַּרְגּוּם כְּתוּבִים וְכֵן תַּנְיָא בִּמְגִילָּה (דַּף כא:) בִּמְגִילָּה וּבְהַלֵּל אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה קוֹרִין וַעֲשָׂרָה מְתַרְגְּמִין מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה אע"פ שֶׁיּוֹנָתָן לֹא עֲשָׂאוֹ מ"מ שׁוּב נַעֲשָׂה בִּימֵי הַתַּנָּאִים וּדְלֹא כָּאוֹמְרִים דְּתַרְגּוּם שֶׁל כְּתוּבִים רַב יוֹסֵף עֲשָׂאוֹ:
Et dans sa main un livre de Job en traduction : cela implique qu'à l'époque des Tannaim on avait déjà fait la traduction des Ketouvim ; et de même il est enseigné dans Meguila (21b) : pour la Meguila et le Hallel, même dix lisent et dix traduisent, ce qui n'est pas le cas pour la Torah. Bien que Yonatan ne l'ait pas faite, elle a néanmoins été faite ensuite à l'époque des Tannaim ; contrairement à ceux qui disent que la traduction des Ketouvim, c'est Rav Yossef qui l'a faite.
💡 Explication

Rabbi Yossi appuie son avis par un récit : Rabban Gamliel l'Ancien avait fait enterrer un Targoum de Job sous une rangée de pierres du mont du Temple, et son petit-fils, à qui l'on rappela ce fait, fit de même. Ces livres sont donc traités avec moins de sainteté.

Rabbi (Yehouda HaNassi) conteste la version de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda par deux arguments : on ne construisait pas au mont du Temple avec du tit, et il est interdit de détruire activement un tel écrit. On le laisse dans un lieu exposé (makom ha-tourpa) où il se décompose de lui-même. La question 'quels Tannaim ?' se poursuit en 115b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).