Sougya : Le daf achève le chapitre Ve-elou kecharim avec les travaux permis à Yom Kippour à partir de Minha (casser des noix, égrener des grenades) à cause de l'angoisse de celui qui jeûne, et la réaction de Rabba envers les gens de sa maison. Commence ensuite le chapitre Kol kitvei ha-kodech : la Michna enseigne qu'on sauve de l'incendie, le Chabbat, tous les Écrits saints, qu'on les lise en public ou non, et qu'ils requièrent une gueniza même s'ils sont écrits en toute langue.
La Guemara rapporte la controverse de Rav Houna et Rav Hisda sur les livres écrits en traduction ou en langue étrangère, selon l'avis qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus : Rav Houna interdit de les sauver, Rav Hisda le permet à cause du mépris des Écrits saints. Chacun lit la Michna à sa façon ; deux baraitot sont opposées à Rav Houna, qui répond qu'il s'agit d'une controverse de Tannaim, illustrée par le récit du Targoum de Job enterré sur ordre de Rabban Gamliel.
(Il est) permis de tailler les légumes. (Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Yom Kippour qui tombe un jour de semaine,) on casse des noix et on égrène des grenades à partir de Minha, à cause de l'angoisse (agmat nefech).
Chez Rav Yehouda, on taillait des choux ; chez Rabba, on raclait des courges. Quand (Rabba) vit qu'ils le faisaient trop tôt, il leur dit : une lettre est venue de l'Occident (la terre d'Israël), au nom de Rabbi Yo'hanan, (disant) que c'est interdit.
Fin du chapitre : à Yom Kippour, certains préparatifs du repas de la sortie du jeûne sont permis à partir de Minha. Ce sont des interdits rabbiniques (chevout), levés à cause de l'agmat nefech : celui qui jeûne souffre davantage s'il ne sait pas que son repas est prêt.
Les gens de Rabba commençaient trop tôt, avant Minha, quand la raison de la permission ne s'applique pas. Rabba invoque une lettre de Rabbi Yo'hanan pour qu'ils acceptent l'interdiction. Le Ben Yehoyada explique que Rabba parlait d'une autre lettre, sans rien affirmer de faux.
Nous reviendrons à toi, (chapitre) Vé-elou kecharim.
Formule de clôture du 15e chapitre (hadran). Le chapitre 16, Kol kitvei ha-kodech, commence.
Michna. Tous les Écrits saints, on les sauve de l'incendie, qu'on les lise ou qu'on ne les lise pas.
Bien qu'ils soient écrits en toute langue, ils requièrent une gueniza. Et pourquoi ne les lit-on pas ?
À cause de l'interruption (bitoul) de la maison d'étude.
La Michna ouvre le chapitre sur le sauvetage en cas d'incendie le Chabbat. Tous les livres de la Bible (Torah, Neviim, Ketouvim) peuvent être sauvés, même les Ketouvim, qu'on ne lit pas en public le Chabbat.
La gueniza est la mise à l'abri respectueuse d'un écrit saint hors d'usage : on ne le jette pas. La raison pour laquelle on ne lit pas les Ketouvim le Chabbat est le bitoul beit ha-midrach : le public devait venir entendre la derasha halakhique.
Tossefot (Rabbenou Tam) limite le chapitre au cas où le feu est dans la même maison ou la même cour ; ailleurs, il n'y a pas de restriction.
Guemara. Il a été dit : s'ils étaient écrits en traduction (targoum) ou en toute langue, Rav Houna dit : on ne les sauve pas de l'incendie ; et Rav Hisda dit : on les sauve de l'incendie.
Selon celui qui dit qu'ils ont été donnés pour être lus, tout le monde s'accorde qu'on les sauve. Ils divergent selon celui qui dit qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus.
Rav Houna dit : on ne les sauve pas, puisqu'ils n'ont pas été donnés pour être lus. Rav Hisda dit : on les sauve, à cause du mépris (bizayon) des Écrits saints.
Nous avons appris (dans la Michna) : tous les Écrits saints, on les sauve de l'incendie, qu'on les lise ou qu'on ne les lise pas, bien qu'ils soient écrits en toute langue. N'est-ce pas : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim ; 'bien qu'ils soient écrits en toute langue', (c'est-à-dire) qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus, et il enseigne : on les sauve.
C'est une réfutation de Rav Houna !
La controverse porte sur un livre biblique écrit en targoum (araméen) ou dans une autre langue. Elle dépend d'une question antérieure (Meguila 8b) : un tel livre a-t-il le statut d'Écrit saint, nitnou likrot bahen (donné pour être lu) ? Si oui, tous admettent qu'on le sauve. Sinon, Rav Houna ne permet pas de le sauver, et Rav Hisda le permet pour éviter le bizayon (mépris) d'un texte saint.
La Guemara objecte à Rav Houna : l'expression af al pi (bien que) de la Michna montre qu'il s'agit de livres de statut inférieur, et on les sauve malgré tout.
Le Roch tranche comme Rav Houna (le maître face à son élève), mais précise que de nos jours on lit et on sauve tous ces livres, en vertu de et la'asot (Psaumes 119, 126).
Rav Houna te dira : et tu penses (ainsi) ? Dis la fin : 'ils requièrent une gueniza'.
Maintenant qu'on les sauve (le Chabbat), faut-il (dire qu'ils requièrent) une gueniza ? En réalité, Rav Houna explique (la Michna) selon son raisonnement, et Rav Hisda explique selon son raisonnement.
Rav Houna explique selon son raisonnement : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim. De quel cas parle-t-on ?
Quand ils sont écrits en langue sainte ; mais en toute (autre) langue, on ne les sauve pas, et malgré cela ils requièrent une gueniza. Rav Hisda explique selon son raisonnement : 'qu'on les lise', ce sont les Neviim ; 'qu'on ne les lise pas', ce sont les Ketouvim ; bien qu'ils soient écrits en toute langue, on les sauve aussi.
Et voici ce qu'elle dit : et leur mikak requiert une gueniza.
Rav Houna répond que la lecture de la Michna proposée rend la clause finale superflue : si l'on sauve ces livres le Chabbat, il va de soi qu'on ne les jette pas en semaine. Il rattache donc 'en toute langue' à la gueniza : ces livres ne sont pas sauvés, mais on les met à l'abri.
Rav Hisda garde le rattachement au sauvetage et donne à la clause finale un sens nouveau : même le mikak (les débris rongés par les vers) exige la gueniza.
On objecta : s'ils étaient écrits en traduction ou en toute langue, on les sauve de l'incendie. C'est une réfutation de Rav Houna !
Rav Houna te dira : ce Tanna pense qu'ils ont été donnés pour être lus. Viens et entends : s'ils étaient écrits en copte (guiftit), en mède, en ivri, en élamite, en grec, bien qu'ils n'aient pas été donnés pour être lus, on les sauve de l'incendie.
C'est une réfutation de Rav Houna ! Rav Houna te dira : c'est (une controverse de) Tannaim, comme il est enseigné : s'ils étaient écrits en traduction ou en toute langue, on les sauve de l'incendie ; Rabbi Yossi dit : on ne les sauve pas de l'incendie.
Deux baraitot sont opposées à Rav Houna. La première se résout : son Tanna tient que ces livres sont donnés pour être lus, cas où Rav Houna admet aussi qu'on les sauve. La seconde précise explicitement 'bien qu'ils ne soient pas donnés pour être lus' ; Rav Houna répond alors que la question est une controverse de Tannaim, et il suit Rabbi Yossi.
Ivri désigne l'ancienne écriture hébraïque, distincte de l'écriture achourit des rouleaux.
Rabbi Yossi dit : il arriva que (mon) père Halafta alla chez Rabban Gamliel beRibbi à Tibériade, et le trouva assis à la table de Yo'hanan HaNazouf, avec dans sa main un livre de Job en traduction, dans lequel il lisait. (Halafta) lui dit : je me souviens de Rabban Gamliel, le père de ton père, qui se tenait sur une marche du mont du Temple ; on lui apporta un livre de Job en traduction, et il dit au bâtisseur : enfonce-le sous la rangée (de pierres).
Lui aussi ordonna à son sujet, et on l'enterra. Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : on renversa sur lui une auge de mortier.
Rabbi dit : il y a deux réponses à cela. L'une : du mortier sur le mont du Temple, d'où (viendrait-il) ?
Et encore : est-il permis de les détruire de ses mains ? En réalité, on les pose dans un endroit exposé, et ils pourrissent d'eux-mêmes.
Quels Tannaim ?
Rabbi Yossi appuie son avis par un récit : Rabban Gamliel l'Ancien avait fait enterrer un Targoum de Job sous une rangée de pierres du mont du Temple, et son petit-fils, à qui l'on rappela ce fait, fit de même. Ces livres sont donc traités avec moins de sainteté.
Rabbi (Yehouda HaNassi) conteste la version de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda par deux arguments : on ne construisait pas au mont du Temple avec du tit, et il est interdit de détruire activement un tel écrit. On le laisse dans un lieu exposé (makom ha-tourpa) où il se décompose de lui-même. La question 'quels Tannaim ?' se poursuit en 115b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).