Sougya : La Guemara achève la recherche d'une source tannaitique à la controverse de Rav Houna et Rav Hisda : elle la trouve entre Rabbi Yossi et le Tanna de la baraita sur l'écriture copte. Une baraita enseigne qu'on ne sauve pas de l'incendie les bénédictions et les amulettes, malgré les noms divins qu'elles contiennent ; Rabbi Yichmael reproche à un scribe de Tsidon d'avoir noyé ses feuillets.
L'Exilarque demande à Rabba bar Rav Houna si l'on sauve des livres saints écrits avec des pigments qui ne se conservent pas ; il répond non, puis se range à la baraita de Rav Hamnouna. Rav Houna bar Haloub et Rav Nahman fixent qu'un Sefer Torah usé sans quatre-vingt-cinq lettres n'est pas sauvé, et Rav Houna et Rav Hisda divergent : ces lettres doivent-elles être rassemblées ou peuvent-elles être dispersées ?
Le daf s'ouvre enfin sur la paracha "Vayehi binsoa haaron" et ses signes de séparation.
Si l'on dit (que la controverse est celle du) Tanna Kamma (et) de Rabbi Yossi : mais peut-être divergent-ils sur ceci : l'un (le Tanna Kamma) pense qu'ils ont été donnés pour être lus, et l'autre (Rabbi Yossi) pense qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus. (La controverse est) plutôt (celle de) Rabbi Yossi et du Tanna de (la baraita sur l'écriture) guipitit (copte).
Suite de 115a. Rav Houna et Rav Hisda divergent sur des livres saints écrits en traduction, selon l'avis qu'ils n'ont pas été donnés pour être lus : Rav Houna ne les sauve pas, Rav Hisda les sauve par respect pour les Écrits saints.
La Guemara cherche une controverse de Tannaim qui corresponde. Le Tanna Kamma et Rabbi Yossi ne conviennent pas : ils peuvent diverger sur la question préalable (lit-on ou non ces livres ?). On retient donc Rabbi Yossi face au Tanna de la baraita sur l'écriture guipitit (copte), qui sauve même des livres qu'on ne lit pas.
Les Rabbanan ont enseigné : les bénédictions et les amulettes, bien qu'elles contiennent des lettres du Nom et de nombreux passages de la Torah, on ne les sauve pas de l'incendie ; elles brûlent à leur place, elles et leurs noms divins (azkarot). De là on a dit : ceux qui écrivent des bénédictions sont comme ceux qui brûlent la Torah.
Il arriva qu'un homme écrivait (des bénédictions) à Tsidon. On vint l'annoncer à Rabbi Yichmael, et Rabbi Yichmael alla l'examiner.
Alors qu'il montait à l'échelle, l'homme le sentit ; il prit une liasse (tomos) de bénédictions et la plongea dans une bassine d'eau. Et c'est en ces termes que Rabbi Yichmael lui dit : la punition de la dernière (faute) est plus grande que celle de la première.
Les berakhot sont ici des textes de prières (formules des bénédictions) mis par écrit, et les kemiot des amulettes contenant des versets. À l'époque de la Guemara, la prière appartenait à la Torah orale et ne devait pas être écrite. Ces feuillets n'ont donc pas le statut de livre saint : en cas d'incendie le Chabbat, on les laisse brûler avec les azkarot (noms divins) qu'ils contiennent. D'où la formule : celui qui les écrit est comme celui qui brûle la Torah.
Le scribe de Tsidon, en noyant ses feuillets pour les cacher, détruit lui-même des noms divins : c'est une faute plus grave que la première.
Le Roch tranche comme Rav Houna (maître de Rav Hisda) et ajoute qu'aujourd'hui, puisque l'écriture de la Torah orale et du siddour a été permise en vertu de et laassot (il est temps d'agir pour Hachem), ces livres se lisent et se sauvent de l'incendie.
L'Exilarque (Rech Galouta) demanda à Rabba bar Rav Houna : s'ils étaient écrits en sam (pigment), en sikra (couleur rouge), en komos (gomme) ou en kankantom (vitriol), en langue sainte, les sauve-t-on de l'incendie ou ne les sauve-t-on pas ? Que la question se pose selon celui qui dit qu'on les sauve, et qu'elle se pose selon celui qui dit qu'on ne les sauve pas.
Qu'elle se pose selon celui qui dit qu'on ne les sauve pas : cela vaut quand ils sont écrits en targoum ou en toute (autre) langue, mais ici, où ils sont écrits en langue sainte, on les sauve ; ou bien, même selon celui qui dit qu'on les sauve, cela vaut quand ils sont écrits à l'encre, qui se conserve, mais ici, puisque cela ne se conserve pas, non. Il lui dit : on ne les sauve pas.
Mais Rav Hamnouna a enseigné (dans une baraita) qu'on les sauve ! Il lui dit : si cela a été enseigné, cela a été enseigné.
Qu'a-t-on enseigné ? Rav Achi dit : comme il a été enseigné : il n'y a de différence entre les livres et la Meguila que le fait que les livres s'écrivent en toute langue, et la Meguila (n'est valide) que si elle est écrite en achourit, sur un sefer (parchemin) et à l'encre.
Le sam, le sikra, le komos et le kankantom sont des matières colorantes qui ne tiennent pas comme l'encre (dyo). La question de l'Exilarque se pose dans les deux opinions : la langue sainte pourrait faire pencher vers le sauvetage, l'encre fragile vers le refus.
Rabba bar Rav Houna répond d'abord : on ne sauve pas. Devant la baraita de Rav Hamnouna, il s'incline : i tanya, tanya (si c'est enseigné, c'est enseigné). Rav Achi identifie la baraita : seule la Meguila exige l'encre ; les autres livres saints, écrits autrement, gardent leur statut et sont sauvés.
Tossefot (Ri) limite cette baraita au sauvetage : le Sefer Torah exige toujours parchemin et encre pour la lecture.
Rav Houna bar Haloub demanda à Rav Nahman : un Sefer Torah dans lequel il n'y a pas de quoi rassembler quatre-vingt-cinq lettres, comme la paracha "Vayehi binsoa haaron" (Et ce fut quand l'arche partait), le sauve-t-on de l'incendie ou ne le sauve-t-on pas ? Il lui dit : pose-toi donc la question sur la paracha "Vayehi binsoa haaron" elle-même !
(Il répondit :) Quand la paracha "Vayehi binsoa" est incomplète, je ne me pose pas la question : puisqu'elle contient des noms divins, bien qu'elle n'ait pas quatre-vingt-cinq lettres, on la sauve. Ma question porte sur un Sefer Torah dans lequel il n'y a pas de quoi rassembler : qu'en est-il ?
Il lui dit : on ne le sauve pas.
La paracha Vayehi binsoa haaron (Bamidbar 10,35-36) compte 85 lettres et est considérée comme un livre à part (voir seg. 6). Elle fixe la mesure minimale : un Sefer Torah usé garde sa sainteté tant qu'on peut y rassembler (lelaket) 85 lettres.
Rav Nahman propose de poser la question sur cette paracha elle-même, amputée d'une lettre. Rav Houna bar Haloub écarte ce cas : elle contient des azkarot (noms divins), qui suffisent à la faire sauver. Sa question vise un rouleau usé dont les restes n'ont ni 85 lettres ni nom divin. Réponse : on ne le sauve pas.
Il lui objecta : un targoum qu'on a écrit en langue de l'Écriture (mikra), un verset qu'on a écrit en targoum, et l'écriture ivrit : on les sauve de l'incendie ; et, à plus forte raison, le targoum qui se trouve dans Ezra, dans Daniel et dans la Torah. Le targoum de la Torah, qu'est-ce ?
"Yegar sahadouta" (Berechit 31,47) ; et pourtant il n'a pas quatre-vingt-cinq lettres ! (Réponse :) Quand cela a été enseigné, c'était pour compléter (le compte).
Objection contre Rav Nahman : la baraita sauve le targoum de la Torah, c'est-à-dire les deux mots araméens Yegar sahadouta (le monceau du témoignage, nom donné par Lavan). Deux mots n'ont pas 85 lettres, et on les sauve pourtant.
Réponse : la baraita enseigne qu'ils comptent pour compléter les 85 lettres d'un rouleau usé : le passage araméen fait partie de la Torah et entre dans le compte.
Ils se sont demandé : ces quatre-vingt-cinq lettres, (doivent-elles être) rassemblées ou (peuvent-elles être) dispersées ? Rav Houna dit : rassemblées.
Rav Hisda dit : même dispersées. On objecte : un Sefer Torah usé, s'il y a de quoi rassembler quatre-vingt-cinq lettres, comme la paracha "Vayehi binsoa haaron", on le sauve ; sinon, on ne le sauve pas.
C'est une réfutation de Rav Houna ! Rav Hisda l'a expliquée selon Rav Houna : en mots.
Mekhounassot : les 85 lettres se suivent en un passage continu. Mefouzarot : elles sont éparses dans le rouleau usé.
La baraita emploie le verbe lelaket (rassembler, glaner), qui suppose des lettres dispersées : objection contre Rav Houna. Rav Hisda lui-même défend son maître : il s'agit de mots entiers dispersés (un mot ici, un mot là), ce que Rav Houna admet. La controverse porte seulement sur des lettres isolées, sans mot complet.
Les Rabbanan ont enseigné : "Et ce fut quand l'arche partait, Moche disait..." (Bamidbar 10,35) : à cette paracha, le Saint, béni soit-Il, a fait des signes en haut et en bas, pour dire...
La Guemara revient sur la paracha Vayehi binsoa haaron. Dans le Sefer Torah, elle est encadrée par deux signes (les noun inversés) qui la séparent de son contexte. La baraita explique leur raison en 116a : cette paracha n'est pas à sa place, et selon Rabbi elle forme un livre à part.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).