Sougya : Le daf poursuit la discussion sur le passage 'Vayehi binsoa ha-aron' (Bamidbar 10, 35-36), encadré de signes : Rabbi y voit un livre à part entière, de sorte que la Torah compte sept livres, tandis que Rabban Chimon ben Gamliel le considère comme déplacé, écrit ici pour séparer deux punitions. La Guemara demande ensuite si l'on sauve de l'incendie, le Chabbat, les marges vierges (gilyonin) d'un Sefer Torah ; quatre preuves sont proposées et rejetées, et la question reste ouverte.
À propos des livres des minim (hérétiques), on rapporte les avis de Rabbi Yossi, Rabbi Tarfon et Rabbi Yichmael, puis le comportement des Amoraim envers Bei Avidan. Le daf s'achève sur le début du récit d'Imma Chalom et du philosophe.
car ce n'est pas sa place. Rabbi dit : ce n'est pas pour cette raison (qu'on a mis des signes), mais parce que c'est un livre important en soi.
Suite de la discussion de 115b : le passage Vayehi binsoa ha-aron (Bamidbar 10, 35-36) est encadré dans le Sefer Torah par deux signes (des noun inversés). Selon la baraita, ces signes indiquent que le passage n'est pas à sa place. Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi) donne une autre raison : ce passage est un livre à part entière, important en soi.
Rachi explique la divergence : pour la première opinion, ce passage aurait dû figurer dans le récit des degalim (étendards) ; pour Rabbi, il est à sa place, puisque le texte précédent parle du départ du Sinaï.
Selon qui va ce qu'a dit Rabbi Chemouel bar Nahman au nom de Rabbi Yonatan : 'Elle a taillé ses sept colonnes' (Michle 9, 1), ce sont les sept livres de la Torah ? Selon qui ?
Selon Rabbi.
Le compte de sept livres se fait ainsi : Berechit, Chemot, Vayikra, Bamidbar jusqu'à Vayehi binsoa, le passage Vayehi binsoa lui-même, la suite de Bamidbar, et Devarim. Ce compte suppose l'avis de Rabbi, pour qui le passage est un livre en soi.
Qui est le Tana qui est en désaccord avec Rabbi ? C'est Rabban Chimon ben Gamliel.
Car il est enseigné (dans une baraita) : Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce passage est destiné à être arraché d'ici et écrit à sa place. Et pourquoi l'a-t-on écrit ici ?
Pour séparer la première punition (poranout) de la deuxième punition. La deuxième punition, quelle est-elle ? 'Et le peuple fut comme des gens qui se plaignent' (Bamidbar 11, 1).
La première punition : 'Ils partirent de la montagne de Hachem' (Bamidbar 10, 33), et Rabbi Hama beRabbi Hanina a dit : qu'ils se détournèrent de Hachem. Et où est sa place ?
Rav Achi a dit : dans (le passage des) étendards (degalim).
Rabban Chimon ben Gamliel est le Tana qui s'oppose à Rabbi : pour lui le passage n'est pas à sa place ; il a été inséré ici pour séparer deux punitions (poranouyot), afin qu'elles ne se suivent pas dans le texte. Sa vraie place, selon Rav Achi, est dans la description des degalim (Bamidbar 2).
Rachi et Tossefot divergent sur la première punition : pour Rachi, c'est le début de la convoitise de viande ; pour le Ri, c'est la fuite du Sinaï 'comme un enfant qui s'échappe de l'école'.
Ils ont demandé : les marges vierges (gilyonin) d'un Sefer Torah, les sauve-t-on de l'incendie ou ne les sauve-t-on pas de l'incendie ? Viens et entends : un Sefer Torah usé, s'il s'y trouve de quoi rassembler quatre-vingt-cinq lettres, comme le passage 'Vayehi binsoa ha-aron', on le sauve ; sinon, on ne le sauve pas.
Mais pourquoi ? Déduis-le (qu'on le sauve) à cause de ses propres marges !
Un (livre) usé est différent.
Nouvelle question : les gilyonin, parties vierges du parchemin d'un Sefer Torah, ont-elles une sainteté propre qui justifie de les sauver de l'incendie le Chabbat ?
Première preuve : un Sefer Torah usé n'est sauvé que s'il reste 85 lettres (le nombre de lettres de Vayehi binsoa, le plus petit texte appelé 'livre'). Si les marges comptaient, on devrait le sauver en tout cas. Réponse : quand le livre est usé, les marges sont usées elles aussi.
Viens et entends : un Sefer Torah qui a été effacé, s'il s'y trouve de quoi rassembler quatre-vingt-cinq lettres, comme le passage 'Vayehi binsoa ha-aron', on le sauve ; sinon, on ne le sauve pas. Mais pourquoi ?
Déduis-le à cause de ses propres marges ! L'endroit de l'écriture ne fait pas question pour moi : quand il a été sanctifié, c'est en raison de l'écriture qu'il a été sanctifié ; l'écriture partie, sa sainteté s'en va.
Ma question porte sur (le blanc) du haut et du bas, entre un passage et un autre, entre une colonne et une autre, au début du livre, à la fin du livre. Mais déduis-le à cause de celui-là !
(Il s'agit d'un cas où) on l'a coupé et jeté.
Deuxième preuve : un Sefer Torah effacé. La Guemara précise alors la question. L'endroit où se trouvait l'écriture (makom ha-ktav) n'a été sanctifié qu'en vue de l'écriture ; une fois celle-ci effacée, il perd sa sainteté. La question porte sur les marges proprement dites, sanctifiées dès l'origine comme espaces blancs du livre : haut, bas, entre les passages, entre les colonnes, début et fin.
Objection : la baraita aurait dû dire qu'on sauve le livre à cause de ces marges. Réponse : il s'agit d'un livre dont les marges ont été coupées et jetées (gaiz ve-chadi).
Viens et entends : les marges du haut et du bas, entre un passage et un autre, entre une colonne et une autre, au début du livre, à la fin du livre, rendent les mains impures ! Peut-être, (lorsqu'elles sont) avec le Sefer Torah, c'est différent.
Troisième preuve : la Michna (Yadayim 3, 4) enseigne que les marges d'un Sefer Torah rendent les mains impures, décret rabbinique qui s'applique aux Écrits saints. Elles auraient donc une sainteté propre.
Réponse : cela vaut quand le livre est intact ; les marges tirent alors leur statut du texte qu'elles entourent. La question porte sur des marges dont le texte a disparu.
Viens et entends : les marges et les livres des minim (hérétiques), on ne les sauve pas de l'incendie ; ils brûlent à leur place, eux et les Noms divins (azkarot) qu'ils contiennent. N'est-ce pas les marges d'un Sefer Torah ?
Non, les marges des livres des minim. Maintenant que les livres des minim eux-mêmes, on ne les sauve pas, faut-il le dire de leurs marges ?
Voici ce qu'il dit : et les livres des minim sont comme des marges.
Quatrième preuve : une baraita enseigne que 'les marges et les livres des minim' ne sont pas sauvés. Si les 'marges' sont celles d'un Sefer Torah, la question est résolue.
La Guemara lit autrement : les livres des minim sont traités comme des marges vierges ; ils n'ont aucune sainteté, même s'ils contiennent des Noms divins. La preuve tombe et la question reste ouverte.
Le (texte) lui-même : les marges et les livres des minim, on ne les sauve pas de l'incendie. Rabbi Yossi dit : en semaine, on découpe les Noms divins qui s'y trouvent et on les met en gueniza, et le reste, on le brûle.
Rabbi Tarfon a dit : que je perde mes fils (formule de serment) si, s'ils venaient entre mes mains, je ne les brûlais pas, eux et les Noms divins qu'ils contiennent. Car même si un homme le poursuit pour le tuer, ou qu'un serpent court pour le mordre, il entre dans une maison d'idolâtrie et n'entre pas dans les maisons de ceux-là ; car ceux-là connaissent et renient, tandis que ceux-ci ne connaissent pas et renient.
Et c'est à leur sujet que le verset dit : 'Derrière la porte et le montant, tu as placé ton souvenir' (Yechaya 57, 8).
La Guemara cite la baraita en entier. Trois positions sur les livres des minim (hérétiques issus d'Israël) : le Tana kama les laisse brûler le Chabbat ; Rabbi Yossi exige, en semaine, de découper les azkarot (Noms divins) pour les mettre en gueniza avant de brûler le reste ; Rabbi Tarfon brûlerait le tout, Noms compris.
Sa raison : l'idolâtre ne connaît pas Hachem et le renie par ignorance ; le min connaît et renie. Le Roch, placé ici, reprend en halakha la controverse de 115a sur les livres en traduction (la halakha suit Rav Houna) et l'adapte à son époque par le principe 'il est temps d'agir pour Hachem'.
Rabbi Yichmael a dit : (c'est) un kal va-homer : si, pour faire la paix entre un homme et sa femme, la Torah a dit : que Mon Nom, écrit en sainteté, soit effacé dans l'eau, ceux-ci, qui jettent la jalousie, l'inimitié et la rivalité entre Israël et leur Père céleste, à plus forte raison. Et c'est à leur sujet que David a dit : 'Ceux qui Te haïssent, Hachem, ne les haïs-je pas, et ceux qui se lèvent contre Toi, ne m'en dispute-je pas ?
D'une haine totale je les hais, ils sont devenus pour moi des ennemis' (Tehilim 139, 21-22). Et de même qu'on ne les sauve pas de l'incendie, on ne les sauve ni de l'éboulement, ni de l'eau, ni de toute chose qui les détruit.
Rabbi Yichmael appuie Rabbi Tarfon par un kal va-homer tiré de la sota : pour rétablir la paix dans un couple, la Torah ordonne d'effacer dans l'eau le Nom écrit sur le rouleau de la sota. À plus forte raison peut-on détruire les Noms écrits par ceux qui éloignent Israël de Hachem.
Tossefot : la fin de la baraita montre que l'interdit ne tient pas seulement au risque d'éteindre le feu ; même en semaine, on ne sauve pas ces livres.
Yossef bar Hanin demanda à Rabbi Abbahou : ces livres de Bei Avidan, les sauve-t-on de l'incendie ou ne les sauve-t-on pas ? (Il répondit) oui et non, et la chose était incertaine pour lui.
Rav n'allait pas à Bei Avidan, et à plus forte raison pas à Bei Nitsrefei. Chemouel n'allait pas à Bei Nitsrefei, (mais) allait à Bei Avidan.
On dit à Rava : pourquoi n'es-tu pas venu à Bei Avidan ? Il leur dit : il y a un certain palmier sur le chemin, et il m'est pénible.
Nous l'arracherons. Son emplacement me sera pénible.
Mar bar Yossef dit : moi, je suis des leurs, et je ne les crains pas. Une fois il y alla, et ils voulurent le mettre en danger.
Rabbi Meir l'appelait 'aven guilayon' (feuille de mensonge) ; Rabbi Yo'hanan l'appelait 'avon guilayon' (feuille de faute).
Bei Avidan : selon Rachi, lieu de débat où les minim confrontaient les Sages d'Israël, avec des livres écrits à cet effet. Rabbi Abbahou reste indécis sur le sauvetage de ces livres.
Les Amoraim y vont plus ou moins : Rav jamais, Chemouel oui (mais pas au temple Bei Nitsrefei), Rava s'excuse par un prétexte, Mar bar Yossef y va et manque d'y perdre la vie. Le daf note enfin les jeux de mots de Rabbi Meir et Rabbi Yo'hanan sur le nom de l'évangile (aven / avon guilayon).
Imma Chalom, l'épouse de Rabbi Eliezer, était la sœur de Rabban Gamliel. Il y avait un certain philosophe dans leur voisinage
Début d'un récit qui se poursuit en 116b : Imma Chalom, sœur de Rabban Gamliel et épouse de Rabbi Eliezer, et un philosophe (un min selon Rachi) de leur voisinage, juge réputé incorruptible. Le Ben Yehoyada commente déjà la suite du récit (la lampe, l'âne libyen, l'héritage du fils et de la fille).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).