Shabbat 116b — Lire les Ketouvim le Chabbat, sauver l'étui avec le livre, et dépouiller le Pessah qui tombe un Chabbat

Shabbat 116b

Sougya : Le daf achève le récit de Rabban Gamliel, de sa sœur Imma Chalom et du philosophe qui se vantait de refuser les pots-de-vin : une lampe d'or, puis un âne de Libye, font basculer son jugement. La Guemara revient ensuite à la Michna : pourquoi ne lit-on pas les Ketouvim le Chabbat ?

Rav et Chmouel divergent (au moment où au lieu du beit hamidrach), et Rav Achi rattache Chmouel à Rabbi Nehemia, pour qui l'interdit vise à écarter la lecture des actes profanes. La Michna suivante permet de sauver de l'incendie l'étui du livre et celui des tefilin avec leur contenu, et discute du lieu où on les porte.

La Guemara rapproche cette règle de la controverse sur le dépouillement du korban Pessa'h le quatorze Nissan tombant un Chabbat : jusqu'à la poitrine (Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka) ou entièrement (les Sages).

Lire les Ketouvim le Chabbat : Rav et Chmouel en trois étapes 1re version (zman = moment) 2e version (makom = lieu) Rav Achi (retour à la 1re version) Rav interdit pendant le cours; permis hors du cours Chmouel interdit même hors du cours Objection à Nehardea (ville de Chmouel) on lisait les Ketouvim à minha Rav interdit là où il y a un beit hamidrach; permis ailleurs Chmouel partout: interdit pendant le cours, permis hors du cours Cohérent Nehardea lit à minha, après le cours Rav comme la 1re version (motif: bitoul beit hamidrach) Chmouel selon Rabbi Nehemia: motif = éloigner des actes profanes Néhardéa Chmouel y applique la Michna (Rachi): permis après le repas Roch : la halakha suit Rav — la lecture est interdite seulement pendant le temps du beit hamidrach.
Trois présentations de la controverse de Rav et Chmouel sur la lecture des Ketouvim le Chabbat.
Le korban Pessa'h le 14 Nissan tombant un Chabbat : jusqu'où dépouiller ? Sacrifice offert, sang aspergé, reste à sortir les emourim (graisses) Rabbi Yichmael fils de R. Yo'hanan b. Beroka dépouiller jusqu'à la poitrine seulement (de quoi sortir les emourim = besoin de l'autel) le reste = besoin humain, après Chabbat Les Sages dépouiller entièrement verset: Tout ce que fait Hachem est pour Sa gloire (Michle 16,4) Quelle gloire ? Rav Yossef qu'il ne se gâte pas Rava pas de mépris, comme une charogne Nafka mina : table d'or (pas de mépris, risque de se gâter) / jour de vent du nord (pas de risque de se gâter, mais mépris possible) Le verset selon R. Yichmael : ne pas sortir les emourim avant de dépouiller (poils)
Le dépouillement du Pessah le Chabbat : la controverse, le verset et les deux motifs des Sages.
1
דַּהֲוָה שְׁקִיל שְׁמָא דְּלָא מְקַבֵּל שֻׁוחְדָּא. בָּעוּ לְאַחְוֹכֵי בֵּיהּ. עַיַּילָא לֵיהּ שְׁרָגָא דְּדַהֲבָא, וַאֲזוּל לְקַמֵּיהּ. אָמְרָה לֵיהּ: בָּעֵינָא דְּנִיפְלְגוּ לִי בְּנִכְסֵי דְּבֵי נָשַׁי. אֲמַר לְהוּ: פְּלוּגוּ. אֲמַר לֵיהּ, כְּתִיב לָן: בִּמְקוֹם בְּרָא, בְּרַתָּא לָא תֵּירוֹת. אֲמַר לֵיהּ: מִן יוֹמָא דִּגְלִיתוּן מֵאַרְעֲכוֹן, אִיתְנְטִילַת אוֹרָייְתָא דְּמֹשֶׁה וְאִיתִיְהִיבַת עֲווֹן גִּלְיוֹן, וּכְתִיב בֵּיהּ: בְּרָא וּבְרַתָּא כַּחֲדָא יִרְתוּן.

(Il y avait dans son voisinage un philosophe) qui se faisait une réputation de ne pas accepter de pots-de-vin. Ils voulurent se moquer de lui.

Elle (Imma Chalom) lui fit parvenir une lampe d'or, puis ils allèrent devant lui. Elle lui dit : Je veux qu'on me donne une part dans les biens de la maison de mon père.

Il leur dit : Partagez. Il (Rabban Gamliel) lui dit : Il est écrit chez nous : Là où il y a un fils, la fille n'hérite pas.

Il lui répondit : Depuis le jour où vous avez été exilés de votre terre, la Torah de Moche a été retirée et l'avon guilayon (l'Évangile) a été donné, et il y est écrit : Le fils et la fille hériteront ensemble.

📜 Rachi (2)
דַּהֲוָה שְׁקִיל שְׁמָא דְּלָא מְקַבֵּל שֻׁוחְדָּא הָיָה מוֹצִיא עָלָיו שֵׁם שֶׁאֵינוֹ מְקַבֵּל שֹׁוחַד מִבַּעֲלֵי דִּינִין הַבָּאִין לְפָנָיו וְהָיָה מְקַבְּלוֹ בַּסֵּתֶר:
Qui se faisait une réputation de ne pas accepter de pots-de-vin : il répandait sur lui la réputation qu'il n'acceptait pas de pot-de-vin des plaideurs qui venaient devant lui, et il en recevait en secret.
א"ל פִילוֹסוֹפָא לר"ג מִיּוֹמָא דִּגְלִיתוּן כו':
Il lui dit : le philosophe à Rabban Gamliel : Depuis le jour où vous avez été exilés, etc.
💡 Explication

Suite du récit commencé en 116a. Imma Chalom, épouse de Rabbi Eliezer, et son frère Rabban Gamliel veulent dévoiler la corruption d'un juge qui se dit intègre. Elle lui fait remettre en secret une lampe d'or, puis présente une fausse demande d'héritage.

Le juge, acheté, cite un texte qu'il présente comme la loi nouvelle : fils et fille héritent à parts égales, contre la règle de la Torah (Bamidbar 27,8).

2
לְמָחָר הֲדַר עַיֵּיל לֵיהּ אִיהוּ חֲמָרָא לוּבָא. אֲמַר לְהוּ: שְׁפִילִית לְסֵיפֵיהּ דַּעֲווֹן גִּלְיוֹן, וּכְתִיב בֵּיהּ: אֲנָא לָא לְמִיפְחַת מִן אוֹרָייְתָא דְּמֹשֶׁה אֲתֵיתִי [וְלָא] לְאוֹסֹפֵי עַל אוֹרָיְיתָא דְמֹשֶׁה אֲתֵיתִי, וּכְתִיב בֵּיהּ: בִּמְקוֹם בָּרָא — בְּרַתָּא לָא תֵּירוֹת. אָמְרָה לֵיהּ: נְהוֹר נְהוֹרִיךְ כִּשְׁרָגָא. אֲמַר לֵיהּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל: אֲתָא חַמְרָא וּבְטַשׁ לִשְׁרָגָא.

Le lendemain, lui (Rabban Gamliel) lui fit parvenir à son tour un âne de Libye. Il leur dit : Je suis descendu jusqu'à la fin de l'avon guilayon, et il y est écrit : Moi, je ne suis pas venu retrancher de la Torah de Moche, ni ajouter à la Torah de Moche ; et il y est écrit : Là où il y a un fils, la fille n'hérite pas.

Elle lui dit : Que ta lumière brille comme une lampe ! Rabban Gamliel lui dit : L'âne est venu et a renversé la lampe.

📜 Rachi (3)
שֶׁפִּילֵּית כָּל סוֹף הַדָּבָר הוּא תַּחְתִּית שֶׁלּוֹ וְשַׁיָּיךְ לְמֵימַר שֶׁפִּילֵּיתָ לְסֵיפֵיהּ:
Chefilit (je suis descendu) : toute fin d'une chose en est le bas, et il convient de dire : je suis descendu jusqu'à sa fin.
נְהוֹר נְהוֹרָךְ כִּשְׁרָגָא הַנָּהָר אֹורֶךְ כִּשְׁרָגָא רָמְזָה שֶׁנָּתְנָה לוֹ מְנוֹרָה בְּשֹׁוחַד:
Que ta lumière brille comme une lampe : fais briller ta lumière comme une lampe. Elle faisait allusion au fait qu'elle lui avait donné une lampe en pot-de-vin.
אָמַר לוֹ ר"ג אֲתָא חַמְרָא וּבַטְּשָׁא דְּחָפַתּוּ לָאָרֶץ כְּלוֹמַר אֲנִי נִצַּחְתִּי בְּשֹׁוחַד [וְהַכֹּל כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמְעוּ הַמִּתְאַסְּפִים שָׁם נַבְלוּתוֹ וּמִי הוּא]:
Rabban Gamliel lui dit : l'âne est venu et a renversé : il l'a jetée à terre ; c'est-à-dire : moi, je l'ai emporté par le pot-de-vin. [Et tout cela pour que les gens rassemblés là entendent son infamie et ce qu'il est.]
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לְהוּ: שֶׁפִּילֵּיתָ לְסֵיפֵיהּ דְּסָפְרָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר שֶׁרָאָה דְּבָרִים אֵלּוּ בְּסוֹף הַסֵּפֶר, דְּמַאי נָפְקָא מִינַּהּ אִם הָיָה בַּשְּׁלִישִׁי אוֹ בִּרְבִיעַ אוֹ בְּאֶמְצַע? וְסַגִּי לוֹמַר אַחַר אוֹתָם הַדְּבָרִים רָאִיתִי דְּבָרִים אֵלּוּ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁהֵם לֹא נָתְנוּ לוֹ הַשְּׁרָגָא וְהַחֲמָרָא אֶלָּא רַק הֶרְאוּ לוֹ אוֹתָם לוֹ, וְאָמְרוּ לוֹ שֶׁבִּגְמַר הַדִּין שֶׁיִּתְקַבֵּל הַדִּין עַל בַּעֲלֵי דִּין אָז יִנָּתֵן לוֹ הַשֹּׁחַד הַנִּזְכָּר עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי לֹא רָצָה שֶׁיִּתְאָרֵךְ הָעִנְיָן בְּדִין וּדְבָרִים שֶׁבֵּין רַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵין אֲחוֹתוֹ, אֶלָּא רָצָה לִפְסֹוק הָעִנְיָן בּוֹ בַּיּוֹם כְּדֵי שֶׁיְּקַבֵּל הַשֹּׁוחַד, וְחָשׁ פֶּן הִיא תָּשִׁיב לוֹ עַייֵּן עוֹד בָּזֶה הַיּוֹם בַּסֵּפֶר הַהוּא שֶׁמָּא תִּמְצָא אַחַר חֲזָרָה זוֹ חֲזָרָה אַחֶרֶת שֶׁהִיא לִזְכוּתִי, לְכָךְ אָמַר לָהֶם שֶׁפִּילֵּיתָ לְסֵיפֵיהּ דְּסָפְרָא וְלֹא נִשְׁאַר בּוֹ עוֹד דְּבָרִים לְעַיֵּין בָּהֶם וְזֶהוּ סוֹף דָּבָר.
Il leur dit : Je suis descendu jusqu'à la fin du livre. On peut demander : pourquoi a-t-il eu besoin de dire qu'il avait vu ces choses à la fin du livre ? Quelle différence y a-t-il si c'était au tiers, au quart ou au milieu ? Il suffisait de dire : après ces paroles-là, j'ai vu ces paroles-ci. Il me semble, avec l'aide du Ciel, en me fondant sur ce qu'a écrit le Maharcha, qu'ils ne lui avaient pas donné la lampe et l'âne, mais les lui avaient seulement montrés, en lui disant qu'à la conclusion du procès, lorsque le jugement serait accepté par les plaideurs, le pot-de-vin lui serait remis (voir là-bas). C'est pourquoi, le second jour, il ne voulait pas que l'affaire se prolonge en débats entre Rabban Gamliel et sa sœur ; il voulait trancher le jour même pour recevoir le pot-de-vin. Il craignait qu'elle ne lui réponde : Examine encore aujourd'hui ce livre, peut-être trouveras-tu après ce revirement un autre revirement qui me donnera raison. Il leur dit donc : Je suis descendu jusqu'à la fin du livre ; il n'y reste plus rien à examiner, et c'est le fin mot de l'affaire.
וּכְתִיב בֵּיהּ: אֲנָא, לָא לְמִיפַּק מֵאוֹרָיְתָא דְּמֹשֶׁה אָתִיתִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְכִי שׁוֹטֶה הָיָה אוֹתוֹ פִּלְסוֹף שֶׁאוֹמֵר דְּבָרִים אֵלּוּ, דְּאִם לָא אֲתָא לְמִפַּק מִידֵּי מִתּוֹרַת מֹשֶׁה אִם כֵּן לָמָּה כָּתוּב בִּתְחִלַּת הַסֵּפֶר הֵפֶךְ תּוֹרַת מֹשֶׁה?! וּבְוַדַּאי הָיָה אוֹמֵר לָהֶם דְּבָרִים אֵלּוּ בְּפֻומְבִּי וְאֵיךְ לֹא חָשׁ שֶׁכָּל הַשּׁוֹמֵעַ יִצְחָק עַל דְּבָרָיו וְיָדַע שֶׁהוּא מְשַׁקֵּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לָהֶם שֶׁכָּתוּב בְּסוֹף הַסֵּפֶר שֶׁהוּא לֹא נֶאֱמַר בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּתְּנָה לָהֶם כְּבָר תּוֹרַת מֹשֶׁה שֶׁהֵם צְרִיכִים לֵילֵךְ עַל פִּי תּוֹרַת מֹשֶׁה, וְרַק הִלְכוֹת הַסֵּפֶר הַזֶּה כֻּולָּם הֵמָּה לִשְׁאָר אֻומּוֹת וְלֹא לְיִשְׂרָאֵל.
Et il y est écrit : Moi, je ne suis pas venu retrancher de la Torah de Moche. On peut demander : ce philosophe était-il donc un sot pour dire ces paroles ? S'il n'était rien venu retrancher de la Torah de Moche, pourquoi est-il écrit au début du livre le contraire de la Torah de Moche ?! Et certainement il leur disait ces paroles en public : comment ne craignait-il pas que tout auditeur rie de ses paroles et sache qu'il mentait ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il leur a dit qu'il est écrit à la fin du livre que celui-ci n'a pas été dit pour Israël, à qui la Torah de Moche a déjà été donnée et qui doit se conduire selon la Torah de Moche ; toutes les règles de ce livre concernent seulement les autres nations, et non Israël.
💡 Explication

Rabban Gamliel offre un pot-de-vin plus gros (un âne de Libye). Le juge se retourne aussitôt et trouve dans le même livre la règle inverse. Imma Chalom lui rappelle la lampe ; Rabban Gamliel conclut que l'âne a renversé la lampe : son cadeau à pesé plus lourd. Le but, selon Rachi, était de révéler publiquement la corruption du juge.

Le Ben Yehoyada explique deux détails : pourquoi le juge insiste sur la fin du livre (clore le débat pour toucher le cadeau), et comment il pouvait dire sans se contredire qu'il n'abolissait pas la Torah de Moche (son livre, selon lui, s'adresse aux nations).

3
וּמִפְּנֵי מָה אֵין קוֹרִין כּוּ׳. אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ, אֲבָל שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ — קוֹרִין. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֵין קוֹרִין. אֵינִי?! וְהָא נְהַרְדְּעָא אַתְרֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל הֲוָה, וּבִנְהַרְדְּעָא פָּסְקִי סִידְרָא בִּכְתוּבִים בְּמִנְחֲתָא דְשַׁבְּתָא. אֶלָּא אִי אִיתְּמַר, הָכִי אִיתְּמַר — אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּדְרָשׁ. אֲבָל שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּדְרָשׁ — קוֹרִין.

Et pour quelle raison ne lit-on pas (les Ketouvim le Chabbat), etc. ? Rav a dit : On ne l'a enseigné que pendant le temps du beit hamidrach ; mais hors du temps du beit hamidrach, on lit.

Et Chmouel a dit : Même hors du temps du beit hamidrach, on ne lit pas. Est-ce bien ainsi ?!

Nehardea était pourtant le lieu de Chmouel, et à Nehardea on concluait le cours par un passage des Ketouvim à minha du Chabbat ! Mais s'il a été dit, voici ce qui a été dit : Rav a dit : On ne l'a enseigné que dans le lieu du beit hamidrach ; mais hors du lieu du beit hamidrach, on lit.

📜 Rachi (4)
בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ קֹודֶם אֲכִילָה הָיוּ דּוֹרְשִׁים:
Pendant le temps du beit hamidrach : avant le repas, on faisait le derach (l'enseignement public).
שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ לְאַחַר אֲכִילָה לֹא דָּרְשׁוּ מִשּׁוּם שִׁכְרוּת:
Hors du temps du beit hamidrach : après le repas, on ne faisait pas de derach, à cause de l'ivresse.
פִּסְקֵי סִדְרָא בַּכְּתוּבִים [הָיוּ רְגִילִים לִקְרֹא בבהמ"ד פָּרָשָׁה בִּכְתוּבִים]:
On concluait le cours par les Ketouvim : [ils avaient l'habitude de lire au beit hamidrach un passage des Ketouvim].
בְּמָקוֹם בבהמ"ד שֶׁהֶחָכָם דּוֹרֵשׁ דְּהַייְנוּ בבהמ"ד אֲבָל בְּעָלְמָא קוֹרִין:
Dans le lieu du beit hamidrach : là où le sage enseigne, c'est-à-dire au beit hamidrach ; mais ailleurs, on lit.
⚖️ Rosh (1)
וּמִפְּנֵי מָה אֵין קוֹרִין בָּהֶן וְכוּ' אָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֲבָל שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ קוֹרִין. וְהִלְכְתָא כְּרַב. גָּרְסִינַן בְּגִיטִּין פֶּרֶק הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לח:) אָמַר רַבָּה בְּהָנֵי תְּלָת מִילֵּי נָחֲתִי בַּעֲלֵי בָתִּים מִנִּכְסֵיהֶם דְּמַפְּקִי עַבְדַיְיהוּ לְחֵירוּתָא. וּדְסָיְירִי נִכְסַייְהוּ בְּשַׁבְּתָא וּדְקָבְעִי סְעוּדְתַּיְיהוּ בְּשַׁבְּתָא בְּעִידָּן בֵּית מִדְרְשָׁא. וְאָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר ר' יוֹחָנָן שְׁתֵּי מִשְׁפָּחוֹת הָיוּ בִּירוּשָׁלַיִם. אַחַת קָבְעָה סְעוּדָה בע"ש וְאַחַת קָבְעָה סְעוּדָה בְּשַׁבָּת וּשְׁתֵּיהֶן נֶעֶקְרוּ. פִּי' בְּשַׁבָּת בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ: וְהִלְכְתָא אָסוּר לִקְרוֹת בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת בַּשַּׁבָּת פרש"י אִגְּרוֹת שֶׁל מְצוֹא חֵפֶץ. לְהֵיכָן מַצִּילִין אוֹתָן וְכוּ' הֵיכִי דָּמֵי מְפֻולָּשׁ וה"ד שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ. אָמַר רַב אַשִּׁי שְׁלֹשָׁה מְחִיצּוֹת בְּלֹא לֶחִי זֶהוּ מְפֻולָּשׁ. וְלֵית הִלְכְתָא כְּבֶן בְּתֵירָא לֹא בְּמָבוֹי וְלֹא בֶּחָצֵר:
Et pour quelle raison ne lit-on pas, etc. Rav a dit : On ne l'a enseigné que pendant le temps du beit hamidrach ; mais hors du temps du beit hamidrach, on lit. Et la halakha suit Rav. Nous lisons dans Guittin, chapitre Hacholea'h (Guittin 38b) : Rabba a dit : Pour ces trois choses, des propriétaires perdent leurs biens : ceux qui affranchissent leurs esclaves, ceux qui inspectent leurs propriétés le Chabbat, et ceux qui fixent leur repas le Chabbat au moment du beit hamidrach. Et Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Il y avait deux familles à Jérusalem, l'une fixait un repas la veille du Chabbat et l'autre fixait un repas le Chabbat, et toutes deux ont été déracinées. Explication : le Chabbat, au moment du beit hamidrach. Et la halakha : il est interdit de lire les actes profanes (chitrei hedyotot) le Chabbat ; Rachi explique : des lettres d'affaires. Vers où les sauve-t-on, etc. ? Qu'est-ce qu'une impasse ouverte et qu'est-ce qu'une impasse fermée ? Rav Achi a dit : trois cloisons sans montant (le'hi), voilà une impasse ouverte. Et la halakha ne suit pas Ben Betera, ni pour l'impasse ni pour la cour.
💡 Explication

La Michna (115a) interdit de lire les Ketouvim le Chabbat à cause du bitoul beit hamidrach : le public doit venir entendre l'enseignement public, qui avait lieu avant le repas.

Première version : Rav limite l'interdit au moment du cours ; Chmouel l'étend à tout le Chabbat. Objection : dans la ville même de Chmouel, on lisait les Ketouvim à minha. D'où une seconde version : Rav parle du lieu (là où il y a un beit hamidrach).

4
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בֵּין בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּדְרָשׁ בֵּין שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּדְרָשׁ, בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ — אֵין קוֹרִין, שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ — קוֹרִין. וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ, דְּבִנְהַרְדְּעָא פָּסְקִי סִידְרָא דִכְתוּבִים בְּמִנְחֲתָא דְשַׁבְּתָא.

Et Chmouel a dit : Que ce soit dans le lieu du beit hamidrach ou hors du lieu du beit hamidrach, pendant le temps du beit hamidrach on ne lit pas ; hors du temps du beit hamidrach, on lit. Et Chmouel suit ici son raisonnement, car à Nehardea on concluait le cours par un passage des Ketouvim à minha du Chabbat.

📜 Rachi (1)
בֵּין בִּמְקוֹם בהמ"ד כו' בִּזְמַן בהמ"ד אֵין קוֹרִין לְפִי שֶׁמְּבַטְּלוֹ מִלֵּילֵךְ אֵצֶל הַדּוֹרֵשׁ אֲבָל שֶׁלֹּא בִּזְמַן בהמ"ד כְּגוֹן לְאַחַר אֲכִילָה קוֹרִין:
Que ce soit dans le lieu du beit hamidrach, etc., pendant le temps du beit hamidrach on ne lit pas : parce que cela l'empêche d'aller auprès de celui qui enseigne ; mais hors du temps du beit hamidrach, par exemple après le repas, on lit.
💡 Explication

Dans la seconde version, Chmouel retient le critère du temps : partout, l'interdit s'applique pendant le cours et cesse après. L'usage de Nehardea (lecture à minha, après le repas) devient une preuve en sa faveur.

5
רַב אַשִּׁי אָמַר: לְעוֹלָם כְּדַאֲמָרָן מֵעִיקָּרָא, וּשְׁמוּאֵל כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. דְּתַנְיָא: אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ אֵין קוֹרִין בָּהֶן — אֲבָל שׁוֹנִין בָּהֶן וְדוֹרְשִׁין בָּהֶן. נִצְרָךְ לִפְסֹוק — מֵבִיא וְרוֹאֶה בּוֹ. אָמַר רַבִּי נְחֶמְיָה: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ כִּתְבֵי הַקֹּדֶשׁ אֵין קוֹרִין בָּהֶן — כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ: בְּכִתְבֵי הַקֹּדֶשׁ אֵין קוֹרִין, וְכָל שֶׁכֵּן בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת.

Rav Achi a dit : En réalité, c'est comme nous l'avons dit au début, et Chmouel est selon Rabbi Nehemia. Car il a été enseigné : Bien qu'on ait dit que les écrits saints, on ne les lit pas, on les étudie cependant et on en fait le derach.

Si on a besoin d'un verset, on apporte (le livre) et on y regarde. Rabbi Nehemia a dit : Pourquoi a-t-on dit que les écrits saints, on ne les lit pas ?

Pour qu'on dise : les écrits saints, on ne les lit pas ; à plus forte raison les actes profanes (chitrei hedyotot).

📜 Rachi (4)
וּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר לְעֵיל אֲפִילּוּ לְאַחַר אֲכִילָה אֵין קוֹרִין:
Et Chmouel : qui a dit plus haut que même après le repas on ne lit pas.
כַּר' נְחֶמְיָה אַמְרָהּ לְמִילְּתֵיהּ דְּלֵית לֵיהּ טַעְמָא דְּאֵין קוֹרִין מִשּׁוּם בִּטּוּל אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ קַל וָחֹומֶר לְשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת וּמִיהוּ שְׁמוּאֵל הִנְהִיג בִּמְקוֹמוֹ כְּדִבְרֵי חֲכָמִים דְּמַתְנִי' דְּאָמְרִי טַעְמָא (דְּמַתְנִי') מִשּׁוּם בִּיטּוּל תּוֹרָה הִלְכָּךְ לְאַחַר אֲכִילָה דְּלֵיכָּא דְּרָשָׁה קוֹרִין:
Selon Rabbi Nehemia : il a dit sa position selon celle de Rabbi Nehemia, qui ne retient pas le motif selon lequel on ne lit pas à cause de l'interruption de l'étude, mais afin qu'on en déduise à fortiori pour les actes profanes. Cependant, Chmouel a fait appliquer dans sa ville l'avis des Sages de la Michna, qui donnent pour motif l'interruption de l'étude de la Torah ; c'est pourquoi, après le repas, quand il n'y a pas de derach, on lit.
שׁוֹנִין בָּהֶן כְּגוֹן מִדְרַשׁ שה"ש וְקֹהֶלֶת:
On les étudie : par exemple le midrach sur le Cantique des cantiques et sur Kohelet.
שְׁטַר הֶדְיוֹטוֹת כְּגוֹן שֶׁל חֶשְׁבּוֹנוֹת אוֹ אִיגְּרוֹת הַשְּׁלוּחוֹת לִמְצֹא חֵפֶץ:
Actes profanes : par exemple des comptes, ou des lettres envoyées pour ses affaires (lit. pour trouver son intérêt).
🗂️ Tossefot (2)
וּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר כַּר' נְחֶמְיָה וְלָא פְּלִיג אַדְּרַב דְּשַׁפִּיר מוֹדֶה דִּלְמַתְנִי' דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ קוֹרִין שֶׁלֹּא בִּזְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ אֶלָּא בָּא לוֹמַר דָּר' נְחֶמְיָה פְּלִיג עֲלָהּ דְּמַתְנִי':
Et Chmouel qui a dit selon Rabbi Nehemia : il ne diverge pas de Rav, car il reconnaît volontiers que selon notre Michna, qui explique le motif par l'interruption du beit hamidrach, on lit hors du temps du beit hamidrach ; il vient seulement dire que Rabbi Nehemia diverge de notre Michna.
וכ"ש בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אִיגְּרוֹת וְתֵימַהּ דְּנָהֲגוּ הָעוֹלָם לִקְרוֹת בִּכְתָב וְאִיגְּרוֹת הַשְּׁלוּחִים מִמָּקוֹם לְמָקוֹם וּלְטַלְטְלָן וַדַּאי שָׁרִי דְּהָא רְאוּיִין לָצוּר ע"פ צְלוֹחִית וְנִרְאֶה לר"י דְּלָא קָרֵי שִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת אֶלָּא שִׁטְרֵי חוֹבוֹת וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן אֲבָל אִיגְּרוֹת שָׁרִי דִּפְעָמִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ וְאַפֵּי' יוֹדֵעַ שֶׁאֵין בּוֹ פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ מַתִּיר ר"ת דְּלָא הָוֵי שִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת כֵּיוָן שֶׁאֵין צָרִיךְ לְמַה שֶׁכָּתוּב בָּהּ לְפִי שֶׁיּוֹדֵעַ מַה שֶׁבָּאִיגְּרוֹת וְאִם אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁמָּא יֵשׁ בּוֹ צֹורֶךְ גָּדוֹל אוֹ פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ וְשָׁרִי וכ"מ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּקָאָמַר מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹרִין בְּכִתְבֵי הַקֹּדֶשׁ מִפְּנֵי שִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר לוֹ שֶׁהוּא מֻותָּר אַף הוּא אוֹמֵר מַה בְּכָךְ אִם אֶתְעַסֵּק בְּשִׁטְרוֹתַי מַשְׁמַע דַּווְקָא כְּעֵין חוֹבוֹת וּשְׁטָרוֹת קָאָמַר וְכֵן פֵּי' רַשִׁ"י לְקַמָּן גַּבֵּי גְּזֵירָה שֶׁלֹּא יִקְרָא בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת דִּבְשִׁטְרֵי מִקָּח וּמִמְכָּר קָאָמַר וְכֵן הִגִּיהַּ בְּפִי' כְּתַב יָדוֹ וּמִיהוּ אוֹתָן מִלְחָמוֹת הַכְּתוּבִין בְּלַעַ"ז נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ יְהוּדָה דְּאָסוּר לְעַייֵּן בָּהֶן דְּלָא גָּרַע מֵהָא דְּתַנְיָא בְּפֶ' שׁוֹאֵל (לְקַמָּן שַׁבָּת קמט.) כְּתָב שֶׁתַּחַת הַצּוּרָה וְהַדְּיוּקְנָאוֹת אָסוּר לִקְרוֹת בָּהֶן בְּשַׁבָּת וְאַפֵּי' בְּחוֹל לֹא יָדַע ר"י מִי הִתִּיר דהו"ל כְּמוֹשַׁב לֵצִים:
À plus forte raison les actes profanes : le Kountrass (Rachi) explique : des lettres. C'est étonnant, car tout le monde à l'habitude de lire les écrits et les lettres envoyées d'un lieu à un autre ; et les déplacer est certainement permis, puisqu'elles peuvent servir à boucher l'ouverture d'une fiole. Le Ri estime que l'on n'appelle actes profanes que les reconnaissances de dette et semblables, mais les lettres sont permises, car elles contiennent parfois un cas de danger de mort (pikoua'h nefech). Et même s'il sait qu'il n'y a pas de danger de mort, Rabbeinou Tam permet, car ce ne sont pas des actes profanes, puisqu'il n'a pas besoin de ce qui y est écrit, sachant ce que contiennent les lettres ; et s'il ne le sait pas, il y a peut-être un grand besoin ou un danger de mort, et c'est permis. C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi, qui dit : Pourquoi ne lit-on pas les écrits saints ? À cause des actes profanes, car si tu lui dis que c'est permis, il dira lui aussi : quel mal y a-t-il si je m'occupe de mes actes ? Cela indique qu'il s'agit précisément de choses semblables aux dettes et aux actes. Rachi explique de même plus loin, à propos du décret interdisant de lire les actes profanes, qu'il s'agit d'actes d'achat et de vente, et il l'a corrigé ainsi dans son commentaire autographe. Cependant, les récits de guerres écrits en langue vernaculaire, Rabbeinou Yehouda estime qu'il est interdit de les consulter, car ce n'est pas moins que ce qui est enseigné au chapitre Choel (plus loin, Chabbat 149a) : l'écriture sous une image ou un portrait, il est interdit de la lire le Chabbat. Et même en semaine, le Ri ne sait pas qui l'a permis, car c'est comme une assemblée de moqueurs (Tehilim 1,1).
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מ"ט רַב בֵּיבָי אָמַר שֶׁמָּא יִמְחֹוק אַבָּיֵי אָמַר שֶׁמָּא יִקְרָא בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת. מַאי בֵינַיְיהוּ אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּכָתַב עַל הַכֹּותֶל וּמַדְלֵי לָמֶ"ד שֶׁמָּא יִמְחֹוק לָא חָייְשִׁינַן וּמַאן דְּאָמַר שֶׁמָּא יִקְרָא חָיְישִׁינַן. וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַב בֵּיבָי מִשּׁוּם דִּפְלִיג עָלֶיהָ רָבָא רַבָּה דְּאָמַר לֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר אַפֵּי' גָּבוֹהַּ שְׁתֵּי קוֹמוֹת וְאַפֵּי' גָּבוֹהַּ שְׁתֵּי מַרְדְּעוֹת. וקי"ל דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ. וְהָא דְּתַנְיָא מוֹנֶה אָדָם אֶת אוֹרְחָיו וְאֶת פַּרְפְּרוֹתָיו כַּמָּה בִּפְנִים וְכַמָּה בַּחוּץ וְכַמָּה מָנוֹת עָתִיד לְהַנִּיחַ לִפְנֵיהֶם מִכְּתָב שֶׁעַל גַּבֵּי כֹּותֶל אֲבָל לֹא מִכְּתָב שֶׁעַל גַּבֵּי טַבְלָא וּפִנְקָס אוֹקֵימְנָא בִּדְחַקֵּיק מִיחֵק דְּגֻודָּא בִּשְׁטָרָא לָא מִיחַלַּף אֲבָל כָּתוּב מִכְתָּב אָסוּר בֵּין מִדַּלָּאֵי בֵּין מִתַּתַּאי. וְשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת דַּאֲסִיר לְמִיקְרֵי בְּהוּ פר"י הַייְנוּ שִׁטְרֵי מִקָּח וּמִמְכָּר וְשִׁטְרֵי חוֹבוֹת וּמִשְּׁכוּנוֹת מִשּׁוּם מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר. וְכֵיוָן דְּחָייְשִׁינַן שֶׁלֹּא לְמַנּוֹת אוֹרְחָיו וּפַרְפְּרוֹתָיו שֶׁמָּא יִקְרָא בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת מִסְתַּבְּרָא ה"ה בְּכָל אִגְּרוֹת רְשׁוּת. וּמָצֵינָא לִפְלוּגֵי דַּוְקָא בְּהָנֵי שַׁיָּיךְ לְמִיגְזַר טְפֵי לְפִי שֶׁהֵן מֵעִנְיַן חֶשְׁבּוֹנוֹת וּצְרָכָיו וְדָמֵי לְשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת טְפֵי מֵאִיגָּרֵי הָרְשׁוּת שֶׁהֵן דִּבְרֵי שְׁלוֹמוֹת וְאֵין בָּהֶן צֹורֶךְ. אֲבָל מִדְּאָסְרִינַן כְּתָב שֶׁמְּהַלֵּךְ תַּחַת הַצּוּרָה וְתַחַת הַדְּיוֹקְנָאוֹת שֶׁאֵין בָּהֶן צֹורֶךְ כְּלָל וְאָסְרִינַן מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִקְרָא בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת נִרְאֶה דה"ה אִגְּרוֹת הָרְשׁוּת. וְהֵבִיא ה"ר יוֹנָה זַ"ל רְאָיָה מֵהָא דְּתַנְיָא פֶּ' כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת דַּף קטז:) א"ר נְחֶמְיָה מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹרִין בְּכִתְבֵי הַקֹּודֶשׁ בְּשַׁבָּת כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ בְּכִתְבֵי הַקֹּודֶשׁ אֵין קוֹרִין בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת לֹא כ"ש. וְהָא וַדַּאי דִּלֵּר' נְחֶמְיָה אָסוּר לִקְרוֹת בְּאִגְּרוֹת הָרְשׁוּת מֵהַאי טַעְמָא וּמִדָּר' נְחֶמְיָה נִשְׁמַע לְרַבָּנָן דע"כ לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ אֶלָּא בְּכִתְבֵי הַקֹּודֶשׁ שֶׁאֵין לֶאֱסֹור מִטַּעַם זֶה אֲבָל וַדַּאי אִגְּרוֹת הָרְשׁוּת בְּשִׁטְרֵי הֶדְיוֹטוֹת מִיחַלְּפִי. וְאִיכָּא רַבְּווָתָא דְּאָמְרִי שֶׁלֹּא אָסְרוּ לְמַנּוֹת הָאוֹרְחִין מִתּוֹךְ הַכְּתָב אֶלָּא בִּקְרִיאָה דֻּומְיָא דָּפְיוֹ. אֲבָל עִיּוּנִי בְּלֹא קְרִיאָה שָׁרִי. וּמִסְתַּבְּרָא לָן דְּעִיּוּנִי נָמֵי אָסוּר דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא כְּתָב שֶׁתַּחַת הַצּוּרָה וּדְיוּקְנָאוֹת אָסוּר לְהִסְתַּכֵּל בָּהֶן בְּשַׁבָּת. וְהָלֵין דְּכָתְבִין מְלִיצוֹת וּמַשְׁלִים שֶׁל שִׂיחַת חֻולִּין וְדִבְרֵי חֵשֶׁק אָסוּר לִקְרוֹתָן בְּשַׁבָּת. וְאַף בְּחוֹל לָא יָדַעְנָא מִי הִתִּירוּ שֶׁהֲרֵי נֶאֱמַר וּבְמוֹשַׁב לֵצִים לֹא יָשָׁב ע"כ דִּבְרֵי ה"ר יוֹנָה זַ"ל:
Guemara : Quel est le motif ? Rav Bibi a dit : de peur qu'il n'efface. Abayei a dit : de peur qu'il ne lise les actes profanes. Quelle différence entre eux ? La différence est lorsque c'est écrit sur le mur et en hauteur : selon celui qui dit de peur qu'il n'efface, on ne craint pas ; selon celui qui dit de peur qu'il ne lise, on craint. Et la halakha ne suit pas Rav Bibi, car Rabba s'oppose à lui, lui qui a dit : on ne lit pas à la lumière de la lampe même si elle est à la hauteur de deux hommes, ou même à la hauteur de deux bâts d'âne, et nous tenons que la halakha suit son avis. Et ce qui est enseigné : On peut compter ses invités et ses plats (combien dedans, combien dehors, et combien de portions il va leur servir) d'après un écrit sur le mur, mais non d'après un écrit sur une tablette ou un carnet, nous l'avons établi dans le cas où c'est gravé dans le mur, car ce qui est gravé dans le mur ne se confond pas avec un acte ; mais ce qui est écrit à l'encre est interdit, que ce soit en haut ou en bas. Et les actes profanes qu'il est interdit de lire, le Ri explique : ce sont les actes d'achat et de vente, les reconnaissances de dette et les gages, à cause de (Yechaya 58,13) : en poursuivant tes affaires et en tenant des propos. Et puisque nous craignons, en ce qui concerne le compte des invités et des plats, qu'il ne vienne à lire des actes profanes, il est logique qu'il en soit de même pour toutes les lettres sans nécessité. On pourrait distinguer : précisément pour ceux-là (les comptes d'invités), il convient davantage de décréter, car ils relèvent des comptes et des besoins, et ressemblent davantage aux actes profanes que les lettres sans nécessité, qui sont des salutations sans besoin réel. Mais puisque nous interdisons l'écriture placée sous une image ou un portrait, qui n'a aucune utilité, et que nous l'interdisons de peur qu'il ne lise des actes profanes, il semble qu'il en soit de même des lettres sans nécessité. Rabbeinou Yona a apporté une preuve de ce qui est enseigné au chapitre Kol kitvei (Chabbat 116b) : Rabbi Nehemia a dit : Pourquoi ne lit-on pas les écrits saints le Chabbat ? Pour qu'on dise : les écrits saints, on ne les lit pas ; les actes profanes, à plus forte raison. Or certainement, selon Rabbi Nehemia, il est interdit de lire des lettres sans nécessité pour ce motif ; et de Rabbi Nehemia on apprend pour les Sages : ils ne divergent de lui que pour les écrits saints, qu'on ne doit pas interdire pour ce motif, mais certainement les lettres sans nécessité se confondent avec les actes profanes. Certains maîtres disent qu'on n'a interdit de compter les invités d'après l'écrit que par une lecture à voix haute, semblable à la parole, mais qu'un regard sans lecture est permis. Il nous semble que regarder aussi est interdit, car il est enseigné dans la Tossefta : l'écriture sous une image ou un portrait, il est interdit de la regarder le Chabbat. Et ceux qui écrivent des sentences et des fables de conversation profane et des propos amoureux, il est interdit de les lire le Chabbat ; et même en semaine, je ne sais qui les a permis, car il est dit : Et dans l'assemblée des moqueurs il ne siège pas (Tehilim 1,1). Fin des paroles de Rabbeinou Yona.
💡 Explication

Rav Achi garde la première version (Rav : interdit pendant le cours ; Chmouel : même après). Chmouel suit Rabbi Nehemia, pour qui l'interdit vise à faire raisonner le public par kal va-homer : si les écrits saints ne sont pas lus, les chitrei hedyotot (actes profanes : comptes, contrats) le sont encore moins.

L'usage de Nehardea s'explique, selon Rachi, parce que Chmouel y appliquait la Michna et non son propre avis. Les Tossafot et le Roch discutent du statut des lettres : Rachi les range parmi les actes profanes ; Rabbeinou Tam et le Ri les permettent ; Rabbeinou Yona (cité par le Roch) interdit les lettres sans nécessité.

6
מַתְנִי׳ מַצִּילִין תִּיק הַסֵּפֶר עִם הַסֵּפֶר, וְתִיק הַתְּפִילִּין עִם הַתְּפִילִּין, וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בְּתוֹכָן מָעוֹת. וּלְהֵיכָן מַצִּילִין אוֹתָן — לְמָבוֹי שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ. בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר: אַף לִמְפֻולָּשׁ.

MICHNA. On sauve (de l'incendie) l'étui du livre avec le livre, et l'étui des tefilin avec les tefilin, même s'il y a de l'argent dedans.

Et vers où les sauve-t-on ? Vers une impasse fermée (mavoi she-eino mefoulach).

Ben Betera dit : même vers une impasse ouverte.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תָּנָא וּבִלְבַד שֶׁלֹּא תֵּצֵא יַלְדָּה בְּשֶׁל זְקֵינָה וּזְקֵינָה בְּשֶׁל יַלְדָּה. בְּכָבוּל וּבְפֵיאָה נָכְרִית לֶחָצֵר אָמַר רַב כָּל שֶׁאָסְרוּ בּוֹ לָצֵאת לִרְשׁוּת הָרַבִּים אָסוּר לָצֵאת בּוֹ בֶּחָצֵר חוּץ מִכָּבוּל וּפֵיאָה נָכְרִית. וְר' עַנְנֵי בַּר שָׂשׂוֹן מִשּׁוּם דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר הַכֹּל כְּכָבוּל. וַהֲלָכָה כְּרַב דִּסְתַם לַן תְּנָא כְּוָותֵיהּ. וּלְרַב מַאי שְׁנָא הָנֵי אָמַר עֻולָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְגַּנֶּה עַל בַּעְלָהּ וְנִמְצָא בַּעְלָהּ מְגָרְשָׁהּ. כִּדְתַנְיָא וְהַדָּוָה בְּנִדָּתָהּ חֲכָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָמְרוּ שֶׁלֹּא תִּכְחוֹל וְשֶׁלֹּא תִּפְקֹוס וְלֹא תִּתְקַשֵּׁט בְּבִגְדֵי צִבְעוֹנִין עַד שֶׁבָּא ר"ע וְלִימֵּד א"כ נִמְצָא אַתָּה מְגַנָּהּ עַל בַּעְלָהּ וְנִמְצָא בַּעְלָהּ מְגָרְשָׁהּ. אֶלָּא מַה ת"ל וְהַדָּוָה בְּנִדָּתָהּ בְּנִדָּתָהּ תְּהֵא עַד שֶׁתָּבֹוא בַּמַּיִם. ור"ת זַ"ל פָּסַק כַּר' עֲנָנִי בַּר שָׂשׂוֹן דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל ואע"ג דִּסְתָם מַתְנִיתִין כְּרַב. וְדִכְוָותֵיהּ אַשְׁכְּחַן גַּבֵּי פְּרוֹזְבּוֹל דִּסְתָם מַתְנִיתִין סְבָרָא דְּלָא מָצֵי לְמֵימַר פְּרוֹזְבּוֹל הָיָה לִי וְאָבַד וְקַיְימָא לָן בְּגִיטִּין בְּפֶרֶק הַשּׁוֹלֵחַ (גִּיטִּין דַּף לז:) כְּבָרַייְתָא דִּסְבָרָא כְּרַב דְּמָצֵי לְמֵימַר פְּרוֹזְבּוֹל הָיָה לִי וְאָבַד הִלְכָּךְ מֻותָּר לְהִתְקַשֵּׁט בֶּחָצֵר וְכֵן נָמֵי בִּרְשׁוּת הָרַבִּים שֶׁאֵין רָחָב ט"ו אַמָּה וְאֵין מְפֻולָּשִׁין מְשַׁעֵר לְשַׁעֵר וְאֵינוֹ אֶלָּא כַּרְמְלִית דְּהָא שָׁרֵינַן בֶּחָצֵר. וּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּחָצֵר שֶׁאֵינָהּ מְעֹורֶבֶת וּמְדַקְדֵּק בְּמָתְנֵי' וְלֹא בְּכָבוּל לִרְשׁוּת הָרַבִּים מַשְׁמַע הָא בְּכַרְמְלִית שַׁפִּיר דָּמֵי וְהַכֹּל כְּכָבוּל. וְנִרְאֶה דְּאֵין לִלְמֹוד הֶיתֵּר כַּרְמְלִית מֵהֶיתֵּר חָצֵר שֶׁאֵין מְעֹורֶבֶת כִּדְאַשְׁכְּחַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ (שַׁבָּת דַּף קטז:) גַּבֵּי הַצָּלַת סְפָרִים לְמָבוֹי שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אָמַר אַף לִמְפֻולָּשׁ וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת וְלֶחִי אֶחָד וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה הַייְנוּ כַּרְמְלִית וְגַבֵּי הַצָּלָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל מִצְוָה קָאָמַר הָתָם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר אַף לְחָצֵר שֶׁאֵינָהּ מְעֹורֶבֶת אֲבָל לְכַרְמְלִית לָא שָׁרִי הוֹאִיל וְאֵין מִצְוָה בְּהַצָּלָתָם. וְהָא דְּדָייֵק מִדְּקָתָנֵי וְלֹא בְּכָבוּל לר"ה. דְּמַשְׁמַע הָא בְּכַרְמְלִית שַׁפִּיר דָּמֵי לָאו דִּיּוּקָא הִיא דִּבְהָהִיא דְּלָא יַעֲמוֹד אָדָם בר"ה וְיִשְׁתֶּה ברה"י עֵרוּבִין צט. קָאָמַר אַבַּיֵּי דה"ה בְּכַרְמְלִית וַאֲפִילּוּ רָבָא דִּפְלִיג עָלֶיהָ לָאו מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי לר"ה אֶלָּא כִּדְקָאָמַר הִיא גּוּפָהּ גְּזֵירָה וְכוּ' וּבְהַהִיא דְּלָא יַעֲמוֹד אָדָם בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְיַשְׁתִּין לרה"י שָׁם צח: וְכֵן לֹא יָרוֹק כ"ע מוֹדוֹ דה"ה בְּכַרְמְלִית אֶלָּא הָיָה אור"ת זַ"ל דְּאֵין לֶאֱסֹור לְנָשִׁים תַּכְשִׁיטֵיהֶן כִּי לֹא יִשְׁמְעוּ לָנוּ וְהַנַּח לָהֶן לִבְנוֹת יִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ שׁוֹגְגִין וְאַל יְהוּ מְזִידִין:
Guemara : On a enseigné : à condition qu'une jeune fille ne sorte pas avec (le bijou) d'une femme âgée, ni une femme âgée avec celui d'une jeune fille. Avec un kavoul et une perruque, dans la cour. Rav a dit : tout ce avec quoi on a interdit de sortir dans le domaine public, il est interdit de sortir avec dans la cour, sauf le kavoul et la perruque. Et Rabbi Anani bar Sasson, au nom de Rabbi Yichmael, dit : tout est comme le kavoul. Et la halakha suit Rav, car le Tanna a énoncé une Michna anonyme selon lui. Et selon Rav, en quoi ceux-ci sont-ils différents ? Oula a dit : afin qu'elle ne devienne pas repoussante aux yeux de son mari. Comme il est enseigné : Et celle qui est indisposée dans son impureté (Vayikra 15,33) : les premiers Sages disaient qu'elle ne se farde pas les yeux, ne se maquille pas et ne se pare pas de vêtements colorés, jusqu'à ce que vienne Rabbi Akiva qui enseigna : s'il en est ainsi, tu la rends repoussante aux yeux de son mari, et son mari la répudiera. Que vient donc enseigner : et celle qui est indisposée dans son impureté ? Elle reste dans son impureté jusqu'à ce qu'elle entre dans l'eau (du mikve). Et Rabbeinou Tam a tranché selon Rabbi Anani bar Sasson, car pour une règle des Soferim on suit l'avis le plus léger, bien que la Michna anonyme soit selon Rav. Et nous trouvons un cas semblable pour le prozboul : la Michna anonyme considère qu'on ne peut pas dire : j'avais un prozboul et je l'ai perdu ; et nous tenons dans Guittin, au chapitre Hacholea'h (Guittin 37b), selon la baraita qui considère, comme Rav, qu'on peut dire : j'avais un prozboul et je l'ai perdu. Il est donc permis de se parer dans la cour, et aussi dans un domaine public qui n'a pas seize coudées de large et qui n'est pas ouvert de porte à porte, et qui n'est qu'un karmelit, puisque nous l'avons permis dans la cour. Et cela s'entend même dans une cour sans erouv. Et il déduit de la Michna : et non avec un kavoul dans le domaine public ; cela implique que dans un karmelit c'est permis, et que tout est comme le kavoul. Il semble qu'on ne doit pas déduire la permission du karmelit de celle de la cour sans erouv, comme nous le trouvons plus loin au chapitre Kol kitvei hakodech (Chabbat 116b) à propos du sauvetage des livres vers une impasse fermée : Rabbi Yehouda ben Betera dit : même vers une impasse ouverte ; et la Guemara explique : une impasse qui a deux cloisons et un seul montant (le'hi), ce qui selon Rabbi Yehouda est un karmelit. Et pour un sauvetage qui n'est pas une mitsva, il dit là-bas : Rabbi Yehouda ben Betera dit : même vers une cour sans erouv ; mais vers un karmelit ce n'est pas permis, puisqu'il n'y a pas de mitsva dans leur sauvetage. Et la déduction tirée de : et non avec un kavoul dans le domaine public (qui impliquerait que dans un karmelit c'est permis) n'est pas une déduction valable. Car à propos de : un homme ne se tiendra pas dans le domaine public pour boire dans le domaine privé (Erouvin 99a), Abayei dit qu'il en est de même dans un karmelit ; et même Rava, qui s'oppose à lui, ne le fait pas parce qu'il est enseigné : dans le domaine public, mais comme il le dit : c'est elle-même un décret, etc. Et dans le cas : un homme ne se tiendra pas dans le domaine public pour uriner dans le domaine privé (ibid. 98b), et de même : il ne crachera pas, tous reconnaissent qu'il en est de même dans un karmelit. Mais Rabbeinou Tam disait qu'on ne doit pas interdire aux femmes leurs parures, car elles ne nous écouteront pas : laisse les filles d'Israël, mieux vaut qu'elles fautent par inadvertance que délibérément.
💡 Explication

Le Chabbat, on ne sauve de l'incendie que les écrits saints (115a). La Michna ajoute que l'étui (tik) peut être sauvé avec eux, même s'il contient de l'argent : l'accessoire suit le livre par respect pour celui-ci.

On les porte dans une impasse fermée (mavoi she-eino mefoulach) ; Ben Betera permet même une impasse ouverte. Le Roch sur ce segment se rapporte à Chabbat 64b (parures des femmes dans la cour) et ne cite notre Michna qu'en appui.

7
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, מַפְשִׁיטִין אֶת הַפֶּסַח עַד הֶחָזֶה — דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַפְשִׁיטִין אֶת כֻּולּוֹ. בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה, דְּהָא אִיתְעֲבִיד לֵיהּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ. אֶלָּא לְרַבָּנַן מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר קְרָא: ״כֹּל פָּעַל ה׳ לַמַּעֲנֵהוּ״. וְהָכָא, מַאי ״לְמַעֲנֵהוּ״ אִיכָּא? רַב יוֹסֵף אָמַר: שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ. רָבָא אָמַר: שֶׁלֹּא יְהוּ קָדְשֵׁי שָׁמַיִם מוּטָלִין כִּנְבֵלָה.

GUEMARA. Les Rabbanan ont enseigné : Le quatorze (Nissan) qui tombe un Chabbat, on dépouille le Pessa'h jusqu'à la poitrine ; ce sont les paroles de Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka.

Et les Sages disent : on le dépouille entièrement. Cela se comprend selon Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, puisque le besoin du Très-Haut (tsorekh gavoha) a déjà été accompli.

Mais selon les Rabbanan, quelle est la raison ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Car le verset dit : Tout ce que fait Hachem est pour Sa gloire (Michle 16,4).

Et ici, quelle gloire y a-t-il ? Rav Yossef a dit : Qu'il ne se gâte pas.

Rava a dit : Que les saintetés du Ciel ne soient pas jetées comme une charogne.

📜 Rachi (3)
גְּמ' עַד הֶחָזֶה מַתְחִיל מֵרַגְלָיו הָאַחֲרוֹנִים עַד הֶחָזֶה שֶׁיּוּכַל לְהוֹצִיא אֵימוּרִים שֶׁהֶקְטֵר חֲלָבָיו דּוֹחִין שַׁבָּת וְתוּ לָא מַפְשִׁיט מִידִי עַד אֻורְתָּא דְּצֹורֶךְ הֶדְיוֹט הוּא:
Guemara, jusqu'à la poitrine : on commence par les pattes arrière jusqu'à la poitrine, de sorte qu'on puisse sortir les emourim, car la combustion de ses graisses repousse le Chabbat ; et on ne dépouille rien de plus jusqu'au soir, car c'est un besoin humain.
לְמַעֲנֵהוּ לִכְבוֹדוֹ:
Pour Sa gloire : pour Son honneur.
שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ שֶׁהָעוֹר מְחַמְּמוֹ וּמַסְרִיחוֹ וְאֵין זֶה כְּבוֹדוֹ לִהְיוֹת פְּרָס אוֹכְלֵי שֻׁולְחָנוֹ מְגֹואָל:
Qu'il ne se gâte pas : car la peau le réchauffe et le fait se gâter ; et il n'est pas à Son honneur que la portion de ceux qui mangent à Sa table soit souillée.
💡 Explication

Le Pessa'h est égorgé le 14 Nissan l'après-midi ; s'il tombe un Chabbat, on accomplit ce qui est nécessaire au tsorekh gavoha (besoin de l'autel) : aspersion du sang, combustion des emourim (graisses offertes). Pour les sortir, il faut dépouiller jusqu'à la poitrine.

Le reste de la peau ne concerne que le repas du soir (tsorekh hedyot). Les Sages permettent pourtant de dépouiller tout, par le verset de Michle : il en va de l'honneur du sacrifice. Rav Yossef : éviter qu'il ne se gâte ; Rava : éviter qu'il soit laissé comme une charogne.

8
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּמַנַּח אַפָּתוּרָא דְּדַהֲבָא, אִי נָמֵי יוֹמָא דְּאִסְתָּנָא. וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה, הַאי ״פָּעַל ה׳ לְמַעֲנֵהוּ״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? שֶׁלֹּא יוֹצִיא אֶת הָאֵימוּרִין קֹודֶם הַפְשָׁטַת הָעוֹר. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן: מִשּׁוּם נִימִין.

Quelle différence entre eux ? La différence est lorsqu'il est posé sur une table d'or, ou bien un jour (de vent) d'astana.

Et Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, que fait-il de ce verset : Tout ce que fait Hachem est pour Sa gloire ? (Il en apprend) qu'on ne sort pas les emourim avant d'avoir dépouillé la peau.

Quelle en est la raison ? Rav Houna fils de Rav Natan a dit : à cause des poils.

📜 Rachi (5)
אַפְּתוּרֵי דְּדַהֲבָא שֶׁאֵינוֹ מֻוטָּל בְּבִזָּיוֹן אֲבָל לִשְׁמָא יַסְרִיחַ חָיֵישׁ רַב יוֹסֵף וְרָבָא לָא חָיֵישׁ עַד אֻורְתָּא:
Table d'or : il n'est pas jeté avec mépris ; mais Rav Yossef craint qu'il ne se gâte, et Rava ne le craint pas jusqu'au soir.
יוֹמָא דְּאִסְתָּנָא רוּחַ צְפוֹנִית שֶׁהִיא בֵּינוֹנִית לֹא חַמָּה וְלֹא צִנָּה כִּדְאָמְרִינַן בִּיבָמוֹת בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עב.) וְאֵיזוֹ רוּחַ הַמַּסְרַחַת רוּחַ מִזְרָחִית בִּשְׁעַת הַחֹום כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין (דַּף לא:) אֲפִילּוּ שִׁכְבַת זֶרַע שֶׁבִּמְעֵי אִשָּׁה מַסְרַחַת בּוֹ דִּכְתִיב (הוֹשֵׁעַ י״ג:ט״ו) יָבֹא קָדִים רוּחַ ה' מִמִּדְבָּר עֹולֶה וְגוֹ' יֵשׁ מְפָרְשִׁין יוֹמָא דְּאִסְתָּנָא רוּחַ דְּרוֹמִית שֶׁהִיא צוֹנֶנֶת אֱמֶת שֶׁרוּחַ דְּרוֹמִית צוֹנֶנֶת אֲבָל אִסְתָּנָא עַל כָּרְחָיךְ צְפוֹנִית הִיא וְנוֹחָה כִּדְאָמַר בְּעָלְמָא (עִירוֹבִיץ ד' סה.) צְרִיכָא שְׁמַעְתָּא צִילּוּתָא כְּיוֹמָא דְּאִסְתָּנָא וְרוּחַ דְּרוֹמִית הִיא בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי יוֹמָא דְּשׁוּתָא:
Jour d'astana : vent du nord, qui est tempéré, ni chaud ni froid, comme nous le disons dans Yevamot, chapitre Hearel (Yevamot 72a). Et quel est le vent qui fait se gâter ? Le vent d'est à la saison chaude, comme nous le disons dans Guittin (31b) : même la semence dans le ventre de la femme se gâte par lui, comme il est écrit (Hochea 13,15) : Viendra le vent d'est, le vent de Hachem montant du désert, etc. Certains expliquent : jour d'astana = vent du sud, qui est frais. Il est vrai que le vent du sud est frais, mais l'astana est forcément le vent du nord, et il est agréable, comme il est dit ailleurs (Erouvin 65a) : une étude demande de la clarté comme un jour d'astana. Et le vent du sud se dit en araméen yoma de-chouta.
קֹודֶם הַפְשָׁטַת הָעוֹר עַד הֶחָזֶה:
Avant de dépouiller la peau : jusqu'à la poitrine.
מ"ט עוֹר לָאֵימוּרִין מַאי קָא עֲבִיד:
Quelle en est la raison : qu'est-ce que la peau fait aux emourim ?
מִשּׁוּם נִימִין שֶׁל צֶמֶר הַנִּדְבָּקִין בְּאֵימוּרִין:
À cause des poils : de laine, qui collent aux emourim.
💡 Explication

La nafka mina sépare les deux motifs. Sur une table d'or, pas de mépris, mais la viande peut se gâter : Rav Yossef permet de tout dépouiller, Rava non. Par vent d'astana (temps tempéré), pas de risque de se gâter, mais la carcasse à moitié dépouillée est méprisée : Rava permet, Rav Yossef non.

Rabbi Yichmael applique le verset autrement : par honneur pour l'autel, on ne sort pas les emourim à travers une ouverture dans la peau, car des poils s'y colleraient. D'où le dépouillement jusqu'à la poitrine.

🖼️ Schéma
Rav Yossef et Rava : où leurs motifs se séparent Cas Rav Yossef (se gâter) Rava (mépris) Posé sur une table d'or on dépouille tout jusqu'à la poitrine Jour de vent du nord (astana, temps tempéré) jusqu'à la poitrine on dépouille tout
Les deux cas où les motifs de Rav Yossef et de Rava mènent à des conclusions opposées.
9
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עֻוקְבָא: מַאי אַהְדַּרוּ לֵיהּ חַבְרַייָּא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה? הָכִי קָאָמְרִי לֵיהּ: אִם מַצִּילִין תִּיק הַסֵּפֶר עִם הַסֵּפֶר, לֹא נַפְשִׁיט אֶת הַפֶּסַח מֵעוֹרוֹ? מִי דָמֵי?! הָתָם — טִלְטוּל, הָכָא — מְלָאכָה! אָמַר רַב אַשִּׁי: בָּתַרְתִּי פְּלִיגִי, פְּלִיגִי בְּטִלְטוּל וּפְלִיגִי בִּמְלָאכָה, וְהָכִי קָאָמְרִי לֵיהּ: אִם מַצִּילִין תִּיק הַסֵּפֶר עִם הַסֵּפֶר, לֹא נְטַלְטֵל עוֹר אַגַּב בָּשָׂר?!

Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : Qu'ont répondu les collègues à Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka ? Voici ce qu'ils lui ont dit : Si l'on sauve l'étui du livre avec le livre, ne dépouillerions-nous pas le Pessa'h de sa peau ?

Est-ce comparable ?! Là-bas, c'est un déplacement (tiltoul) ; ici, c'est une melakha !

Rav Achi a dit : Ils divergent sur deux points : ils divergent sur le déplacement et ils divergent sur la melakha. Et voici ce qu'ils lui ont dit : Si l'on sauve l'étui du livre avec le livre, ne déplacerions-nous pas la peau avec la viande ?!

📜 Rachi (9)
חַבְרַיָּיא בְּנֵי מַחֲלֻוקְתּוֹ:
Les collègues : ceux qui étaient en controverse avec lui.
אִם מַצִּילִין בְּשַׁבָּת:
Si l'on sauve : le Chabbat.
תִּיק עִם הַסֵּפֶר ואע"פ שֶׁיֵּשׁ בְּתוֹכוֹ מָעוֹת וּמִשּׁוּם כְּבוֹד הַסֵּפֶר שֶׁהוּא צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ עָבְדִינַן בַּהֲדֵיהּ הַצָּלַת מָעוֹת שֶׁהֵן צֹורֶךְ הֶדְיוֹט:
L'étui avec le livre : et bien qu'il y ait de l'argent dedans ; et à cause de l'honneur du livre, qui est un besoin du Très-Haut, on effectue en même temps le sauvetage de l'argent, qui est un besoin humain.
לֹא נַפְשִׁיט אֶת הַפֶּסַח בִּתְמִיהַּ מִשּׁוּם צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ לָא שָׁרִי צֹורֶךְ הֶדְיוֹט בַּהֲדֵיהּ:
Ne dépouillerions-nous pas le Pessa'h : question étonnée ; à cause du besoin du Très-Haut, ne permettrait-on pas en même temps le besoin humain ?
הָתָם תִּיק וּמָעוֹת דְּקָמַיְיתֵי רְאָיָה מִינֵּיהּ . טִלְטוּל בְּעָלְמָא הוּא:
Là-bas : l'étui et l'argent dont on tire la preuve, ce n'est qu'un simple déplacement.
הָכָא גַּבֵּי פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּפֶסַח דְּאַיְירֵי בָּהּ הַשְׁתָּא מְלָאכָה גְּמוּרָה דְּהַפְשָׁטָה מֵאֲבוֹת מְלָאכוֹת הִיא:
Ici : dans leur controverse sur le Pessa'h dont on parle maintenant, c'est une melakha complète, car dépouiller fait partie des avot melakhot.
בִּתַּרְתִּי פְּלִיגִי גַּבֵּי פֶּסַח פְּלִיגִי בְּטִלְטוּלוֹ דְּאָסַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל לְטַלְטֵל [הַפֶּסַח] אַחַר שֶׁהוֹצִיא אֵימוּרָיו אַפֵּי' מֵחַמָּה לְצֵל מִשּׁוּם עוֹר דְּלָאו בַּר טִלְטוּל הוּא וְלָא דָּמֵי לִשְׁלָחִין דַּאֲמָרָן בְּבָמָה טוֹמְנִין (לְעֵיל שַׁבָּת מט.) שֶׁמְּטַלְטְלִין אוֹתָן דְּהָתָם עוֹר בְּהֵמָה גַּסָּה דַּחֲזֵי לְמִישְׁטָחֶיהָ וּלְמִיזְגָּא עָלֶיהָ:
Ils divergent sur deux points : à propos du Pessa'h, ils divergent sur son déplacement, car Rabbi Yichmael interdit de déplacer [le Pessa'h] après en avoir sorti les emourim, même du soleil à l'ombre, à cause de la peau qui n'est pas déplaçable (mouktse). Ce n'est pas comparable aux peaux (chela'hin) dont nous avons parlé au chapitre Bameh tomnin (plus haut, Chabbat 49a), qu'on peut déplacer, car là-bas il s'agit de la peau d'un gros animal, bonne à étendre et à s'asseoir dessus.
וְהָכִי קָאָמְרִי לֵיהּ תְּשׁוּבָה לְעִנְיַן טִלְטוּל:
Et voici ce qu'ils lui ont dit : c'est une réponse concernant le déplacement.
לֹא נְטַלְטֵל עוֹר אַגַּב בָּשָׂר דְּהָוֵי נָמֵי כְּבוֹד שָׁמַיִם דְּבָשָׂר דֻּומְיָא דְּסֵפֶר וּמֻותָּר לְטַלְטְלוֹ מֵחַמָּה לְצֵל וְאַגַּב בָּשָׂר יְטַלְטְלוּ עוֹר הַמְחֻובָּר בּוֹ:
Ne déplacerions-nous pas la peau avec la viande : car la viande aussi relève de l'honneur du Ciel, à l'image du livre, et il est permis de la déplacer du soleil à l'ombre ; et avec la viande, on déplacera la peau qui y est attachée.
🗂️ Tossefot (1)
פְּלִיגִי בְּטִלְטוּל כּוּ' פֵּי' אַחַר שֶׁנִּפְשַׁט כָּל הָעוֹר פְּלִיגִי דְּרַבָּנָן שָׁרוּ לְטַלְטֵל שֶׁעֲדַייִן צָרִיךְ לְבָשָׂר שֶׁלֹּא יִתְלַכְלֵךְ וְר' יִשְׁמָעֵאל אָסַר אֲבָל כְּשֶׁאֵינוֹ מֻופְשָׁט אֶלָּא עַד הֶחָזֶה שָׁרִי לכ"ע לְטַלְטֵל כִּדְמוֹכַח בְּסָמוּךְ ואע"ג דְּר' יִשְׁמָעֵאל לָא שָׁרִי לְהַפְשִׁיט אֶלָּא עַד הֶחָזֶה מ"מ פְּלִיגִי בְּמֻופְשָׁט כֻּולּוֹ כְּגוֹן שֶׁעָבַר וְהִפְשִׁיט אִי נָמֵי בִּתְמִידִים וּמוּסָפִים דְּמֻותָּר לְהַפְשִׁיטָן:
Ils divergent sur le déplacement, etc. : explication : une fois toute la peau enlevée, ils divergent : les Rabbanan permettent de la déplacer, car on a encore besoin de la viande pour qu'elle ne se salisse pas, et Rabbi Yichmael l'interdit. Mais lorsqu'il n'est dépouillé que jusqu'à la poitrine, tous permettent de le déplacer, comme on le prouve plus loin. Et bien que Rabbi Yichmael ne permette de dépouiller que jusqu'à la poitrine, ils divergent tout de même sur un animal entièrement dépouillé, par exemple si l'on a transgressé et dépouillé, ou bien pour les tamidim et les moussafim, qu'il est permis de dépouiller entièrement.
💡 Explication

Les collègues comparent le Pessa'h à notre Michna : l'étui (et l'argent) suit le livre ; de même, le besoin humain (la peau) devrait suivre le besoin sacré. La Guemara objecte : sauver l'étui n'est qu'un tiltoul (déplacement, interdit rabbinique), alors que dépouiller est une melakha de la Torah.

Rav Achi répond qu'il y a deux controverses. Sur le tiltoul, l'argument tient : si l'étui suit le livre, la peau (en soi mouktse) peut être déplacée avec la viande, pour la mettre à l'ombre. Selon les Tossafot, le débat porte sur une bête déjà entièrement dépouillée.

🖼️ Schéma
L'argument des collègues : l'étui du livre et la peau du Pessa'h Michna on sauve l'étui avec le livre, même avec de l'argent dedans (besoin humain à la suite) Donc ? on dépouillerait aussi le Pessa'h entier (besoin humain à la suite du besoin sacré) Objection : la-bas simple déplacement (tiltoul), ici melakha (dépouiller = av melakha) Rav Achi : deux controverses (melakha ET tiltoul). L'argument vise le tiltoul : si l'étui suit le livre, la peau peut être déplacée avec la viande (de l'ombre au soleil)
L'argument tiré de l'étui du livre, l'objection (tiltoul contre melakha) et la réponse de Rav Achi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).