Shabbat 122b — La lampe du non-Juif, les portes des ustensiles et le marteau du forgeron (début du chapitre Kol hakelim)

Shabbat 122b

Sougya : Le daf achève le chapitre Kol kitvei : une lampe allumée par un non-Juif dans une réunion est allumée "en pensant à la majorité", et Shmouel profite de la lumière des qu'il voit le non-Juif lire son propre document. Commence ensuite le chapitre Kol hakelim, dont la Michna permet de déplacer les ustensiles avec leurs portes, et d'utiliser des outils de travail (marteau, hache, scie, pelle, aiguilles) pour des usages permis.

La Guemara explique la clause "même s'ils se sont détachés le Chabbat" (Abaye), puis discute une baraita sur les portes de coffre et de poulailler : Abaye y voit un interdit de construire et de démolir dans les ustensiles, Rava un simple décret de peur qu'on ne fixe la porte solidement. Enfin, Rav Yehouda limite la Michna au marteau destiné aux noix, car un objet dont l'usage est interdit ne se déplace pas même pour un usage permis ; Rabba le réfute par le cas de la pelle à vanner et de la fourche donnés à l'enfant.

Lampe allumée par un non-Juif : peut-on profiter de sa lumière ? Qui est présent à la réunion ? Majorité de non-Juifs Moitié / moitié Majorité de Juifs Permis allume pour la majorité Interdit doute sur son intention Interdit allume pour la majorité Mais s'il est évident qu'il allume pour lui-même (Shmouel) : permis, car une lampe pour un est une lampe pour cent
La lampe allumée par un non-Juif selon la composition de l'assemblée.
Portes de coffre et de poulailler : Abaye et Rava Baraita coffre, caisse, armoire : on enlève mais on ne remet pas poulailler : on n'enlève pas et on ne remet pas Difficulté : s'il y a construction, il y a démolition ; s'il n'y a pas démolition, il n'y a pas construction Abaye Rava Il y a construction et démolition dans les ustensiles (yech binyan / yech setira) Il n'y a ni construction ni démolition dans les ustensiles ; interdit de remettre par décret : de peur qu'on ne fixe (yitka) Lecture : [les portes] qui ont été enlevées, on ne les remet pas (Tossefot : enlevées, on les déplace) Objections à Abaye : 1) le texte dit notlin (on enlève) 2) que signifierait alors mais ?
La baraita des portes : Abaye (construction dans les ustensiles) contre Rava (décret).
Le marteau pour casser des noix : Rav Yehouda et Rabba Michna : on prend un marteau (kournas) pour casser des noix Rav Yehouda Rabba Seulement le marteau à noix, pas celui du forgeron Même le marteau du forgeron (suite de la position au daf 123a) Objet à usage interdit : interdit même pour son usage (letsorekh goufo) Preuve : pelle à vanner et fourche pour l'enfant, jamais réservées à cet usage Tossefot : Rav Yehouda n'interdit que l'usage mineur (casser des noix) d'un outil destiné à un travail important
Rav Yehouda et Rabba sur le déplacement d'un outil à usage interdit.
1
אַדַּעְתָּא דְּרֻובָּא מִדְּלָקֵי.

On l'allume en pensant à la majorité.

📜 Rachi (1)
אַדַּעְתָּא דְּרֻובָּא הִלְכָּךְ יִשְׂרָאֵל עִיקָּר וּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה נָמֵי לֵיכָּא לְמֵיקַם עֲלַהּ דְּמִלְּתָא דְּאִיכָּא לְמֵימַר עִיקַּר דַּעְתֵּיהּ דְּמַדְלִיק בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל וְאִיכָּא לְמֵימַר עִיקַּר דַּעְתֵּיהּ דְּמַדְלִיק בִּשְׁבִיל נָכְרִי אֲבָל נָכְרִי וְיִשְׂרָאֵל וְהַמַּדְלִיק עַצְמוֹ מִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרָהּ וַדַּאי עִיקַּר אַדַּעְתָּא דִּידֵיהּ עֲבִיד וְכֵיוָן דְּנֵר לְאֶחָד נֵר לְמֵאָה שָׁרִי:
En pensant à la majorité : c'est pourquoi [s'il y a une majorité de] Juifs, [ils sont] l'essentiel ; et [à] moitié-moitié aussi, on ne peut pas établir la chose, car on peut dire que l'intention principale de celui qui allume est pour le Juif, et on peut dire que son intention principale est pour le non-Juif. Mais [s'il y a] un non-Juif et un Juif, et que celui qui allume utilise lui-même sa lumière, il agit certainement avant tout pour lui-même ; et puisqu'une lampe pour un est une lampe pour cent, c'est permis.
💡 Explication

Fin de la sougya de la lampe allumée par un non-Juif dans une réunion (mesiba) : on suit l'intention présumée de celui qui allume, qui pense à la majorité des présents. Rachi ajoute le cas où le non-Juif utilise lui-même la lumière : il agit pour lui, et le Juif en profite sans rien ajouter, selon le principe ner le-ehad ner le-mea (une lampe pour un est une lampe pour cent).

🖼️ Schéma
Lampe allumée par un non-Juif : peut-on profiter de sa lumière ? Qui est présent à la réunion ? Majorité de non-Juifs Moitié / moitié Majorité de Juifs Permis allume pour la majorité Interdit doute sur son intention Interdit allume pour la majorité Mais s'il est évident qu'il allume pour lui-même (Shmouel) : permis, car une lampe pour un est une lampe pour cent
Majorité de non-Juifs, moitié-moitié, majorité de Juifs.
2
שְׁמוּאֵל אִיקְּלַע לְבֵי אֲבִי תוֹרָן. אֲתָא הָהוּא גּוֹי אַדְלֵיק שְׁרָגָא. אַהְדְּרִינְהוּ שְׁמוּאֵל לְאַפֵּיהּ. כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּאַייְתִי שְׁטָר וְקָא קָרֵי, אָמַר: אַדַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ הוּא דְּאַדְלֵיק. אַהְדְּרִינְהוּ אִיהוּ לְאַפֵּיהּ גַּבֵּי שְׁרָגָא.

Shmouel se rendit chez Avin de Toran. Un non-Juif vint et alluma une lampe.

Shmouel détourna son visage. Quand il vit que [le non-Juif] apportait un document (chtar) et le lisait, il dit : c'est pour lui-même qu'il l'a allumée.

Il tourna [alors] son visage vers la lampe.

📜 Rachi (2)
תֹּורֶן מָקוֹם:
Toran : [nom d'un] lieu.
דְּאַייְּתִי שְׁטָר הַהוּא דְּאַדְלְקַהּ:
Qu'il apportait un document : celui qui l'avait allumée.
🗂️ Tossefot (1)
אַהְדְּרִינְהוּ שְׁמוּאֵל לְאַפֵּיהּ מַייְרֵי שֶׁהָיָה לְכָל הַפָּחוֹת מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דְּמִשּׁוּם נֵר לְאֶחָד נֵר לְמֵאָה לָא מִשְׁתַּרְיָא אֶלָּא הֵיכָא שֶׁהוּא נִיכָּר שֶׁהוּא עוֹשֶׂה לְצָרְכּוֹ דְּתוּ לָא גָּזְרִינַן אֲפִילּוּ בְּמַכִּירוֹ שֶׁמָּא יַרְבֶּה בִּשְׁבִילוֹ:
Shmouel détourna son visage : il s'agit [d'un cas] où il y avait au moins moitié-moitié ; car en raison de [la règle] une lampe pour un est une lampe pour cent, on ne permet que là où il est évident qu'il le fait pour son propre besoin ; dès lors on ne décrète plus, même s'il le connaît, de peur qu'il n'en fasse davantage pour lui.
💡 Explication

Tant que l'intention du non-Juif est incertaine, Shmouel s'abstient. Dès qu'un signe montre qu'il allume pour son propre usage (lire son document), la lumière devient permise. Tossefot précise que le cas était au moins à moitié-moitié ; avec une majorité de non-Juifs, il aurait été permis de toute façon. Quand l'intention est manifeste, on ne craint plus qu'il ajoute pour le Juif qu'il connaît.

3
הַדְרָן עֲלָךְ כָּל כִּתְבֵי

Nous reviendrons à toi, [chapitre] Kol kitvei.

⚖️ Rosh (1)
ת"ר עִיר שֶׁיִּשְׂרָאֵל וְנָכְרִים דָּרִים בְּתוֹכָהּ וְהָיְתָה בָּהּ מֶרְחָץ הַמַּרְחֶצֶת בְּשַׁבָּת אִם רֹוב נָכְרִים מֻותָּר לִרְחוֹץ בָּהּ מִיָּד וְאִם רֹוב יִשְׂרָאֵל יַמְתִּין בִּכְדֵי שֶׁיַּעֲשׂוּ חַמִּין. וְכֵן מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה כְּרֹוב אַדַּעְתָּא דְּרֹוב קָמְחַמְּמִי. וְנֵר הַדָּלוּק בִּמְסִבָּה אִם רֹוב נָכְרִים מֻותָּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרוֹ אִם רֹוב יִשְׂרָאֵל אָסוּר מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה אָסוּר דְּאַדַּעְתָּא דְּרֻובָּא קָמַדְלְקוּ. שְׁמוּאֵל אִיקְּלַע לְבֵי אָבִין תּוֹרִין אַיְּיתִי נָכְרִי שְׁרָגָא אַהְדְּרִינְהוּ שְׁמוּאֵל לְאַפֵּיהּ כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּאַייְתִי נָכְרִי שְׁטָרָא וְקָא קְרִי בֵיהּ אָמַר אַדַּעְתָּא דְּנַפְשֵׁיהּ קָעֲבִיד אַהְדְּרִינְהוּ אַפֵּיהּ לְגַבֵּי שְׁרָגָא. וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּהַךְ עֻובְדָּא הֲוָה בְּרוֹב יִשְׂרָאֵל אוֹ לְכָל הַפָּחוֹת מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דְּאִי בְּרוֹב נָכְרִים אֲפִילּוּ לָא מַייְתֵי שְׁטָרָא וְקָרֵי שָׁרִי דְּמִסְּתָמָא אַדַּעְתָּא דְּרֻובָּא קָמַדְלֵיק וַאֲפִילּוּ הֵיכָא דְּהָוֵי רֹוב יִשְׂרָאֵל כֵּיוָן דְּמוּכָח דְּבִשְׁבִיל נָכְרִי הִדְלִיקוּ שָׁרִי דְּנֵר לְאֶחָד נֵר לְמֵאָה דְּדַוְקָא בִּסְתָמָא אָמְרִינַן אַדַּעְתָּא דְּרֻובָּא קָמַדְלֵיק: הַדְרָן עֲלָךְ כָּל כִּתְבֵי
Les Sages ont enseigné : une ville où habitent des Juifs et des non-Juifs, et où se trouve un bain qu'on chauffe le Chabbat : s'il y a une majorité de non-Juifs, il est permis de s'y baigner immédiatement [à la sortie du Chabbat] ; s'il y a une majorité de Juifs, on attend le temps nécessaire pour chauffer l'eau. Et de même, moitié-moitié est comme une majorité [de Juifs] : c'est en pensant à la majorité qu'on chauffe. Et une lampe allumée dans une réunion : s'il y a une majorité de non-Juifs, il est permis d'utiliser sa lumière ; s'il y a une majorité de Juifs, c'est interdit ; moitié-moitié, c'est interdit, car c'est en pensant à la majorité qu'on allume. Shmouel se rendit chez Avin Torin ; un non-Juif apporta une lampe ; Shmouel détourna son visage. Quand il vit que le non-Juif apportait un document et le lisait, il dit : c'est pour lui-même qu'il agit ; il tourna son visage vers la lampe. Et il faut dire que ce fait s'est produit [en présence d'une] majorité de Juifs, ou au moins [à] moitié-moitié ; car [en cas de] majorité de non-Juifs, même s'il n'avait pas apporté de document pour le lire, ce serait permis, puisque sans précision il allume en pensant à la majorité. Et même là où il y a une majorité de Juifs, puisqu'il est prouvé qu'il l'a allumée pour le non-Juif, c'est permis, car une lampe pour un est une lampe pour cent ; car ce n'est que dans le cas indéterminé que nous disons qu'il allume en pensant à la majorité. Nous reviendrons à toi, Kol kitvei.
💡 Explication

Hadran : formule de clôture d'un chapitre. Le Roch résume la halakha du bain et de la lampe : la présomption de la majorité ne vaut que dans le cas indéterminé ; si l'intention propre du non-Juif est prouvée, le Juif peut profiter même en présence d'une majorité de Juifs.

4
מַתְנִי׳ כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת, וְדַלְתוֹתֵיהֶן עִמָּהֶן, אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְפָּרְקוּ בַּשַּׁבָּת. שֶׁאֵינָן דּוֹמִין לְדַלְתוֹת הַבַּיִת, לְפִי שֶׁאֵינָן מִן הַמּוּכָן.

MICHNA. Tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, et leurs portes avec eux, même si elles se sont détachées le Chabbat ; car elles ne ressemblent pas aux portes de la maison, qui ne font pas partie de ce qui est préparé (mouhan).

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת וְדַלְתוֹתֵיהֶן עִמָּהֶם כָּל הַכֵּלִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם דְּלָתוֹת כְּגוֹן שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת וּדְלָתוֹת שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בְּצִדָּן עִמָּהֶן נִיטָּלִין עִמָּהֶן:
Michna. Tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, et leurs portes avec eux : tous les ustensiles qui ont des portes, comme un coffre (chida), une caisse (teiva) et une armoire (migdal), se déplacent le Chabbat ; et les portes qu'ils ont sur leur côté, avec eux, se déplacent avec eux.
ואע"פ שֶׁנִּתְפָּרְקוּ הַדְּלָתוֹת מִן הַכֵּלִים נִיטָּלִין וְאֵין דּוֹמִין לְדַלְתוֹת הַבַּיִת שֶׁאֵין נִיטָּלִין לְפִי שֶׁדַּלְתוֹת הַבַּיִת אֵינָן מִן הַמּוּכָן לְטַלְטֵל שֶׁאֵינָן כְּלִי אֲבָל אֵלּוּ הֵן כְּלִי אַגַּב אֲבִיהֶן:
Et même si elles se sont détachées : les portes [détachées] des ustensiles se déplacent, et elles ne ressemblent pas aux portes de la maison, qui ne se déplacent pas, car les portes de la maison ne sont pas préparées pour être déplacées, n'étant pas un ustensile ; mais celles-ci sont un ustensile par l'intermédiaire de leur "père" (l'ustensile auquel elles appartiennent).
💡 Explication

Début du chapitre Kol hakelim, consacré au mouktse des ustensiles. La porte d'un meuble est déjà un élément d'ustensile (kli) ; elle garde ce statut une fois détachée. La porte d'une maison fait partie du bâtiment : elle n'est pas un ustensile et n'est pas mouhan (prête à l'usage) pour le Chabbat.

5
נוֹטֵל אָדָם קוּרְנָס — לְפַצֵּעַ בּוֹ אֶת הָאֱגוֹזִין, קַרְדֹּום — לַחְתֹּוךְ בּוֹ אֶת הַדְּבֵילָה. מְגֵירָה — לָגֹור בָּהּ אֶת הַגְּבִינָה. מַגְרֵיפָה — לִגְרֹוף בָּהּ אֶת הַגְּרוֹגְרוֹת.

Une personne prend un marteau (kournas) pour casser des noix, une hache (kardom) pour couper un gâteau de figues (devela), une scie (megeira) pour scier le fromage, une pelle (magrefa) pour ramasser les figues sèches.

📜 Rachi (6)
קוּרְנָס מרטי"ל:
Kournas : martel (marteau, en ancien français).
דְּבֵילָה מֵאַחַר שֶׁעֲשָׂאָהּ עִיגּוּל עָבָה הִיא מְאֹד וְקָשֶׁה כִּגְבִינָה וְצָרִיךְ קֻורְדֹּום לְחָותְכָהּ:
Devela : une fois qu'on en a fait une galette, elle est très épaisse et dure comme du fromage, et il faut une hache pour la couper.
וּמְגֵירָה כְּעֵין סַכִּין וְיֵשׁ בּוֹ פְּגִימוֹת הַרְבֵּה:
Et une megeira : semblable à un couteau, et elle a de nombreuses brèches (dents).
לָגֹור בָּהּ אֶת הַגְּבִינָה לְחָתְכוֹ וּלְחֶלְקוֹ לְפִי שֶׁמְּמַהֶרֶת לַחְתֹּוךְ דָּבָר עָב:
Pour scier le fromage : pour le couper et le partager, car elle coupe vite une chose épaisse.
מַגְרֵיפָה וודי"ל:
Magrefa : vedil (pelle, en ancien français).
לִגְרֹוף בָּהּ אֶת הַגְּרוֹגְרוֹת מִן הֶחָבִיּוֹת:
Pour ramasser les figues sèches : [pour les sortir] des tonneaux.
💡 Explication

Ces outils servent d'ordinaire à des travaux interdits le Chabbat (kli chemelakhto leissour). La Michna permet de les déplacer pour un usage permis. La Guemara (segments 14-16) discutera si cela vaut pour tout outil ou seulement pour celui qui est destiné à cet usage.

🖼️ Schéma
Le marteau pour casser des noix : Rav Yehouda et Rabba Michna : on prend un marteau (kournas) pour casser des noix Rav Yehouda Rabba Seulement le marteau à noix, pas celui du forgeron Même le marteau du forgeron (suite de la position au daf 123a) Objet à usage interdit : interdit même pour son usage (letsorekh goufo) Preuve : pelle à vanner et fourche pour l'enfant, jamais réservées à cet usage Tossefot : Rav Yehouda n'interdit que l'usage mineur (casser des noix) d'un outil destiné à un travail important
Quel marteau la Michna permet-elle ?
6
אֶת הָרַחַת וְאֶת הַמַּלְגֵּז — לָתֵת עָלָיו לְקָטָן. אֶת הַכּוּשׁ וְאֶת הַכַּרְכֵּר — לִתְחֹוב בּוֹ. מַחַט שֶׁל יָד — לִיטּוֹל בּוֹ אֶת הַקּוֹץ. וְשֶׁל סַקָּאִים — לִפְתֹּוחַ בּוֹ אֶת הַדֶּלֶת.

La pelle à vanner (rahat) et la fourche (melgaz), pour poser dessus [de la nourriture] pour un enfant ; le fuseau (kouch) et la navette (kirkar), pour piquer avec ; l'aiguille à main, pour retirer une épine ; et [l'aiguille] des fabricants de sacs, pour ouvrir la porte.

📜 Rachi (9)
רַחַת פאל"א:
Rahat : pale (pelle, en ancien français).
מַלְגֵּז כְּמִין עֶתֶר שֶׁקּוֹרִין פורק"א שֶׁל בַּרְזֶל וְלוֹ ג' שִׁינַּייִם וּמְהַפְּכִין בּוֹ קַשׁ בְּגֹורֶן:
Melgaz : une sorte de fourche, qu'on appelle forke, en fer, à trois dents, avec laquelle on retourne la paille dans l'aire.
לָתֵת עָלָיו לְקָטָן מְזוֹנוֹת:
Pour poser dessus pour un enfant : de la nourriture.
כּוּשׁ פֶּלֶךְ פושי"ל:
Kouch : fuseau, fusel (en ancien français).
כִּרְכָּר ראי"ל:
Kirkar : rail (en ancien français ; navette de tisserand).
לִתְחֹוב בּוֹ לֶאֱכֹול בּוֹ תּוּתִים וְכָל פְּרִי רַךְ:
Pour piquer avec : pour manger avec des mûres et tout fruit tendre.
מַחַט שֶׁל יָד מַחַט קָטָן שֶׁתּוֹפֵר בּוֹ בְּגָדִים:
Une aiguille à main : une petite aiguille avec laquelle on coud les vêtements.
וְשֶׁל סַקָּאִים מַחַט גְּדוֹלָה שֶׁתּוֹפְרִים בָּהּ שַׂקִּים:
Et celle des fabricants de sacs : une grande aiguille avec laquelle on coud les sacs.
לִפְתֹּוחַ בּוֹ אֶת הַדֶּלֶת מִי שֶׁאָבַד מִפִּתְחוֹ:
Pour ouvrir la porte : celui qui a perdu sa clef.
💡 Explication

Suite de la liste : chaque outil de travail peut être pris pour un usage permis précis. Le cas de la pelle à vanner et de la fourche servira à Rabba de preuve (segment 16), car personne ne réserve ces outils à nourrir un enfant.

7
גְּמָ׳ כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין, וְאַף עַל פִּי שֶׁנִּתְפָּרְקוּ בַּשַּׁבָּת, וְלָא מִיבַּעְיָא בְּחוֹל.

GUEMARA. "Tous les ustensiles se déplacent, et même s'ils se sont détachés le Chabbat" : et à plus forte raison [s'ils se sont détachés] en semaine ?

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְלָא מִיבַּעְיָא בְּחוֹל קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ ואע"פ שֶׁנִּתְפָּרְקוּ אַבַּשֶּׁבַת דְּקָתָנֵי רֵישָׁא קָאֵי וּמַשְׁמַע אע"פ שֶׁנִּתְפָּרְקוּ הַיּוֹם מֻותָּרִים וְלָא מִיבַּעְיָא אִם נִתְפָּרְקוּ מֵאֶמֶשׁ:
Guem. Et à plus forte raison en semaine : on pensait que "même s'ils se sont détachés" se rapporte à "le Chabbat" enseigné au début, et signifie : même s'ils se sont détachés aujourd'hui, ils sont permis, et à plus forte raison s'ils se sont détachés la veille.
💡 Explication

La Guemara lit d'abord la Michna comme une gradation (lo mibaya) : la nouveauté serait la porte détachée le jour même, et la porte détachée en semaine irait de soi.

8
אַדְּרַבָּה, בַּשַּׁבָּת מוּכָנִין עַל גַּבֵּי אֲבִיהֶן, בַּחוֹל אֵין מוּכָנִין עַל גַּבֵּי אֲבִיהֶן!

Au contraire ! Le Chabbat, elles sont préparées par l'intermédiaire de leur "père" ; en semaine, elles ne sont pas préparées par l'intermédiaire de leur "père" !

📜 Rachi (1)
אַדְּרַבָּה מַאי אע"פ שַׁייָּךְ לְמִתְנֵי הָא וַדַּאי נִתְפָּרְקוּ בְּשַׁבָּת אִיכָּא לְמִישְׁרֵי מִשּׁוּם דְּכִי קַדִּישׁ יוֹמָא הָווּ מוּכָנִין לְטַלְטֵל אַגַּב אֲבִיהֶן:
Au contraire : que vient faire "même si" dans la Michna ? Si elles se sont détachées le Chabbat, il y a certainement lieu de permettre, car quand le jour a été sanctifié elles étaient prêtes à être déplacées par l'intermédiaire de leur "père".
🗂️ Tossefot (1)
אַדְּרַבָּה בְּשַׁבָּת מוּכָנִין אַגַּב אֲבִיהֶן אע"ג דִּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (שַׁבָּת דַּף קכד:) אָמַר אִיפְּכָא גַּבֵּי שִׁבְרֵי כְּלִי חֶרֶס דְּשָׁרֵי לְטַלְטֵל יוֹתֵר כְּשֶׁנִּשְׁבְּרוּ בע"ש מִשֶּׁנִּשְׁבְּרוּ בְּשַׁבָּת לָא דָּמְיָא דְּהָכָא אַכַּתִּי כְּלִי הוּא שֶׁעֲדַיִין עוֹמֵד לִמְלָאכָה רִאשׁוֹנָה וְרָאוּי לְהִתְחַבֵּר הַכִּיסּוּי עִם הַכְּלִי אֲבָל לְקַמָּן לָא חֲשִׁיב כְּלִי אֶלָּא מֵחֲמַת שֶׁעוֹמֵד לִמְלָאכָה אַחֶרֶת הִלְכָּךְ כְּשֶׁנִּשְׁבַּר בְּשַׁבָּת אָסוּר טְפֵי דְּהָוֵי נוֹלַד:
Au contraire, le Chabbat elles sont préparées par l'intermédiaire de leur "père" : bien que plus loin dans notre chapitre (Chabbat 124b) il dise l'inverse au sujet des tessons d'argile, qu'il est davantage permis de les déplacer quand ils se sont brisés la veille du Chabbat que quand ils se sont brisés le Chabbat, ce n'est pas comparable : car ici c'est encore un ustensile, qui reste destiné à sa fonction première, et le couvercle est apte à être rattaché à l'ustensile ; mais plus loin, [le tesson] n'est considéré comme ustensile que parce qu'il est destiné à une autre fonction ; c'est pourquoi, quand il s'est brisé le Chabbat, c'est plus interdit, car c'est un nolad (chose nouvellement apparue).
💡 Explication

La Guemara renverse la gradation : à l'entrée du Chabbat, une porte encore fixée était prête comme partie de son ustensile (agav avihen) ; c'est la porte déjà détachée en semaine qui pose question. Tossefot distingue le cas des tessons (124b) : un tesson brisé le Chabbat est un nolad, car il ne devient utile que pour un usage nouveau.

9
אָמַר אַבַּיֵּי, הָכִי קָאָמַר: כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת וְדַלְתוֹתֵיהֶן עִמָּהֶן. אַף עַל פִּי שֶׁנִּתְפָּרְקוּ בַּחוֹל — נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת.

Abaye a dit : voici ce qu'elle dit : tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, et leurs portes avec eux ; même si elles se sont détachées en semaine, elles se déplacent le Chabbat.

📜 Rachi (1)
הָכִי קָאָמַר כּוּ' ואע"פ לֹא אַרְבוּתָא דְּנִתְפָּרְקוּ בְּשַׁבָּת קָאֵי אֶלָּא אַרְבוּתָא דְּנִתְפָּרְקוּ אוֹ בְּחוֹל אוֹ בְּשַׁבָּת קָאֵי וְלָא מִיבַּעְיָא כְּשֶׁהֵן מְחֻובָּרִין:
Voici ce qu'elle dit, etc. : et "même si" ne se rapporte pas à la nouveauté [du cas] détaché le Chabbat, mais à la nouveauté [du cas] détaché, soit en semaine soit le Chabbat ; et à plus forte raison quand elles sont attachées.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַכֵּלִים הַנִּיטָּלִין בַּשַּׁבָּת דַּלְתוֹתֵיהֶן עִמָּהֶם גָּרְסִינַן וְל"ג כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין דְּטוּבָא אִיכָּא דְּאֵין נִיטָּלִין כְּגוֹן מַסָּר הַגָּדוֹל וְיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה דַּאֲפִילּוּ ר"ש מוֹדֶה כִּדְאִיתָא בְּשִׁילְהֵי מְכִילְתִּין (דַּף קנז.) וּכְגוֹן תְּלָתָא בַּת תְּרֵי כּוֹרֵי דְּאָסַר רַבָּה בְּשִׁילְהֵי בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לה.) וְכֵן חֲצוֹצְרוֹת לְרַבִּי יְהוּדָה וְנֵר יָשָׁן מ"ר:
Nous lisons : "tous les ustensiles qui se déplacent le Chabbat, leurs portes avec eux" ; et nous ne lisons pas "tous les ustensiles se déplacent", car il y en a beaucoup qui ne se déplacent pas, comme la grande scie et le pieu de la charrue, que même Rabbi Chimon reconnaît [interdits], comme on le trouve à la fin de notre traité (Chabbat 157a) ; et comme la tlata bat trei kourei que Rabba a interdite à la fin de Bameh madlikin (Chabbat 35a) ; et de même les trompettes selon Rabbi Yehouda, et la vieille lampe. [Ainsi] mon maître.
💡 Explication

Selon Abaye, la nouveauté porte sur la porte détachée en général, même en semaine : elle garde son statut d'ustensile. Tossefot corrige la lecture de la Michna : elle parle des ustensiles permis au déplacement, puisque certains (grande scie, pieu de charrue) sont mouktse même selon Rabbi Chimon.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: דֶּלֶת שֶׁל שִׁידָּה וְשֶׁל תֵּיבָה וְשֶׁל מִגְדָּל — נוֹטְלִין אֲבָל לֹא מַחֲזִירִין. וְשֶׁל לוּל שֶׁל תַּרְנְגוֹלִים — לֹא נוֹטְלִין וְלֹא מַחֲזִירִין.

Les Sages ont enseigné : la porte d'un coffre (chida), d'une caisse (teiva) et d'une armoire (migdal), on l'enlève mais on ne la remet pas ; et [la porte] d'un poulailler, on ne l'enlève pas et on ne la remet pas.

📜 Rachi (3)
נוֹטְלִין מַשְׁמַע מְסַלְּקִין אוֹתָן בְּשַׁבָּת [מֵהֶיתֵּר] צִיר שֶׁלָּהֶן:
On l'enlève : cela signifie qu'on les retire le Chabbat de leur gond (tsir).
לוּל בִּנְיָן הֶעָשׂוּי לְתַרְנְגוֹלִין:
Poulailler (loul) : une construction faite pour les poules.
לֹא נוֹטְלִין וְלֹא מַחֲזִירִין כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל חֲזָרָתוֹ בִּנְיָן מַמָּשׁ הוּא וְסִילּוּקוֹ סְתִירָה גְּמוּרָה הִיא:
On ne l'enlève pas et on ne la remet pas : comme il l'explique ensuite, la remettre est une vraie construction et l'enlever est une démolition complète.
💡 Explication

La baraita distingue deux cas. Le poulailler est fixé au sol : les melakhot de boné (construire) et de soter (démolir) s'y appliquent. Pour les meubles, elle permet d'enlever et interdit de remettre, ce que la Guemara va interroger.

🖼️ Schéma
Portes de coffre et de poulailler : Abaye et Rava Baraita coffre, caisse, armoire : on enlève mais on ne remet pas poulailler : on n'enlève pas et on ne remet pas Difficulté : s'il y a construction, il y a démolition ; s'il n'y a pas démolition, il n'y a pas construction Abaye Rava Il y a construction et démolition dans les ustensiles (yech binyan / yech setira) Il n'y a ni construction ni démolition dans les ustensiles ; interdit de remettre par décret : de peur qu'on ne fixe (yitka) Lecture : [les portes] qui ont été enlevées, on ne les remet pas (Tossefot : enlevées, on les déplace) Objections à Abaye : 1) le texte dit notlin (on enlève) 2) que signifierait alors mais ?
Les deux lectures de la baraita.
11
בִּשְׁלָמָא שֶׁל לוּל שֶׁל תַּרְנְגוֹלִים, קָסָבַר: כֵּיוָן דִּמְחַבְּרִי בְּאַרְעָא — יֵשׁ בִּנְיָן בְּקַרְקַע יֵשׁ סְתִירָה בְּקַרְקַע. אֶלָּא שֶׁל שִׁידָּה וְשֶׁל תֵּיבָה וְשֶׁל מִגְדָּל, מַאי קָסָבַר?

Pour le poulailler, on comprend : il estime que, puisqu'il est attaché au sol, il y a construction dans le sol et démolition dans le sol. Mais pour le coffre, la caisse et l'armoire, qu'estime-t-il ?

📜 Rachi (1)
מַאי קָסָבַר שֶׁמַּתִּיר סִילּוּקוֹ וְאוֹסֵר חֲזָרָתוֹ:
Qu'estime-t-il : lui qui permet de l'enlever et interdit de la remettre.
💡 Explication

Yech binyan bekarka : ce qui est attaché au sol relève de la construction. La question porte sur les ustensiles mobiles, pour lesquels la baraita traite différemment l'enlèvement et la remise en place.

12
אִי קָסָבַר יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים — יֵשׁ סְתִירָה בְּכֵלִים, וְאִי אֵין סְתִירָה בְּכֵלִים — אֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים?

S'il estime qu'il y a construction dans les ustensiles, il y a démolition dans les ustensiles ; et s'il n'y a pas démolition dans les ustensiles, il n'y a pas construction dans les ustensiles !

📜 Rachi (1)
אִי קָסָבַר יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים וַחֲזָרָתוֹ בִּנְיָן עַל כְּרִחְיָךְ אִם יֵשׁ בִּנְיָן יֵשׁ סְתִירָה וְאַמַּאי נוֹטְלִין:
S'il estime qu'il y a construction dans les ustensiles : et que la remettre est une construction, forcément, s'il y a construction il y a démolition ; et pourquoi l'enlève-t-on ?
💡 Explication

Construction et démolition sont symétriques : là où l'une s'applique, l'autre aussi. La baraita semble donc incohérente.

13
אָמַר אַבַּיֵּי: לְעוֹלָם קָסָבַר יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים וְיֵשׁ סְתִירָה בְּכֵלִים, וְשֶׁנִּיטְּלוּ קָאָמַר.

Abaye a dit : en réalité, il estime qu'il y a construction dans les ustensiles et démolition dans les ustensiles, et il parle de [portes] qui ont [déjà] été enlevées.

📜 Rachi (1)
וְשֶׁנִּיטְּלוּ קָאָמַר וה"ק דֶּלֶת שֶׁל תֵּיבָה שִׁידָּה וּמִגְדָּל שֶׁנִּיטְּלוּ אֵין מַחֲזִירִין:
Il parle de [portes] qui ont été enlevées : et voici ce qu'il dit : la porte d'une caisse, d'un coffre et d'une armoire qui ont été enlevées, on ne les remet pas.
🗂️ Tossefot (1)
לְעוֹלָם קָסָבַר יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים כו' וּכְשֶׁנִּיטְּלוּ מְטַלְטְלִין קָאָמַר וה"פ הַבָּרַיְיתָא דֶּלֶת שֶׁל שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל נִיטָּלִין פֵּירוּשׁ מְטַלְטְלִין כְּשֶׁנִּיטָּלִין וְלֹא כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּמְפָרֵשׁ שֶׁנִּיטָּלִין דְּקָתָנֵי הַיְינוּ שֶׁנִּיטְּלוּ קָאָמַר כְּלוֹמַר כְּשֶׁנִּיטַּל אֵין מַחֲזִירִין אוֹתָן דְּלָא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ כֵּן נִיטָּלִין דְּסֵיפָא אֶלָּא לְשׁוֹן טִלְטוּל הוּא כִּדְפֵרַשְׁתִּי וּפָרִיךְ וְהָא נָמֵי נוֹטְלִין קָתָנֵי וְעוֹד מַאי אֲבָל לֹא מַחֲזִירִין דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי אַמִּילְּתֵיהּ דְּלָא (דָּמְיָא) [שַׁייָּךְ] כְּלָל לְמַאי דְּאַיְירֵי בָּהּ דְּמֵעִיקָּרָא קָאָמַר נִיטָּלִין שֶׁמֻּותָּר לְטַלְטֵל וְאֵין בּוֹ אִיסּוּר מֻוקְצֶה וַהֲדַר קָאָמַר אֲבָל לֹא מַחֲזִירִין שֶׁהוּא מִשּׁוּם אִיסּוּר בִּנְיָן מַאי עִנְיַן זֶה אֵצֶל זֶה לֹא שַׁיָּיךְ כה"ג לְמִיתְנֵי אֲבָל כְּלָל:
En réalité, il estime qu'il y a construction dans les ustensiles, etc. : il veut dire "quand elles ont été enlevées, on les déplace" ; et voici l'explication de la baraita : la porte d'un coffre, d'une caisse et d'une armoire nitlin, c'est-à-dire on les déplace quand elles ont été enlevées ; et non selon l'explication du Kountras (Rachi), qui explique que le nitlin enseigné signifie "qui ont été enlevées", c'est-à-dire : quand elle a été enlevée on ne la remet pas. Car il n'est pas possible d'expliquer ainsi le nitlin de la fin [de la baraita], c'est plutôt un terme de déplacement, comme je l'ai expliqué. Et il objecte : mais c'est aussi notlin qui est enseigné ! Et de plus, que [veut dire] "mais on ne la remet pas" ? Car il ne convient pas de l'enseigner à propos d'une chose sans aucun rapport avec ce dont il traite : au début il dit nitlin, qu'il est permis de déplacer et qu'il n'y a pas d'interdit de mouktse, puis il dit "mais on ne la remet pas", ce qui est en raison de l'interdit de construire ; quel rapport entre l'un et l'autre ? Il ne convient pas en un tel cas d'enseigner "mais".
💡 Explication

Abaye maintient la symétrie et relit la baraita : elle ne permet pas d'enlever la porte, elle traite de portes déjà enlevées. Selon Rachi, le texte dit : une fois enlevées, on ne les remet pas. Selon Tossefot, le texte dit : une fois enlevées, on peut les déplacer (sans mouktse), mais on ne les remet pas (construction).

14
אָמַר לֵיהּ רָבָא: [שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר]. חֲדָא, ד״נִיטָּלִין״ קָתָנֵי, וְעוֹד: מַאי ״אֲבָל לֹא מַחֲזִירִין״? אֶלָּא אָמַר רָבָא, קָסָבַר: אֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים וְאֵין סְתִירָה בְּכֵלִים — וּגְזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע.

Rava lui dit : [il y a deux objections à cela]. L'une, que c'est "on les enlève" qui est enseigné ; et de plus, que [veut dire] "mais on ne les remet pas" ?

Rava a donc dit : il estime qu'il n'y a pas construction dans les ustensiles ni démolition dans les ustensiles, et [l'interdit de remettre est] un décret, de peur qu'on ne [la] fixe solidement (yitka).

📜 Rachi (3)
מַאי אֲבָל כֵּיוָן דְּלָא תְּנָא נוֹטְלִין לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי אֲבָל:
Que [veut dire] mais : puisqu'il n'a pas enseigné "on les enlève", il ne convient pas d'enseigner "mais".
לְעוֹלָם קָסָבַר אֵין סְתִירָה וְאֵין בִּנְיָן הִלְכָּךְ נוֹטְלִין וּמִיהוּ אֵין מַחֲזִירִין מִדְּרַבָּנָן:
En réalité il estime qu'il n'y a ni démolition ni construction : c'est pourquoi on les enlève ; mais on ne les remet pas, d'ordre rabbinique.
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע בַּחֲזָקָה בְּסַכִּין וִיתֵדוֹת וַהֲוָה לֵיהּ גְּמַר מְלָאכָה וְחַיָּיב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ:
Décret de peur qu'on ne fixe : solidement, avec un couteau et des chevilles, et ce serait l'achèvement d'un travail, et il serait passible pour makka bepatich (le coup de marteau final).
💡 Explication

Rava garde la lecture simple de la baraita. Selon lui, les ustensiles ne relèvent pas de la construction ; l'interdit de remettre la porte est une gzera (décret rabbinique) : en la remettant, on risque de la fixer solidement, ce qui achèverait l'ustensile et constituerait la melakha de makka bepatich.

15
נוֹטֵל אָדָם קוּרְנָס כּוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה: קוּרְנָס שֶׁל אֱגוֹזִין לְפַצֵּעַ בּוֹ אֶת הָאֱגוֹזִין, אֲבָל שֶׁל נַפָּחִין — לֹא.

"Une personne prend un marteau, etc." Rav Yehouda a dit : un marteau à noix, pour casser les noix ; mais celui des forgerons, non.

📜 Rachi (2)
קוּרְנָס שֶׁל אֱגוֹזִים הַמְיֻוחָד לִפְצִיעַת אֱגוֹזִים הוּא דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין דְּנוֹטְלִין אוֹתוֹ לִמְלַאכְתּוֹ מִשּׁוּם דְּעִיקָּרוֹ לִמְלֶאכֶת הֶיתֵּר:
Un marteau à noix : celui qui est réservé à casser les noix, c'est de lui que la Michna enseigne qu'on le prend pour son travail, car il est essentiellement destiné à un travail permis.
אֲבָל שֶׁל נַפָּחִים דְּעִיקָּרוֹ לִמְלֶאכֶת אִיסּוּר לֹא:
Mais celui des forgerons : qui est essentiellement destiné à un travail interdit, non.
💡 Explication

Rav Yehouda restreint la Michna : seul l'outil réservé à un usage permis peut être pris. Le marteau du forgeron est un kli chemelakhto leissour et reste interdit.

16
קָסָבַר דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר, אֲפִילּוּ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ — אָסוּר.

Il estime qu'une chose dont l'usage est interdit, même pour le besoin de son usage (letsorekh goufo), est interdite.

📜 Rachi (1)
לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ שֶׁגּוּפוֹ צָרִיךְ עוֹד לִמְלָאכָה אַחֶרֶת שֶׁל הֶיתֵּר אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתוֹ לְאוֹתָהּ מְלָאכָה וכ"ש אִם אֵין צָרִיךְ לְגוּפוֹ אֶלָּא לְפַנּוֹת מְקוֹמוֹ דְּאֵין מְטַלְטְלִין:
Pour le besoin de son usage : quand on a besoin de l'objet lui-même pour un autre travail, permis, on ne le déplace pas pour ce travail ; et à plus forte raison si on n'a pas besoin de l'objet lui-même mais seulement de dégager sa place (letsorekh mekomo), on ne le déplace pas.
💡 Explication

Deux motifs permettent en général de déplacer un kli chemelakhto leissour : letsorekh goufo (utiliser l'objet pour un usage permis) et letsorekh mekomo (libérer sa place). Selon cette position, même le premier est interdit, et le second à plus forte raison.

17
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה: אֶלָּא מֵעַתָּה, סֵיפָא דְּקָתָנֵי: וְאֶת הָרַחַת וְאֶת הַמַּלְגֵּז לָתֵת עָלָיו לְקָטָן, רַחַת וּמַלְגֵּז מִי מְיַיחֲדִי לֵיהּ לְקָטָן?! אֶלָּא אָמַר רַבָּה: קוּרְנָס שֶׁל נַפָּחִין לְפַצֵּעַ בּוֹ הָאֱגוֹזִין,

Rabba lui dit : s'il en est ainsi, la fin [de la Michna], qui enseigne "la pelle à vanner et la fourche pour poser dessus [de la nourriture] pour un enfant" : la pelle et la fourche, les réserve-t-on a l'enfant ?! Rabba a donc dit : un marteau de forgerons pour casser les noix,

📜 Rachi (1)
מִי מְייַחֲדִי לְקָטָן בִּשְׁלָמָא כּוּלְּהוּ הָנֵי דְּמַתְנִיתִין אִיכָּא לְאוֹקְמָא בַּעֲשׂוּיִין וּמְיֻוחָדִין לְכָךְ בַּר מֵהָנֵי דְּלֵיכָּא דַּעֲבִיד לְהוּ לְהָכִי:
Les réserve-t-on a l'enfant : on comprend pour tous les autres [cas] de la Michna, on peut les établir dans [le cas d'objets] faits et réservés à cela, sauf ceux-ci, que personne ne fait pour cela.
🗂️ Tossefot (1)
רַחַת וּמַלְגֵּז מִי מְיַיחֲדִי לֵיהּ לְקָטָן וְרַב יְהוּדָה יָדַע לֵיהּ לְסֵיפָא אֶלָּא דִּילְמָא הֲוָה מוּקֵי לָהּ בְּשֶׁיִּחֲדָהּ לְכָךְ כְּכָל הָנָךְ דְּמַתְנִיתִין וְאִם תֹּאמַר וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף קיג.) כְּלֵי קִיוָּאֵי מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּשַׁבָּת דְּהַיְינוּ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אע"פ שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר וְאֵין לוֹמַר (דְּמַשְׁמַע) דִּשְׁמוּאֵל קָאֲמַר לֵיהּ וְלֵיהּ לָא סְבִירָא לֵיהּ מִדְּבָעֵי מִינֵּיהּ מֵרַב יְהוּדָה כֹּובֶד עֶלְיוֹן וְכֹובֶד הַתַּחְתּוֹן מַהוּ אִין וְלָאו וְרַפְיָא בִּידֵיהּ מַשְׁמַע דס"ל הָכִי וְעוֹד דְּרַב יְהוּדָה גּוּפֵיהּ בְּסוֹף כִּירָה (לְעֵיל שַׁבָּת ד' מו.) קָאָמַר שְׁרָגָא דְּמִישְׁחָא שָׁרִי לְטִלְטוּלֵי וְאֵין לוֹמַר דְּמַיְירֵי כְּשֶׁייִּחֲדוֹ לְהֶיתֵּר כִּדְמוּקֵי רַב יְהוּדָה הָנָךְ דְּמַתְנִי' דְּהָא כְּלֵי קִיוָּאֵי לֹא מַשְׁמַע שֶׁיִּיחֲדוֹ דְּאִם כֵּן אֲפִילּוּ כֹּובֶד הָעֶלְיוֹן וְכֹובֶד תַּחְתּוֹן נָמֵי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא אָסַר רַב יְהוּדָה אֶלָּא דֻּומְיָא דְּפִיצּוּעַ אֱגוֹזִים שֶׁהִיא מְלָאכָה גְּרוּעָה לְגַבֵּי קוּרְנָס שֶׁמְּיֻוחָד לִמְלָאכָה חֲשׁוּבָה וְכֵן כָּל הָנָךְ דְּמַתְנִיתִין הֲוָה אָסוּר בְּלֹא יִיחוּד דִּמְלֶאכֶת הֶיתֵּר שֶׁלָּהֶן מְלָאכָה גְּרוּעָה הִיא לְגַבֵּי הָנָךְ כֵּלִים שֶׁמְּיֻוחָדִין לִמְלָאכָה חֲשׁוּבָה אֲבָל כְּלֵי קִיוָּאֵי וּשְׁרָגָא דְּמִישְׁחָא מֻותָּר לְטַלְטֵל לְצֹורֶךְ גּוּפָן דִּמְלָאכָה שֶׁלָּהֶן חֲשׁוּבָה יוֹתֵר מִפִּיצּוּעַ אֱגוֹזִים:
La pelle et la fourche, les réserve-t-on a l'enfant : et Rav Yehouda connaissait la fin [de la Michna], mais il l'aurait peut-être établie dans le cas où on l'a réservée à cela, comme tous les autres [cas] de la Michna. Et si tu objectes : Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Shmouel, au chapitre Elou kecharim (plus haut, Chabbat 113a), que les instruments de tissage (klei kiyouei) peuvent être déplacés le Chabbat, ce qui est pour le besoin de leur usage, bien que leur usage soit interdit ? Et on ne peut pas dire que c'est Shmouel qui le dit et que lui-même ne le pense pas, puisqu'on a demandé à Rav Yehouda : l'ensouple du haut et l'ensouple du bas, qu'en est-il ? [Il répondit] oui et non, et la chose était incertaine pour lui ; cela montre qu'il pensait ainsi. Et de plus, Rav Yehouda lui-même, à la fin de Kira (plus haut, Chabbat 46a), dit qu'une lampe à huile peut être déplacée. Et on ne peut pas dire qu'il s'agit du cas où on l'a réservée à un usage permis, comme Rav Yehouda établit ces [cas] de la Michna, car les instruments de tissage n'impliquent pas qu'on les ait réservés ; sinon, même l'ensouple du haut et l'ensouple du bas [seraient permises]. On peut répondre que Rav Yehouda n'a interdit que [ce qui est] semblable à casser des noix, qui est un travail mineur par rapport au marteau, réservé à un travail important ; et de même tous ces [cas] de la Michna seraient interdits sans réservation, car leur usage permis est un travail mineur par rapport à ces ustensiles, réservés à un travail important. Mais les instruments de tissage et la lampe à huile peuvent être déplacés pour le besoin de leur usage, car leur travail [permis] est plus important que casser des noix.
💡 Explication

Rabba réfute Rav Yehouda par la fin de la Michna : personne ne réserve une pelle à vanner à nourrir un enfant, et pourtant la Michna la permet. Donc la Michna parle bien d'outils destinés à un travail interdit, déplacés letsorekh goufo. La phrase de Rabba se poursuit au segment suivant et au daf 123a.

Tossefot concilie Rav Yehouda avec ses autres enseignements : il n'interdit que l'usage mineur (melakha grou'a) d'un outil destiné à un travail important.

🖼️ Schéma
Le marteau pour casser des noix : Rav Yehouda et Rabba Michna : on prend un marteau (kournas) pour casser des noix Rav Yehouda Rabba Seulement le marteau à noix, pas celui du forgeron Même le marteau du forgeron (suite de la position au daf 123a) Objet à usage interdit : interdit même pour son usage (letsorekh goufo) Preuve : pelle à vanner et fourche pour l'enfant, jamais réservées à cet usage Tossefot : Rav Yehouda n'interdit que l'usage mineur (casser des noix) d'un outil destiné à un travail important
Rav Yehouda et Rabba.
18
קָסָבַר:

Il estime :

💡 Explication

La phrase se poursuit au daf 123a, où Rabba expose sa position : un objet dont l'usage est interdit peut être déplacé pour le besoin de son usage (letsorekh goufo).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).