Shabbat 123a — L'objet à usage interdit déplacé pour son usage, le déplacement indirect et l'aiguille sans chas

Shabbat 123a

Sougya : Le daf poursuit la Michna de Kol hakelim. Rabba pose qu'un objet dont l'usage est interdit peut être déplacé pour le besoin de son corps (letsorekh goufo) ; Abaye l'attaque avec le mortier et le pilon, et Rabba finit par distinguer les outils auxquels l'artisan tient et auxquels il réserve une place.

Deux Amoraim discutent ensuite du marteau visé par la Michna (orfèvres ou marchands d'épices). La baraita de la figue enfouie dans la paille ouvre la question du déplacement indirect (taltoul min hatsad) : Rav Nahman tranche selon R.

Eleazar ben Tadaï et se rétracte de sa règle sur le radis. Rava fils de Rabba, Rav Yosef, Abaye et Rava débattent enfin de l'aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé : la pureté de l'objet pour la tumah décide-t-elle de son statut d'ustensile pour le Chabbat ?

Le daf s'achève sur la discussion de Rav Nahman et Rav Sheshet au sujet des membres du nourrisson.

Objet à usage interdit déplacé pour son usage : Rabba face à Abaye Rabba : davar chemelakhto le-issour, letsorekh goufo = permis (ex. marteau du forgeron pour casser des noix) Objection 1 : le mortier (medokha) sans ail, on ne le déplace pas Objection 2 : le pilon (eli) après avoir coupé la viande : interdit Réponse : c'est R. Nehemya (un ustensile seulement pour son usage propre) Rabba pensait répondre : R. Nehemya puis il entend l'enseignement de Rav Tous s'accordent : sikhei, zayrei, mazorei l'artisan y tient -> il leur réserve une place pilon et mortier : de même Conclusion la règle de Rabba reste valable, sauf pour l'outil réservé (mouktse) Tossefot : au jour de fête, la joie de la fête permet quand même de couper la viande sur le pilon
La règle de Rabba, les objections d'Abaye et la distinction de l'outil réservé.
Quel marteau (kournas) la Michna permet-elle ? R. Hiya bar Abba au nom de R. Yo'hanan marteau des orfèvres Rav Shemen bar Abba marteau des marchands d'épices Orfèvres : permis Épices : permis Épices : interdit on y tient, qu'il ne devienne pas répugnant Orfèvres : à plus forte raison permis Rachi : l'orfèvre tient un peu à son marteau (lisse pour aplatir les plaques), mais il le répare en frappant sur l'enclume : il ne le met pas de côté. Roch : halakha selon R. Yo'hanan ; le marteau des épices est interdit.
Le marteau de la Michna selon R. Yohanan et Rav Shemen bar Abba.
Aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé : peut-on la déplacer ? Question de Rava fils de Rabba à Rav Yosef Rav Yosef : permis l'épine ne se soucie pas que l'aiguille soit percée Objection : elle est pure (tahora) pour la tumah, elle n'est plus un ustensile Abaye tumah : kli maase (fonction entière) Chabbat : apte à un usage -> permis (retirer une épine) Rava pas un ustensile pour la tumah -> pas un ustensile pour le Chabbat -> interdit Objection à Rava (baraita) : percée ou non : permis le Chabbat Abaye selon Rava : aiguilles brutes (golmei) on peut décider de s'en servir telles quelles mais chas ou pointe enlevés : on la jette parmi les débris (gueroutaot)
L'aiguille sans chas ni pointe : tumah et Chabbat selon Abaye et Rava.
1
דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ — מֻותָּר.

Une chose dont l'usage est pour un [travail] interdit, [déplacée] pour le besoin de son corps (letsorekh goufo), est permise.

📜 Rachi (1)
דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר אִם צָרִיךְ בְּשַׁבָּת לְגוּפוֹ שֶׁל מְלָאכָה אַחֶרֶת שֶׁל הֶיתֵּר מֻותָּר:
Une chose dont l'usage est pour un [travail] interdit : si on en a besoin le Chabbat pour son corps, pour un autre travail, permis, c'est permis.
💡 Explication

Suite de la position de Rabba commencée au daf 122b. Un outil destiné à un travail interdit le Chabbat (kli chemelakhto le-issour) peut être déplacé si l'on a besoin de l'outil lui-même pour un usage permis (letsorekh goufo) : le marteau du forgeron pour casser des noix.

2
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי לְרַבָּה: מְדוֹכָה, אִם יֵשׁ בָּהּ שׁוּם — מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ, וְאִם לָאו — אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ.

Abaye objecta à Rabba : un mortier (medokha), s'il y a de l'ail dedans, on le déplace ; et sinon, on ne le déplace pas.

📜 Rachi (3)
מְדוֹכָה שִׁדּוּכִין בָּהּ שׁוּם:
Un mortier : dans lequel on pile l'ail.
אִם יֵשׁ בָּהּ שׁוּם מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ אַגַּב הַשּׁוּם:
S'il y a de l'ail dedans, on le déplace : à la faveur de l'ail.
וְאִם לָאו אֵין מְטַלְטְלִין כְּגוֹן לֵישֵׁב עָלֶיהָ כֵּיוָן דְּעִיקַּר מְלַאכְתּוֹ לִשְׁחִיקָה דְּהִיא מְלֶאכֶת אִיסּוּר מִשּׁוּם טוֹחֵן:
Et sinon, on ne le déplace pas : par exemple pour s'asseoir dessus, puisque son usage principal est de broyer, ce qui est un travail interdit au titre de moudre (tohen).
💡 Explication

Le mortier vide sert à un travail interdit (broyer). Si l'on ne peut pas le déplacer pour s'asseoir dessus, usage permis, la règle de Rabba semble contredite.

3
אֲמַר לֵיהּ: הָא מַנִּי — רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא, דְּאָמַר: אֵין כְּלִי נִיטָּל אֶלָּא לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישׁוֹ.

Il lui répondit : de qui est-ce ? C'est R.

Nehemya, qui dit : un ustensile ne se prend que pour le besoin de son usage.

📜 Rachi (1)
תַּשְׁמִישׁוֹ תַּשְׁמִישׁ הַמְיֻוחָד לוֹ:
Son usage : l'usage qui lui est propre.
💡 Explication

R. Nehemya est le plus strict : tout ustensile, même à usage permis, ne se déplace que pour son usage propre. La baraita du mortier suit son opinion, et Rabba suit les Rabbanan.

4
אַיְּתִיבֶיהָ: (בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין נוֹטְלִין אֶת הָעֱלִי לְקַצֵּב עָלָיו בָּשָׂר. וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.) וְשָׁוִין שֶׁאִם קִצֵּב עָלָיו בָּשָׂר שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ!

Il lui objecta : (Beit Shammai disent : on ne prend pas le pilon (eli) pour couper de la viande dessus ; et Beit Hillel le permettent.) Et ils s'accordent que, s'il a [déjà] coupé de la viande dessus, il est interdit de le déplacer !

📜 Rachi (3)
וְשָׁוִין ב"ש וב"ה שֶׁנֶּחְלְקוּ בְּנוֹטְלִין אֶת הָעֱלִי לְקַצֵּב עָלָיו בָּשָׂר ביו"ט:
Et ils s'accordent : Beit Shammai et Beit Hillel, qui divergent sur [le fait de] prendre le pilon pour couper de la viande dessus le jour de fête.
שֶׁאִם קִצֵּב עָלָיו בָּשָׂר שֶׁעָשָׂה לְצֹורֶךְ שִׂמְחַת יו"ט:
Que s'il a coupé de la viande dessus : ce qu'il a fait pour la joie du jour de fête.
שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ דְּהַאי דְּקָשְׁרוּ ב"ה מִשּׁוּם שִׂמְחַת יו"ט קְשָׁרוֹ אַלְמָא מִשּׁוּם דְּעֵלִי מְלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר לִכְתִישַׁת טְרָגִיס וְטִיסְנֵי וּקְלִיפַּת עֵצִים לְעַבֵּד בָּהֶן עוֹרוֹת אָסוּר:
Qu'il est interdit de le déplacer : car ce que Beit Hillel ont permis, ils l'ont permis à cause de la joie du jour de fête. Il en ressort que, puisque le pilon a pour usage un travail interdit (piler le gruau (targuis), l'orge mondée (tisni) et l'écorce d'arbre pour tanner les peaux), c'est interdit.
💡 Explication

Deuxième objection d'Abaye. Beit Hillel permettent d'utiliser le pilon le jour de fête pour la simhat yom tov. Une fois la viande coupée, tous interdisent de le déplacer, même pour un autre usage permis. Il en ressort qu'un outil destiné à un travail interdit ne se déplace pas pour son usage.

5
סְבַר לְשַׁנּוֹיֵי לֵיהּ כְּרַבִּי נְחֶמְיָה. כֵּיוָן דְּשַׁמְעַהּ לְהָא דְּאָמַר רַב חִינָּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: הַכֹּל מוֹדִים בְּסִיכֵּי זְייָרֵי וּמָזוּרֵי דְּכֵיוָן דְּקָפֵיד עֲלַייְהוּ, מְייַחֵד לְהוּ מָקוֹם — הָא נָמֵי מְיַיחֵד לְהוּ מָקוֹם.

Il pensait lui répondre [que c'est] selon R. Nehemya.

Lorsqu'il entendit ce que Rav Hinana bar Shelamya a dit au nom de Rav : tous s'accordent au sujet des sikhei, zayrei et mazorei que, puisqu'on y tient, on leur réserve une place ; [il dit :] ceux-ci aussi, on leur réserve une place.

📜 Rachi (5)
הַכֹּל מוֹדִים רַבָּנָן דְּאִיפְּלַגוּ אֶדֶר' נְחֶמְיָה:
Tous s'accordent : les Rabbanan qui divergent d'avec R. Nehemya.
בְּסִיכֵּי זְיָירֵי וּמָזוֹרֵי כְּלֵי צַבָּעִין הֵן וְרַבֵּינוּ הַלֵּוִי פֵּירֵשׁ כְּלֵי אוֹרְגִין סִיכֵּי הֵן עַמּוּדִין זְיָארֵי הֵן קָנִים שֶׁבִּשְׁתֵּי וּמָזוֹרֵי כֹּובֶד עֶלְיוֹן וְתַחְתּוֹן וְרִאשׁוֹן נִרְאֶה לִי דִּזְיָיארֵי לְשׁוֹן עוֹצְרִים הֵן כְּמוֹ מֵעֲצַרְתָּא זָיְירָא (ע"ז דַּף ס.):
Au sujet des sikhei, zayrei et mazorei : ce sont des instruments de teinturiers. Et Rabbeinou Halevi a expliqué : des instruments de tisserands ; sikhei sont des montants, zayrei sont les roseaux de la chaîne, et mazorei l'ensouple du haut et l'ensouple du bas. La première [explication] me semble [juste] : zayrei signifie des presses, comme ma'atserta zayra (Avoda Zara 60a).
דְּקָפֵיד עֲלַיְיהוּ הָאֻומָּן שֶׁלֹּא יִתְלַכְלְכוּ וְשֶׁלֹּא יִתְעַקְּמוּ:
Qu'on y tient : l'artisan, qu'ils ne se salissent pas et ne se tordent pas.
מְייַחֵד לָהֶם מָקוֹם מֻקְצֶה לָהֶן בְּיָדַיִם:
On leur réserve une place : on les met de côté de ses mains.
הָנֵי נָמֵי עָלַי וּמְדוֹכָה:
Ceux-ci aussi : le pilon et le mortier.
🗂️ Tossefot (2)
בְּסִיכֵּי זְיָירֵי וּמָזוֹרֵי פִּי' בֶּעָרוּךְ פִּי' סִיכֵּי הֵם יְתֵדוֹת הַמּוּכָנִין לְנַפֵּץ בָּהֶן מֶשִׁי וְכַיּוֹצֵא בָּהּ תַּרְגּוּם יְתֵדוֹת סִיכֵּי זְייָרֵי כְּלֵי עֵץ כְּמוֹ קְרָשִׁים שֶׁכּוֹבְשִׁין בָּהֶן בְּגָדִים דִּתְנַן (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) מַכְבֵּשׁ שֶׁל בַּעֲלֵי בָתִּים מָזוֹרֵי כְּלִי עֵץ שֶׁהַכּוֹבֵס מַכֶּה בּוֹ הַבְּגָדִים עַל הָאֶבֶן שֶׁמְּלַבְּנוֹ וְאֵלּוּ כֵּלִים מַקְפִּיד עֲלֵיהֶם שֶׁלֹּא יִתְעַקְּמוּ וְלֹא יִתְפַּגְּמוּ שֶׁלֹּא יִתְקַלְקְלוּ הַבְּגָדִים וְהַמֶּשִׁי וּמַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִלְּטַלְטְלָן וְכֵן מְפָרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי זְיָירֵי דֵּין עָצַר בֵּיהּ מָזוֹרָא דִּין חַבֵּיט בֵּיהּ וּלְפִי' הַקְּוַנְט' דִּמְפָרֵשׁ מָזוֹרֵי כֹּובֶד עֶלְיוֹן וְכֹובֶד תַּחְתּוֹן נ"ל דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּמַאן דְּאָסַר בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף קיג.):
Au sujet des sikhei, zayrei et mazorei : l'Aroukh explique : sikhei sont des piquets préparés pour y battre la soie et semblables ; le Targoum de yetedot (piquets) est sikhei. Zayrei sont des instruments de bois, comme des planches avec lesquelles on presse les vêtements, comme nous l'avons appris (plus loin, Chabbat 141a) : la presse des particuliers. Mazorei, un instrument de bois avec lequel le blanchisseur frappe les vêtements sur la pierre pour les blanchir. À ces instruments on tient, qu'ils ne se tordent pas et ne s'ébrèchent pas, afin de ne pas abîmer les vêtements et la soie, et on détourne son esprit de les déplacer. Ainsi l'explique le Yerouchalmi : zayrei, celui avec lequel on presse ; mazora, celui avec lequel on bat. Et selon l'explication du Kountres, qui explique mazorei : l'ensouple du haut et l'ensouple du bas, il me semble qu'il pense comme celui qui interdit au chapitre Elou kecharim (plus haut, Chabbat 113a).
הָא נָמֵי מְייַחֵד לָהּ מָקוֹם מ"מ מִשּׁוּם שִׂמְחַת יו"ט מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ לְקַצֵּב עָלָיו בָּשָׂר:
Celui-ci aussi, on lui réserve une place : néanmoins, à cause de la joie du jour de fête, il est permis de le déplacer pour couper de la viande dessus.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר מְטַלְטְלִין נֵר חָדָשׁ אֲבָל לֹא יָשָׁן דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה ר"מ אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר שֶׁהִדְלִיקוּ בּוֹ בְּאוֹתוֹ שַׁבָּת. ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר הַדּוֹלֵק בְּשַׁבָּת. כָּבָה מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ. ואע"ג דְּקי"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּהָא לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּגָרַס בְּסוֹף מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ דְּאָמַר רַב מִטָּה שֶׁייִּחֲדָהּ לְמָעוֹת הִנִּיחַ עָלֶיהָ מָעוֹת אָסוּר לְטַלְטְלָהּ לֹא הֵבִיא רַב אִלְפָּס מִשּׁוּם דְּלֵית הִלְכְתָא כְּהָא דְּאַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה אֲמָרָהּ וקי"ל בְּמֻוקְצֶה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן ור"ת פִּי' דר"ש מוֹדֶה בְּמִטָּה שֶׁיִּיחֲדָהּ וְהִנִּיחַ עָלֶיהָ מָעוֹת דְּאָדָם קָפֵיד עֲלָהּ וּמְייַחֵד לָהּ מָקוֹם. מִידֵּי דַּהֲוָה אַכִּיפֵּי וּמָזוֹרֵי דְּאָמַר בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הַכֹּל מוֹדִים כֵּיוָן דִּמְייַחֵד לְהוּ מָקוֹם ופר"ת הַכֹּל מוֹדִים וַאֲפִילּוּ ר"ש מִשּׁוּם דַּהֲוָה קָשֶׁה לֵיהּ מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק מְפַנִּין (שַׁבָּת דַּף קכח.) דְּרַב סָבַר כְּר' שִׁמְעוֹן בְּמֻוקְצֶה דְּטִלְטוּל. הִלְכָּךְ צָרִיךְ לוֹמַר דְּהַךְ דְּמִטָּה ר"ש מוֹדֶה בָּהּ:
Guemara. Les Sages ont enseigné : on déplace une lampe neuve mais pas une vieille, paroles de R. Yehouda. R. Meir dit : toutes les lampes se déplacent, sauf la lampe qu'on a allumée ce Chabbat-là. R. Shimon dit : toutes les lampes se déplacent, sauf la lampe qui brûle le Chabbat ; éteinte, il est permis de la déplacer. Et bien que nous tenions comme R. Shimon, ce qu'on rapporte à la fin de Mi chehehchikh, où Rav dit : un lit qu'on a réservé pour des pièces de monnaie, si on y a posé des pièces, il est interdit de le déplacer, Rav Alfas ne l'a pas cité, parce que la halakha n'est pas ainsi : cela a été dit selon R. Yehouda, et nous tenons comme R. Shimon en matière de mouktse. Et Rabbeinou Tam a expliqué que R. Shimon admet [l'interdit] pour le lit qu'on a réservé et sur lequel on a posé des pièces, car on y tient et on lui réserve une place, à l'instar des kipei et mazorei dont il est dit au début de Kol hakelim (Chabbat 123a) : tous s'accordent, puisqu'on leur réserve une place. Et Rabbeinou Tam a expliqué : tous s'accordent, même R. Shimon ; car il lui était difficile ce qui est dit plus loin, au chapitre Mefanin (Chabbat 128a), que Rav pense comme R. Shimon pour le mouktse de déplacement. C'est pourquoi il faut dire que, dans ce cas du lit, R. Shimon admet [l'interdit].
💡 Explication

Rabba renonce à répondre par R. Nehemya, car Rav enseigne que tous (même les Rabbanan) interdisent de déplacer les outils auxquels l'artisan tient (kapid) : il leur réserve une place (meyahed lahem makom), ce qui les rend mouktse. Le pilon et le mortier sont dans ce cas. La règle de Rabba reste valable pour les outils ordinaires ; les outils que l'artisan met de côté en sont exclus.

Le Roch s'appuie sur cet enseignement pour expliquer, avec Rabbeinou Tam, que même R. Shimon interdit le lit réservé aux pièces de monnaie.

🖼️ Schéma
Objet à usage interdit déplacé pour son usage : Rabba face à Abaye Rabba : davar chemelakhto le-issour, letsorekh goufo = permis (ex. marteau du forgeron pour casser des noix) Objection 1 : le mortier (medokha) sans ail, on ne le déplace pas Objection 2 : le pilon (eli) après avoir coupé la viande : interdit Réponse : c'est R. Nehemya (un ustensile seulement pour son usage propre) Rabba pensait répondre : R. Nehemya puis il entend l'enseignement de Rav Tous s'accordent : sikhei, zayrei, mazorei l'artisan y tient -> il leur réserve une place pilon et mortier : de même Conclusion la règle de Rabba reste valable, sauf pour l'outil réservé (mouktse) Tossefot : au jour de fête, la joie de la fête permet quand même de couper la viande sur le pilon
De la règle de Rabba à l'outil réservé.
6
אִיתְּמַר. רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: קֻורְנָס שֶׁל זֶהָבִים שָׁנִינוּ. רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא אָמַר: קֻורְנָס שֶׁל בַּשָּׂמִים שָׁנִינוּ.

Il a été dit : R. Hiya bar Abba a dit [au nom de] R.

Yo'hanan : c'est le marteau (kournas) des orfèvres que nous avons appris. Rav Shemen bar Abba a dit : c'est le marteau des [marchands d']épices que nous avons appris.

📜 Rachi (2)
קוּרְנָס שֶׁל זְהָבִים אע"פ דְּקָפֵיד עָלֶיהָ קְצָת שֶׁצָּרִיךְ שֶׁיְּהֵא חָלָק לְרַדֵּד טַסִּין אַפֵּ"ה כֵּיוָן שֶׁמְּתַקֵּן עַל יְדֵי הַכָּאָה שֶׁמַּכֶּה עַל הַסַּדָּן לָא מַקְצֵי לֵיהּ וכ"ש שֶׁל שְׁאָר נַפָּחִים כְּרַבָּה:
Le marteau des orfèvres : bien qu'on y tienne un peu, car il doit être lisse pour aplatir les plaques [de métal], malgré cela, puisqu'il se répare par un coup qu'on frappe sur l'enclume, on ne le met pas de côté ; et à plus forte raison celui des autres forgerons, comme [l'enseigne] Rabba.
בְּשָׂמִים לִשְׂחֹוק בּוֹ:
Des épices : pour les broyer avec.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַאי קוּרְנָס בֵּין קוּרְנָס שֶׁל אֱגוֹזִים בֵּין קוּרְנָס שֶׁל נַפָּחִים בֵּין קוּרְנָס שֶׁל זְהֻבִּין אֲבָל קוּרְנָס שֶׁל בְּשָׂמִים אָסוּר כְּדָר' חַיָּיא בַּר אַבָּא א"ר יוֹחָנָן דְּכֵיוָן דְּקָפֵיד עָלֶיהָ מְייַחֵד לֵיהּ מָקוֹם כָּסַיְכִי זְייָרֵי וּמָזוֹרֵי דְּאָמַר רַב חֲנַנְיָה בַּר שֶׁלֶמְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הַכֹּל מוֹדִים בְּסִיכֵּי זְייָרֵי וּמָזוּרֵי כֵּיוָן דְּקָפֵיד עֲלַיְיהוּ מְייַחֵד לְהוּ מָקוֹם. יְרוּשַׁלְמִי זְיָירֵי דְּעֶצֶר בְּהוּ. מָזוֹרֵי דְּחַבֵּיט בְּהוּ. וְסִיכֵּי הֵן יְתֵידוֹת:
Guemara. Ce marteau : qu'il s'agisse du marteau à noix, du marteau des forgerons ou du marteau des orfèvres, [il est permis] ; mais le marteau des épices est interdit, selon R. Hiya bar Abba au nom de R. Yo'hanan, car puisqu'on y tient, on lui réserve une place, comme les sikhei, zayrei et mazorei, dont Rav Hanania bar Shelemya a dit au nom de Rav : tous s'accordent au sujet des sikhei, zayrei et mazorei que, puisqu'on y tient, on leur réserve une place. Yerouchalmi : zayrei, ceux avec lesquels on presse ; mazorei, ceux avec lesquels on bat ; et sikhei sont des piquets.
💡 Explication

Deux lectures de la Michna qui permet de casser des noix avec un kournas. Selon R. Yo'hanan, la Michna parle du marteau des orfèvres, auquel on tient un peu sans le mettre de côté. Selon Rav Shemen bar Abba, elle parle même du marteau des épices. Le Roch tranche selon R. Yo'hanan.

🖼️ Schéma
Quel marteau (kournas) la Michna permet-elle ? R. Hiya bar Abba au nom de R. Yo'hanan marteau des orfèvres Rav Shemen bar Abba marteau des marchands d'épices Orfèvres : permis Épices : permis Épices : interdit on y tient, qu'il ne devienne pas répugnant Orfèvres : à plus forte raison permis Rachi : l'orfèvre tient un peu à son marteau (lisse pour aplatir les plaques), mais il le répare en frappant sur l'enclume : il ne le met pas de côté. Roch : halakha selon R. Yo'hanan ; le marteau des épices est interdit.
Les deux lectures du marteau de la Michna.
7
מַאן דְּאָמַר דִּבְשָׂמִים, כָּל שֶׁכֵּן דִּזְהָבִים. מַאן דְּאָמַר שֶׁל זֶהָבִים — אֲבָל דְּבַשָּׂמִים קָפֵיד עֲלַיְיהוּ.

Celui qui dit : des épices, [permet] à plus forte raison [celui] des orfèvres. Celui qui dit : des orfèvres, [estime que] celui des épices, on y tient.

📜 Rachi (1)
קָפֵיד עָלֶיהָ שֶׁלֹּא יִמְאַס:
On y tient : qu'il ne devienne pas répugnant.
💡 Explication

Le marteau des épices est plus protégé : utilisé pour autre chose, il prendrait des odeurs et gâterait les épices. Celui qui le permet permet donc aussi le marteau des orfèvres (kal va-homer) ; l'inverse n'est pas vrai.

8
וְאֶת הַכּוּשׁ וְאֶת הַכַּרְכֵּר כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: פָּגָה שֶׁטְּמָנָהּ בְּתֶבֶן וַחֲרָרָה שֶׁטְּמָנָהּ בְּגֶחָלִים, אִם מְגֻולֶּה מִקְצָתָהּ — מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ, וְאִם לָאו — אָסוּר לְטַלְטְלָהּ.

Et le roseau (kouch) et la navette (karkar), etc. Les Sages ont enseigné : une figue verte (pagua) qu'on a enfouie dans la paille et une galette (harara) qu'on a enfouie dans les braises : si une partie en est découverte, il est permis de la déplacer ; et sinon, il est interdit de la déplacer.

📜 Rachi (2)
פַּגָּה תְּאֵנָה שֶׁלֹּא בְּשֵׁלָה כָּל צָרְכָהּ וְטוֹמְנִין בְּתֶבֶן לְהִתְבַּשֵּׁל וְתֶבֶן מֻוקְצֶה הָוֵי לַטִּיט:
Figue verte : une figue qui n'a pas complètement mûri ; on l'enfouit dans la paille pour qu'elle mûrisse, et la paille est mouktse, [destinée] à l'argile.
אִם מְגֻולֶּה מִקְצָתָהּ שֶׁיָּכוֹל לְאָוחְזָהּ בַּמָּקוֹם הַמְגֻולֶּה דְּאַפֵּי' טִלְטוּל מִן הַצַּד לֵיכָּא שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַגְבִּיהַּ הַתֶּבֶן אֶלָּא מַגְבִּיהַּ מָקוֹם הַמְגֻולֶּה וְהַתֶּבֶן נִשְׁמָט וְנוֹפֵל:
Si une partie en est découverte : on peut la saisir par l'endroit découvert, car il n'y a même pas de déplacement indirect : il n'a pas besoin de soulever la paille, il soulève l'endroit découvert et la paille glisse et tombe.
🗂️ Tossefot (1)
פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ כו' מַייְרֵי שֶׁהִנִּיחָהּ שָׁם ע"מ לִיטְּלָה אֲבָל אִם הִנִּיחָהּ שָׁם לְכָל הַשַּׁבָּת הָוֵי בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת ד' קמב:) גַּבֵּי אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר:
Une figue verte qu'on a enfouie, etc. : il s'agit du cas où on l'a posée là avec l'intention de la reprendre ; mais si on l'a posée là pour tout le Chabbat, elle devient un support (bassis) d'une chose interdite, comme on dit plus loin au chapitre Notel (Chabbat 142b) au sujet de la pierre sur l'ouverture du tonneau : on ne l'a enseigné que pour celui qui a oublié, mais pour celui qui pose [volontairement], [le tonneau] devient un support d'une chose interdite.
⚖️ Rosh (2)
ת"ר פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּתֶבֶן וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָתָהּ מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ וְאִם לָאו אָסוּר לְטַלְטְלָהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי אוֹמֵר תּוֹחֵב בַּכּוּשׁ אוֹ בַּכַּרְכֵּר וְהֵן נִנְעָרוֹת מֵאֵילֵיהֶן. אָמַר רַב נַחְמָן הֲלָכָה כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תִּדְאֵי: מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ הַאי מַחַט מַיְירֵי בִּשְׁלֵימָה אֲבָל מַחַט שֶׁנִּיטַּל עֻוקְצָהּ אוֹ חוֹרָהּ אָסוּר כִּדְרָבָא אֲבָל מַחַט חֲדָשָׁה שֶׁלֹּא נִיקְּבָה עֲדַיִין שָׁרִי:
Les Sages ont enseigné : une figue verte qu'on a enfouie dans la paille et une galette qu'on a enfouie dans les braises : si une partie en est découverte depuis la veille (mi-beod yom), il est permis de la déplacer ; et sinon, il est interdit de la déplacer. R. Eleazar ben Tadaï dit : on les pique avec un roseau ou une navette et elles se secouent d'elles-mêmes. Rav Nahman dit : la halakha est selon R. Eleazar ben Tadaï. Une aiguille à main pour retirer l'épine : cette aiguille s'entend d'une aiguille entière ; mais une aiguille dont on a enlevé la pointe ou le chas est interdite, selon Rava ; mais une aiguille neuve, pas encore percée, est permise.
אִיתְּמַר מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הוֹפְכוֹ מִמִּטָּה לְמִטָּה וְרַב חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וּמְטַלְטְלוֹ הֵיכָא דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כ"ע לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי כִּי פְּלִיגִי דְּלֵיכָּא מָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל לֵימָא כְּתַנָּאֵי אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֲנִי שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה ה"ד אִי דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דת"ק אִי דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֶלָּא לָאו בְּטִלְטוּל מִן הַצַּד קָמִיפַּלְגִי. לָא דְּכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ טִלְטוּל דְּרַבָּנָן אָתֵי לִידֵי כִּיבּוּי דְּאוֹרָייְתָא הָא דְּקָאָמַר דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל ה"נ מ"ל דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְטִלְטוּל גָּמוּר פְּלִיגִי וְהֵיכָא דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וְאֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל כּוּ' הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הִלְכְתָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי דְּאָמַר טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְנִרְאֶה דע"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בְּעִנְיַן טִלְטוּל מִן הַצַּד דְּהָכָא סָבַר רַב דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּלְקַמָּן בְּפֶ' תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְכֻולָּהּ הַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּאָמְרִי בֵּי רַב הַייְנוּ רַב דִּבְבָבָא מְצִיעָא פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף קב. ובב"ב פֶּרֶק בֵּית כּוֹר (בָּבָא בָּתְרָא דַּף קה:) פָּרִיךְ מֵרַב אַדְּאָמְרִי בֵּי רַב וּמַצְרִיךְ מִילְּתֵיהּ דְּרַב וּדְאָמְרִי בֵּי רַב וע"ק דְּהֵיכִי מָצֵי רַב לְמֵיסַר לְהָופְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה וְהִתְנָן לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב:) מָעוֹת שֶׁעַל הַכַּר נוֹעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת. אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְהִיא נוֹפֶלֶת. ואע"ג דְּהָתָם מוֹקְמִי' לָהּ בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר לוֹ. ה"נ ע"כ צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּשׁוֹכֵחַ כְּגוֹן שֶׁמֵּת בְּשַׁבָּת דְּאִי בְּמַנִּיחַ לָא הָוֵי שָׁרֵי שְׁמוּאֵל. וְעוֹד קָשֶׁה דְּאַפֵּי' רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) וְסָבְרִי דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל מוֹדוֹ דבכה"ג דְּמֵת לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל דְּהָא שָׁרוּ פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּרֶמֶץ וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָת הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּלָא דָּמֵי טִלְטוּל דְּהָכָא לִשְׁאָר טִלְטוּל דְּטִלְטוּל דְּהָכָא הָוֵי לְצֹורֶךְ הַמֵּת שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְלֹא לְצֹורֶךְ הַמִּטָּה וּלְהָכִי שְׁמֵיהּ טִלְטוּל. אֲבָל כָּל הָנֵי נֵיעוֹר עִיקַּר צֹורֶךְ טִלְטוּל בִּשְׁבִיל דָּבָר שֶׁל הֶיתֵּר הִלְכָּךְ לָא מַיְיתֵי הָכָא אֶלָּא פְּלֻוגְתָּא דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי בְּמֵת וְלָא מַיְיתֵי הַהוּא דָּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי וְרַבָּנַן. וְכֵן חִילֵּק גַּם רַב אִלְפָּס. וְהִקְשָׁה עַל זֶה ה"ר יוֹנָה מֵהָא דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) הַקַּשׁ שֶׁעַל הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מְנַעַנְעוֹ בְּגוּפוֹ וְדָיְיקִי מִינֵּיהּ בֵּי רַב דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד ל"ש טִלְטוּל וְהָתָם לְצֹורֶךְ הַקַּשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא מְטַלְטֵל. וְלֹא קָשֶׁה דְּהָתָם אַף טִלְטוּל אֵין כָּאן כְּמוֹ פַּגָּה וַחֲרָרָה וּפֻוגְלָא שֶׁהוּא מְטַלְטְלָן בְּיָדוֹ וְאַגַּבָּן מְטַלְטְלִין דָּבָר אָסוּר. אֲבָל בְּקַשׁ אֵינוֹ מְטַלְטֵל אֶלָּא בְּגוּפוֹ כִּלְאַחַר יָד הִלְכָּךְ אע"ג דִּלְקַשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא צָרִיךְ מְדַמֶּה לֵיהּ לְטִלְטוּל מִן הַצַּד שֶׁהוּא צֹורֶךְ לְדָבָר הַמֻּותָּר. מִתּוֹךְ פירש"י מַשְׁמַע דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ מַתִּיר אַפֵּי' טִלְטוּל גָּמוּר. אֲבָל רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרַבִּי שִׁילָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ בְּמֵת מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְלָא שָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן אֶלָּא גַּבֵּי מֵת דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּעָלְמָא מַשְׁמַע דְּלָא שָׁרֵי ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ טִלְטוּל מִן הַצַּד דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל. וְכֵן כָּתַב הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל וְדִקְדֵּק מִדְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּמֵת דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּמֵת הִתִּירוּ טִלְטוּל מִן הַצַּד אֲבָל בְּעָלְמָא לֹא דְּאִי ס"ד דְּר' יְהוּדָה הִתִּיר טִלְטוּל גָּמוּר מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְתוּ לָא. וְלִי נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי. מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרֵינַן טִלְטוּל גָּמוּר אִם אֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת דְּגַם טִלְטוּל גָּמוּר אִיסּוּר דְּרַבָּנָן הוּא וְדָחֵינַן לֵיהּ שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא. וּכְשֶׁאֵין בָּהוּל כְּגוֹן שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו בַּחַמָּה הָתָם שָׁרֵי שְׁמוּאֵל דַּוְקָא טִלְטוּל מִן הַצַּד:
Il a été dit : un mort exposé au soleil. Rav Yehouda a dit au nom de Shmouel : on le retourne d'un lit à l'autre. Et Rav Hanina a dit au nom de Rav : on pose sur lui une miche de pain ou un enfant et on le déplace. Là où il y a une miche ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent là où il n'y en a pas : l'un estime que le déplacement indirect (taltoul min hatsad) est considéré comme un déplacement, et l'autre estime qu'il n'est pas considéré comme un déplacement. Dirons-nous que c'est [une divergence de] Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie ; R. Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ? S'il y a une miche ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y a ni miche ni enfant, quelle est la raison de R. Yehouda ben Lakich ? N'est-ce pas qu'ils divergent sur le déplacement indirect ? Non : tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort : si tu ne lui permets pas un déplacement [interdit] par les Rabbanan, il en viendra à éteindre, [interdit] de la Torah. Ce qu'il dit, que tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, on pourrait aussi dire que tous estiment qu'il n'est pas considéré comme un déplacement, et qu'ils divergent sur un déplacement complet, là où il n'y a ni miche ni enfant et qu'il n'a qu'un seul lit ; et c'est la raison de R. Yehouda : l'homme est affolé au sujet de son mort, etc. Il semble donc que la halakha soit ainsi : le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. Mais cela fait difficulté avec ce qui est dit plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) : la halakha est selon R. Eleazar ben Tadaï, qui dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement. Il semble qu'on doive nécessairement faire une distinction au sujet du déplacement indirect : ici Rav estime qu'il est considéré comme un déplacement, et plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a), on dit à l'école de Rav qu'il n'est pas considéré comme un déplacement ; et dans tout le Talmud il ressort que "on dit à l'école de Rav" désigne Rav [lui-même], car en Bava Metsia, chapitre Hachoel (102a), et en Bava Batra, chapitre Beit kor (105b), on objecte de Rav à "on dit à l'école de Rav", et on explique qu'il faut [à la fois] la parole de Rav et celle de l'école de Rav. Et il est encore difficile : comment Rav peut-il interdire de le retourner d'un lit à l'autre, alors que nous avons appris plus loin, au chapitre Notel (Chabbat 142b) : des pièces sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre sur l'ouverture d'un tonneau, on l'incline sur le côté et elle tombe ? Et bien que là-bas on l'établisse pour celui qui a oublié, alors que pour celui qui a posé [volontairement], [l'objet] devient un support (bassis) de la chose interdite, ici aussi il faut nécessairement parler d'oubli, par exemple qu'il est mort le Chabbat, car dans le cas de celui qui a posé, Shmouel ne l'aurait pas permis. Et il est encore difficile : même les Rabbanan qui divergent d'avec R. Eleazar ben Tadaï plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a), et estiment qu'il est considéré comme un déplacement, admettent que dans un cas semblable à celui du mort ce n'est pas compté comme un déplacement, puisqu'ils permettent la figue verte enfouie dans la cendre chaude et la galette enfouie dans les braises, si une partie en est découverte. Il semble donc que le déplacement d'ici ne soit pas semblable aux autres déplacements : le déplacement d'ici est pour le besoin du mort, qu'il est interdit de déplacer, et non pour le besoin du lit ; c'est pourquoi il est considéré comme un déplacement. Mais dans tous ces cas où l'on secoue, le besoin principal du déplacement est pour une chose permise. C'est pourquoi on ne cite ici que la divergence de R. Yehouda ben Lakich et des Rabbanan, qui divergent au sujet du mort, et on ne cite pas celle de R. Eleazar ben Tadaï et des Rabbanan. Et Rav Alfas a fait la même distinction. Rabbeinou Yona a objecté à cela ce que nous avons appris plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et à l'école de Rav on en déduit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement, alors que là on déplace pour le besoin de la paille, qui est mouktse. Ce n'est pas difficile : là, il n'y a même pas de déplacement, à la différence de la figue verte, de la galette et du radis, qu'on déplace avec la main et avec lesquels on déplace une chose interdite ; mais la paille, on ne la déplace qu'avec le corps, de manière inhabituelle (kil'ahar yad). C'est pourquoi, bien qu'on ait besoin de la paille, qui est mouktse, on la compare au déplacement indirect pour le besoin d'une chose permise. De l'explication de Rachi il ressort que R. Yehouda ben Lakich permet même un déplacement complet. Mais Rav Alfas z.l. a écrit : Rav Yehouda fils de R. Shila a dit au nom de R. Yo'hanan : la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich au sujet du mort ; on en déduit que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et les Sages ne l'ont permis que pour le mort, afin qu'il n'en vienne pas à un interdit de la Torah ; mais en général, il ressort que R. Yehouda ben Lakich ne permet pas le déplacement indirect, qui est considéré comme un déplacement. Ainsi a écrit aussi le Rav R. Yona z.l., qui l'a déduit de l'expression "la halakha est selon R. Yehouda au sujet du mort" : cela implique que c'est seulement pour le mort qu'on a permis le déplacement indirect, et pas en général ; car s'il te venait à l'esprit que R. Yehouda permet un déplacement complet à cause de l'incendie, il aurait suffi de dire "la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich", sans plus. Et il me semble à moi que, puisque la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort et que, si tu ne le lui permets pas, il en viendra à éteindre, pour cette même raison nous permettons aussi un déplacement complet s'il n'a qu'un seul lit : le déplacement complet aussi est un interdit des Rabbanan, et nous l'écartons de peur qu'il ne commette un interdit de la Torah. Mais quand il n'est pas affolé, par exemple quand son mort est exposé devant lui au soleil, Shmouel ne permet là que le déplacement indirect.
💡 Explication

La Michna permet de prendre un roseau ou une navette pour piquer un aliment. La baraita traite d'un aliment permis enfoui dans une matière mouktse (paille, braises). Si une partie est découverte, on la saisit sans toucher la paille. Entièrement couverte, il faudrait soulever la paille avec elle : c'est le taltoul min hatsad (déplacement indirect), interdit selon le premier Tanna.

Tossefot limite la règle au cas où l'aliment a été posé pour être repris ; posé pour tout le Chabbat, il deviendrait bassis (support) du mouktse.

🖼️ Schéma
Figue enfouie dans la paille, galette dans les braises La paille et les braises sont mouktse ; la figue et la galette sont permises Premier Tanna une partie découverte : on la saisit, permis entièrement couverte : interdit (taltoul min hatsad = déplacement) R. Eleazar ben Tadaï on la pique avec roseau ou navette, la paille tombe d'elle-même : permis (taltoul min hatsad non considéré) Rav Nahman : halakha selon R. Eleazar ben Tadaï il se rétracte donc de sa règle sur le radis
Le premier Tanna et R. Eleazar ben Tadaï.
9
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי אוֹמֵר: תּוֹחֲבָן בַּכּוּשׁ אוֹ בַּכַּרְכֵּר, וְהֵן נִנְעָרוֹת מֵאֵילֵיהֶן. אָמַר רַב נַחְמָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי!

R. Eleazar ben Tadaï dit : on les pique avec un roseau ou une navette, et elles se secouent d'elles-mêmes [de la paille ou des braises].

Rav Nahman dit : la halakha est selon R. Eleazar ben Tadaï !

⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הוֹפְכוֹ מִמִּטָּה לְמִטָּה וְרַב חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וּמְטַלְטְלוֹ הֵיכָא דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כ"ע לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי כִּי פְּלִיגִי דְּלֵיכָּא מָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל לֵימָא כְּתַנָּאֵי אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֲנִי שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה ה"ד אִי דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דת"ק אִי דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֶלָּא לָאו בְּטִלְטוּל מִן הַצַּד קָמִיפַּלְגִי. לָא דְּכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ טִלְטוּל דְּרַבָּנָן אָתֵי לִידֵי כִּיבּוּי דְּאוֹרָייְתָא הָא דְּקָאָמַר דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל ה"נ מ"ל דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְטִלְטוּל גָּמוּר פְּלִיגִי וְהֵיכָא דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וְאֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל כּוּ' הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הִלְכְתָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי דְּאָמַר טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְנִרְאֶה דע"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בְּעִנְיַן טִלְטוּל מִן הַצַּד דְּהָכָא סָבַר רַב דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּלְקַמָּן בְּפֶ' תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְכֻולָּהּ הַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּאָמְרִי בֵּי רַב הַייְנוּ רַב דִּבְבָבָא מְצִיעָא פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף קב. ובב"ב פֶּרֶק בֵּית כּוֹר (בָּבָא בָּתְרָא דַּף קה:) פָּרִיךְ מֵרַב אַדְּאָמְרִי בֵּי רַב וּמַצְרִיךְ מִילְּתֵיהּ דְּרַב וּדְאָמְרִי בֵּי רַב וע"ק דְּהֵיכִי מָצֵי רַב לְמֵיסַר לְהָופְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה וְהִתְנָן לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב:) מָעוֹת שֶׁעַל הַכַּר נוֹעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת. אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְהִיא נוֹפֶלֶת. ואע"ג דְּהָתָם מוֹקְמִי' לָהּ בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר לוֹ. ה"נ ע"כ צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּשׁוֹכֵחַ כְּגוֹן שֶׁמֵּת בְּשַׁבָּת דְּאִי בְּמַנִּיחַ לָא הָוֵי שָׁרֵי שְׁמוּאֵל. וְעוֹד קָשֶׁה דְּאַפֵּי' רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) וְסָבְרִי דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל מוֹדוֹ דבכה"ג דְּמֵת לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל דְּהָא שָׁרוּ פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּרֶמֶץ וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָת הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּלָא דָּמֵי טִלְטוּל דְּהָכָא לִשְׁאָר טִלְטוּל דְּטִלְטוּל דְּהָכָא הָוֵי לְצֹורֶךְ הַמֵּת שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְלֹא לְצֹורֶךְ הַמִּטָּה וּלְהָכִי שְׁמֵיהּ טִלְטוּל. אֲבָל כָּל הָנֵי נֵיעוֹר עִיקַּר צֹורֶךְ טִלְטוּל בִּשְׁבִיל דָּבָר שֶׁל הֶיתֵּר הִלְכָּךְ לָא מַיְיתֵי הָכָא אֶלָּא פְּלֻוגְתָּא דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי בְּמֵת וְלָא מַיְיתֵי הַהוּא דָּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי וְרַבָּנַן. וְכֵן חִילֵּק גַּם רַב אִלְפָּס. וְהִקְשָׁה עַל זֶה ה"ר יוֹנָה מֵהָא דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) הַקַּשׁ שֶׁעַל הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מְנַעַנְעוֹ בְּגוּפוֹ וְדָיְיקִי מִינֵּיהּ בֵּי רַב דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד ל"ש טִלְטוּל וְהָתָם לְצֹורֶךְ הַקַּשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא מְטַלְטֵל. וְלֹא קָשֶׁה דְּהָתָם אַף טִלְטוּל אֵין כָּאן כְּמוֹ פַּגָּה וַחֲרָרָה וּפֻוגְלָא שֶׁהוּא מְטַלְטְלָן בְּיָדוֹ וְאַגַּבָּן מְטַלְטְלִין דָּבָר אָסוּר. אֲבָל בְּקַשׁ אֵינוֹ מְטַלְטֵל אֶלָּא בְּגוּפוֹ כִּלְאַחַר יָד הִלְכָּךְ אע"ג דִּלְקַשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא צָרִיךְ מְדַמֶּה לֵיהּ לְטִלְטוּל מִן הַצַּד שֶׁהוּא צֹורֶךְ לְדָבָר הַמֻּותָּר. מִתּוֹךְ פירש"י מַשְׁמַע דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ מַתִּיר אַפֵּי' טִלְטוּל גָּמוּר. אֲבָל רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרַבִּי שִׁילָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ בְּמֵת מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְלָא שָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן אֶלָּא גַּבֵּי מֵת דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּעָלְמָא מַשְׁמַע דְּלָא שָׁרֵי ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ טִלְטוּל מִן הַצַּד דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל. וְכֵן כָּתַב הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל וְדִקְדֵּק מִדְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּמֵת דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּמֵת הִתִּירוּ טִלְטוּל מִן הַצַּד אֲבָל בְּעָלְמָא לֹא דְּאִי ס"ד דְּר' יְהוּדָה הִתִּיר טִלְטוּל גָּמוּר מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְתוּ לָא. וְלִי נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי. מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרֵינַן טִלְטוּל גָּמוּר אִם אֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת דְּגַם טִלְטוּל גָּמוּר אִיסּוּר דְּרַבָּנָן הוּא וְדָחֵינַן לֵיהּ שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא. וּכְשֶׁאֵין בָּהוּל כְּגוֹן שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו בַּחַמָּה הָתָם שָׁרֵי שְׁמוּאֵל דַּוְקָא טִלְטוּל מִן הַצַּד:
Il a été dit : un mort exposé au soleil. Rav Yehouda a dit au nom de Shmouel : on le retourne d'un lit à l'autre. Et Rav Hanina a dit au nom de Rav : on pose sur lui une miche de pain ou un enfant et on le déplace. Là où il y a une miche ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent là où il n'y en a pas : l'un estime que le déplacement indirect (taltoul min hatsad) est considéré comme un déplacement, et l'autre estime qu'il n'est pas considéré comme un déplacement. Dirons-nous que c'est [une divergence de] Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie ; R. Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ? S'il y a une miche ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y a ni miche ni enfant, quelle est la raison de R. Yehouda ben Lakich ? N'est-ce pas qu'ils divergent sur le déplacement indirect ? Non : tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort : si tu ne lui permets pas un déplacement [interdit] par les Rabbanan, il en viendra à éteindre, [interdit] de la Torah. Ce qu'il dit, que tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, on pourrait aussi dire que tous estiment qu'il n'est pas considéré comme un déplacement, et qu'ils divergent sur un déplacement complet, là où il n'y a ni miche ni enfant et qu'il n'a qu'un seul lit ; et c'est la raison de R. Yehouda : l'homme est affolé au sujet de son mort, etc. Il semble donc que la halakha soit ainsi : le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. Mais cela fait difficulté avec ce qui est dit plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) : la halakha est selon R. Eleazar ben Tadaï, qui dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement. Il semble qu'on doive nécessairement faire une distinction au sujet du déplacement indirect : ici Rav estime qu'il est considéré comme un déplacement, et plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a), on dit à l'école de Rav qu'il n'est pas considéré comme un déplacement ; et dans tout le Talmud il ressort que "on dit à l'école de Rav" désigne Rav [lui-même], car en Bava Metsia, chapitre Hachoel (102a), et en Bava Batra, chapitre Beit kor (105b), on objecte de Rav à "on dit à l'école de Rav", et on explique qu'il faut [à la fois] la parole de Rav et celle de l'école de Rav. Et il est encore difficile : comment Rav peut-il interdire de le retourner d'un lit à l'autre, alors que nous avons appris plus loin, au chapitre Notel (Chabbat 142b) : des pièces sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre sur l'ouverture d'un tonneau, on l'incline sur le côté et elle tombe ? Et bien que là-bas on l'établisse pour celui qui a oublié, alors que pour celui qui a posé [volontairement], [l'objet] devient un support (bassis) de la chose interdite, ici aussi il faut nécessairement parler d'oubli, par exemple qu'il est mort le Chabbat, car dans le cas de celui qui a posé, Shmouel ne l'aurait pas permis. Et il est encore difficile : même les Rabbanan qui divergent d'avec R. Eleazar ben Tadaï plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a), et estiment qu'il est considéré comme un déplacement, admettent que dans un cas semblable à celui du mort ce n'est pas compté comme un déplacement, puisqu'ils permettent la figue verte enfouie dans la cendre chaude et la galette enfouie dans les braises, si une partie en est découverte. Il semble donc que le déplacement d'ici ne soit pas semblable aux autres déplacements : le déplacement d'ici est pour le besoin du mort, qu'il est interdit de déplacer, et non pour le besoin du lit ; c'est pourquoi il est considéré comme un déplacement. Mais dans tous ces cas où l'on secoue, le besoin principal du déplacement est pour une chose permise. C'est pourquoi on ne cite ici que la divergence de R. Yehouda ben Lakich et des Rabbanan, qui divergent au sujet du mort, et on ne cite pas celle de R. Eleazar ben Tadaï et des Rabbanan. Et Rav Alfas a fait la même distinction. Rabbeinou Yona a objecté à cela ce que nous avons appris plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et à l'école de Rav on en déduit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement, alors que là on déplace pour le besoin de la paille, qui est mouktse. Ce n'est pas difficile : là, il n'y a même pas de déplacement, à la différence de la figue verte, de la galette et du radis, qu'on déplace avec la main et avec lesquels on déplace une chose interdite ; mais la paille, on ne la déplace qu'avec le corps, de manière inhabituelle (kil'ahar yad). C'est pourquoi, bien qu'on ait besoin de la paille, qui est mouktse, on la compare au déplacement indirect pour le besoin d'une chose permise. De l'explication de Rachi il ressort que R. Yehouda ben Lakich permet même un déplacement complet. Mais Rav Alfas z.l. a écrit : Rav Yehouda fils de R. Shila a dit au nom de R. Yo'hanan : la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich au sujet du mort ; on en déduit que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et les Sages ne l'ont permis que pour le mort, afin qu'il n'en vienne pas à un interdit de la Torah ; mais en général, il ressort que R. Yehouda ben Lakich ne permet pas le déplacement indirect, qui est considéré comme un déplacement. Ainsi a écrit aussi le Rav R. Yona z.l., qui l'a déduit de l'expression "la halakha est selon R. Yehouda au sujet du mort" : cela implique que c'est seulement pour le mort qu'on a permis le déplacement indirect, et pas en général ; car s'il te venait à l'esprit que R. Yehouda permet un déplacement complet à cause de l'incendie, il aurait suffi de dire "la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich", sans plus. Et il me semble à moi que, puisque la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort et que, si tu ne le lui permets pas, il en viendra à éteindre, pour cette même raison nous permettons aussi un déplacement complet s'il n'a qu'un seul lit : le déplacement complet aussi est un interdit des Rabbanan, et nous l'écartons de peur qu'il ne commette un interdit de la Torah. Mais quand il n'est pas affolé, par exemple quand son mort est exposé devant lui au soleil, Shmouel ne permet là que le déplacement indirect.
💡 Explication

R. Eleazar ben Tadaï permet de piquer l'aliment et de le soulever même s'il est entièrement couvert : la paille tombe d'elle-même. Le déplacement indirect n'est pas, selon lui, un déplacement interdit. Rav Nahman tranche comme lui.

Le Roch distingue : le déplacement indirect pour le besoin d'une chose permise (la figue) est permis ; pour le besoin d'une chose interdite (le mort), il reste considéré comme un déplacement.

10
לְמֵימְרָא דְּסָבַר רַב נַחְמָן טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל? וְהָאָמַר רַב נַחְמָן: הַאי פֻּוגְלָא, מִלְמַעְלָה לְמַטָּה — שָׁרִי, מִמַּטָּה לְמַעְלָה — אֲסִיר! הֲדַר בֵּיהּ רַב נַחְמָן מֵהַהִיא.

Faut-il dire que Rav Nahman estime que le déplacement indirect (taltoul min hatsad) n'est pas considéré comme un déplacement ? Mais Rav Nahman n'a-t-il pas dit : ce radis (pougla), de haut en bas, c'est permis ; de bas en haut, c'est interdit !

Rav Nahman s'est rétracté de celle-là.

📜 Rachi (3)
פֻּוגְלָא צְנוֹן תָּלוּשׁ שֶׁהִטְמִינוֹ בָּאָרֶץ וְנִתְגַּלָּה רֹאשׁוֹ:
Pougla : un radis arraché qu'on a enfoui dans la terre et dont le haut est découvert.
מִלְמַעְלָה לְמַטָּה שְׁרִי אִם הָיָה הָעֶלְיוֹן שֶׁלָּהּ לְמַעְלָה וְהַקָּצָר לְמַטָּה וּכְשֶׁהוּא שׁוֹלְפָהּ חוֹלְצָהּ מֵעֶלְיוֹן שֶׁלָּהּ לַתַּחְתּוֹן שֶׁלָּהּ וְרֹוחַב הַצְּנוֹן לְמַעְלָה מֻותָּר דְּלֵיכָּא טִלְטוּל לְעָפָר כְּלָל שֶׁהֲרֵי נִתְגַּלָּה רֹאשׁוֹ:
De haut en bas, c'est permis : si sa partie haute [et large] était en haut et la partie étroite en bas ; quand il le retire, il le tire de sa partie haute vers sa partie basse, et la largeur du radis est en haut : c'est permis, car il n'y a aucun déplacement de terre, puisque son haut est découvert.
מִמַּטָּה לְמַעְלָה אָסוּר שֶׁמֵּזִיז עָפָר לְפִי שֶׁהַגֻּומָּא קְצָרָה מִלְמַעְלָה וְרֹוחַב הַצְּנוֹן מִלְּמַטָּה ואע"ג דְּטִלְטוּל עָפָר מִן הַצַּד הוּא שֶׁאֵינוֹ אוֹחֲזוֹ מַמָּשׁ בְּיָדוֹ:
De bas en haut, c'est interdit : car il déplace de la terre, parce que le trou est étroit en haut et la largeur du radis est en bas ; et [c'est interdit] bien que ce soit un déplacement indirect de la terre, puisqu'il ne la tient pas vraiment dans sa main.
🗂️ Tossefot (2)
הַאי פֻּוגְלָא וא"ת הַאי פֻּוגְלָא הֵיכִי דָמֵי אִי בְּמַנִּיחַ מ"ט דְּמַאן דְּשָׁרֵי מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה הָא אֲפִילּוּ נֵיעוֹר לָא שָׁרֵי כ"ש טִלְטוּל מִן הַצַּד וְאִי בְּשָׁכַח מ"ט דְּמַאן דְּאָסַר אַפֵּי' טִלְטוּל גָּמוּר שָׁרִי לְצֹורֶךְ לְטַלְטֵל אַגַּב הֶיתֵּר לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת קַמָּא. וְד' קמב:) בְּמָעוֹת שֶׁעַל גַּבֵּי הַכַּר בְּצָרִיךְ לִמְקוֹמוֹ דִּמְטַלְטְלוֹ בְּעוֹדָן עָלָיו וְאֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית כְּשֶׁהוּא בֵּין הֶחָבִיּוֹת מַגְבִּיהַּ וּמַטָּהּ כ"ש טִלְטוּל מִן הַצַּד וי"ל דְּמַנִּיחַ עַל מְנָת לִיטְּלָה אַייְרֵי אע"ג דִּכְשָׁכַח דָּמֵי כְּמוֹ טָמַן וְכִיסָּה בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל בְּסוֹף בַּמֶּה טוֹמְנִין (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף נא.) דְּשָׁרֵי לְנַעֵר מִשּׁוּם דְּאֵין מַנִּיחַ לְכָל הַשַּׁבָּת וּבַעֲצָמוֹת וּקְלִיפִּין דְּרֵישׁ בֵּיצָה (ד' ב.) דְּשָׁרֵי ב"ה לְסַלֵּק אֶת הַטַּבְלָא וּלְנַעֵר מ"מ לֹא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ בְּאוֹתוֹ עִנְיָן שֶׁיִּצְטָרֵךְ טִלְטוּל מִן הַצַּד וַעֲצָמוֹת וּקְלִיפִּין לָא מִסָּתְיֵיהּ דְּלָא לִינַח בָּהֶן עַל גַּבֵּי הַשֻּׁלְחָן וְטָמַן וְכִיסָּה דְּפֶרֶק בַּמֶּה טוֹמְנִין (לְעֵיל שַׁבָּת ד' נא.) אֵין לָחוּשׁ כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר בְּנִיעוּר דַּאֲפִילּוּ טִלְטוּל מִן הַצַּד אֵינוֹ:
Ce radis : et si tu demandes : ce radis, de quel cas s'agit-il ? S'il s'agit de celui qui l'a posé [volontairement], quelle est la raison de celui qui permet de bas en haut ? Même secouer ne serait pas permis, à plus forte raison le déplacement indirect. Et s'il s'agit de celui qui a oublié, quelle est la raison de celui qui interdit ? Même un déplacement complet est permis pour le besoin [d'une chose permise], en déplaçant [le mouktse] à la faveur de la chose permise, [comme] plus loin au chapitre Notel (Chabbat 141a et 142b) : les pièces sur le coussin, quand on a besoin de sa place, on le déplace alors qu'elles sont encore dessus ; et la pierre sur l'ouverture du tonneau, quand il est entre les tonneaux, on le soulève et on l'incline ; à plus forte raison le déplacement indirect. On peut répondre qu'il s'agit de celui qui l'a posé avec l'intention de le reprendre. Bien que ce soit semblable à celui qui a oublié, comme [le cas de celui qui a] enfoui et couvert avec une chose qui ne se déplace pas, à la fin de Bameh tomnin (plus haut, Chabbat 51a), où il est permis de secouer parce qu'il ne l'a pas posé pour tout le Chabbat, et comme les os et les écorces au début de Beitsa (2a), où Beit Hillel permettent d'enlever la planche et de secouer, néanmoins il n'aurait pas dû le poser de façon à avoir besoin d'un déplacement indirect. Pour les os et les écorces, on ne peut éviter de les laisser sur la table ; et pour [celui qui a] enfoui et couvert, au chapitre Bameh tomnin (plus haut, Chabbat 51a), il n'y a pas à craindre, puisqu'il est possible de secouer, ce qui n'est même pas un déplacement indirect.
הֲדַר בֵּיהּ רַב נַחְמָן מֵהַהִיא מִסְתַּבְּרָא דְּמֵהַהִיא הָדַר בֵּיהּ מִדְּאָמַר בְּפֶרֶק תּוֹלִין (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב תְּנֵינָא דְּלָא כְּרַב נַחְמָן:
Rav Nahman s'est rétracté de celle-là : il est logique que ce soit de celle-là qu'il se soit rétracté, puisqu'on dit au chapitre Tolin (plus loin, Chabbat 141a) : à l'école de Rav on dit : nous avons [déjà] appris [une michna] qui n'est pas selon Rav Nahman.
⚖️ Rosh (2)
אִיתְּמַר מֵת הַמֻּוטָּל בַּחַמָּה רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הוֹפְכוֹ מִמִּטָּה לְמִטָּה וְרַב חֲנִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וּמְטַלְטְלוֹ הֵיכָא דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כ"ע לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי כִּי פְּלִיגִי דְּלֵיכָּא מָר סָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּמָר סָבַר לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל לֵימָא כְּתַנָּאֵי אֵין מַצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֲנִי שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּצִּילִין אֶת הַמֵּת מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה ה"ד אִי דְּאִיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דת"ק אִי דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק מ"ט דְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ אֶלָּא לָאו בְּטִלְטוּל מִן הַצַּד קָמִיפַּלְגִי. לָא דְּכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ טִלְטוּל דְּרַבָּנָן אָתֵי לִידֵי כִּיבּוּי דְּאוֹרָייְתָא הָא דְּקָאָמַר דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל ה"נ מ"ל דכ"ע טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְטִלְטוּל גָּמוּר פְּלִיגִי וְהֵיכָא דְּלֵיכָּא כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק וְאֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל כּוּ' הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הִלְכְתָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן תַּדַּאי דְּאָמַר טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְנִרְאֶה דע"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בְּעִנְיַן טִלְטוּל מִן הַצַּד דְּהָכָא סָבַר רַב דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּלְקַמָּן בְּפֶ' תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמְרִי בֵּי רַב לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וּבְכֻולָּהּ הַשַּׁ"ס מַשְׁמַע דְּאָמְרִי בֵּי רַב הַייְנוּ רַב דִּבְבָבָא מְצִיעָא פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל דַּף קב. ובב"ב פֶּרֶק בֵּית כּוֹר (בָּבָא בָּתְרָא דַּף קה:) פָּרִיךְ מֵרַב אַדְּאָמְרִי בֵּי רַב וּמַצְרִיךְ מִילְּתֵיהּ דְּרַב וּדְאָמְרִי בֵּי רַב וע"ק דְּהֵיכִי מָצֵי רַב לְמֵיסַר לְהָופְכוֹ מִמַּטָּה לְמַטָּה וְהִתְנָן לְקַמָּן בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב:) מָעוֹת שֶׁעַל הַכַּר נוֹעֵר אֶת הַכַּר וְהֵן נוֹפְלוֹת. אֶבֶן שֶׁעַל פִּי הֶחָבִית מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְהִיא נוֹפֶלֶת. ואע"ג דְּהָתָם מוֹקְמִי' לָהּ בְּשׁוֹכֵחַ אֲבָל בְּמַנִּיחַ נַעֲשָׂה בָּסִיס לְדָבָר הָאָסוּר לוֹ. ה"נ ע"כ צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּשׁוֹכֵחַ כְּגוֹן שֶׁמֵּת בְּשַׁבָּת דְּאִי בְּמַנִּיחַ לָא הָוֵי שָׁרֵי שְׁמוּאֵל. וְעוֹד קָשֶׁה דְּאַפֵּי' רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) וְסָבְרִי דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל מוֹדוֹ דבכה"ג דְּמֵת לָא חֲשִׁיב טִלְטוּל דְּהָא שָׁרוּ פַּגָּה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּרֶמֶץ וַחֲרָרָה שֶׁהִטְמִינָהּ בְּגֶחָלִים אִם מְגֻולָּה מִקְצָת הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּלָא דָּמֵי טִלְטוּל דְּהָכָא לִשְׁאָר טִלְטוּל דְּטִלְטוּל דְּהָכָא הָוֵי לְצֹורֶךְ הַמֵּת שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְלֹא לְצֹורֶךְ הַמִּטָּה וּלְהָכִי שְׁמֵיהּ טִלְטוּל. אֲבָל כָּל הָנֵי נֵיעוֹר עִיקַּר צֹורֶךְ טִלְטוּל בִּשְׁבִיל דָּבָר שֶׁל הֶיתֵּר הִלְכָּךְ לָא מַיְיתֵי הָכָא אֶלָּא פְּלֻוגְתָּא דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי בְּמֵת וְלָא מַיְיתֵי הַהוּא דָּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן תַּדַּאי וְרַבָּנַן. וְכֵן חִילֵּק גַּם רַב אִלְפָּס. וְהִקְשָׁה עַל זֶה ה"ר יוֹנָה מֵהָא דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) הַקַּשׁ שֶׁעַל הַמִּטָּה לֹא יְנַעְנְעֶנּוּ בְּיָדוֹ אֲבָל מְנַעַנְעוֹ בְּגוּפוֹ וְדָיְיקִי מִינֵּיהּ בֵּי רַב דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד ל"ש טִלְטוּל וְהָתָם לְצֹורֶךְ הַקַּשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא מְטַלְטֵל. וְלֹא קָשֶׁה דְּהָתָם אַף טִלְטוּל אֵין כָּאן כְּמוֹ פַּגָּה וַחֲרָרָה וּפֻוגְלָא שֶׁהוּא מְטַלְטְלָן בְּיָדוֹ וְאַגַּבָּן מְטַלְטְלִין דָּבָר אָסוּר. אֲבָל בְּקַשׁ אֵינוֹ מְטַלְטֵל אֶלָּא בְּגוּפוֹ כִּלְאַחַר יָד הִלְכָּךְ אע"ג דִּלְקַשׁ שֶׁהוּא מֻוקְצֶה הוּא צָרִיךְ מְדַמֶּה לֵיהּ לְטִלְטוּל מִן הַצַּד שֶׁהוּא צֹורֶךְ לְדָבָר הַמֻּותָּר. מִתּוֹךְ פירש"י מַשְׁמַע דָּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ מַתִּיר אַפֵּי' טִלְטוּל גָּמוּר. אֲבָל רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרַבִּי שִׁילָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ בְּמֵת מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּטִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל וְלָא שָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן אֶלָּא גַּבֵּי מֵת דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא אֲבָל בְּעָלְמָא מַשְׁמַע דְּלָא שָׁרֵי ר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ טִלְטוּל מִן הַצַּד דִּשְׁמֵיהּ טִלְטוּל. וְכֵן כָּתַב הָרַב ר' יוֹנָה זַ"ל וְדִקְדֵּק מִדְּקָאָמַר הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בְּמֵת דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּמֵת הִתִּירוּ טִלְטוּל מִן הַצַּד אֲבָל בְּעָלְמָא לֹא דְּאִי ס"ד דְּר' יְהוּדָה הִתִּיר טִלְטוּל גָּמוּר מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה בֶּן לָקִישׁ וְתוּ לָא. וְלִי נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּטַעֲמָא דְּר' יְהוּדָה מִתּוֹךְ שֶׁאָדָם בָּהוּל עַל מֵתוֹ אִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אָתֵי לְכַבּוֹיֵי. מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרֵינַן טִלְטוּל גָּמוּר אִם אֵין לוֹ אֶלָּא מִטָּה אַחַת דְּגַם טִלְטוּל גָּמוּר אִיסּוּר דְּרַבָּנָן הוּא וְדָחֵינַן לֵיהּ שֶׁמָּא יַעֲשֶׂה אִיסּוּר דְּאוֹרָייְתָא. וּכְשֶׁאֵין בָּהוּל כְּגוֹן שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו בַּחַמָּה הָתָם שָׁרֵי שְׁמוּאֵל דַּוְקָא טִלְטוּל מִן הַצַּד:
Il a été dit : un mort exposé au soleil. Rav Yehouda a dit au nom de Shmouel : on le retourne d'un lit à l'autre. Et Rav Hanina a dit au nom de Rav : on pose sur lui une miche de pain ou un enfant et on le déplace. Là où il y a une miche ou un enfant, tous s'accordent que c'est permis ; ils divergent là où il n'y en a pas : l'un estime que le déplacement indirect (taltoul min hatsad) est considéré comme un déplacement, et l'autre estime qu'il n'est pas considéré comme un déplacement. Dirons-nous que c'est [une divergence de] Tannaim ? On ne sauve pas le mort d'un incendie ; R. Yehouda ben Lakich dit : j'ai entendu qu'on sauve le mort d'un incendie. De quel cas s'agit-il ? S'il y a une miche ou un enfant, quelle est la raison du premier Tanna ? S'il n'y a ni miche ni enfant, quelle est la raison de R. Yehouda ben Lakich ? N'est-ce pas qu'ils divergent sur le déplacement indirect ? Non : tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort : si tu ne lui permets pas un déplacement [interdit] par les Rabbanan, il en viendra à éteindre, [interdit] de la Torah. Ce qu'il dit, que tous estiment que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, on pourrait aussi dire que tous estiment qu'il n'est pas considéré comme un déplacement, et qu'ils divergent sur un déplacement complet, là où il n'y a ni miche ni enfant et qu'il n'a qu'un seul lit ; et c'est la raison de R. Yehouda : l'homme est affolé au sujet de son mort, etc. Il semble donc que la halakha soit ainsi : le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. Mais cela fait difficulté avec ce qui est dit plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) : la halakha est selon R. Eleazar ben Tadaï, qui dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement. Il semble qu'on doive nécessairement faire une distinction au sujet du déplacement indirect : ici Rav estime qu'il est considéré comme un déplacement, et plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a), on dit à l'école de Rav qu'il n'est pas considéré comme un déplacement ; et dans tout le Talmud il ressort que "on dit à l'école de Rav" désigne Rav [lui-même], car en Bava Metsia, chapitre Hachoel (102a), et en Bava Batra, chapitre Beit kor (105b), on objecte de Rav à "on dit à l'école de Rav", et on explique qu'il faut [à la fois] la parole de Rav et celle de l'école de Rav. Et il est encore difficile : comment Rav peut-il interdire de le retourner d'un lit à l'autre, alors que nous avons appris plus loin, au chapitre Notel (Chabbat 142b) : des pièces sur un coussin, on secoue le coussin et elles tombent ; une pierre sur l'ouverture d'un tonneau, on l'incline sur le côté et elle tombe ? Et bien que là-bas on l'établisse pour celui qui a oublié, alors que pour celui qui a posé [volontairement], [l'objet] devient un support (bassis) de la chose interdite, ici aussi il faut nécessairement parler d'oubli, par exemple qu'il est mort le Chabbat, car dans le cas de celui qui a posé, Shmouel ne l'aurait pas permis. Et il est encore difficile : même les Rabbanan qui divergent d'avec R. Eleazar ben Tadaï plus loin, au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a), et estiment qu'il est considéré comme un déplacement, admettent que dans un cas semblable à celui du mort ce n'est pas compté comme un déplacement, puisqu'ils permettent la figue verte enfouie dans la cendre chaude et la galette enfouie dans les braises, si une partie en est découverte. Il semble donc que le déplacement d'ici ne soit pas semblable aux autres déplacements : le déplacement d'ici est pour le besoin du mort, qu'il est interdit de déplacer, et non pour le besoin du lit ; c'est pourquoi il est considéré comme un déplacement. Mais dans tous ces cas où l'on secoue, le besoin principal du déplacement est pour une chose permise. C'est pourquoi on ne cite ici que la divergence de R. Yehouda ben Lakich et des Rabbanan, qui divergent au sujet du mort, et on ne cite pas celle de R. Eleazar ben Tadaï et des Rabbanan. Et Rav Alfas a fait la même distinction. Rabbeinou Yona a objecté à cela ce que nous avons appris plus loin, au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : la paille qui est sur le lit, on ne la remue pas avec la main, mais on la remue avec le corps ; et à l'école de Rav on en déduit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement, alors que là on déplace pour le besoin de la paille, qui est mouktse. Ce n'est pas difficile : là, il n'y a même pas de déplacement, à la différence de la figue verte, de la galette et du radis, qu'on déplace avec la main et avec lesquels on déplace une chose interdite ; mais la paille, on ne la déplace qu'avec le corps, de manière inhabituelle (kil'ahar yad). C'est pourquoi, bien qu'on ait besoin de la paille, qui est mouktse, on la compare au déplacement indirect pour le besoin d'une chose permise. De l'explication de Rachi il ressort que R. Yehouda ben Lakich permet même un déplacement complet. Mais Rav Alfas z.l. a écrit : Rav Yehouda fils de R. Shila a dit au nom de R. Yo'hanan : la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich au sujet du mort ; on en déduit que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement, et les Sages ne l'ont permis que pour le mort, afin qu'il n'en vienne pas à un interdit de la Torah ; mais en général, il ressort que R. Yehouda ben Lakich ne permet pas le déplacement indirect, qui est considéré comme un déplacement. Ainsi a écrit aussi le Rav R. Yona z.l., qui l'a déduit de l'expression "la halakha est selon R. Yehouda au sujet du mort" : cela implique que c'est seulement pour le mort qu'on a permis le déplacement indirect, et pas en général ; car s'il te venait à l'esprit que R. Yehouda permet un déplacement complet à cause de l'incendie, il aurait suffi de dire "la halakha est selon R. Yehouda ben Lakich", sans plus. Et il me semble à moi que, puisque la raison de R. Yehouda est que l'homme est affolé au sujet de son mort et que, si tu ne le lui permets pas, il en viendra à éteindre, pour cette même raison nous permettons aussi un déplacement complet s'il n'a qu'un seul lit : le déplacement complet aussi est un interdit des Rabbanan, et nous l'écartons de peur qu'il ne commette un interdit de la Torah. Mais quand il n'est pas affolé, par exemple quand son mort est exposé devant lui au soleil, Shmouel ne permet là que le déplacement indirect.
גְּמָ' אָמַר רַב נַחְמָן הַאי פֻּוגְלָא מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה שְׁרֵי. מִמַּטָּה לְמַעְלָה אָסוּר. קָסָבַר טִלְטוּל מִן הַצַּד שְׁמֵיהּ טִלְטוּל. וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ הָכָא. דְּהָא הֲדַר בֵּיהּ רַב נַחְמָן בְּפֶ' כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.)וְאָמַר טִלְטוּל מִן הַצַּד לָא שְׁמֵיהּ טִלְטוּל:
Guemara. Rav Nahman a dit : ce radis, de haut en bas, c'est permis ; de bas en haut, c'est interdit. Il estime que le déplacement indirect est considéré comme un déplacement. Et ici la halakha n'est pas comme lui, car Rav Nahman s'est rétracté au chapitre Kol hakelim (Chabbat 123a) et a dit que le déplacement indirect n'est pas considéré comme un déplacement.
💡 Explication

Contradiction entre deux enseignements de Rav Nahman. Le radis enfoui large en bas ne peut sortir sans pousser la terre (mouktse) : c'est un déplacement indirect, qu'il interdisait. S'il suit R. Eleazar ben Tadaï, il devrait le permettre. Réponse : il s'est rétracté de la règle du radis. Tossefot le prouve par un enseignement de l'école de Rav contredisant Rav Nahman.

🖼️ Schéma
Le radis enfoui (pougla) : déplacement indirect de la terre De haut en bas : large en haut on le tire sans bouger la terre Permis De bas en haut : large en bas en le tirant, il déplace la terre Interdit (1re position de Rav Nahman)
Le radis large en haut et le radis large en bas.
11
מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ כּוּ׳. שְׁלַח לֵיהּ רָבָא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה לְרַב יוֹסֵף: יְלַמְּדֵנוּ רַבֵּינוּ, מַחַט שֶׁנִּיטַּל חֲרָרָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ, מַהוּ?

Une aiguille à main pour retirer avec elle [l'épine], etc. Rava fils de Rabba envoya [demander] à Rav Yosef : que notre maître nous enseigne : une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé, qu'en est-il ?

📜 Rachi (3)
חֲרָרָה חוּר שֶׁלָּהּ:
Son chas (harara) : son trou.
עֻוקְצָהּ פויינט"א:
Sa pointe (ouktsa) : pointe [en vieux français : pointe].
מַהוּ לְטַלְטְלָהּ מִי בָּטֵל תּוֹרַת כְּלִי מִינָּהּ אוֹ לָא:
Qu'en est-il : pour la déplacer ; le statut d'ustensile (torat kli) en est-il annulé ou non ?
💡 Explication

Une aiguille abîmée n'est plus bonne à coudre. La question est de savoir si elle garde le statut d'ustensile (torat kli), sans lequel elle serait mouktse.

12
אֲמַר לֵיהּ, תַּנִּיתוּהָ: מַחַט שֶׁל יָד לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ: וְכִי מָה אִיכְפַּת לֵיהּ לַקּוֹץ בֵּין נְקוּבָה לְבֵין שֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה?

Il lui répondit : vous l'avez [déjà] appris : une aiguille à main pour retirer avec elle l'épine. Et qu'importe à l'épine [que l'aiguille soit] percée ou non percée ?

💡 Explication

Rav Yosef : la Michna permet l'aiguille pour un usage (retirer une épine) qui n'a pas besoin du chas. L'aiguille sans chas reste donc apte à cet usage.

13
אַיְּתִיבֶיהָ: מַחַט שֶׁנִּיטַּל חֲרָרָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ — טְהוֹרָה?

Il lui objecta : une aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé est pure !

💡 Explication

Pour les lois de tumah (impureté), une telle aiguille n'est plus un ustensile : elle ne reçoit pas l'impureté. Pourquoi serait-elle un ustensile pour le Chabbat ?

14
אָמַר אַבַּיֵּי: טֻומְאָה אַשַּׁבָּת קָרָמֵית? טֻומְאָה כְּלִי מַעֲשֶׂה בָּעֵינַן, לְעִנְיַן שַׁבָּת מִידִי דְּחָזֵי בָּעֵינַן — וְהָא נָמֵי חַזְיָא לְמִשְׁקַל בַּהּ קוֹץ.

Abaye dit : tu soulèves [une contradiction] de la tumah contre le Chabbat ? Pour la tumah, il nous faut un ustensile fonctionnel (kli maase) ; pour le Chabbat, il nous faut une chose apte [à un usage], et celle-ci aussi est apte à retirer une épine.

📜 Rachi (1)
כְּלִי מַעֲשֶׂה שֶׁמַּעֲשֶׂה שֶׁלּוֹ קַיָּים:
Un ustensile fonctionnel : dont la fonction subsiste.
💡 Explication

Abaye sépare les deux domaines : la tumah exige que l'objet garde sa fonction propre (kli maase) ; le Chabbat exige seulement qu'il soit apte à un usage (hazi).

🖼️ Schéma
Aiguille dont le chas ou la pointe a été enlevé : peut-on la déplacer ? Question de Rava fils de Rabba à Rav Yosef Rav Yosef : permis l'épine ne se soucie pas que l'aiguille soit percée Objection : elle est pure (tahora) pour la tumah, elle n'est plus un ustensile Abaye tumah : kli maase (fonction entière) Chabbat : apte à un usage -> permis (retirer une épine) Rava pas un ustensile pour la tumah -> pas un ustensile pour le Chabbat -> interdit Objection à Rava (baraita) : percée ou non : permis le Chabbat Abaye selon Rava : aiguilles brutes (golmei) on peut décider de s'en servir telles quelles mais chas ou pointe enlevés : on la jette parmi les débris (guéroutaot)
Abaye et Rava sur l'aiguille sans chas.
15
אָמַר רָבָא: מַאן דְּקָמוֹתֵיב, שַׁפִּיר קָמוֹתֵיב. מִדִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָאו מָנָא הוּא — לְעִנְיַן שַׁבָּת נָמֵי לָאו מָנָא הוּא.

Rava dit : celui qui objecte objecte bien. Du fait que pour la tumah ce n'est pas un ustensile, pour le Chabbat non plus ce n'est pas un ustensile.

🗂️ Tossefot (1)
מִדִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָאו מָנָא לְעִנְיַן שַׁבָּת נָמֵי לָאו מָנָא תֵּימָא הָא תְּנַן לְקַמָּן כָּל הַכֵּלִים הַנִּיטָּלִין שִׁבְרֵיהֶן נִיטָּלִין אע"ג דִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָא הָוֵי מָנָא כְּשֶׁנִּשְׁבַּר אֶלָּא עַל יְדֵי ייִחוּד לְפִי' הַקּוּנְטְרֵס דְּסוֹף הַמַּצְנִיעַ (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף צה:) י"ל דה"פ מִדִּלְעִנְיַן טֻומְאָה לָאו מָנָא אַפֵּי' עַל יְדֵי יִיחוּד דְּכֵיוָן דְּנִיטַּל חֲרָרָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ לָא מְהַנֵּי בֵּיהּ ייִחוּד לְעִנְיַן שַׁבָּת נָמֵי לָאו מָנָא הִיא אֲבָל הֵיכָא דַּהֲוָה מָנָא לְעִנְיַן טֻומְאָה ע"י יִיחוּד אִיכָּא לְמֵימַר דְּהָוֵי מָנָא לְעִנְיַן שַׁבָּת אַפֵּי' בְּלֹא יִיחוּד כֵּיוָן דְּיָכוֹל לִהְיוֹת כְּלִי לְעִנְיַן טֻומְאָה וְכֵן מַשְׁמַע בְּסָמוּךְ דְּתַרְגְּמָא אַבָּיֵי אַלִּיבָּא דְּרָבָא בְּגֻולְמֵי דְּזִימְנִין דְּמִימְלָךְ עֲלַייְהוּ וּמְשַׁוֵּי לְהוּ מָנָא מַשְׁמַע דִּלְהָכִי מֻותָּר לְטַלְטֵל אע"ג דִּטְהוֹרָה הִיא דְּאַכַּתִּי לָא מִימְלָךְ עֲלָהּ כֵּיוָן שֶׁרָאוּי לְיַחֲדָהּ לִהְיוֹת כְּלִי:
Du fait que pour la tumah ce n'est pas un ustensile, pour le Chabbat non plus : c'est étonnant, car nous avons appris plus loin : tous les ustensiles qui se déplacent, leurs débris se déplacent ; et pourtant, pour la tumah, un ustensile brisé n'est un ustensile que par une désignation (yihoud), selon l'explication du Kountres à la fin de Hamatsnia (plus haut, Chabbat 95b). On peut répondre que voici l'explication : du fait que pour la tumah ce n'est pas un ustensile, même par désignation (car, puisque son chas ou sa pointe a été enlevé, la désignation n'y fait rien), pour le Chabbat non plus ce n'est pas un ustensile. Mais là où c'est un ustensile pour la tumah par désignation, on peut dire que c'est un ustensile pour le Chabbat même sans désignation, puisqu'il peut devenir un ustensile pour la tumah. Et c'est ce qui ressort juste après, où Abaye l'interprète selon Rava comme [traitant] d'aiguilles brutes (golmei), car parfois on se décide à leur sujet et on en fait un ustensile : il en ressort que c'est pour cela qu'il est permis de la déplacer bien qu'elle soit pure, puisqu'on ne s'est pas encore décidé à son sujet ; car elle est apte à être désignée comme ustensile.
💡 Explication

Rava relie les deux domaines : ce qui n'est pas un ustensile pour la tumah ne l'est pas pour le Chabbat. Tossefot précise le critère : il s'agit de l'objet qui ne peut plus devenir ustensile même par yihoud (désignation).

16
מֵיתִיבִי: מַחַט, בֵּין נְקוּבָה בֵּין שֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה — מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בְּשַׁבָּת. וְלֹא אָמְרוּ נְקוּבָה אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה בִּלְבַד!

On objecta : une aiguille, percée ou non percée, il est permis de la déplacer le Chabbat ; et on n'a parlé de percée qu'au sujet de la tumah seulement !

📜 Rachi (1)
וְלֹא אָמְרוּ נְקוּבָה לִהְיוֹת תּוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ יוֹתֵר מִשֶּׁאֵין נְקוּבָה אֶלָּא לְעִנְיַן טֻומְאָה וקס"ד דִּבְנָטַל חוֹר שֶׁלָּהּ קָאָמַר דִּלְעִנְיַן טֻומְאָה בָּטֵל שֵׁם כְּלִי מִינָּהּ וּלְטִלְטוּל שָׁרִי:
Et on n'a parlé de percée : [en ce sens] qu'elle ait davantage le statut d'ustensile que celle qui n'est pas percée, qu'au sujet de la tumah. On pensait qu'il parlait du cas où son chas a été enlevé : pour la tumah, le nom d'ustensile en est annulé, mais pour le déplacement c'est permis.
💡 Explication

La baraita semble distinguer les deux domaines, comme Abaye, et contredire Rava.

17
תַּרְגְּמַהּ אַבָּיֵי אַלִּיבָּא דְּרָבָא: בְּגֻולְמֵי עָסְקִינַן, זִימְנִין דְּמִימְּלִיךְ עֲלַייְהוּ, וּמְשַׁוֵּי לְהוּ מָנָא. אֲבָל הֵיכָא דְּנִיטַּל חֲרָרָהּ אוֹ עֻוקְצָהּ — אָדָם זוֹרְקָהּ לְבֵין גְּרוּטָאוֹת.

Abaye l'interpréta selon Rava : il s'agit d'aiguilles brutes (golmei) ; parfois on se décide à leur sujet et on en fait des ustensiles. Mais là où son chas ou sa pointe a été enlevé, on la jette parmi les débris (guéroutaot).

📜 Rachi (4)
בְּגֻולְמֵי גָּולְמֵי מְחָטִין הָעוֹמְדוֹת לִינָּקֵב דִּנְקוּבָה נִגְמְרָה מְלַאכְתָּהּ וְשֶׁאֵינָהּ נְקוּבָה אֵינָהּ נִגְמְרָה מְלַאכְתָּהּ הִלְכָּךְ לְעִנְיַן טֻומְאָה הוּא דְּלָא הָוֵי כְּלִי אֲבָל בְּטִלְטוּל שָׁרְיָא דַּחֲזֵי לָקוּץ:
Aiguilles brutes : ébauches d'aiguilles destinées à être percées ; celle qui est percée a son travail achevé, et celle qui n'est pas percée n'a pas son travail achevé. C'est pourquoi pour la tumah ce n'est pas un ustensile, mais pour le déplacement c'est permis, car elle est apte [à retirer] une épine.
דְּמִימְּלִיךְ וְלָא נָקֵיב לָהּ:
Qu'on se décide : et on ne la perce pas.
וּמְשַׁוֵּי לָהּ מָנָא כְּמוֹת שֶׁהִיא וְלִנְטִילַת קוֹץ:
Et on en fait un ustensile : telle qu'elle est, pour retirer une épine.
גְּרוּטָאוֹת שִׁבְרֵי מַתָּכוֹת אָדָם זוֹרֵק' לְבֵין גְּרוּטָאוֹ' וּבָטֵל שֵׁם כְּלִי מִינָּהּ:
Guéroutaot : débris de métaux ; on la jette parmi les débris, et le nom d'ustensile en est annulé.
💡 Explication

Abaye explique la baraita selon Rava : l'aiguille non percée est une ébauche (golem) qu'on peut décider d'utiliser telle quelle. L'aiguille abîmée, elle, est jetée au rebut : elle perd son statut d'ustensile pour les deux domaines.

18
אַסֻּובֵּי יָנוֹקָא — רַב נַחְמָן אָסַר, וְרַב שֵׁשֶׁת שָׁרִי. אָמַר רַב נַחְמָן: מְנָא אֲמִינָא לַהּ, דִּתְנַן: אֵין עוֹשִׂין

Asoubei ynouka (remettre en place les membres du nourrisson) : Rav Nahman l'interdit et Rav Sheshet le permet. Rav Nahman dit : d'où est-ce que je le dis ?

Car nous avons appris : on ne fait pas

📜 Rachi (2)
אַסֻּובֵּי יָנוֹקָא לְהַחְלִיק סֵדֶר אֲבָרָיו כְּשֶׁהוּא נוֹלָד אֲבָרָיו מִתְפָּרְקִין וְצָרִיךְ לְיַישְּׁבָן:
Asoubei ynouka : lisser l'ordre de ses membres ; quand il naît, ses membres se déboîtent et il faut les remettre en place.
אֲסִיר דְּדָמֵי לְמַתְּקָן:
Il interdit : car cela ressemble à réparer (metaken).
🗂️ Tossefot (1)
אַסֻּובֵּי יָנוֹקָא לָאו הַייְנוּ לִפּוּפֵי יָנוֹקָא דְּשָׁרֵי בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף סו:) וּלְקַמָּן בְּסוֹף חָבִית (שַׁבָּת דַּף קמז:) דְּהַיְינוּ שֶׁכּוֹרְכִין אוֹתוֹ בִּבְגָדִים וְקוֹשְׁרִים בַּחֲגוֹרָה רְחָבָה וְכֵן פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בְּסוֹף מְפַנִּין כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּקְשֵׁי דְּרַב נַחְמָן אַדְּרַב נַחְמָן דְּשָׁרֵי הָתָם לִפּוּפֵי וְהָכָא אָסַר אַסֻּובֵּי וְהָא דִּתְנַן בְּפֶ' חָבִית (שָׁם) אֵין מְעַצְּבִין אֶת הַקָּטָן פָּרֵיךְ לָהּ הָתָם אַהַהִיא דְּלִפּוּפֵי וּמוּקֵי לָהּ בְּחֻומְרֵי שִׁדְרָה דְּמֶיחְזֵי כְּבוֹנֶה וְקָשֶׁה דְּמַייְתִי לָהּ מֵאַיִן עוֹשִׂין אַפִּיקְטְוִיזִין שֶׁהוּא תִּיקּוּנֵי גַּבְרָא כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי מִסֵּיפָא דְּאֵין מְעַצְּבִין אֶת הַקָּטָן דְּהָוֵי נָמֵי תִּקּוּנֵי יָנוֹקָא וְדָמֵי טְפֵי שֶׁהַכֹּל בַּקָּטָן מֵעִנְיַן אַסֻּובֵּי וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם דְּהָכִי נָמֵי מַייְתֵי וּנְקַט רֵישָׁא אֵין עוֹשִׂין אַפִּיקְטְוִיזִין כו' עַד אֵין מְעַצְּבִין:
Asoubei ynouka : il ne s'agit pas de lafoufei ynouka (emmailloter l'enfant), qui est permis au chapitre Bameh icha (plus haut, Chabbat 66b) et plus loin à la fin de Havît (Chabbat 147b), à savoir qu'on l'enveloppe de vêtements et qu'on l'attache avec une large ceinture ; ainsi l'explique le Kountres à la fin de Mefanin, afin que Rav Nahman ne contredise pas Rav Nahman, qui permet là l'emmaillotage et interdit ici asoubei. Et ce que nous avons appris au chapitre Havît (ibid.) : on ne façonne pas le petit, on l'objecte là à propos de l'emmaillotage, et on l'établit pour les vertèbres de la colonne, car cela a l'air de construire. Il est difficile : on le cite de "on ne fait pas d'apiktoizin", qui est une correction de l'adulte, comme l'explique le Kountres ; il aurait dû le citer de la fin, "on ne façonne pas le petit", qui est aussi une correction de l'enfant et plus semblable, puisque tout concerne le petit, comme le sujet d'asoubei. Rabbeinou Tam explique que c'est bien ce qu'il cite : il mentionne le début, "on ne fait pas d'apiktoizin", etc., jusqu'à "on ne façonne pas".
⚖️ Rosh (1)
אֲסוּכֵי יָנוֹקָא רַב נַחְמָן אָסַר וְרַב שֵׁשֶׁת שָׁרֵי וקי"ל כְּרַב נַחְמָן בְּדִינֵי וּכְרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי וַאֲסוּכֵי יָנוֹקָא פירש"י שֶׁמַּחֲלִיקִין לְקָטָן סֵדֶר אֲבָרָיו שֶׁמְּלַפְּפִין אוֹתוֹ וְקוֹשְׁרִין אוֹתוֹ בִּבְגָדִים לְיַישֵּׁר אֲבָרָיו. וצ"ל דְּמַיְירֵי בְּיוֹם שֵׁנִי דְּאִילּוּ בְּיוֹם הַלֵּידָה רַב נַחְמָן גּוּפֵיהּ שָׁרִי לֵיהּ לְקַמָּן בְּסוֹף פ' מְפַנִּין (שַׁבָּת קכט.) ור"ח זַ"ל פִּי' אֲסוּכֵי אַסֻּובֵּי יָנוֹקָא כְּשֶׁנּוֹפֶלֶת עָרְלַת הַגָּרוֹן שֶׁל הַתִּינוֹק הַחַיָּה מְשִׂימָה אֶת אֶצְבָּעָהּ בְּפִיו וּמְסַלֶּקֶת אֶת הָעָרְלָה לִמְקוֹמָהּ וּפְעָמִים שֶׁמֵּקִיא הַתִּינוֹק וּפָרִיךְ וא"ש הָא דְּפָרִיךְ עֲלָהּ וְהָא אֵין עוֹשִׂין אַפִּיקְטוֹזִין:
Asoukhei ynouka : Rav Nahman l'interdit et Rav Sheshet le permet ; et nous tenons comme Rav Nahman en matière de droit civil (dinei) et comme Rav Sheshet en matière d'interdits (issourei). Asoukhei ynouka, Rachi l'explique : on lisse l'ordre des membres du petit, on l'emmaillote et on l'attache dans des vêtements pour redresser ses membres. Il faut dire qu'il s'agit du deuxième jour, car le jour de la naissance, Rav Nahman lui-même le permet plus loin, à la fin du chapitre Mefanin (Chabbat 129a). Et Rabbeinou Hananel z.l. a expliqué asoukhei [ou] asoubei ynouka : quand le cartilage de la gorge du nourrisson tombe, la sage-femme met son doigt dans sa bouche et remet ce cartilage à sa place, et parfois le nourrisson vomit ; ainsi s'explique bien l'objection qu'on soulève : mais on ne fait pas d'apiktoizin (vomitif) !
💡 Explication

Nouvelle discussion : remettre en place les membres du nouveau-né ressemble-t-il à metaken (réparer, achever un objet) ? Rav Nahman interdit, Rav Sheshet permet. La preuve de Rav Nahman, tirée d'une Michna sur les soins du corps, se poursuit au daf 123b.

Le Roch tranche selon Rav Sheshet, la règle étant de suivre Rav Sheshet en matière d'interdits.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).