Shabbat 123b — Le roseau des olives, les outils réservés (kefeida) et l'histoire de l'autorisation de déplacer les ustensiles

Shabbat 123b

Sougya : Le daf achève la discussion entre Rav Nahman et Rav Shesheth sur le fait de redresser les membres d'un nouveau-né le Chabbat. Il étudie ensuite la Michna du roseau servant à retourner les olives : avec un nœud en tête, il reçoit l'impureté, car sa petite cavité sert de réceptacle.

La Michna de Rabbi Yossi exclut du déplacement la grande scie et le soc de charrue, outils que leur propriétaire réserve de peur de les abîmer ; Rav Nahman et Abaye y ajoutent d'autres outils de métier. Une baraita raconte que l'on ne déplaçait d'abord que trois ustensiles, puis que les Sages ont permis par étapes : Abaye et Rava décrivent ces étapes différemment.

Rabbi Hanina situe la restriction initiale à l'époque de Nehemie, et Rabbi Elazar énumère les michnayot enseignées avant cette autorisation.

Les étapes de l'autorisation de déplacer les ustensiles Au début (époque de Nehemie) : trois ustensiles seulement Abaye Rava 1. Usage permis, pour se servir de l'objet (letsorekh goufo) 1. Usage permis, pour l'objet ou pour sa place (goufo / mekomo) 2. Usage permis, pour sa place (letsorekh mekomo) 2. Usage permis, du soleil à l'ombre (mehama letsel) 3. Usage interdit, pour l'objet seulement, et avec une seule main 3. Usage interdit, pour l'objet ou sa place, et par une seule personne 4. Tous les ustensiles, même avec les deux mains 4. Tous les ustensiles, même à deux personnes Sauf la grande scie et le soc de charrue (Rabbi Yossi)
Les quatre étapes de l'autorisation selon Abaye et selon Rava.
Outils que l'on ne déplace pas du tout : la réserve par crainte du dommage Le propriétaire y tient (kafid) et les réserve à leur métier Michna (Rabbi Yossi) grande scie (masar) soc de charrue (yated) Rav Nahman arrosoir des blanchisseurs (oukhla dekatsrei) Abaye couteau du cordonnier couteau du boucher plane du charpentier Interdit même pour son usage et même pour sa place Roch : de même le couteau de mila, le rasoir, le canif du scribe
Les outils réservés, interdits à tout déplacement.
1
אַפִּיקְטְוִיזִין בְּשַׁבָּת. וְרַב שֵׁשֶׁת: הָתָם — לָאו אוֹרְחֵיהּ, הָכָא — אוֹרְחֵיהּ.

... [un] afiktoizin (vomitif) le Chabbat.

Et Rav Shesheth : là-bas, ce n'est pas l'usage ; ici, c'est l'usage.

📜 Rachi (2)
אֲפִיקְטְוִיזִין לְהָקִיא שׁוֹתֶה מַשְׁקִים וּמֵקִיא וְלֹא לִרְפוּאָה אֶלָּא לְהָרִיק אֶת מֵעָיו שֶׁיּוּכַל לֶאֱכֹול וְלִשְׁתּוֹת [הַיּוֹם] הַרְבֵּה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק חָבִית וְאַף עַל גַּב דְּלָא גְּזוּר בָּהּ מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין דְּהָא לָאו לִרְפוּאָה הִיא אָסוּר מִשּׁוּם דִּמְתַקֵּן גַּבְרָא:
Afiktoizin : pour vomir, on boit des liquides et on vomit, non pour se soigner, mais pour vider ses entrailles afin de pouvoir manger et boire beaucoup [ce jour-là], comme nous l'avons dit au chapitre Havît. Et bien qu'on n'ait pas décrété à ce sujet à cause du broyage des substances médicinales, puisque ce n'est pas un remède, c'est interdit parce qu'on répare le corps de l'homme.
הָכָא אוֹרְחֵיהּ וַהֲרֵי הוּא כְּמִי שֶׁמַּאֲכִילוֹ וּמַשְׁקֵהוּ:
Ici, c'est l'usage : c'est comme si on le nourrissait et le faisait boire.
💡 Explication

Fin de la discussion sur le fait de redresser les membres d'un nouveau-né. Rav Nahman l'interdit et s'appuie sur l'interdit du vomitif : on y répare le corps (metaken gavra). Rav Shesheth distingue : boire un vomitif n'est pas une conduite ordinaire, alors que manipuler un nourrisson fait partie des soins habituels, comme le nourrir (Rachi).

2
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מְנָא אֲמִינָא לַהּ — דִּתְנַן: מַחַט שֶׁל יָד — לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ! וְרַב נַחְמָן: הָתָם — פָּקִיד, הָכָא — לָא פְּקִיד.

Rav Shesheth dit : d'où est-ce que je le dis ? Car nous avons appris : une aiguille à coudre [peut être déplacée] pour retirer une épine.

Et Rav Nahman : là-bas, elle est déposée ; ici, ce n'est pas déposé.

📜 Rachi (3)
לִיטּוֹל בָּהּ אֶת הַקּוֹץ אַלְמָא תִּקּוּנֵי גַּבְרָא בְּמִידֵּי דְּלָאו לִרְפוּאָה דְּלֵיכָּא מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין שָׁרִי:
Pour retirer une épine : on voit donc que réparer le corps par un moyen qui n'est pas un remède, et où il n'y a pas [à craindre] le broyage des substances, est permis.
פָּקִיד הַקּוֹץ הַזֶּה אֵינוֹ מְחֻובָּר בּוֹ אֶלָּא מֻופְקָד וְנָתוּן שָׁם וְהוֹצָאָה זוֹ אֵינוֹ תִּיקּוּן:
Déposée : cette épine n'est pas attachée [au corps], elle y est seulement déposée et placée, et la retirer n'est pas une réparation.
הָכָא לָא פְּקִיד וְדָמֵי לִמְלָאכָה שֶׁמְּסַדְּרָן וּמַכְנִיסָן לִמְקוֹם חִבּוּר:
Ici, ce n'est pas déposé : et cela ressemble à un travail, car on remet [les membres] en ordre et on les fait entrer à leur place d'attache.
💡 Explication

Rav Shesheth prouve par la Michna de l'aiguille que l'on peut agir sur le corps sans remède. Rav Nahman rejette la preuve : l'épine est un corps étranger (pakid, déposée) ; redresser les membres modifie le corps lui-même et ressemble à une melakha.

3
מַתְנִי׳ קָנֶה שֶׁל זֵיתִים, אִם יֵשׁ קֶשֶׁר בְּרֹאשׁוֹ — מְקַבֵּל טֻומְאָה, וְאִם לָאו — אֵין מְקַבֵּל טֻומְאָה. בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ — נִיטָּל בְּשַׁבָּת.

MICHNA. Un roseau [servant] aux olives : s'il a un nœud à son extrémité, il reçoit l'impureté ; sinon, il ne reçoit pas l'impureté.

Dans un cas comme dans l'autre, on le déplace le Chabbat.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' קָנֶה שֶׁל זֵיתִים לְאַחַר מְסִיקָתָן צוֹבֵר בְּמַעֲטָן וְשַׁמְנָן מִתְאַסֵּף בְּתוֹכָן וְנוֹחַ לָצֵאת וְיֵשׁ לוֹ קָנֶה לְהַפְּכָן בּוֹ וְלִבְדֹּוק אִם כָּמְרוּ כָּל צָרְכָן וּמַגִּיעָן לְבֵית הַבַּד:
Michna, un roseau aux olives : après les avoir cueillies, on les entasse dans une cuve, leur huile s'y rassemble et sort facilement ; on a un roseau pour les retourner et vérifier si elles ont suffisamment fermenté, et [alors] on les porte au pressoir.
אִם יֵשׁ קֶשֶׁר בְּרֹאשׁוֹ כְּעֵין פְּקָק שֶׁל קָנֶה קוּלְמוֹס:
S'il a un nœud à son extrémité : comme le bouchon d'un roseau à plume.
מְקַבֵּל טֻומְאָה דִּכְלִי הוּא לְפִי שֶׁעָב בְּרֹאשׁוֹ קְצָת:
Il reçoit l'impureté : car c'est un ustensile, puisqu'il est un peu épais à son extrémité.
וְאִם לָאו לָא דָּמֵי לִכְלִי וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
Sinon : il ne ressemble pas à un ustensile ; la Guemara l'explique.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' קָנֶה שֶׁל זֵיתִים אִם יֵשׁ קֶשֶׁר בְּרֹאשׁוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה וְאִם לָאו אֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ נִיטָּל בְּשַׁבָּת. ר' יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת חוּץ מִן הַמַּסָּר הַגָּדוֹל וְיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה:
Michna. Un roseau aux olives : s'il a un nœud à son extrémité, il reçoit l'impureté ; sinon, il ne reçoit pas l'impureté. Dans un cas comme dans l'autre, on le déplace le Chabbat. Rabbi Yossi dit : tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, sauf la grande scie et le soc de la charrue.
💡 Explication

Le roseau sert à retourner les olives entassées pour vérifier qu'elles sont prêtes pour le pressoir. La question de l'impureté (toum'a) dépend de sa forme ; pour le Chabbat, il est de toute façon un ustensile, donc non mouktse.

🖼️ Schéma
Le roseau des olives : impureté et Chabbat Roseau pour retourner les olives Avec un nœud en tête l'huile s'arrête dans le creux on y regarde : c'est un réceptacle Sans nœud tout le tube est ouvert rien ne s'y recueille Reçoit l'impureté Plat (pechouté kli ets) : pure Dans les deux cas : on le déplace le Chabbat, c'est un ustensile
Le roseau avec et sans nœud.
4
גְּמ׳ אַמַּאי? פְּשׁוּטֵי כְלֵי עֵץ הוּא, וּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ אֵינָן מְקַבְּלִין טֻומְאָה, מַאי טַעְמָא? — דֻּומְיָא דְּשַׂק בָּעֵינַן. תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי נְחֶמְיָה: בְּשָׁעָה שֶׁמְּהַפֵּךְ בְּזֵיתִים הוֹפְכוֹ וְרוֹאֶה בּוֹ.

GUEMARA. Pourquoi ?

C'est un ustensile de bois plat, et les ustensiles de bois plats ne reçoivent pas l'impureté. Quelle en est la raison ?

Il nous faut [un objet] semblable au sac. On a enseigné au nom de Rabbi Nehemia : au moment où il retourne les olives, il le retourne et regarde dedans.

📜 Rachi (2)
גְּמ' וְאַמַּאי כִּי יֵשׁ בּוֹ קֶשֶׁר בְּרֹאשׁוֹ נְהִי נָמֵי דְּקֶשֶׁר מְשַׁוֵּי לֵיהּ מָנָא מִיהוּ פְּשׁוּטֵי כְלֵי עֵץ הוּא שֶׁאֲפִילּוּ חָלוּל הוּא אֵין חֲלָלוֹ עָשׂוּי לְקַבֵּל כְּלוּם:
Guemara, pourquoi ? : quand il a un nœud à son extrémité ; admettons que le nœud en fasse un ustensile, c'est pourtant un ustensile de bois plat, car même s'il est creux, son creux n'est pas fait pour recevoir quoi que ce soit.
הוֹפְכוֹ וְרוֹאֶה בַּחֲלַל רֹאשׁוֹ שֶׁמִּשְׁתַּייֵּר שָׁם עַל יְדֵי שֶׁהוּא פָּקוּק בְּקֶשֶׁר מִן הַשֶּׁמֶן הַזָּב מִן הַזֵּיתִים וּבוֹדֵק בּוֹ אִם הִגִּיעוֹ לַעֲצֹור וְזוֹ הִיא לוֹ קַבָּלָה בֶּחָלָל שֶׁלּוֹ וְאִם לָאו. שֶׁאֵין קֶשֶׁר בְּרֹאשׁוֹ. אֵין הַשֶּׁמֶן נִרְאֵית שָׁם מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ פָּקוּק וְכֻולּוֹ חָלָל הִלְכָּךְ לָאו לְקַבֵּל הוּא עָשׂוּי וְהָוֵי פְּשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ וּבֵין כָּךְ וּבֵין כָּךְ. נִיטָּל בְּשַׁבָּת דְּהָא כְּלִי הוּא לַהֲפֹוךְ בּוֹ זֵיתִים:
Il le retourne et regarde : dans le creux de son extrémité, où il reste, grâce au bouchon du nœud, un peu de l'huile qui coule des olives, et il vérifie par là si elles sont prêtes à être pressées ; c'est pour lui un réceptacle dans son creux. Et sinon : qu'il n'a pas de nœud à son extrémité, l'huile n'y paraît pas, car il n'est pas bouche et il est entièrement creux ; il n'est donc pas fait pour recevoir, et c'est un ustensile de bois plat. Dans un cas comme dans l'autre, on le déplace le Chabbat, car c'est un ustensile pour retourner les olives.
💡 Explication

Un ustensile de bois ne reçoit l'impureté que s'il a un réceptacle, par analogie avec le sac cité dans la Torah (Vayikra 11,32). Le nœud retient un peu d'huile dans le creux du roseau : on y regarde pour savoir si les olives sont prêtes. Ce creux compte comme réceptacle.

5
מַתְנִי׳ רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין, חוּץ מִן הַמַּסָּר הַגָּדוֹל וְיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה.

MICHNA. Rabbi Yossi dit : tous les ustensiles se déplacent, sauf la grande scie et le soc de la charrue.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מַסָּר הַגָּדוֹל מְגֵירָה גְּדוֹלָה שֶׁעֲשׂוּיָה לִקְצֹוץ קוֹרוֹת:
Michna, la grande scie : une grande scie faite pour couper des poutres.
וְיָתֵד שֶׁל מֵחֲרִישָׁה הוּא כְּלִי גָּדוֹל הֶעָשׂוּי כְּסַכִּין שֶׁבּוֹ עוֹשִׂין חָרִיץ שֶׁל תֶּלֶם הַמַּעֲנָה קולטר"א בְּלַעַז דְּהָנָךְ קְפִיד עֲלַיְיהוּ וּמְייַחֵד לָהֶם מָקוֹם דְּלָא חֲזוּ לִמְלָאכָה אַחֶרֶת:
Et le soc de la charrue : c'est un grand outil fait comme un couteau, avec lequel on trace le sillon du labour, coultre en langue vernaculaire. Car on tient à ces [outils] et on leur réserve une place, puisqu'ils ne conviennent à aucun autre travail.
💡 Explication

Ces outils sont mouktse mehamat hesron kis (mis à part par crainte d'une perte financière) : leur propriétaire veille à ne pas les abîmer et ne s'en sert pour rien d'autre. On ne les déplace donc pour aucun besoin.

🖼️ Schéma
Outils que l'on ne déplace pas du tout : la réserve par crainte du dommage Le propriétaire y tient (kafid) et les réserve à leur métier Michna (Rabbi Yossi) grande scie (masar) soc de charrue (yated) Rav Nahman arrosoir des blanchisseurs (oukhla dekatsrei) Abaye couteau du cordonnier couteau du boucher plane du charpentier Interdit même pour son usage et même pour sa place Roch : de même le couteau de mila, le rasoir, le canif du scribe
Les outils réservés.
6
גְּמָ׳ אָמַר רַב נַחְמָן: הַאי אוּכְלָא דְּקַצָּרֵי — כְּיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה דָּמְיָא.

GUEMARA. Rav Nahman dit : l'oukhla des blanchisseurs est comparable au soc de la charrue.

📜 Rachi (1)
גְּמ' אוּכְלָא דְּקַצָּרֵי כְּלִי נְחֹושֶׁת הֶעָשׂוּי כְּנָפָה נְקָבִים נְקָבִים וְהוּא שֶׁל כּוֹבְסִים וְנוֹתְנוֹ עַל הַבְּגָדִים וּמְזַלֵּף בּוֹ הַמַּיִם עֲלֵיהֶן וי"מ שֶׁמְּגַמְּרִין מֻוגְמָר מִתַּחְתָּיו וְהַבְּגָדִים מֻונָּחִין עָלָיו וּמִתְגַּמְּרִין דֶּרֶךְ הַנְּקָבִים:
Guemara, l'oukhla des blanchisseurs : un ustensile de cuivre fait comme un tamis, percé de trous ; il appartient aux blanchisseurs, qui le posent sur les vêtements et font gicler l'eau à travers sur eux. D'autres expliquent qu'on brûle de l'encens dessous, les vêtements étant posés dessus, et ils s'imprègnent du parfum par les trous.
7
אָמַר אַבַּיֵּי: חַרְבָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי וְסַכִּינָא דְאַשְׁכָּבְתָּא וַחֲצִינָא דְנַגָּרֵי — כְּיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה דָּמֵי.

Abaye dit : le couteau des cordonniers, le couteau de l'abattoir et la plane des charpentiers sont comparables au soc de la charrue.

📜 Rachi (3)
חַרְבָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי סַכִּין שֶׁל רַצְעָנִין:
Le couteau des cordonniers : un couteau de travailleurs du cuir.
וְסַכִּינָא דְּאַשְׁכָּבְתָּא סַכִּין שֶׁל בֵּית הַמָּקוֹלִין שֶׁהַקַּצָּבִין מְקַצְּבִין בּוֹ בָּשָׂר:
Et le couteau de l'abattoir : le couteau de la boucherie, avec lequel les bouchers découpent la viande.
חֲצִינָא דולויר"א כָּל הָנֵי קָפְדִי עֲלַייְהוּ מִשּׁוּם דְּמִפַּגְמִי וּמַקְצֵי לְהוּ בְּיָדַיִם:
Hatsina : doloire en langue vernaculaire. On tient à tous ceux-là, car ils s'ébrèchent, et on les met à part volontairement.
🗂️ Tossefot (1)
וְסַכִּינָא דְּאַשְׁכָּבְתָּא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס סַכִּין שֶׁהַקַּצָּבִים מְקַצְּבִין בָּהּ בָּשָׂר וי"מ סַכִּין שֶׁשּׁוֹחֲטִין בָּהּ שֶׁמַּקְפִּיד שֶׁלֹּא תִּיפָּגֵם וְיֵשׁ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְטַלְטְלוֹ אַפֵּי' לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ דְּהָוֵי כְּיָתֵד שֶׁל מֵחֲרִישָׁה דְּאַפֵּי' ר"ש מוֹדֶה כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף מְכִילְתִּין (דַּף קְנַז'.):
Et le couteau de l'abattoir : Rachi a expliqué : le couteau avec lequel les bouchers découpent la viande. D'autres expliquent : le couteau avec lequel on fait la chehita (abattage), auquel on tient pour qu'il ne s'ébréché pas. Il faut faire attention à ne pas le déplacer, même pour son usage, car il est comme le soc de la charrue, à propos duquel même Rabbi Shimon est d'accord, comme nous le disons à la fin de notre traité (157a).
💡 Explication

Abaye élargit la liste de Rabbi Yossi à d'autres outils de métier. Selon l'explication rapportée par Tossefot, le couteau de chehita en fait partie : même Rabbi Shimon, qui n'admet généralement pas le mouktse, reconnaît ce cas.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִים שְׁלֹשָׁה כֵּלִים נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת: מִקְצוֹעַ שֶׁל דְּבֵילָה, וְזֻוהֲמָא לִיסְטְרוֹן שֶׁל קְדֵרָה, וְסַכִּין קְטַנָּה שֶׁעַל גַּבֵּי שֻׁלְחָן. הִתִּירוּ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ, עַד שֶׁאָמְרוּ: כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת, חוּץ מִן מַסָּר הַגָּדוֹל וְיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה.

Les Sages ont enseigné : au début, on disait que trois ustensiles se déplacent le Chabbat : le couteau à gâteau de figues, la cuillère à écume de la marmite et le petit couteau qui est sur la table. Ils ont permis, puis ont encore permis, puis ont encore permis, jusqu'à ce qu'ils disent : tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, sauf la grande scie et le soc de la charrue.

📜 Rachi (6)
ג' כֵּלִים וְתוּ לָא וּלְקַמָּן אָמְרִינַן דְּבִימֵי נְחֶמְיָה בֶּן חֲכַלְיָה בְּבַיִת שֵׁנִי גָּזְרוּ עַל טִלְטוּל כָּל הַכֵּלִים כְּדֵי לִגְדֹּור גָּדֵר לְהַחְמִיר בְּאִיסּוּרֵי שַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ מְקִילִּין בָּהּ:
Trois ustensiles : et pas davantage. Plus loin nous dirons qu'aux jours de Nehemie fils de Hakhalia, à l'époque du second Temple, on a décrété [l'interdit] de déplacer tous les ustensiles, pour faire une clôture renforçant les interdits du Chabbat, parce qu'on les traitait avec légèreté.
מִקְצוֹעַ אִיזְמֵל שֶׁמְּחַתְּכִין בּוֹ דְּבֵלָה יַעֲשֵׂהוּ בַּמִּקְצוֹעוֹת מְתַרְגְּמִינַן בְּאִיזְמְלֵיהוֹן (יְשַׁעְיָהוּ מ״ד:י״ג):
Makts'oa : un ciseau avec lequel on coupe le gâteau de figues ; [le verset] "il le travaille avec des makts'ot" est traduit [en araméen] "avec ses ciseaux" (Isaie 44,13).
זֻוהֲמָא לִסְטְרוּן כַּף גְּדוֹלָה שֶׁמְּסַלְּקִין בּוֹ זֻוהֲמָא שֶׁל קְדֵרָה:
Zouhama listeron : une grande cuillère avec laquelle on retire l'écume de la marmite.
וְסַכִּין קָטָן שֶׁחוֹתְכִין בּוֹ לֶחֶם וּבָשָׂר וְאוֹכְלִין דְּהָנֵי תְּדִירִין בְּתַשְׁמִישׁ:
Et le petit couteau : avec lequel on coupe le pain et la viande et on mange ; car ceux-là sont d'un usage constant.
הִתִּירוּ עוֹד כְּשֶׁרָאוּ שֶׁחָזְרוּ לְהִזָּהֵר קְצָת בְּאִיסּוּר שַׁבָּת וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ כְּשֶׁנִּזְהֲרוּ יוֹתֵר וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי כּוּלְּהוּ הָנָךְ הִתִּירוּ:
Ils ont permis : encore, quand ils ont vu qu'on avait recommencé à être un peu attentif à l'interdit du Chabbat ; puis ils ont encore permis quand on a été plus attentif ; puis encore. Plus loin [la Guemara] explique en quoi consistaient toutes ces autorisations.
עַד שֶׁאָמְרוּ עוֹד חָזְרוּ וְהִתִּירוּ אֶת הַכֹּל עַד שֶׁאָמְרוּ הַכֹּל נִיטָּלִין חוּץ מִן הַמַּסָּר הַגָּדוֹל כו':
Jusqu'à ce qu'ils disent : ils ont encore permis le tout, jusqu'à ce qu'ils disent : tout se déplace sauf la grande scie, etc.
🗂️ Tossefot (1)
מִקְצוֹעַ שֶׁל דְּבֵילָה לָא חֲשִׁיב אֶלָּא כֵּלִים דְּלָאו בְּנֵי קִיבּוּל דְּהָא פְּשִׁיטָא דְּכוֹסוֹת וּקְעָרוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת הָיוּ מְטַלְטְלִין:
Le couteau à gâteau de figues : [la baraita] ne compte que les ustensiles qui n'ont pas de réceptacle, car il est évident que les coupes, les plats et les fioles, on les déplaçait.
💡 Explication

La baraita retrace une évolution historique : une restriction sévère, puis des allégements successifs à mesure que le peuple respectait mieux le Chabbat. Tossefot précise que les récipients ordinaires (coupes, plats) étaient toujours permis ; la liste ne vise que les ustensiles sans réceptacle.

🖼️ Schéma
Les étapes de l'autorisation de déplacer les ustensiles Au début (époque de Nehemie) : trois ustensiles seulement Abaye Rava 1. Usage permis, pour se servir de l'objet (letsorekh goufo) 1. Usage permis, pour l'objet ou pour sa place (goufo / mekomo) 2. Usage permis, pour sa place (letsorekh mekomo) 2. Usage permis, du soleil à l'ombre (mêhama letsêl) 3. Usage interdit, pour l'objet seulement, et avec une seule main 3. Usage interdit, pour l'objet ou sa place, et par une seule personne 4. Tous les ustensiles, même avec les deux mains 4. Tous les ustensiles, même à deux personnes Sauf la grande scie et le soc de charrue (Rabbi Yossi)
Les étapes de l'autorisation.
9
מַאי הִתִּירוּ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ?

Qu'est-ce que : ils ont permis, puis ont encore permis, puis ont encore permis ?

10
אָמַר אַבַּיֵּי: הִתִּירוּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר, לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ — אִין, לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ — לָא. וַעֲדַייִן בְּיָדוֹ אַחַת — אִין, בִּשְׁתֵּי יָדָיו — לֹא, עַד שֶׁאָמְרוּ: כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת, וַאֲפִילּוּ בִּשְׁתֵּי יָדַיִם.

Abaye dit : ils ont permis un objet dont l'usage est permis, pour le besoin de l'objet lui-même ; puis ils ont encore permis un objet dont l'usage est permis, pour le besoin de sa place ; puis ils ont encore permis un objet dont l'usage est interdit : pour le besoin de l'objet lui-même, oui ; pour le besoin de sa place, non. Et encore : d'une seule main, oui ; des deux mains, non ; jusqu'à ce qu'ils disent : tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, même des deux mains.

📜 Rachi (4)
הִתִּירוּ לְטַלְטֵל דָּבָר שֶׁעִיקַּר מְלַאכְתּוֹ בְּחוֹל לְהֶיתֵּר לְדָבָר הַמֻּותָּר בְּשַׁבָּת הִתִּירוּ לְטַלְטֵל לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אִם הֻוצְרַךְ לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּגוּף הַכְּלִי אֲבָל לֹא מִשּׁוּם שֶׁהֻוצְרַךְ לִמְקוֹמוֹ:
Ils ont permis : de déplacer un objet dont l'usage principal en semaine est permis, pour une chose permise le Chabbat ; ils ont permis de le déplacer pour le besoin de l'objet, si l'on a besoin de se servir de l'ustensile lui-même, mais pas parce qu'on a besoin de sa place.
וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ אֶת אֵלּוּ לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ:
Puis ont encore permis : ceux-là, pour le besoin de leur place.
וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ אַף מִי שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר וְהֻוצְרַךְ לוֹ בְּשַׁבָּת לְגוּפוֹ לִמְלֶאכֶת הֶיתֵּר וּמִיהוּ לֹא הֻותְּרוּ אֵלּוּ לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ:
Puis ont encore permis même ce dont l'usage est interdit : si l'on en a besoin le Chabbat pour l'objet lui-même, pour un travail permis ; mais ceux-là n'ont pas été permis pour le besoin de leur place.
כָּל הַכֵּלִים הַלָּלוּ שֶׁאָמַרְנוּ חוּץ מִן הַמַּסָּר הַגָּדוֹל דְּלָא שָׁרִי לֹא לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וְלֹא לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ וְאַבַּיֵּי דִּמְתָרֵץ הָכִי הָדַר בֵּיהּ לְגַבֵּי רַבָּה דְּאָמַר לְעֵיל קוּרְנָס שֶׁל נַפָּחִים שָׁנִינוּ דְּדָבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר שָׁרִי לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ:
Tous les ustensiles : ceux que nous avons dits, sauf la grande scie, qui n'est permise ni pour le besoin de l'objet ni pour le besoin de sa place. Et Abaye, qui explique ainsi, s'est rangé à l'avis de Rabba, qui a dit plus haut : c'est le marteau des forgerons que nous avons appris, [ce qui montre] qu'un objet dont l'usage est interdit est permis pour le besoin de l'objet lui-même.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר אַבָּיֵי חַרְבָּא דְּאֻושְׁכָּפֵי וְסַכִּינָא דְּאַשְׁכָּבְתָּא וַחֲצִינָא דְּנַגָּרֵי כְּיָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה דָּמֵי. טַעְמָא דְּהָנֵי מִשּׁוּם דְּקָפְדִי עֲלַייְהוּ שֶׁלֹּא יִפָּגְמוּ וְכֵן נָמֵי סַכִּין שֶׁל מִילָה וְאִיזְמֵל שֶׁל סַפָּרִין וְסַכִּין שֶׁל סוֹפְרִים שֶׁמְּתַקְּנִין בָּהֶן קוּלְמוֹסִין כֵּיוָן שֶׁמַּקְפִּידִין מִלַּעֲשׂוֹת בָּהֶן תַּשְׁמִישׁ אַחֵר אָסוּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת:
Guemara. Abaye dit : le couteau des cordonniers, le couteau de l'abattoir et la plane des charpentiers sont comparables au soc de la charrue. La raison de ceux-là est qu'on y tient, pour qu'ils ne s'ébrèchent pas. De même aussi le couteau de la mila, le rasoir des barbiers et le canif des scribes, avec lequel ils taillent les plumes : puisqu'on évite d'en faire un autre usage, il est interdit de les déplacer le Chabbat.
💡 Explication

Deux distinctions techniques : letsorekh goufo (pour se servir de l'objet lui-même) et letsorekh mekomo (pour libérer la place qu'il occupe). Selon Abaye, l'objet à usage interdit (kli chemelakhto le-issour) reste permis seulement pour son usage, jamais pour sa place, et d'abord avec une seule main.

Le Roch, placé ici par l'édition, étend la règle d'Abaye (segment 6) aux instruments de précision : couteau de mila, rasoir, canif du scribe.

🖼️ Schéma
Les étapes de l'autorisation de déplacer les ustensiles Au début (époque de Nehemie) : trois ustensiles seulement Abaye Rava 1. Usage permis, pour se servir de l'objet (letsorekh goufo) 1. Usage permis, pour l'objet ou pour sa place (goufo / mekomo) 2. Usage permis, pour sa place (letsorekh mekomo) 2. Usage permis, du soleil à l'ombre (mêhama letsêl) 3. Usage interdit, pour l'objet seulement, et avec une seule main 3. Usage interdit, pour l'objet ou sa place, et par une seule personne 4. Tous les ustensiles, même avec les deux mains 4. Tous les ustensiles, même à deux personnes Sauf la grande scie et le soc de charrue (Rabbi Yossi)
Colonne de gauche : Abaye.
11
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: מִכְּדֵי ״הִתִּירוּ״ קָתָנֵי, מַה לִּי לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ, מַה לִּי לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ? אֶלָּא אָמַר רָבָא: הִתִּירוּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר בֵּין לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּבֵין לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ, וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ מֵחַמָּה לַצֵּל. וְחָזְרוּ וְהִתִּירוּ דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר, לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּלְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ — אִין, מֵחַמָּה לְצֵל — לָא. וַעֲדַייִן, בְּאָדָם אֶחָד — אִין, בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם — לֹא, עַד שֶׁאָמְרוּ: כָּל הַכֵּלִים נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת, אֲפִילּוּ בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם.

Rava lui dit : puisque [la baraita] enseigne "ils ont permis", quelle différence y a-t-il pour moi entre le besoin de l'objet lui-même et le besoin de sa place ? Rava dit donc : ils ont permis un objet dont l'usage est permis, aussi bien pour le besoin de l'objet que pour le besoin de sa place ; puis ils ont encore permis [de le déplacer] du soleil à l'ombre ; puis ils ont encore permis un objet dont l'usage est interdit : pour le besoin de l'objet et pour le besoin de sa place, oui ; du soleil à l'ombre, non.

Et encore : par une seule personne, oui ; par deux personnes, non ; jusqu'à ce qu'ils disent : tous les ustensiles se déplacent le Chabbat, même par deux personnes.

📜 Rachi (4)
א"ל רָבָא מִכְּדֵי לְצֹורֶךְ הִתִּירוּ בְּפַעַם רִאשׁוֹנָה:
Rava lui dit, puisque : c'est pour un besoin qu'ils ont permis la première fois.
מַה לִי גּוּפוֹ מַה לִי מְקוֹמוֹ תַּרְוַוייְהוּ צֹורֶךְ נִינְהוּ:
Quelle différence entre l'objet et sa place : l'un et l'autre sont des besoins.
מֵחַמָּה לְצֵל שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לוֹ עַכְשָׁיו לֹא לְגוּפוֹ וְלֹא לִמְקוֹמוֹ אֶלָּא חָס עָלָיו שֶׁמָּא יִתְבַּקַּע בַּחַמָּה:
Du soleil à l'ombre : quand on n'en a besoin maintenant ni pour l'objet ni pour sa place, mais qu'on le ménage de peur qu'il ne se fende au soleil.
עַד שֶׁאָמְרוּ הַייְנוּ עוֹד הֶיתֵּר אַחַרְיַנָא כָּל הַכֵּלִים אַפֵּי' גְּדוֹלִים וּמִיהוּ לְכִדְאוֹקֵימְנָא שֶׁל הֶיתֵּר אַפֵּי' מֵחַמָּה לְצֵל וְשֶׁל אִיסּוּר לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ אוֹ מְקוֹמוֹ:
Jusqu'à ce qu'ils disent : c'est encore une autre autorisation : tous les ustensiles, même grands ; mais selon ce que nous avons établi : celui à usage permis, même du soleil à l'ombre, et celui à usage interdit, pour le besoin de l'objet ou de sa place.
💡 Explication

Rava objecte qu'un "besoin" est un besoin : la première autorisation couvrait déjà l'objet et sa place. Il ajoute une catégorie : déplacer un objet du soleil à l'ombre (mêhama letsêl), sans besoin immédiat, pour le protéger. Cela reste interdit pour l'objet à usage interdit. La dernière étape porte sur les ustensiles lourds, portés à deux.

🖼️ Schéma
Les étapes de l'autorisation de déplacer les ustensiles Au début (époque de Nehemie) : trois ustensiles seulement Abaye Rava 1. Usage permis, pour se servir de l'objet (letsorekh goufo) 1. Usage permis, pour l'objet ou pour sa place (goufo / mekomo) 2. Usage permis, pour sa place (letsorekh mekomo) 2. Usage permis, du soleil à l'ombre (mêhama letsêl) 3. Usage interdit, pour l'objet seulement, et avec une seule main 3. Usage interdit, pour l'objet ou sa place, et par une seule personne 4. Tous les ustensiles, même avec les deux mains 4. Tous les ustensiles, même à deux personnes Sauf la grande scie et le soc de charrue (Rabbi Yossi)
Colonne de droite : Rava.
12
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: מְדוֹכָה, אִם יֵשׁ בָּהּ שׁוּם — מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ, וְאִם לָאו — אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ? הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — מֵחַמָּה לְצֵל. אַיְּתִיבֶיהָ: וְשָׁוִין שֶׁאִם קִצֵּב עָלָיו בָּשָׂר שֶׁאָסוּר לְטַלְטְלוֹ? הָכָא נָמֵי מֵחַמָּה לַצֵּל.

Abaye lui objecta : un mortier, s'il contient de l'ail, on le déplace ; sinon, on ne le déplace pas. Ici, de quoi s'agit-il ?

Du soleil à l'ombre. Il lui objecta : et ils sont d'accord que s'il y a découpé de la viande, il est interdit de le déplacer ?

Ici aussi, du soleil à l'ombre.

📜 Rachi (1)
אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ בִּשְׁלָמָא לְדִידִי אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָהּ לְצֹורֶךְ מְקוֹמָהּ קָאָמַר אֶלָּא לְדִידָךְ אַמַּאי:
On ne le déplace pas : c'est bien selon moi : on ne le déplace pas pour le besoin de sa place, dit-on ; mais selon toi, pourquoi ?
🗂️ Tossefot (2)
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי מְדוֹכָה בִּשְׁלָמָא לְדִידִי מוֹקְמִינַן לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ וה"מ לְשַׁנּוֹיֵי כַּר' נְחֶמְיָה כִּדְשַׁנִּי לְעֵיל וְאַבַּיֵּי נָמֵי הֲוָה יָדַע דְּהָא מְשַׁנֵּי לֵיהּ רַבָּה הָכִי לְעֵיל אֶלָּא פָּרֵיךְ לְרָבָא אוּלַי יֹאמַר תֵּירוּץ אַחֵר וְרָבָא לָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי כַּר' נְחֶמְיָה דְּלֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ וְרַבָּה דִּמְשַׁנֵּי לֵיהּ כַּר' נְחֶמְיָה מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע לֵיהּ אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָם בְּשׁוּם עִנְיָן:
Abaye lui objecta, un mortier : c'est bien selon moi, nous l'établissons [dans le cas] du besoin de sa place. [Abaye] aurait aussi pu répondre selon Rabbi Nehemia, comme on a répondu plus haut, et Abaye le savait aussi, puisque Rabba lui avait répondu ainsi plus haut. Mais il objecte à Rava, qui pourrait donner une autre réponse ; et Rava ne veut pas répondre selon Rabbi Nehemia, parce que la halakha n'est pas comme lui. Rabba, lui, lui a répondu selon Rabbi Nehemia, parce qu'il comprenait "on ne les déplace pas" en aucun cas.
הָכָא נָמֵי מֵחַמָּה לַצֵּל וְהָא דִּנְקַט לְקַצֵּב עָלָיו בָּשָׂר אע"ג דִּלְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וּמְקוֹמוֹ נָמֵי שָׁרִי לְאַשְׁמְעִינַן דַּאֲפִילּוּ בְּהָא פְּלִיגִי ב"ש דְּלָא שָׁרוּ מֵחֲמַת שִׂמְחַת יו"ט:
Ici aussi, du soleil à l'ombre : et s'il a cité [le cas] où l'on a découpé de la viande dessus, bien que ce soit permis aussi pour le besoin de l'objet et de sa place, c'est pour nous apprendre que même dans ce cas, Beit Chammai divergent : ils ne le permettent pas en raison de la joie du Yom Tov.
💡 Explication

Abaye cite deux textes où le mortier (objet à usage interdit) ne se déplace pas. Pour Abaye, cela s'explique : on ne le déplace pas pour sa place. Rava, qui permet l'objet et la place, répond que ces textes parlent du déplacement du soleil à l'ombre.

13
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: בִּימֵי נְחֶמְיָה בֶּן חֲכַלְיָה נִשְׁנֵית מִשְׁנָה זוֹ, דִּכְתִיב: ״בַּיָּמִים הָהֵמָּה רָאִיתִי בִיהוּדָה דֹּורְכִים גִּתּוֹת בַּשַּׁבָּת וּמְבִיאִים הָעֲרֵימוֹת״.

Rabbi Hanina dit : cette michna a été enseignée aux jours de Nehemie fils de Hakhalia, comme il est écrit : "En ces jours-là, je vis en Juda des gens qui foulaient les pressoirs le Chabbat et apportaient des tas [de gerbes]".

📜 Rachi (1)
מִשְׁנָה זוֹ דִּלְעֵיל בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ אוֹמְרִין ג' כֵּלִים וְתוּ לָא מִשּׁוּם דְּהָווּ מְזַלְזְלִים בְּשַׁבָּתוֹת דִּכְתִיב בַּיָּמִים הָהֵמָּה וְגוֹ':
Cette michna : celle de plus haut, "au début on disait trois ustensiles" et pas davantage, parce qu'ils méprisaient les Chabbatot, comme il est écrit : "En ces jours-là", etc.
💡 Explication

La restriction initiale est une gezera de circonstance (Nehemie 13,15) : face au mépris du Chabbat, on a interdit de déplacer presque tous les ustensiles, pour que le peuple réapprenne la vigilance.

14
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: קִנְיָן, וּמַקְלוֹת, גְּלוּסְטְרָא, וּמְדוֹכָה — כֻּולָּן קֹודֶם הַתָּרַת כֵּלִים נִשְׁנוּ.

Rabbi Elazar dit : les baguettes, les bâtons, la gloustra et le mortier : [les michnayot à leur sujet] ont toutes été enseignées avant l'autorisation des ustensiles.

📜 Rachi (2)
קָנִים וּמַקְלוֹת כו' מִשְׁנָיוֹת הֵן כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל:
Les baguettes, les bâtons, etc. : ce sont des michnayot, comme [la Guemara] l'explique ensuite.
קֹודֶם הַתָּרַת כֵּלִים מִנַּיִן הָאַחֲרוֹן שֶׁהֻותְּרוּ כֻּולָּן לְצֹורֶךְ גּוּפָן לְאַבַּיֵּי וּלְרָבָא אַף לְצֹורֶךְ מְקוֹמוֹ:
Avant l'autorisation des ustensiles : [avant] la dernière décision, où ils ont tous été permis pour le besoin de l'objet selon Abaye, et selon Rava aussi pour le besoin de leur place.
💡 Explication

Rabbi Elazar résout des contradictions : certaines michnayot interdisent des objets pourtant permis selon la règle finale. Elles datent de l'époque des restrictions. La Guemara les cite une à une.

15
קִנְיָן — דִּתְנַן: לֹא סִידּוּר הַקָּנִין וְלֹא נְטִילָתָן דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת.

Les baguettes, car nous avons appris : ni la disposition des baguettes ni leur retrait ne repoussent le Chabbat.

📜 Rachi (3)
לֹא סִידּוּר הַקָּנִים שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין בְּמַעֲרֶכֶת לֶחֶם הַפָּנִים בֵּין חַלָּה לְחַלָּה לְהַפְרִידָן לִיכָּנֵס הָרוּחַ בֵּינֵיהֶן שֶׁלֹּא יִתְעַפְּשׁוּ:
Ni la disposition des baguettes : qu'on plaçait dans la rangée des pains de proposition, entre un pain et l'autre, pour les séparer, afin que l'air passe entre eux et qu'ils ne moisissent pas.
וְלֹא נְטִילָתָן מִן הַמַּעֲרָכָה יְשָׁנָה:
Ni leur retrait : de l'ancienne rangée.
דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת אֶלָּא נִכְנָס בע"ש וְנוֹטֵל הַקָּנִים וּלְמָחָר מְסַלֵּק הַמַּעֲרָכָה הַיְּשָׁנָה וּמְסַדֵּר הַחֲדָשָׁה בְּלֹא קָנִים וּלְמוֹצָאֵי שַׁבָּת נִכְנָס וְנוֹתֵן הַקָּנִים בֵּינֵיהֶן זוֹ נִשְׁנֵית קֹודֶם הֶיתֵּר מִנְיָן הָרִאשׁוֹן דְּהָא מְלַאכְתָּן לְהֶיתֵּר וְקָאָסַר לְהוּ לְצֹורֶךְ גּוּפָן:
Ne repoussent le Chabbat : mais on entre la veille du Chabbat et on retire les baguettes ; le lendemain on enlève l'ancienne rangée et on dispose la nouvelle sans baguettes ; à la sortie du Chabbat on entre et on place les baguettes entre eux. Ceci a été enseigné avant l'autorisation de la première étape, car leur usage est permis, et pourtant on les interdit pour le besoin de l'objet.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא סִידּוּר קָנִים אע"ג דְּאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ כַּמָּה שְׁבוּתִים אַשְׁכְּחַן בַּמִּקְדָּשׁ שֶׁגָּזְרוּ פְּעָמִים לְצֹורֶךְ כִּי הָכָא בְּקָנִים וּמַקְלוֹת לְפִי שֶׁהָיוּ מְחַלְּלִים אֶת הַשַּׁבָּת:
Ni la disposition des baguettes : bien qu'il n'y ait pas de chevout (interdit rabbinique) au Temple, nous trouvons plusieurs chevoutim qu'on a décrétés au Temple, parfois pour une raison, comme ici pour les baguettes et les bâtons, parce qu'on profanait le Chabbat.
💡 Explication

Au Temple, des baguettes d'or séparaient les pains de proposition (le'hem hapanim). Leur déplacement pour leur usage était interdit, preuve que la michna date d'avant la première autorisation. Tossefot note que la règle "pas de chevout au Temple" connaît des exceptions de ce type.

16
מַקְלוֹת — דִּתְנַן: מַקְלוֹת דַּקִּין חֲלָקִין הָיוּ שָׁם, וּמַנִּיחוֹ עַל כְּתֵפוֹ וְעַל כֶּתֶף חֲבֵירוֹ, וְתוֹלֶה וּמַפְשִׁיט. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אַרְבָּעָה עָשָׂר שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, מַנִּיחַ

Les bâtons, car nous avons appris : il y avait là des bâtons minces et lisses ; on le pose sur son épaule et sur l'épaule de son compagnon, on suspend [l'agneau] et on l'écorche. Rabbi Elazar dit : [si] le quatorze [Nissan] tombe un Chabbat, on pose

📜 Rachi (1)
מְקִלִּין דַּקִּין וַחֲלָקִין הָיוּ בָּעֲזָרָה בְּפֶסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת י"ד בְּחוֹל:
Il y avait des bâtons minces et lisses : dans le parvis, à Pessa'h, quand le quatorze tombait un jour de semaine.
💡 Explication

Pour écorcher l'agneau pascal, deux personnes portaient un bâton sur l'épaule et y suspendaient la bête. Le Chabbat, on ne se servait pas des bâtons : la phrase de Rabbi Elazar se poursuit au daf 124a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).