Sougya : La Guemara achève la discussion sur les buts du déplacement (tiltoul) : pour se servir de l'objet (tsorekh goufo), pour libérer sa place (tsorekh mekomo), pour le protéger du soleil (méhama lêtsel) ou du vol. Rav se range à l'avis de Rava, ce qu'illustrent la houe, le filet de Rav Kahana, les coussins de Rav Mari bar Rahel et les balais de laine ou de palme.
Puis s'ouvre le chapitre Kol hakelim : les débris d'un ustensile se déplacent s'ils servent encore à quelque chose (les Sages) ou à un usage semblable au premier (Rabbi Yehouda). Chmouel situe la divergence dans le cas d'un bris survenu pendant Chabbat (mouhan ou nolad) ; trois baraitot sur le feu de Yom Tov sont attribuées à Rabbi Yehouda, Rabbi Chimon et Rabbi Nehemia.
Le daf se termine sur les briques restantes, le petit tesson (Chmouel, Rav Nahman, Rava) et le bouchon d'argile brisé.
On ne sort ni l'enfant, ni le loulav, ni le rouleau de la Torah dans le domaine public ; et Beit Hillel le permettent.
Citation de la michna de Beitsa (12a) : pour Beit Chammai, la sortie d'un domaine à l'autre n'est permise à Yom Tov que pour la nourriture ; Beit Hillel la permettent aussi sans ce besoin. La Guemara s'en sert pour discuter la position de Beit Chammai sur le déplacement (tiltoul).
Dis que tu les as entendus, Beit Chammai, [interdire] la sortie ; le déplacement (tiltoul), les as-tu entendus [l'interdire] ? Et le déplacement lui-même, n'est-il pas [interdit] à cause de la sortie ?!
L'objection distingue hotsaa (sortie d'un domaine à l'autre) et tiltoul (déplacement à l'intérieur d'un domaine). La réponse : l'interdit rabbinique du tiltoul a été établi à cause de la hotsaa ; qui est strict sur l'une l'est aussi sur l'autre.
Et Rav aussi est de l'avis de Rava. Car Rav a dit : une houe (mar), [la déplacer] pour qu'on ne la vole pas, c'est un déplacement sans nécessité, et c'est interdit.
La raison est : pour qu'on ne la vole pas ; mais pour le besoin de l'objet lui-même et pour le besoin de sa place, c'est permis.
La houe est un kli chemelakhto léissour (ustensile dont l'usage normal est interdit le Chabbat). Rav l'interdit seulement pour la protéger du vol ; on en déduit qu'il permet de la déplacer letsorekh goufo (pour s'en servir) et letsorekh mekomo (pour libérer sa place), comme Rava.
Est-ce vrai ?! Pourtant Rav Kahana arriva chez Rav, et [Rav] dit : apportez un filet pour Kahana, qu'il s'asseye dessus.
N'est-ce pas pour dire qu'un objet dont l'usage est interdit, pour le besoin de l'objet lui-même, oui ; pour le besoin de sa place, non ?!
Rav précise que le filet sert de siège : on en déduit qu'il ne permettrait pas de le déplacer pour sa place, contrairement à Rava.
Voici ce qu'il leur a dit : enlevez le filet de devant Kahana. Et si tu veux, dis : là-bas, c'était [un cas] du soleil à l'ombre.
Deux réponses : (1) Rav a en réalité demandé d'enlever le filet, ce qui est un tsorekh mekomo ; (2) le filet était au soleil, et Rav a précisé l'usage comme siège pour qu'on ne croie pas qu'il le déplaçait méhama lêtsel, ce qui reste interdit.
Rav Mari bar Rahel avait des coussins de feutre au soleil. Il vint devant Rava et lui dit : peut-on les déplacer ?
Il lui dit : c'est permis. - J'en ai d'autres. - Ils conviennent pour des invités. - J'en ai aussi pour les invités. Il lui dit : tu as révélé ta pensée, que tu es de l'avis de Rabba.
Pour tout le monde c'est permis ; pour toi, c'est interdit.
Les coussins sont un kli chemelakhto léhéter : selon Rava, on peut les déplacer même méhama lêtsel. Rav Mari insiste qu'il n'en a aucun besoin : il montre ainsi qu'il tient l'avis plus strict de Rabba. Rava lui interdit donc d'agir contre sa propre opinion.
Rabbi Abba a dit au nom de Rabbi Hiya bar Achi, au nom de Rav : les balais (mekhabdot) de tissu fin (milat), il est permis de les déplacer le Chabbat ; mais ceux de palme (tamara), non.
Le balai de tissu sert à la table : usage permis. Le balai de palme sert à balayer le sol, ce qui comble des creux (achvaat goumot) ; même Rabbi Chimon, qui permet le davar cheeino mitkaven, l'interdit car la conséquence est inévitable (psik reicha). C'est donc un objet à usage interdit.
Le Roch cite ici sa conclusion du chapitre Hamatsnia : on permet d'asperger le sol, jamais de le balayer.
Rabbi Elazar dit : même ceux de palme. De quoi parlons-nous ?
Si tu dis : pour le besoin de l'objet lui-même et pour le besoin de sa place, dans ce cas Rav dirait-il : ceux de palme, non ? Rav n'est-il pas de l'avis de Rava ?
Mais [s'il s'agit] du soleil à l'ombre, dans ce cas Rabbi Elazar dirait-il : même ceux de palme ? En réalité, [il s'agit] du soleil à l'ombre ; dis : et ainsi a dit Rabbi Elazar.
Le dilemme : si le cas est goufo / mekomo, Rav ne pourrait interdire le balai de palme ; si c'est méhama lêtsel, Rabbi Elazar ne pourrait le permettre. On corrige donc le texte : Rabbi Elazar est d'accord avec Rav ("et ainsi a dit").
MICHNA. Tous les ustensiles que l'on déplace le Chabbat, leurs débris se déplacent avec eux, à condition qu'ils puissent servir à une sorte d'usage.
Début du chapitre Kol hakelim. Un débris reste un kli (ustensile) s'il sert à quelque chose ; sinon, il est mouktse (exclu du déplacement).
Les débris d'un pétrin, pour en couvrir l'ouverture d'un tonneau ; les débris de verre, pour en couvrir l'ouverture d'une fiole.
Rabbi Yehouda dit : à condition qu'ils puissent servir à un usage semblable au leur : les débris d'un pétrin, pour y verser de la bouillie (mikpa), et ceux de verre, pour y verser de l'huile.
Rabbi Yehouda exige que le débris garde une fonction proche de celle de l'ustensile d'origine (meein melakhtan) ; le tanna kamma se contente d'une fonction quelconque (meein melakha).
GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la divergence [porte sur des ustensiles] brisés la veille de Chabbat : l'un pense qu'un usage semblable au leur, oui ; un usage semblable à un autre travail, non.
Et l'autre pense : même un usage semblable à un autre travail.
Mais s'ils se sont brisés pendant Chabbat, tous s'accordent qu'ils sont permis : puisqu'ils étaient prêts par le biais de leur "père" (l'ustensile entier), c'est permis.
Première version de Chmouel : à l'entrée de Chabbat, le débris faisait partie d'un ustensile déplaçable ; il est donc mouhan (préparé) agav avihen (par son "père").
Rav Zoutra objecta : on chauffe (le four, à Yom Tov) avec des ustensiles, et on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles.
Brisés quand ? Si tu dis : brisés la veille de Yom Tov, ce ne sont que du simple bois !
C'est donc [brisés] à Yom Tov, et on enseigne : on chauffe avec des ustensiles et on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles !
La baraita montre que des débris survenus pendant la fête sont nolad et interdits : cela contredit la première version de Chmouel, selon laquelle tous les permettraient.
Mais si cela a été dit, voici comment cela a été dit : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la divergence [porte sur des ustensiles] brisés pendant Chabbat : l'un pense que c'est préparé (mouhan), et l'autre pense que c'est nouveau (nolad). Mais [brisés] la veille de Chabbat, tous s'accordent qu'ils sont permis, puisqu'ils ont été préparés pour un usage alors qu'il faisait encore jour.
Seconde version, retenue : les Sages tiennent le débris pour mouhan ; Rabbi Yehouda, pour nolad, sauf s'il garde un usage semblable, auquel cas il reste le même objet. Brisés avant Chabbat, les débris sont prêts de jour pour toute fonction.
Une [baraita] enseigne : on chauffe avec des ustensiles, et on ne chauffe pas avec des débris d'ustensiles. Une autre enseigne : de même qu'on chauffe avec des ustensiles, on chauffe avec des débris d'ustensiles.
Et une autre enseigne : on ne chauffe ni avec des ustensiles ni avec des débris d'ustensiles.
Celle-ci est de Rabbi Yehouda, celle-là de Rabbi Chimon, celle-ci de Rabbi Nehemia.
Trois baraitot, trois positions : Rabbi Yehouda (nolad interdit), Rabbi Chimon (ni mouktse ni nolad), Rabbi Nehemia (un ustensile ne se déplace que pour sa fonction propre). Voir le schéma de synthèse.
Rav Nahman a dit : ces briques qui sont restées d'une construction, il est permis de les déplacer, car elles conviennent pour s'asseoir dessus. Si on les a empilées, on les a certainement mises de côté (akstinhou).
La destination fixée par le propriétaire décide du statut : restés épars, les briques servent de sièges ; empilées, elles sont réservées à bâtir et deviennent mouktse.
Rav Nahman a dit au nom de Chmouel : un petit tesson, il est permis de le déplacer dans la cour, mais dans une karmelit, non. Et Rav Nahman lui-même a dit : même dans une karmelit, mais dans le domaine public, non.
Et Rava a dit : même dans le domaine public.
Le statut du tesson dépend de l'usage disponible là où il se trouve. Pour Rava, ce qui est un ustensile dans la cour le reste partout. Il s'agit de déplacer à l'intérieur d'un même domaine, en dessous de quatre coudées dans le domaine public.
Et Rava suit son raisonnement. Car Rava marchait dans la rue (ritka) de Mehoza, et ses chaussures se salirent de boue.
Son serviteur vint, prit un tesson et le nettoya. Les Sages élevèrent la voix contre lui.
[Rava] dit : ne leur suffit-il pas de ne pas avoir appris, faut-il encore qu'ils enseignent ?! Si [le tesson] était dans une cour, ne conviendrait-il pas pour couvrir un récipient ?
Ici aussi, il me convient à moi.
Rava applique sa règle : le tesson, utile dans une cour, garde le statut de kli même dans le domaine public (ritka) ; son serviteur pouvait donc s'en servir pour nettoyer ses chaussures.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le bouchon (megoufa) d'un tonneau qui a été brisé, il est permis de le déplacer le Chabbat. On a enseigné de même : un bouchon [dont le tonneau] a été brisé, lui et ses débris, il est permis de le déplacer le Chabbat ; et on n'en détachera pas un morceau pour en couvrir un récipient ou pour caler les pieds du lit.
Et si on l'a jeté au dépotoir, c'est interdit.
Le bouchon et les débris gardent le statut de kli. Deux limites : ne pas les façonner (makeh bepatich, le coup final qui achève un objet) et ne pas les déplacer une fois jetés au dépotoir, geste qui annule leur destination.
Rav Papa objecta : s'il en est ainsi, [si] on jette son manteau [au dépotoir], est-ce aussi interdit ?! Mais Rav Papa a dit :
Un manteau jeté reste un vêtement utilisable : l'intention de s'en débarrasser ne suffit pas à en annuler l'usage. La réponse de Rav Papa se poursuit au daf 125a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).