Sougya : Le daf poursuit l'examen des débris d'ustensiles (chevarim) que l'on peut déplacer le Chabbat. Chmouel permet les restes d'une natte, utiles pour couvrir une saleté, et Rav interdit les petits chiffons de moins de trois doigts sur trois.
Une baraita oppose Rabbi Meir, qui permet de déplacer les tessons d'un four ancien, à Rabbi Yehouda, qui l'interdit. Abaye, Rava et Rav Ashi proposent trois explications de ce désaccord ; celle de Rava passe par la mahloket sur le four posé sur l'ouverture d'une fosse (tumah d'un four non fixé, verset yutats).
Ravina tranche d'après Rabbi Eliezer ben Yaakov pour les couvercles sans poignée, et la Michna aborde la pierre attachée à une gourde.
Si on l'a jetée à la décharge [dès la veille], pendant qu'il faisait encore jour, [le bouchon d'argile] est interdit [à déplacer].
Fin de la Michna précédente sur le bouchon d'argile (megoufa) d'un tonneau : jeté à la décharge avant Chabbat, il est muktse, car le propriétaire a montré qu'il n'y tient plus comme ustensile.
Bar Hamdouri a dit au nom de Chmouel : les restes (kroumiyot) d'une natte, il est permis de les déplacer le Chabbat. Quelle en est la raison ?
Rava a dit : Bar Hamdouri me l'a expliqué : la natte elle-même, à quoi sert-elle ? À couvrir de la poussière ; ceux-ci aussi servent à couvrir une saleté.
Principe des chevarim (débris) : un débris reste déplaçable s'il garde une utilité. Les restes de natte servent au même type d'usage que la natte entière : couvrir une saleté. Ils ne sont donc pas muktse.
Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : les restes de perozmiyot (manteaux), il est interdit de les déplacer le Chabbat. Abaye a dit : [il s'agit] de chiffons qui n'ont pas trois [doigts] sur trois, qui ne servent ni aux pauvres ni aux riches.
La mesure de trois doigts sur trois est le seuil à partir duquel un morceau d'étoffe a une utilité (pour un pauvre). En dessous, il n'a d'usage pour personne : il est muktse.
Nos Maîtres ont enseigné : les tessons d'un four ancien sont comme tous les ustensiles que l'on prend dans la cour, telle est la parole de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : on ne les prend pas.
Rabbi Yossi a témoigné au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov au sujet des tessons d'un four ancien, qu'on les prend le Chabbat, et au sujet de son couvercle, qu'il n'a pas besoin de poignée.
La baraita pose la mahloket : pour Rabbi Meir, les tessons d'un four déjà utilisé restent des ustensiles déplaçables ; pour Rabbi Yehouda, non. Le témoignage de Rabbi Eliezer ben Yaakov va dans le sens de Rabbi Meir et ajoute le cas du couvercle sans poignée.
Sur quoi portent-ils leur désaccord ? Abaye a dit : [les tessons] qui font un usage de travail [quelconque], mais ne font pas un usage semblable à leur propre travail : c'est la-dessus qu'ils sont en désaccord.
Et Rabbi Yehouda suit sa propre opinion, et Rabbi Meir suit sa propre opinion.
Abaye relie la baraita à la Michna (124b) : Rabbi Yehouda exige que le débris puisse servir à un usage semblable à sa fonction d'origine (me'ein melakhtan) ; Rabbi Meir se contente d'une utilité quelconque (me'ein melakha). Le tesson de four couvre un tonneau, mais on ne cuit pas avec.
Rava a objecté : s'il en est ainsi, au lieu de se disputer sur les tessons d'un four, qu'ils se disputent sur les tessons d'ustensiles en général !
Si le désaccord porte sur le principe général, pourquoi l'illustrer par un four ? Le choix de l'exemple doit avoir une raison.
Rava a donc dit : c'est sur les tessons de ce four-ci qu'ils sont en désaccord. Car nous avons appris : s'il l'a posé sur l'ouverture d'une fosse (bor) ou sur l'ouverture d'une citerne (dout) et y a mis une pierre, Rabbi Yehouda dit : si l'on chauffe par en bas et qu'il est chauffé en haut, il est tame (impur) ; sinon, il est tahor (pur).
Et les Sages disent : puisqu'il a été chauffé de quelque façon que ce soit, il est tame.
Rava déplace le débat vers un four d'un type particulier : un four sans fond, non fixe au sol, posé sur une fosse. Pour Rabbi Yehouda, un tel four n'est un keli apte à la tumah que s'il fonctionne comme un four fixe (chauffé par en bas et chaud en haut). Pour les Hakhamim, tout chauffage suffit. Rabbi Yehouda, qui ne considère pas ce four entier comme un ustensile, interdit aussi ses tessons.
Et sur quoi portent-ils leur désaccord ? Sur ce verset : Four et réchaud seront démolis (yutats), ils sont tmeim, et ils seront tmeim pour vous (Vayikra 11, 35).
Rabbi Yehouda pense : [un four] auquel il manque la démolition (mehoussar netitsa) est tame ; celui auquel il ne manque pas la démolition est tahor. Et les Rabbanan pensent : ils seront tmeim pour vous : dans tous les cas.
Le mot yutats (sera démoli) laisse entendre, pour Rabbi Yehouda, que seul un four qu'il faudrait démolir, donc fixe ou presque, reçoit la tumah. Un four qui n'est pas fixe est déjà comme démoli. Les Rabbanan s'appuient sur la répétition tmeim... tmeim yihyou lakhem, qui inclut tous les cas.
Et pour les Rabbanan aussi, n'est-il pas écrit yutats ? Celui-là [va] dans l'autre sens : tu aurais pu penser : puisqu'on l'a fixé au sol, il est comme le sol lui-même ; [le verset] nous apprend [qu'il est tame].
En principe, ce qui est fixé au sol (mehoubar) ne reçoit pas la tumah. Pour les Rabbanan, yutats enseigne une rigueur : le four fixe reçoit la tumah malgré sa fixation. Il ne sert pas à exclure le four non fixe.
Et pour l'autre aussi, n'est-il pas écrit ils seront tmeim pour vous ? Celui-là [s'explique] selon Rav Yehouda au nom de Chmouel.
Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le désaccord porte sur le premier chauffage ; mais au second chauffage, même [s'il est] suspendu au cou d'un chameau [il est tame].
Selon Chmouel, Rabbi Yehouda utilise tmeim yihyou lakhem pour un four déjà devenu keli par un premier chauffage fait alors qu'il était fixe. Une fois ustensile, il reste tame où qu'il soit, même suspendu au cou d'un chameau. Le désaccord se limite au premier chauffage d'un four non fixe.
Oula a dit : et le premier chauffage, selon les Rabbanan, même [s'il est] suspendu au cou d'un chameau [il rend tame].
Oula étend l'opinion des Rabbanan : le premier chauffage fait du four un ustensile où qu'il se trouve, sans condition de fixation.
Rav Achi a objecté : s'il en est ainsi, au lieu de se disputer sur les tessons du four, qu'ils se disputent sur le four lui-même ! Si le four lui-même, selon Rabbi Yehouda, n'est pas un ustensile, faut-il le dire de ses tessons ?!
L'objection de Rav Achi : si ce four entier n'est pas un ustensile pour Rabbi Yehouda, l'interdiction de ses tessons est évidente. La baraita aurait dû parler du four entier.
Rav Achi a donc dit : en réalité, [c'est] comme nous l'avons dit au début, et [il s'agit de tessons] avec lesquels on fait l'usage d'une plaque de cuisson (tapka). Et Rabbi Meir parle selon les paroles de Rabbi Yehouda : selon moi, [c'est permis] même quand ils font un usage de travail [quelconque] ; mais selon toi, reconnais-moi au moins que dans un cas comme celui-ci, c'est leur [propre] travail !
Rav Achi revient à l'explication d'Abaye et explique le choix du four : ses tessons peuvent servir de tapka, plaque sur laquelle on cuit. Rabbi Meir argumente avec Rabbi Yehouda sur son propre terrain : même si l'on exige un usage semblable à la fonction d'origine, cuire sur le tesson en est un.
Et Rabbi Yehouda : ce n'est pas comparable ; là-bas, on le chauffe par l'intérieur, ici on le chauffe par l'extérieur ; la-bas [on cuit] debout, ici [on ne cuit] pas debout.
Rabbi Yehouda maintient la différence : le four est chauffé de l'intérieur et le pain y est collé verticalement ; le tesson est chauffé de l'extérieur et le pain y est posé à plat. L'usage n'est donc pas le même que celui du four.
Rabbi Yossi a témoigné au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov au sujet des tessons d'un four ancien, qu'on les prend le Chabbat, et au sujet de son couvercle, qu'il n'a pas besoin de poignée. Ravina a dit : selon qui déplaçons-nous aujourd'hui le couvercle des fours de Mata Mehassia, qui n'ont pas de prise ?
Selon qui ? Selon Rabbi Eliezer ben Yaakov.
Conclusion pratique de Ravina : l'usage de déplacer les couvercles de four sans poignée repose sur Rabbi Eliezer ben Yaakov. Le Roch en tire la halakha : on suit Rabbi Meir pour les tessons et Rabbi Eliezer ben Yaakov pour les couvercles.
MICHNA. La pierre qui est dans la gourde (kirouya) : si l'on puise avec elle et qu'elle ne tombe pas, on puise avec elle ; sinon, on ne puise pas avec elle.
Une pierre est muktse. Solidement fixée à la gourde, elle devient une partie de l'ustensile et on peut puiser. Mal fixée, elle garde son statut de pierre, et la gourde qui la porte devient un bassis (support) d'un objet muktse.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).