Sougya : La michna achève la liste des objets qui deviennent ustensiles : le sarment attaché à une cruche sert à puiser, et Rabbi Eliezer et les Sages divergent sur le bouchon de la fenêtre (pekak hahalon). La Guemara revient sur la pierre posée sur un tonneau : selon Rabba (au nom de Rabbi Ami), le tonneau devient support d'une chose interdite (bassis) ; selon Rav Yosef (au nom de Rabbi Asi), la pierre devient couvercle.
La question de fond est de savoir si un objet mouktse devient ustensile par la seule intention ou s'il faut un acte (maasse) ; on l'illustre par les pierres que Rabbi fit préparer pour s'y asseoir. Le daf explique ensuite pourquoi le sarment doit être attaché (Rav Chechet, Rav Achi), puis définit, au nom de Rabbi Yo'hanan, la divergence sur le bouchon : tous interdisent de faire une tente provisoire (ohel arai) au départ ; ils divergent sur l'ajout à une tente existante.
Un sarment (zemora) attaché à une cruche (tefiah) : on puise avec lui le Chabbat.
Le sarment sert d'anse ou de corde pour descendre la cruche. Attaché à elle, il fait partie de l'ustensile et perd son statut de mouktse (bois sans usage le Chabbat).
Le bouchon de la fenêtre (pekak hahalon) : Rabbi Eliezer dit : lorsqu'il est attaché et suspendu, on bouche avec ; sinon, on ne bouche pas avec. Et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on bouche avec.
Le pekak est un volet ou une planche qui ferme l'ouverture. Pour Rabbi Eliezer, le fermer ressemble à construire (boneh) ; attaché et suspendu à la fenêtre, il apparaît comme une pièce de la maison déjà en place, et le geste devient permis.
Guemara. Nous avons appris là-bas : une pierre qui est sur l'ouverture d'un tonneau, on le penche sur le côté et elle tombe.
Rabba a dit au nom de Rabbi Ami, au nom de Rabbi Yo'hanan : on ne l'a enseigné que pour celui qui oublie [la pierre] ; mais pour celui qui la pose, [le tonneau] devient support (bassis) d'une chose interdite. Et Rav Yosef a dit au nom de Rabbi Asi, au nom de Rabbi Yo'hanan : on ne l'a enseigné que pour celui qui oublie ; mais pour celui qui la pose, [la pierre] devient couvercle du tonneau.
Deux transmissions opposées de Rabbi Yo'hanan. Pour Rabba, poser la pierre exprès rend le tonneau bassis ledavar haassour (support d'un objet mouktse) : il devient lui-même indéplaçable. Pour Rav Yosef, la pose intentionnelle fait de la pierre un couvercle, donc un ustensile : on peut la soulever directement. Le cas d'oubli, où il faut pencher le tonneau, n'est que la situation de la michna.
Rabba a dit : nous objectons à notre enseignement : la pierre qui est dans la gourde (keroua), si l'on puise avec elle et qu'elle ne tombe pas, on puise avec elle ! Mais il n'en est rien : là, puisqu'il l'a serrée (hidka), il en a fait une paroi.
Rabba soupçonne que la michna de la gourde contredit sa position (une pierre peut devenir ustensile). Il répond : la pierre de la gourde, qui sert de lest, est attachée ; elle devient une paroi du récipient, par un acte. La pierre simplement posée sur le tonneau n'a reçu aucun acte.
La glose du Ben Yehoyada placée ici commente en réalité un remède contre la fièvre (Chabbat 67a) ; elle est rattachée à ce segment par le mot hidka (serrer).
Rav Yosef a dit : et nous objectons à notre enseignement : sinon, on ne puise pas avec elle ! Mais il n'en est rien : là, puisqu'il ne l'a pas serrée, il l'a annulée.
Symétriquement, Rav Yosef craint la seconde moitié de la michna : une pierre non attachée ne devient pas ustensile. Réponse : dans la gourde, une pierre non attachée est inutilisable (elle tombe) ; ne pas l'attacher revient à l'annuler (bitoul). Sur le tonneau, la pose suffit à remplir la fonction de couvercle.
Sur quoi divergent-ils ? Celui-ci pense qu'il faut un acte (maasse), et celui-là pense qu'il ne faut pas d'acte.
Le principe : Rabba exige un maasse pour qu'un objet mouktse devienne ustensile ; Rav Yosef se contente de l'intention accompagnée d'une pose.
Et ils suivent leur raisonnement, car lorsque Rav Dimi vint, il dit au nom de Rabbi Hanina, et certains disent : Rabbi Zeira a dit au nom de Rabbi Hanina : une fois, Rabbi alla dans un endroit et trouva une rangée de pierres (nidbakh). Il dit à ses élèves : sortez et pensez [à elles], pour que nous nous asseyions dessus demain.
Et Rabbi ne leur a pas exigé d'acte.
Première version du récit : Rabbi (Rabbi Yehouda Hanassi) se contente de la pensée (ma'hchava, désigner par l'intention) pour des pierres de construction, sans acte. Cela correspond à la position de Rav Yosef (Rabbi Asi).
Rabbi Yo'hanan a dit : Rabbi leur a exigé un acte. Que leur a-t-il dit ?
Rabbi Ami a dit : sortez et rangez-les (lamdoum), leur a-t-il dit. Rabbi Asi a dit : sortez et frottez-les (chafchefoum), leur a-t-il dit.
Seconde version : un acte était requis. Rabbi Ami, qui exige un vrai acte, lit lamdoum (disposez-les comme on les utilisera). Rabbi Asi se contente d'un acte léger, chafchefoum (frottez-en la boue). Chacun reste cohérent avec sa position sur la pierre du tonneau.
Il a été dit : Rabbi Yossi ben Chaoul a dit : c'était une pile de poutres (souar). Et Rabbi Yo'hanan ben Chaoul a dit : c'était une perche de sonde d'un bateau (gachouch).
Celui qui dit gachouch, à plus forte raison le souar ; et celui qui dit souar, mais pour le gachouch, on y tient.
Deux autres versions de l'objet trouvé par Rabbi. La perche de sonde est un objet de valeur que son propriétaire écarte expressément de tout autre usage : mouktse mehamat hessron kiss, la catégorie la plus stricte, interdite même selon Rabbi Chimon.
Un sarment attaché, etc. Attaché, oui ; non attaché, non.
Disons que notre michna n'est pas selon Rabban Chimon ben Gamliel.
La Guemara déduit de la michna que la pensée seule ne suffit pas à faire du sarment un ustensile. Cela semble contredire Rabban Chimon ben Gamliel, cité au segment suivant.
Car il est enseigné : des palmes de palmier (harayot) qu'on a coupées pour le bois, puis on s'est ravisé à leur sujet pour s'asseoir dessus : il faut les lier. Rabban Chimon ben Gamliel dit : il n'est pas nécessaire de les lier.
Pour Rabban Chimon ben Gamliel, la seule décision (ma'hchava) de s'asseoir sur les palmes, prise avant Chabbat, les fait sortir du statut de bois à brûler.
Rav Chechet a dit : tu peux même dire [que la michna est selon] Rabban Chimon ben Gamliel ; de quoi s'agit-il ici ? D'un [sarment] encore relié à son père (la vigne).
S'il en est ainsi, il se sert de ce qui est attaché au sol ! Au-dessous de trois [tefahim].
Rav Achi a dit : tu peux même dire [qu'il s'agit] d'un [sarment] détaché : c'est un décret, de peur qu'il ne le coupe.
Deux réponses pour accorder la michna avec Rabban Chimon ben Gamliel. Rav Chechet : le sarment tient encore à la vigne ; l'attacher à la cruche est nécessaire pour en faire un ustensile, et l'interdit de se servir d'un végétal mehoubar (attaché au sol) ne s'applique pas sous trois tefahim. Rav Achi : le sarment est coupé, mais les Sages exigent de l'attacher de peur qu'on le taille le Chabbat, ce qui serait l'achèvement d'un ustensile (makeh bepatich).
Le bouchon de la fenêtre, etc. Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : tous reconnaissent qu'on ne fait pas de tente provisoire (ohel arai) au départ à Yom Tov, et inutile de dire le Chabbat.
Ils ne divergent que sur l'ajout. Car Rabbi Eliezer dit : on n'ajoute pas à Yom Tov, et inutile de dire le Chabbat.
Et les Sages disent : on ajoute le Chabbat, et inutile de dire à Yom Tov.
Rabbi Yo'hanan circonscrit la divergence de la michna. Dresser une tente provisoire (ohel arai, abri temporaire) au départ est interdit par les Sages pour tous. La discussion porte sur l'ajout (tossefet ohel) : compléter un abri existant. Boucher une fenêtre revient à compléter une maison déjà bâtie.
Rachi limite l'interdit au toit ; Rabbenou Tam (Tossefot, Roch) l'étend aux parois lorsque la cloison produit un effet halakhique (rendre une souka valide, permettre le transport dans une cour).
Et les Sages disent : dans un cas comme dans l'autre, on bouche avec. Que signifie dans un cas comme dans l'autre ?
Rabbi Abba a dit au nom de Rav Kahana :
La réponse, au daf 126a : attaché ou non, à condition que le bouchon soit préparé (metoukan) pour cet usage.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).