Sougya : L'amud achève la discussion sur le bouchon de la fenêtre. Rabbi Yo'hanan exige qu'un objet ait statut d'ustensile (torat keli) pour être déplacé : il suit Rabban Chimon ben Gamliel sur un point (un objet préparé n'a pas besoin d'être attaché) et diverge de lui sur un autre.
Rabbi Yits'hak Nappa'ha tranche comme Rabbi Eliezer ; Rav Amram objecte par un récit où les Sages ont bouche une lucarne, et Abaye conclut que le fait rapporté (maasse rav) l'emporte. La dernière michna du chapitre Kol hakelim traite des couvercles : couvercles de fosses et couvercles d'ustensiles, avec une divergence sur les ustensiles fixés au sol ou sur le couvercle du four.
Le chapitre Mefanin s'ouvre ensuite : on peut dégager quatre ou cinq paniers de paille ou de grain pour recevoir des invités ou pour l'étude, mais pas l'entrepôt, et la michna dresse la liste des produits qu'on déplace ou non. Rav Hisda et Chmouel divergent sur le sens de quatre et cinq et de mais pas l'entrepôt.
... qui ont une poignée se déplacent le Chabbat. Et Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rav Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela à condition qu'ils aient statut d'ustensile (torat keli).
La Guemara cite par avance la michna suivante (couvercles d'ustensiles) et la règle de Rabbi Yo'hanan : un objet ne se déplace que s'il a statut d'ustensile (torat keli). Rachi en tire une difficulté pour le daf précédent : le roseau dont parlait Rabban Chimon ben Gamliel sert à fermer une porte, ce qui en fait une partie du bâtiment.
Et si tu dis : ici aussi, il a statut d'ustensile ; Rabban Chimon ben Gamliel exige-t-il un statut d'ustensile ? N'est-il pas enseigné : des branches dures de palmier (hariot) qu'on a coupées pour du bois, et au sujet desquelles on a changé d'avis pour s'y asseoir, il faut les attacher.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : il n'est pas nécessaire de les attacher.
La Guemara essaie de dire que Rabban Chimon ben Gamliel parlait lui aussi d'un roseau ayant statut d'ustensile. Elle le réfute : pour les branches de palmier destinées à s'asseoir, il n'exige même pas qu'on les attache ; la simple destination suffit.
Rachi et Rabbenou Tam divergent sur la définition de torat keli : aptitude à un autre usage (Rachi), ou préparation effective pour cet usage (Rabbenou Tam).
Rabbi Yo'hanan pense comme lui sur un point et diverge de lui sur un point.
Rabbi Yo'hanan retient de Rabban Chimon ben Gamliel qu'un objet préparé n'a pas besoin d'être attaché, et ajoute l'exigence du statut d'ustensile.
Rabbi Yits'hak Nappa'ha a exposé à l'entrée de la maison de l'Exilarque (Rech Galouta) : la halakha est comme Rabbi Eliezer. Rav Amram objecta : et de leurs paroles nous avons appris qu'on bouche, qu'on mesure et qu'on noue le Chabbat !
Rabbi Yits'hak Nappa'ha tranche comme Rabbi Eliezer : on ne bouche la fenêtre qu'avec un bouchon attaché et suspendu. Rav Amram objecte par une michna (157a) : des Sages ont bouche une lucarne avec une cruche, qui n'était pas attachée.
[Abaye] lui dit : quelle est ta pensée ? Parce que [cette michna] est enseignée anonymement ?
[La michna du] verrou traîne (negar hanigrar) est aussi anonyme. Et malgré cela, un fait est déterminant (maasse rav).
Abaye neutralise l'argument de la michna anonyme (stam michna) : il existe aussi une michna anonyme selon Rabbi Eliezer (le verrou traîne, Erouvin 101b). La Guemara conclut : maasse rav, un acte effectivement accompli par des Sages pèse davantage. La halakha suit donc les Sages.
Michna. Tous les couvercles d'ustensiles qui ont une poignée se déplacent le Chabbat.
Rabbi Yossi a dit : de quoi parle-t-on ? Des couvercles de sol ; mais les couvercles d'ustensiles, dans un cas comme dans l'autre, se déplacent le Chabbat.
Un couvercle de sol (kissouy karka, fosse ou citerne) fait partie du sol ; le poser ressemble à bâtir. La poignée (beit ahiza) montre qu'il est fait pour être retiré. Pour Rabbi Yossi, le couvercle d'un ustensile se déplace même sans poignée.
Guemara. Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rabbi Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela à condition qu'ils aient statut d'ustensile.
Tous reconnaissent que les couvercles de sol, s'ils ont une poignée, oui ; sinon, non. Les couvercles d'ustensiles, [on les déplace] même s'ils n'ont pas de poignée.
Rabbi Yo'hanan exige le statut d'ustensile pour le couvercle lui-même. Dès lors, la michna ne peut pas opposer les Sages sur les couvercles d'ustensiles ordinaires : tous les permettent. La divergence est déplacée vers un cas intermédiaire.
Ils divergent sur les ustensiles qu'on a fixés au sol : l'un pense qu'on décrète, l'autre pense qu'on ne décrète pas.
Le Tanna kamma étend l'exigence de poignée aux ustensiles fixés au sol par décret (gezera), à cause de leur ressemblance avec le couvercle d'une fosse ; Rabbi Yossi ne décrète pas.
Autre version : ils divergent sur le couvercle du four ; l'un l'assimile à un couvercle de sol, l'autre l'assimile à un couvercle d'ustensile.
Selon cette version, la divergence porte sur la nature même du four (tanour), fixé au sol, et donc de la catégorie de son couvercle.
Nous reviendrons à toi, Kol hakelim (fin du chapitre Tous les ustensiles).
Formule de clôture du chapitre (hadran). Le Roch discute ici le psak du Rif : il lit chez lui que la halakha n'est pas comme le Tanna kamma, puisque Ravina déplaçait les couvercles des fours de Mata Mehassia sans poignée.
Michna. On dégage même quatre ou cinq paniers de paille ou de grain à cause des invités et à cause de l'interruption de l'étude à la maison d'étude (bitoul beit hamidrach) ; mais pas l'entrepôt.
Début du chapitre Mefanin. Dégager des paniers est un effort (tirha) que l'on évite le Chabbat ; la michna le permet pour deux mitsvot : l'accueil des invités et l'étude. Le sens de mais pas l'entrepôt (otsar) est discuté plus bas.
On déplace la terouma pure, le demai, le premier dîme (maasser rishon) dont la terouma a été prélevée, le second dîme (maasser cheni) et les biens consacrés (hekdech) qui ont été rachetés, et le lupin sec, parce que c'est une nourriture pour les chèvres.
Sont permis les produits aptes à un usage le Chabbat. La terouma pure se mange par un cohen ; le demai peut être mangé par un pauvre et on peut en prélever la dîme ; le lupin sec, immangeable pour l'homme, nourrit les chèvres.
Mais pas le tevel, ni le premier dîme dont la terouma n'a pas été prélevée, ni le second dîme et les biens consacrés qui n'ont pas été rachetés, ni le louf, ni la moutarde. Rabban Chimon ben Gamliel permet le louf, parce que c'est une nourriture pour les corbeaux.
Le tevel (produit dont on n'a pas prélevé les dîmes) et les produits non rachetés sont interdits à la consommation, donc mouktse. Le louf (arum) cru n'est bon pour aucun animal courant ; Rabban Chimon ben Gamliel tient compte de ceux qui élèvent des corbeaux.
Les bottes de paille, les bottes de bois et les bottes de zeradim : si on les a préparées pour la nourriture des bêtes, on les déplace ; sinon, on ne les déplace pas.
Ces bottes sont normalement destinées au chauffage ou à la construction ; elles ne deviennent déplaçables que par une destination préalable (hakhana) à la nourriture des bêtes.
Guemara. Maintenant qu'on dégage cinq, faut-il dire quatre ?!
La michna dit quatre et cinq : si cinq est permis, mentionner quatre semble inutile.
Rav Hisda a dit : quatre sur cinq ; (certains disent : quatre d'un petit entrepôt) et cinq d'un grand entrepôt.
Rav Hisda lit la michna comme deux limites distinctes. On ne vide pas un petit entrepôt, de peur d'égaliser des creux (achvaat goumot, travail de construction) ; dans un grand entrepôt, on se limite à cinq à cause de l'effort.
Le Roch tranche : le nombre de paniers selon Rav Hisda, le sens de mais pas l'entrepôt selon Chmouel, en s'appuyant sur Beitsa 35b.
Et que signifie mais pas l'entrepôt ? Qu'on ne commence pas un entrepôt pour la première fois.
Et selon qui ? C'est Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse.
Selon Rav Hisda, l'interdit de vider l'entrepôt est déjà dans quatre sur cinq ; mais pas l'entrepôt vise donc un entrepôt jamais entamé, que son propriétaire avait écarté de son esprit : c'est du mouktse, notion admise par Rabbi Yehouda.
Et Chmouel a dit : quatre et cinq
La phrase se poursuit au daf 127a : pour Chmouel, quatre et cinq est une manière de parler, et l'on peut en dégager davantage si nécessaire ; mais pas l'entrepôt signifie qu'on ne le vide pas entièrement. La michna suivrait alors Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).