Shabbat 126b — Les couvercles d'ustensiles, puis le début du chapitre Mefanin : dégager des paniers pour les invités

Shabbat 126b

Sougya : L'amud achève la discussion sur le bouchon de la fenêtre. Rabbi Yo'hanan exige qu'un objet ait statut d'ustensile (torat keli) pour être déplacé : il suit Rabban Chimon ben Gamliel sur un point (un objet préparé n'a pas besoin d'être attaché) et diverge de lui sur un autre.

Rabbi Yits'hak Nappa'ha tranche comme Rabbi Eliezer ; Rav Amram objecte par un récit où les Sages ont bouche une lucarne, et Abaye conclut que le fait rapporté (maasse rav) l'emporte. La dernière michna du chapitre Kol hakelim traite des couvercles : couvercles de fosses et couvercles d'ustensiles, avec une divergence sur les ustensiles fixés au sol ou sur le couvercle du four.

Le chapitre Mefanin s'ouvre ensuite : on peut dégager quatre ou cinq paniers de paille ou de grain pour recevoir des invités ou pour l'étude, mais pas l'entrepôt, et la michna dresse la liste des produits qu'on déplace ou non. Rav Hisda et Chmouel divergent sur le sens de quatre et cinq et de mais pas l'entrepôt.

Déplacer un couvercle le Chabbat (michna et Rabbi Yo'hanan) Condition générale (R. Yo'hanan) : statut d'ustensile (torat keli) Couvercle de fosse ou de citerne (karka) Couvercle d'ustensile fixé au sol (four, réchaud) Couvercle d'ustensile ordinaire Tous : seulement avec poignée (beit ahiza) Divergence Tanna kamma : on décrète R. Yossi : on ne décrète pas Tous : permis même sans poignée Autre version : la divergence porte sur le couvercle du four ; l'un l'assimile au couvercle de fosse, l'autre au couvercle d'ustensile
Les couvercles : fosse, ustensile fixé au sol, ustensile ordinaire ; la divergence de la michna selon Rabbi Yohanan.
Michna Mefanin : ce qu'on déplace et ce qu'on ne déplace pas On déplace (apte à un usage) On ne déplace pas (mouktse) Terouma pure (bête du cohen) Tevel (non prélevé) Demai (doute de dîme) Maasser rishon sans sa terouma Maasser rishon, terouma prélevée Maasser cheni, hekdech non rachetés Maasser cheni, hekdech rachetés Louf cru (RCBG : permis, corbeaux) Lupin sec (nourriture des chèvres) Moutarde (hardal) Bottes de paille, de bois, de zeradim : permis si préparées la veille pour les bêtes
La michna Mefanin classe les produits selon qu'ils sont aptes à un usage le Chabbat.
Quatre et cinq paniers ; mais pas l'entrepôt Rav Hisda (Tanna = Rabbi Yehouda, admet le mouktse) Chmouel (suite en 127a, cité par le Roch) (Tanna = Rabbi Chimon, pas de mouktse) Quatre et cinq = quatre sur cinq (ne pas vider) ; ou : 4 d'un petit, 5 d'un grand entrepôt Quatre et cinq = façon de parler : même davantage si besoin Mais pas l'entrepôt = ne pas commencer un entrepôt neuf Mais pas l'entrepôt = ne pas le vider (creux du sol) Roch (d'après Beitsa 35b) : nombre de paniers selon Rav Hisda, entrepôt selon Chmouel
Deux lectures de la michna : Rav Hisda et Chmouel.
1
שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בֵּית אֲחִיזָה נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת. וְאָמַר רַב יְהוּדָה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן.

... qui ont une poignée se déplacent le Chabbat. Et Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rav Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela à condition qu'ils aient statut d'ustensile (torat keli).

📜 Rachi (2)
שֶׁיֵּשׁ לָהֶן בֵּית אֲחִיזָה בֵּית יָד:
Qui ont une poignée (beit ahiza) : une anse.
ה"ג וְאָמַר רַב יְהוּדָה וְהוּא שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן שֶׁהַכִּיסּוּי רָאוּי לְתַשְׁמִישׁ עַצְמוֹ הוּא דְּנִיטָּלִין בְּשַׁבָּת וְאִם אֵין תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו לָא אָמְרִינַן כִּיסּוּי כְּלִי הֲוָה כְּלִי וּדְלָתוֹת שִׁידָּה תֵּיבָה וּמִגְדָּל דִּתְנָא מַתְנֵי' נוֹטְלִין יֵשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן דִּרְאוּיִין לֵישֵׁב עֲלֵיהֶן וְלָתֵת עֲלֵיהֶן מְזוֹנוֹת לְקָטָן וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ אַמַּאי בָּעֵינַן בֵּית אֲחִיזָה הוֹאִיל וְתוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן אַלְמָא לְרַבִּי יוֹחָנָן מִידִי דְּלֵיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו לָא מְטַלְטְלִין וְהַאי קָנֶה מַאי תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו אִיכָּא אִי מִשּׁוּם דְּפוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ אֵין זוֹ תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו אֶלָּא תּוֹרַת בִּנְיָן:
Voici la version à retenir : Et Rav Yehouda a dit : à condition qu'ils aient statut d'ustensile ; c'est-à-dire que le couvercle soit apte à un usage par lui-même : c'est alors qu'on le déplace le Chabbat. S'il n'a pas statut d'ustensile, on ne dit pas : le couvercle d'un ustensile est un ustensile. Et les portes d'un coffre, d'une caisse et d'une armoire, dont la michna enseigne qu'on les enlève, ont statut d'ustensile, car elles sont aptes à ce qu'on s'y asseye et qu'on y pose de la nourriture pour un enfant ; plus loin on explique pourquoi il faut une poignée, puisqu'ils ont statut d'ustensile. On voit donc que selon Rabbi Yo'hanan, ce qui n'a pas statut d'ustensile ne se déplace pas. Or ce roseau, quel statut d'ustensile a-t-il ? Si c'est parce qu'on ouvre et ferme avec, cela lui donne un statut de construction (torat binyan), et non un statut d'ustensile.
💡 Explication

La Guemara cite par avance la michna suivante (couvercles d'ustensiles) et la règle de Rabbi Yo'hanan : un objet ne se déplace que s'il a statut d'ustensile (torat keli). Rachi en tire une difficulté pour le daf précédent : le roseau dont parlait Rabban Chimon ben Gamliel sert à fermer une porte, ce qui en fait une partie du bâtiment.

2
וְכִי תֵּימָא: הָכָא נָמֵי דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו, וּמִי בָּעֵי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו? וְהָתַנְיָא: חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁגְּדָרָן לְשֵׁם עֵצִים, וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לִישִׁיבָה — צָרִיךְ לְקַשֵּׁר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אֵין צָרִיךְ לְקַשֵּׁר.

Et si tu dis : ici aussi, il a statut d'ustensile ; Rabban Chimon ben Gamliel exige-t-il un statut d'ustensile ? N'est-il pas enseigné : des branches dures de palmier (hariot) qu'on a coupées pour du bois, et au sujet desquelles on a changé d'avis pour s'y asseoir, il faut les attacher.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : il n'est pas nécessaire de les attacher.

📜 Rachi (2)
וכ"ת הָכָא נָמֵי דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו שֶׁרָאוּי לְהַפֵּךְ בּוֹ זֵיתִים אוֹ לְפַצֵּעַ בּוֹ אֱגוֹזִים:
Et si tu dis : ici aussi il a statut d'ustensile : qu'il est apte à retourner des olives ou à casser des noix.
(תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו אַפֵּי' אֵינוֹ רָאוּי לְדָבָר אַחֵר):
(Statut d'ustensile : même s'il n'est pas apte à autre chose.)
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁיְּהֵא רָאוּי לַעֲשׂוֹת שׁוּם תַּשְׁמִישׁ אַחֵר וְאֵין נִרְאֶה לר"ת כִּי לָמָּה יֵשׁ לָנוּ לְהַצְרִיךְ שֶׁלַּדָּבָר אַחֵר יְהֵא רָאוּי כֵּיוָן שֶׁרָאוּי לְדָבָר זֶה אֶלָּא נִרְאֶה לְר"ת דה"פ דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו שֶׁתִּיקְּנוּ וְעָשָׂה בּוֹ מַעֲשֶׂה וֶהֱכִינוֹ לְכָךְ שֶׁמֵּאַחַר שֶׁלְּכָךְ תִּיקְּנוּ וֶהֱכִינוֹ לְכָךְ יֵשׁ תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו אֲפִילּוּ אֵינוֹ רָאוּי לְדָבָר אַחֵר כְּמוֹ חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל שֶׁאֵינָן רְאוּיָן לְשׁוּם תַּשְׁמִישׁ אֶלָּא לִישִׁיבָה אַף עַל פִּי כֵן יָכוֹל לַהֲכִינָם וּלְטַלְטְלָם בְּשַׁבָּת וַאֲבָנִים נַמֵּי אָמְרִינַן לְעֵיל צְאוּ וְשִׁיפְשְׁפוּ וְעוֹד אִי תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶם מַמָּשׁ צְרִיכָא לְמֵימַר דִּכְלִי נִיטָּל לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ וְהָא דְּאָמְרִי' בְּעֵירוּבִין (ד' קב.) נֶגֶר הַנִּגְרָר עָשָׂה לוֹ בֵּית יָד מַהוּ א"ל בּוּכָנָא קָאָמְרַתְּ פֵּירוּשׁ וְשָׁרִי לָאו מִשּׁוּם דְּאִי לָא הֲוָה כְּבוּכָנָא ע"י הַבֵּית יָד הַזֶּה הֲוָה אָסוּר דַּאֲפִילּוּ לָא חֲזִי לְמִילְּתָא אַחֲרִיתִי כֵּיוָן שֶׁתִּקְּנוּהוּ בְּיָדַיִם לְכָךְ הָיָה מֻותָּר אַפֵּי' בְּלֹא בֵּית יָד אֶלָּא נִרְאֶה לְרִ"י דְּהַהִיא מַיְירֵי בְּנִקְמַז דְּאָסוּר לְעֵיל מִינֵי' בְּסָמוּךְ מִשּׁוּם דְּמִיחְזֵי כְּבוֹנֶה פִּי' שֶׁנּוֹעֵץ הַנַּגָּר בְּתוֹךְ הַנֶּקֶב שֶׁבַּמִּפְתָּן עַד בְּתוֹךְ הָאָרֶץ כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס הָתָם וְעָלָה קָאֵי הָא עָשָׂה לוֹ בֵּית יָד בְּאוֹתוֹ נֶגֶר שֶׁנִּקְמָז אִי נָמֵי שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ דְּסָבַר דְּטַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם בִּנְיָן אֲפִילּוּ בְּלֹא נְעִיצַת נֶגֶר בָּאָרֶץ וְכֵן נִרְאֶה יוֹתֵר כִּי נִקְמַז אֵין פִּתְרוֹנוֹ נְעִיצָה בָּאָרֶץ אֶלָּא דּוֹמֶה שֶׁהוּא מַעְיָן נִשְׁמַט רַק שֶׁאֵינוֹ נִשְׁמָט מַמָּשׁ כִּדְמוֹכַח בַּבָּרַיְיתָא שֶׁהֵבִיא לְמַעְלָה דְּקָתָנֵי נֶגֶר אִם נִשְׁמַט כֻּולּוֹ אָסוּר נִקְמַז מֻותָּר רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר נִקְמַז אע"פ שֶׁאֵינוֹ נִשְׁמָט וְלֹא נוֹדַע פֵּירוּשׁ נִקְמַז הֵיטֵב וּבַיְּרוּשַׁלְמִי גָּרְסִינַן נַגָּר דְּר' אֱלִיעֶזֶר הֲוָה קְטִיר בְּגֶמִי נִשְׁמַט אָסוּר נִקְמַז רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא מוֹרֶה בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו:
Et si tu dis : ici aussi il a statut d'ustensile. Le Kountrass (Rachi) explique : qu'il soit apte à quelque autre usage. Cela ne semble pas juste à Rabbenou Tam : pourquoi exiger qu'il soit apte à autre chose, puisqu'il est apte à cet usage-ci ? Rabbenou Tam explique plutôt ainsi : il a statut d'ustensile parce qu'on l'a préparé, qu'on y a fait un acte et qu'on l'a destiné à cela. Puisqu'on l'a préparé et destiné à cela, il a statut d'ustensile même s'il n'est apte à rien d'autre, comme les branches de palmier, qui ne servent à rien sinon à s'asseoir, et que l'on peut pourtant préparer et déplacer le Chabbat ; et pour les pierres aussi nous avons dit plus haut : sortez et frottez-les. De plus, s'il s'agissait d'un statut d'ustensile au sens plein, faudrait-il le dire ? Un ustensile se déplace pour son propre usage. Quant à ce qu'on dit dans Erouvin (102a) : un verrou traîne (negar hanigrar) auquel on a fait une poignée, qu'en est-il ? Il lui répondit : tu parles d'un pilon ! c'est-à-dire que c'est permis. Cela ne veut pas dire que, sans cette poignée qui le rend semblable à un pilon, il serait interdit : même s'il n'était apte à rien d'autre, puisqu'on l'a préparé de ses mains à cela, il serait permis sans poignée. Le Ri pense plutôt que ce passage traite d'un verrou nikmaz, interdit juste avant parce qu'on semble construire, c'est-à-dire qu'on enfonce le verrou dans le trou du seuil jusque dans la terre, comme l'explique le Kountrass là-bas ; et c'est à ce verrou nikmaz que se rapporte : il lui a fait une poignée. Ou bien Chmouel suit sa propre logique, lui qui pense que la raison de Rabbi Yehouda est la construction, même sans enfoncer le verrou en terre. Cela semble plus juste, car nikmaz ne signifie pas enfoncé en terre : c'est une sorte de détaché, sans l'être tout à fait, comme le montre la baraita rapportée plus haut, qui enseigne : un verrou, s'il est entièrement détaché, interdit ; nikmaz, permis ; Rabbi Yehouda dit : nikmaz, même s'il n'est pas détaché. Le sens de nikmaz n'est pas bien connu. Dans le Yerouchalmi nous lisons : le verrou de Rabbi Eliezer était attaché par un jonc ; détaché, interdit ; nikmaz : Rabbi Yaakov bar Aha le montrait du bout des doigts.
💡 Explication

La Guemara essaie de dire que Rabban Chimon ben Gamliel parlait lui aussi d'un roseau ayant statut d'ustensile. Elle le réfute : pour les branches de palmier destinées à s'asseoir, il n'exige même pas qu'on les attache ; la simple destination suffit.

Rachi et Rabbenou Tam divergent sur la définition de torat keli : aptitude à un autre usage (Rachi), ou préparation effective pour cet usage (Rabbenou Tam).

3
רַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.

Rabbi Yo'hanan pense comme lui sur un point et diverge de lui sur un point.

📜 Rachi (2)
סְבִירָא לֵיהּ כְּוָותֵיהּ בַּחֲדָא דִּמְתֻוקָּן ואע"פ שֶׁאֵינוֹ קָשׁוּר:
Il pense comme lui sur un point : qu'un objet préparé (metoukan) est permis, même s'il n'est pas attaché.
וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא דְּבָעֵי תּוֹרַת כְּלִי:
Et diverge de lui sur un point : car il exige un statut d'ustensile.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan retient de Rabban Chimon ben Gamliel qu'un objet préparé n'a pas besoin d'être attaché, et ajoute l'exigence du statut d'ustensile.

🖼️ Schéma
Rabbi Yo'hanan face à Rabban Chimon ben Gamliel D'accord (kevateh behada) un objet préparé (metoukan) n'a pas besoin d'être attaché En désaccord (pelig behada) il faut en plus un statut d'ustensile Rachi : statut d'ustensile = apte à un autre usage (ex. retourner des olives) Rabbenou Tam : statut d'ustensile = préparé par un acte pour cet usage
Rabbi Yo'hanan suit Rabban Chimon ben Gamliel sur un point et s'en sépare sur un autre.
4
דְּרַשׁ רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא אַפִּתְחָא דְרֵישׁ גָּלוּתָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. מֵתִיב רַב עַמְרָם: וּמִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ שֶׁפּוֹקְקִין וּמוֹדְדִין וְקוֹשְׁרִין בְּשַׁבָּת!

Rabbi Yits'hak Nappa'ha a exposé à l'entrée de la maison de l'Exilarque (Rech Galouta) : la halakha est comme Rabbi Eliezer. Rav Amram objecta : et de leurs paroles nous avons appris qu'on bouche, qu'on mesure et qu'on noue le Chabbat !

📜 Rachi (5)
הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּבָעֵינַן קָשׁוּר וְתָלוּי:
La halakha est comme Rabbi Eliezer : qu'il faut [un bouchon] attaché et suspendu.
מִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ בְּפֶ' בָּתְרָא בִּימֵי אָבִיו שֶׁל ר' צָדוֹק וּבִימֵי אַבָּא שָׁאוּל בֶּן בָּטְנִית שֶׁפָּקְקוּ אֶת הַמָּאוֹר בַּטָּפִיחַ וְקָשְׁרוּ אֶת הַמְּקִידָּה בְּגֶמִי לֵידַע אִם יֵשׁ בַּגִּיגִית פּוֹתֵחַ טֶפַח וְהָתָם מְפָרֵשׁ לָהּ וְקָתָנֵי מִדִּבְרֵיהֶם לָמַדְנוּ:
De leurs paroles nous avons appris : au dernier chapitre [de notre traité, 157a] : aux jours du père de Rabbi Tsadok et aux jours d'Abba Chaoul ben Botnit, on boucha la lucarne avec une petite cruche (tefiah) et on attacha le récipient (mekida) avec un jonc pour savoir s'il y avait dans la cuve une ouverture d'un tefah ; là-bas on l'explique, et il est enseigné : de leurs paroles nous avons appris.
שֶׁפּוֹקְקִין אֶת הַמָּאוֹר בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ קָשׁוּר וְתָלוּי:
Qu'on bouche : la lucarne, avec une chose qui n'est ni attachée ni suspendue.
וְקוֹשְׁרִין קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא לְכַתְּחִלָּה:
Et qu'on noue : un nœud non permanent, même à priori.
וּמוֹדְדִין מִקְוֶה וּמַטְלָנִיּוֹת:
Et qu'on mesure : un mikve et des étoffes.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִדִּבְרֵיהֶן לָמַדְנוּ שֶׁפּוֹקְקִין וּמוֹדְדִין ואע"ג דְּטָפִיחַ לָא מְבַטֵּל לֵיהּ כְּמוֹ פְּקָק כִּדְאָמְרִי' בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כֹּח.) גַּבֵּי סָדִין אִיכָּא לְמֵימַר דִּמְבַטֵּל לֵיהּ טְפֵי מִסָּדִין וְלָא מָצֵי לְמֵימַר נָמֵי פְּקַק דְּמִצְוָה שָׁאנֵי כִּדְאָמְרִי' בְּשִׁילְהֵי מְכִילְתִּין (ד' קנז:) גַּבֵּי מְדִידָה דְּהָתָם לָא הָוֵי אִיסּוּר כָּל כָּךְ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵי כְּעֻובְדָּא דְּחוֹל אֲבָל פְּקָק דְּמִשּׁוּם תּוֹסֶפֶת אֹהֶל דְּדָמֵי לְבִנְיָן לֵיכָּא לְמִישְׁרֵי מִשּׁוּם מִצְוָה:
Et de leurs paroles nous avons appris qu'on bouche et qu'on mesure. Le tefiah (petite cruche) n'est pas annulé [dans le bâtiment] comme un bouchon, ainsi qu'on le dit au chapitre Hayachen (Soukka 28a) à propos du drap ; on peut répondre qu'on l'annule davantage qu'un drap. On ne peut pas dire non plus qu'un bouchon pour une mitsva fait exception, comme on le dit à la fin de notre traité (157b) à propos du mesurage : là-bas l'interdit n'est pas si grave, il vient seulement de ce que cela ressemble à une activité de semaine ; le bouchon, lui, relève de l'ajout de tente (tossefet ohel), semblable à la construction, et on ne peut le permettre à cause d'une mitsva.
💡 Explication

Rabbi Yits'hak Nappa'ha tranche comme Rabbi Eliezer : on ne bouche la fenêtre qu'avec un bouchon attaché et suspendu. Rav Amram objecte par une michna (157a) : des Sages ont bouche une lucarne avec une cruche, qui n'était pas attachée.

5
אֲמַר לֵיהּ [אַבַּיֵּי]: מַאי דַּעְתָּיךְ — מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי סְתָמָא, נֶגֶר הַנִּגְרָר נָמֵי סְתָמָא הִיא. וַאֲפִילּוּ הָכֵי — מַעֲשֶׂה רַב.

[Abaye] lui dit : quelle est ta pensée ? Parce que [cette michna] est enseignée anonymement ?

[La michna du] verrou traîne (negar hanigrar) est aussi anonyme. Et malgré cela, un fait est déterminant (maasse rav).

📜 Rachi (3)
מַאי דַּעְתָּיךְ דְּמוֹתְבַתְּ לְרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא מֵהָא מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי לָךְ הָא מַנִּי רַבָּנַן הִיא וְאִי מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי לָהּ סְתָמָא מוֹתְבַתְּ לֵיהּ דְּמִדְּסָתַם לָן כְּרַבָּנָן הִלְכְתָא כְּוָתַיְיהוּ:
Quelle est ta pensée : toi qui objectes à Rabbi Yits'hak Nappa'ha à partir de cela ? Il pourrait te répondre : cette [michna] est selon les Sages. Et si c'est parce qu'elle est enseignée anonymement que tu lui objectes, puisque [le rédacteur] a enseigné anonymement comme les Sages, la halakha est comme eux ?
נֶגֶר הַנִּגְרָר נָמֵי סְתָמָא קָתָנֵי לָהּ וְסָתַם לָן בְּהָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָסוּר:
Le verrou traîne aussi est anonyme : il est enseigné anonymement, et là on a enseigné anonymement comme Rabbi Eliezer, qui interdit.
מַעֲשֶׂה רַב לְמֵילַף מִינֵּיהּ דְּכֵיוָן דִּסְמִיךְ לְמֶיעְבַּד עֻובְדָּא לְקֻולָּא ש"מ הִלְכְתָא הִיא:
Un fait est déterminant : pour en tirer une leçon ; puisqu'ils se sont appuyés [sur cette règle] pour agir de façon indulgente, on en déduit que c'est la halakha.
💡 Explication

Abaye neutralise l'argument de la michna anonyme (stam michna) : il existe aussi une michna anonyme selon Rabbi Eliezer (le verrou traîne, Erouvin 101b). La Guemara conclut : maasse rav, un acte effectivement accompli par des Sages pèse davantage. La halakha suit donc les Sages.

🖼️ Schéma
La halakha sur le bouchon de la fenêtre R. Yits'hak Nappa'ha halakha comme Rabbi Eliezer Rav Amram objecte michna : on bouche, mesuré, noué Abaye negar hanigrar est aussi une michna anonyme Conclusion : maasse rav le récit d'un acte l'emporte : on suit les Sages
De la décision de Rabbi Yits'hak Nappa'ha à la conclusion maasse rav.
6
מַתְנִי׳ כָּל כִּיסּוּיֵי הַכֵּלִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בֵּית אֲחִיזָה — נִיטָּלִין בְּשַׁבָּת. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּכִיסּוּי קַרְקָעוֹת, אֲבָל בְּכִיסּוּי הַכֵּלִים — בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת.

Michna. Tous les couvercles d'ustensiles qui ont une poignée se déplacent le Chabbat.

Rabbi Yossi a dit : de quoi parle-t-on ? Des couvercles de sol ; mais les couvercles d'ustensiles, dans un cas comme dans l'autre, se déplacent le Chabbat.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בְּכִיסּוּי קַרְקַע כְּגוֹן כִּיסּוּי בּוֹר וְדוּת דְּהָוֵי כְּבוֹנֶה אִי לָאו דְּמוֹכְחָא בֵּית אֲחִיזָה דִּילָּה דִּלְמַשְׁקִיל וְאַהֲדוּרֵי עֲבִיד:
Michna. Couvercle de sol : par exemple le couvercle d'une fosse ou d'une citerne, ce qui ressemblerait à construire si sa poignée ne montrait pas qu'on le fait pour l'enlever et le remettre.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' כָּל כִּסּוּי הַכֵּלִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶן בֵּית אֲחִיזָה נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת. אָמַר ר' יוֹסֵי בד"א בְּכִסּוּי קַרְקָעוֹת אֲבָל בְּכִסּוּי כֵּלִים בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ נִיטָּלִין בַּשַּׁבָּת:
Michna. Tous les couvercles d'ustensiles qui ont une poignée se déplacent le Chabbat. Rabbi Yossi a dit : de quoi parle-t-on ? Des couvercles de fosses (kissouy karkaot) ; mais les couvercles d'ustensiles, dans un cas comme dans l'autre, se déplacent le Chabbat.
💡 Explication

Un couvercle de sol (kissouy karka, fosse ou citerne) fait partie du sol ; le poser ressemble à bâtir. La poignée (beit ahiza) montre qu'il est fait pour être retiré. Pour Rabbi Yossi, le couvercle d'un ustensile se déplace même sans poignée.

7
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן. דְּכֻולֵּי עָלְמָא כִּסּוּי קַרְקָעוֹת, אִם יֵשׁ לָהֶן בֵּית אֲחִיזָה — אִין, אִי לָא — לֹא. כִּסּוּי הַכֵּלִים, אַף עַל גַּב דְּאֵין לָהֶם בֵּית אֲחִיזָה.

Guemara. Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rabbi Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela à condition qu'ils aient statut d'ustensile.

Tous reconnaissent que les couvercles de sol, s'ils ont une poignée, oui ; sinon, non. Les couvercles d'ustensiles, [on les déplace] même s'ils n'ont pas de poignée.

📜 Rachi (2)
גמ' א"ר יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶם דְּכִיסּוּיִין הַלָּלוּ חֲזוּ לְתַשְׁמִישׁ דְּעָלְמָא אֲבָל כִּיסּוּי כְּלִי לָא אָמְרִינַן כְּלִי הוּא:
Guemara. Rabbi Yo'hanan a dit : à condition qu'ils aient statut d'ustensile : que ces couvercles soient aptes à un usage courant ; mais pour le couvercle d'un ustensile, on ne dit pas qu'il est un ustensile.
ודכ"ע מִשּׁוּם דְּאוֹקְמָא ר' יוֹחָנָן בְּשֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ לְמֵימַר דְּכִי פְּלִיגִי רַבָּנָן בְּכֵלִים דְּחַבְּרִינְהוּ בְּאַרְעָא פְּלִיגִי דְּאִילּוּ כֵּלִים דְּעָלְמָא אע"ג דְּלֵית לְהוּ לְכִיסּוּיֵיהֶן בֵּית אֲחִיזָה מִיטַּלְטְלִי דְּכֵיוָן דִּבְאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן קָייְמִי מַה לִי אִיכָּא בֵּית אֲחִיזָה מַה לִי לֵיכָּא בֵּית אֲחִיזָה אֶלָּא בְּכִיסּוּי כֵּלִים הַמְחֻובָּרִי' לַקַּרְקַע כְּגוֹן תַּנּוּר וְכִירַיִם הוּא דִּפְלִיגִי מִשּׁוּם דְּדָמוּ בְּמִקְצָת לְכִיסּוּי בּוֹר וְדוּת וְגָזְרִינַן הָנֵי אַטּוּ הָנֵי:
Et tous reconnaissent : puisque Rabbi Yo'hanan a établi [la michna] dans le cas où ils ont statut d'ustensile, il lui a fallu dire que la divergence des Sages porte sur les ustensiles qu'on a fixés au sol. Les ustensiles ordinaires, même si leurs couvercles n'ont pas de poignée, se déplacent : puisqu'ils ont statut d'ustensile, qu'importe qu'il y ait une poignée ou non. Ils divergent seulement sur les couvercles d'ustensiles fixés au sol, comme le four (tanour) et le réchaud (kirayim), parce qu'ils ressemblent en partie au couvercle d'une fosse ou d'une citerne, et nous décrétons pour ceux-ci à cause de ceux-là.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan exige le statut d'ustensile pour le couvercle lui-même. Dès lors, la michna ne peut pas opposer les Sages sur les couvercles d'ustensiles ordinaires : tous les permettent. La divergence est déplacée vers un cas intermédiaire.

🖼️ Schéma
Déplacer un couvercle le Chabbat (michna et Rabbi Yo'hanan) Condition générale (R. Yo'hanan) : statut d'ustensile (torat keli) Couvercle de fosse ou de citerne (karka) Couvercle d'ustensile fixé au sol (four, réchaud) Couvercle d'ustensile ordinaire Tous : seulement avec poignée (beit ahiza) Divergence Tanna kamma : on décrète R. Yossi : on ne décrète pas Tous : permis même sans poignée Autre version : la divergence porte sur le couvercle du four ; l'un l'assimile au couvercle de fosse, l'autre au couvercle d'ustensile
Trois catégories de couvercles et le lieu de la divergence.
8
כִּי פְּלִיגִי בְּכֵלִים דְּחַבְּרִינְהוּ בְּאַרְעָא. מַר סָבַר גָּזְרִינַן, וּמַר סָבַר לָא גָּזְרִינַן.

Ils divergent sur les ustensiles qu'on a fixés au sol : l'un pense qu'on décrète, l'autre pense qu'on ne décrète pas.

💡 Explication

Le Tanna kamma étend l'exigence de poignée aux ustensiles fixés au sol par décret (gezera), à cause de leur ressemblance avec le couvercle d'une fosse ; Rabbi Yossi ne décrète pas.

9
לִישָּׁנָא אַחְרִינָא: כִּי פְּלִיגִי בְּכִיסּוּי תַּנּוּר, מָר מְדַמֵּי לֵיהּ לְכִיסּוּי קַרְקַע, וּמָר מְדַמֵּי לֵיהּ לְכִיסּוּי כֵּלִים.

Autre version : ils divergent sur le couvercle du four ; l'un l'assimile à un couvercle de sol, l'autre l'assimile à un couvercle d'ustensile.

💡 Explication

Selon cette version, la divergence porte sur la nature même du four (tanour), fixé au sol, et donc de la catégorie de son couvercle.

10
הַדְרָן עֲלָךְ כָּל הַכֵּלִים

Nous reviendrons à toi, Kol hakelim (fin du chapitre Tous les ustensiles).

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁיֵּשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן. דְּכֻולֵּי עָלְמָא כִּסּוּי קַרְקָעוֹת אִם יֵשׁ לָהֶן בֵּית אֲחִיזָה אִין אִי לָא לָא כִּסּוּי כֵּלִים אע"ג דְּלֵית לְהוּ בֵּית אֲחִיזָה שָׁרִי. כִּי פְּלִיגִי בְּכֵלִים וְחַבְּרִינְהוּ בְּאַרְעָא ת"ק סָבַר גָּזְרִינַן וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר לָא גָּזְרִינַן. וְהִלְכְתָא כְּתַנָּא קַמָּא. וְנִרְאֶה לִי שִׁגְגַת סוֹפֵר דְּאִיהוּ גּוּפֵיהּ הֵבִיא לְעֵיל הָא דְּאָמַר רָבִינָא כְּמַאן מְטַלְטְלִינַן הָאִידָּנָא כִּסּוּי תַּנּוּרָא דְּמָתָא מְחַסְיָא דְּלֵית לְהוּ בֵּית אֲחִיזָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְרַבִּי יוֹסֵי אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וְאָזֵיל לְטַעְמָא דְּהָכָא וְרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב וְלֵית הִלְכְתָא כְּתַנָּא קַמָּא וְטָעָה הַסּוֹפֵר: הַדְרָן עֲלָךְ כָּל הַכֵּלִים
Guemara. Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rav Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : et cela à condition qu'ils aient statut d'ustensile. Tous reconnaissent que les couvercles de fosses, s'ils ont une poignée, oui ; sinon, non ; les couvercles d'ustensiles, même s'ils n'ont pas de poignée, c'est permis. Ils divergent sur les ustensiles qu'on a fixés au sol : le Tanna kamma pense qu'on décrète et Rabbi Yossi pense qu'on ne décrète pas. Et la halakha est comme le Tanna kamma. Il me semble que c'est une erreur de copiste, car lui-même [le Rif] a rapporté plus haut ce qu'a dit Ravina : selon qui déplaçons-nous aujourd'hui les couvercles des fours de Mata Mehassia, qui n'ont pas de poignée ? Selon Rabbi Eliezer ben Yaakov ; et Rabbi Yossi a parlé au nom de Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui suit ici sa propre logique. Rav Alfas z.l. a donc écrit : et la halakha n'est pas comme le Tanna kamma, et le copiste s'est trompé. Nous reviendrons à toi, Kol hakelim.
💡 Explication

Formule de clôture du chapitre (hadran). Le Roch discute ici le psak du Rif : il lit chez lui que la halakha n'est pas comme le Tanna kamma, puisque Ravina déplaçait les couvercles des fours de Mata Mehassia sans poignée.

11
מַתְנִי׳ מְפַנִּין אֲפִילּוּ אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת שֶׁל תֶּבֶן וְשֶׁל תְּבוּאָה מִפְּנֵי הָאוֹרְחִים, וּמִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ. אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר.

Michna. On dégage même quatre ou cinq paniers de paille ou de grain à cause des invités et à cause de l'interruption de l'étude à la maison d'étude (bitoul beit hamidrach) ; mais pas l'entrepôt.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מְפַנִּין אִם צָרִיךְ לִמְקוֹמָן לְהוֹשִׁיב שָׁם אוֹרְחִים לְהָסֵב בִּסְעוּד' אוֹ תַּלְמִידִים לִדְרָשָׁה וְלָא חָיְישִׁינַן לְטִרְחָא דְּשַׁבָּת:
Michna. On dégage : si l'on a besoin de leur place pour installer des invités à table ou des élèves pour l'enseignement ; et on ne tient pas compte de l'effort le Chabbat.
אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Mais pas l'entrepôt : on l'explique dans la Guemara.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' מְפַנִּין אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ כַּמָּה שִׁיעוּר קֻופּוֹת כְּהַהוּא דִּתְנֵינַן שְׁלֹשָׁה קֻופּוֹת שֶׁל שְׁלֹשָׁה סְאִין:
On dégage quatre et cinq paniers : dans le Yerouchalmi on explique la mesure de ces paniers comme dans ce que nous avons appris : trois paniers de trois se'a.
💡 Explication

Début du chapitre Mefanin. Dégager des paniers est un effort (tirha) que l'on évite le Chabbat ; la michna le permet pour deux mitsvot : l'accueil des invités et l'étude. Le sens de mais pas l'entrepôt (otsar) est discuté plus bas.

12
מְפַנִּין תְּרוּמָה טְהוֹרָה, וּדְמַאי, וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁנִּיטְּלָה תְרוּמָתוֹ, וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁנִּפְדּוּ, וְהַתּוֹרְמוֹס הַיָּבֵשׁ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְעִזִּים.

On déplace la terouma pure, le demai, le premier dîme (maasser rishon) dont la terouma a été prélevée, le second dîme (maasser cheni) et les biens consacrés (hekdech) qui ont été rachetés, et le lupin sec, parce que c'est une nourriture pour les chèvres.

📜 Rachi (1)
מְפַנִּין תְּרוּמָה טְהוֹרָה כְּלוֹמַר וּמַהוּ מְפַנִּין דָּבָר הָרָאוּי כְּגוֹן אֵלּוּ תְּרוּמָה טְהוֹרָה דַּחֲזֵי לְבֶהֱמַת כֹּהֵן אֲבָל תְּרוּמָה טְמֵאָה לֹא דַּאֲפִילּוּ לְבֶהֱמַת כֹּהֵן לָא חָזְיָא בְּשַׁבָּת דאע"ג דִּבְחוֹל חָזְיָא כִּדְתַנְיָא בְּכָל שָׁעָה בִּפְסָחִים (דַּף לב.) שֶׁאִם רָצָה כֹּהֵן מְרִיצָהּ לִפְנֵי הַכֶּלֶב בְּשַׁבָּת וּבְיוֹם טוֹב לָא חַזְיָא דְּזוֹ הִיא בִּיעוּרָהּ מִן הָעוֹלָם אוֹ לְהֶיסֵּק אוֹ לִבְהֵמָה וְאֵין מְבַעֲרִין תְּרוּמָה טְמֵאָה וְקָדָשִׁים טְמֵאִין בְּיוֹם טוֹב כְּדִתְנַן (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף כג.) וְאֵין מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן שְׂרֵיפָה בְּיוֹם טוֹב וְאוֹקֵימְנָא טַעְמָא מִשּׁוּם דְּאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב:
On déplace la terouma pure : c'est-à-dire, que déplace-t-on ? Une chose apte [à un usage], comme celles-ci : la terouma pure, qui convient à la bête d'un cohen ; mais pas la terouma impure, qui même pour la bête d'un cohen ne convient pas le Chabbat. En semaine elle convient, comme il est enseigné au chapitre Bekhol chaa dans Pessahim (32a) : s'il le veut, le cohen la jette devant le chien ; le Chabbat et le jour de fête elle ne convient pas, car c'est là sa destruction du monde, soit par le feu soit par la bête, et on ne détruit pas la terouma impure et les saintetés impures le jour de fête, comme nous avons appris (plus haut, Chabbat 23a) : on n'allume pas avec l'huile à brûler le jour de fête ; et nous avons établi la raison : parce qu'on ne brûle pas les saintetés le jour de fête.
💡 Explication

Sont permis les produits aptes à un usage le Chabbat. La terouma pure se mange par un cohen ; le demai peut être mangé par un pauvre et on peut en prélever la dîme ; le lupin sec, immangeable pour l'homme, nourrit les chèvres.

🖼️ Schéma
Michna Mefanin : ce qu'on déplace et ce qu'on ne déplace pas On déplace (apte à un usage) On ne déplace pas (mouktse) Terouma pure (bête du cohen) Tevel (non prélevé) Demai (doute de dîme) Maasser rishon sans sa terouma Maasser rishon, terouma prélevée Maasser cheni, hekdech non rachetés Maasser cheni, hekdech rachetés Louf cru (RCBG : permis, corbeaux) Lupin sec (nourriture des chèvres) Moutarde (hardal) Bottes de paille, de bois, de zeradim : permis si préparées la veille pour les bêtes
Liste de la michna : permis et interdits.
13
אֲבָל לֹא אֶת הַטֶּבֶל, וְלֹא אֶת מַעֲשֵׂר [רִאשׁוֹן] שֶׁלֹּא נָטְלָה תְּרוּמָתוֹ, וְלֹא אֶת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁלֹּא נִפְדּוּ, וְלֹא אֶת הַלּוּף, וְלֹא אֶת הַחַרְדָּל. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר בַּלּוּף, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכַל עוֹרְבִין.

Mais pas le tevel, ni le premier dîme dont la terouma n'a pas été prélevée, ni le second dîme et les biens consacrés qui n'ont pas été rachetés, ni le louf, ni la moutarde. Rabban Chimon ben Gamliel permet le louf, parce que c'est une nourriture pour les corbeaux.

📜 Rachi (2)
לוּף מִין קִטְנִיּוֹת שֶׁאֵינוֹ רָאוּי חַי אֲפִילּוּ לִבְהֵמָה:
Louf : une sorte de légumineuse qui, crue, ne convient même pas aux bêtes.
לְעוֹרְבִין כְּגוֹן עֲשִׁירִים שֶׁמְּגַדְּלִין עוֹרְבִין לִגְדֻולָּה:
Pour les corbeaux : par exemple les riches qui élèvent des corbeaux par prestige.
💡 Explication

Le tevel (produit dont on n'a pas prélevé les dîmes) et les produits non rachetés sont interdits à la consommation, donc mouktse. Le louf (arum) cru n'est bon pour aucun animal courant ; Rabban Chimon ben Gamliel tient compte de ceux qui élèvent des corbeaux.

14
חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִים, אִם הִתְקִינָן לְמַאֲכַל בְּהֵמָה — מְטַלְטְלִין אוֹתָן. וְאִם לָאו — אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן.

Les bottes de paille, les bottes de bois et les bottes de zeradim : si on les a préparées pour la nourriture des bêtes, on les déplace ; sinon, on ne les déplace pas.

📜 Rachi (1)
זְרָדִים מִין קָנִים הֵם שֶׁמְּזָרְדִים כְּשֶׁהֵן רַכִּים וְאוֹכְלִים אוֹתָם:
Zeradim : une sorte de roseaux que l'on émonde lorsqu'ils sont tendres, et qu'on mange.
💡 Explication

Ces bottes sont normalement destinées au chauffage ou à la construction ; elles ne deviennent déplaçables que par une destination préalable (hakhana) à la nourriture des bêtes.

15
גְּמָ׳ הַשְׁתָּא חָמֵשׁ מְפַנִּין, אַרְבַּע מִיבַּעְיָא?!

Guemara. Maintenant qu'on dégage cinq, faut-il dire quatre ?!

💡 Explication

La michna dit quatre et cinq : si cinq est permis, mentionner quatre semble inutile.

16
אָמַר רַב חִסְדָּא: אַרְבַּע מֵחָמֵשׁ, (אִיכָּא דְאָמְרִי: אַרְבַּע מֵאוֹצָר קָטָן) וְחָמֵשׁ מֵאוֹצָר גָּדוֹל.

Rav Hisda a dit : quatre sur cinq ; (certains disent : quatre d'un petit entrepôt) et cinq d'un grand entrepôt.

📜 Rachi (2)
גְּמ' אַרְבַּע מֵחָמֵשׁ אִם לֹא הָיָה שָׁם אֶלָּא כְּשִׁיעוּר ה' קֻופּוֹת לֹא יִפְנֶה אֶלָּא ד' מֵהֶם שֶׁאָסוּר לִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר דִּילְמָא חֲזִי גֻּומּוֹת בְּקַרְקָעִיתוֹ וּמְשַׁוֵּי לְהוּ:
Guemara. Quatre sur cinq : s'il n'y avait là que la mesure de cinq paniers, on n'en dégage que quatre, car il est interdit de vider entièrement l'entrepôt : peut-être verra-t-il des creux dans le sol et les égalisera-t-il.
מֵאוֹצָר גָּדוֹל וְאִם יֵשׁ הַרְבֵּה אֵין מְפַנִּין אֶלָּא חָמֵשׁ דְּחָיְישִׁינַן לְטִירְחָא:
D'un grand entrepôt : et s'il y en a beaucoup, on n'en dégage que cinq, car on se soucie de l'effort.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' הַשְׁתָּא חָמֵשׁ מְפַנִּין אַרְבַּע מִבַּעְיָא. אָמַר רַב חִסְדָּא אַרְבַּע מֵחָמֵשׁ וְחָמֵשׁ מֵאוֹצָר גָּדוֹל. וּמַאי אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר שֶׁלֹּא יַתְחִיל בָּאוֹצָר תְּחִלָּה. וּמַנִּי ר' יְהוּדָה הִיא דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר אַרְבַּע וְחָמֵשׁ כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי וְאִי בָּעֵי אֲפִילּוּ טוּבָא. וּמַאי אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר שֶׁלֹּא יִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר דִּלְמָא אָתֵי לְאַשְׁווֹיֵי גֻּומּוֹת אֲבָל אַתְחוֹלֵי מַתְחֲלִינַן. וּמַנִּי רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא דְּלֵית לֵיהֲמוּקְצָהּ. וְהָא מִילְּתָא חָזֵינָא בֵּיהּ פְּלֻוגְתָּא בֵּינֵי רַבְּווָתָא אִיכָּא מַאן דְּפָסַק כְּרַב חִסְדָּא מִשּׁוּם דְּסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתָּא אָזְלָא כְּוָותֵיהּ וּסְתָם מַתְנִיתִין נָמֵי כְּוָותֵיהּ וּגְמָרָא דְּשָׁקִיל וְטָרֵי לְפָרוֹשֵׁי טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין. וְאִיכָּא מַאן דִּפְסִיק כִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּמוּקֵי מַתְנִיתִין כַּר' שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וקי"ל כְּוָותֵיהּ. והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כָּתַב דקי"ל כְּרַב חִסְדָּא מִשּׁוּם דְּסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתָּא כְּרַב חִסְדָּא. וּבְפֵירוּשׁ אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר קַיְימָא לַן כִּשְׁמוּאֵל שֶׁלֹּא יִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר. וְרַב חִסְדָּא לְטַעְמֵיהּ דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה דְּאָמַר בָּשָׂר תַּפּוּחַ אָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְלָא קי"ל כְּוָותֵיהּ אֶלָּא כר"ש קי"ל בְּמֻוקְצֶה בֵּין לַאֲכִילָה בֵּין לְטִלְטוּל. וְלֹא תִּקְשֶׁה לָךְ חֲדָא כְּרַב חִסְדָּא וַחֲדָא כִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּלָא הָא בְּהָא תַּלְיָא עַד כָּאן דְּבָרָיו. וַאֲנִי אוֹמֵר דְּוַדַּאי כֵּן מַשְׁמַע פֶּרֶק מַשִּׁילִין (בֵּיצָה דַּף לה:) דְּהִלְכְתָא כְּרַב חִסְדָּא וְכִשְׁמוּאֵל דְּקָאָמַר הָתָם עַל מַשִּׁילִין פֵּירוֹת דֶּרֶךְ אֲרֻובָּה בְּיוֹם טוֹב עַד כַּמָּה וְכוּ' עַד כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ מְפַנִּין ד' וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת ד' וָהּ' אִין טְפֵי לָא וְהַייְנוּ כְּרַב חִסְדָּא וּבָתַר הָכִי קָאָמַר תְּנַן אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר שֶׁלֹּא יִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר וְהַייְנוּ כִּשְׁמוּאֵל. וּמַה שֶׁנִּסְתַּלֵּק רַב אִלְפָּס בְּלֹא הֶכְרֵעַ לְפִי שֶׁאִם נְפָרֵשׁ הַמִּשְׁנָה כְּרַב חִסְדָּא אִם כֵּן אִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר אֶלָּא שֶׁלֹּא יַתְחִילוּ אֶת הָאוֹצָר תְּחִלָּה דְּאִי שֶׁלֹּא יִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר מִשּׁוּם אַשְּׁווּיֵי גֻּומּוֹת הַייְנוּ רֵישָׁא אַרְבַּע מֵחָמֵשׁ. וְאִי פָּסְקִינַן כְּרַב חִסְדָּא הֲוָה צָרְכִינַן לְמֵימַר דְּהַךְ סְתָמָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא קי"ל כְּוָותֵיהּ בְּמֻוקְצֶה וְקַשְׁיָא לָן בְּסוֹף מְכִילְתִּין דַּף קָנוּ: גַּבֵּי הָא דְּקָאָמַר וְאַף ר' יוֹחָנָן סָבַר כר"ש וּפָרִיךְ מִי א"ר יוֹחָנָן הָכִי וְהָא א"ר יוֹחָנָן הִלְכְתָא כִּסְתַם מִשְׁנָה וּתְנַן אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים מִן הַקּוֹרָה וְכוּ' וְאַמַּאי לָא פָּרֵיךְ לֵיהּ מִמַּתְנִיתִין דְּהָכָא. וְכֵן בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת יוֹם טוֹב דְּקָאָמַר גַּבֵּי שַׁבָּת דִּסְתַם לַן תְּנָא כר"ש דִּתְנַן מְחַתְּכִין אֶת הַדִּלּוּעִין וְכוּ' וְגַבֵּי יוֹם טוֹב סָתַם לַן תַּנָּא כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּתְנַן אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים מִן הַקּוֹרָה וְכוּ' וְאִי מִיפָּרְשָׁא מַתְנֵי' כְּרַב חִסְדָּא הָא אִיכָּא הַךְ סְתָמָא כְּרַבִּי יְהוּדָה לְעִנְיַן שַׁבָּת. וּלְכָךְ נִסְתַּפֵּק רַב אִלְפָּס בִּפְסַק זֶה דְּוַדַּאי סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין הָכָא וּבְיוֹם טוֹב כְּרַב חִסְדָּא וְהָיָה קָשֶׁה לוֹ לְפָרֵשׁ סְתָם מַתְנִיתִין כְּרַבִּי יְהוּדָה: רַב אִלְפָּס הֵבִיא שְׁתֵּי בָּרָיְיתוֹת אַחַת אֵין מַתְחִילִין בָּאוֹצָר תְּחִלָּה וְהַשְּׁנִיָּה תְּבוּאָה צְבוּרָה וְכוּ' וְתַרְוַוייְהוּ אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְלֹא יָכֹולְתִּי לַעֲמֹוד עַל דַּעְתּוֹ לָמָּה כְּתָבָן: אִיבַּעְיָא לְהוּ הָנֵי אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת דְּקָאָמַר בְּאַרְבַּע וְחָמֵשׁ אִין טְפֵי לָא אַלְמָא מִעוּטֵי בְּהִלּוּכָא עָדִיף אוֹ דִּלְמָא מִעוּטֵי בְּמַשּׂוֹי עָדִיף. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא וְעָבְדִינַן כִּפְשָׁטָא דְּמַתְנִיתִין אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת אִין טְפֵי לָא: אִיבַּעְיָא לְהוּ הָנֵי אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת דְּקָאָמַר אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא אוֹרְחִים טוּבָא אוֹ דִּילְמָא הַכֹּל לְפִי הָאוֹרְחִין ואת"ל הַכֹּל לְפִי הָאוֹרְחִין חַד גַּבְרָא מְפַנֵּי לְכֻולְּהוּ אוֹ דִּלְמָא כָּל חַד וְחַד מְפַנֵּי לְנַפְשֵׁיהּ. וּפָשְׁטִינַן לָהּ הַכֹּל לְפִי הָאוֹרְחִין אֲבָל אִי כָּל חַד וְחַד מְפַנֵּי לְנַפְשֵׁיהּ לָא אִיפְּשׁוּט. וְכֵיוָן דְּאִיסּוּרָא הוּא עָבְדִינַן לְחוּמְרָא וְכָל חַד וְחַד מְפַנֵּי לְנַפְשֵׁיהּ. וְדַווְקָא מִפְּנֵי הָאוֹרְחִין וּמִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ דְּמִצְוֹת נִינְהוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן גְּדוֹל הַכְנָסַת אוֹרְחִים כְּהַשְׁכָּמַת בֵּית הַמִּדְרָשׁ דְּקָתָנֵי מִפְּנֵי הָאוֹרְחִין וּמִפְּנֵי בִּיטּוּל בהמ"ד וְרַב דִּימִי אָמַר גְּדוֹלָה הַכְנָסַת אוֹרְחִים מֵהַשְׁכָּמַת בהמ"ד מִדְּקָתָנֵי מִפְּנֵי הָאוֹרְחִים וַהֲדַר תָּנֵי מִפְּנֵי בִּיטּוּל בהמ"ד אֲבָל שֶׁלֹּא בִּמְקוֹם מִצְוָה לֹא:
Guemara. Maintenant qu'on déplace cinq, faut-il dire quatre ? Rav Hisda a dit : quatre sur cinq, et cinq d'un grand entrepôt. Et que signifie : mais pas l'entrepôt ? Qu'on ne commence pas un entrepôt pour la première fois. Selon qui ? Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse. Et Chmouel a dit : quatre et cinq, comme les gens le disent, et s'il le veut, même beaucoup. Et que signifie : mais pas l'entrepôt ? Qu'on ne termine pas l'entrepôt, de peur qu'il en vienne à égaliser des creux (goumot) ; mais commencer, on commence. Selon qui ? Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse. J'ai vu sur ce point une divergence entre les maîtres. Certains tranchent comme Rav Hisda, parce que la sougya de ce passage suit son avis, que la michna anonyme (setam) va aussi dans son sens, et que la Guemara discute pour expliquer la raison de la michna. D'autres tranchent comme Chmouel, parce qu'il établit la michna selon Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse, et nous tenons comme lui. Le Rav Zerahia Halevi z.l. a écrit que nous tenons comme Rav Hisda, parce que la sougya suit Rav Hisda ; et pour l'explication de : mais pas l'entrepôt, nous tenons comme Chmouel : qu'on ne termine pas l'entrepôt. Rav Hisda suit sa propre logique, puisqu'il admet le mouktse, lui qui a dit : la viande avariée (bassar tapouah) est interdite au déplacement ; or nous ne tenons pas comme lui mais comme Rabbi Chimon en matière de mouktse, qu'il s'agisse de manger ou de déplacer. Et qu'il ne te soit pas difficile [de trancher] une fois comme Rav Hisda et une fois comme Chmouel, car l'un ne dépend pas de l'autre. Fin de ses paroles. Et moi je dis que c'est certainement ce qui ressort du chapitre Machilin (Beitsa 35b) : la halakha est comme Rav Hisda et comme Chmouel. On y dit en effet, à propos de : on fait descendre des fruits par la lucarne le jour de fête, jusqu'à combien, etc., jusqu'à : comme ce que nous avons appris : on déplace quatre et cinq paniers ; quatre et cinq, oui, davantage, non ; c'est selon Rav Hisda. Ensuite on dit : nous avons appris : mais pas l'entrepôt, qu'on ne termine pas l'entrepôt ; c'est selon Chmouel. Si Rav Alfas s'est retiré sans trancher, c'est que, si l'on explique la michna selon Rav Hisda, on ne peut expliquer mais pas l'entrepôt autrement que : qu'on ne commence pas l'entrepôt pour la première fois ; car s'il s'agissait de ne pas le terminer à cause de l'égalisation des creux, ce serait identique au début : quatre sur cinq. Et si nous tranchions comme Rav Hisda, il faudrait dire que cette michna anonyme suit Rabbi Yehouda, que nous ne suivons pas en matière de mouktse. Il nous serait alors difficile [d'expliquer] la fin de notre traité (156b), à propos de : Rabbi Yo'hanan aussi pense comme Rabbi Chimon, où l'on objecte : Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : la halakha est comme la michna anonyme, et nous avons appris : on ne fend pas de bois d'une poutre, etc. ? Pourquoi n'objecte-t-on pas à partir de notre michna ici ? De même au début du traité Yom Tov (Beitsa 2b), on dit que pour le Chabbat le Tanna a enseigné anonymement selon Rabbi Chimon, car nous avons appris : on coupe les courges, etc., et pour Yom Tov il a enseigné anonymement selon Rabbi Yehouda, car nous avons appris : on ne fend pas de bois d'une poutre, etc. Or si notre michna s'expliquait selon Rav Hisda, il y aurait ici une michna anonyme selon Rabbi Yehouda pour le Chabbat. C'est pourquoi Rav Alfas est resté dans le doute sur ce psak : la sougya, ici et dans Yom Tov, suit Rav Hisda, mais il lui était difficile d'expliquer la michna anonyme selon Rabbi Yehouda. Rav Alfas a rapporté deux baraitot : l'une, on ne commence pas un entrepôt pour la première fois ; l'autre, du grain entassé, etc. ; toutes deux selon Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse, et je n'ai pu saisir sa pensée : pourquoi les a-t-il écrites ? Il leur a été demandé : ces quatre et cinq paniers dont on parle, quatre et cinq oui, davantage non ; on voit donc que réduire la marche est préférable ; ou peut-être que réduire la charge est préférable ? Cela n'a pas été tranché, et nous agissons selon le sens simple de la michna : quatre et cinq paniers, oui ; davantage, non. Il leur a été demandé : ces quatre et cinq paniers, [est-ce ainsi] même s'il y a beaucoup d'invités, ou peut-être tout dépend-il des invités ? Et si tu dis que tout dépend des invités, un seul homme déplace-t-il pour tous, ou chacun déplace-t-il pour lui-même ? Nous avons tranché que tout dépend des invités ; mais la question de savoir si chacun déplace pour lui-même n'a pas été tranchée. Puisqu'il s'agit d'un interdit, nous agissons avec rigueur : chacun déplace pour lui-même. Et cela seulement à cause des invités et à cause de l'interruption de l'étude (bitoul beit hamidrach), qui sont des mitsvot. Rabbi Yo'hanan a dit en effet : l'accueil des invités est aussi grand que d'arriver tôt à la maison d'étude, puisqu'il est enseigné : à cause des invités et à cause de l'interruption de l'étude ; et Rav Dimi a dit : l'accueil des invités est plus grand que d'arriver tôt à la maison d'étude, puisque la michna enseigne d'abord : à cause des invités, puis : à cause de l'interruption de l'étude. Hors du cadre d'une mitsva, non.
💡 Explication

Rav Hisda lit la michna comme deux limites distinctes. On ne vide pas un petit entrepôt, de peur d'égaliser des creux (achvaat goumot, travail de construction) ; dans un grand entrepôt, on se limite à cinq à cause de l'effort.

Le Roch tranche : le nombre de paniers selon Rav Hisda, le sens de mais pas l'entrepôt selon Chmouel, en s'appuyant sur Beitsa 35b.

🖼️ Schéma
Quatre et cinq paniers ; mais pas l'entrepôt Rav Hisda (Tanna = Rabbi Yehouda, admet le mouktse) Chmouel (suite en 127a, cité par le Roch) (Tanna = Rabbi Chimon, pas de mouktse) Quatre et cinq = quatre sur cinq (ne pas vider) ; ou : 4 d'un petit, 5 d'un grand entrepôt Quatre et cinq = façon de parler : même davantage si besoin Mais pas l'entrepôt = ne pas commencer un entrepôt neuf Mais pas l'entrepôt = ne pas le vider (creux du sol) Roch (d'après Beitsa 35b) : nombre de paniers selon Rav Hisda, entrepôt selon Chmouel
Rav Hisda et Chmouel sur les deux clauses de la michna.
17
וּמַאי ״אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר״ — שֶׁלֹּא יַתְחִיל בָּאוֹצָר תְּחִלָּה, וּמַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה.

Et que signifie mais pas l'entrepôt ? Qu'on ne commence pas un entrepôt pour la première fois.

Et selon qui ? C'est Rabbi Yehouda, qui admet le mouktse.

📜 Rachi (2)
מַאי אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר שֶׁלֹּא יִגְמֹור אֶת הָאוֹצָר לָא מָצֵית אָמְרַתְּ דְּהָא מֵרֵישָׁא שָׁמְעִינַן אַרְבַּע וְחָמֵשׁ:
Que signifie mais pas l'entrepôt : tu ne peux pas dire qu'on ne vide pas l'entrepôt, puisque nous l'avons déjà appris du début : quatre et cinq.
תְּחִלָּה אִם לֹא הִתְחִיל בּוֹ לְהִסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ כְּבָר לְמַאֲכָלוֹ אוֹ לְמַאֲכַל בְּהֶמְתּוֹ דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ מֻוקְצֶה וּמַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא:
Pour la première fois : si l'on n'a pas déjà commencé à s'y approvisionner pour sa nourriture ou celle de ses bêtes, car alors c'est mouktse ; et la michna est selon Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Selon Rav Hisda, l'interdit de vider l'entrepôt est déjà dans quatre sur cinq ; mais pas l'entrepôt vise donc un entrepôt jamais entamé, que son propriétaire avait écarté de son esprit : c'est du mouktse, notion admise par Rabbi Yehouda.

18
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אַרְבַּע וְחָמֵשׁ

Et Chmouel a dit : quatre et cinq

⚖️ Rosh (1)
מְפַנִּין אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קֻופּוֹת שֶׁל תֶּבֶן וְשֶׁל תְּבוּאָה מִפְּנֵי הָאוֹרְחִים וּמִפְּנֵי בִּיטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ. אֲבָל לֹא אֶת הָאוֹצָר.מְטַלְטְלִין מְפַנִּין תְּרוּמָה טְהוֹרָה וּדְמַאי וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁנִּטְלָהּ תְּרוּמָתוֹ וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁנִּפְדּוּ וְהַתּוֹרְמוֹס הַיָּבֵשׁ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְעִזִּים. אֲבָל לֹא אֶת הַטֶּבֶל וְלֹא מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁלֹּא נִיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ וְלֹא מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁלֹּא נִפְדּוּ וְלֹא אֶת הַלּוּף וְלָא אֶת הַחַרְדָּל. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר בְּלוּף מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכַל לָעוֹרְבִים:
On déplace quatre et cinq paniers de paille et de grain à cause des invités et à cause de l'interruption de l'étude, mais pas l'entrepôt. On déplace la terouma pure, le demai, le premier dîme dont la terouma a été prélevée, le second dîme et le hekdech rachetés, et le lupin sec, parce que c'est une nourriture pour les chèvres. Mais pas le tevel, ni le premier dîme dont la terouma n'a pas été prélevée, ni le second dîme et le hekdech non rachetés, ni le louf, ni la moutarde. Rabban Chimon ben Gamliel permet le louf, parce que c'est une nourriture pour les corbeaux.
💡 Explication

La phrase se poursuit au daf 127a : pour Chmouel, quatre et cinq est une manière de parler, et l'on peut en dégager davantage si nécessaire ; mais pas l'entrepôt signifie qu'on ne le vide pas entièrement. La michna suivrait alors Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).