Shabbat 127b — Juger son prochain favorablement (trois récits), puis les produits qu'on déplace le Chabbat

Shabbat 127b

Sougya : L'amud achève la liste des six choses dont on mange les fruits en ce monde : l'hospitalité et la visite des malades relèvent des actes de bonté. La baraita enseigne ensuite que celui qui juge son prochain favorablement (lekaf zekhout) sera jugé favorablement, et l'illustre par trois récits : le salarié de Haute-Galilée et son employeur, le hassid qui rachète une captive, Rabbi Yehochoua chez la matrone.

Chaque fois, le maître demande : de quoi m'avez-vous soupçonné ? et bénit ceux qui l'ont jugé favorablement. La Guemara revient ensuite à la michna Mefanin et justifie chaque produit qu'on peut déplacer le Chabbat : terouma pure chez un Israélite, demai, maasser rishon prélevé sur les épis (Rabbi Abbahou au nom de Rech Lakich, et la question de Rav Pappa à Abaye), maasser cheni racheté sans le cinquième, et lupin sec.

Trois récits : l'acte suspect et le jugement favorable Personnage Acte qui pouvait être suspect Jugement favorable des disciples Employeur (salarié de Galilée) Refuse argent, fruits, terre, bêtes, coussins Marchandise achetée, bête louée, terre affermée, fruits non prélevés, biens consacrés Le hassid (captive rachetée) La fait coucher à ses pieds, s'immerge le matin Un élève pas encore éprouvé ; accident nocturne (keri) du à la fatigue du chemin Rabbi Yehochoua (la matrone) Ôte ses tefilin, ferme la porte, s'immerge en sortant Pas de sainteté dans un lieu impur ; affaire du royaume ; salive sur ses vêtements Chaque fois : par le Service du Temple, il en fut ainsi. De même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement.
Les trois récits de la baraita sur le jugement favorable (lekaf zekhout).
Michna Mefanin : pourquoi la Guemara précise chaque cas Terouma pure chez un Israélite : apte au cohen, donc permis Demai il peut déclarer ses biens hefker et devenir pauvre Maasser rishon prélevé sur les épis : dispensé de terouma guedola Maasser cheni racheté sans le cinquième : le homech n'empêche pas Lupin sec seulement ; mouillé il est amer, la bête ne le mange pas Question récurrente : Pchita ! (c'est évident) - Réponse : lo tserikha, le cas non évident
Les produits de la michna Mefanin et la raison que la Guemara donne pour chacun.
1
הָנֵי נָמֵי, (בִּגְמִילוּת חֲסָדִים שָׁיְיכִי. לִישָּׁנָא אַחְרִינָא: הָנֵי) בְּהָנֵי שָׁיְיכִי.

Ceux-là aussi (relèvent des actes de bonté). Autre version : ceux-ci relèvent de ceux-là.

📜 Rachi (1)
ה"ג הָנֵי נָמֵי בְּהָנֵי שָׁיְיכִי הַכְנָסַת אוֹרְחִים וּבִיקּוּר חוֹלִים הַייְנוּ גְּמִילוּת חֲסָדִים וְעִיּוּן תְּפִלָּה הַייְנוּ בִּכְלַל גְּמִילוּת חֲסָדִים דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי י״א:י״ז) גֹּומֵל נַפְשׁוֹ אִישׁ חָסֶד הַשְׁכָּמַת בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְגִידּוּל בָּנִים לְתַלְמוּד תּוֹרָה הַיְינוּ תַּלְמוּד תּוֹרָה דָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת בִּכְלַל הֲבָאַת שָׁלוֹם דְּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא מַכְרִיעוֹ לִזְכוּת וְאָמַר לֹא חֲטָא לִי בָּזֹאת אָנוּס הָיָה אוֹ לְטוֹבָה נִתְכַּווֵּן יֵשׁ שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶן וְרַבִּי יוֹחָנָן לְפָרֵשׁ לָךְ אֲתָא דְּבִכְלַל ג' דְּמַתְנִיתִין אִיתַנְהוּ לְהָנָךְ ו' וְאִיכָּא נָמֵי לִכְבוֹד אָב וָאֵם וְרַבִּי יוֹחָנָן לָא פְּלִיג עָלֶיהָ:
Telle est la lecture : ceux-ci aussi relèvent de ceux-là. L'hospitalité et la visite des malades, c'est la bienfaisance (guemilout hassadim) ; la concentration dans la prière est incluse dans la bienfaisance, comme il est écrit (Michle 11, 17) : l'homme bienfaisant fait du bien à son âme. Se rendre tôt à la maison d'étude et élever ses fils pour l'étude de la Torah, c'est l'étude de la Torah. Juger son prochain favorablement est inclus dans l'établissement de la paix : puisqu'il le fait pencher du côté du mérite et se dit : il n'a pas fauté envers moi en cela, il y a été contraint, ou il avait une bonne intention, il y a la paix entre eux. Rabbi Yo'hanan vient donc t'expliquer que ces six choses sont incluses dans les trois de la michna ; et il y a aussi l'honneur du père et de la mère, sur lequel Rabbi Yo'hanan n'est pas en désaccord.
💡 Explication

La Guemara concilie deux listes : la michna de Pea compte trois choses dont on mange les fruits en ce monde (honorer ses parents, guemilout hassadim, établir la paix), la liste de Rabbi Yo'hanan en compte six. Réponse : les six sont des subdivisions des trois.

Selon Rachi, juger favorablement (lekaf zekhout) relève de l'établissement de la paix, car celui qui excuse son prochain reste en paix avec lui.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: הַדָּן חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת — דָּנִין אוֹתוֹ לִזְכוּת. וּמַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁיָּרַד מִגָּלִיל הָעֶלְיוֹן וְנִשְׂכַּר אֵצֶל בַּעַל הַבַּיִת אֶחָד בַּדָּרוֹם שָׁלֹשׁ שָׁנִים. עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים אָמַר לוֹ: תֵּן לִי שְׂכָרִי, וְאֵלֵךְ וְאָזוּן אֶת אִשְׁתִּי וּבָנַי. אָמַר לוֹ: אֵין לִי מָעוֹת. אָמַר לוֹ: תֵּן לִי פֵּירוֹת. אָמַר לוֹ: אֵין לִי. תֵּן לִי קַרְקַע — אֵין לִי. תֵּן לִי בְּהֵמָה — אֵין לִי. תֵּן לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת — אֵין לִי. הִפְשִׁיל כֵּלָיו לַאֲחוֹרָיו, וְהָלַךְ לְבֵיתוֹ בְּפַחֵי נֶפֶשׁ.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui juge son prochain favorablement, on le juge favorablement. Il arriva qu'un homme descendit de Haute-Galilée et se loua chez un maître de maison dans le Sud pendant trois ans.

La veille de Yom Kippour, il lui dit : donne-moi mon salaire, que j'aille nourrir ma femme et mes enfants. Il lui dit : je n'ai pas d'argent.

Il lui dit : donne-moi des fruits. Il lui dit : je n'en ai pas.

Donne-moi une terre. - Je n'en ai pas. Donne-moi une bête. - Je n'en ai pas.

Donne-moi des coussins et des couvertures. - Je n'en ai pas. Il jeta ses affaires sur son dos et rentra chez lui, l'âme abattue.

📜 Rachi (1)
בְּפַחֵי נֶפֶשׁ בְּדַאֲבוֹן נֶפֶשׁ:
L'âme abattue (befahei nefech) : avec la douleur de l'âme.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הִפְשִׁיל כֵּלָיו לַאֲחוֹרָיו, וְהָלַךְ לְבֵיתוֹ בְּפַחֵי נֶפֶשׁ. נִרְאֶה לִי בָּא לְלַמֵּד שֶׁהָלַךְ רַגְלִי וְלֹא הָיָה לוֹ פ"ק [פְּרוּטָה קְטַנָּה] לִשְׂכֹּור בְּהֵמָה לִרְכֹּוב עָלֶיהָ, וְעָשָׂה עַצְמוֹ כַּחֲמוֹר לְמַשּׂוֹי לָשֵׂאת אֶת כֵּלָיו, וּבָא לְבֵיתוֹ בְּפַחֵי נֶפֶשׁ שֶׁהָיָה בּוֹשׁ מֵאִשְׁתּוֹ וּבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁבָּא אֶצְלָם בְּיָדַיִם רַקְנִיּוֹת אַחַר פְּרִידָתוֹ מֵהֶם שָׁלֹשׁ שָׁנִים! וְאוֹמְרוֹ נָטַל בַּעַל הַבַּיִת שְׂכָרוֹ בְּיָדוֹ קָא מַשְׁמָע לַן שֶׁהֵבִיא לוֹ מָעוֹת טוֹבִים, מַטְבְּעוֹת זָהָב שֶׁהוּא מַטְבֵּעַ חָרִיף עוֹבֵר לַסּוֹחֵר שֶׁכָּל הַשָּׂכָר נִיטָּל בְּיָד אַחַת. וְאוֹמְרוֹ עִמּוֹ מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה חֲמוֹרִים נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָצָה לְפַיְּיסוֹ וְלִגְמֹול עִמּוֹ טוֹבָה בִּשְׁלֹשָׁה מַשָּׂאוֹת אֵלּוּ עַל טוֹב לְבָבוֹ, אֲשֶׁר בַּתְּחִלָּה בִּהְיוֹתוֹ עִמּוֹ נִתְרַצָּה לְקַבֵּל בְּעַד שְׂכָרוֹ ג' מִינִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם טִרְחָה וִיגִיעָה עַד שֶׁיִּמְכְּרֵם וְיַעֲשֵׂם מָעוֹת, כִּי מִשּׁוּרַת הַדִּין הַפּוֹעֵל צָרִיךְ לְקַבֵּל שְׂכָרוֹ מָעוֹת מְדוּדִים, וְהוּא נִתְרַצָּה מִטּוּב לְבָבוֹ הָא' בְּקַרְקָעוֹת, הַב' מִינֵי מִטַּלְטְלִין שֶׁהֵם פֵּירוֹת וְכָרִים וּכְסָתוֹת, וְהַג' בְּהֵמָה, וּכְנֶגֶד שְׁלֹשָׁה הֲטָבוֹת אֵלּוּ שֶׁנִּתְרַצָּה לִפְנִים מִשּׁוּרַת הַדִּין הֵבִיא לוֹ שְׁלֹשָׁה מַשָּׂאוֹת שֶׁל חֲמוֹרִים, שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה מִינִים הָא' שֶׁל מַאֲכָל, שֶׁהֵם מַעֲשֵׂה אוֹפֶה וּמִינֵי מִרְקָחוֹת שֶׁכֻּולָּם הֵם שֶׁל בִּישּׁוּל, וְהַב' שֶׁל מִינֵי מַשְׁקִין טוֹבִים, שֶׁל מִינֵי יַיִן וְכַיּוֹצֵא, וְהַג' מִינֵי פֵּירוֹת שֶׁהֵם חַיִּים וְאֵינָם מְבֻושָּׁלִים, וְזָכַר זֶה אַחֲרוֹן כִּי אֵלּוּ חַיִּים הֵם וְלֹא הָיָה לָהֶם גְּמַר בְּבִישּׁוּל עַל יְדֵי אָדָם כְּאוֹתָם שְׁנֵי מִינִים. וְנִרְאֶה שֶׁאָכַל עִמּוֹ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, וְהִמְתִּין לִשְׁאֹל שְׁאֵלוֹתָיו אַחַר שְׁתִיָּה כְּדֵי שֶׁיָּשִׁיב תְּשׁוּבָה אֲמִיתִּית כַּאֲשֶׁר בִּלְבָבוֹ וְלֹא יַעֲלִים דְּבָרָיו מִפְּנֵי הַבּוּשָׁה אוֹ מִפְּנֵי הַכָּבוֹד, כִּי עַתָּה נִכְנַס יַיִן יָצָא סוֹד, וּבְוַדַּאי יְגַלֶּה מַה שֶׁהָיָה בִּלְבָבוֹ מֵעִיקָּרָא.
Il jeta ses affaires sur son dos et rentra chez lui, l'âme abattue. Il me semble que cela vient enseigner qu'il rentra à pied, n'ayant pas la moindre petite pièce pour louer une bête à monter, et qu'il se fit lui-même âne de charge pour porter ses affaires ; et il arriva chez lui l'âme abattue, car il avait honte devant sa femme et sa maisonnée de venir à eux les mains vides après trois ans de séparation. Et quand il est dit : le maître de maison prit son salaire dans sa main, cela nous apprend qu'il lui apporta de la bonne monnaie, des pièces d'or, monnaie courante chez le marchand, de sorte que tout le salaire tenait dans une seule main. Et quand il est dit : avec une charge de trois ânes, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il voulait l'apaiser et lui rendre un bienfait par ces trois charges, pour sa bonté de cœur : au début, quand il était chez lui, il avait accepté de recevoir en paiement de son salaire trois sortes de biens qui demandent peine et effort jusqu'à ce qu'on les vende et les convertisse en argent - car selon la stricte loi, le salarié doit recevoir son salaire en argent compté - et lui, par bonté de cœur, avait accepté : la première, des terres ; la deuxième, des biens meubles, c'est-à-dire fruits, coussins et couvertures ; la troisième, une bête. En regard de ces trois faveurs, qu'il avait accordées au-delà de la stricte loi (lifnim michourat hadin), il lui apporta trois charges d'ânes de trois sortes : la première de nourriture, c'est-à-dire des produits de boulangerie et des confiseries, tous cuits ; la deuxième de bonnes boissons, vins et semblables ; la troisième de fruits, qui sont crus et non cuits. Il cite cette dernière en dernier, car ceux-là sont crus et n'ont pas été achevés par une cuisson humaine comme les deux autres sortes. Il semble qu'il mangea avec lui par égard, et attendit après la boisson pour poser ses questions, afin qu'il réponde une réponse vraie, telle qu'elle était dans son cœur, sans cacher ses paroles par honte ou par égard ; car alors, le vin entre, le secret sort, et il révélerait certainement ce qu'il avait dans le cœur au départ.
💡 Explication

La baraita pose le principe : celui qui juge favorablement sera jugé favorablement (mesure pour mesure). Le récit montre un salarié qui, après trois ans, rentre les mains vides la veille de Kippour.

Chaque demande est une forme de paiement : argent, fruits, terre, bête, meubles. L'employeur refuse tout, sans explication.

3
לְאַחַר הָרֶגֶל נָטַל בַּעַל הַבַּיִת שְׂכָרוֹ בְּיָדוֹ, וְעִמּוֹ מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה חֲמוֹרִים, אֶחָד שֶׁל מַאֲכָל, וְאֶחָד שֶׁל מִשְׁתֶּה, וְאֶחָד שֶׁל מִינֵי מְגָדִים, וְהָלַךְ לוֹ לְבֵיתוֹ. אַחַר שֶׁאָכְלוּ וְשָׁתוּ נָתַן לוֹ שְׂכָרוֹ.

Après la fête, le maître de maison prit son salaire en main, avec une charge de trois ânes : une de nourriture, une de boisson et une de toutes sortes de friandises, et il se rendit chez lui. Après qu'ils eurent mangé et bu, il lui donna son salaire.

4
אָמַר לוֹ: בְּשָׁעָה שֶׁאָמַרְתָּ לִי ״תֵּן לִי שְׂכָרִי״ וְאָמַרְתִּי ״אֵין לִי מָעוֹת״, בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי? אָמַרְתִּי: שֶׁמָּא פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל נִזְדַּמְּנָה לְךָ, וְלָקַחְתָּ בָּהֶן. וּבְשָׁעָה שֶׁאָמַרְתָּ לִי ״תֵּן לִי בְּהֵמָה״, וְאָמַרְתִּי ״אֵין לִי בְּהֵמָה״, בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי? אָמַרְתִּי: שֶׁמָּא מֻושְׂכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים. בְּשָׁעָה שֶׁאָמַרְתָּ לִי ״תֵּן לִי קַרְקַע״, וְאָמַרְתִּי לְךָ ״אֵין לִי קַרְקַע״, בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי? אָמַרְתִּי: שֶׁמָּא מֻוחְכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים הִיא. וּבְשָׁעָה שֶׁאָמַרְתִּי לְךָ ״אֵין לִי פֵּירוֹת״ בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי? אָמַרְתִּי: שֶׁמָּא אֵינָן מְעֻושָּׂרוֹת. וּבְשָׁעָה שֶׁאָמַרְתִּי לְךָ ״אֵין לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת״ בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי? אָמַרְתִּי: שֶׁמָּא הִקְדִּישׁ כָּל נְכָסָיו לַשָּׁמַיִם.

Il lui dit : quand tu m'as dit donne-moi mon salaire et que j'ai dit je n'ai pas d'argent, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être une marchandise (perakmatya) s'est-elle présentée à toi à bas prix, et tu l'as achetée avec cet argent. - Et quand tu m'as dit donne-moi une bête et que j'ai dit je n'ai pas de bête, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être est-elle louée à d'autres. - Quand tu m'as dit donne-moi une terre et que je t'ai dit je n'ai pas de terre, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être est-elle affermée à d'autres. - Et quand je t'ai dit je n'ai pas de fruits, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être ne sont-ils pas prélevés (maasser). - Et quand je t'ai dit je n'ai pas de coussins et de couvertures, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être à-t-il consacré tous ses biens au Ciel.

📜 Rachi (1)
מֻוחְכֶּרֶת שֶׁנּוֹתְנָהּ לַחֲבֵרוֹ בְּכָךְ וְכָךְ כּוֹרִין לְשָׁנָה:
Affermée (mouhkheret) : qu'il l'a donnée à son prochain pour tant de kor par an.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁמָּא פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל נִזְדַּמֵּן לְךָ. הַקַּשָּׁא מָהַרְשָׁ"א אַמַּאי לֹא אָמַר לוֹ תֵּן לִי מִזּוֹ הַפְּרַקְמַטְיָיא? וְעוֹד דְּכָתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת לֵית לֵיהּ זוּזֵי לַשּׂוֹכֵר, אָמְרִינַן לֵיהּ זִיל טְרַח וְאַייְּתִי זוּזֵי, וְאִם כֵּן הָיָה לִטְרֹוחַ לִמְכֹּור סְחוֹרָתוֹ בִּמְזֻומָּן וְלָתֵת לוֹ שְׂכָרוֹ בְּמָעוֹת עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא אָמַר שֶׁמָּא פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל נִזְדַּמֵּן לְךָ וּלְכָךְ כָּל מְעוֹתָיו הִנִּיחָם בָּהּ, אַךְ עַתָּה יָרְדָה הַרְבֵּה מִן הָעֵרֶךְ שֶׁקְּנָאָהּ אַף עַל פִּי שֶׁקְּנָאָהּ בְּזוֹל, וְאִם יִמְכֹּור אוֹתָהּ עַתָּה יַפְסִיד הַרְבֵּה, אֲבָל אַחַר אֵיזֶה יָמִים תַּעֲבֹור הַסִּיבָּה אֲשֶׁר הוּזְלָה בַּעֲבוּרָהּ וְתִתְיַיקֵּר בְּוַדַּאי, וּלְכָךְ אֵין מְחֻוייָּב עַתָּה לִמְכֹּור בְּהֶפְסֵד, וְגַם אִם הוּא יִקַּח הַסְּחוֹרָה מִמֶּנּוּ וַדַּאי אֵין בַּעַל הַבַּיִת יִרְצֶה לַחְשֹׁוב לוֹ בְּעֵרֶךְ הַהֶפְסֵד, וְאִם יְקַבְּלֶנָּה מִמֶּנּוּ כְּמוֹ שֶׁקְּנָאָהּ וְיַחֲזֹור וְיִמְכְּרֶנָּה עַתָּה יַפְסִיד, לָכֵן לֹא אָמַר לוֹ תֵּן לִי פְּרַקְמַטְיָיא. וְהִנֵּה בְּנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב וְכוּ' תֵּירֵץ דְּהַנִּשְׂכָּר חָשַׁב מֵעִיקָּרָא אוּלַי זוֹ הַפְּרַקְמַטְייָא שֶׁקְּנָאָהּ בְּזוֹל הִיא אֵינָהּ מְצוּיָה בָּעִיר אֶלָּא עוֹדֶנָּה בִּסְפִינָה, אוֹ בְּשַׁיָּירָה, וְהִקְדִּים הַמָּעוֹת לַמּוֹכֵר בַּעֲבוּרָהּ וַעֲדַייִן לֹא בָּאָה לְיָדוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. גַּם הָא דְּהִקְדִּים לְבַקֵּשׁ קַרְקַע קֹודֶם בְּהֵמָה, אַף עַל גַּב דְּמִסְתַּבְּרָא נֹחַ לְהִפָּרַע מִבְּהֵמָה טְפֵי מִן מְכִירַת קַרְקַע, פֵּירֵשׁ בֵּינִי יְדִידִי נר"ו שֶׁהוּא קַרְקַע שֶׁיַּחְכֹּור אוֹתָהּ לַאֲחֵרִים וִיקַבֵּל דְּמֵי הַחֲכִירָה בַּעֲבוּר שְׂכָרוֹ, וְזֶה דָּבָר הַמָּצוּי הַרְבֵּה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Peut-être une marchandise s'est-elle présentée à toi à bas prix. Le Maharcha objecte : pourquoi ne lui a-t-il pas dit : donne-moi de cette marchandise ? De plus, les Tossafot ont écrit que si l'employeur n'a pas d'argent, on lui dit : va te donner de la peine et apporte de l'argent ; il aurait donc dû se donner la peine de vendre sa marchandise au comptant et lui payer son salaire en argent ; voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a dit : peut-être une marchandise s'est-elle présentée à toi à bas prix, et tu y as placé tout ton argent ; mais à présent elle a beaucoup baissé par rapport au prix d'achat, bien que tu l'aies achetée à bas prix, et si tu la vends maintenant tu perdras beaucoup ; mais dans quelques jours la cause de la baisse passera et elle remontera certainement ; tu n'es donc pas obligé de vendre maintenant à perte. Et s'il prenait lui-même la marchandise, le maître de maison ne voudrait certainement pas la lui compter à la valeur dépréciée ; et s'il la recevait au prix d'achat et la revendait maintenant, il perdrait. C'est pourquoi il ne lui a pas dit : donne-moi de la marchandise. Mon fils chéri, l'honorable Rav Yaakov, etc., a répondu que le salarié a pensé au départ que cette marchandise achetée à bas prix n'était peut-être pas encore en ville mais encore sur le bateau ou dans la caravane, et qu'il avait avancé l'argent au vendeur sans l'avoir encore reçue ; fin de ses paroles, que D.ieu le garde. De même, sur le fait qu'il a demandé une terre avant une bête, bien qu'il paraisse plus facile de se faire payer par une bête que par la vente d'une terre, mon fils chéri, que D.ieu le garde, a expliqué qu'il s'agit d'une terre qu'il affermerait à d'autres, en recevant le fermage en paiement de son salaire, chose très courante ; fin de ses paroles.
שֶׁמָּא מֻשְׂכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים. נִרְאֶה לִי אַף עַל פִּי שֶׁהוּא רָאָה הַבְּהֵמוֹת לְפָנָיו בִּרְשׁוּת בַּעַל הַבַּיִת עִם כָּל זֶה אָמַר שֶׁמָּא שְׂכָרָם וְקִבֵּל דְּמֵי הַשְּׂכִירוּת, וַעֲדַייִן הַלּוֹקֵחַ לֹא לָקַח הַבְּהֵמוֹת. וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁמָּא אֵינָן מְעַשְּׂרִין קְשָׁא אֵיךְ דָּנוּ לְכַף זְכוּת וַהֲלֹא בְּיָדוֹ לְעַשֵּׂר עַתָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר שֶׁמָּא יֵשׁ לוֹ מַכִּירֵי כְּהֻונָּה וּלְוִיָּה, שֶׁהָיָה לוֹ כֹּהֵן וְלֵוִי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁדַּרְכּוֹ לִיתֵּן לָהֶם כָּל מְעֻשְּׂרוֹתָיו וּתְרוּמוֹתָיו, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם לֹא הָיוּ בָּעִיר כְּדֵי שֶׁיְּעַשֵּׂר וַיִּתֵּן לָהֶם, וְהוּא כְּבָר קִבֵּל עַל עַצְמוֹ חֹק מִשּׁוּם נֶדֶר וּסְיָיג שֶׁלֹּא יְעַשֵּׂר וְיַנִּיחַ הַמַּעֲשֵׂר בְּבֵיתוֹ אֲפִילּוּ שָׁעָה אַחַת, מִשּׁוּם מִכְשׁוֹל שֶׁלֹּא יִכָּשְׁלוּ בּוֹ, אֶלָּא מְעַשֵּׂר וְנוֹתֵן תֶּכֶף וּמִיָּד. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָן אוֹתוֹ לִזְכּוֹת בְּכָךְ שֶׁהוּא עָשָׂה שָׁלִיחַ לְהוֹצִיא לוֹ הַמַּעַשְׂרוֹת, וְהַשָּׁלִיחַ לֹא נִמְצָא הַיּוֹם בָּעִיר כְּדֵי לִשָּׁאֵל מִמֶּנּוּ אִם הוֹצִיא אוֹ לָאו, כִּי שֶׁמָּא עֲדַיִין לֹא הוֹצִיא הַמַּעַשְׂרוֹת.
Peut-être est-elle louée à d'autres. Il me semble que, bien qu'il ait vu les bêtes devant lui dans le domaine du maître de maison, il a dit malgré tout : peut-être les a-t-il louées et à-t-il reçu le prix de la location, et le locataire n'a pas encore pris les bêtes. Et sur ce qu'il a dit : peut-être ne sont-ils pas prélevés, il y a une difficulté : comment est-ce juger favorablement, alors qu'il pouvait prélever maintenant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a dit : peut-être à-t-il des cohanim et des lévites attitrés, des cohen et levi érudits auxquels il a l'habitude de donner toutes ses dîmes et toutes ses teroumot, et ce jour-là ils n'étaient pas en ville pour qu'il prélève et leur donne ; et il s'était déjà imposé une règle, par vœu et barrière, de ne pas prélever la dîme et la laisser chez lui même un instant, de peur d'un faux pas, mais de prélever et donner tout de suite. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il l'a jugé favorablement en pensant qu'il avait désigné un envoyé pour prélever ses dîmes, et que l'envoyé ne se trouvait pas en ville ce jour-là pour lui demander s'il avait prélevé ou non, car peut-être n'avait-il pas encore prélevé les dîmes.
💡 Explication

Pour chaque refus, le salarié avait trouvé une explication plausible qui ne met pas en cause l'honnêteté de l'employeur. Le vocabulaire est juridique : une bête louée (mouskeret) est entre les mains du locataire ; une terre affermée (mouhkheret) rapporte une quantité fixe de produits au propriétaire ; des fruits non prélevés (tevel) ne peuvent être donnés.

La dernière hypothèse, hekdech de tous les biens, couvre tout : un bien consacré n'appartient plus au propriétaire.

🖼️ Schéma
Cinq refus, cinq jugements favorables Argent : je n'en ai pas Peut-être : une marchandise à bas prix achetée avec Bêtes : je n'en ai pas Peut-être : louées à d'autres Terre : je n'en ai pas Peut-être : affermée à d'autres Fruits : je n'en ai pas Peut-être : pas encore prélevés (maasser) Coussins : je n'en ai pas Peut-être : tous ses biens consacrés au Ciel
Les cinq demandes du salarié et l'explication favorable qu'il donnait à chaque refus.
5
אָמַר לוֹ: הָעֲבוֹדָה! כָּךְ הָיָה. הִדַּרְתִּי כָּל נְכָסַי בִּשְׁבִיל הוּרְקָנוֹס בְּנִי שֶׁלֹּא עָסַק בַּתּוֹרָה. וּכְשֶׁבָּאתִי אֵצֶל חֲבֵירַי בַּדָּרוֹם הִתִּירוּ לִי כָּל נְדָרַי. וְאַתָּה, כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתַּנִי לִזְכוּת, הַמָּקוֹם יָדִין אוֹתְךָ לִזְכוּת.

Il lui dit : par le Service du Temple (haavoda), il en fut ainsi ! J'avais voué tous mes biens à cause de Hyrcanos mon fils, qui ne s'occupait pas de Torah.

Et quand je suis venu auprès de mes collègues dans le Sud, ils ont délié tous mes vœux. Et toi, de même que tu m'as jugé favorablement, que le Makom te juge favorablement.

🪔 Ben Yehoyada (1)
הַמָּקוֹם יָדִין אוֹתְךָ לִזְכוּת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דָּבָר זֶה שַׁייָּךְ לְאוֹמְרוֹ לְגַבֵּי אָדָם שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ הַנִּסְתָּרוֹת, אַךְ הקב"ה יוֹדֵעַ הָאֱמֶת וְלֵיכָּא סְפֵיקָא קַמֵּי שְׁמַייָּא, וְאִם יֵשׁ לוֹ זְכוּת בְּוַדַּאי יְזַכֵּהוּ וְאֵין צָרִיךְ לָזֶה בַּקָּשָׁה וּתְפִלָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַקָּשָׁה זוֹ שָׁיְיכָה בִּכְהַאי גַּווְנָא כְּגוֹן שֶׁהוּא לֹא נָתַן צְדָקָה כִּי הָיָה עָנִי, וּמְבַקֵּשׁ שֶׁיָּדִין אוֹתוֹ הקב"ה לְכַף זְכוּת לְחַשֵּׁיב לוֹ כְּאִלּוּ נָתַן צְדָקָה, שֶׁיֹּאמַר אִם יֵשׁ לוֹ הָיָה נוֹתֵן, וְכֵן אִם נַחֲלָה וְלֹא הִתְפַּלֵּל, וְלֹא קִיֵּים מִצְוָה פְּלוֹנִית, שֶׁיָּדוּנוּ לְכַף זְכוּת שֶׁאִם לֹא הָיָה חוֹלֶה הָיָה מִתְפַּלֵּל וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה וּמְקַייֵּם מִצְוֹת. אֲבָל אֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר הֵיכָא דְּעָשָׂה מַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ לְהִסְתַּפֵּק בָּהּ אִם כַּוָּנָתוֹ לְרָעָה אוֹ לְטוֹבָה, דְּזֶה וַדַּאי קַמֵּיהּ שְׁמַיָּיא גַּלַּייָּא וְלֵיכָּא סְפֵיקָא, וּכְפִי הָאֱמֶת יָדוּן אוֹתוֹ, וְלֹא שַׁיָּיךְ עַל זֶה בַּקָּשָׁה וּתְפִלָּה.
Que le Makom te juge favorablement. On peut objecter : cela convient à propos d'un homme, qui ne connaît pas les choses cachées ; mais le Saint, béni soit-Il, connaît la vérité et il n'y a pas de doute devant le Ciel ; s'il a un mérite, Il le lui accordera certainement, et il n'y a pas besoin pour cela de demande ni de prière ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette demande convient dans un cas comme celui-ci : par exemple, il n'a pas donné de tsedaka parce qu'il était pauvre, et il demande que le Saint, béni soit-Il, le juge favorablement et le lui compte comme s'il avait donné, en disant : s'il avait eu, il aurait donné ; de même s'il est tombé malade et n'a pas prié, ou n'a pas accompli telle mitsva, qu'on le juge favorablement : s'il n'avait pas été malade, il aurait prié, étudié la Torah et accompli les mitsvot. Mais l'intention n'est pas de parler du cas où il a fait un acte dont on peut douter s'il avait une mauvaise ou une bonne intention : cela est certainement révélé devant le Ciel, il n'y a pas de doute, Il le jugera selon la vérité, et la demande et la prière ne s'appliquent pas à cela.
💡 Explication

Haavoda : formule de serment par le Service du Temple. L'employeur avait consacré (ou voué à l'interdit) tous ses biens pour que son fils Hyrcanos, qui n'étudiait pas, n'en hérite pas. Les Sages ont ensuite délié le vœu (hatarat nedarim), et il est aussitôt venu payer.

La bénédiction finale reprend le principe de la baraita : le Makom (D.ieu) juge l'homme selon la mesure qu'il applique aux autres.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁפָּדָה רִיבָה אַחַת בַּת יִשְׂרָאֵל, וְלַמָּלוֹן הִשְׁכִּיבָהּ תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו. לְמָחָר יָרַד וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un hassid racheta une jeune fille juive (de captivité). À l'auberge, il la fit coucher à ses pieds.

Le lendemain, il descendit, s'immergea et enseigna à ses élèves.

📜 Rachi (2)
כָּל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי:
Partout où il est dit : il arriva à un hassid, il s'agit soit de Rabbi Yehouda ben Bava, soit de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai.
רִיבָּה נַעֲרָה:
Riva : une jeune fille.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד, שֶׁפָּדָה רִיבָה אַחַת בַּת יִשְׂרָאֵל. קַשָּׁא לָמָּה הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ בַּת יִשְׂרָאֵל, וְכִי סָלְקָא דַעְתָּךְ שֶׁפָּדָה רִיבָּה גּוֹיָה?! וְנִרְאֶה לִי לְלַמְּדֵנוּ שֶׁאוֹתָהּ רִיבָּה הָיְתָה עוֹדֶנָּה בְּתוּלָה, כִּי סְתָם רִיבָּה קְטַנָּה הִיא, אַךְ כֵּיוָן שֶׁנִּשְׁבֵּית עַל הָרֹוב נִבְעֲלָה לָהֶם וְהִשִּׁירוּ בְּתוּלֶיהָ, וְהוּא לֹא הָיָה מַשְׁכִּיבָה תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו מִפְּנֵי הַחֲשָׁד, שֶׁלֹּא יַחְשְׁדֵהוּ אִישׁ כְּסִיל וּבִעֵר שֶׁשָּׁכַב עִמָּהּ חָס וְחָלִילָה, אַךְ כֵּיוָן שֶׁנּוֹדַע לוֹ בְּעֵת שֶׁפָּדָה שֶׁעוֹדֶנָּה בִּקְדֻושָּׁתָהּ שֶׁלֹּא נִטְמְאָה בִּבְעִילַת בְּנֵי נֵכָר אֲשֶׁר שָׁבוּ אוֹתָהּ, אָז נִיצּוֹל מִן הַחֲשָׁד כִּי דָּבָר זֶה יִתְבָּרֵר אַחַר כָּךְ שֶׁלֹּא בָּא עָלֶיהָ, כִּי עוֹדֶנָּה הִיא בִּבְתוּלֶיהָ, לָזֶה אָמַר פָּדָה רִיבָה אַחַת בַּת יִשְׂרָאֵל , רְצוֹנוֹ לוֹמַר עוֹדֶנָּה בִּקְדֻושַּׁת בַּת יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁפְּדָאָהּ, שֶׁלֹּא טִמְּאוּהָ הַשְּׁבָאִים.
Il arriva qu'un hassid racheta une jeune fille juive. Difficulté : pourquoi a-t-il fallu préciser juive ? Pensais-tu qu'il avait racheté une jeune fille non juive ? Il me semble que cela vient nous apprendre que cette jeune fille était encore vierge, car riva désigne sans autre précision une petite ; mais puisqu'elle avait été captive, le plus souvent elle avait été violée par eux et avait perdu sa virginité, et lui ne l'aurait pas fait coucher à ses pieds à cause du soupçon, pour qu'aucun sot ignorant ne le soupçonne d'avoir couché avec elle, à D.ieu ne plaise. Mais puisqu'il sut, au moment où il la racheta, qu'elle était encore dans sa sainteté et n'avait pas été souillée par les étrangers qui l'avaient capturée, il était à l'abri du soupçon, car il deviendrait clair ensuite qu'il ne l'avait pas approchée, puisqu'elle était encore vierge. C'est pourquoi il est dit : il racheta une jeune fille juive, c'est-à-dire encore dans la sainteté d'une fille d'Israël quand il la racheta, que les ravisseurs n'avaient pas souillée.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב גְּדוֹלָה הַכְנָסַת אוֹרְחִים מֵהַקְבָּלַת פְּנֵי שְׁכִינָה דִּכְתִיב בְּרֵאשִׁית יח אֲדֹנָי אִם נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ וְגוֹ'. א"ר אֶלְעָזָר בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הקב"ה מִדַּת ב"ו מִדַּת ב"ו אֵין הַקָּטָן יָכוֹל לוֹמַר לַגָּדוֹל הַמְתֵּן עַד שֶׁאָבֹוא אֶצְלְךָ וְאִילּוּ אַבְרָהָם אָמַר להקב"ה אֲדֹנָי אִם נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ. אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב אַסִּי א"ר יוֹחָנָן שִׁשָּׁה דְּבָרִים אָדָם עוֹשֶׂה אוֹתָן וְאוֹכֵל פֵּירוֹתֵיהֶן בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַקֶּרֶן קַייֶּמֶת לָעוֹלָם הַבָּא וְאֵלּוּ הֵן הַכְנָסַת אוֹרְחִים וּבִקּוּר חוֹלִים וְעִיּוּן תְּפִלָּה וְהַשְׁכָּמַת בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְהַמְגַדֵּל בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה וְהַדָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת: ת"ר הַדָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת דָּנִין אוֹתוֹ לְכַף זְכוּת וּמַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁיָּרַד מִגָּלִיל הָעֶלְיוֹן שֶׁהָיָה שָׂכִיר ג' שָׁנִים אֵצֶל אָדָם אֶחָד בַּדָּרוֹם. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ עֶרֶב הָרֶגֶל אָמַר לוֹ תֵּן לִי שְׂכָרִי וְאֵלֵךְ וַאֲפַרְנֵס אֶת אִשְׁתִּי וְאֶת בָּנָי אָמַר לוֹ אֵין לִי מָעוֹת שֶׁאֶתֵּן לְךָ. א"ל תֵּן לִי בְּהֵמוֹת אֵין לִי. תֵּן לִי קַרְקַע אִין לִי. תֵּן לִי פֵּירוֹת אֵין לִי. תֵּן לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת אֵין לִי. הִפְשִׁיל טַלִּיתוֹ לַאֲחוֹרָיו וְהָלַךְ לְבֵיתוֹ בְּפַחֵי נֶפֶשׁ. לְאַחַר הָרֶגֶל נָטַל בַּעַל הַבַּיִת שְׂכָרוֹ וְנָטַל מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה חֲמוֹרִים אֶחָד שֶׁל מַאֲכָל וְאֶחָד שֶׁל מִשְׁתֶּה וְאֶחָד שֶׁל מִינֵי מְגָדִים. לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ וְשָׁתוּ נָתַן לוֹ שְׂכָרוֹ. א"ל כְּשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי שְׂכָרִי וְאָמַרְתִּי אֵין לִי מָעוֹת בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַר שֶׁמָּא מָצָאתָ פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל וְלָקַחְתָּ בָּהֶם. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי בְּהֵמָה וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. שֶׁמָּא מֻושְׂכֶּרֶת הִיא בְּיַד אֲחֵרִים. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי קַרְקַע וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. שֶׁמָּא מֻוחְכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי פֵּירוֹת וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַרְתִּי שֶׁמָּא אֵינָן מְעֻושָּׂרוֹת. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת וְאָמַרְתִּי אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַרְתִּי שֶׁמָּא הִקְדִּישׁ רַבִּי כָּל נְכָסָיו לַשָּׁמַיִם. א"ל הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה שֶׁהִקְדַּשְׁתִּי כָּל נְכָסַי לַשָּׁמַיִם בִּשְׁבִיל הוּרְקָנוֹס בְּנִי שֶׁלֹּא עָסַק בַּתּוֹרָה וּכְשֶׁבָּאתִי אֵצֶל חֲבֵירַי בַּדָּרוֹם הִתִּירוּ לִי נִדְרִי. וְאַתָּה כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתַּנִי לְכַף זְכוּת כָּךְ יָדִין הַמָּקוֹם אוֹתְךָ לְכַף זְכוּת: ת"ר מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁפָּדָה רִיבָה אַחַת בַּת יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁהִגִּיעַ לַמָּלוֹן הִשְׁכִּיבָהּ תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו לְמָחָר הִשְׁכִּים וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו. א"ל כְּשֶׁהִשְׁכַּבְתִּיהָ אֵצֶל מַרְגְּלוֹתַי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ לוֹ שֶׁמָּא יֵשׁ בָּנוּ תַּלְמִיד שֶׁאֵינוֹ בָּדוּק לְרַבִּי. וּכְשֶׁטָּבַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא מִטֹּורַח הַדֶּרֶךְ רָאָה רַבִּי קֶרִי. אָמַר לָהֶם הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה. וּכְשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת כָּךְ הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת: ת"ר פַּעַם אַחַת הֻוצְרַךְ דָּבָר לַחֲכָמִים אֵצֶל מַטְרוֹנִיתָא אַחַת שֶׁכָּל גְּדוֹלֵי הָעִיר מִצָּוְיִין אֶצְלָהּ. אָמְרוּ מִי יֵלֵךְ א"ר יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא אֲנִי אֵלֵךְ הָלַךְ הוּא וְתַלְמִידָיו כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְבֵיתָהּ חָלַץ תְּפִילִּין בְּרִחוּק ד' אַמּוֹת. וּכְשֶׁנִּכְנַס נָעַל הַדֶּלֶת אַחֲרָיו וּכְשֶׁיָּצָא יָרַד וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו. אָמַר לָהֶם בְּשָׁעָה שֶׁחָלַצְתִּי תְּפִילִּין בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ כְּסָבוּר רַבֵּינוּ אַל יִכָּנְסוּ דִּבְרֵי קְדֻושָּׁה בִּמְקוֹם טֻומְאָה. כְּשֶׁנָּעַלְתִּי הַדֶּלֶת בִּפְנֵיכֶם בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא דְּבַר מַלְכוּת בֵּינוֹ לְבֵינָהּ. וּכְשֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא נִתְּזָה צִינּוֹרָא מִפִּיהָ עַל בְּגָדָיו שֶׁל רַבֵּינוּ. אָמַר לָהֶם הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה וּכְשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת. ת"ר מְטַלְטְלִין אֶת הֶחָצָב מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לָעוֹרְבִים וְאֶת הַחַרְדָּל מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְיוֹנִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר אַף מְטַלְטְלִין שִׁבְרֵי זְכוּכִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְנַעֲמִיּוֹת אֲמַר לֵיהּ ר' נָתָן אֶלָּא מֵעַתָּה חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטְלוּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין. וְרַשְׁבָּ"ג נַעֲמִיּוֹת שְׁכִיחִי פִּילִין לָא שְׁכִיחִי. אָמֵימָר אָמַר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ נַעֲמִיּוֹת. א"ל רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר אֶלָּא הָא דא"ל ר' נָתָן לְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא מֵעַתָּה חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטְלוּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין אִי דְּאִית לֵיהּ פִּילִין אַמַּאי לָא אֶלָּא רָאוּי הָכָא נָמֵי רָאוּי. אָמַר אַבַּיֵּי רַשְׁבָּ"ג ור"ש וְר' יִשְׁמָעֵאל וְר' עֲקִיבָא כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם. רַשְׁבָּ"ג הָא דַּאֲמָרָן. ר' שִׁמְעוֹן דִּתְנַן בְּנֵי מְלָכִים סָכִין בְּשֶׁמֶן וֶרֶד ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם. ר' יִשְׁמָעֵאל וְר' עֲקִיבָא דְּתַנְיָא הֲרֵי שֶׁהָיוּ נוֹשִׁין בּוֹ אֶלֶף זוּז וְהָיָה לָבוּשׁ אִיצְטְלָא בַּת מֵאָה מָנֶה מַפְשִׁיטִין אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ וּמַלְבִּישִׁין אוֹתוֹ הָרְאוּיָה לוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְר"ע אוֹמְרִים כָּל יִשְׂרָאֵל רְאוּיִן לְאוֹתָהּ אִיצְטְלָא. וְקַייְמָא לָן דְּכֹל כִּי הַאי גַווְנָא שִׁיטָה הִיא וְלֵית הִלְכְתָא כְּחַד מִינַּייְהוּ וְאֵין מְטַלְטְלִין אֶת הַחַרְדָּל כִּסְתָם מַתְנֵי'. חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִין אִם הִתְקִינָן לְמַאֲכַל בְּהֵמָה מְטַלְטְלִין אוֹתָן וְאִם לָאו אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר חֲבִילָה הַנִּיטֶּלֶת בְּיָד אַחַת מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בִּשְׁתֵּי יָדַיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. חֲבִילֵי פֵּיאָה סִיאָה אֵזוֹב וְקוֹרָנִית אִם הִכְנִיסָן לְעֵצִים אֵין מִסְתַּפְּקִין מֵהֶן בְּשַׁבָּת. לְמַאֲכַל בְּהֵמָה מִסְתַּפְּקִין מֵהֶן בְּשַׁבָּת. וְקוֹטֵם וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְטֹום בִּכְלִי. וּמוֹלֵל וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בִּכְלִי. וחכ"א מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול הַרְבֵּה בְּיָדוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בַּחֹול. וְכֵן בְּאַמִּיתָא וְכֵן בְּפֵיגָם וְכֵן בִּשְׁאָר מִינֵי תַּבְלִין. גָּרְסִינַן בְּמַסֶּכֶת יוֹם טוֹב דַּף יב: הַמּוֹלֵל מְלִילוֹת מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְמָחָר מְנַפֵּחַ עַל יָד עַל יָד וְאוֹכֵל אֲבָל לֹא בַּקָּנוֹן וְתַמְחוּי. וּמַסְּקָנָא שָׁם יג: אִם בָּא לִמְלֹול בְּשַׁבָּת כֵּיצַד מוֹלֵל אַבָּיֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר חֲדָא אַחֲדָא. וְרַב אֲחָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר חֲדָא אַתַּרְתֵּי. רָבָא אָמַר כֵּיוָן דְּקָמְשָׁנָה אַפֵּי' טוּבָא. וּכְשֶׁהוּא מְנַפֵּחַ מְנַפֵּחַ בְּיָדוֹ אַחַת וּבְכָל כֹּחוֹ. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא דְּקָאֵי כַּחֲכָמִים דְּהָכָא דְּאָמְרִי מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו. מַאי אַמִּיתָא נִינְיָא. פֵּיאָה סִיאָה צִתְרִי. אֵזוֹב אַבְרָתָא. קֻורְנִיתָא חָשֵׁי. וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּקַיְימָא לָן כִּסְתָם מַתְנֵי':
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : l'hospitalité (hakhnassat orhim) est plus grande que l'accueil de la Présence divine (Chekhina), comme il est écrit (Berechit 18) : Mon Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, etc. Rabbi Elazar a dit : viens et vois que la mesure du Saint, béni soit-Il, n'est pas comme la mesure de l'homme de chair et de sang. Chez l'homme de chair et de sang, le petit ne peut pas dire au grand : attends que je vienne auprès de toi ; alors qu'Avraham a dit au Saint, béni soit-Il : Mon Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux. Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rav Assi au nom de Rabbi Yo'hanan : il y a six choses que l'homme accomplit, dont il mange les fruits en ce monde tandis que le capital demeure pour le monde futur ; les voici : l'hospitalité, la visite des malades, la concentration dans la prière (iyoun tefila), se rendre tôt à la maison d'étude, élever ses fils pour l'étude de la Torah, et juger son prochain favorablement. Nos maîtres ont enseigné : celui qui juge son prochain favorablement, on le juge favorablement. Il arriva qu'un homme descendit de Haute-Galilée et fut salarié trois ans chez un homme dans le Sud. Quand arriva la veille de la fête, il lui dit : donne-moi mon salaire, que j'aille nourrir ma femme et mes enfants. Il lui dit : je n'ai pas d'argent à te donner. Il lui dit : donne-moi des bêtes. - Je n'en ai pas. - Donne-moi une terre. - Je n'en ai pas. - Donne-moi des fruits. - Je n'en ai pas. - Donne-moi des coussins et des couvertures. - Je n'en ai pas. Il jeta son manteau sur son dos et rentra chez lui, l'âme abattue. Après la fête, le maître de maison prit son salaire et prit une charge de trois ânes : une de nourriture, une de boisson et une de friandises. Après qu'ils eurent mangé et bu, il lui donna son salaire. Il lui dit : quand tu m'as dit donne-moi mon salaire et que je t'ai dit je n'ai pas d'argent, de quoi m'as-tu soupçonné ? Il dit : peut-être as-tu trouvé une marchandise à bas prix et l'as-tu achetée avec. - Et quand tu m'as dit donne-moi une bête et que je t'ai dit je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ? - Peut-être est-elle louée à d'autres. - Et quand tu m'as dit donne-moi une terre et que je t'ai dit je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ? - Peut-être est-elle affermée à d'autres. - Et quand tu m'as dit donne-moi des fruits et que je t'ai dit je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être ne sont-ils pas prélevés. - Et quand tu m'as dit donne-moi des coussins et des couvertures et que j'ai dit je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ? - J'ai dit : peut-être mon maître a-t-il consacré tous ses biens au Ciel. Il lui dit : par le Service (haavoda), il en fut ainsi : j'avais consacré tous mes biens au Ciel à cause de Hyrcanos mon fils, qui ne s'occupait pas de Torah ; et quand je suis venu chez mes collègues du Sud, ils ont délié mes vœux. Et toi, de même que tu m'as jugé favorablement, que le Makom te juge favorablement. Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un hassid racheta une jeune fille juive ; arrivé à l'auberge, il la fit coucher à ses pieds. Le lendemain il se leva tôt, s'immergea et enseigna à ses élèves. Il leur dit : quand je l'ai fait coucher à mes pieds, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Ils lui dirent : peut-être y a-t-il parmi nous un élève qui n'est pas éprouvé aux yeux du maître. - Et quand je me suis immergé, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Ils dirent : peut-être, à cause de la fatigue du chemin, le maître a-t-il eu un accident nocturne (keri). Il leur dit : par le Service, il en fut ainsi ; et de même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement. Nos maîtres ont enseigné : une fois, les Sages eurent besoin d'une chose auprès d'une matrone que fréquentaient tous les grands de la ville. Ils dirent : qui ira ? Rabbi Yehochoua ben Hanania dit : j'irai. Il y alla avec ses élèves. Arrivé à sa maison, il ôta ses tefilin à quatre coudées de distance ; en entrant, il ferma la porte derrière lui ; en sortant, il descendit, s'immergea et enseigna à ses élèves. Il leur dit : quand j'ai ôté les tefilin, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Ils dirent : notre maître pensait que des paroles saintes ne doivent pas entrer dans un lieu d'impureté. - Quand j'ai fermé la porte devant vous, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Ils dirent : peut-être y a-t-il une affaire du royaume entre lui et elle. - Et quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Ils dirent : peut-être de la salive de sa bouche a-t-elle jailli sur les vêtements de notre maître. Il leur dit : par le Service, il en fut ainsi ; et de même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement. Nos maîtres ont enseigné : on déplace la scille (hatsav) parce qu'elle est nourriture pour les corbeaux, et la moutarde parce qu'elle est nourriture pour les pigeons. Rabban Chimon ben Gamliel dit : on déplace aussi les débris de verre, parce qu'ils sont nourriture pour les autruches. Rabbi Natan lui dit : s'il en est ainsi, que l'on déplace aussi les fagots de sarments, parce qu'ils sont nourriture pour les éléphants ! Et Rabban Chimon ben Gamliel ? Les autruches sont courantes, les éléphants ne le sont pas. Amemar a dit : et cela, à condition qu'il possède des autruches. Rav Achi dit à Amemar : mais alors, ce que Rabbi Natan a dit à Rabban Chimon ben Gamliel : s'il en est ainsi, que l'on déplace les fagots de sarments, nourriture pour les éléphants - s'il possède des éléphants, pourquoi pas ? C'est donc qu'il parle de ce qui est apte ; ici aussi, de ce qui est apte. Abaye a dit : Rabban Chimon ben Gamliel, Rabbi Chimon, Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva pensent tous que tous les Juifs sont des fils de rois. Rabban Chimon ben Gamliel : ce que nous avons dit. Rabbi Chimon : comme nous l'avons appris, les fils de rois s'oignent d'huile de rose ; Rabbi Chimon dit : tous les Juifs sont des fils de rois. Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva : comme il est enseigné : si l'on devait mille zouz à un homme vêtu d'une toge de cent mine, on la lui retire et on l'habille d'une toge qui lui convient ; Rabbi Yichmael et Rabbi Akiva disent : tous les Juifs sont dignes de cette toge. Et nous tenons que, dans tout cas semblable, c'est une opinion particulière (chita) et la halakha ne suit aucun d'eux ; on ne déplace donc pas la moutarde, comme la michna anonyme (stam michna). Bottes de paille, bottes de bois et bottes de jeunes pousses (zeradin) : si on les a préparées pour la nourriture des bêtes, on les déplace ; sinon, on ne les déplace pas. Rabban Chimon ben Gamliel dit : une botte qu'on soulève d'une main, il est permis de la déplacer ; à deux mains, il est interdit de la déplacer. Bottes de (pea) sia, d'ezov et de kournit : si on les a rentrées comme bois de chauffage, on ne s'en sert pas le Chabbat ; pour la nourriture des bêtes, on s'en sert le Chabbat. On en détache et on mange, pourvu qu'on ne détache pas avec un ustensile ; on froisse et on mange, pourvu qu'on ne froisse pas avec un ustensile. Et les Sages disent : on froisse du bout des doigts et on mange, pourvu qu'on ne froisse pas une grande quantité dans la main comme on le fait en semaine. Et de même pour l'amita, pour le pigam (rue) et pour les autres épices. Nous lisons dans le traité Yom Tov (Beitsa) 12b : celui qui froisse des épis la veille de Chabbat, le lendemain il les vanne d'une main dans l'autre et mange, mais pas dans une corbeille ni dans un plat. Et la conclusion, là-bas (13b) : s'il veut froisser le Chabbat, comment froisse-t-il ? Abaye, au nom de Rav Yossef, a dit : un épi sur un épi. Rav Aha, au nom de Rav Yossef, a dit : un sur deux. Rava a dit : puisqu'il change sa manière de faire, même beaucoup. Et quand il vanne, il vanne d'une seule main et de toute sa force. La halakha est comme Rava, qui suit les Sages d'ici, lesquels disent : on froisse du bout des doigts. Qu'est-ce que l'amita ? La nania. Pea sia : le tsatrei. Ezov : l'avarta. Kournita : le hachei. Et la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel, car nous tenons comme la michna anonyme.
💡 Explication

Deuxième récit. Le rachat des captifs (pidyon chevouyim) est une grande mitsva. L'immersion du matin pouvait faire penser à un keri (émission) consécutif à une relation ; l'enseignement suppose l'usage de s'immerger après un keri avant l'étude.

Rachi identifie le hassid anonyme à Rabbi Yehouda ben Bava ou Rabbi Yehouda bar Ilai. Le Roch reproduit l'ensemble de la sougya (six choses, trois récits) puis la halakha de la michna suivante sur les produits déplaçables.

7
וְאָמַר לָהֶן: בְּשָׁעָה שֶׁהִשְׁכַּבְתִּיהָ תַּחַת מַרְגְּלוֹתַי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? אָמַרְנוּ: שֶׁמָּא יֵשׁ בָּנוּ תַּלְמִיד שֶׁאֵינוֹ בָּדוּק לְרַבִּי.

Il leur dit : quand je l'ai fait coucher à mes pieds, de quoi m'avez-vous soupçonné ? - Nous avons dit : peut-être y a-t-il parmi nous un élève qui n'est pas éprouvé aux yeux du maître.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵינוֹ בָּדוּק לְרַבִּי שֶׁאֵינוֹ מַכִּיר בְּמִדּוֹתָיו לִסְמֹוךְ עָלָיו וּלְהַנִּיחָהּ אֶצְלֵנוּ:
Qui n'est pas éprouvé aux yeux du maître : dont il ne connaît pas les qualités, pour se fier à lui et la laisser auprès de nous.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׁעָה שֶׁהִשְׁכַּבְתִּיהָ תַּחַת מַרְגְּלוֹתַי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לוֹמַר אִם חֲשָׁדוּהוּ שֶׁהוּא חֲשָׁדָם בִּדְבַר אִיסּוּר שֶׁלֹּא הֶאֱמִין בָּהֶם לְהַשְּׁכִיבָה אֶצְלָם, וְאָמְרוּ לוֹ חָס וְחָלִילָה לֹא עָלָה עַל לִבֵּנוּ שֶׁתְּחַשְּׁדֵינוּ בְּדָבָר זֶה, אֶלָּא חָשַׁבְנוּ שֶׁמָּא יֵשׁ בָּנוּ תַּלְמִיד שֶׁאֵינוֹ בָּדוּק עֲדַיִין, וּבַעֲבוּרוֹ לֹא הִשְׁכַּבְתָּ אוֹתָהּ אֶצְלֵינוּ. וּמַה שֶׁאָמַר לָהֶם בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשָׁדוּהוּ שֶׁרָאָה קֶרִי מֵחֲמַת הִרְהוּר שֶׁהָיָה בִּהְיוֹתָהּ שׁוֹכֶבֶת מַרְגְּלוֹתָיו, וְאָמְרוּ חָס וְחָלִילָה דְּיָדַעְנוּ שֶׁזֹּאת לְפָנֶיךָ הָיְתָה כְּמוֹ עֵץ וְאֶבֶן, וְרַק חָשַׁבְנוּ מֵחֲמַת טֹורַח הַדֶּרֶךְ אֵירַע קֶרִי.
Quand je l'ai fait coucher à mes pieds, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est de dire : m'avez-vous soupçonné de vous soupçonner d'une chose interdite, de sorte que je ne vous aurais pas fait confiance pour la faire coucher auprès de vous ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise, il ne nous est pas venu à l'esprit que tu nous soupçonnais de cela ; nous avons seulement pensé : peut-être y a-t-il parmi nous un élève qui n'est pas encore éprouvé, et c'est à cause de lui que tu ne l'as pas fait coucher auprès de nous. Et sur ce qu'il leur dit : quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? il veut dire : m'avez-vous soupçonné d'avoir eu un keri à cause d'une pensée survenue pendant qu'elle était couchée à mes pieds ? Et ils dirent : à D.ieu ne plaise, nous savons qu'elle était devant toi comme du bois et de la pierre ; nous avons seulement pensé qu'un keri était survenu à cause de la fatigue du chemin.
💡 Explication

Le soupçon possible : il l'a gardée près de lui pour lui-même. Le jugement favorable des élèves : il voulait la protéger d'un élève dont il ne connaissait pas encore la conduite.

8
בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? אָמַרְנוּ: שֶׁמָּא מִפְּנֵי טֹורַח הַדֶּרֶךְ אֵירַע קֶרִי לְרַבִּי. אָמַר לָהֶם: הָעֲבוֹדָה! כָּךְ הָיָה. וְאַתֶּם, כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת, הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת.

Quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? - Nous avons dit : peut-être, à cause de la fatigue du chemin, un accident nocturne (keri) est-il arrivé au maître. Il leur dit : par le Service du Temple, il en fut ainsi !

Et vous, de même que vous m'avez jugé favorablement (lekaf zekhout), que le Makom vous juge favorablement.

🪔 Ben Yehoyada (2)
כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת, הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה בְּהַאי עֻובְדָּא דְּאוֹתוֹ חָסִיד נָקֵיט 'כַּף' זְכוּת, וּבָעֻובְדָּא דְּאוֹתוֹ בַּעַל הַבַּיִת וְעֻובְדָּא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אָמַר שֶׁדַּנְתּוּנִי לִזְכוּת וְלָא נָקֵיט 'כַּף'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּהִקְדִּים מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בִּרְכַּת הַזֶּבַח (בְּפֶרֶק ב' דִּתְמוּרָה) בְּשֵׁם הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל, שֶׁדִּקְדֵּק בְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דְּנָחַת לְפָרֵשׁ כָּאן בַּגְּמָרָא דִּידַן דְּשַׁבָּת כָּל הֵיכָא דְּאָמְרִי 'מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד' אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִילְעַי, וְאַמַּאי לֹא פֵּירֵשׁ כֵּן בִּשְׁאָר מְקוֹמוֹת, וּבִפְרָט בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת פֶּרֶק ג' שֶׁהוּא קֹודֶם מַסֶּכֶת שַׁבָּת דְּאִתְּמַר הָתָם נָמֵי 'מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד'? וּפֵירֵשׁ הָרַב דְּהֻוקְשָׁה לְרַשִׁ"י כָּאן דְּאָמַר יָרַד וְטָבַל, וְהָא קַייְמָא לַן בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת כְּרַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא דִּסְבִירָא לֵיהּ בַּעַל קֶרִי מֻותָּר בְּדִבְרֵי תוֹרָה וְאַמַּאי הֻוצְרַךְ לִטְבֹּול? לְכָךְ פֵּירֵשׁ אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא אוֹ רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִילְעַי שֶׁהוּא סְתָם רַבִּי יְהוּדָה הַנִּזְכָּר בַּשַּׁ"ס, דְּהוּא סְבִירָא לֵיהּ בַּעַל קֶרִי אָסוּר בְּדִבְרֵי תּוֹרָה מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ לְשַׁנּוֹת בְּאֵימָה וּבְרֶתֶת וּבְזִיעַ וְכוּ' יע"ש. וְהִנֵּה אִיתָא הָתָם בִּבְרָכוֹת (דַּף כב) תַּנְיָא (דְּבָרִים ד' ט') וְהוֹדַעְתָּם לְבָנֶיךָ וְלִבְנֵי בָנֶיךָ, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ יוֹם אֲשֶׁר עָמַדְתָּ לִפְנֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ בְּחֹרֵב, מַה לְהַלָּן בְּאֵימָה וּבְיִרְאָה וּבִרְתֵת וּבְזִיעַ אַף כָּאן בְּאֵימָה וְכוּ', מִכָּאן אָמְרוּ הַזָּבִים וְהַמְצֹורָעִים וּבָאִין עַל נִידּוֹת מֻותָּרִים לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה וּבַנְּבִיאִים וּבַכְּתוּבִים וְלִשְׁנוֹת בַּמִּשְׁנָה בַּגְּמָרָא וּבַהֲלָכוֹת וּבְאַגָּדוֹת, אֲבָל בַּעֲלֵי קְרָיִין אֲסוּרִים! וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י כָּל הַטְּמֵאִים מֻותָּרִים שֶׁאַף הֵם יְכוֹלִים לִהְיוֹת בְּאֵימָה וּבְרֶתֶת, אֲבָל בַּעַל קֶרִי אֵינוֹ אֶלָּא מִתּוֹךְ קַלּוּת רֹאשׁ וְזַחוּת הַדַּעַת עַד כָּאן. נִמְצָא לְפִי זֶה לְמָאֵן דְּאָמַר בַּעַל קֶרִי צָרִיךְ טְבִילָה הַיְינוּ דַּוְקָא הֵיכָא דְּאִיכָּא לְמִתְלֵי בְּהִרְהוּר וְקַלּוּת רֹאשׁ, אֲבָל אִם בָּרוּר לוֹ שֶׁבָּא לוֹ קֶרִי מֵחֲמַת טֹורַח הַדֶּרֶךְ דַּוְקָא, דְּאֵין שָׁם צַד קַלּוּת רֹאשׁ אֶלָּא אֹונֶס מֵחֲמַת טֹורַח, הֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לַזָּבִין דְּמֻותָּרִים בַּתּוֹרָה מִשּׁוּם שֶׁגַּם הֵם יְכוֹלִים לִהְיוֹת בְּאֵימָה וּרְתֵת וְגַם זֶה כֵּן הוּא. אֲבָל לִסְבָרַת רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא גַּם בַּעַל קֶרִי דְּעָלְמָא דְּלָא הָיָה לוֹ מֵחֲמַת טֹורַח הַדֶּרֶךְ אֵינוֹ צָרִיךְ טְבִילָה מִשּׁוּם דְּאֵין דִבְרֵי תוֹרָה מְקַבְּלִים טֻומְאָה. וְנִמְצָא לְפִי זֶה הֵם שֶׁאָמְרוּ לוֹ מֵחֲמַת טֹורַח הַדֶּרֶךְ רָאִיתָ, אָזְלִי בָּתַר סְבָרַת עַצְמוֹ דִּמְחַלֵּק בֵּין רוֹאֶה מֵחֲמַת טֹורַח לְבֵין רוֹאֶה שֶׁלֹּא מֵחֲמַת טֹורַח, דְּיֵשׁ לוֹ בְּדִין זֶה שְׁנֵי כַּפּוֹת, כַּף שֶׁל זְכוּת בְּרוֹאָה מֵחֲמַת טֹורַח, וְכַף שֶׁל חוֹבָה בְּרוֹאָה שֶׁלֹּא מֵחֲמַת טֹורַח, דִּסְבִירָא לֵיהּ זֶה אָסוּר מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ קַלּוּת רֹאשׁ וְאֵינוֹ רָאוּי לְדִבְרֵי תּוֹרָה בְּכָךְ, וְהֵם דָּנוּ אוֹתוֹ לְכַף שֶׁל זְכוּת דְּהֶחֱלִיטוּ שֶׁרָאָה קֶרִי מֵחֲמַת טֹורַח הַדֶּרֶךְ, מַה שֶׁאֵין כֵּן לַסְּבָרָה הַשְּׁנִיָּה הַחוֹלֶקֶת עָלָיו אֵין שָׁם חִילּוּק כַּפּוֹת, אֶלָּא בֵּין כַּף שֶׁל הָרוֹאֶה מֵחֲמַת טֹורַח וּבֵין כַּף שֶׁל הָרוֹאֶה קֶרִי דְּעָלְמָא בִּשְׁנֵיהֶם נִידּוֹן לִזְכּוֹת לְהַתִּירוֹ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָאָה שֶׁתָּלוּ הַזְּכוּת מִשּׁוּם טֹורַח הַדֶּרֶךְ אָמַר לָהֶם דַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת.
De même que vous m'avez jugé du côté du mérite (kaf zekhout), que le Makom vous juge du côté du mérite. On peut objecter : pourquoi, dans ce récit du hassid, emploie-t-il le mot kaf (plateau) du mérite, alors que dans le récit du maître de maison et dans celui de Rabbi Yehochoua il dit : vous m'avez jugé au mérite, sans kaf ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, en introduisant ce qu'a écrit le Rav Birkat Hazevah (chapitre 2 de Temoura) au nom du Gaon Maharai, de mémoire bénie : il a relevé dans le commentaire de Rachi qu'il a pris soin d'expliquer ici, dans notre Guemara de Chabbat, que partout où l'on dit il arriva à un hassid, il s'agit de Rabbi Yehouda ben Bava ou de Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai ; pourquoi ne l'a-t-il pas expliqué ailleurs, en particulier dans la Guemara de Berakhot, chapitre 3, qui précède le traité Chabbat, où il est dit aussi : il arriva à un hassid ? Le Rav a expliqué que Rachi a été gêné ici par : il descendit et s'immergea ; or nous tenons dans la Guemara de Berakhot comme Rabbi Yehouda ben Beteira, selon qui le baal keri est permis dans les paroles de Torah ; pourquoi a-t-il du s'immerger ? C'est pourquoi il a expliqué : ou Rabbi Yehouda ben Bava, ou Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai, qui est le Rabbi Yehouda sans autre précision cité dans le Talmud, et qui pense que le baal keri est interdit dans les paroles de Torah, parce qu'il faut étudier avec crainte, tremblement, frisson, etc. ; voir là-bas. Or il est dit là-bas, dans Berakhot (22a) : il est enseigné (Devarim 4, 9) : tu les feras connaître à tes fils et aux fils de tes fils, et il est écrit ensuite : le jour où tu t'es tenu devant Hachem ton D.ieu au Horev ; de même que là-bas c'était avec crainte, respect, tremblement et frisson, ici aussi avec crainte, etc. De là ils ont dit : les zavim, les metsoraim et ceux qui ont eu des relations avec des nidot peuvent lire la Torah, les Prophètes et les Hagiographes, et étudier la Michna, la Guemara, les halakhot et les aggadot ; mais les baalei keri sont interdits. Rachi explique : tous les impurs sont permis, car eux aussi peuvent être dans la crainte et le tremblement, mais le keri ne vient que de la légèreté d'esprit et de l'exubérance ; fin de citation. Il en résulte que pour celui qui dit que le baal keri a besoin d'immersion, c'est seulement là où l'on peut l'attribuer à une pensée et à la légèreté d'esprit ; mais s'il est clair pour lui que le keri lui est venu précisément de la fatigue du chemin, sans aucune part de légèreté d'esprit, par contrainte due à la fatigue, cela ressemble aux zavim, qui sont permis dans la Torah parce qu'eux aussi peuvent être dans la crainte et le tremblement ; et celui-ci de même. Mais selon Rabbi Yehouda ben Beteira, même un baal keri ordinaire, qui ne l'a pas eu à cause de la fatigue du chemin, n'a pas besoin d'immersion, car les paroles de Torah ne reçoivent pas l'impureté. Il en résulte que ceux qui lui ont dit : tu l'as eu à cause de la fatigue du chemin, ont suivi sa propre opinion, qui distingue entre celui qui l'a eu par fatigue et celui qui l'a eu sans fatigue : il y a dans cette loi, selon lui, deux plateaux, le plateau du mérite pour celui qui l'a eu par fatigue, et le plateau de la culpabilité pour celui qui l'a eu sans fatigue, qu'il tient pour interdit parce qu'il y a en lui de la légèreté d'esprit et qu'il n'est pas digne ainsi des paroles de Torah. Et eux l'ont jugé du côté du plateau du mérite, en tranchant qu'il avait eu le keri à cause de la fatigue du chemin. Il n'en est pas ainsi selon la seconde opinion, qui le contredit : il n'y a pas là de distinction de plateaux, mais le plateau de celui qui l'a eu par fatigue et le plateau de celui qui a eu un keri ordinaire sont tous deux jugés au mérite, pour lui permettre les paroles de Torah. C'est pourquoi, voyant qu'ils avaient rattaché le mérite à la fatigue du chemin, il leur a dit : vous m'avez jugé du côté du plateau (kaf) du mérite.
בְּשָׁעָה שֶׁחִלַּצְתִּי תְּפִלִּין, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. נִרְאֶה לִי בס"ד רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשָׁדוּהוּ שֶׁחָלַץ הַתְּפִילִּין מֵעִיקָּרָא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה רוֹצֶה לְדַבֵּר עִמָּהּ שִׂיחָה בְּטֵלָה כְּדֶרֶךְ הָאֲהוּבִים הַבָּאִים זֶה אֵצֶל זֶה לְדַבֵּר חוּץ מִדְּבָרִים הַצְּרִיכִין לְדַבֵּר? וְאָמְרוּ לוֹ חָס וְחָלִילָה דְּיוֹדְעִים אֲנַחְנוּ שֶׁלֹּא תְּדַבֵּר עִמָּהּ דִּבּוּר אַחֵר חוּץ מִדְּבָרִים הַהֶכְרֵחִים, וּבַעֲבוּר דְּבָרִים הַהֶכְרֵחִים שֶׁהֵם נֶחְשָׁבִים צֹורֶךְ מִצְוָה אֵין צָרִיךְ לַחְלֹוץ הַתְּפִילִּין, וְרַק אָמַרְנוּ דְּסָבַר רַבֵּינוּ אַל יִכָּנְסוּ דִּבְרֵי קְדֻשָּׁה בִּמְקוֹם טֻמְאָה. וּמַה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁנָּעַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשַׁבְתֶּם שֶׁאֲנִי חוֹשֵׁד אֶתְכֶם מְגַלֵּי סוֹד וְלֹא הֶאֱמַנְתִּי בָּכֶם לִשְׁמֹועַ הַדְּבָרִים? וְאָמְרוּ לוֹ יוֹדְעִים אָנוּ שֶׁלֹּא תַּחְשְׁדֶנּוּ בְּכָךְ, וְרַק אָמַרְנוּ שֶׁמָּא דְּבַר מַלְכוּת יֵשׁ בֵּינוֹ לְבֵינָהּ, וְכָל דְּבַר מַלְכוּת צָרִיךְ לְהַעְלִימוֹ גַּם מִן הַנֶּאֱמָנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר אַנְטִינוֹס לְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ. וּמַה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשַׁבְתֶּם שֶׁמָּא בִּרְאוֹתִי פָּנֶיהָ עָבַר בְּלִבִּי הִרְהוּר וְטָבַלְתִּי לְהִטָּהֵר מִן הַהִרְהוּר? וְאָמְרוּ לוֹ חָס וְחָלִילָה יוֹדְעִים אֲנַחְנוּ שֶׁאוֹתָהּ אִשָּׁה בְּעֵינֶיךָ כִּנְבֵלָה וּשְׁקָצִים וּרְמָשִׂים, וְלֹא יִהְיֶה לְךָ בִּרְאִיָּיה שֶׁמֶץ הִרְהוּר רַע חָס וְחָלִילָה, אַךְ אָמַרְנוּ שֶׁמָּא נִתְּזָה צִנּוֹרָא מִפִּיהָ עַל בְּגָדָיו שֶׁל רַבִּי. וְנִרְאֶה לִי דְּאוֹתוֹ חָסִיד וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הֵם יָדְעוּ בְּלָאו הָכִי שֶׁהַתַּלְמִידִים דָּנוּ אוֹתָם לְכַף זְכוּת, וְלֹא הֻוצְרְכוּ לִשְׁאֹל אֶלָּא כְּדֵי לְבָרֵר הַדָּבָר לִפְנֵי הָעוֹלָם, שֶׁאָז יִלְמְדוּ מִזֶּה שֶׁיִּהְיֶה הָאָדָם דָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת גַּם בְּמִילְּתָא דִּתְמִיהָה, וְהִרְוִיחוּ גַּם כֵּן הַתַּלְמִידִים בָּזֶה שֶׁבֵּירְכוּם הֶחָסִיד וְרַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִילְעַי עַל הַדָּבָר הַזֶּה.
Quand j'ai ôté les tefilin, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il veut dire : m'avez-vous soupçonné d'avoir ôté les tefilin dès le départ parce que je voulais tenir avec elle une conversation futile, à la manière de proches qui se rendent visite et parlent d'autre chose que du nécessaire ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise ; nous savons que tu ne lui diras rien en dehors du nécessaire, et pour des paroles nécessaires, qui comptent comme un besoin de mitsva, il n'y a pas besoin d'ôter les tefilin. Nous avons seulement pensé que notre maître estimait que des paroles saintes ne doivent pas entrer dans un lieu d'impureté. Et quand il dit : quand j'ai fermé la porte, de quoi m'avez-vous soupçonné ? il veut dire : avez-vous pensé que je vous soupçonnais de révéler les secrets, et que je ne vous faisais pas confiance pour entendre ces paroles ? Ils lui dirent : nous savons que tu ne nous soupçonnes pas de cela ; nous avons seulement dit : peut-être y a-t-il une affaire du royaume entre lui et elle, et toute affaire du royaume doit être cachée même aux hommes de confiance, comme Antoninus l'a dit à notre saint maître. Et quand il dit : quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? il veut dire : avez-vous pensé qu'en voyant son visage une pensée impure (hirhour) m'a traversé le cœur et que je me suis immergé pour me purifier de cette pensée ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise ; nous savons que cette femme est à tes yeux comme une charogne, des reptiles et des vermines, et qu'en la voyant tu n'auras pas la moindre mauvaise pensée, à D.ieu ne plaise ; nous avons seulement dit : peut-être de la salive de sa bouche a-t-elle jailli sur les vêtements du maître. Il me semble que ce hassid et Rabbi Yehochoua savaient de toute façon que les élèves les avaient jugés favorablement ; ils n'ont posé la question que pour clarifier la chose devant tous, afin qu'on en apprenne à juger son prochain favorablement même dans une chose étonnante. Et les élèves y ont gagné aussi d'être bénis par le hassid et par Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai pour cela.
💡 Explication

Les élèves attribuent le keri à la fatigue du voyage, sans rapport avec la jeune fille. Le hassid confirme par serment et les bénit.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi seul ce récit dit kaf zekhout (le plateau du mérite) : selon Rabbi Yehouda, le keri dû à la fatigue et le keri ordinaire sont deux plateaux distincts, et les élèves l'ont placé dans le plateau favorable.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: פַּעַם אַחַת הֻוצְרַךְ דָּבָר אֶחָד לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים אֵצֶל מַטְרוֹנִיתָא אַחַת שֶׁכָּל גְּדוֹלֵי רוֹמִי מְצוּיִין אֶצְלָהּ. אָמְרוּ: מִי יֵלֵךְ? אָמַר לָהֶם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: אֲנִי אֵלֵךְ.

Nos maîtres ont enseigné : une fois, les érudits eurent besoin d'une chose auprès d'une matrone que fréquentaient tous les grands de Rome. Ils dirent : qui ira ?

Rabbi Yehochoua leur dit : j'irai.

📜 Rachi (1)
מַטְרוֹנִיתָא נָכְרִית:
Matrona : une non-Juive.
💡 Explication

Troisième récit. La matrone est une femme non juive influente auprès des autorités romaines ; les Sages ont besoin d'elle pour une affaire concernant la communauté.

10
הָלַךְ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְתַלְמִידָיו. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְפֶתַח בֵּיתָהּ, חָלַץ תְּפִילָּיו בְּרִחוּק אַרְבַּע אַמּוֹת, וְנִכְנַס וְנָעַל הַדֶּלֶת בִּפְנֵיהֶן. אַחַר שֶׁיָּצָא, יָרַד וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו.

Rabbi Yehochoua et ses élèves y allèrent. Arrivé à l'entrée de sa maison, il ôta ses tefilin à quatre coudées de distance, entra et ferma la porte devant eux.

Après être sorti, il descendit, s'immergea et enseigna à ses élèves.

💡 Explication

Trois actes pouvaient prêter au soupçon : ôter les tefilin, rester seul avec une femme derrière une porte fermée, et s'immerger en sortant.

11
וְאָמַר לָהֶן: בְּשָׁעָה שֶׁחָלַצְתִּי תְּפִילִּין, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? אָמַרְנוּ: כְּסָבוּר רַבִּי, לֹא יִכָּנְסוּ דִּבְרֵי קְדֻושָּׁה בִּמְקוֹם טֻומְאָה.

Il leur dit : quand j'ai ôté les tefilin, de quoi m'avez-vous soupçonné ? - Nous avons dit : le maître pense que des paroles de sainteté ne doivent pas entrer dans un lieu d'impureté.

🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׁעָה שֶׁחִלַּצְתִּי תְּפִלִּין, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. נִרְאֶה לִי בס"ד רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשָׁדוּהוּ שֶׁחָלַץ הַתְּפִילִּין מֵעִיקָּרָא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה רוֹצֶה לְדַבֵּר עִמָּהּ שִׂיחָה בְּטֵלָה כְּדֶרֶךְ הָאֲהוּבִים הַבָּאִים זֶה אֵצֶל זֶה לְדַבֵּר חוּץ מִדְּבָרִים הַצְּרִיכִין לְדַבֵּר? וְאָמְרוּ לוֹ חָס וְחָלִילָה דְּיוֹדְעִים אֲנַחְנוּ שֶׁלֹּא תְּדַבֵּר עִמָּהּ דִּבּוּר אַחֵר חוּץ מִדְּבָרִים הַהֶכְרֵחִים, וּבַעֲבוּר דְּבָרִים הַהֶכְרֵחִים שֶׁהֵם נֶחְשָׁבִים צֹורֶךְ מִצְוָה אֵין צָרִיךְ לַחְלֹוץ הַתְּפִילִּין, וְרַק אָמַרְנוּ דְּסָבַר רַבֵּינוּ אַל יִכָּנְסוּ דִּבְרֵי קְדֻשָּׁה בִּמְקוֹם טֻמְאָה. וּמַה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁנָּעַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשַׁבְתֶּם שֶׁאֲנִי חוֹשֵׁד אֶתְכֶם מְגַלֵּי סוֹד וְלֹא הֶאֱמַנְתִּי בָּכֶם לִשְׁמֹועַ הַדְּבָרִים? וְאָמְרוּ לוֹ יוֹדְעִים אָנוּ שֶׁלֹּא תַּחְשְׁדֶנּוּ בְּכָךְ, וְרַק אָמַרְנוּ שֶׁמָּא דְּבַר מַלְכוּת יֵשׁ בֵּינוֹ לְבֵינָהּ, וְכָל דְּבַר מַלְכוּת צָרִיךְ לְהַעְלִימוֹ גַּם מִן הַנֶּאֱמָנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר אַנְטִינוֹס לְרַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ. וּמַה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם חֲשַׁבְתֶּם שֶׁמָּא בִּרְאוֹתִי פָּנֶיהָ עָבַר בְּלִבִּי הִרְהוּר וְטָבַלְתִּי לְהִטָּהֵר מִן הַהִרְהוּר? וְאָמְרוּ לוֹ חָס וְחָלִילָה יוֹדְעִים אֲנַחְנוּ שֶׁאוֹתָהּ אִשָּׁה בְּעֵינֶיךָ כִּנְבֵלָה וּשְׁקָצִים וּרְמָשִׂים, וְלֹא יִהְיֶה לְךָ בִּרְאִיָּיה שֶׁמֶץ הִרְהוּר רַע חָס וְחָלִילָה, אַךְ אָמַרְנוּ שֶׁמָּא נִתְּזָה צִנּוֹרָא מִפִּיהָ עַל בְּגָדָיו שֶׁל רַבִּי. וְנִרְאֶה לִי דְּאוֹתוֹ חָסִיד וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ הֵם יָדְעוּ בְּלָאו הָכִי שֶׁהַתַּלְמִידִים דָּנוּ אוֹתָם לְכַף זְכוּת, וְלֹא הֻוצְרְכוּ לִשְׁאֹל אֶלָּא כְּדֵי לְבָרֵר הַדָּבָר לִפְנֵי הָעוֹלָם, שֶׁאָז יִלְמְדוּ מִזֶּה שֶׁיִּהְיֶה הָאָדָם דָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת גַּם בְּמִילְּתָא דִּתְמִיהָה, וְהִרְוִיחוּ גַּם כֵּן הַתַּלְמִידִים בָּזֶה שֶׁבֵּירְכוּם הֶחָסִיד וְרַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִילְעַי עַל הַדָּבָר הַזֶּה.
Quand j'ai ôté les tefilin, de quoi m'avez-vous soupçonné ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il veut dire : m'avez-vous soupçonné d'avoir ôté les tefilin dès le départ parce que je voulais tenir avec elle une conversation futile, à la manière de proches qui se rendent visite et parlent d'autre chose que du nécessaire ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise ; nous savons que tu ne lui diras rien en dehors du nécessaire, et pour des paroles nécessaires, qui comptent comme un besoin de mitsva, il n'y a pas besoin d'ôter les tefilin. Nous avons seulement pensé que notre maître estimait que des paroles saintes ne doivent pas entrer dans un lieu d'impureté. Et quand il dit : quand j'ai fermé la porte, de quoi m'avez-vous soupçonné ? il veut dire : avez-vous pensé que je vous soupçonnais de révéler les secrets, et que je ne vous faisais pas confiance pour entendre ces paroles ? Ils lui dirent : nous savons que tu ne nous soupçonnes pas de cela ; nous avons seulement dit : peut-être y a-t-il une affaire du royaume entre lui et elle, et toute affaire du royaume doit être cachée même aux hommes de confiance, comme Antoninus l'a dit à notre saint maître. Et quand il dit : quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? il veut dire : avez-vous pensé qu'en voyant son visage une pensée impure (hirhour) m'a traversé le cœur et que je me suis immergé pour me purifier de cette pensée ? Ils lui dirent : à D.ieu ne plaise ; nous savons que cette femme est à tes yeux comme une charogne, des reptiles et des vermines, et qu'en la voyant tu n'auras pas la moindre mauvaise pensée, à D.ieu ne plaise ; nous avons seulement dit : peut-être de la salive de sa bouche a-t-elle jailli sur les vêtements du maître. Il me semble que ce hassid et Rabbi Yehochoua savaient de toute façon que les élèves les avaient jugés favorablement ; ils n'ont posé la question que pour clarifier la chose devant tous, afin qu'on en apprenne à juger son prochain favorablement même dans une chose étonnante. Et les élèves y ont gagné aussi d'être bénis par le hassid et par Rabbi Yehouda fils de Rabbi Ilai pour cela.
💡 Explication

Les tefilin contiennent des passages de la Torah (divrei kedoucha) ; une maison d'idolâtre est considérée comme un lieu d'impureté où on ne les fait pas entrer.

12
בְּשָׁעָה שֶׁנָּעַלְתִּי, בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי? אָמַרְנוּ: שֶׁמָּא דְּבַר מַלְכוּת יֵשׁ בֵּינוֹ לְבֵינָהּ.

Quand j'ai fermé la porte, de quoi m'avez-vous soupçonné ? - Nous avons dit : peut-être y a-t-il une affaire du royaume entre lui et elle.

📜 Rachi (1)
דְּבַר מַלְכוּת וְצָרִיךְ לְהַעְלִימוֹ:
Une affaire du royaume : qu'il faut tenir cachée.
13
בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי, אָמַרְנוּ: שֶׁמָּא נִיתְּזָה צִינּוֹרָא מִפִּיהָ עַל בְּגָדָיו שֶׁל רַבִּי. אָמַר לָהֶם: הָעֲבוֹדָה! כָּךְ הָיָה. וְאַתֶּם, כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לִזְכוּת, הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לִזְכוּת.

Quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ? - Nous avons dit : peut-être de la salive a-t-elle jailli de sa bouche sur les vêtements du maître. Il leur dit : par le Service du Temple, il en fut ainsi !

Et vous, de même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement.

📜 Rachi (1)
צִינּוֹרָא רוֹק וְגָזְרוּ עַל הַנָּכְרִים שֶׁיִּהְיוּ כְּזָבִים לְכָל דִּבְרֵיהֶם:
Tsinora : de la salive ; les Sages ont décrété que les non-Juifs soient comme des zavim pour toutes leurs lois.
💡 Explication

Par décret rabbinique, un non-Juif a le statut de zav : sa salive transmet l'impureté. Rabbi Yehochoua s'est donc immergé pour se purifier de ce contact.

14
מְפַנִּין תְּרוּמָה טְהוֹרָה וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא, דְּמִנְחָה בְּיַד יִשְׂרָאֵל. מַהוּ דְתֵימָא: כֵּיוָן דְּלָא חַזְיָא לֵיהּ — אָסוּר, קָא מַשְׁמַע לַן כֵּיוָן דְּחַזְיָא לְכֹהֵן — שַׁפִּיר דָּמֵי.

On dégage de la terouma pure, etc. (michna).

C'est évident ! - Ce n'est nécessaire que lorsqu'elle est placée entre les mains d'un Israélite. On aurait pu dire : puisqu'elle n'est pas apte pour lui, c'est interdit ; elle nous apprend : puisqu'elle est apte pour un cohen, c'est permis.

🗂️ Tossefot (1)
כֵּיוָן דְּחַזְיָא לְכֹהֵן שַׁפִּיר דָּמֵי אע"ג דְּאָמַר בְּשִׁילְהֵי כִּירָה (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף מז.) דְּבִגְדֵי עֲנִיִּים לַעֲשִׁירִים לָא הָכָא לכ"ע חַזְיָא אֶלָּא אִיסּוּרָא הוּא דִּרְבִיעַ עָלֶיהָ אֲבָל הָתָם לָא חֲזוּ מֵחֲמַת גְּרִיעוּתָא וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי לָא אָמְרִינַן הָתָם טַעְמָא דִּבְסָמוּךְ דְּאִי בָּעֵי מַפְקַר לְנִכְסֵיהּ וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (לְעֵיל שַׁבָּת ד' קכה.) שְׁיָרֵי פְּרוּזְמָיוֹת שֶׁאֵין בָּהֶן ג' עַל ג' אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן מַשְׁמַע הָא יֵשׁ בָּהֶן שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מִטַּלְטְלִים הַיְינוּ לַעֲנִיִּים א"נ אֲפִילּוּ לַעֲשִׁירִים בְּבֵית עֲנִיִּים:
Puisqu'elle est apte pour un cohen, c'est permis. Bien qu'il soit dit à la fin du chapitre Kira (plus haut, Chabbat 47a) que les vêtements des pauvres ne sont pas considérés pour les riches, ici la terouma est apte pour tout le monde ; seul un interdit repose sur elle. Là-bas, en revanche, ils ne sont pas aptes à cause de leur médiocrité. Pour la même raison, on ne dit pas là-bas la raison donnée juste après (à propos du demai) : s'il le voulait, il déclarerait ses biens hefker. Et ce qui est dit au chapitre Kol hakelim (plus haut, Chabbat 125a) : les restes de chiffons (perozmiot) qui n'ont pas trois doigts sur trois, on ne les déplace pas - ce qui implique que s'ils ont trois sur trois on les déplace - vise les pauvres ; ou bien, même pour les riches, dans la maison des pauvres.
💡 Explication

Un objet qui n'a aucune utilité pour son propriétaire est mouktse. La terouma est interdite à l'Israélite, mais elle reste apte au cohen (hazya lekohen) : cela suffit pour la déplacer.

Tossefot distingue ce cas des vêtements de pauvres : la terouma est un objet de valeur frappé d'un interdit, tandis que le vêtement de pauvre est sans valeur pour un riche.

15
וּדְמַאי וְכוּ׳. דְּמַאי, הָא לָא חֲזִי לֵיהּ! כֵּיוָן דְּאִי בָּעֵי מַפְקַר לֵיהּ לְנִכְסֵיהּ וְהָוֵה עָנִי, וַחֲזֵי לֵיהּ, הַשְׁתָּא נָמֵי חֲזֵי לֵיהּ. דִּתְנַן: מַאֲכִילִין אֶת הָעֲנִיִּים דְּמַאי וְאֶת הָאַכְסַנְיָא דְּמַאי. וְאָמַר רַב הוּנָא: תַּנָּא, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מַאֲכִילִין אֶת הָעֲנִיִּים דְּמַאי וְאֶת הָאַכְסַנְיָא דְּמַאי. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מַאֲכִילִין אֶת הָעֲנִיִּים דְּמַאי וְאֶת הָאַכְסַנְיָא דְּמַאי.

Et le demai, etc. Le demai n'est pas apte pour lui ! - Puisque, s'il le voulait, il déclarerait ses biens hefker et deviendrait pauvre, et le demai serait apte pour lui, maintenant aussi il est apte pour lui.

Car nous avons appris : on donne à manger du demai aux pauvres et aux troupes cantonnées (akhsanya). Et Rav Houna a dit : il est enseigné : Beit Chamai disent : on ne donne pas à manger du demai aux pauvres ni aux troupes cantonnées ; et Beit Hillel disent : on donne à manger du demai aux pauvres et aux troupes cantonnées.

📜 Rachi (2)
מַאֲכִילִין לַעֲנִיִּים דְּמַאי לֹא אֲסָרוּהוּ עֲלֵיהֶם מִפְּנֵי שֶׁצְּרִיכִים לְחַזֵּר עַל פֶּתַח ע"ה וְסָמְכוּ עַל שֶׁרֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין:
On donne du demai aux pauvres : on ne le leur a pas interdit, parce qu'ils doivent aller mendier à la porte des amei haarets ; on s'est appuyé sur le fait que la plupart des amei haarets prélèvent la dîme.
אַכְסְנָיָא חַיִל שֶׁל מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וּמַטִּילוֹ עַל בְּנֵי הָעִיר לְפַרְנְסָן:
Akhsanya : une troupe du roi d'Israël qu'on impose aux habitants de la ville, qui doivent l'entretenir.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִי בָּעֵי מַפְקַר לְנִכְסֵיהּ הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר כְּדִלְעֵיל כֵּיוָן דַּחֲזֵי אֶלָּא כֵּיוָן דְּמַשְׁכַּח טַעְמָא דְּאַפֵּי' לְדִידֵיהּ מָצֵי חָזֵי אָמַר וּבְפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לה:) וּבְפֶרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת ד' מז.) אִיצְטְרִיךְ לְהַאי טַעְמָא:
S'il le voulait, il déclarerait ses biens hefker. Il aurait pu dire, comme plus haut : puisqu'il est apte (à d'autres, les pauvres). Mais puisqu'il trouve une raison selon laquelle il est apte même pour lui, il la dit. Et au chapitre Kol chaa (Pessahim 35b) et au chapitre Chelocha cheakhlou (Berakhot 47a), cette raison est nécessaire.
💡 Explication

Demai : produit acheté à un am haarets, dont on doute s'il a prélevé la dîme. Les Sages ont permis aux pauvres d'en manger (la plupart des amei haarets prélèvent).

Raisonnement : le propriétaire peut à tout moment rendre ses biens hefker (sans maître) et devenir pauvre ; le demai est donc potentiellement apte pour lui-même, et n'est pas mouktse.

16
וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁנִּיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא שֶׁהִקְדִּימוֹ בְּשִׁבֳּולִים, וְנִטְּלָה הֵימֶנּוּ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר, וְלֹא נִטְּלָה הֵימֶנּוּ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה.

Et le maasser rishon dont la terouma a été prélevée, etc. C'est évident ! - Ce n'est nécessaire que lorsqu'il (le lévite) l'a pris en avance, sur les épis, et qu'on en a prélevé la terouma de maasser mais pas la terouma guedola.

📜 Rachi (1)
שֶׁנִּיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ קס"ד תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁהַלֵּוִי נוֹתֵן לַכֹּהֵן וכ"ש תְּרוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁיֵּשׁ עַל יִשְׂרָאֵל לְהַפְרִישׁ וְהִפְרִישׁוֹ קֹודֶם שֶׁנָּתַן הַמַּעֲשֵׂר לַלֵּוִי:
Dont la terouma a été prélevée : on pensait qu'il s'agit de la terouma de maasser que le lévite donne au cohen, et à plus forte raison de la terouma guedola, que l'Israélite doit prélever, et qu'il a prélevée avant de donner le maasser au lévite.
💡 Explication

Ordre normal des prélèvements : l'Israélite prélève d'abord la terouma guedola pour le cohen, puis donne le maasser rishon (1/10) au lévite, qui en prélève la terouma de maasser (1/10 du maasser) pour le cohen.

Le cas non évident : le lévite a reçu son maasser avant le prélèvement de la terouma guedola, alors que le grain était encore sur l'épi.

🖼️ Schéma
Le lévite prélève son maasser avant le cohen (hikdimo) Sur les épis (bechibolim) le grain n'est pas encore dagan Sur le tas (bakri) le grain est devenu dagan Dispensé de terouma guedola seulement terouma de maasser (1/10) (Rech Lakich : maasser min hamaasser) Obligé à rendre la terouma guedola au cohen, puis la terouma de maasser (Abaye : mikol matnotekhem) Critère d'Abaye : l'obligation de terouma vient avec rechit deganekha ; tant que le grain est sur l'épi, il n'est pas dagan Conséquence pour la michna : le maasser rishon pris sur les épis, dont on a prélevé la terouma de maasser, est entièrement profane : on le déplace le Chabbat
Maasser rishon pris en avance : sur les épis (dispensé) ou sur le tas (obligation).
17
וְכִי הָא דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁהִקְדִּימוֹ בְּשִׁבֳּולִין — פָּטוּר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲרֵמֹותֶם מִמֶּנּוּ תְּרוּמַת ה׳ מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר״. מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר.

Comme l'a dit Rabbi Abbahou au nom de Rech Lakich : le maasser rishon que (le lévite) a pris en avance sur les épis est dispensé de la terouma guedola, car il est dit : Vous en prélèverez l'offrande de Hachem, une dîme de la dîme (Bamidbar 18, 26). Une dîme de la dîme, je t'ai dit, et non la terouma guedola et la terouma de maasser prises sur le maasser.

📜 Rachi (2)
שֶׁהִקְדִּימוֹ בַּשִּׁבֳּולִין לִתְרוּמָה יִשְׂרָאֵל הָיָה לוֹ לְהַפְרִישׁ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה תְּחִילָּה דִּכְתִיב (שֶׁמֹּוחַ כב) מְלֵאָתְךָ וְדִמְעֲךָ לֹא תְאַחֵר מְלֵאָתְךָ אֵלּוּ בִּכּוּרִים מִכָּאן שֶׁהַמַּקְדִּים תְּרוּמָה לְבִכּוּרִים לוֹקֶה וְדִמְעֲךָ זוֹ תְּרוּמָה שֶׁאִם הִקְדִּים מַעֲשֵׂר לִתְרוּמָה לוֹקֶה והנ"מ מִשֶּׁנִּתְמָרַח בַּכְּרִי לוֹקֶה אִם הִקְדִּים מַעֲשֵׂר לִתְרוּמָה אֲבָל הִקְדִּים לְמַעֲשֵׂר קֹודֶם לִתְרוּמָה בַּשִּׁבֳּלִים אֵינוֹ לוֹקֶה:
Qu'il a pris en avance sur les épis : l'Israélite aurait dû prélever d'abord la terouma guedola, comme il est écrit (Chemot 22) : ta plénitude et ta liqueur, ne tarde pas. Ta plénitude, ce sont les prémices ; d'où l'on apprend que celui qui fait passer la terouma avant les prémices reçoit les coups de fouet. Ta liqueur, c'est la terouma : s'il fait passer la dîme avant la terouma, il reçoit les coups. Mais cela ne vaut qu'à partir du moment où le grain a été égalise en tas (nitmerah) ; alors il reçoit les coups s'il fait passer la dîme avant la terouma. Mais s'il a donné la dîme avant la terouma sur les épis, il ne reçoit pas les coups.
וַהֲרֵמֹותֶם מִמֶּנּוּ בִּלְוִיִּם כְּתִיב גַּבֵּי תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר:
Vous en prélèverez : c'est écrit à propos des lévites, au sujet de la terouma de maasser.
💡 Explication

Rech Lakich déduit du verset que le lévite, dans ce cas, ne doit que la dîme de la dîme ; il n'a pas à rendre au cohen la part de terouma guedola contenue dans son maasser.

18
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ הִקְדִּימוֹ בִּכְרִי נָמֵי לִיפְּטַר! אֲמַר לֵיהּ: עָלֶיךָ אֲמַר קְרָא: ״מִכֹּל מַתְּנוֹתֵיכֶם תָּרִימוּ וְגוֹ׳״.

Rav Pappa dit à Abaye : s'il en est ainsi, même s'il l'a pris en avance sur le tas (kri), qu'il soit dispensé aussi ! Il lui dit : à ton sujet le verset dit : De tous vos dons vous prélèverez (toute l'offrande de Hachem) (Bamidbar 18, 29).

📜 Rachi (1)
מִכָּל מַתְּנוֹתֵיכֶם וְגוֹ' נָמֵי בִּלְוִיִּם כְּתִיב גַּבֵּי תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְקָאָמַר אֵת כָּל תְּרוּמַת ה' כֹּל מַשְׁמַע כָּל צַד תְּרוּמָה שֶׁבּוֹ:
De tous vos dons, etc. : c'est aussi écrit à propos des lévites, au sujet de la terouma de maasser ; et il dit : toute l'offrande de Hachem ; tout signifie toute part de terouma qui s'y trouve.
💡 Explication

Le second verset impose au lévite de prélever toute terouma contenue dans ce qu'il reçoit, y compris la terouma guedola. Il faut donc distinguer les deux cas.

19
וּמֶה רָאִיתָ? הַאי אִידַּגַּן, וְהַאי לָא אִידַּגַּן.

Et qu'as-tu vu (pour distinguer) ? Celui-ci est devenu grain (idgan), et celui-là n'est pas devenu grain.

📜 Rachi (2)
הַאי דְּנִתְמָרַח:
Celui-ci : qui a été égalise en tas.
אִידַּגַּן וְחָלָה עָלָיו חוֹבַת תְּרוּמָה כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים י״ח:ד׳) רֵאשִׁית דְּגָנְךָ הִלְכָּךְ כִּי שָׁקְלָה לֵוִי בָּעֵי אַהֲדוּרֵי לְכֹהֵן תְּרֵי מִמֵּאָה שֶׁבּוֹ בְּרֵישָׁא וַהֲדַר אֶחָד מֵעֲשָׂרָה:
Est devenu grain : et l'obligation de terouma s'est posée sur lui, comme il est écrit (Devarim 18, 4) : les prémices de ton grain ; c'est pourquoi, quand le lévite l'a pris, il doit d'abord rendre au cohen deux pour cent, puis un dixième.
🗂️ Tossefot (1)
הַאי אִידַּגַּן מִדִּנְקַט אִידַּגַּן מַשְׁמַע אֲפִי' לֹא רָאָה פְּנֵי הַבַּיִת תֵּימַהּ אַכַּתִּי אֲפִילּוּ הִקְדִּימוֹ בִּכְרִי נָמֵי לֹא לְחַיֵּיב אֶלָּא בְּאִידַּגַּן וְרָאָה פְּנֵי הַבַּיִת וְי"ל דְּאִי לֹא כְּתַב וַהֲרֵמֹותֶם הֵ"א דְּכֻולָּם חַייָּבִין אֲפִילּוּ לֹא אִידַּגַּן הַשְׁתָּא דַּכְתִּי' קְרָא מוֹקְמִי לֵיהּ בְּמִסְתַּבֵּר דְּהַיְינוּ לֹא אִידַּגַּן שֶׁאֲפִילּוּ רָאָה פְּנֵי הַבַּיִת לֹא הָיָה חַיָּיב א"נ י"ל הָא דִּנְקַט אִידַּגַּן הַייְנוּ כְּכָל דִּינוֹ שֶׁרָאָה פְּנֵי הַבַּיִת אֶלָּא דְּמִילְּתָא דִּפְסִיקָא נְקַט דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בָּבָא מְצִיעָא (דַּף פח:) דְּלָא בָּעֵינַן רְאִיַּית פְּנֵי הַבַּיִת אֶלָּא בְּזֵיתִים וַעֲנָבִים דְּלָאו בְּנֵי גֹורֶן נִינְהוּ:
Celui-ci est devenu grain. Puisqu'il emploie devenu grain, cela implique même s'il n'a pas vu la face de la maison (reiyat pnei habayit). C'est étonnant : même s'il l'a pris en avance sur le tas, il ne devrait être obligé que s'il est devenu grain et a vu la face de la maison ! On peut répondre : s'il n'était pas écrit vous en prélèverez, j'aurais dit qu'ils sont tous obligés, même s'il n'est pas devenu grain ; maintenant que le verset est écrit, on l'applique au cas le plus logique, à savoir quand il n'est pas devenu grain, ou même s'il avait vu la face de la maison il ne serait pas obligé. Ou bien on peut répondre : devenu grain signifie selon toute sa loi, y compris avoir vu la face de la maison ; mais il emploie un terme tranché, car il y a un avis (Bava Metsia 88b) selon lequel on n'exige la vue de la face de la maison que pour les olives et les raisins, qui ne passent pas par l'aire.
💡 Explication

Critère d'Abaye : l'obligation de terouma naît quand le produit devient dagan (grain battu et égalise en tas). Sur l'épi, le grain n'est pas encore dagan : le lévite qui prend son maasser à ce stade échappe à la terouma guedola. Sur le tas, l'obligation existe déjà.

Tossefot discute la condition supplémentaire de reiyat pnei habayit (le produit rentre à la maison) pour fixer l'obligation.

20
וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא שֶׁנָּתַן אֶת הַקֶּרֶן וְלֹא נָתַן אֶת הַחֹומֶשׁ. הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּאֵין חֹומֶשׁ מְעַכֵּב.

Et le maasser cheni, etc. C'est évident ! - Ce n'est nécessaire que lorsqu'il a donné le principal sans donner le cinquième : elle nous apprend que le cinquième n'empêche pas (le rachat).

🗂️ Tossefot (1)
הָא קמ"ל דְּאֵין חֹומֶשׁ מְעַכֵּב וְאַף עַל גַּב דְּמִבַּעְיָא לָן בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נד.) אִי מְעַכֵּב אִי לֹא וְלָא פְּשִׁיט מֵהָכָא מִשּׁוּם דַּהֲוָה מָצֵי לְמִידְחֵי דְּאַגַּב אַחַרְיַנָא תַּנְיֵיהּ:
Elle nous apprend que le cinquième n'empêche pas. Et bien qu'on se le demande au chapitre Hazahav (Bava Metsia 54a), si le cinquième empêche ou non, et qu'on ne le résout pas à partir d'ici, c'est parce qu'on pouvait repousser en disant que (la michna) l'a enseigné à cause d'autre chose.
💡 Explication

Celui qui rachète son propre maasser cheni ajoute un cinquième (homech). La michna enseigne que le rachat est effectif dès le paiement du principal (keren) : le produit devient profane et peut être déplacé.

21
וְהַתֻּורְמוֹס הַיָּבֵשׁ כו׳. דַּווְקָא יָבֵשׁ, אֲבָל לַח — לֹא. מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דְּמָרִיר לָא אָכְלָה.

Et le lupin sec, etc. Seulement sec, mais pas mouillé.

Pour quelle raison ? Parce qu'il est amer, (la bête) ne le mange pas.

📜 Rachi (1)
דְּמָרִיר שֶׁהוּא מַר:
Il est amer : il a un goût amer.
💡 Explication

Le lupin (tourmos) sec n'est pas mangé par l'homme mais sert de nourriture aux chèvres. Mouillé, il est trop amer même pour les bêtes : il n'a alors aucun usage et reste mouktse.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).