Shabbat 128a — Mouktse : tevel, nourriture animale, herbes aromatiques et viande non salée

Shabbat 128a

Sougya : Le daf commente la michna de Mefanin sur ce qu'on ne déplace pas le Chabbat : pour le tevel, le maaser richon, le maaser cheni et le hekdech, la Guemara précise à chaque fois le cas non évident visé. Une baraita permet de déplacer ce qui sert de nourriture aux animaux ; Rabban Chimon ben Gamliel l'étend aux tessons de verre pour les autruches, et Abaye rattache sa position au principe "tout Juif est un prince", partagé par Rabbi Chimon, Rabbi Ychmael et Rabbi Akiva.

Suivent les fagots, les herbes aromatiques (sia, ezov, koranit) et la manière de les égrener. Enfin Rav Houna et Rav Hisda discutent de la viande non salée ; une baraita anonyme selon Rabbi Chimon permet la viande, salée ou non, et les os.

Michna : ce qu'on ne déplace pas - quel cas est visé ? Elément de la michna Cas non évident visé par la michna Tevel (non prélevé) Tevel de rang rabbinique : poussé en pot non percé Maaser richon Le Levi a prélevé au tas (kri) avant la terouma guedola Maaser cheni Racheté, mais avec un asimon (métal sans empreinte) Hekdech Racheté, mais contre un terrain (et non de l'argent) Louf (arum) Pas nourriture humaine crue ; RSBG permet (corbeaux) Dans tous ces cas : l'objet reste interdit à l'usage -> mouktse, on ne le déplace pas
Pour chaque élément jugé évident, la Guemara précise le cas limite que la michna vient enseigner.
Abaye : quatre Tannaim pour qui tout Juif est un prince Kol Israël bnei melakhim (tout Juif est fils de roi) Rabban Chimon b. G. Louf / verre : on déplace ce qui est apte pour un animal rare mais possible Rabbi Chimon Huile de rose sur une plaie le Chabbat : permis à tout Juif, pas seulement aux princes Rabbi Ychmael Manteau de 100 mane : un débiteur n'en est pas dépouillé Rabbi Akiva Même position : tout Juif est digne de ce manteau Le Roch : c'est une opinion isolée (chita), la halakha ne suit aucun d'eux
Le principe kol Israël bnei melakhim et ses quatre sources selon Abaye.
Viande non salée : peut-on la déplacer le Chabbat ? Rav Houna : permis (pas de mouktse pour déplacer) Rav Hisda : interdit (inapte -> mouktse) Objection : il est l'élève de Rav, qui suit Rabbi Yehouda (mouktse) ! Réponse : Rav suit R. Yehouda pour manger, R. Chimon pour déplacer Objection : chez lui on a déplacé une jeune oie du soleil à l'ombre ! Réponse : l'oie se mange crue (oumtsa), elle est donc apte Baraita (anonyme = Rabbi Chimon) Poisson salé permis Poisson non salé interdit Viande salée permis Viande non salée permis Os : permis, car nourriture pour les chiens Roch : halakha selon Rav Houna (et Rabbi Chimon)
La discussion sur la viande non salée et la baraita qui tranche selon Rabbi Chimon.
1
אֲבָל לֹא אֶת הַטֶּבֶל וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא בְּטֶבֶל טָבוּל מִדְּרַבָּנַן, שֶׁזְּרָעוֹ בְּעָצִיץ שֶׁאֵינוֹ נָקוּב.

[La michna enseigne :] mais pas le tevel, etc. C'est évident !

Ce n'est nécessaire que pour du tevel qui n'est tevel que d'ordre rabbinique, qu'on a semé dans un pot non percé.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא נִיטְּלָה תְּרוּמָתוֹ קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ שֶׁלֹּא נִיטְּלָה תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁלּוֹ:
Dont la terouma n'a pas été prélevée : tu pourrais penser [qu'il s'agit du maaser richon] dont la terouma de la dîme (teroumat maaser) n'a pas été prélevée.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל לֹא אֶת הַטֶּבֶל וְהָא דְּאָמַר רַבָּה בְּפֶרֶק כִּירָה (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף מג.) טֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל שַׁבָּת שֶׁאִם עָבַר וְתִיקְּנוֹ מְתֻוקָּן ה"מ לְעִנְיַן בִּיטּוּל כְּלִי מֵהֵיכָנוֹ שֶׁלֹּא הֶחְמִירוּ כְּמוֹ לְעִנְיַן טִלְטוּל בְּיָדַיִם:
Mais pas le tevel : et ce que Rabba a dit au chapitre Kira (plus haut, Chabbat 43a), que le tevel est préparé (moukhan) en vue du Chabbat, car si l'on a transgressé et qu'on l'a rendu conforme, il est conforme, cela concerne l'annulation d'un récipient de sa disponibilité (bitoul keli me-hekhano), ou ils ne furent pas aussi sévères que pour le déplacement à la main.
💡 Explication

Le tevel (produit dont on n'a pas prélevé terouma et dîmes) est interdit à la consommation ; il est donc mouktse. Cela semble évident. La michna vise le tevel de rang rabbinique : ce qui pousse dans un pot non percé (atsits ché-eino nakouv) n'est pas considéré par la Torah comme poussé de la terre ; seuls les Sages l'ont soumis aux dîmes. On aurait pu croire qu'on n'y attache pas le mouktse ; la michna enseigne que si.

2
וְלֹא מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא, שֶׁהִקְדִּימוֹ בַּכְּרִי, שֶׁנָּטַל מִמֶּנּוּ מַעֲשֵׂר וְלֹא נִטְּלָה מִמֶּנּוּ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה. מַהוּ דְּתֵימָא כְּדַאֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי, קָא מַשְׁמַע לַן כִּדְשַׁנִּי לֵיהּ אַבָּיֵי.

Ni le maaser richon, etc. C'est évident !

Ce n'est nécessaire que lorsqu'il (le Levi) l'a devancé au tas (kri) : on en a prélevé le maaser, sans en prélever la terouma guedola. Tu aurais pu dire comme Rav Papa l'a dit à Abaye ; [la michna] nous enseigne comme Abaye lui a répondu.

💡 Explication

Ordre normal : d'abord la terouma guedola (pour le Cohen), puis le maaser richon (pour le Levi). Si le Levi a pris sa dîme avant la terouma, alors que les épis étaient encore sur tige (chibbolim), il est dispensé de la terouma guedola. Rav Papa voulait appliquer cela aussi au cas où le grain était déjà en tas (kri). Abaye distingue : au tas, le grain est déjà "dagan" et l'obligation de terouma pesait déjà sur lui (cf. Berakhot 47a). La michna suit Abaye : ce maaser reste interdit tant qu'on n'a pas prélevé la terouma, donc il est mouktse.

3
וְלֹא אֶת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא דְּנִפְדּוּ וְלֹא נִפְדּוּ כְּהִלְכָתָן. מַעֲשֵׂר — שֶׁפְּדָאוֹ עַל גַּבֵּי אֲסִימוֹן, דְּרַחֲמָנָא אָמַר ״וְצַרְתָּ הַכֶּסֶף בְּיָדְךָ״, דָּבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ צוּרָה. הֶקְדֵּשׁ — שֶׁחִילְּלוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע, דְּרַחֲמָנָא אָמַר ״וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ״.

Ni le maaser cheni, etc. C'est évident !

Ce n'est nécessaire que lorsqu'ils ont été rachetés, mais pas rachetés selon la règle. Le maaser : qu'on a racheté avec un asimon (pièce sans empreinte), car le Miséricordieux a dit : "tu serreras (ve-tsarta) l'argent dans ta main" (Devarim 14,25) : une chose qui porte une forme (tsoura).

Le hekdech : qu'on a désacralisé contre un terrain, car le Miséricordieux a dit : "il donnera l'argent et cela lui restera acquis".

📜 Rachi (1)
אֲסִימוֹן שֶׁאֵין עָלָיו צוּרָה:
Asimon : qui ne porte pas d'empreinte.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁפְּדָאוֹ אַגַּב אֲסִימוֹן הָא דִּנְקַט אֲסִימוֹן הַייְנוּ דְּלָא כְּרַבִּי דּוֹסָא דְּפֶרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף מז:) וַהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר מָעוֹת הַנִּיתָּנוֹת סִימָן לְבֵית הַמֶּרְחָץ לד"ה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאִם כֵּן מַאי קמ"ל אֲבָל הַשְׁתָּא קמ"ל כְּרַבָּנָן:
Qu'on a racheté avec un asimon : s'il a mentionné l'asimon, c'est contrairement à Rabbi Dossa au chapitre Hazahav (Bava Metsia 47b). Il aurait pu dire : des pièces données comme jeton pour les bains, [invalides] selon tous ; mais alors, que nous aurait-il appris ? Tandis que maintenant, il nous apprend [la règle] selon les Rabbanan.
וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ אֵין הַפָּסוּק כֵּן אֶלָּא וְיָסַף חֲמִישִׁית כֶּסֶף עֶרְכְּךָ עָלָיו וְקָם לוֹ (וַיִּקְרָא כ״ז:ט״ו) וְדֶרֶךְ הַשַּׁ"ס לְקַצֵּר וְלוֹמַר בְּלָשׁוֹן אַחֵר קָצָר כִּי הַהִיא דְּפֶרֶק הֲדַר (עֵירוּבִין דַּף סה.) רַבִּי חֲנִינָא בְּיוֹמָא דְּרָתַח לָא מְצַלֵּי שֶׁנֶּאֱמַר בְּצָר אַל יוֹרֶה וּבְפֶרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף נה:) שֶׁנֶּאֱמַר כָּל הַחֲלוֹמוֹת הוֹלְכִים אַחַר הַפֶּה וְקָשֶׁה לר"י נֵימָא כֶּסֶף דַּוְקָא וכ"ת דְּשָׁוֶה כֶּסֶף כְּכֶסֶף חֲדָא דְּגַבֵּי נְזָקִין מַצְרְכִינַן קְרָא יָשִׁיב לְרַבּוֹת שָׁוֶה כֶּסֶף וְעוֹד דְּאִם כֵּן אֲפִילּוּ קַרְקַע נָמֵי וּמִנָּלַן לִמְעוּטֵי קַרְקַע וְאוֹמֵר ר"י דְּמִכְּלָל וּפְרָט נָפְקָא כְּדִתְנַן בִּבְכוֹרוֹת בְּפֶרֶק יֵשׁ בְּכוֹר לְנַחֲלָה (דַּף נא.) אֵין פּוֹדִין לֹא בַּעֲבָדִים וְלֹא בְּקַרְקָעוֹת וְלֹא בְּהֶקְדֵּשׁוֹת וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּבָעֵי לְמֵימַר וְלֹא הֶקְדֵּשׁוֹת בְּכָל אֵלּוּ לְעִנְיַן פִּדְיוֹן בְּכוֹר דָּרְשִׁינַן הָתָם כְּלָל וּפְרָט ופְדוּיָו מִבֶּן חֹדֶשׁ כְּלָל כֶּסֶף פָּרַט תִּפְדֶּה חָזַר וְכָלַל מָה הַפְּרָט מְפֹורָשׁ דָּבָר הַמִּיטַּלְטֵל כו' ה"נ אִיכָּא לְמֵימַר בְּפִדְיוֹן הֶקְדֵּשׁוֹת וְנָתַן כְּלָל כֶּסֶף פְּרָט וְקָם לוֹ חָזַר וְכָלַל כּוּ' מִיהוּ בת"כ דָּרֵישׁ לֵיהּ מִקְּרָא אַחַרְיַנָא וְכָל עֶרְכְּךָ יִהְיֶה בְּשֶׁקֶל הַקֹּדֶשׁ מַה ת"ל לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר תִּפָּדֶה יָכוֹל בַּעֲבָדִים וּשְׁטָרוֹת וְקַרְקָעוֹ' ת"ל בְּשֶׁקֶל הֶקְדֵּשׁ אֵין לִי אֶלָּא סְלָעִים מִנַּיִין לְרַבּוֹת כָּל דָּבָר הַמִּיטַּלְטֵל ת"ל וּפָדָה בְּעֶרְכְּךָ א"כ לָמָּה נֶאֱמַר בְּשֶׁקֶל פְּרָט לַעֲבָדִים וּשְׁטָרוֹת וְקַרְקָעוֹת אֶלָּא כֵּן דֶּרֶךְ הַשַּׁ"ס שֶׁאֵינוֹ מֵבִיא עִיקַּר הַדְּרָשָׁה כְּמוֹ שֶׁרָגִיל לְהָבִיא (כְּתֻובּוֹת דַּף מו:) בִּנְעֻורֶיהָ בֵּית אָבִיהָ כָּל שֶׁבַח נְעוּרִים לְאָבִיהָ אע"ג דְּהַהוּא בַּהֲפָרַת נְדָרִים הוּא דִּכְתִיב וְכֵן הַרְבֵּה:
Il donnera l'argent et cela lui restera acquis : le verset n'est pas ainsi, mais : "il ajoutera le cinquième de l'argent de ton estimation, et cela lui restera acquis" (Vayikra 27). La manière du Talmud est d'abréger et de citer avec une autre formulation courte, comme au chapitre Hadar (Erouvin 65a) : Rabbi Hanina, le jour où il était irrité, ne priait pas, car il est dit "dans la détresse, qu'il n'enseigne pas" ; et au chapitre Haroe (Berakhot 55b) : car il est dit "tous les rêves suivent la bouche". Le Ri objecte : disons que seul l'argent [est valable] ; et si tu dis que ce qui vaut de l'argent est comme l'argent, d'une part, pour les dommages, nous avons besoin d'un verset, "il rendra" (yachiv), pour inclure ce qui vaut de l'argent ; d'autre part, s'il en est ainsi, la terre aussi [serait valable], et d'où tirons-nous l'exclusion de la terre ? Le Ri répond que cela se déduit d'un klal ou-frat (général et particulier), comme nous l'avons appris dans Bekhorot, chapitre Yech bekhor le-nahala (51a) : on ne rachète [le premier-né] ni avec des esclaves, ni avec des terres, ni avec des biens consacrés ; la Guemara explique qu'il faut dire : "ni des biens consacrés". Pour tous ceux-là, à propos du rachat du premier-né, on y expose : "et ses rachetés, à partir d'un mois" : général ; "argent" : particulier ; "tu rachèteras" : retour au général ; de même que le particulier explicite est une chose mobilière, etc. On peut dire de même pour le rachat des biens consacrés : "il donnera" : général ; "l'argent" : particulier ; "et cela lui restera acquis" : retour au général, etc. Toutefois, dans le Torat Kohanim, on le tire d'un autre verset : "toute ton estimation sera en sicle du sanctuaire" ; pourquoi est-ce dit ? Parce qu'il est dit "tu rachèteras", je pourrais penser : avec des esclaves, des actes et des terres ; l'Écriture dit "en sicle du sanctuaire". Je n'aurais que les selaim ; d'où inclure toute chose mobilière ? L'Écriture dit "il rachètera selon ton estimation". S'il en est ainsi, pourquoi est-il dit "en sicle" ? Pour exclure esclaves, actes et terres. Mais telle est la manière du Talmud de ne pas apporter la source principale du drach, comme il a coutume de le faire (Ketoubot 46b) : "dans sa jeunesse, [dans] la maison de son père" : tout profit de la jeunesse revient à son père, bien que ce verset soit écrit à propos de l'annulation des vœux ; et il en va de même dans beaucoup de cas.
💡 Explication

Le maaser cheni et les biens consacrés (hekdech) sont interdits tant qu'ils ne sont pas rachetés. La michna vise un rachat invalide : pour le maaser cheni, avec un asimon, métal non frappé (le verset "ve-tsarta" exige une pièce portant une tsoura, une empreinte) ; pour le hekdech, contre un terrain, alors que le verset exige de l'argent. Le produit reste interdit, donc mouktse. Tossefot note que le verset cité est abrégé et discute la source de l'exclusion de la terre.

4
וְלֹא אֶת הַלּוּף. תָּנוּ רַבָּנַן: מְטַלְטְלִין אֶת הֶחָצָב מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לִצְבָיִים, וְאֶת הַחַרְדָּל מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְיוֹנִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מְטַלְטְלִין שִׁבְרֵי זְכוּכִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְנַעֲמִיּוֹת.

Ni le louf. Nos maîtres ont enseigné : on déplace la scille (hatsav) parce qu'elle est nourriture pour les cerfs, et la moutarde parce qu'elle est nourriture pour les pigeons.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : on déplace même des tessons de verre, parce qu'ils sont nourriture pour les autruches (naamiot).

📜 Rachi (2)
חָצָב עֵשֶׂב שֶׁמִּשְׁתָּרֵשׁ בְּעֹומֶק כְּנֶגְדּוֹ וְאֵין שָׁרָשָׁיו מִתְפַּשְּׁטִין וּבוֹ תִּיחֵם יְהוֹשֻׁעַ אֶת הָאָרֶץ לְיִשְׂרָאֵל:
Hatsav : herbe qui s'enracine en profondeur, droit sous elle, et dont les racines ne s'étendent pas ; c'est avec elle que Yehochoua délimita la terre pour Israël.
נַעֲמִיּוֹת בְּנוֹת הַיַּעֲנָה:
Naamiot : les autruches (benot ha-yaana).
🗂️ Tossefot (1)
רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר אַף מְטַלְטְלִין שִׁבְרֵי זְכוּכִית מַשְׁמַע דְּמוֹדֶה לת"ק דְּמַתִּיר חַרְדָּל וְהָא דִּתְנַן רַשְׁבָּ"ג מַתִּיר בְּלוּף וְכָל שֶׁכֵּן דְּמַתִּיר בְּחַרְדָּל:
Rabban Chimon ben Gamliel dit : on déplace même des tessons de verre : cela implique qu'il est d'accord avec le Tana kama, qui permet la moutarde ; et ce que nous avons appris [dans la michna] : "Rabban Chimon ben Gamliel permet pour le louf", à plus forte raison permet-il pour la moutarde.
💡 Explication

Le louf (arum) n'est pas comestible cru pour l'homme ; la michna interdit de le déplacer, Rabban Chimon ben Gamliel le permet car il nourrit les corbeaux. La baraita pose le principe : ce qui sert de nourriture animale n'est pas mouktse. Rabban Chimon ben Gamliel va loin : même des tessons de verre, que mangent les autruches.

5
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי נָתָן: אֶלָּא מֵעַתָּה חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטְלוּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין! וְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: נַעֲמִיּוֹת — שְׁכִיחִי, פִּילִין — לָא שְׁכִיחִי.

Rabbi Natan lui dit : s'il en est ainsi, qu'on déplace aussi des fagots de sarments, parce qu'ils sont nourriture pour les éléphants ! Et Rabban Chimon ben Gamliel ?

Les autruches sont courantes, les éléphants ne sont pas courants.

📜 Rachi (1)
יְטַלְטְלוּ רָאוּי הוּא לִהְיוֹת לוֹ פִּילִין וּלְהַאֲכִילָן:
Qu'on déplace : il est possible qu'il ait des éléphants et qu'il les nourrisse.
6
אָמַר אֲמֵימַר: וְהוּא דְּאִית לֵיהּ נַעֲמִיּוֹת. אָמַר רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר: אֶלָּא דְּקָאֲמַר לֵיהּ רַבִּי נָתָן לְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטֵל מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין, אִי אִית לֵיהּ פִּילִין — אַמַּאי לָא? אֶלָּא רָאוּי, הָכָא נָמֵי רָאוּי.

Amemar a dit : et cela, à condition qu'il ait des autruches. Rav Achi dit à Amemar : mais alors, ce que Rabbi Natan a dit à Rabban Chimon ben Gamliel : "qu'on déplace les fagots de sarments, parce qu'ils sont nourriture pour les éléphants" ; s'il a des éléphants, pourquoi pas ?

Il s'agit donc de ce qui est apte (raouy) ; ici aussi, [il s'agit de ce qui est] apte.

💡 Explication

Deux critères possibles pour la permission : posséder réellement l'animal (Amemar), ou que la chose soit apte (raouy) à nourrir un tel animal (Rav Achi). Rav Achi prouve par l'objection de Rabbi Natan : si l'on possède des éléphants, nul ne contesterait qu'on puisse déplacer leur nourriture ; l'objection vise donc le critère de l'aptitude.

🖼️ Schéma
Quand déplace-t-on des tessons de verre selon RSBG ? Amemar seulement s'il possède des autruches Rav Achi il suffit que ce soit apte (raouy) Preuve de Rav Achi : R. Natan objecte avec les éléphants. Si le critère était de les posséder, qui en a les nourrit sans difficulté. L'objection n'a de sens que si le critère est : apte à un animal.
Amemar et Rav Achi : possession réelle ou simple aptitude.
7
אָמַר אַבַּיֵּי: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי שִׁמְעוֹן וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם.

Abaye a dit : Rabban Chimon ben Gamliel, Rabbi Chimon, Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva pensent tous que tous les Juifs sont des fils de rois (bnei melakhim).

💡 Explication

Le principe kol Israël bnei melakhim : on juge ce qui convient à un Juif selon la mesure d'un prince. Abaye montre que quatre Tannaim le partagent ; la Guemara donne la source de chacun dans les segments suivants.

8
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל — הָא דַּאֲמָרָן.

Rabban Chimon ben Gamliel : ce que nous avons dit.

💡 Explication

Renvoi à la michna : Rabban Chimon ben Gamliel permet de déplacer le louf parce qu'il est nourriture pour les corbeaux ; il considère donc que tout Juif peut avoir des corbeaux, comme un prince.

9
רַבִּי שִׁמְעוֹן — דִּתְנַן: בְּנֵי מְלָכִים סָכִין עַל גַּבֵּי מַכּוֹתֵיהֶן שֶׁמֶן ווֶרֶד, שֶׁכֵּן דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי מְלָכִים לָסוּךְ בַּחוֹל. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם.

Rabbi Chimon : comme nous l'avons appris : les fils de rois peuvent enduire leurs plaies d'huile de rose [le Chabbat], car c'est l'habitude des fils de rois de s'en enduire en semaine. Rabbi Chimon dit : tous les Juifs sont des fils de rois.

📜 Rachi (2)
עַל מַכּוֹתֵיהֶן בְּשַׁבָּת וְלֹא גָּזַר מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין:
Sur leurs plaies : le Chabbat ; et on n'a pas décrété à cause du broyage des ingrédients (médicinaux).
שֶׁכֵּן דַּרְכָּן לָסוּךְ בְּלֹא מַכָּה הִלְכָּךְ. לָאו מוֹכְחָא מִילְּתָא דְּלִרְפוּאָה:
Car c'est leur habitude de s'en enduire : sans plaie ; c'est pourquoi la chose ne montre pas que c'est pour soigner.
💡 Explication

Les soins médicaux sont interdits le Chabbat par décret, de crainte qu'on en vienne à broyer des ingrédients (chehikat samemanim). L'huile de rose, que les princes utilisent comme parfum, ne montre pas une intention de soigner. Pour Rabbi Chimon, tout Juif a ce statut.

10
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְרַבִּי עֲקִיבָא — דְּתַנְיָא: הֲרֵי שֶׁהָיוּ נוֹשִׁין בּוֹ אֶלֶף מָנֶה וְלָבוּשׁ אִיצְטְלָא בַּת מֵאָה מָנֶה — מַפְשִׁיטִין אוֹתוֹ, וּמַלְבִּישִׁין אוֹתוֹ אִיצְטְלָא הָרְאוּיָה לוֹ. תָּנָא מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וּמִשּׁוּם רַבִּי עֲקִיבָא: כָּל יִשְׂרָאֵל רְאוּיִן לְאוֹתָהּ אִיצְטְלָא.

Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva : comme il a été enseigné : si on lui réclamait mille mane et qu'il portait un manteau (itstela) de cent mane, on le lui retire et on le revêt d'un manteau qui lui convient. On a enseigné au nom de Rabbi Ychmaël et au nom de Rabbi Akiva : tous les Juifs sont dignes de ce manteau.

💡 Explication

Un créancier ne saisit pas les vêtements dont le débiteur a besoin. Le Tana kama estime qu'un manteau luxueux dépasse le besoin d'un homme endetté : on le vend et on lui donne un vêtement "qui lui convient". Pour Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva, tout Juif est digne de ce manteau ; on ne le lui retire pas.

11
חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִים, אִם הִתְקִינָן לְמַאֲכַל בְּהֵמָה — מְטַלְטְלִין אוֹתָן, וְאִם לָאו — אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: חֲבִילִין הַנִּיטָּלִין בְּיָד אַחַת — מֻותָּר לְטַלְטְלָן, בִּשְׁתֵּי יָדַיִם — אָסוּר לְטַלְטְלָן.

Les fagots de paille et les fagots, etc. Nos maîtres ont enseigné : les fagots de paille, les fagots de bois et les fagots de branchettes (zeradim) : si on les a préparés pour la nourriture des bêtes, on les déplace ; sinon, on ne les déplace pas.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : les fagots que l'on porte d'une main, il est permis de les déplacer ; [ceux qui demandent] les deux mains, il est interdit de les déplacer.

📜 Rachi (2)
הִתְקִינָן הִזְמִינָן:
Préparés : destinés [la veille].
אָסוּר לְטַלְטְלָן וַאֲפִילּוּ הִזְמִינָם לְמַאֲכַל בְּהֵמָה דְּטִירְחָא הִיא:
Il est interdit de les déplacer : même s'il les a destinés à la nourriture des bêtes, car c'est un effort (tirha).
💡 Explication

Un fagot n'est pas un aliment par nature ; il faut l'avoir destiné (hitkinan) à la nourriture animale avant Chabbat pour qu'il ne soit pas mouktse. Rabban Chimon ben Gamliel ajoute une limite d'effort (tirha) : ce qui exige les deux mains reste interdit, même destiné aux bêtes.

🖼️ Schéma
Fagots de paille, de bois, de branchettes Fagot Préparé (vendredi) pour les bêtes Tana kama : permis Non préparé interdit (mouktse) RSBG : d'une main -> permis à deux mains -> interdit (effort)
Les fagots : destination à la nourriture animale et critère de l'effort.
12
חֲבִילֵי סִיאָה אֵזוֹב וְקוֹרָנִית, הִכְנִיסָן לְעֵצִים — אֵין מִסְתַּפֵּק מֵהֶן בְּשַׁבָּת, לְמַאֲכַל בְּהֵמָה — מִסְתַּפֵּק מֵהֶן בְּשַׁבָּת.

Les fagots de sia, d'ezov et de koranit : si on les a rentrés comme bois [de chauffe], on ne s'en sert pas le Chabbat ; [si on les a rentrés] pour la nourriture des bêtes, on s'en sert le Chabbat.

📜 Rachi (2)
סִיאָה אֵזוֹב וְקוֹרָנִית לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ לָהּ:
Sia, ezov et koranit : on l'explique plus loin.
הִכְנִיסָן לְעֵצִים לְייַבְּשָׁן:
Si on les a rentrés comme bois : pour les faire sécher.
🗂️ Tossefot (1)
הִכְנִיסָן לְעֵצִים אֵין מִסְתַּפֵּק אִיכָּא לְמֵימַר דה"ק הָא סְתָמָא נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁהִכְנִיסָן לְמַאֲכַל בְּהֵמָה כִּי הֵיכִי דְּלָא תִּקְשֵׁה רֵישָׁא לְסֵיפָא:
Si on les a rentrés comme bois, on ne s'en sert pas : on peut dire que [la baraita] dit ainsi : donc, sans précision (stama), cela devient comme s'il les avait rentrés pour la nourriture des bêtes ; cela afin que le début ne contredise pas la fin.
💡 Explication

Ces plantes aromatiques sont comestibles pour l'homme. Rentrées comme combustible, elles deviennent mouktse, même pour les manger ("on ne s'en sert pas"). Rentrées pour les bêtes, elles gardent un statut d'aliment et l'homme aussi peut en prendre.

13
וְקוֹטֵם בַּיָּד וְאוֹכֵל, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְטֹום בִּכְלִי. וּמוֹלֵל וְאוֹכֵל, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בִּכְלִי הַרְבֵּה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְאוֹכֵל, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בְּיָדוֹ הַרְבֵּה כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בַּחֹול.

Et il coupe à la main et mange, pourvu qu'il ne coupe pas avec un instrument ; et il frotte (molel) et mange, pourvu qu'il ne frotte pas beaucoup avec un instrument ; ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent : il frotte du bout des doigts et mange, pourvu qu'il ne frotte pas beaucoup avec la main, comme il le fait en semaine.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא יִקְטֹום בִּכְלִי כְּדֶרֶךְ חוֹל כְּדַאֲמָרָן (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עַד:) הַאי מַאן דְּפָרֵים סִילְקָא דָּמֵי לְטוֹחֵן. בְּמִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה גָּרְסִינַן מוֹלֵל וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בִּכְלִי הַרְבֵּה וְחַכְמֵי' אוֹמְרִים מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בְּיָדוֹ הַרְבֵּה כְּדֶרֶךְ חוֹל כָּךְ מָצָאתִי בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּרַבָּנָן מַחְמְרִי דִּבְכוּלֵּי יְדָא אָסוּר אֶלָּא בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וּמַהוּ מוֹלֵל כְּגוֹן אִם בָּא לֶאֱכֹול הַזֶּרַע מוֹלֵל הַשַּׁרְבִיטִין שֶׁהַזֶּרַע בְּתוֹכָם:
Pourvu qu'il ne coupe pas avec un instrument : comme en semaine ; comme nous l'avons dit (plus haut, Chabbat 74b) : celui qui hache des bettes est semblable à celui qui moud. Dans les paroles de Rabbi Yehouda, nous lisons : "il frotte et mange, pourvu qu'il ne frotte pas beaucoup avec un instrument" ; et les Sages disent : "il frotte du bout des doigts, pourvu qu'il ne frotte pas beaucoup avec la main, comme en semaine". C'est ainsi que je l'ai trouvé dans la Tossefta : les Rabbanan sont plus sévères, car avec toute la main c'est interdit, seulement du bout des doigts. Et qu'est-ce que "frotter" ? Par exemple, s'il veut manger la graine, il frotte les gousses dans lesquelles se trouve la graine.
💡 Explication

Katam : détacher des feuilles ou des tiges. Molel : frotter les gousses pour en extraire les graines, geste proche du dach (battage). Rabbi Yehouda interdit seulement l'instrument ; les Hakhamim exigent un changement (chinouy) : le bout des doigts, et non la main entière comme en semaine.

🖼️ Schéma
Égrener des herbes aromatiques le Chabbat Rabbi Yehouda Couper (katam) : à la main, pas avec un instrument Frotter (molel) : à la main, pas beaucoup avec un instrument Hakhamim (plus sévères) Frotter : du bout des doigts seulement ; pas beaucoup avec la main entière comme en semaine
Rabbi Yehouda et les Sages sur la manière d'égrener.
14
וְכֵן בְּאַמִּיתָא וְכֵן בְּפֵיגָם וְכֵן בִּשְׁאָר מִינֵי תַּבְלִין. מַאי אַמִּיתָא? ״נִינְיָא״. סִיאָה? אָמַר רַב יְהוּדָה: (סִיאָה) ״צִתְרִי״. אֵזוֹב — ״אַבְרָתָא״. קוֹרָנִית — ״קֻורְנִיתָא״ שְׁמָהּ.

Et de même pour l'amita, de même pour la rue (pigam) et de même pour les autres espèces d'épices. Qu'est-ce que l'amita ?

La menthe (ninia). Sia ?

Rav Yehouda a dit : [sia, c'est] le tsatré. Ezov : l'avarta.

Koranit : son nom est koranita.

📜 Rachi (5)
וְכֵן בְּאַמִּיתָא לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי אַמִּיתָא:
Et de même pour l'amita : on explique plus loin ce qu'est l'amita.
פֵּיגָם רוד"א:
Pigam : ruda (rue).
נִינְיָא מינטא"י:
Ninia : mintai (menthe).
צִתְרִי שדריא"ה לוי"ה ל"א פוליאול:
Tsatré : sadrieh (sarriette) ; autre version : pouliol (pouliot).
אַבְרָתָא אישני"א:
Avarta : ichnia (en langue vernaculaire).
💡 Explication

Identification des plantes. Rav Yehouda identifie sia, ezov et donne pour koranit un nom qui ne l'explique pas ("koranita") ; la Guemara va le corriger. Rachi donne les équivalents en vieux français.

15
וְהָא הָהוּא דַּאֲמַר לְהוּ: מַאן בָּעֵי קֻורְנִיתָא? וְאִישְׁתְּכַח חָשֵׁי! אֶלָּא: סִיאָה צִתְרִי, אֵזוֹב אַבְרָתָא, קֻורְנִיתָא חָשֵׁי.

Mais il y a eu ce [marchand] qui leur a dit : "Qui veut de la koranita ?" et on a trouvé que c'était du hachi ! Il faut donc dire : sia, c'est le tsatré ; ezov, l'avarta ; koranita, le hachi.

📜 Rachi (1)
חָשֵׁי שדריא"ה וְלַלָּשׁוֹן הָרִאשׁוֹן לֹא פֹּורַשׁ:
Hachi : sadrieh (sarriette) ; et selon la première version, [le mot] n'a pas été expliqué.
💡 Explication

L'usage des marchands montre que le mot "koranita" désigne une plante connue, le hachi (thym, selon la traduction courante). L'identification est corrigée en conséquence.

16
אִיתְּמַר: בָּשָׂר מָלִיחַ מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת. בָּשָׂר תָּפֵל, רַב הוּנָא אָמַר: מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ, רַב חִסְדָּא אָמַר: אָסוּר לְטַלְטְלוֹ.

Il a été dit : la viande salée, il est permis de la déplacer le Chabbat. La viande non salée (tafel) : Rav Houna a dit : il est permis de la déplacer ; Rav Hisda a dit : il est interdit de la déplacer.

📜 Rachi (2)
בָּשָׂר תָּפֵל שֶׁאֵינוֹ מָלוּחַ וּמַאן דְּגָרֵיס תַּפּוּחַ הִיא הִיא:
Viande tafel : qui n'est pas salée ; et celui qui lit "tafouah", c'est la même chose.
מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה בְּטִלְטוּל:
Il est permis de la déplacer : car il ne retient pas le mouktse pour le déplacement.
💡 Explication

La viande salée se mange telle quelle ; la viande non salée (crue) n'est pas consommable sans préparation. Est-elle mouktse ? Rav Houna permet, Rav Hisda interdit.

17
רַב הוּנָא אָמַר מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ? וְהָא רַב הוּנָא תַּלְמִיד דְּרַב הֲוָה, וְרַב כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה?!

Rav Houna a dit qu'il est permis de la déplacer ? Mais Rav Houna était l'élève de Rav, et Rav pense comme Rabbi Yehouda, qui retient le mouktse !

18
בְּמֻוקְצֶה לַאֲכִילָה — סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה, בְּמֻוקְצֶה לְטַלְטֵל — סָבַר לָהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Pour le mouktse relatif à la consommation, il pense comme Rabbi Yehouda ; pour le mouktse relatif au déplacement, il pense comme Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
בְּמֻוקְצֶה לַאֲכִילָה סָבַר לַהּ כְּר' יְהוּדָה כְּלוֹמַר בְּאִיסּוּר מֻוקְצֶה לְעִנְיַן אֲכִילָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָסַר לְאָוכְלוֹ וּבְאִיסּוּר מֻוקְצֶה לְטִלְטוּל סָבַר לָהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן:
Pour le mouktse relatif à la consommation, il pense comme Rabbi Yehouda : c'est-à-dire que pour l'interdit de mouktse concernant la consommation, il pense comme Rabbi Yehouda, qui interdit de le manger ; et pour l'interdit de mouktse concernant le déplacement, il pense comme Rabbi Chimon.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר מְטַלְטְלִין נֵר חָדָשׁ אֲבָל לֹא יָשָׁן דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה ר"מ אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר שֶׁהִדְלִיקוּ בּוֹ בְּאוֹתוֹ שַׁבָּת. ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כָּל הַנֵּרוֹת מִטַּלְטְלִין חוּץ מִן הַנֵּר הַדּוֹלֵק בְּשַׁבָּת. כָּבָה מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ. ואע"ג דְּקי"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּהָא לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּגָרַס בְּסוֹף מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ דְּאָמַר רַב מִטָּה שֶׁייִּחֲדָהּ לְמָעוֹת הִנִּיחַ עָלֶיהָ מָעוֹת אָסוּר לְטַלְטְלָהּ לֹא הֵבִיא רַב אִלְפָּס מִשּׁוּם דְּלֵית הִלְכְתָא כְּהָא דְּאַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה אֲמָרָהּ וקי"ל בְּמֻוקְצֶה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן ור"ת פִּי' דר"ש מוֹדֶה בְּמִטָּה שֶׁיִּיחֲדָהּ וְהִנִּיחַ עָלֶיהָ מָעוֹת דְּאָדָם קָפֵיד עֲלָהּ וּמְייַחֵד לָהּ מָקוֹם. מִידֵּי דַּהֲוָה אַכִּיפֵּי וּמָזוֹרֵי דְּאָמַר בְּרֵישׁ כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכג.) הַכֹּל מוֹדִים כֵּיוָן דִּמְייַחֵד לְהוּ מָקוֹם ופר"ת הַכֹּל מוֹדִים וַאֲפִילּוּ ר"ש מִשּׁוּם דַּהֲוָה קָשֶׁה לֵיהּ מֵהָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק מְפַנִּין (שַׁבָּת דַּף קכח.) דְּרַב סָבַר כְּר' שִׁמְעוֹן בְּמֻוקְצֶה דְּטִלְטוּל. הִלְכָּךְ צָרִיךְ לוֹמַר דְּהַךְ דְּמִטָּה ר"ש מוֹדֶה בָּהּ:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : on déplace une lampe neuve, mais pas une ancienne ; ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Meir dit : toutes les lampes se déplacent, sauf la lampe qu'on a allumée pendant ce Chabbat. Rabbi Chimon dit : toutes les lampes se déplacent, sauf la lampe qui brûle pendant le Chabbat ; si elle s'est éteinte, il est permis de la déplacer. Et bien que nous statuions comme Rabbi Chimon, sur ce point la halakha n'est pas comme lui, car nous lisons à la fin de Mi chehechikh que Rav a dit : un lit qu'on a réservé pour l'argent, si l'on y a posé de l'argent, il est interdit de le déplacer. Rav Alfas ne l'a pas rapporté, parce que la halakha n'est pas comme cet enseignement, qui a été dit selon Rabbi Yehouda, et nous statuons en matière de mouktse comme Rabbi Chimon. Rabbenou Tam a expliqué que Rabbi Chimon reconnaît, pour un lit réservé sur lequel on a posé de l'argent, [qu'il est interdit], car l'homme y tient et lui réserve une place ; c'est comme les kipé et mazoré, dont on dit au début de Kol hakelim (Chabbat 123a) : "tous reconnaissent, puisqu'on leur réserve une place". Et Rabbenou Tam a expliqué : "tous reconnaissent", même Rabbi Chimon, car il trouvait difficile ce qu'on dit plus loin au chapitre Mefanin (Chabbat 128a), que Rav pense comme Rabbi Chimon pour le mouktse du déplacement. C'est pourquoi il faut dire que, pour ce lit, Rabbi Chimon reconnaît [l'interdit].
💡 Explication

Distinction clé : il y a deux interdits de mouktse, celui de manger et celui de déplacer. Rav suit la position stricte de Rabbi Yehouda pour la consommation et la position souple de Rabbi Chimon pour le déplacement. Rav Houna, son élève, reste donc cohérent.

Le Roch rapporte ici la discussion sur les lampes et le lit réservé à l'argent, et l'explication de Rabbenou Tam : même Rabbi Chimon reconnaît l'interdit quand on réserve à l'objet une place particulière ; il s'appuie sur notre daf, où Rav suit Rabbi Chimon pour le déplacement.

🖼️ Schéma
La position de Rav sur le mouktse Mouktse pour MANGER suit Rabbi Yehouda -> interdit de le manger Mouktse pour DÉPLACER suit Rabbi Chimon -> permis de le déplacer (d'où Rav Houna)
Rav distingue le mouktse de consommation et le mouktse de déplacement.
19
רַב חִסְדָּא אָמַר אָסוּר לְטַלְטְלוֹ. וְהָא רַב יִצְחָק בַּר אַמֵּי אִיקְּלַע לְבֵי רַב חִסְדָּא, וַחֲזָא הָהוּא בַּר אֲוָוזָא דַּהֲווֹ קָא מְטַלְטְלוּ לֵיהּ מִשִּׁמְשָׁא לְטֻולָּא, וְאָמַר רַב חִסְדָּא: חֶסְרוֹן כִּיס קָא חָזֵינַן הָכָא! שָׁאנֵי בַּר אַוְוזָא, דַּחֲזֵי לְאֻומְצָא.

Rav Hisda a dit qu'il est interdit de la déplacer ? Mais Rav Yitshak bar Ami s'est rendu chez Rav Hisda et a vu une jeune oie (bar avaza) qu'on déplaçait du soleil vers l'ombre, et Rav Hisda a dit : "Je vois ici une perte d'argent !" L'oie est différente, car elle est apte à être mangée crue (oumtsa).

📜 Rachi (4)
בַּר אַוְוזָא שָׁחוּט:
Bar avaza : abattue.
מִשִּׁמְשָׁא לְטֻולָּא שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ:
Du soleil vers l'ombre : pour qu'elle ne se gâte pas.
וַאֲמַר לְהוּ רַב חִסְדָּא חֶסְרוֹן כִּיס חָזֵינָא הָכָא שֶׁאַתֶּם מַנִּיחִים אוֹתָהּ בַּשֶּׁמֶשׁ וּמִתְחַמֵּם וְסִלְּקוּהוּ עַל פִּיו מֵחַמָּה לְצֵל:
Et Rav Hisda leur a dit : je vois ici une perte d'argent : car vous la laissez au soleil et elle s'échauffe ; et ils l'ont enlevée sur son ordre, du soleil vers l'ombre.
בְּאֻומְצָא כְּשֶׁהוּא חַי אוֹכְלִין אוֹתוֹ. בְּלֹא מֶלַח:
Oumtsa : quand elle est crue, on la mange, sans sel.
🗂️ Tossefot (1)
דַּחֲזֵי לְאֻומְצָא מִכָּאן רְאָיָה דְּדַם הָאֵבָרִים שֶׁלֹּא פֵּירַשׁ מֻותָּר דְּקָאָמַר דַּחֲזֵי לְאֻומְצָא אע"ג דְּלָא מָלִיחַ:
Car elle est apte à être mangée crue : de là, preuve que le sang des membres qui ne s'en est pas séparé est permis, puisqu'il dit qu'elle est apte à être mangée crue, bien qu'elle ne soit pas salée.
⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר בָּשָׂר חַי מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת. בְּשַׂר תַּפּוּחַ רַב הוּנָא אָמַר מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת. וְרַב חִסְדָּא אָמַר אָסוּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת. וְהִלְכְתָא כְּרַב הוּנָא. דְּרַב חִסְדָּא תַּלְמִיד הֲוָה גַּבֵּי רַב הוּנָא. וְעוֹד דְּרַב הוּנָא כְּר' שִׁמְעוֹן דקי"ל כְּוָותֵיהּ. וְעוֹד דְּתַנְיָא דִּמְסַיַּיע לֵיהּ דְּתַנְיָא מְטַלְטְלִין אֶת הָעֲצָמוֹת בְּשַׁבָּת מִפְּנֵי שֶׁהֵן מַאֲכָל לַכְּלָבִים. בָּשָׂר תָּפוּחַ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְחַיָּה. מַיִם מְגֻולִּין מִפְּנֵי שֶׁהֵן רְאוּיִן לְחָתוּל רַשְׁבָּ"ג אוֹסֵר לְשַׁהוֹתָן מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה. ת"ר דָּג מָלִיחַ מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ בְּשַׁבָּת. דָּג תָּפֵל אָסוּר לְטַלְטְלוֹ. בָּשָׂר בֵּין חַי בֵּין מָלוּחַ מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ:
Il a été dit : la viande crue, il est permis de la déplacer le Chabbat. La viande tafouah : Rav Houna a dit : il est permis de la déplacer le Chabbat ; et Rav Hisda a dit : il est interdit de la déplacer le Chabbat. La halakha est comme Rav Houna, car Rav Hisda était l'élève de Rav Houna ; de plus, Rav Houna suit Rabbi Chimon, selon qui nous statuons ; de plus, une baraita le soutient, car il a été enseigné : on déplace les os le Chabbat parce qu'ils sont nourriture pour les chiens ; la viande tafouah parce qu'elle est nourriture pour les bêtes sauvages ; l'eau découverte parce qu'elle est apte pour le chat ; Rabban Chimon ben Gamliel interdit de la garder à cause du danger. Nos maîtres ont enseigné : le poisson salé, il est permis de le déplacer le Chabbat ; le poisson non salé, il est interdit de le déplacer ; la viande, crue ou salée, il est permis de la déplacer.
💡 Explication

Objection contre Rav Hisda : chez lui, on a déplacé une jeune oie crue pour éviter une perte (hesron kis). Réponse : la chair d'oie se mange crue (oumtsa), elle est donc apte et n'est pas mouktse, même selon Rav Hisda. Tossefot en déduit que le sang reste dans les membres (dam ha-evarim) qui ne s'en est pas séparé est permis.

Le Roch tranche selon Rav Houna, pour trois raisons : la hiérarchie maître-élève, l'accord avec Rabbi Chimon, et une baraita.

20
תָּנוּ רַבָּנַן: דָּג מָלִיחַ — מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ, דָּג תָּפֵל — אָסוּר לְטַלְטְלוֹ. בָּשָׂר, בֵּין תָּפֵל וּבֵין מָלִיחַ — מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ, וּסְתָמָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Nos maîtres ont enseigné : le poisson salé, il est permis de le déplacer ; le poisson non salé, il est interdit de le déplacer. La viande, qu'elle soit non salée ou salée, il est permis de la déplacer.

Et [cette baraita] anonyme suit Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
דָּג תָּפֵל אָסוּר לְטַלְטְלוֹ דְּאֵינוֹ רָאוּי לִכְלוּם וְלִכְלָבִים לָאו דַּעְתֵּיהּ לְמִישְׁדְּייֵהּ אֲבָל מָלִיחַ נֶאֱכָל חַי עַל יְדֵי מִלְחוֹ:
Le poisson non salé, il est interdit de le déplacer : car il n'est apte à rien, et on n'a pas l'intention de le jeter aux chiens ; mais le poisson salé se mange cru grâce à son sel.
🗂️ Tossefot (1)
דָּג תָּפֵל אָסוּר לְטַלְטְלוֹ תֵּימַהּ מִדְּשָׁרֵי בָּשָׂר תָּפֵל אַלְמָא כר"ש אָתְיָא אִם כֵּן דָּג תָּפֵל נָמֵי לִישְׁרֵי כְּמוֹ בָּשָׂר תָּפֵל וי"ל דְּדָג תָּפֵל אֵינוֹ רָאוּי לִכְלָבִים אִי נָמֵי כְּר' יְהוּדָה אָתְיָא וְדָג תָּפֵל אע"פ שֶׁרָאוּי לַכְּלָבִים אָסוּר לְטַלְטְלוֹ דְּכָל מִידֵּי דַּחֲזֵי לְאִינָשׁ לָא מַקְצֶה לַכְּלָבִים בָּשָׂר תָּפֵל מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ לְרַבִּי יְהוּדָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְחַיָּה:
Le poisson non salé, il est interdit de le déplacer : étonnant ! Puisqu'elle permet la viande non salée, [la baraita] suit donc Rabbi Chimon ; s'il en est ainsi, le poisson non salé aussi devrait être permis, comme la viande non salée. On peut répondre que le poisson non salé n'est pas apte pour les chiens. Ou bien : [la baraita] suit Rabbi Yehouda, et le poisson non salé, bien qu'apte pour les chiens, est interdit à déplacer, car tout ce qui est apte pour l'homme, on ne l'a pas destiné aux chiens ; et la viande non salée est permise à déplacer selon Rabbi Yehouda parce qu'elle est nourriture pour les bêtes sauvages.
💡 Explication

La baraita distingue le poisson de la viande : le poisson non salé n'est bon ni pour l'homme ni, selon Rachi, destiné aux chiens ; la viande non salée reste permise. La Guemara attribue cette baraita anonyme à Rabbi Chimon, ce qui soutient Rav Houna.

21
תָּנוּ רַבָּנַן: מְטַלְטְלִין אֶת הָעֲצָמוֹת מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לִכְלָבִים.

Nos maîtres ont enseigné : on déplace les os, parce qu'ils sont nourriture pour les chiens.

🗂️ Tossefot (1)
מְטַלְטְלִין אֶת הָעֲצָמוֹת לְר' יְהוּדָה דְּאִית לִי' מֻוקְצֶה מַייְרֵי כְּגוֹן שֶׁלֹּא הֵי' עָלֶיהָ' בָּשָׂר מֵאֶתְמוֹל:
On déplace les os : selon Rabbi Yehouda, qui retient le mouktse, il s'agit par exemple d'os sur lesquels il n'y avait pas de viande depuis la veille.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב גְּדוֹלָה הַכְנָסַת אוֹרְחִים מֵהַקְבָּלַת פְּנֵי שְׁכִינָה דִּכְתִיב בְּרֵאשִׁית יח אֲדֹנָי אִם נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ וְגוֹ'. א"ר אֶלְעָזָר בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הקב"ה מִדַּת ב"ו מִדַּת ב"ו אֵין הַקָּטָן יָכוֹל לוֹמַר לַגָּדוֹל הַמְתֵּן עַד שֶׁאָבֹוא אֶצְלְךָ וְאִילּוּ אַבְרָהָם אָמַר להקב"ה אֲדֹנָי אִם נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ. אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב אַסִּי א"ר יוֹחָנָן שִׁשָּׁה דְּבָרִים אָדָם עוֹשֶׂה אוֹתָן וְאוֹכֵל פֵּירוֹתֵיהֶן בָּעוֹלָם הַזֶּה וְהַקֶּרֶן קַייֶּמֶת לָעוֹלָם הַבָּא וְאֵלּוּ הֵן הַכְנָסַת אוֹרְחִים וּבִקּוּר חוֹלִים וְעִיּוּן תְּפִלָּה וְהַשְׁכָּמַת בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְהַמְגַדֵּל בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה וְהַדָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת: ת"ר הַדָּן אֶת חֲבֵירוֹ לְכַף זְכוּת דָּנִין אוֹתוֹ לְכַף זְכוּת וּמַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁיָּרַד מִגָּלִיל הָעֶלְיוֹן שֶׁהָיָה שָׂכִיר ג' שָׁנִים אֵצֶל אָדָם אֶחָד בַּדָּרוֹם. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ עֶרֶב הָרֶגֶל אָמַר לוֹ תֵּן לִי שְׂכָרִי וְאֵלֵךְ וַאֲפַרְנֵס אֶת אִשְׁתִּי וְאֶת בָּנָי אָמַר לוֹ אֵין לִי מָעוֹת שֶׁאֶתֵּן לְךָ. א"ל תֵּן לִי בְּהֵמוֹת אֵין לִי. תֵּן לִי קַרְקַע אִין לִי. תֵּן לִי פֵּירוֹת אֵין לִי. תֵּן לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת אֵין לִי. הִפְשִׁיל טַלִּיתוֹ לַאֲחוֹרָיו וְהָלַךְ לְבֵיתוֹ בְּפַחֵי נֶפֶשׁ. לְאַחַר הָרֶגֶל נָטַל בַּעַל הַבַּיִת שְׂכָרוֹ וְנָטַל מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה חֲמוֹרִים אֶחָד שֶׁל מַאֲכָל וְאֶחָד שֶׁל מִשְׁתֶּה וְאֶחָד שֶׁל מִינֵי מְגָדִים. לְאַחַר שֶׁאָכְלוּ וְשָׁתוּ נָתַן לוֹ שְׂכָרוֹ. א"ל כְּשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי שְׂכָרִי וְאָמַרְתִּי אֵין לִי מָעוֹת בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַר שֶׁמָּא מָצָאתָ פְּרַקְמַטְיָא בְּזוֹל וְלָקַחְתָּ בָּהֶם. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי בְּהֵמָה וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. שֶׁמָּא מֻושְׂכֶּרֶת הִיא בְּיַד אֲחֵרִים. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי קַרְקַע וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. שֶׁמָּא מֻוחְכֶּרֶת בְּיַד אֲחֵרִים. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי פֵּירוֹת וְאָמַרְתִּי לְךָ אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַרְתִּי שֶׁמָּא אֵינָן מְעֻושָּׂרוֹת. וּכְשֶׁאָמַרְתָּ לִי תֵּן לִי כָּרִים וּכְסָתוֹת וְאָמַרְתִּי אֵין לִי בַּמֶּה חֲשַׁדְתַּנִי. אָמַרְתִּי שֶׁמָּא הִקְדִּישׁ רַבִּי כָּל נְכָסָיו לַשָּׁמַיִם. א"ל הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה שֶׁהִקְדַּשְׁתִּי כָּל נְכָסַי לַשָּׁמַיִם בִּשְׁבִיל הוּרְקָנוֹס בְּנִי שֶׁלֹּא עָסַק בַּתּוֹרָה וּכְשֶׁבָּאתִי אֵצֶל חֲבֵירַי בַּדָּרוֹם הִתִּירוּ לִי נִדְרִי. וְאַתָּה כְּשֵׁם שֶׁדַּנְתַּנִי לְכַף זְכוּת כָּךְ יָדִין הַמָּקוֹם אוֹתְךָ לְכַף זְכוּת: ת"ר מַעֲשֶׂה בְּחָסִיד אֶחָד שֶׁפָּדָה רִיבָה אַחַת בַּת יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁהִגִּיעַ לַמָּלוֹן הִשְׁכִּיבָהּ תַּחַת מַרְגְּלוֹתָיו לְמָחָר הִשְׁכִּים וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו. א"ל כְּשֶׁהִשְׁכַּבְתִּיהָ אֵצֶל מַרְגְּלוֹתַי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ לוֹ שֶׁמָּא יֵשׁ בָּנוּ תַּלְמִיד שֶׁאֵינוֹ בָּדוּק לְרַבִּי. וּכְשֶׁטָּבַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא מִטֹּורַח הַדֶּרֶךְ רָאָה רַבִּי קֶרִי. אָמַר לָהֶם הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה. וּכְשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת כָּךְ הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת: ת"ר פַּעַם אַחַת הֻוצְרַךְ דָּבָר לַחֲכָמִים אֵצֶל מַטְרוֹנִיתָא אַחַת שֶׁכָּל גְּדוֹלֵי הָעִיר מִצָּוְיִין אֶצְלָהּ. אָמְרוּ מִי יֵלֵךְ א"ר יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא אֲנִי אֵלֵךְ הָלַךְ הוּא וְתַלְמִידָיו כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לְבֵיתָהּ חָלַץ תְּפִילִּין בְּרִחוּק ד' אַמּוֹת. וּכְשֶׁנִּכְנַס נָעַל הַדֶּלֶת אַחֲרָיו וּכְשֶׁיָּצָא יָרַד וְטָבַל וְשָׁנָה לְתַלְמִידָיו. אָמַר לָהֶם בְּשָׁעָה שֶׁחָלַצְתִּי תְּפִילִּין בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ כְּסָבוּר רַבֵּינוּ אַל יִכָּנְסוּ דִּבְרֵי קְדֻושָּׁה בִּמְקוֹם טֻומְאָה. כְּשֶׁנָּעַלְתִּי הַדֶּלֶת בִּפְנֵיכֶם בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא דְּבַר מַלְכוּת בֵּינוֹ לְבֵינָהּ. וּכְשֶׁיָּרַדְתִּי וְטָבַלְתִּי בַּמֶּה חֲשַׁדְתּוּנִי. אָמְרוּ שֶׁמָּא נִתְּזָה צִינּוֹרָא מִפִּיהָ עַל בְּגָדָיו שֶׁל רַבֵּינוּ. אָמַר לָהֶם הָעֲבוֹדָה כָּךְ הָיָה וּכְשֵׁם שֶׁדַּנְתּוּנִי לְכַף זְכוּת הַמָּקוֹם יָדִין אֶתְכֶם לְכַף זְכוּת. ת"ר מְטַלְטְלִין אֶת הֶחָצָב מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לָעוֹרְבִים וְאֶת הַחַרְדָּל מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְיוֹנִים. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר אַף מְטַלְטְלִין שִׁבְרֵי זְכוּכִית מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְנַעֲמִיּוֹת אֲמַר לֵיהּ ר' נָתָן אֶלָּא מֵעַתָּה חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטְלוּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין. וְרַשְׁבָּ"ג נַעֲמִיּוֹת שְׁכִיחִי פִּילִין לָא שְׁכִיחִי. אָמֵימָר אָמַר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ נַעֲמִיּוֹת. א"ל רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר אֶלָּא הָא דא"ל ר' נָתָן לְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא מֵעַתָּה חֲבִילֵי זְמוֹרוֹת יְטַלְטְלוּ מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַאֲכָל לְפִילִין אִי דְּאִית לֵיהּ פִּילִין אַמַּאי לָא אֶלָּא רָאוּי הָכָא נָמֵי רָאוּי. אָמַר אַבַּיֵּי רַשְׁבָּ"ג ור"ש וְר' יִשְׁמָעֵאל וְר' עֲקִיבָא כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם. רַשְׁבָּ"ג הָא דַּאֲמָרָן. ר' שִׁמְעוֹן דִּתְנַן בְּנֵי מְלָכִים סָכִין בְּשֶׁמֶן וֶרֶד ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כָּל יִשְׂרָאֵל בְּנֵי מְלָכִים הֵם. ר' יִשְׁמָעֵאל וְר' עֲקִיבָא דְּתַנְיָא הֲרֵי שֶׁהָיוּ נוֹשִׁין בּוֹ אֶלֶף זוּז וְהָיָה לָבוּשׁ אִיצְטְלָא בַּת מֵאָה מָנֶה מַפְשִׁיטִין אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ וּמַלְבִּישִׁין אוֹתוֹ הָרְאוּיָה לוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְר"ע אוֹמְרִים כָּל יִשְׂרָאֵל רְאוּיִן לְאוֹתָהּ אִיצְטְלָא. וְקַייְמָא לָן דְּכֹל כִּי הַאי גַווְנָא שִׁיטָה הִיא וְלֵית הִלְכְתָא כְּחַד מִינַּייְהוּ וְאֵין מְטַלְטְלִין אֶת הַחַרְדָּל כִּסְתָם מַתְנֵי'. חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִין אִם הִתְקִינָן לְמַאֲכַל בְּהֵמָה מְטַלְטְלִין אוֹתָן וְאִם לָאו אֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר חֲבִילָה הַנִּיטֶּלֶת בְּיָד אַחַת מֻותָּר לְטַלְטְלָהּ בִּשְׁתֵּי יָדַיִם אָסוּר לְטַלְטְלָהּ. חֲבִילֵי פֵּיאָה סִיאָה אֵזוֹב וְקוֹרָנִית אִם הִכְנִיסָן לְעֵצִים אֵין מִסְתַּפְּקִין מֵהֶן בְּשַׁבָּת. לְמַאֲכַל בְּהֵמָה מִסְתַּפְּקִין מֵהֶן בְּשַׁבָּת. וְקוֹטֵם וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְטֹום בִּכְלִי. וּמוֹלֵל וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בִּכְלִי. וחכ"א מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול הַרְבֵּה בְּיָדוֹ כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בַּחֹול. וְכֵן בְּאַמִּיתָא וְכֵן בְּפֵיגָם וְכֵן בִּשְׁאָר מִינֵי תַּבְלִין. גָּרְסִינַן בְּמַסֶּכֶת יוֹם טוֹב דַּף יב: הַמּוֹלֵל מְלִילוֹת מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְמָחָר מְנַפֵּחַ עַל יָד עַל יָד וְאוֹכֵל אֲבָל לֹא בַּקָּנוֹן וְתַמְחוּי. וּמַסְּקָנָא שָׁם יג: אִם בָּא לִמְלֹול בְּשַׁבָּת כֵּיצַד מוֹלֵל אַבָּיֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר חֲדָא אַחֲדָא. וְרַב אֲחָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר חֲדָא אַתַּרְתֵּי. רָבָא אָמַר כֵּיוָן דְּקָמְשָׁנָה אַפֵּי' טוּבָא. וּכְשֶׁהוּא מְנַפֵּחַ מְנַפֵּחַ בְּיָדוֹ אַחַת וּבְכָל כֹּחוֹ. וְהִלְכְתָא כְּרָבָא דְּקָאֵי כַּחֲכָמִים דְּהָכָא דְּאָמְרִי מוֹלֵל בְּרָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו. מַאי אַמִּיתָא נִינְיָא. פֵּיאָה סִיאָה צִתְרִי. אֵזוֹב אַבְרָתָא. קֻורְנִיתָא חָשֵׁי. וְלֵית הִלְכְתָא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּקַיְימָא לָן כִּסְתָם מַתְנֵי':
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : l'hospitalité est plus grande que l'accueil de la Présence divine (Chekhina), car il est écrit (Berechit 18) : "Mon Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux", etc. Rabbi Elazar a dit : viens et vois que la mesure du Saint, béni soit-Il, n'est pas comme la mesure d'un être de chair et de sang. Selon la mesure d'un être de chair et de sang, le petit ne peut pas dire au grand : "attends que je vienne à toi" ; alors qu'Avraham a dit au Saint, béni soit-Il : "Mon Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux". Rav Yehouda bar Chila a dit au nom de Rav Assi, au nom de Rabbi Yo'hanan : il y a six choses que l'homme accomplit et dont il mange les fruits dans ce monde, tandis que le capital demeure pour le monde futur ; les voici : l'accueil des invités, la visite des malades, la concentration dans la prière, se rendre tôt au beit hamidrach, celui qui élève ses fils à l'étude de la Torah, et celui qui juge son prochain favorablement. Nos maîtres ont enseigné : celui qui juge son prochain favorablement, on le juge favorablement. Il arriva qu'un homme descendit de la Haute-Galilée et fut salarié trois ans chez un homme du Sud. À la veille de la fête, il lui dit : "Donne-moi mon salaire, que j'aille nourrir ma femme et mes enfants." Il lui répondit : "Je n'ai pas d'argent à te donner." "Donne-moi du bétail." "Je n'en ai pas." "Donne-moi une terre." "Je n'en ai pas." "Donne-moi des fruits." "Je n'en ai pas." "Donne-moi des coussins et des couvertures." "Je n'en ai pas." Il rejeta son manteau sur son dos et rentra chez lui, découragé. Après la fête, le maître de maison prit son salaire, et avec lui la charge de trois ânes, l'une de nourriture, l'une de boisson et l'une de friandises. Après qu'ils eurent mangé et bu, il lui donna son salaire. Il lui dit : "Quand tu m'as dit : donne-moi mon salaire, et que j'ai dit : je n'ai pas d'argent, de quoi m'as-tu soupçonné ?" "Je me suis dit : peut-être as-tu trouvé une marchandise à bas prix et l'as-tu achetée avec." "Et quand tu m'as dit : donne-moi du bétail, et que je t'ai dit : je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ?" "Peut-être est-il loué à d'autres." "Et quand tu m'as dit : donne-moi une terre, et que je t'ai dit : je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ?" "Peut-être est-elle affermée à d'autres." "Et quand tu m'as dit : donne-moi des fruits, et que je t'ai dit : je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ?" "Je me suis dit : peut-être ne sont-ils pas prélevés." "Et quand tu m'as dit : donne-moi des coussins et des couvertures, et que je t'ai dit : je n'en ai pas, de quoi m'as-tu soupçonné ?" "Je me suis dit : peut-être mon maître a-t-il consacré tous ses biens au Ciel." Il lui dit : "Par le Service (du Temple) ! C'est ainsi : j'avais consacré tous mes biens au Ciel à cause de mon fils Hourkenos, qui ne s'occupait pas de Torah ; et quand je suis allé chez mes collègues du Sud, ils m'ont délié de mes vœux. Et toi, de même que tu m'as jugé favorablement, que le Makom (D.ieu) te juge favorablement." Nos maîtres ont enseigné : il arriva qu'un homme pieux racheta une jeune fille juive. Arrivé à l'auberge, il la fit coucher à ses pieds. Le lendemain, il se leva tôt, s'immergea et enseigna à ses élèves. Il leur dit : "Quand je l'ai fait coucher à mes pieds, de quoi m'avez-vous soupçonné ?" Ils lui dirent : "Peut-être y a-t-il parmi nous un élève qui n'est pas éprouvé aux yeux du maître." "Et quand je me suis immergé, de quoi m'avez-vous soupçonné ?" Ils dirent : "Peut-être, à cause de la fatigue du chemin, le maître a-t-il eu une émission (keri)." Il leur dit : "Par le Service ! C'est ainsi. Et de même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement." Nos maîtres ont enseigné : une fois, les Sages eurent besoin d'une chose auprès d'une matrone chez qui tous les grands de la ville se trouvaient. Ils dirent : "Qui ira ?" Rabbi Yehochoua ben Hanania dit : "J'irai." Il y alla, lui et ses élèves. Arrivé à sa maison, il retira ses tefilin à quatre coudées de distance. En entrant, il ferma la porte derrière lui. En sortant, il descendit s'immerger et enseigna à ses élèves. Il leur dit : "Quand j'ai retiré mes tefilin, de quoi m'avez-vous soupçonné ?" Ils dirent : "Notre maître a pensé : que des paroles saintes n'entrent pas dans un lieu d'impureté." "Quand j'ai fermé la porte devant vous, de quoi m'avez-vous soupçonné ?" Ils dirent : "Peut-être y avait-il une affaire du royaume entre lui et elle." "Et quand je suis descendu m'immerger, de quoi m'avez-vous soupçonné ?" Ils dirent : "Peut-être une goutte de salive a-t-elle jailli de sa bouche sur les vêtements de notre maître." Il leur dit : "Par le Service ! C'est ainsi. Et de même que vous m'avez jugé favorablement, que le Makom vous juge favorablement." Nos maîtres ont enseigné : on déplace la scille parce qu'elle est nourriture pour les corbeaux, et la moutarde parce qu'elle est nourriture pour les pigeons. Rabban Chimon ben Gamliel dit : on déplace même des tessons de verre parce qu'ils sont nourriture pour les autruches. Rabbi Natan lui dit : s'il en est ainsi, qu'on déplace aussi des fagots de sarments parce qu'ils sont nourriture pour les éléphants. Et Rabban Chimon ben Gamliel ? Les autruches sont courantes, les éléphants ne sont pas courants. Amemar a dit : et cela, à condition qu'il ait des autruches. Rav Achi dit à Amemar : mais alors, ce que Rabbi Natan a dit à Rabban Chimon ben Gamliel : "qu'on déplace des fagots de sarments parce qu'ils sont nourriture pour les éléphants" ; s'il a des éléphants, pourquoi pas ? Il s'agit donc de ce qui est apte ; ici aussi, de ce qui est apte. Abaye a dit : Rabban Chimon ben Gamliel, Rabbi Chimon, Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva pensent tous que tous les Juifs sont des fils de rois. Rabban Chimon ben Gamliel : ce que nous avons dit. Rabbi Chimon : comme nous l'avons appris : les fils de rois s'enduisent d'huile de rose ; Rabbi Chimon dit : tous les Juifs sont des fils de rois. Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva : comme il a été enseigné : si on lui réclamait mille zouz et qu'il portait un manteau de cent mane, on le lui retire et on le revêt de celui qui lui convient ; Rabbi Ychmaël et Rabbi Akiva disent : tous les Juifs sont dignes de ce manteau. Et nous tenons que dans tout cas de ce genre, c'est une opinion isolée (chita), et la halakha n'est comme aucun d'eux ; et on ne déplace pas la moutarde, conformément à la michna anonyme. Les fagots de paille, les fagots de bois et les fagots de branchettes : si on les a préparés pour la nourriture des bêtes, on les déplace ; sinon, on ne les déplace pas. Rabban Chimon ben Gamliel dit : un fagot que l'on porte d'une main, il est permis de le déplacer ; à deux mains, il est interdit de le déplacer. Les fagots de pia (sia), d'ezov et de koranit : si on les a rentrés comme bois, on ne s'en sert pas le Chabbat ; pour la nourriture des bêtes, on s'en sert le Chabbat. Et il coupe et mange, pourvu qu'il ne coupe pas avec un instrument ; et il frotte et mange, pourvu qu'il ne frotte pas avec un instrument. Et les Sages disent : il frotte du bout des doigts et mange, pourvu qu'il ne frotte pas beaucoup avec la main comme il le fait en semaine. Et de même pour l'amita, de même pour la rue et de même pour les autres espèces d'épices. Nous lisons au traité Yom Tov (Beitsa 12b) : celui qui frotte des épis la veille du Chabbat, le lendemain il vanne petit à petit et mange, mais pas avec un plateau (kanon) ni avec un plat (tamhoui). Et la conclusion, là-bas (13b) : s'il vient à frotter le Chabbat, comment frotte-t-il ? Abaye, au nom de Rav Yossef, dit : un [épi] contre un. Rav Aha, au nom de Rav Yossef, dit : un contre deux. Rava dit : puisqu'il change [sa manière], même beaucoup. Et quand il vanne, il vanne d'une seule main, et de toute sa force. La halakha est comme Rava, qui suit les Sages d'ici, qui disent : il frotte du bout des doigts. Qu'est-ce que l'amita ? La menthe. Pia, sia : le tsatré. Ezov : l'avarta. Koranita : le hachi. Et la halakha n'est pas comme Rabban Chimon ben Gamliel, car nous tenons selon la michna anonyme.
💡 Explication

Les os sont nourriture pour les chiens : ils ne sont pas mouktse. Tossefot précise que même Rabbi Yehouda l'admet quand les os étaient déjà dépourvus de viande la veille (ils étaient alors déjà destinés aux chiens).

Le Roch reprend ici, en un seul siman, l'aggada de l'hospitalité et du jugement favorable (fin de 127a-127b) puis toute notre sougya, et tranche : la halakha ne suit pas le principe de "fils de rois" (chita), ni Rabban Chimon ben Gamliel ; pour égrener, on suit Rava : avec un changement (chinouy), même en quantité.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).