Sougya : Le daf achève la discussion sur l'accouchée (haya) : deux versions de l'enseignement de Chmouel (Rav Achi, sévère ; Mar Zoutra, indulgent) et la décision selon Mar Zoutra, car dans le doute de vie on est indulgent. On précise quand commence l'ouverture du col et combien de temps elle dure, et les Nehardeens fixent trois paliers : trois, sept et trente jours.
Puis la Guemara passe à la saignée (hakaza) : on allume un feu pour celui qui s'est fait saigner et a pris froid, même en été ; on décrit le repas qui suit la saignée (viande selon Rav, vin selon Chmouel), les usages des Amoraim et une série de précautions de Rav et Chmouel.
[...] "j'en ai besoin", ou qu'elle n'ait pas dit "j'en ai besoin", on ne profane pas le Chabbat pour elle.
Fin de la version de Rav Achi commencée au daf précédent : une fois le kever (littéralement la tombe, ici le col de l'utérus) refermé, on ne profane plus le Chabbat pour l'accouchée, quoi qu'elle dise.
Rav Achi enseignait ainsi. Mar Zoutra enseignait ainsi : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : l'accouchée (haya), tout le temps que le col est ouvert, qu'elle ait dit "j'en ai besoin" ou qu'elle ait dit "je n'en ai pas besoin", on profane pour elle le Chabbat.
Le col s'est fermé : si elle a dit "j'en ai besoin", on profane pour elle le Chabbat ; si elle n'a pas dit "j'en ai besoin", on ne profane pas pour elle le Chabbat.
Les deux versions diffèrent sur deux points. Col ouvert : chez Mar Zoutra, on profane même si elle affirme ne pas en avoir besoin (Rachi : quand ses compagnes disent qu'elle en a besoin). Col fermé : chez Mar Zoutra, sa demande suffit pour profaner ; chez Rav Achi, on ne profane plus du tout.
Ravina dit à Mareimar : Mar Zoutra enseigne dans le sens de l'indulgence et Rav Achi enseigne dans le sens de la sévérité ; selon qui est la halakha ? Il lui dit : la halakha est comme Mar Zoutra : dans le doute concernant des vies (safek nefachot), on est indulgent.
Principe général : safek nefachot lehakel. Quand il y a doute sur un danger pour la vie, on tranche dans le sens qui permet de sauver, c'est-à-dire "indulgent" quant à l'interdit du Chabbat.
À partir de quand [compte] l'ouverture du col ? Abaye dit : à partir du moment où elle s'assied sur le machber (siège d'accouchement).
Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : à partir du moment où le sang s'écoule et descend ; et certains disent : à partir du moment où ses compagnes la portent par les bras.
Jusqu'à quand dure l'ouverture du col ? Abaye dit : trois jours.
Rava dit au nom de Rav Yehouda : sept ; et certains disent : trente.
Trois durées : 3, 7 ou 30 jours. Tossefot montre qu'il ne s'agit pas d'une controverse : chacun parle d'un palier différent, et tous suivent le découpage des Nehardeens (segment suivant). La preuve vient d'Erouvin 68a : au huitième jour, l'eau chaude de l'enfant ne se chauffe que "par le biais de sa mère" et par un non-Juif, ce qui correspond au palier 7-30.
Les Nehardeens disent : l'accouchée - trois, sept et trente. Trois : qu'elle ait dit "j'en ai besoin" ou qu'elle ait dit "je n'en ai pas besoin", on profane pour elle le Chabbat.
Sept : si elle a dit "j'en ai besoin", on profane pour elle le Chabbat ; si elle a dit "je n'en ai pas besoin", on ne profane pas pour elle le Chabbat. Trente : même si elle a dit "j'en ai besoin", on ne profane pas pour elle le Chabbat, mais on fait [ce qu'il faut] par un araméen (non-Juif).
Les Nehardeens découpent la période en trois paliers (voir le schéma de synthèse). Rachi précise que chaque palier commence à la fin du précédent : "sept" désigne les jours 4 à 7, "trente" les jours 8 à 30.
Au dernier palier, un Juif ne fait pas de melakha, mais on peut demander à un non-Juif (ici "araméen") de la faire.
Le Roch reproduit ici un passage de ses Piskei sur la mila (Chabbat 134) : il distingue l'eau chauffée après la mila (danger : un Juif la chauffe) et avant la mila (même par un non-Juif, interdit), et il s'appuie sur notre daf pour situer le récit d'Erouvin 68a après le septième jour.
[Ceci est] conforme à Rav Oulla, fils de Rav Ilai, qui a dit : tous les besoins d'un malade se font par un araméen (non-Juif) le Chabbat ; et conforme à Rav Hamnouna, car Rav Hamnouna a dit : une chose qui ne comporte pas de danger, on la dit au non-Juif et il la fait.
Deux catégories de malades : le holé ché-yech bo sakana (en danger) pour qui un Juif profane lui-même le Chabbat, et le holé ché-ein bo sakana (malade sans danger) pour qui l'on demande à un non-Juif. L'accouchée du 8e au 30e jour entre dans la seconde catégorie.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : pour l'accouchée, trente jours. Pour quelle halakha ?
Les Nehardeens disent : pour l'immersion (tevila).
Rava dit : nous ne l'avons dit que lorsque son mari n'est pas avec elle ; mais quand son mari est avec elle, son mari la réchauffe. Comme dans ce cas : la fille de Rav Hisda s'immergea au cours des trente jours, en l'absence de son mari ; elle prit froid, et on porta son lit [funéraire] derrière Rava à Poumbedita.
La règle des trente jours concerne la tevila : une immersion dans l'eau froide expose l'accouchée affaiblie à un refroidissement. Rava limite la règle au cas où le mari est absent (Rachi : immersion pour pouvoir manipuler des aliments purs). Le récit tragique de l'épouse de Rava, fille de Rav Hisda, illustre le danger.
Le Roch place ici la fin de ses Piskei sur le chapitre : la saignée (129a) puis le nombril et le placenta (129b), avec la liste des soins permis le Chabbat tirée d'Ezechiel 16,4.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on fait un feu pour l'accouchée le Chabbat pendant la saison des pluies. Ils en déduisirent : pour l'accouchée, oui ; pour le malade, non ; à la saison des pluies, oui ; à la saison chaude, non.
Mais il n'en est rien : il n'y a pas de différence entre l'accouchée et le malade, ni entre la saison des pluies et la saison chaude. Car il a été dit : Rav Hiya bar Avin a dit au nom de Chmouel : celui qui s'est fait saigner et a pris froid, on lui fait un feu, même à la saison (tekoufa) de Tammouz.
On aurait pu lire l'enseignement de Chmouel de manière restrictive. La Guemara le rejette à partir d'un autre enseignement de Chmouel : pour la saignée (hakaza), on allume un feu même en été (tekoufat Tammouz). Rachi : si c'est permis pour celui qui s'est fait saigner, à plus forte raison pour un malade.
Pour Chmouel, on fendit une chaise de chaga ; pour Rav Yehouda, on fendit une table de yavna ; pour Rabba, on fendit un banc.
Ces Amoraim, après une saignée, ont sacrifié des meubles de valeur pour faire du feu, faute de bois disponible. Le segment suivant soulève la question du gaspillage.
Abaye dit à Rabba : mais le Maître transgresse [l'interdit de] "ne pas détruire" (bal tachhit) ! Il lui dit : le "ne pas détruire" de mon corps est plus important pour moi.
Bal tachhit : l'interdit de détruire inutilement un objet utile (Devarim 20,19). Rabba répond que ne pas porter atteinte à son propre corps relève du même principe, et passe avant la préservation d'un meuble.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : un homme doit toujours vendre les poutres de sa maison et acheter des chaussures pour ses pieds. S'il s'est fait saigner et n'a rien à manger, qu'il vende les chaussures de ses pieds et pourvoie avec elles aux besoins du repas.
Que sont les besoins du repas ? Rav dit : de la viande ; et Chmouel dit : du vin.
Rav dit : de la viande - une vie à la place d'une vie (nafcha half nafcha). Et Chmouel dit : du vin - du rouge à la place du rouge (soumka half soumka).
Après une saignée, il faut reconstituer ses forces. Rav : de la viande, car elle restaure la force vitale (nefech, vie pour vie). Chmouel : du vin rouge, qui remplace le sang rouge perdu.
Le Roch résume toute la sougya de l'accouchée (128b-129a) et tranche : on profane selon Mar Zoutra ; pour le début de l'ouverture, la pratique suit Abaye, mais le Roch s'étonne de cette sévérité en cas de doute sur la vie. À noter : sa version de Mar Zoutra pour le col fermé diffère légèrement de celle de notre texte.
(Signe mnémotechnique : ChNMSR.)
Moyen de retenir l'ordre des Sages du segment suivant : Chmouel, rabbi Yo'hanan (Noun), Rav NahMan, Rav YoSef, Rava.
Chmouel, le jour où il faisait "la chose" (la saignée), on lui préparait un plat de rates. Rabbi Yo'hanan buvait [du vin] jusqu'à ce que l'odeur sorte de ses oreilles.
Rav Nahman buvait jusqu'à ce que sa rate flotte. Rav Yossef buvait jusqu'à ce que [le vin] sorte par l'incision de la saignée.
Rava recherchait du vin de trois feuilles.
Usages des Amoraim le jour de la saignée, que la Guemara appelle par euphémisme avidat milta ("faire la chose"). Chacun applique à sa manière le principe de Chmouel : du rouge à la place du rouge (rate, vin).
Rav Nahman bar Yitshak dit aux Sages : je vous en prie, le jour de la saignée, dites à vos maisonnées : "Nahman est venu chez nous."
Par égard pour un hôte important, l'épouse prépare un repas plus copieux ; ainsi l'élève qui s'est fait saigner mange convenablement.
Et toutes les ruses sont interdites, sauf cette ruse qui est permise : celui qui a fait "la chose" et n'en a pas les moyens, qu'il prenne un zouz usé et aille dans sept boutiques, jusqu'à ce qu'il ait goûté la mesure d'un revi'it. Et sinon, qu'il mange sept dattes noires, s'enduise d'huile les tempes et se couche au soleil.
La ruse (arma) consiste à goûter le vin comme un acheteur, puis à offrir une pièce refusée. Elle est tolérée en raison du danger lié à la saignée. Revi'it : un quart de log, mesure standard d'une boisson.
Ablat trouva Chmouel couché au soleil. Il lui dit : sage des Juifs, ce qui est mauvais peut-il devenir bon ?
Il lui dit : c'est un jour de saignée.
Ablat, un sage non-juif ami de Chmouel, s'étonne de le voir au soleil, considéré comme nocif. Chmouel explique que, le jour d'une saignée, le soleil réchauffe et fait du bien.
Le Ben Yehoyada lit l'échange comme une allusion : le soleil, donné en ce monde à Essav, sert en réalité à extraire les nitsotsot (étincelles de sainteté) de la klipa ; ce monde est un "jour de saignée" avant que le soleil revienne à Israël.
Mais il n'en est rien. Plutôt : il y a un jour dans toute l'année où le soleil est bienfaisant : le jour où tombe la tekoufa (solstice) de Tammouz.
Et il pensait : je ne le lui révélerai pas.
La Guemara corrige : la vraie raison n'était pas la saignée, mais le jour du solstice d'été, où le soleil est bénéfique. Chmouel a préféré ne pas divulguer ce savoir à Ablat.
(Signe mnémotechnique : heikil, be-roua'h, taama, chaha.) Rav et Chmouel disent tous deux : quiconque néglige (mekil) le repas de la saignée, on néglige pour lui sa subsistance depuis le Ciel, et l'on dit : lui n'a pas eu pitié de sa propre vie, et Moi, J'aurais pitié de lui ?!
Le signe annonce les quatre enseignements de Rav et Chmouel qui suivent : heikil (négliger le repas), roua'h (le vent), taama (goûter avant de sortir), chaha (attendre, au daf suivant). Mesure pour mesure : qui méprise sa santé voit sa subsistance négligée.
Rav et Chmouel disent tous deux : celui qui fait "la chose" ne doit pas s'asseoir là où le vent tourbillonne, de peur que le saigneur ne l'ait vidé [de son sang] et ne l'ait laissé à un revi'it ; le vent viendrait et en tirerait encore, et il en viendrait au danger.
Le revi'it de sang est considéré comme le minimum vital. Si la saignée a laissé tout juste cette quantité, le courant d'air, qui "aspire" selon la Guemara, peut faire passer sous le seuil.
Chmouel avait l'habitude de faire "la chose" dans une maison [aux murs] de sept briques et demie. Un jour, il la fit et se sentit [faible].
Il vérifia : il manquait une demi-brique.
Rav et Chmouel disent tous deux : celui qui fait "la chose" doit goûter quelque chose, et ensuite sortir. Car s'il n'a rien goûté, s'il rencontre un mort, son visage verdit ; s'il rencontre un meurtrier, il meurt ; s'il rencontre [...]
Troisième enseignement du signe (taama) : manger un peu avant de sortir. La liste des rencontres dangereuses se poursuit au daf 129b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).