Sougya : Le daf achève la discussion sur le zav qui sort avec sa bourse : la comparaison avec les lois de Makhshirin (Ki youtan) est rejetée, puis Abaye et Rava résolvent la contradiction entre les deux baraitot par la discussion entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon sur la melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même. L'école de Rabbi Ichmael permet de sortir avec ses tefilin à la tombée de la nuit, car on doit y penser en permanence ; Hanania demande de tâter ses vêtements la veille de Chabbat.
La Guemara revient ensuite à la Michna : l'interdit d'épouiller ses vêtements vient-il de la crainte de tuer un pou (Rabbi Eliezer) ou de celle d'incliner la lampe ? Une baraita tranche : les deux interdits visent la lampe.
Suivent les règles sur l'épouillage (Tanna kamma, Abba Chaoul, Rav Houna), la permission de Beit Hillel de tuer le pou, et une série de discussions entre Beit Chammai et Beit Hillel sur les affaires de mitsva le Chabbat, jusqu'à la formule de visite au malade le Chabbat.
... (celui qui retourne un plat contre le mur) pour que le mur ne soit pas abîmé : (l'eau qui s'y trouve) n'est pas soumise à 'Ki youtan' ! — Est-ce comparable ?
Là-bas, il n'a absolument pas besoin de ces liquides ; ici, il a besoin de cette bourse pour y recueillir l'écoulement (ziva).
La Guemara poursuit la difficulté de 11b : une baraita rend le zav qui sort avec sa bourse passible, une autre l'exempte. On avait proposé de rattacher la divergence à une Michna de Makhshirin : l'eau de pluie ne rend un aliment apte à l'impureté (Ki youtan, Vayikra 11,38) que si son propriétaire la veut. Celui qui retourne un plat contre un mur pour le protéger ne veut pas cette eau.
La Guemara rejette le rapprochement. Pour Makhshirin, on regarde si le liquide a de l'importance ; pour le Chabbat, on regarde si l'objet transporté en a. Or le zav a réellement besoin de sa bourse.
Cela n'est comparable qu'à la fin (de cette Michna) : un pétrin (areva) dans lequel est tombée l'eau d'une gouttière : l'eau qui gicle et celle qui déborde n'est pas soumise à 'Ki youtan', et celle qui est dedans est soumise à 'Ki youtan'.
La bonne comparaison est le pétrin laissé sous la gouttière. Le propriétaire ne voulait pas de cette eau au départ, mais une fois tombée, il préfère qu'elle reste dans le récipient plutôt que de salir la maison. Cette volonté suffit à rendre l'eau restée dedans 'Ki youtan'.
De même, le zav préfère que l'écoulement reste dans la bourse : la bourse a donc de l'importance, et la contradiction entre les deux baraitot demeure.
Mais Abaye et Rava ont dit tous deux : il n'y a pas de difficulté : celle-ci est (l'avis de) Rabbi Yehouda, et celle-là (l'avis de) Rabbi Chimon.
Abaye et Rava attribuent les deux baraitot à deux Tannaim. Le principe en jeu est la melakha cheeina tsrikha legoufa : un travail accompli sans en vouloir le résultat propre. Le zav porte la bourse uniquement à cause d'un écoulement dont il se passerait.
Pour Rabbi Yehouda, un tel travail rend passible d'un hatat ; pour Rabbi Chimon, il en exempte (tout en restant interdit par les Sages).
L'école de Rabbi Ichmael a enseigné : un homme peut sortir avec ses tefilin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Quelle en est la raison ?
Puisque Rabba bar Rav Houna a dit : un homme est tenu de toucher ses tefilin à chaque instant. (On le déduit par) kal va-homer (raisonnement à fortiori) du tsits (plaque frontale du Cohen Gadol) : si pour le tsits, qui ne contient qu'une seule mention du Nom divin (azkara), la Torah a dit : 'Et il sera sur son front constamment' (Chemot 28,38), c'est-à-dire qu'il ne doit pas en détourner son attention, à plus forte raison les tefilin, qui contiennent de nombreuses mentions du Nom.
C'est pourquoi il s'en souvient. Il est enseigné : Hanania dit : un homme est tenu de tâter ses vêtements la veille de Chabbat à la tombée de la nuit.
Rav Yossef a dit : c'est une grande halakha pour le Chabbat.
La Michna (11a) interdisait au tailleur de sortir avec son aiguille à la tombée de la nuit, de peur qu'il l'oublie et la transporte le Chabbat. Les tefilin ne posent pas ce problème : on doit y penser en permanence, par kal va-homer du tsits. Le tsits porte une seule azkara (mention du Nom), les tefilin en portent plusieurs.
Hanania ajoute une précaution pratique : tâter ses poches avant le Chabbat, pour ne rien transporter par oubli. Rav Yossef la qualifie de grande halakha.
'Il n'épouillera pas ses vêtements', etc. On a posé la question : 'Il n'épouillera pas ses vêtements' (s'applique-t-il) même le jour, de peur qu'il ne tue (un pou), et c'est l'avis de Rabbi Eliezer ?
Car il est enseigné : Rabbi Eliezer a dit : celui qui tue un pou le Chabbat est comme s'il tuait un chameau. Et 'il ne lira pas à la lumière de la lampe', de peur qu'il ne l'incline.
Ou peut-être les deux (sont-ils interdits) de peur qu'il ne l'incline ?!
La Guemara revient à la Michna de 11a. Question : la précision 'à la lumière de la lampe' porte-t-elle sur les deux interdits, ou seulement sur la lecture ?
Première lecture : épouiller ses vêtements est interdit même le jour, de peur de tuer un pou, selon Rabbi Eliezer pour qui tuer un pou est aussi grave que tuer un chameau. Seconde lecture : les deux interdits valent la nuit, par crainte d'incliner la lampe (chema yateh) pour mieux voir, ce qui revient à attiser la flamme.
Tossefot discute l'identification de la kina : Rabbenou Tam établit que la kina est le pou blanc, qui ne se reproduit pas, et le par'och la puce noire qui saute.
Viens et entends : on n'épouille pas et on ne lit pas à la lumière de la lampe. — Est-ce plus fort que notre Michna ?!
Première tentative de preuve : une baraita place 'à la lumière de la lampe' en fin de phrase, après les deux verbes. La Guemara répond que la Michna présente déjà la même construction : la baraita laisse la même ambiguïté.
Viens et entends : on n'épouille pas à la lumière de la lampe et on ne lit pas à la lumière de la lampe ; ce sont là des halakhot qu'ils ont prononcées dans la chambre haute de Hanania ben Hizkia ben Garon. On en déduit que les deux sont (interdits) de peur qu'il n'incline (la lampe).
On en déduit.
Cette baraita répète 'à la lumière de la lampe' après chacun des deux interdits : les deux sont donc liés à la lampe. Conclusion (chema minah) : le jour, épouiller ses vêtements est permis. Ces décrets font partie des dix-huit mesures adoptées dans la chambre haute de Hanania ben Hizkia ben Garon (Michna 13b).
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : même pour distinguer entre son vêtement et les vêtements de sa femme. Rava a dit : nous ne l'avons dit que pour les gens de Mehoza ; mais les gens des campagnes savent (les distinguer).
Et pour les gens de Mehoza aussi, nous ne l'avons dit que pour (les vêtements des) femmes âgées ; mais pour ceux des jeunes femmes, ils savent (les distinguer).
Même un examen bref, comme trier ses vêtements de ceux de sa femme, est interdit à la lampe le Chabbat, car il demande de bien regarder et pourrait amener à incliner la lampe.
Rava limite l'interdit aux cas où la différence est réellement difficile à voir : à Mehoza, ville aisée, les hommes portaient des habits larges ressemblant à ceux des femmes âgées. Tossefot étend l'interdit au tri entre ses vêtements et ceux d'un autre.
Les Sages ont enseigné : on n'épouille pas (ses vêtements) dans le domaine public, par respect (pour autrui). De même, Rav Yehouda, et certains disent Rabbi Nehemia, a dit : on ne prend pas d'apiktouizin (vomitif) dans le domaine public, par respect.
Les Sages ont enseigné : celui qui épouille ses vêtements frotte (le pou entre ses doigts) et le jette, pourvu qu'il ne le tue pas. Abba Chaoul dit : il le prend et le jette, pourvu qu'il ne le frotte pas.
Rav Houna a dit : la halakha est qu'il le frotte et le jette, et c'est la manière digne, même en semaine. Rabba les tuait.
Et Rav Chechet les tuait. Rava les jetait dans un récipient (lekna) d'eau.
Rav Nahman dit à ses filles : tuez-les, et faites-moi entendre le bruit (de ces bestioles) odieuses.
Deux règles de kavod ha-beriot (respect d'autrui) : ne pas épouiller ni provoquer de vomissement en public, par égard pour les passants.
Puis la manière d'épouiller ses vêtements le Chabbat. Le Tanna kamma permet de frotter (moulel) le pou pour l'affaiblir, sans le tuer. Abba Chaoul interdit même de le frotter. Rav Houna tranche comme le Tanna kamma et ajoute que c'est la manière convenable même en semaine. Les Amoraim cités ensuite tuaient les poux ; selon Rachi, il s'agit du Chabbat, conformément à Beit Hillel (segment suivant).
Le Roch place ici sa discussion sur mar'it ha-ayin (interdit à cause de l'apparence), qui porte sur un autre passage du traité.
Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : on ne tue pas le pou (maakholet) le Chabbat, ce sont les paroles de Beit Chammai ; et Beit Hillel permettent.
Sur le fond, la question de tuer le pou (maakholet, kina) le Chabbat oppose Beit Chammai, qui interdisent, et Beit Hillel, qui permettent. Rachi renvoie à 107b : les travaux du Chabbat se définissent à partir du Michkan, où l'on abattait des béliers, animaux qui se reproduisent. Le pou, censé naître de la sueur, sort de cette catégorie.
Et Rabbi Chimon ben Elazar disait aussi au nom de Rabban Chimon ben Gamliel : on n'arrange pas de fiançailles pour les enfants, ni (d'accord pour) un enfant afin de lui enseigner à lire ou de lui enseigner un métier ; on ne console pas les endeuillés et on ne visite pas les malades le Chabbat ; ce sont les paroles de Beit Chammai. Et Beit Hillel permettent.
Même structure de discussion pour d'autres activités. Beit Chammai les interdisent le Chabbat : arranger des fiançailles ou l'apprentissage d'un enfant relève de heftsekha (tes affaires, Yechayahou 58,13), et consoler ou visiter un malade attriste celui qui le fait. Beit Hillel permettent : le verset n'interdit que les affaires personnelles, et ces activités sont des affaires du Ciel (mitsvot).
Les Sages ont enseigné : celui qui entre visiter un malade (le Chabbat) dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir.' Et Rabbi Meir dit : '(Le Chabbat) peut faire miséricorde.'
Puisque Beit Hillel permettent la visite au malade le Chabbat, la baraita fixe la formule à employer. On ne prie pas pour le malade comme en semaine, car la supplication et la plainte ne conviennent pas au Chabbat. On dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir.' Rabbi Meir ajoute que le Chabbat lui-même peut attirer la miséricorde.
Rachi explique que le but est de rasséréner le malade et sa famille. Le Roch place ici sa synthèse halakhique sur l'épouillage : il est permis de tuer un pou (kina) pris sur soi, mais pas une puce (par'och).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).