Shabbat 12a — La bourse du zav, les tefilin à la tombée de la nuit, épouiller ses vêtements et visiter les malades le Chabbat

Shabbat 12a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le zav qui sort avec sa bourse : la comparaison avec les lois de Makhshirin (Ki youtan) est rejetée, puis Abaye et Rava résolvent la contradiction entre les deux baraitot par la discussion entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon sur la melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même. L'école de Rabbi Ichmael permet de sortir avec ses tefilin à la tombée de la nuit, car on doit y penser en permanence ; Hanania demande de tâter ses vêtements la veille de Chabbat.

La Guemara revient ensuite à la Michna : l'interdit d'épouiller ses vêtements vient-il de la crainte de tuer un pou (Rabbi Eliezer) ou de celle d'incliner la lampe ? Une baraita tranche : les deux interdits visent la lampe.

Suivent les règles sur l'épouillage (Tanna kamma, Abba Chaoul, Rav Houna), la permission de Beit Hillel de tuer le pou, et une série de discussions entre Beit Chammai et Beit Hillel sur les affaires de mitsva le Chabbat, jusqu'à la formule de visite au malade le Chabbat.

Le zav qui sort avec sa bourse (kis) : parcours de la sougya Difficulté (11b) : deux baraitot se contredisent l'une : passible d'un hatat ; l'autre : exempt Tentative : comme Makhshirin plat retourné contre le mur pour le protéger : l'eau n'est pas 'Ki youtan' Rejet (seg. 0) : ici il a besoin de la bourse Seule comparaison valable (seg. 1) pétrin sous la gouttière : l'eau qui reste dedans est 'Ki youtan' donc la bourse compte : difficulté maintenue Abaye et Rava (seg. 2) : deux Tannaim différents Rabbi Yehouda melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même : passible baraita : PASSIBLE Rabbi Chimon melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même : exempt baraita : EXEMPT
La contradiction sur la bourse du zav : la comparaison avec Makhshirin échoue, la solution passe par la discussion Rabbi Yehouda / Rabbi Chimon.
Michna : 'Il n'épouillera pas ses vêtements, et il ne lira pas à la lumière de la lampe' À quoi se rapporte 'à la lumière de la lampe' ? (seg. 4) Lecture 1 : deux raisons Épouiller : interdit même le jour, de peur de tuer un pou (Rabbi Eliezer : pou = chameau) Lire : la nuit seulement, de peur d'incliner la lampe Lecture 2 : une seule raison Épouiller ET lire : la nuit seulement, de peur d'incliner la lampe Le jour, épouiller est permis (il faut bien regarder pour trouver le pou) Preuve 1 (seg. 5) rejetée 'on n'épouille pas et on ne lit pas à la lampe' même ambiguïté que la Michna Preuve 2 (seg. 6) retenue 'à la lumière de la lampe' répète pour les deux conclusion : lecture 2
Les deux lectures de la Michna et la baraita qui tranche : les deux interdits visent la crainte d'incliner la lampe.
Tuer ou écraser un pou le Chabbat : les positions (seg. 4, 8, 9) Rabbi Eliezer Beit Chammai tuer un pou = tuer un chameau INTERDIT Beit Hillel le pou ne se reproduit pas (Rachi, cf. 107b) PERMIS Pratique des Amoraim Rabba, Rav Chechet : tuaient Rava : dans un bol d'eau Rav Nahman : 'tuez-les' le Chabbat selon Rachi Celui qui épouille ses vêtements (baraita, seg. 8) Tanna kamma frotte (moulel) et jette pourvu qu'il ne tue pas Abba Chaoul prend et jette pourvu qu'il ne frotte pas Rachi : comme R. Eliezer Tossefot : décret à cause de la puce Rav Houna : halakha frotte et jette c'est la manière digne, même en semaine
Qui interdit, qui permet : tuer le pou le Chabbat (Beit Chammai / Beit Hillel) et la manière d'épouiller ses vêtements (Tanna kamma / Abba Chaoul / Rav Houna).
1
שֶׁלֹּא יִלְקֶה הַכֹּותֶל — אֵינוֹ ב״כי יֻותַּן״! מִי דָמֵי? הָתָם לָא קָא בָּעֵי לְהוּ לְהָנֵי מַשְׁקִין כְּלָל, הָכָא קָא בָּעֵי לֵיהּ לְהַאי כִּיס לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ זִיבָה.

... (celui qui retourne un plat contre le mur) pour que le mur ne soit pas abîmé : (l'eau qui s'y trouve) n'est pas soumise à 'Ki youtan' ! — Est-ce comparable ?

Là-bas, il n'a absolument pas besoin de ces liquides ; ici, il a besoin de cette bourse pour y recueillir l'écoulement (ziva).

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא יִלְקֶה כּוּ' דְּהַייְנוּ אַצּוּלֵי טִינּוּף לָא חֲשִׁיב לֵיהּ הַךְ כַּפַּיי':
Pour que le mur ne soit pas abîmé, etc. : c'est-à-dire que, lorsqu'il s'agit d'éviter une salissure, ce retournement n'a pas d'importance à ses yeux.
מִי דָמֵי הָא לָא נִיחָא לֵיהּ בְּהָנָךְ מַשְׁקִין כְּלָל וּבִרְצוֹנוֹ לֹא יֵרְדוּ וּנְהִי נָמֵי דִּכְפִיַּית קְעָרָה חֲשִׁיבָא לֵיהּ אֲנַן חֲשִׁיבוּתָא דְּמַשְׁקִין בָּעֵינַן וּכְפִייָּה זוֹ אֵינָהּ אֶלָּא לְגַלּוֹת עֲלֵיהֶן שֶׁאֵינוֹ חָפֵץ בָּהֶן אֲבָל הָכָא לְעִנְיַן שַׁבָּת אַחֲשִׁיבוּתָא דְּהוֹצָאָה קָפְדִינַן וְהַךְ הוֹצָאָה דְּכִיס חֲשִׁיבָא דְּקָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהַצִּיל עַל בְּגָדָיו:
Est-ce comparable : là-bas, ces liquides ne lui conviennent pas du tout et ils ne sont pas tombés de son plein gré. Et même si le retournement du plat a de l'importance à ses yeux, nous exigeons une importance des liquides, et ce retournement ne fait que révéler qu'il n'en veut pas. Mais ici, pour le Chabbat, nous tenons compte de l'importance du transport (hotsaa), et ce transport de la bourse est important, puisqu'il en a besoin pour protéger ses vêtements.
💡 Explication

La Guemara poursuit la difficulté de 11b : une baraita rend le zav qui sort avec sa bourse passible, une autre l'exempte. On avait proposé de rattacher la divergence à une Michna de Makhshirin : l'eau de pluie ne rend un aliment apte à l'impureté (Ki youtan, Vayikra 11,38) que si son propriétaire la veut. Celui qui retourne un plat contre un mur pour le protéger ne veut pas cette eau.

La Guemara rejette le rapprochement. Pour Makhshirin, on regarde si le liquide a de l'importance ; pour le Chabbat, on regarde si l'objet transporté en a. Or le zav a réellement besoin de sa bourse.

2
הָא לָא דָּמְיָא אֶלָּא לְסֵיפָא: עֲרֵיבָה שֶׁיָּרַד דֶּלֶף לְתוֹכָהּ, מַיִם הַנִּיתָּזִין וְהַנִּצָּפִין אֵינָן ב״כי יֻותַּן״, וְשֶׁבְּתוֹכָהּ הֲרֵי זֶה ב״כי יֻותַּן״.

Cela n'est comparable qu'à la fin (de cette Michna) : un pétrin (areva) dans lequel est tombée l'eau d'une gouttière : l'eau qui gicle et celle qui déborde n'est pas soumise à 'Ki youtan', et celle qui est dedans est soumise à 'Ki youtan'.

📜 Rachi (5)
הָא לָא דָּמְיָא ע"כ אִם לְהֶכְשֵׁר זְרָעִים בָּאתָ לִדְמוּיָה לָא תְּדַמְּיֵהּ אֶלָּא לְהַךְ:
Cela n'est comparable : donc, si tu veux la comparer à (la loi de) la préparation des semences (hekhcher zeraïm), ne la compare qu'à ce cas-ci.
שֶׁיָּרַד דֶּלֶף לְתוֹכָהּ כּוּ' מִשְׁנָה הִיא בְּמַסֶּכֶת מַכְשִׁירִין (פ"ד מִשְׁנָה ה) הַשְּׁנוּיָה אַחַר הַסֵּיפָא דְּהַכּוֹפֶה אֶת הַקְּעָרָה וְהָכִי תְּנַן עֲרֵיבָה שֶׁיָּרַד הַדֶּלֶף לְתוֹכָהּ כו' הִנִּיחָהּ שֶׁיֵּרֵד הַדֶּלֶף לְתוֹכָהּ מַיִם הַנִּיתָּזִין וְהַצָּפִים ב"ש אוֹמְרִים בְּכִי יֻותַּן וב"ה אוֹמְרִים אֵינָם בְּכִי יֻותַּן נִטְּלָה לְשָׁופְכָה אֵלּוּ וָאֵלּוּ מוֹדִים שֶׁהֵן בְּכִי יֻותַּן ומ"מ יֵשׁ לִשְׁמֹועַ מֵהַךְ סֵיפָא כִּדְגָרְסִינַן בַּסְּפָרִים (וכב"ה) נִתְּנָה לַעֲרֵיבָה זוֹ שֶׁיָּרַד הַדֶּלֶף לְתוֹכָהּ אע"ג דְּאַצּוּלֵי טִינּוּף הוּא אֲפִילּוּ הָכֵי מִדְּלָא כְּפָאָהּ גַּלִּי דַּעְתִּי' דְּאַחְשְׁבִינְהוּ לְקַבְּלָן וְהָווּ חֲשׁוּבִים אוֹתָן שֶׁבְּתוֹכָהּ וְהַךְ הוֹצָאָה נָמֵי אַחְשְׁבָה לְקַבּוֹלֵי בְּהַאי כִּיס הַאי זִיבָה אע"ג דִּבְזִיבָה לָא נִיחָא לֵיהּ אֲנַן לְחַיּוֹבֵי אַהוֹצָאַת זִיבָה לָא מְהַדְּרִינַן אֶלָּא אַהוֹצָאַת כִּיס:
Dans lequel est tombée l'eau d'une gouttière, etc. : c'est une Michna du traité Makhshirin (chap. 4, Michna 5), enseignée après la fin (du cas) de celui qui retourne le plat. Nous y avons appris : un pétrin dans lequel est tombée l'eau de la gouttière, etc. S'il l'a laissé pour que l'eau de la gouttière y tombe, l'eau qui gicle et celle qui déborde : Beit Chammai disent qu'elle est soumise à 'Ki youtan', et Beit Hillel disent qu'elle n'y est pas soumise. S'il l'a pris pour le vider, les uns et les autres reconnaissent qu'elle y est soumise. De toute façon, on peut déduire de cette fin, selon la version que nous lisons dans les livres (et selon Beit Hillel) : il a placé ce pétrin où l'eau de la gouttière est tombée ; bien que ce soit pour éviter une salissure, puisqu'il ne l'a pas retourné, il a révélé qu'il leur accordait de l'importance pour les recueillir, et celle qui est dedans devient importante. De même ici, il a accordé de l'importance à cette bourse pour y recueillir cet écoulement ; bien que l'écoulement ne lui convienne pas, pour rendre passible nous ne considérons pas le transport de l'écoulement, mais seulement le transport de la bourse.
הַנִּיתָּזִין לְמֵרָחוֹק:
Qui gicle : au loin.
וְהַצָּפִין מִלְמַעְלָה כְּשֶׁהִיא מְלֵאָה:
Et qui déborde : par le haut, quand il est plein.
אֵינָן בְּכִי יֻותַּן דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהוּ:
N'est pas soumise à 'Ki youtan' : car elle ne lui convient pas.
🗂️ Tossefot (1)
וְשֶׁבְּתוֹכָהּ הֲרֵי זֶה בְּכִי יֻותַּן אֵין זֶה בַּמִּשְׁנָה אֶלָּא שֶׁהַשַּׁ"ס מְדַקְדֵּק מִדִּנְקַט הַנִּיתָּזִין וְהַנִּיצָּפִין אֵינָן בְּכִי יֻותַּן מַשְׁמַע הָא שֶׁבְּתוֹכָהּ הֲרֵי הֵן בְּכִי יֻותַּן:
Et celle qui est dedans est soumise à 'Ki youtan' : cela ne figure pas dans la Michna ; le Talmud le déduit avec précision : puisqu'elle mentionne que l'eau qui gicle et celle qui déborde ne sont pas soumises à 'Ki youtan', on comprend que celle qui est dedans y est soumise.
💡 Explication

La bonne comparaison est le pétrin laissé sous la gouttière. Le propriétaire ne voulait pas de cette eau au départ, mais une fois tombée, il préfère qu'elle reste dans le récipient plutôt que de salir la maison. Cette volonté suffit à rendre l'eau restée dedans 'Ki youtan'.

De même, le zav préfère que l'écoulement reste dans la bourse : la bourse a donc de l'importance, et la contradiction entre les deux baraitot demeure.

🖼️ Schéma
Le pétrin (areva) sous la gouttière (Makhshirin 4,5) gouttière (delef) eau dedans gicle au loin (nitazin) déborde (tsafin) gicle / déborde : pas 'Ki youtan' reste dedans : 'Ki youtan'
Seule l'eau restée dans le pétrin compte comme voulue par le propriétaire.
3
אֶלָּא אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ, לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, וְהָא רַבִּי שִׁמְעוֹן.

Mais Abaye et Rava ont dit tous deux : il n'y a pas de difficulté : celle-ci est (l'avis de) Rabbi Yehouda, et celle-là (l'avis de) Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
הָא רַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ שֶׁבִּרְצוֹנוֹ לֹא תַעֲשֶׂה וְאֵינוֹ צָרִיךְ לָעִיקָּר (תְּחִלָּתָהּ) [תַּכְלִיתָהּ] כִּי הָכָא שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְזִיבָה זוֹ שֶׁעַל יָדָהּ בָּא הַכִּיס הַזֶּה ואעפ"כ חַיָּיב עָלֶיהָ וּפְלֻוגְתַּייְהוּ בְּהַמַּצְנִיעַ (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף צג:) גַּבֵּי מוֹצִיא הַמֵּת בַּמִּטָּה חַיָּיב וְאע"ג דְּהוֹצָאַת הַמֵּת לָא נִיחָא לֵיהּ בֵּיהּ ור"ש פּוֹטֵר:
Celle-ci est Rabbi Yehouda : qui dit qu'une melakha qui n'est pas nécessaire pour elle-même (melakha cheeina tsrikha legoufa), qu'il ne ferait pas de son plein gré et dont il n'a pas besoin de la finalité, comme ici où il n'a pas besoin de cet écoulement à cause duquel il porte cette bourse, on en est malgré tout passible. Leur discussion se trouve au chapitre Ha-matsnia (plus loin, Chabbat 93b), au sujet de celui qui sort un mort sur une civière : il est passible, bien que la sortie du mort ne lui convienne pas ; et Rabbi Chimon exempte.
💡 Explication

Abaye et Rava attribuent les deux baraitot à deux Tannaim. Le principe en jeu est la melakha cheeina tsrikha legoufa : un travail accompli sans en vouloir le résultat propre. Le zav porte la bourse uniquement à cause d'un écoulement dont il se passerait.

Pour Rabbi Yehouda, un tel travail rend passible d'un hatat ; pour Rabbi Chimon, il en exempte (tout en restant interdit par les Sages).

4
תָּנֵי דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: יוֹצֵא אָדָם בִּתְפִילִּין בְּעֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁיכָה. מַאי טַעְמָא? — כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא חַיָּיב אָדָם לְמַשְׁמֵשׁ בַּתְּפִילִּין כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה. קַל וָחֹמֶר מִצִּיץ: מַה צִיץ שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא אַזְכָּרָה אַחַת אָמְרָה תּוֹרָה ״וְהָיָה עַל מִצְחוֹ תָּמִיד״ — שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ מִמֶּנּוּ, תְּפִילִּין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַזְכָּרוֹת הַרְבֵּה — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. הִלְכָּךְ מִידְכָּר דָּכֵיר לְהוּ. תַּנְיָא, חֲנַנְיָא אוֹמֵר: חַייָּב אָדָם לְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ עֶרֶב שַׁבָּת עִם חֲשֵׁכָה. אָמַר רַב יוֹסֵף: הִלְכְתָא רַבָּתִי לְשַׁבָּת.

L'école de Rabbi Ichmael a enseigné : un homme peut sortir avec ses tefilin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Quelle en est la raison ?

Puisque Rabba bar Rav Houna a dit : un homme est tenu de toucher ses tefilin à chaque instant. (On le déduit par) kal va-homer (raisonnement à fortiori) du tsits (plaque frontale du Cohen Gadol) : si pour le tsits, qui ne contient qu'une seule mention du Nom divin (azkara), la Torah a dit : 'Et il sera sur son front constamment' (Chemot 28,38), c'est-à-dire qu'il ne doit pas en détourner son attention, à plus forte raison les tefilin, qui contiennent de nombreuses mentions du Nom.

C'est pourquoi il s'en souvient. Il est enseigné : Hanania dit : un homme est tenu de tâter ses vêtements la veille de Chabbat à la tombée de la nuit.

Rav Yossef a dit : c'est une grande halakha pour le Chabbat.

📜 Rachi (4)
עִם חֲשֵׁיכָה וְלָא חָייְשִׁינַן דִּילְמָא נָפֵיק בְּהוּ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ:
À la tombée de la nuit : et nous ne craignons pas qu'il sorte avec eux après la tombée de la nuit.
וְהָיָה עַל מִצְחוֹ תָּמִיד קְרָא יַתִּירָא הוּא לְהַךְ דְּרָשָׁה דְּהָא כְּבָר קָבַע לֵיהּ מָקוֹם וְהָיָה עַל מֵצַח אַהֲרֹן:
Et il sera sur son front constamment : c'est un verset superflu, destiné à cette déduction, puisque le verset lui a déjà fixé un emplacement : 'Et il sera sur le front d'Aharon'.
לְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ שֶׁלֹּא יְהֵא כָּרוּךְ בְּשׁוּם דָּבָר פֶּן יוֹצִיאֶנּוּ:
Tâter ses vêtements : pour qu'aucun objet n'y soit enveloppé, de peur qu'il ne le sorte.
הִלְכְתָא רַבָּתִי דָּבָר גָּדוֹל יֵשׁ כָּאן לְהַפְרִישׁוֹ מֵאִיסּוּר שַׁבָּת:
Une grande halakha : il y a ici une chose importante, pour le préserver de l'interdit du Chabbat.
🪔 Ben Yehoyada (2)
חיב אדם למשמש בתפלין כל שעה ושעה, קל־וחמר מציץ. יש להקשות והלא כפי הסוד הציץ מעלתו גדולה מתפלין, שהציץ אורות מוחין דאבא והתפילין אורות מוחין דאימא כנזכר בספר הכונות בדרוש הציצית דרוש ד', ואף על גב שבדרוש התפילין דרוש וא"ו כתב על תפילין דרבינו תם שהוא ממוחין דאבא, כבר פירש רבינו הרש"ש ז"ל הכונה הוא חכמות דבינה, ועיין דברי שלום דף א' שאלה ג'. ואם כן יש להקשות כיון דהציץ הוא במחשבה עליונה צריך ליזהר בו בהסח הדעת יותר מתפילין? ונראה לי בס"ד דאין הכי נמי לפי סודו הציץ עליון יותר אך שפיר עביד קל וחומר, כיון דלפי הנגלה אנו רואין בתפילין מעלה יותר, שיש בו כמה אזכרות ובציץ אזכרה אחת עבדינן קל וחומר לפי הנגלה. ומ"ש הלכך, מידכר דכיר להו , נראה לי בס"ד כפל הלשון לרמוז על סדר רש"י וסדר רבינו תם דבשניהם צריך להזהר, ואפילו אם שניהם עליו יזהר בשתיהם ולא סגי ברש"י לחוד, ואף על גב שהוא מברך על רש"י בלבד.
Un homme est tenu de toucher ses tefilin à chaque instant, kal va-homer du tsits. On peut objecter : selon le sod, le tsits n'a-t-il pas un niveau plus élevé que les tefilin ? Car le tsits correspond aux lumières des mohin (intellects) d'Abba, et les tefilin aux lumières des mohin d'Imma, comme il est dit dans le Sefer ha-Kavanot, dans le derouch sur le tsitsit (derouch 4). Et bien que dans le derouch sur les tefilin (derouch 6) il ait écrit, au sujet des tefilin de Rabbenou Tam, qu'ils proviennent des mohin d'Abba, notre maître le Rachach z.l. a déjà expliqué qu'il s'agit des hokhmot (sagesses) de Bina ; voir Divrei Chalom, page 1, question 3. S'il en est ainsi, on peut objecter : puisque le tsits se situe dans la pensée supérieure, il faudrait se garder davantage d'en détourner son attention que des tefilin ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'effectivement, selon son sod, le tsits est plus élevé ; mais on fait à juste titre le kal va-homer, car selon le sens révélé (niglè) nous voyons dans les tefilin un avantage : ils contiennent plusieurs mentions du Nom, et le tsits une seule. On fait donc le kal va-homer selon le sens révélé. Quant à l'expression 'c'est pourquoi il s'en souvient (midkhar dekhir lehou)', il me semble, avec l'aide du Ciel, que le redoublement de l'expression fait allusion à l'ordre de Rachi et à l'ordre de Rabbenou Tam : pour les deux, il faut être vigilant ; et même si l'on porte les deux, on doit être vigilant pour les deux, et il ne suffit pas de l'être pour ceux de Rachi seuls, bien qu'on ne récite la bénédiction que sur ceux de Rachi.
הִלְכְתָא רַבָּתִי לְשַׁבָּת. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּנָקֵיט לָשׁוֹן זֶה לְלַמְּדֵנוּ שֶׁמִּצְוַת שַׁבָּת שְׁקוּלָה כְּנֶגֶד כָּל מִצְוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה, וְלָכֵן הַמְחַלֵּל שַׁבָּת בְּפַרְהֶסְיָא מוּמָר לְכָל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, נִמְצָא כָּל הַשּׁוֹמֵר הֲלָכָה אַחַת מֵהִלְכוֹת שַׁבָּת כְּאִלּוּ שָׁמַר כָּל תרי"ג מִצְוֹת, דְּהַייְנוּ גַּם שְׁאָר תרי"ב מִצְוֹת, וְלָזֶה קוֹרֵא לַהֲלָכָה דְּשַׁבָּת הִלְכְתָא 'רבת"י' אוֹתִיּוֹת תרי"ב, כִּי הַשּׁוֹמֵר אוֹתָהּ כְּאִלּוּ שָׁמַר גַּם שְׁאָר תרי"ב מִצְוֹת!
Une grande halakha (hilkheta rabbati) pour le Chabbat. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette expression est employée pour nous enseigner que la mitsva du Chabbat équivaut à toutes les mitsvot de la Torah ; c'est pourquoi celui qui profane le Chabbat en public est considéré comme renégat (moumar) pour toute la Torah. Il en ressort que celui qui observe une seule halakha des lois du Chabbat est comme s'il avait observé les 613 mitsvot, c'est-à-dire aussi les 612 autres. C'est pourquoi il appelle la halakha du Chabbat 'rabbati', dont les lettres sont celles de TaRYaB (612) : celui qui l'observe est comme s'il avait observé aussi les 612 autres mitsvot !
⚖️ Rosh (1)
גמ' תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל יוֹצֵא אָדָם בִּתְפִילִּין ע"ש עִם חֲשֵׁיכָה. מ"ט כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא חַיָּיב אָדָם לְמַשְׁמֵשׁ בַּתְּפִילִּין כָּל שָׁעָה ק"ו מִצִּיץ מַה צִיץ שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא אַזְכָּרָה אַחַת אָמְרָה תּוֹרָה וְהָיָה עַל מִצְחוֹ תָּמִיד שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעְתּוֹ הֵימֶנּוּ תְּפִילִּין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַזְכָּרוֹת הַרְבֵּה עאכ"ו הִלְכָּךְ מִידְכָּר דְּכִירִי לְהוּ. תַּנְיָא חֲנַנְיָה אוֹמֵר חַיָּיב אָדָם לְמַשְׁמֵשׁ בְּבִגְדוֹ ע"ש עִם חֲשֵׁיכָה אָמַר רַב יוֹסֵף הִלְכְתָא רַבָּתִי לְשַׁבְּתָא:
Guemara. L'école de Rabbi Ichmael a enseigné : un homme peut sortir avec ses tefilin la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Quelle en est la raison ? Puisque Rabba bar Rav Houna a dit : un homme est tenu de toucher ses tefilin à chaque instant, kal va-homer du tsits : si pour le tsits, qui ne contient qu'une seule mention du Nom, la Torah a dit : 'Et il sera sur son front constamment', qu'il n'en détourne pas son attention, les tefilin, qui contiennent de nombreuses mentions du Nom, à plus forte raison. C'est pourquoi il s'en souvient. Il est enseigné : Hanania dit : un homme est tenu de tâter ses vêtements la veille de Chabbat à la tombée de la nuit. Rav Yossef a dit : c'est une grande halakha pour le Chabbat.
💡 Explication

La Michna (11a) interdisait au tailleur de sortir avec son aiguille à la tombée de la nuit, de peur qu'il l'oublie et la transporte le Chabbat. Les tefilin ne posent pas ce problème : on doit y penser en permanence, par kal va-homer du tsits. Le tsits porte une seule azkara (mention du Nom), les tefilin en portent plusieurs.

Hanania ajoute une précaution pratique : tâter ses poches avant le Chabbat, pour ne rien transporter par oubli. Rav Yossef la qualifie de grande halakha.

5
לֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: לֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו בַּיּוֹם שֶׁמָּא יַהֲרֹוג, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הַהוֹרֵג כִּינָּה בְּשַׁבָּת — כְּאִילּוּ הוֹרֵג גָּמָל. וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר שֶׁמָּא יַטֶּה. אוֹ דִּילְמָא תַּרְוַיְיהוּ שֶׁמָּא יַטֶּה?!

'Il n'épouillera pas ses vêtements', etc. On a posé la question : 'Il n'épouillera pas ses vêtements' (s'applique-t-il) même le jour, de peur qu'il ne tue (un pou), et c'est l'avis de Rabbi Eliezer ?

Car il est enseigné : Rabbi Eliezer a dit : celui qui tue un pou le Chabbat est comme s'il tuait un chameau. Et 'il ne lira pas à la lumière de la lampe', de peur qu'il ne l'incline.

Ou peut-être les deux (sont-ils interdits) de peur qu'il ne l'incline ?!

📜 Rachi (3)
שֶׁמָּא יַהֲרֹוג וּבַיּוֹם נָמֵי עָסְקִינַן וּלְאוֹר הַנֵּר דְּמַתְנִי' אֶלָּא יִקְרָא קָאֵי:
De peur qu'il ne tue : et il s'agit aussi du jour, et 'à la lumière de la lampe' de la Michna se rapporte seulement à 'il ne lira pas'.
כְּהוֹרֵג גָּמָל כְּלוֹמַר דְּגָדוֹל מְאֹד:
Comme s'il tuait un chameau : c'est-à-dire que c'est très grave.
אוֹ דִּילְמָא לְאוֹר הַנֵּר דְּקָתָנֵי אַתַּרְוַיְיהוּ קָאֵי וְתַרְוַייְהוּ שֶׁמָּא יַטֶּה אֲבָל בַּיּוֹם שַׁפִּיר דָּמֵי:
Ou peut-être : 'à la lumière de la lampe', enseigné (dans la Michna), se rapporte aux deux, et tous deux (sont interdits) de peur qu'il n'incline ; mais le jour, c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמָּא יַהֲרֹוג פֵּירֵשׁ הָרַב יוֹסֵף מאורליינ"ש דְּכִינָּה הַייְנוּ שְׁחֹורָה הַקּוֹפֶצֶת דִּכְתִיב וְהַךְ אֶת עֲפַר הָאָרֶץ וְהָיָה לְכִנִּים (שְׁמוֹת ח׳:י״ב) וְדֶרֶךְ שְׁחוֹרָה הַקּוֹפֶצֶת לָצֵאת מִן הָאָרֶץ וּבָזֹאת נֶחְלְקוּ עָלָיו רַבָּנָן אֲבָל פַּרְעוֹשׁ הִיא הַכִּינָּה הָרוֹחֶשֶׁת וְחַייָּב עָלֶיהָ אֲפִילּוּ לְרַבָּנָן כִּדְאָמְרִי' בְּפֶ' שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (לְקַמָּן ' ף קז: וְשָׁם) וְאֵין נִרְאֶה לר"ת דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ אַף כִּי אֱנוֹשׁ רִמָּה אֵלּוּ כִּנִּים שֶׁבָּרֹאשׁ וּבְנִדָּה פ"ב (דַּף כ:) שָׁלַח לָהּ מִסְּרִיקוּתָא מִקְטָל קַלְמֵי וּפִי' בַּקּוּנְטְרֵס מַסְרֵק לַהֲרֹוג כִּנִּים וְאֵין דֶּרֶךְ שְׁחֹורָה הַקּוֹפֶצֶת לִהְיוֹת בְּרֹאשׁ וְעוֹד בִּבְרָכוֹת (פ"ז דַּף נא:) אָמְרִינַן מִמַּהֲדוּרֵי מִילֵּי וּמִסְּמַרְטוּטֵי קַלְמֵי וְדֶרֶךְ כִּנִּים לִבְנוֹת הָרוֹחֲשׁוֹת לִהְיוֹת בִּסְמַרְטוּטֵי מִבְּגָדִים יְשָׁנִים וְעוֹד דְּפַרְעוֹשׁ אָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (דָּךְ קז:) שֶׁהוּא פָּרָה וְרָבָה וְכִינָּה הָרוֹחֶשֶׁת אֵינָהּ פָּרָה וְרָבָה אֶלָּא בָּאָה מִזֵּיעַת אָדָם לְכָךְ נִרְאֶה לר"ת דִּשְׁחוֹרָה הַקּוֹפֶצֶת הִיא פַּרְעוֹשׁ וְחַיָּיב עָלֶיהָ לכ"ע וְכִינָּה הָרוֹחֶשֶׁת שָׁרִי לַהֲרֹוג כב"ה הַמַּתִּירִין וּבַקּוּנְטְרֵס נָמֵי פֵּירֵשׁ בְּסָמוּךְ דְּרַבָּה מְקַטַּע לְהוּ בְּשַׁבָּת:
De peur qu'il ne tue : Rabbi Yossef d'Orléans a expliqué que la kina est la bestiole noire qui saute, car il est écrit : 'Frappe la poussière de la terre, et elle deviendra des kinim' (Chemot 8,12), et la noire qui saute a coutume de sortir de la terre ; c'est sur elle que les Rabbanan sont en désaccord avec lui (Rabbi Eliezer). Mais le par'och est la kina qui rampe, et l'on en est passible même selon les Rabbanan, comme nous le disons au chapitre Chemona cheratsim (plus loin, 107b). Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam, car nous disons dans le Midrach : 'À plus forte raison l'homme, une larve' : ce sont les poux de la tête ; et au deuxième chapitre de Nida (20b) : il lui envoya un peigne qui tue les kalmei, et le Kountras (Rachi) explique : un peigne pour tuer les poux ; or la noire qui saute n'a pas coutume de se trouver dans la tête. De plus, dans Berakhot (chap. 7, 51b), nous disons : '... et des chiffons, les kalmei', et ce sont les poux blancs qui rampent qui se trouvent dans les chiffons des vieux vêtements. De plus, au sujet du par'och, il est dit plus loin au chapitre Chemona cheratsim (107b) qu'il se reproduit, alors que la kina qui rampe ne se reproduit pas, mais vient de la sueur de l'homme. C'est pourquoi il paraît à Rabbenou Tam que la noire qui saute est le par'och (puce), dont tout le monde reconnaît qu'on est passible, et que la kina qui rampe (pou), il est permis de la tuer, selon Beit Hillel qui permettent ; le Kountras aussi explique plus loin que Rabba les tuait le Chabbat.
💡 Explication

La Guemara revient à la Michna de 11a. Question : la précision 'à la lumière de la lampe' porte-t-elle sur les deux interdits, ou seulement sur la lecture ?

Première lecture : épouiller ses vêtements est interdit même le jour, de peur de tuer un pou, selon Rabbi Eliezer pour qui tuer un pou est aussi grave que tuer un chameau. Seconde lecture : les deux interdits valent la nuit, par crainte d'incliner la lampe (chema yateh) pour mieux voir, ce qui revient à attiser la flamme.

Tossefot discute l'identification de la kina : Rabbenou Tam établit que la kina est le pou blanc, qui ne se reproduit pas, et le par'och la puce noire qui saute.

6
תָּא שְׁמַע: אֵין פּוֹלִין וְאֵין קוֹרִין לְאוֹר הַנֵּר. מִי אַלִּימָא מִמַּתְנִיתִין?!

Viens et entends : on n'épouille pas et on ne lit pas à la lumière de la lampe. — Est-ce plus fort que notre Michna ?!

📜 Rachi (1)
מִי אַלִּימָא מִמַּתְנִיתִין דְּקָתָנֵי לְאוֹר הַנֵּר בַּסּוֹף וְאַפֵּ"ה מְסַפְּקָא לָן דְּאִיכָּא לִפְלוּגֵי בְּהוּ וּלְמֵימַר דִּלְאוֹר הַנֵּר אֶלָּא יִקְרָא קָאֵי הָכָא נָמֵי אִיכָּא לְמֵימַר דְּאֵין פּוֹלִין אֲפִילּוּ בַּיּוֹם וּלְאוֹר הַנֵּר אַאֵין קוֹרִין קָאֵי:
Est-ce plus fort que notre Michna : qui enseigne 'à la lumière de la lampe' à la fin, et malgré cela nous avons un doute, car on peut les distinguer et dire que 'à la lumière de la lampe' se rapporte seulement à 'il ne lira pas' ; ici aussi on peut dire qu'on n'épouille pas même le jour, et que 'à la lumière de la lampe' se rapporte à 'on ne lit pas'.
🗂️ Tossefot (1)
מִי אַלִּימָא מִמַּתְנִיתִין וְהַפּוֹשֵׁט ס"ד דְּבָרַייְתָא דַּרְכָּהּ לְפָרֵשׁ טְפֵי מִמַּתְנִיתִין וְעוֹד דְּבַבָּרַייְתָא קָתָנֵי אֵין פּוֹלִין וְאֵין קוֹרִין מַשְׁמַע טְפֵי דְּקָאֵי לְאוֹר הַנֵּר אַתַּרְוַיְיהוּ מִבְּמַתְנֵי' דְּקָתָנֵי וְלֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו:
Est-ce plus fort que notre Michna : celui qui voulait trancher la question pensait qu'une baraita a l'habitude d'expliciter davantage qu'une Michna ; de plus, puisque la baraita enseigne 'on n'épouille pas et on ne lit pas', il en ressort davantage que 'à la lumière de la lampe' se rapporte aux deux que dans la Michna, qui enseigne 'et il n'épouillera pas ses vêtements'.
💡 Explication

Première tentative de preuve : une baraita place 'à la lumière de la lampe' en fin de phrase, après les deux verbes. La Guemara répond que la Michna présente déjà la même construction : la baraita laisse la même ambiguïté.

7
תָּא שְׁמַע: אֵין פּוֹלִין לְאוֹר הַנֵּר וְאֵין קוֹרִין לְאוֹר הַנֵּר, אֵלּוּ מִן הַהֲלָכוֹת שֶׁאָמְרוּ בַּעֲלִיַּית חֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה בֶּן גָּרוֹן. שְׁמַע מִינַּהּ דְּתַרְוַייְהוּ שֶׁמָּא יַטֶּה, שְׁמַע מִינָּה.

Viens et entends : on n'épouille pas à la lumière de la lampe et on ne lit pas à la lumière de la lampe ; ce sont là des halakhot qu'ils ont prononcées dans la chambre haute de Hanania ben Hizkia ben Garon. On en déduit que les deux sont (interdits) de peur qu'il n'incline (la lampe).

On en déduit.

📜 Rachi (1)
ת"ש דְּקָתָנֵי לְאוֹר הַנֵּר בְּתַרְוַיְיהוּ:
Viens et entends : car il enseigne 'à la lumière de la lampe' pour les deux.
💡 Explication

Cette baraita répète 'à la lumière de la lampe' après chacun des deux interdits : les deux sont donc liés à la lampe. Conclusion (chema minah) : le jour, épouiller ses vêtements est permis. Ces décrets font partie des dix-huit mesures adoptées dans la chambre haute de Hanania ben Hizkia ben Garon (Michna 13b).

8
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֲפִילּוּ לְהַבְחִין בֵּין בִּגְדּוֹ לְבִגְדֵי אִשְׁתּוֹ. אָמַר רָבָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא דִּבְנֵי מָחוֹזָא, אֲבָל דִּבְנֵי חַקְלָיָתָא מִידָּע יָדְעִי. וְדִבְנֵי מָחוֹזָא נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דִּזְקֵנוֹת, אֲבָל דִּילָדוֹת מִידָּע יָדְעִי.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : même pour distinguer entre son vêtement et les vêtements de sa femme. Rava a dit : nous ne l'avons dit que pour les gens de Mehoza ; mais les gens des campagnes savent (les distinguer).

Et pour les gens de Mehoza aussi, nous ne l'avons dit que pour (les vêtements des) femmes âgées ; mais pour ceux des jeunes femmes, ils savent (les distinguer).

📜 Rachi (4)
בְּנֵי מָחוֹזָא מְפַנְּקִי וְלָא עָבְדִי מְלָאכָה וּבִגְדֵיהֶם רְחָבִים כְּשֶׁל אִשָּׁה וּצְרִיכִים עִיּוּן:
Les gens de Mehoza : ils vivent dans le raffinement et ne travaillent pas ; leurs vêtements sont larges comme ceux d'une femme et demandent un examen attentif.
מִידָּע יָדְעִי שֶׁבִּגְדֵי הָאֲנָשִׁים קְצָרִין שֶׁעוֹסְקִין בַּשָּׂדוֹת בִּמְלָאכָה וְשֶׁל נָשִׁים רְחָבִים בָּתֵּי יָד שֶׁלָּהֶן:
Ils savent : car les vêtements des hommes sont courts, puisqu'ils travaillent aux champs, et ceux des femmes sont larges, notamment leurs manches.
דִּזְקֵנוֹת קְצָרִים בְּמִקְצָת וְשֶׁל אֲנָשִׁים מְעֻונָּגִין רְחָבִים וְדוֹמִין זֶה לָזֶה וְגָזְרִינַן שֶׁמָּא יַטֶּה:
Des femmes âgées : (leurs vêtements) sont un peu courts, et ceux des hommes raffinés sont larges ; ils se ressemblent, et nous décrétons de peur qu'il n'incline (la lampe).
אֲבָל דִּילָדוֹת רְחָבִים הַרְבֵּה וְאֵין שֶׁל אֲנָשִׁים דּוֹמִין לָהֶם:
Mais des jeunes femmes : (leurs vêtements) sont très larges, et ceux des hommes ne leur ressemblent pas.
🗂️ Tossefot (1)
אֲפִילּוּ לְהַבְחִין בֵּין בִּגְדּוֹ לְבִגְדֵי אִשְׁתּוֹ דַּרְכָּן הָיוּ לִהְיוֹת שָׁוִין מִכָּאן נִרְאֶה לֶאֱסֹור לְהַבְחִין בֵּין בִּגְדּוֹ לְבִגְדֵי חֲבֵרוֹ לְאוֹר הַנֵּר:
Même pour distinguer entre son vêtement et les vêtements de sa femme : ils avaient l'habitude d'être semblables. On en déduit qu'il est interdit de distinguer à la lumière de la lampe entre son vêtement et les vêtements de son prochain.
⚖️ Rosh (1)
לֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו פֵּירוּשׁ לְאוֹר הַנֵּר שֶׁמָּא יַטֶּה אָמַר רַב יְהוּדָה אֲפִילּוּ לְהַבְחִין בֵּין בְּגָדָיו לְבִגְדֵי אִשְׁתּוֹ. אָמַר רַב נַחְמָן לָא אֲמַרַן אֶלָּא דִּבְנֵי מָחוֹזָא שֶׁהָיוּ מְפֻונָּקִין וּבִגְדֵיהֶם רְחָבִים כְּשֶׁל נָשִׁים אֲבָל בְּנֵי חַקְלָייָתָא מִידָּע יָדְעִי. וְדִבְנֵי מָחוֹזָא נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא דִּזְקֵנוֹת שֶׁאֵינָן רְחָבוֹת כָּל כָּךְ אֲבָל דִּילָדוֹת מִידָּע יָדְעִי ת"ר אֵין פּוֹלִין בר"ה מִפְּנֵי הַכָּבוֹד כַּיּוֹצֵא בּוֹ אָמַר רַב יְהוּדָה אֵין עוֹשִׂין אַפִּיקְטוֹזִין בר"ה מִפְּנֵי הַכָּבוֹד:
'Il n'épouillera pas ses vêtements' : c'est-à-dire à la lumière de la lampe, de peur qu'il n'incline. Rav Yehouda a dit : même pour distinguer entre ses vêtements et ceux de sa femme. Rav Nahman a dit : nous ne l'avons dit que pour les gens de Mehoza, qui étaient raffinés et dont les vêtements étaient larges comme ceux des femmes ; mais les gens des campagnes savent (les distinguer). Et pour les gens de Mehoza aussi, nous ne l'avons dit que pour les femmes âgées, dont (les vêtements) ne sont pas aussi larges ; mais pour les jeunes, ils savent. Les Sages ont enseigné : on n'épouille pas dans le domaine public, par respect. De même, Rav Yehouda a dit : on ne prend pas de vomitif (apiktouizin) dans le domaine public, par respect.
💡 Explication

Même un examen bref, comme trier ses vêtements de ceux de sa femme, est interdit à la lampe le Chabbat, car il demande de bien regarder et pourrait amener à incliner la lampe.

Rava limite l'interdit aux cas où la différence est réellement difficile à voir : à Mehoza, ville aisée, les hommes portaient des habits larges ressemblant à ceux des femmes âgées. Tossefot étend l'interdit au tri entre ses vêtements et ceux d'un autre.

🖼️ Schéma
Distinguer ses vêtements de ceux de sa femme à la lampe Gens des campagnes différence évidente : permis Gens de Mehoza hommes en habits larges Femme âgée habits assez proches interdit (peur d'incliner) Jeune femme habits très larges permis
L'interdit ne s'applique que si les vêtements se ressemblent vraiment.
9
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין פּוֹלִין בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. כַּיּוֹצֵא בּוֹ אָמַר רַב יְהוּדָה, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי נְחֶמְיָה: אֵין עוֹשִׂין אַפִּיקְטְוִיזִין בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מִפְּנֵי הַכָּבוֹד. תָּנוּ רַבָּנַן: הַמְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו, מוֹלֵל וְזוֹרֵק, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַהֲרֹוג. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: נוֹטֵל וְזוֹרֵק, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול. אָמַר רַב הוּנָא: הֲלָכָה מוֹלֵל וְזוֹרֵק וְזֶהוּ כְּבוֹדוֹ, וַאֲפִילּוּ בְּחוֹל. רַבָּה מְקַטַּע לְהוּ. וְרַב שֵׁשֶׁת מְקַטַּע לְהוּ. רָבָא שָׁדֵי לְהוּ לְלָקָנָא דְמַיָּא. אֲמַר לְהוּ רַב נַחְמָן לִבְנָתֵיהּ: קִטְלָן וְאַשְׁמְעִינַן לִי קָלָא דְסָנְוָותִי.

Les Sages ont enseigné : on n'épouille pas (ses vêtements) dans le domaine public, par respect (pour autrui). De même, Rav Yehouda, et certains disent Rabbi Nehemia, a dit : on ne prend pas d'apiktouizin (vomitif) dans le domaine public, par respect.

Les Sages ont enseigné : celui qui épouille ses vêtements frotte (le pou entre ses doigts) et le jette, pourvu qu'il ne le tue pas. Abba Chaoul dit : il le prend et le jette, pourvu qu'il ne le frotte pas.

Rav Houna a dit : la halakha est qu'il le frotte et le jette, et c'est la manière digne, même en semaine. Rabba les tuait.

Et Rav Chechet les tuait. Rava les jetait dans un récipient (lekna) d'eau.

Rav Nahman dit à ses filles : tuez-les, et faites-moi entendre le bruit (de ces bestioles) odieuses.

📜 Rachi (6)
ברה"ר בְּחוֹל:
Dans le domaine public : en semaine.
מִפְּנֵי הַכָּבוֹד שֶׁל עוֹבְרִין שֶׁלֹּא יִמָּאֲסוּ:
Par respect : pour les passants, afin qu'ils n'en soient pas dégoûtés.
אֲפִיקְטְוִיזִין הֲקָאָה גומיט"א בְּלַעַ"ז כָּךְ מָצָאתִי:
Apiktouizin : vomissement, gomita en langue vernaculaire ; c'est ce que j'ai trouvé.
מוֹלֵל וְזוֹרֵק בְּשַׁבָּת מוֹלֵל לְהַתִּישׁ כֹּחָן שֶׁלֹּא יַחְזְרוּ אֵלָיו וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול בְּדֹוחַק וְיַהֲרֹוג דִּסְבִירָא לֵיהּ הֲרִיגַת כִּינָּה שְׁבוּת וְאַבָּא שָׁאוּל כר"א וּמִחַייַּב חַטָּאת הִלְכָּךְ גָּזְרִינַן מִלַּיְלָה שֶׁלֹּא יַהֲרֹוג:
Il frotte et jette : le Chabbat, il le frotte pour affaiblir sa force, afin qu'il ne revienne pas sur lui, pourvu qu'il ne le frotte pas avec pression au point de le tuer ; car il pense que tuer un pou est (un interdit rabbinique,) chevout. Et Abba Chaoul pense comme Rabbi Eliezer, et rend passible d'un hatat ; c'est pourquoi nous décrétons (l'interdit) de frotter, de peur qu'il ne tue.
מְקַטַּע לְהוּ הוֹרְגָן וּבְשַׁבָּת:
Les tuait : il les tuait, et cela le Chabbat.
לְקַנֵּא סֵפֶל:
Lekna : un bol.
🗂️ Tossefot (2)
נוֹטֵל וְזוֹרֵק וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּאַבָּא שָׁאוּל כְּרַבָּנָן וְגָזַר מְלִילָה דְּכִינָּה אַטּוּ מְלִילָה דְּפַרְעוֹשׁ וּמְלִילָה דְּפַרְעוֹשׁ שֶׁמָּא יַהֲרֹוג וְכֻולָּהּ חֲדָא גְּזֵירָה הִיא וְרַשִׁ"י פִּי' דְּכַר' אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ וְקָשֶׁה דְּמַשְׁמַע דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ דִּלְפַלּוֹת נָמֵי אָסוּר דְּקָאָמַר לְעֵיל לֹא יְפַלֶּה שֶׁמָּא יַהֲרֹוג וְר' אֱלִיעֶזֶר הִיא וּמִיהוּ י"ל דִּלְעֵיל לָא קָאֵי. הָכִי:
Il le prend et le jette, pourvu qu'il ne le frotte pas : il semble qu'il faille expliquer qu'Abba Chaoul pense comme les Rabbanan, et qu'il a interdit de frotter un pou à cause (du risque de) frotter une puce, et de frotter une puce de peur qu'il ne la tue ; et tout cela forme un seul décret. Rachi a expliqué qu'il pense comme Rabbi Eliezer ; mais c'est difficile, car il ressort que Rabbi Eliezer pense qu'il est interdit même d'épouiller, puisqu'il est dit plus haut : 'il n'épouillera pas de peur qu'il ne tue', et c'est Rabbi Eliezer. On peut toutefois répondre que plus haut, (la Guemara) n'a pas conclu ainsi.
רַבָּה מְקַטַּע לְהוּ מְפָרֵשׁ רִיבָ"א בְּחוֹל וְקָאֵי אַדְּרַב הוּנָא דְּקָאָמַר זֶהוּ כְּבוֹדוֹ אֲפִילּוּ בְּחוֹל וַאֲנַן סָמְכִינַן אַרַשִׁ"י דְּפִי' בְּשַׁבָּת וְקַיְימָא כְּבֵית הִלֵּל דְּשָׁרוּ בְּסָמוּךְ:
Rabba les tuait : le Riva explique : en semaine, et cela se rapporte à Rav Houna, qui a dit 'c'est la manière digne, même en semaine'. Mais nous nous appuyons sur Rachi, qui a expliqué : le Chabbat, et (Rabba) suit Beit Hillel, qui permettent (de le tuer), comme on le voit juste après.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּל מָקוֹם שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן אֲפִילּוּ בְּחַדְרֵי חֲדָרִים אָסוּר. וְהִתְנָן שׁוֹטְחָן בַּחַמָּה אֲבָל לֹא כְּנֶגֶד הָעָם תַּנָּאֵי הִיא דְּתַנְיָא שׁוֹטְחָן בַּחַמָּה אֲבָל לֹא כְּנֶגֶד הָעָם. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר ור"ש אוֹסְרִין. הָא מִלְּתָא אַף עַל גַּב דְּהָוֵי לֵיהּ סְתָם בַּמִּשְׁנָה וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא הִלְכְתָא כְּמַחֲלֹוקֶת דְּבָרַייְתָא. דְּקָאֵי רַב כְּוָותֵיהּ דְּמַקְשִׁינַן מִינֵּיהּ פ"ק דַּע"ז דַּף יב. מַאי אֵין נִרְאֶה אִילֵּימָא דְּלָא מִיתְחֲזֵי וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה א"ר כָּל מָקוֹם שֶׁאָסְרוּ וְכוּ' אַלְמָא הִלְכְתָא הָכִי. וְרַבֵּינוּ נִסִּים גָּאוֹן זַ"ל פָּסַק דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַב וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּתַנְיָא פּ"ב דְּחֻולִּין דַּף מא: הָרוֹצֶה לְנַקֵּר חֲצֵירוֹ עוֹשֶׂה מָקוֹם חוּץ לַגֻּומָּא וְשׁוֹתֵת וְיוֹרֵד לַגֻּומָּא וּבַשּׁוּק לֹא יַעֲשֶׂה כֵּן שֶׁלֹּא יְחַקֶּה אֶת הַצָּדוֹקִים. וְלָאו רְאָיָה הִיא דְּלָאו אֻולְמֵיהּ דְּהַךְ מַתְנֵי' וּבָרַיְיתָא מֵהַךְ בָּרַייְתָא וּמַתְנִי' דְּהָכָא דְּאָמַר דִּפְלִיגִי אַדְּרַב וְאָמַר דְּרַב תַּנָּאֵי הִיא וְכֵן אִיתְּמַר בָּרַייְתָא לְעֵיל בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (שַׁבָּת דַּף סד:) דְּלָא כְּרַב. וְעוֹד דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּהָרוֹאֶה אוֹמֵר לְנַקֵּר חֲצֵירוֹ הוּא צָרִיךְ וְלֵיכָּא חֲשָׁדָא כְּלָל. וְאֵין רְאָיָה נָמֵי מֵהָא דְּתַנְיָא בְּפֶרֶק אַף עַל פִּי (כְּתֻובּוֹת דַּף ס.) נַחוּם אִישׁ גַּלְיָא אוֹמֵר צִנּוֹר שֶׁעָלוּ בּוֹ קַשְׂקַשִּׂים מְמַעֲכוֹ בְּצִנְעָה בְּרַגְלוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ וּפְסִיק הָתָם הִלְכְתָא כְּנַחוּם. דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּלֵיכָּא חֲשָׁדָא דְּאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא מִשּׁוּם שֶׁרוֹאִין אוֹתוֹ שֶׁעוֹשֶׂה כִּלְאַחַר יָד. בִּירוּשַׁלְמִי פֶּרֶק בָּתְרָא דְּכִלְאַיִם גֵּר' מַתְנִיתִין פְּלִיגִי עַל דְּרַב פִּשְׁתָּן שֶׁצָּבַע בַּהֶרֶת לֹא יַעֲשֶׂה מִמֶּנָּה אִימְּרָא מְפֻורְסֶמֶת. וּבְכָרִים וּכְסָתוֹת מֻותָּר. מַתְנֵי' פְּלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַב נִתְפַּזְּרוּ לוֹ מָעוֹת לִפְנֵי ע"ז לֹא יְהֵא שׁוֹחֶה וּמְלַקֵּט שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעַ"ז. וְאִם הָיָה מָקוֹם צָנוּעַ מֻותָּר. מַתְנִיתִין פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב. פַּרְצוּפִין שֶׁמַּטִּילִין מַיִם בַּכְּרַכִּים לֹא יִתֵּן פִּיו טַל פִּיהֶן שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כִּמְנַשֵּׁק לַעַ"ז. וְאִם הָיָה מָקוֹם צָנוּעַ מֻותָּר. מַתְנֵי' פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב אֵין שׁוֹחֲטִים בְּגֻומָּא אֲבָל עוֹשֶׂה אָדָם גֻּומָּא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁיִּכָּנֵס הַדָּם לְתוֹכָהּ וּבַשּׁוּק לֹא יַעֲשֶׂה כֵּן שֶׁלֹּא יְחַקֶּה אֶת הַצָּדוֹקִים. מַתְנֵי' פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב הִגִּיעַ לֶחָצֵר הַחִיצוֹנָה שׁוֹטְחָן בַּחַמָּה אֲבָל לֹא כְּנֶגֶד הָעָם. מַתְנֵי' פְּלִיג עֲלֵיהּ דְּרַב בִּיב שֶׁהוּא קָמוּר ד' אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים אֵין שׁוֹפְכִים מַיִם לְתוֹכוֹ בְּשַׁבָּת תָּנֵי עֲלָהּ אִם הָיְתָה מְזַלַּחַת מֻותֶּרֶת צִנּוֹרוֹת מְקַלְּחִין אָסוּר. עוֹנַת גְּשָׁמִים מֻותָּר וְתָנֵי בַּר קַפָּרָא אִם הָיָה מָקוֹם צָנוּעַ מֻותָּר. אִילֵּין פְּלִיגִי עַל רַב וְלֵית לְהוֹן קִיּוּם:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : partout où les Sages ont interdit (une chose) à cause de l'apparence (mar'it ha-ayin), c'est interdit même dans les chambres les plus retirées. Or nous avons appris : il les étend au soleil, mais pas devant le public ! C'est une discussion de Tannaim, car il est enseigné : il les étend au soleil, mais pas devant le public ; Rabbi Eliezer et Rabbi Chimon interdisent. Sur ce point, bien que la Michna le présente de manière anonyme (stam) et qu'il y ait une discussion dans la baraita, la halakha suit la discussion de la baraita, car Rav se range à cet avis ; et l'on pose une objection à partir de cet enseignement au premier chapitre d'Avoda Zara (12a) : que signifie 'il ne doit pas paraître' ? Si l'on dit qu'il ne doit pas être vu, Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav : partout où ils ont interdit, etc. ? Il en ressort que telle est la halakha. Rabbenou Nissim Gaon z.l. a tranché que la halakha ne suit pas Rav, et il en a apporté une preuve de ce qui est enseigné au deuxième chapitre de Houlin (41b) : celui qui veut nettoyer sa cour fait un emplacement en dehors de la fosse, (le sang) s'écoule et descend dans la fosse ; mais au marché il ne fera pas ainsi, afin de ne pas imiter les Tseddoukim. Ce n'est pas une preuve, car cette Michna et cette baraita n'ont pas plus de force que la baraita et la Michna d'ici, dont on dit qu'elles contredisent Rav et qu'il s'agit d'une discussion de Tannaim ; de même, une baraita a été citée plus haut, au chapitre Bameh icha (Chabbat 64b), contre Rav. De plus, là-bas c'est différent, car celui qui voit se dit qu'il a besoin de nettoyer sa cour, et il n'y a aucun soupçon. Il n'y a pas non plus de preuve de ce qui est enseigné au chapitre Af al pi (Ketoubot 60a) : Nahoum le Galiléen dit : une gouttière dans laquelle des brindilles sont montées, il les écrase discrètement avec son pied sans crainte ; et l'on tranche là-bas que la halakha suit Nahoum. Car là-bas c'est différent : il n'y a pas de soupçon d'un interdit de la Torah, puisqu'on le voit agir de manière inhabituelle (kil-ahar yad). Dans le Yerouchalmi, dernier chapitre de Kilayim, on lit : des Michnayot contredisent Rav. Du lin qu'on a teint (pour dissimuler) une tache (baheret) : on n'en fera pas un vêtement exposé ; pour des coussins et des couvertures, c'est permis. Une Michna contredit Rav : si ses pièces de monnaie se sont éparpillées devant une idole, il ne se penchera pas pour les ramasser, afin de ne pas paraître se prosterner devant l'idole ; et si c'est un endroit discret, c'est permis. Une Michna contredit Rav : des visages (sculptés) qui déversent de l'eau dans les villes, il ne mettra pas sa bouche sur leur bouche, afin de ne pas paraître embrasser l'idole ; et si c'est un endroit discret, c'est permis. Une Michna contredit Rav : on n'abat pas (une bête) au-dessus d'une fosse, mais un homme peut faire une fosse dans sa maison pour que le sang y coule ; au marché il ne fera pas ainsi, afin de ne pas imiter les Tseddoukim. Une Michna contredit Rav : arrivé à la cour extérieure, il les étend au soleil, mais pas devant le public. Une Michna contredit Rav : un égout voûté de quatre amot dans le domaine public, on n'y verse pas d'eau le Chabbat ; on a enseigné à ce sujet : si c'était un déversoir, c'est permis ; des gouttières qui déversent, c'est interdit ; à la saison des pluies, c'est permis ; et Bar Kappara a enseigné : si c'est un endroit discret, c'est permis. Celles-ci contredisent Rav, et elles ne tiennent pas.
💡 Explication

Deux règles de kavod ha-beriot (respect d'autrui) : ne pas épouiller ni provoquer de vomissement en public, par égard pour les passants.

Puis la manière d'épouiller ses vêtements le Chabbat. Le Tanna kamma permet de frotter (moulel) le pou pour l'affaiblir, sans le tuer. Abba Chaoul interdit même de le frotter. Rav Houna tranche comme le Tanna kamma et ajoute que c'est la manière convenable même en semaine. Les Amoraim cités ensuite tuaient les poux ; selon Rachi, il s'agit du Chabbat, conformément à Beit Hillel (segment suivant).

Le Roch place ici sa discussion sur mar'it ha-ayin (interdit à cause de l'apparence), qui porte sur un autre passage du traité.

10
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אֵין הוֹרְגִין אֶת הַמַּאֲכֹולֶת בְּשַׁבָּת, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.

Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : on ne tue pas le pou (maakholet) le Chabbat, ce sont les paroles de Beit Chammai ; et Beit Hillel permettent.

📜 Rachi (2)
מַאֲכֹולֶת כִּינָּה:
Maakholet : le pou (kina).
מַתִּירִין כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּפֶרֶק שְׁמוֹנָה שְׁרָצִים (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף קז:) מֵאֵילִים מְאָדָּמִים דְּמִשְׁכָּן מָה אֵילִים פָּרִים וְרָבִים אַף כֹּל שֶׁפָּרָה וְרַבָּה וְכִינָּה אֵינָהּ פָּרָה וְרָבָה אֶלָּא מִבְּשַׂר אָדָם הִיא שׁוֹרֶצֶת:
Permettent : selon la raison expliquée au chapitre Chemona cheratsim (plus loin, Chabbat 107b), à partir des 'peaux de béliers teintes en rouge' du Michkan : de même que les béliers se reproduisent, de même tout ce qui se reproduit (est concerné) ; or le pou ne se reproduit pas, mais pullule à partir de la chair de l'homme.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא רַ"שִׁ בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר מִשּׁוּם רַשְׁבָּ"ג אֵין מְשַׁדְּכִין אֶת הַתִּינוֹקוֹת לֵיאָרֵס וְעַל הַתִּינוֹק לְלַמְּדוֹ סֵפֶר וּלְלַמְּדוֹ אֻומָּנוּת וְאֵין מְנַחֲמִין אֶת הָאֲבֵלִין וְאֵין מְבַקְּרִין אֶת הַחוֹלִים בְּשַׁבָּת דִּבְרֵי ב"ש וב"ה מַתִּירִין: ת"ר הַנִּכְנָס לְבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה אוֹמֵר שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹוק וּרְפוּאָה קְרוֹבָה לָבֹא ר' אוֹמֵר יְכוֹלָה שַׁבָּת בִּזְכוּתָהּ שֶׁתְּרַחֵם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר הַמָּקוֹם יְרַחֵם עָלֶיךָ וְעַל חוֹלֵי יִשְׂרָאֵל. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר הַמָּקוֹם יְרַחֵם עָלֶיךָ בְּתוֹךְ חוֹלֵי יִשְׂרָאֵל. שֶׁבְנָא אִישׁ יְרוּשָׁלַיִם בִּכְנִיסָתוֹ אוֹמֵר שָׁלוֹם וּבִיצִיאָתוֹ אוֹמֵר שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹוק וּרְפוּאָה קְרוֹבָה לָבֹא וְרַחֲמָיו מְרֻובִּין וְשִׁבְתוּ בְּשָׁלוֹם כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ חוֹלֶה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ צָרִיךְ שֶׁיְּעָרְבֶנּוּ בְּתוֹךְ חוֹלֵי יִשְׂרָאֵל כְּמַאן כְּרַבִּי יוֹסֵי. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בְּקֹושִׁי הִתִּירוּ לְנַחֵם אֲבֵלִים וּלְבַקֵּר חוֹלִים בְּשַׁבָּת פִּי' שֶׁמָּא יָבֹא לִזְעֹוק בְּשַׁבָּת אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה כִּי הֲוָה אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְשַׁיּוֹלֵי בִּתְפִיחָה זִימְנִין אָמַר הַמָּקוֹם יִפְקָדְךָ לְשָׁלוֹם וְזִימְנִין אֲמַר רַחֲמָנָא יְדַכְּרִינְךָ לִשְׁלָמָא אַף עַל גַּב דְּאָמַר רַב יְהוּדָה לֹא יִשְׁאַל אָדָם צְרָכָיו בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי שֶׁאֵין מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מַכִּירִין בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי שָׁאנֵי חוֹלֶה דִּשְׁכִינָה עִמּוֹ דְּאָמַר רַב יְהוּדָה א"ר מִנַּיִן שהקב"ה זָן אֶת הַחוֹלֶה שֶׁנֶּאֱמַר ה' יִסְעָדֶנּוּ עַל עֶרֶשׂ דְּוָי: ת"ר הַנִּכְנָס לְבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה לֹא יֵשֵׁב עַל גַּבֵּי מִטָּה וְלֹא עַל גַּבֵּי כִּסֵּא וְלֹא עַל גַּבֵּי סַפְסָל וְלֹא עַל גַּבֵּי שְׁרַפְרַף וְלֹא עַל מָקוֹם גָּבוֹהַּ וְלֹא לְמַעְלָה מֵרַאֲשׁוֹתָיו שֶׁל חוֹלֶה אֶלָּא מִתְעַטֵּף וְיוֹשֵׁב לְפָנָיו מִפְּנֵי שֶׁהַשְּׁכִינָה לְמַעְלָה מֵרַאֲשׁוֹתָיו שֶׁל חוֹלֶה שֶׁנֶּאֱמַר ה' יִסְעָדֶנּוּ עַל עֶרֶשׂ דְּוָי:
Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit au nom de Rabban Chimon ben Gamliel : on n'arrange pas de fiançailles pour les enfants, ni (d'accord pour) un enfant afin de lui enseigner à lire ou de lui enseigner un métier, on ne console pas les endeuillés et on ne visite pas les malades le Chabbat ; ce sont les paroles de Beit Chammai. Et Beit Hillel permettent. Les Sages ont enseigné : celui qui entre visiter un malade dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir.' Rabbi dit : 'Le Chabbat peut, par son mérite, faire miséricorde.' Rabbi Yehouda dit : 'Que le Makom ait pitié de toi et des malades d'Israël.' Rabbi Yossi dit : 'Que le Makom ait pitié de toi parmi les malades d'Israël.' Chevna de Jérusalem, en entrant, disait : 'Chalom', et en sortant, disait : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir ; Sa miséricorde est grande, et reposez-vous en paix.' Selon qui va ce qui est enseigné : celui qui a un malade dans sa maison doit l'inclure parmi les malades d'Israël ? Selon Rabbi Yossi. Rabbi Hanina a dit : c'est avec difficulté qu'on a permis de consoler les endeuillés et de visiter les malades le Chabbat ; c'est-à-dire de peur qu'il ne vienne à crier le Chabbat. Rabba bar bar Hana a dit : quand nous accompagnions Rabbi Eliezer pour prendre des nouvelles (d'un malade), parfois il disait : 'Que le Makom se souvienne de toi pour la paix', et parfois il disait (en araméen) : 'Que le Miséricordieux se souvienne de toi pour la paix.' Bien que Rav Yehouda ait dit : un homme ne demandera pas ses besoins en araméen, car les anges du service ne connaissent pas l'araméen, le malade est différent, car la Chekhina est avec lui ; car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : d'où savons-nous que le Saint, béni soit-Il, nourrit le malade ? Car il est dit : 'Hachem le soutiendra sur son lit de douleur.' Les Sages ont enseigné : celui qui entre visiter un malade ne s'assiéra ni sur le lit, ni sur une chaise, ni sur un banc, ni sur un tabouret, ni sur un endroit élevé, ni au-dessus de la tête du malade ; il s'enveloppe et s'assied devant lui, car la Chekhina est au-dessus de la tête du malade, comme il est dit : 'Hachem le soutiendra sur son lit de douleur.'
💡 Explication

Sur le fond, la question de tuer le pou (maakholet, kina) le Chabbat oppose Beit Chammai, qui interdisent, et Beit Hillel, qui permettent. Rachi renvoie à 107b : les travaux du Chabbat se définissent à partir du Michkan, où l'on abattait des béliers, animaux qui se reproduisent. Le pou, censé naître de la sueur, sort de cette catégorie.

11
וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: אֵין מְשַׁדְּכִין אֶת הַתִּינוֹקוֹת לֵאָרֵס, וְלֹא אֶת הַתִּינוֹק לְלַמְּדוֹ סֵפֶר וּלְלַמְּדוֹ אֻומָּנוּת, וְאֵין מְנַחֲמִין אֲבֵלִים, וְאֵין מְבַקְּרִין חוֹלִין בְּשַׁבָּת, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.

Et Rabbi Chimon ben Elazar disait aussi au nom de Rabban Chimon ben Gamliel : on n'arrange pas de fiançailles pour les enfants, ni (d'accord pour) un enfant afin de lui enseigner à lire ou de lui enseigner un métier ; on ne console pas les endeuillés et on ne visite pas les malades le Chabbat ; ce sont les paroles de Beit Chammai. Et Beit Hillel permettent.

📜 Rachi (4)
וְכֵן הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר דִּבְהָנֵי נָמֵי פְּלִיגִי ב"ש וב"ה:
Et Rabbi Chimon ben Elazar disait aussi : que sur ces points aussi Beit Chammai et Beit Hillel sont en désaccord.
אֵין מְשַׁדְּכִין בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ:
On n'arrange pas : le Chabbat, à cause de (l'interdit tiré du verset) 'trouver ton affaire' (mimtso heftsekha).
וב"ה מַתִּירִין דְּקָא סָבְרִי חֶפְצְךָ וְלֹא חֶפְצֵי שָׁמַיִם:
Et Beit Hillel permettent : car ils pensent : 'ton affaire' (est interdite), mais pas les affaires du Ciel.
וְאֵין מְנַחֲמִין מִשּׁוּם דְּמִצְטַעֵר עִם הַמִּצְטַעֲרִין:
Et on ne console pas : parce qu'il s'afflige avec ceux qui s'affligent.
💡 Explication

Même structure de discussion pour d'autres activités. Beit Chammai les interdisent le Chabbat : arranger des fiançailles ou l'apprentissage d'un enfant relève de heftsekha (tes affaires, Yechayahou 58,13), et consoler ou visiter un malade attriste celui qui le fait. Beit Hillel permettent : le verset n'interdit que les affaires personnelles, et ces activités sont des affaires du Ciel (mitsvot).

12
תָּנוּ רַבָּנַן, הַנִּכְנָס לְבַקֵּר אֶת הַחוֹלֶה אוֹמֵר: ״שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹוק, וּרְפוּאָה קְרוֹבָה לָבֹא״. וְרַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: ״יְכוֹלָה הִיא שֶׁתְּרַחֵם״.

Les Sages ont enseigné : celui qui entre visiter un malade (le Chabbat) dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir.' Et Rabbi Meir dit : '(Le Chabbat) peut faire miséricorde.'

📜 Rachi (2)
שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹוק צָרִיךְ לְהַרְחִיב דַּעְתָּם בְּתַנְחוּמִים שֶׁלֹּא יִצְטַעֲרוּ:
C'est Chabbat, on s'abstient de crier : il faut les rasséréner par des consolations, pour qu'ils ne s'affligent pas.
יְכוֹלָה הִיא שֶׁתְּרַחֵם אִם תְּכַבְּדוּהָ מִלְּהִצְטַעֵר בָּהּ:
Il peut faire miséricorde : si vous l'honorez en vous abstenant de vous affliger en ce jour.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹק, וּרְפוּאָה קְרוֹבָה לָבוֹא. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בִּתְפִלַּת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עַל מִרְיָם (בִּמְדַבֵּר יב, יג) אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ, שֶׁהִמְתִּיק בָּזֶה חֲמִשָּׁה חֲסָדִים וְהַג' שֶׁבְּדַעַת ז"א וְעַל יְדֵי זֶה נִמְתְּקוּ הַגְּבוּרוֹת וְנִתְרַפְּאָה עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, נִמְצָא הָרְפוּאָה תִּהְיֶה מִן מָתוֹק הַגְּבוּרוֹת בַּחֲסָדִים. וְיָדוּעַ כִּי בְּשַׁבָּת עֵת רָצוֹן וְיֵשׁ בְּלָאו הָכִי מִיתּוּק הַגְּבוּרוֹת וְלָכֵן הַיּוֹם אֵין צָרִיךְ לִזְעֹוק כְּמוֹ שֶׁזָּעֵק מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בְּאֵל נָא רְפָא נָא לָהּ כְּדֵי לְמַתֵּק הַגְּבוּרוֹת וּלְהַמְשִׁיךְ הָרְפוּאָה, אֶלָּא רְפוּאָה קְרוֹבָה לָבוֹא בְּלָאו הָכִי מֵחֲמַת עִצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם. אוֹ יוּבָן בס"ד לְפָרֵשׁ אוֹמְרוֹ קְרוֹבָה לָבוֹא , כִּי יָדוּעַ שֶׁהָרְפוּאָה תִּמָּשֵׁךְ מִן יוֹ"ד שה"ס [שֶׁהִנֵּה סוֹד] אֲצִילוּת, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים מא, ד) ה' יִסְעָדֶנּוּ עַל עֶרֶשׂ דְּוָי. וְיָדוּעַ שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁפַע הָאֲצִילוּת יִתְלַבֵּשׁ בִּבְרִיאָה וְהַבְּרִיאָה בִּיצִירָה וְזֶהוּ בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, אֲבָל בְּחוּץ לָאָרֶץ יִהְיֶה עוֹד הִתְלַבְּשׁוּת הַיְּצִירָה בַּעֲשִׂיָּה, אָמְנָם בְּשַׁבָּת לֹא יִהְיֶה הִתְלַבְּשׁוּת בִּיצִירָה אֶלָּא נְקַבֵּל מִן הַבְּרִיאָה בִּלְתִּי הִתְלַבְּשׁוּת הַיְּצִירָה, וז"ש וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי נִתְעַלָּה וְיָשַׁב עַל כִּסֵּא כְּבוֹדוֹ שֶׁהוּא הַבְּרִיאָה שֶׁנִּקְרָא כִּסֵּא הַכָּבוֹד, וְלָכֵן אוֹמְרִים רְצֵה וְהַחֲלִיצֵנוּ בְּשַׁבָּת וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת. נִמְצָא בְּשַׁבָּת רְפוּאָה הַבָּאָה מִן הָאֲצִילוּת שה"ס יוּ"ד וְסוֹד חָכְמָה הִיא קְרוֹבָה לָבוֹא אֶצְלֵינוּ יוֹתֵר מִימֵי הַחֹול, כִּי אֵין בְּשַׁבָּת הִתְלַבְּשׁוּת בִּיצִירָה וְכָל שֶׁכֵּן בַּעֲשִׂיָּה, וְלָכֵן אֵין זְעָקָה בְּשַׁבָּת שֶׁזְּעָקָה הִיא בְּסוֹד הַיְּצִירָה שה"ס קוֹל, וְלָזֶה אָמַר שַׁבָּת הִיא מִלִּזְעֹק, וּרְפוּאָה קְרוֹבָה לָבוֹא כִּי אֵין הִתְלַבְּשׁוּת בִּיצִירָה, גַּם רְצוֹנוֹ לוֹמַר אִם תְּכַבְּדוּ הַשַּׁבָּת מִלִּזְעֹוק בּוֹ אָז בְּשָׂכָר זֶה יְשׁוּעָה קְרוֹבָה לָבוֹא.
C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir. Il me semble, avec l'aide du Ciel, (l'expliquer) d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari z.l. sur la prière de Moche Rabbenou a.h. pour Myriam (Bamidbar 12,13) : 'É-l, de grâce, guéris-la de grâce' : il a adouci par là les cinq hassadim (bontés) et les trois qui sont dans le Da'at de Zeir Anpin, et par ce moyen les guevourot (rigueurs) ont été adoucies et elle a été guérie ; fin de citation. Il en ressort que la guérison provient de l'adoucissement des guevourot par les hassadim. Or on sait que le Chabbat est un temps de faveur (et ratson), où il y a de toute façon un adoucissement des guevourot ; c'est pourquoi en ce jour il n'est pas nécessaire de crier, comme a crié Moche Rabbenou a.h. par 'É-l, de grâce, guéris-la de grâce', afin d'adoucir les guevourot et d'attirer la guérison : la guérison est proche à venir de toute façon, par la force du jour. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, l'expression 'proche à venir' : on sait que la guérison vient du Youd, qui est le sod d'Atsilout, comme nos maîtres z.l. l'ont dit sur le verset (Tehilim 41,4) 'Hachem le soutiendra sur son lit de douleur'. Et on sait qu'en Erets Israël l'abondance d'Atsilout se revêt dans Beria, et Beria dans Yetsira, et c'est cela en Erets Israël ; mais hors d'Israël il y a en plus un revêtement de Yetsira dans Assiya. Or le Chabbat il n'y a pas de revêtement dans Yetsira : nous recevons de Beria sans le revêtement de Yetsira. C'est le sens de 'et le septième jour Il s'éleva et s'assit sur Son trône de gloire', qui est Beria, appelée Trône de gloire ; c'est pourquoi on dit 'Retse ve-hahalitsénou' le Chabbat, comme il est mentionné dans le Sefer ha-Kavanot. Il en ressort que le Chabbat, la guérison qui vient d'Atsilout, qui est le sod du Youd et le sod de 'Hokhma, est plus proche de venir à nous que les jours de semaine, car le Chabbat il n'y a pas de revêtement dans Yetsira, et à plus forte raison dans Assiya. C'est pourquoi on ne crie pas le Chabbat, car le cri relève du sod de Yetsira, qui est le sod de la voix (kol). C'est ce qu'il dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir', car il n'y a pas de revêtement dans Yetsira. Il veut dire aussi : si vous honorez le Chabbat en vous abstenant d'y crier, alors, en récompense, le salut est proche à venir.
וְרַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: יְכוֹלָה הִיא שֶׁתְּרַחֵם. בְּתֵיבַת הִיא רֶמֶז עַל פָּסוּק (בִּמְדַבֵּר יב, יג) אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ, שֶׁבּוֹ מִיתֵּק מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הַגְּבוּרוֹת כְּדֵי לְרַפֵּא אֶת מִרְיָם כנז"ל. וְיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ שֵׁם אֶחָד מְצֹורָף מִכָּל אוֹתִיּוֹת פָּסוּק הַנִּזְכָּר [וַיִּצְעַק מֹשֶׁה אֶל ה' לֵאמֹר אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ] מְסֻוגָּל לִרְפוּאַת הַחוֹלֶה, וְכוֹתְבִין לוֹ בְּקָמֵיעַ וְיֵשׁ מֻטָּפִים מַיִם לְתוֹךְ הַכּוֹס וּמְכַוְּונִים בְּכָל טִיפָּה אוֹת אַחַת מִן הַשֵּׁם שֶׁל פָּסוּק וּמַשְׁקִין אֶת הַחוֹלֶה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד דִּקְדּוּק תֵּיבַת 'לֵאמֹר' בַּפָּסוּק הַנִּזְכָּר, וְיָבֹא נָכוֹן עַל דֶּרֶךְ מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כח, כ) וַיִּדַּר יַעֲקֹב נֶדֶר לֵאמֹר, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר לֵאמֹר? אֶלָּא לֵאמֹר לַדּוֹרוֹת שֶׁמִּמֶּנּוּ יִלְמְדוּ לִידֹּור בְּעֵת צָרָה ע"כ. וְלָזֶה אָמַר (בַּמִּדְבָּר יב, יג) וַיִּצְעַק מֹשֶׁה אֶל ה' לֵאמֹר, לְדוֹרוֹת שֶׁיִּלְמְדוּ מִמֶּנּוּ לְרִפְאוּת הַחוֹלֶה בִּדְבָרִים אֵלּוּ אֵל נָא רְפָא נָא לָהּ. וְלָזֶה אָמַר יְכוֹלָה הִיא שֶׁתְּרַחֵם רֶמֶז בְּתֵיבַת 'הִיא' עַל פָּסוּק הַנִּזְכָּר שֶׁהוּא חֲמִשָּׁה תֵּיבוֹת וְיֵשׁ בָּהֶם י"א אוֹתִיּוֹת וְסִימָנָם הי"א, וז"ש יְכוֹלָה הי"א סְגֻולַּת פָּסוּק הַנִּזְכָּר שֶׁתְּרַחֵם מֵאֵלֶיהָ מֵחֲמַת קְדֻושַּׁת הַשַּׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁאֵין מַזְכִּירִים בַּפֶּה.
Et Rabbi Meir dit : elle peut faire miséricorde. Le mot 'hi' (elle) fait allusion au verset (Bamidbar 12,13) 'É-l, de grâce, guéris-la de grâce', par lequel Moche Rabbenou a.h. a adouci les guevourot pour guérir Myriam, comme mentionné plus haut. On sait qu'il existe un Nom composé de toutes les lettres de ce verset ['Moche cria vers Hachem en disant : É-l, de grâce, guéris-la de grâce'], propice à la guérison du malade ; on l'écrit pour lui dans une amulette (kamea), et certains versent des gouttes d'eau dans un verre en visant à chaque goutte une lettre du Nom tiré du verset, puis font boire le malade. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, la précision du mot 'lemor' (en disant) dans ce verset. Cela s'accorde avec ce que nos maîtres z.l. ont dit sur le verset (Berechit 28,20) 'Yaakov fit un vœu en disant' : que vient enseigner 'en disant' ? Dire aux générations qu'elles apprendront de lui à faire un vœu en temps de détresse ; fin de citation. De même il est dit : 'Moche cria vers Hachem en disant', pour les générations, afin qu'elles apprennent de lui à guérir le malade par ces paroles : 'É-l, de grâce, guéris-la de grâce'. C'est pourquoi il dit 'elle peut (yekhola hi) faire miséricorde' : le mot 'hi' fait allusion à ce verset, qui compte cinq mots et onze lettres, dont le signe est HY"A (hé = 5, youd-aleph = 11). C'est ce qu'il dit : 'yekhola hi', la vertu (segoula) de ce verset, signalée par HY"A, peut faire miséricorde d'elle-même en raison de la sainteté du Chabbat, bien qu'on ne le prononce pas de la bouche.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הַמְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו מוֹלֵל וְזוֹרֵק וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַהֲרֹוג אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר נוֹטֵל וְזוֹרֵק וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִמְלֹול. ונ"ל דְּהָנֵי תַּנָּאֵי לָא פְלִיגִי אב"ה שֶׁמַּתִּירִין דְּאִי הֲווּ פְּלִיגִי לֹא הָיָה רִי"ף מֵבִיא דִּבְרֵיהֶם וְדִבְרֵי ב"ה. אֶלָּא מוֹדוֹ דְּמֻותָּר לַהֲרֹוג כִּינָּה בְּשַׁבָּת אֲבָל פַּרְעוֹשׁ אָסוּר כִּדְאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק ח' שְׁרָצִים (שַׁבָּת דַּף קז:) אַהָא דְּאָמַר הַהוֹרֵג כִּינָּה בְּשַׁבָּת כְּאִילּוּ הוֹרֵג גָּמָל דְּרַבָּנָן לָא פְּלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אֶלָּא בְּכִינָּה דְּאֵינָהּ פָּרָה וְרָבָה אֲבָל בְּפַרְעוֹשׁ דְּפָרָה וְרָבֶה מוֹדוּ רַבָּנָן דְּחַיָּיב הִלְכָּךְ הַלּוֹקֵחַ כִּינָּה מֵעַל בְּשָׂרוֹ בְּשַׁבָּת אוֹ מֵעַל חֲלוּקוֹ מֻותָּר לְהָרְגָהּ כב"ה אֲבָל בִּמְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו לְהָסִיר מֵהֶם פַּרְעוֹשִׁים וְכִנִּים פְּלִיגִי הָנֵי תַּנָּאֵי ת"ק סָבַר דִּגְזוּר הֲרִיגָה דְּכִנִּים אַטּוּ הֲרִיגָה דְּפַרְעוֹשִׁים וְאַבָּא שָׁאוּל מַחְמִיר לִגְזֹור אֲפִילּוּ בִּמְלִילָה דְּכִנִּים אַטּוּ פַּרְעוֹשִׁים וּבְסִפְרֵי הָרַמְבַּ"ם זַ"ל כָּתַב הַמְּפַלֶּה כֵּלָיו בַּשַּׁבָּת מוֹלֵל אֶת הַכִּנִּים וְזוֹרְקָן וּמֻותָּר לַהֲרֹוג כִּנִּים בְּשַׁבָּת וְהַיְינוּ כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי וה"ר יוֹסֵף מאורליינ"ש הָיָה אוֹמֵר דְּכִינָּה הוּא הַשָּׁחוֹר הַקּוֹפֵץ וּפַרְעוֹשׁ הוּא הַלָּבָן וְהֵבִיא רְאָיָה מִמַּכַּת מִצְרַיִם דִּכְתִיב וְהַךְ אֶת עֲפַר הָאָרֶץ וְהָיָה לְכִנִּים וְדֶרֶךְ הַשָּׁחוֹר לָצֵאת מִן הֶעָפָר. וְאֵינוֹ נִרְאֶה לר"ת דְּאָמְרִי' בַּמִּדְרָשׁ אַף כִּי אֱנוֹשׁ רִמָּה אֵלּוּ כִּנִּים שֶׁבָּרֹאשׁ וּבֶן אָדָם תּוֹלֵעָה לְאַחַר מִיתָה וְדֶרֶךְ הַלָּבָן לִהְיוֹת גָּדֵל בְּרֹאשׁ וְלֹא הַשָּׁחוֹר וְעוֹד דְּאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת נִדָּה בְּשִׁילְהֵי פּ"ב דַּף כ: הַהוּא בָּתְרָאָה דַּם כִּנִּים הֲוָה שְׁלַח לָהּ סְרִיקוּתָא מִקַּטְלָא כַּלְמֵי וְכַלְמֵי הוּא תַּרְגּוּם שֶׁל כִּנִּים וְאֵין דֶּרֶךְ לַהֲרֹוג אֶת הַשָּׁחוֹר בְּמַסְרֵק וְעוֹד דְּאָמְרִינַן בִּבְרָכוֹת דַּף נא: בְּעֻובְדָּא דְּיַלְתָּא מִמְּהַדּוּרֵי מִילֵּי וּמִסְּמַרְטוּטֵי כַּלְמֵי פֵּירוּשׁ מִסְּמַרְטוּטֵי בְּגָדִים יְשָׁנִים יוֹצְאִין הַכִּנִּים וְזֶהוּ הַלְּבֵנִים שֶׁיּוֹצְאִים מִבְּגָדִים יְשָׁנִים וְכֵן עַמָּא דְּבַר כְּדִבְרֵי ר"ת זַ"ל. אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה מוֹלֵל וְזוֹרֵק וְזֶהוּ כְּבוֹדוֹ אֲפִילּוּ בְּחוֹל. רַבָּה מְקַטַּע לְהוּ רַב שֵׁשֶׁת מְקַטַּע לְהוּ וְקָאֵי אַדְּרַב הוּנָא דְּאָמַר זֶהוּ כְּבוֹדוֹ אֲפִילּוּ בְּחוֹל. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו דִּבְשַׁבָּת מַייְרֵי עַל זֶה נָהֲגוּ לְהָקֵל לַהֲרֹוג כִּינָּה אֲפִילּוּ בִּמְפַלֶּה כֵּלָיו דִּלְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י דִּמְקַטַּע לְהוּ בְּשַׁבָּת ע"כ בִּמְפַלֶּה כֵּלָיו אַיְירֵי דִּפְשִׁיטָא דְּמֻותָּר לַהֲרֹוג כִּינָּה בְּשַׁבָּת כב"ה דְּמַתִּירִין מִיהוּ תֵּימַהּ הֵיאַךְ פְּלִיגִי אַהָנֵי תַּנָּאֵי דְּתַרְוַיְיהוּ אָסְרִי הֲרִיגַת כִּינָּה בִּמְפַלֶּה כֵּלָיו וְאֶפְשָׁר דְּאַייְרֵי בִּמְפַלֶּה רֹאשׁוֹ דְּהָתָם לָא גָּזְרִינַן כִּנִּים אַטּוּ פַּרְעוֹשִׁים שֶׁאֵין פַּרְעוֹשִׁים מְצֻוִּין בְּרֹאשׁ:
Les Sages ont enseigné : celui qui épouille ses vêtements frotte et jette, pourvu qu'il ne tue pas ; Abba Chaoul dit : il prend et jette, pourvu qu'il ne frotte pas. Il me semble que ces Tannaim ne sont pas en désaccord avec Beit Hillel, qui permettent ; car s'ils étaient en désaccord, le Rif n'aurait pas cité leurs paroles avec celles de Beit Hillel. Ils reconnaissent donc qu'il est permis de tuer un pou (kina) le Chabbat, mais une puce (par'och) est interdite, comme il est dit plus loin au chapitre Chemona cheratsim (Chabbat 107b), à propos de celui qui dit : celui qui tue un pou le Chabbat est comme s'il tuait un chameau, que les Rabbanan ne sont en désaccord avec Rabbi Eliezer que pour le pou, qui ne se reproduit pas ; mais pour la puce, qui se reproduit, les Rabbanan reconnaissent qu'on en est passible. Par conséquent, celui qui prend un pou sur sa chair ou sur sa chemise le Chabbat peut le tuer, selon Beit Hillel ; mais pour celui qui épouille ses vêtements afin d'en retirer puces et poux, ces Tannaim sont en désaccord : le Tanna kamma pense qu'on a décrété (l'interdit) de tuer les poux à cause (du risque) de tuer les puces, et Abba Chaoul est plus rigoureux et décrète même (l'interdit) de frotter les poux à cause des puces. Dans les livres du Rambam z.l., il est écrit : celui qui épouille ses vêtements le Chabbat frotte les poux et les jette, et il est permis de tuer les poux le Chabbat ; et c'est conforme à ce que j'ai expliqué. Rabbi Yossef d'Orléans disait que la kina est la noire qui saute et le par'och le blanc, et il en apportait une preuve de la plaie d'Égypte, où il est écrit : 'Frappe la poussière de la terre, et elle deviendra des kinim', et la noire a coutume de sortir de la poussière. Cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam, car nous disons dans le Midrach : 'À plus forte raison l'homme, une larve' : ce sont les poux de la tête ; 'et le fils de l'homme, un ver' : après la mort ; or c'est le blanc qui a coutume de croître dans la tête, et non le noir. De plus, nous disons dans le traité Nida, à la fin du chapitre 2 (20b) : cette dernière (tache) était du sang de poux ; il lui envoya un peigne qui tue les kalméi, et kalméi est la traduction araméenne de kinim ; or on n'a pas coutume de tuer le noir avec un peigne. De plus, nous disons dans Berakhot (51b), dans le récit de Yalta : '... et des chiffons, les kalméi', c'est-à-dire que des chiffons de vieux vêtements sortent les poux, et ce sont les blancs qui sortent des vieux vêtements. Et l'usage du peuple suit Rabbenou Tam z.l. Rav Houna a dit : la halakha est qu'il frotte et jette, et c'est la manière digne, même en semaine. Rabba les tuait, Rav Chechet les tuait ; et cela se rapporte à Rav Houna, qui a dit : c'est la manière digne, même en semaine. Rachi a expliqué au nom de ses maîtres qu'il s'agit du Chabbat ; c'est sur cela qu'on a pris l'habitude d'être indulgent et de tuer le pou même en épouillant ses vêtements, car selon l'explication de Rachi, puisqu'ils les tuaient le Chabbat, il s'agit forcément de celui qui épouille ses vêtements, car il est évident qu'il est permis de tuer un pou le Chabbat selon Beit Hillel, qui permettent. Toutefois, il est étonnant qu'ils soient en désaccord avec ces Tannaim, qui interdisent tous deux de tuer un pou en épouillant ses vêtements. Il est possible qu'il s'agisse de celui qui épouille sa tête, car là on ne décrète pas au sujet des poux à cause des puces, puisque les puces ne se trouvent pas dans la tête.
💡 Explication

Puisque Beit Hillel permettent la visite au malade le Chabbat, la baraita fixe la formule à employer. On ne prie pas pour le malade comme en semaine, car la supplication et la plainte ne conviennent pas au Chabbat. On dit : 'C'est Chabbat, on s'abstient de crier, et la guérison est proche à venir.' Rabbi Meir ajoute que le Chabbat lui-même peut attirer la miséricorde.

Rachi explique que le but est de rasséréner le malade et sa famille. Le Roch place ici sa synthèse halakhique sur l'épouillage : il est permis de tuer un pou (kina) pris sur soi, mais pas une puce (par'och).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).