Sougya : Le daf achève la baraita sur les formules de la visite au malade le Chabbat : Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi divergent sur l'inclusion du malade parmi les malades d'Israël, et Rabbi Hanina tranche comme Rabbi Yossi. Rabbi Elazar priait parfois en araméen pour le malade, bien que les anges du service ne connaissent pas cette langue : la Chekhina est avec le malade.
On en tire les règles de la visite (ne pas s'asseoir plus haut que le chevet). La Guemara revient ensuite à la Michna : on ne lit pas à la lumière de la lampe le Chabbat, de peur d'incliner la mèche ; Rabba étend le décret à toute hauteur, Rabbi Elazar permet à deux lecteurs d'un même sujet, Rav Houna interdit près d'un feu de camp, Rava permet à l'homme important, objection tirée de Rabbi Yichmael ben Elicha.
Suivent le serviteur qui examine les coupes (attitré ou non, huile ou naphte) et le hazan qui ordonne les débuts des paragraphes.
Rabbi Yehouda dit : "Que le Makom (l'Omniprésent) ait pitié de toi et des malades d'Israël." Rabbi Yossi dit : "Que le Makom ait pitié de toi parmi les malades d'Israël." Chevna, homme de Jérusalem, à son entrée disait : "Chalom", et à sa sortie il disait : "C'est Chabbat, (on s'abstient) de crier, la guérison est proche à venir, Sa miséricorde est abondante, et reposez-vous en paix pendant votre Chabbat." Selon qui va ce qu'a dit Rabbi Hanina : celui qui a un malade dans sa maison doit l'inclure parmi les malades d'Israël ? Selon qui ?
Selon Rabbi Yossi.
Fin de la baraita commencée en 12a : quelle formule dire au malade le Chabbat, jour où l'on évite de crier (zéaka, prière de supplication) ? Rabbi Yehouda juxtapose deux demandes ; Rabbi Yossi inclut le malade dans la collectivité. Selon Rachi, la prière faite pour le grand nombre est exaucée par le mérite du grand nombre.
Rabbi Hanina en tire une halakha générale, valable même en semaine : celui qui prie pour un malade de sa maison doit l'associer aux malades d'Israël. Tossefot discute l'identité de Chevna et l'utilité de la prière selon ceux qui fixent le jugement à Roch Hachana.
Et Rabbi Hanina a dit : c'est avec difficulté qu'on a permis de consoler les endeuillés et de visiter les malades le Chabbat. Rabba bar bar Hana a dit : quand nous allions à la suite de Rabbi Elazar pour prendre des nouvelles d'un malade (téfiha), parfois il disait : "Que le Makom se souvienne de toi pour la paix", et parfois il lui disait : "Que le Rahmana (le Miséricordieux) se souvienne de toi pour la paix" (en araméen).
Comment faisait-il ainsi ? Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : jamais un homme ne demandera ses besoins en langue araméenne ?
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quiconque demande ses besoins en langue araméenne, les anges du service ne s'occupent pas de lui, car les anges du service ne connaissent pas la langue araméenne ! Le malade est différent, car la Chekhina est avec lui.
Rabbi Hanina : la visite du malade et la consolation des endeuillés ne sont permises le Chabbat qu'avec difficulté (be-kochi), car le visiteur s'afflige, ce qui contredit le repos du Chabbat. On l'a permis en raison de la mitsva.
Rabbi Elazar priait parfois en araméen. La Guemara objecte : la prière en araméen n'est pas portée par les malakhei hacharèt (anges du service), qui ne connaissent pas cette langue. Réponse : auprès du malade la Chekhina est présente ; la prière n'a pas besoin d'intermédiaire (Rachi : pour franchir le pargod). Rachi précise que l'épisode de Rabbi Elazar ne concerne pas spécialement le Chabbat.
Car Rav Anan a dit au nom de Rav : d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il soutient le malade ? Car il est dit : "Hachem le soutiendra sur le lit de douleur" (Tehilim 41, 4).
On a enseigné aussi ainsi : celui qui entre visiter le malade ne s'assoira ni sur le lit ni sur une chaise, mais il s'enveloppe et s'assoit devant lui, car la Chekhina est au-dessus du chevet du malade, ainsi qu'il est dit : "Hachem le soutiendra sur le lit de douleur." Et Rava a dit au nom de Ravin : d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il nourrit le malade ? Car il est dit : "Hachem le soutiendra sur le lit de douleur."
Le verset ה' יסעדנו על ערש דוי (Tehilim 41, 4) sert trois fois : la Chekhina soutient le malade, elle est au-dessus de son chevet, et Hachem le nourrit (sead au sens de repas). Il justifie la réponse précédente : la Chekhina étant présente, la prière en araméen est recevable.
Conséquence pratique : le visiteur ne s'assoit pas plus haut que la tête du malade ; il s'enveloppe (mitatef) par crainte. Tossefot limite la règle au malade couché bas.
"Et il ne lira pas à la lumière de la lampe." Rabba a dit : même (si elle est) haute de deux hauteurs d'homme, même de deux mardeot (aiguillons de bouvier), même de dix maisons l'une sur l'autre. C'est un seul qui ne doit pas lire ; mais deux, c'est bien.
Or n'a-t-on pas enseigné : ni un ni deux ! Rabbi Elazar a dit : il n'y a pas de difficulté : ici, dans un seul sujet ; là, dans deux sujets.
Rav Houna a dit : et près d'un feu de camp (medoura), même dix personnes, c'est interdit.
Retour à la Michna (11a) : on ne lit pas à la lumière de la lampe le Chabbat, de peur d'incliner la lampe (hatayah) pour rapprocher l'huile de la mèche, ce qui est une havara (allumage). Rabba : le décret s'applique même si la lampe est hors de portée, car les Sages n'ont pas distingué (lo plug).
Deux lecteurs d'un même sujet se surveillent mutuellement ; deux sujets différents, non. Au feu de camp, même dix personnes sont interdites : chacun est loin des autres et a les tisons à portée de main.
Rava a dit : si c'est un homme important, c'est permis. On objecte : "Il ne lira pas à la lumière de la lampe, de peur qu'il n'incline (la lampe).
Rabbi Yichmael ben Elicha a dit : moi, je lirai et je n'inclinerai pas. Une fois il lut et voulut incliner.
Il dit : combien sont grandes les paroles des Sages qui disaient : il ne lira pas à la lumière de la lampe. Rabbi Natan dit : il lut et inclina, et il écrivit sur son carnet (pinkas) : Moi, Yichmael ben Elicha, j'ai lu et j'ai incliné la lampe le Chabbat ; quand le Temple sera reconstruit, j'apporterai un hatat (sacrifice expiatoire) gras." Rabbi Abba a dit : Rabbi Yichmael ben Elicha est différent, puisqu'il se considère, pour les paroles de Torah, comme un homme simple.
Rava : l'adam hachouv (homme important) peut lire, car il ne touche jamais une lampe, même en semaine ; le motif du décret disparaît. Objection de la baraita : Rabbi Yichmael ben Elicha, qui était un grand, pensait pouvoir se surveiller, et il a voulu incliner (premier Tanna) ou a effectivement incliné (Rabbi Natan). Il s'engagea à apporter un hatat, sacrifice dû à une faute involontaire (chogueg).
Rabbi Abba répond : Rabbi Yichmael était humble dans l'étude et s'occupait lui-même de la lampe ; il n'avait donc pas le statut d'homme important au sens de Rava. Le Ben Yehoyada explique la formule du carnet à partir de la dispute sur la valeur de l'étude des sacrifices.
On a enseigné dans une (baraita) : le serviteur examine les coupes et les plats à la lumière de la lampe. Et on a enseigné dans une autre : il n'examinera pas !
Il n'y a pas de difficulté : ici, pour un serviteur attitré (kavoua) ; là, pour un serviteur non attitré. Et si tu veux, dis : l'une et l'autre pour un serviteur attitré, et il n'y a pas de difficulté : celle-ci pour une lampe à huile, celle-là pour une lampe à naphte.
Deux baraitot se contredisent sur le chamach (serviteur) qui vérifie la propreté de la vaisselle à la lumière de la lampe. Première réponse : tout dépend de son zèle. Selon Rachi, le serviteur attitré craint son maître, examine minutieusement et risque d'incliner la lampe.
Seconde réponse : tout dépend du combustible. Le naphte sent mauvais ; on n'y touche pas. L'huile est propre ; on risque d'y toucher.
Ils ont demandé : un serviteur non attitré avec une lampe à huile, qu'en est-il ? Rav a dit : c'est la halakha, mais on ne l'enseigne pas.
Et Rabbi Yirmeya bar Abba a dit : c'est la halakha et on l'enseigne. Rabbi Yirmeya bar Abba se trouva chez Rav Assi.
Son serviteur se leva et examina (les coupes) à la lumière de la lampe. Sa femme (de Rav Assi) lui dit : et le maître ne fait pas ainsi ?
Il lui dit : laisse-le, il pense comme son maître.
Le cas intermédiaire : le serviteur le moins zélé (selon Rachi, le non attitré) avec la lampe la plus risquée (l'huile). Rav : halakha ve-ein morin ken (la loi permet, mais on ne le dit pas publiquement, pour éviter le relâchement). Rabbi Yirmeya bar Abba : on l'enseigne.
Rabbenou Tam et le Rif inversent les rôles : c'est le serviteur non attitré qui est minutieux, car il veut être engagé. Le Roch suit la lecture du Rif et tranche : pour l'huile, le serviteur attitré examine, mais on ne l'enseigne pas.
"En vérité, ils ont dit : le hazan, etc." Mais tu as dit au début : il "regarde" ; n'est-ce pas pour lire ?! Non : pour ordonner les débuts de ses paragraphes.
Et ainsi a dit Rabba bar Chmouel : mais il ordonne les débuts de ses paragraphes ; et le paragraphe entier, non ?
La Michna dit que le hazan (maître des enfants, surveillant) "regarde" où lisent les enfants, et aussi qu'il ne lit pas lui-même. La Guemara précise : il peut revoir les débuts des paragraphes qu'il fera lire le lendemain ; ainsi il se rappelle la suite et souffle aux lecteurs la vocalisation et les teamim.
La question "et le paragraphe entier, non ?" se poursuit sur le daf suivant. Le Roch la rapporte comme une affirmation : pas le paragraphe entier.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).