Shabbat 13a — Les barrières contre l'habitude de la faute : zav et zava, nidda couchée près de son mari, et les notions de deot et de chinouy

Shabbat 13a

Sougya : Le folio achève la discussion sur la lecture à la lumière de la lampe (les enfants de l'école, tenus par la crainte de leur maître, peuvent lire), puis passe à la clause de la michna : le zav ne mangera pas avec la zava, par crainte de l'habitude de la faute. Rabbi Chimon ben Elazar en déduit le haut niveau de pureté d'Israël à cette époque, et la guemara examine le cas du zav rigoureux (parouch) qui mange avec un zav am haarets (explications d'Abaye et de Rava).

Vient ensuite la question : une nidda peut-elle dormir avec son mari, chacun dans son vêtement ? Les preuves successives sont réfutées par deux critères, la présence de plusieurs consciences (deot) et celle d'un changement visible (chinouy), jusqu'à la preuve par le verset d'Ezechiel qui compare la nidda a la femme du prochain et conclut à l'interdit.

La guemara note que Rabbi Pedat et Oulla s'en écartent, et ouvre le récit de Tana devei Eliyahou sur l'élève mort à la moitié de ses jours.

Nidda : dormir près du mari, chacun dans son vêtement ? Question (ibaya) : permis ou interdit ? 1. Rav Yossef : volaille et fromage sur la table Beit Hillel : on ne les pose même pas ensemble -> interdit ? Réfuté : une seule personne, pas plusieurs deot 2. Deux hôtes qui se connaissent : interdit (viande et fromage à une même table) -> interdit ? Réfuté : là, deot sans chinouy ; ici, deot ET chinouy 3. Michna : le zav ne mange pas avec la zava -> interdit ? Réfuté : repas ordinaire, deot sans chinouy 4. Ye'hezkel 18, 6 : nidda comparée à la femme du prochain (hekech) Conclusion : INTERDIT (chema mina) En désaccord : Rabbi Pedat (la Tora n'interdit que la proximité qui mène à la relation) et Oulla dans sa conduite (il embrassait ses sœurs), qui contredit sa propre règle (fais le tour, n'approche pas de la vigne)
Déroulement de la question sur la nidda : trois preuves réfutées, une preuve retenue, deux avis divergents.
Deux critères : deot (plusieurs consciences) et chinouy (changement visible) Cas Deot Chinouy Force de la preuve Volaille et fromage (un seul homme) non non cas plus grave : pas de preuve Deux hôtes qui se connaissent oui non cas plus grave : pas de preuve Zav et zava qui mangent oui non cas plus grave : pas de preuve Nidda et mari, habillés au lit oui oui cas en question Chaque cas cité à moins de garde-fous que la nidda : son interdit ne prouve rien pour elle.
Les critères deot et chinouy : pourquoi les preuves tirées de la viande et du fromage ou du zav ne tranchent pas.
1
מֵיתִיבִי: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר, הַתִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן הָיוּ מְסַדְּרִין פָּרָשִׁיּוֹת וְקוֹרִין לְאוֹר הַנֵּר. אִי בָּעֵית אֵימָא — רָאשֵׁי פָּרָשֻׁיּוֹתָיו, וְאִי בָּעֵית אֵימָא — שָׁאנֵי תִּינוֹקוֹת, הוֹאִיל וְאֵימַת רַבָּן עֲלֵיהֶן לָא אָתֵי לְאַצְלוֹיֵי.

On objecte : Rabban Chimon ben Gamliel dit : les enfants de l'école préparaient leurs sections (parachiyot) et lisaient à la lumière de la lampe. Si tu veux, dis : (il s'agit seulement) des débuts de leurs sections ; et si tu veux, dis : les enfants sont différents, puisque la crainte de leur maître est sur eux, ils n'en viendront pas à incliner (la lampe).

📜 Rachi (1)
וְאֵימַת רַבָּן עֲלֵיהֶן אֵין פּוֹשְׁטִין יָד לְשׁוּם דָּבָר וְאַפֵּי' בְּחוֹל אֶלָּא עַל פִּי רַבָּן:
Et la crainte de leur maître est sur eux : ils ne tendent la main vers rien, même en semaine, sans l'accord de leur maître.
🗂️ Tossefot (1)
מֵיתִיבִי הַתִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן מְסַדְּרִין פָּרָשֻׁיּוֹתֵיהֶן כּוּ' אוֹמֵר הר"ם לְפִי' הַקּוּנְטְרֵס שָׁפֵי' בְּמָתְנֵי' הַחַזָּן רוֹאֶה הֵיכָן הַתִּינוֹקוֹת קוֹרִין לְאוֹר הַנֵּר הָא דְּלָא פָּרֵיךְ לֵיהּ מִמַּתְנִי' מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּקוֹרִין בְּאִיסּוּר וְאֵין מוֹחִין בְּיָדָם אֲבָל הָכָא דְּקָתָנֵי מְסַדְּרִין מַשְׁמַע שֶׁמֻּותָּרִין לַעֲשׂוֹת כֵּן:
On objecte : les enfants de l'école préparent leurs sections, etc. Le Ram dit : selon l'explication du Kountres (Rachi), qui a expliqué dans la michna que le hazan voit où les enfants lisent à la lumière de la lampe, s'il ne soulève pas l'objection à partir de la michna, c'est qu'on peut dire (que la michna parle d'enfants qui) lisent de façon interdite et qu'on ne les en empêche pas ; mais ici, où il est enseigné « ils préparent », cela implique qu'il leur est permis de le faire.
⚖️ Rosh (1)
וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר. אָמַר רַבָּה וַאֲפִילּוּ גָּבוֹהַּ שְׁתֵּי קוֹמוֹת אֲפִילּוּ גָּבוֹהַּ שְׁתֵּי מַרְדְּעוֹת וַאֲפִילּוּ עָשְׁדָה בָּתִּים זֶה עַל גַּב זֶה. חַד הוּא דְּלָא לִיקְרֵי אֲבָל שְׁנַיִם קוֹרְאִין וְהָנֵי מִילֵּי בְּעִנְיָן אֶחָד אֲבָל בִּשְׁנֵי עִנְיָנִים אֲפִילּוּ שְׁנַיִם לָא אָמַר רַב הוּנָא וּבִמְדוּרָה אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם קוֹרִין כְּאֶחָד אָסוּר. אָמַר רָבָא אָדָם חָשׁוּב שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ לְהַטּוֹת הַנֵּר בְּחוֹל מֻותָּר. תָּנֵי חֲדָא שַׁמָּשׁ בּוֹדֵק קְעָרוֹת וְכוֹסוֹת לְאוֹר הַנֵּר וְתַנְיָא אִידַּךְ לֹא יִבְדֹּוק. לָא קַשְׁיָא הָא בְּשַׁמָּשׁ קָבוּעַ וְהָא בְּשַׁמָּשׁ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ וְאִי בָּעֵית אֵימָא הָא וְהָא בְּשַׁמָּשׁ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ וְלָא קַשְׁיָא הָא בִּדְמִשְׁחָא וְהָא בִּדְנַפְטָא. אִיבַּעְיָא לְהוּ שַׁמָּשׁ קָבוּעַ בִּדְמִשְׁחָא מַאי רַב הוּנָא אָמַר הֲלָכָה וְאֵין מוֹרִין כֵּן רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר הֲלָכָה וּמוֹרִין כֵּן. שָׁמְעִינַן הַשְׁתָּא דְּבֵין שַׁמָּשׁ קָבוּעַ וּבֵין שַׁמָּשׁ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ בּוֹדֵק קְעָרוֹת וְכוֹסוֹת לְאוֹר הַנֵּר וְדַוְקָא בִּדְנַפְטָא דִּמְאִיס וּנְפִישׁ נְהוֹרֵיהּ וְלֹא צָרִיךְ לְאַצְלוֹיֵי אֲבָל בִּדְמִשְׁחָא וְשַׁמָּשׁ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ וַדַּאי אָסוּר שַׁמָּשׁ קָבוּעַ ווַדַּאי פְּלִיגִי וְהִלְכְתָא בּוֹדֵק וְאֵין מוֹרִין כֵּן זוֹ הִיא שִׁיטַת רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּסָבַר שַׁמָּשׁ שֶׁאֵינוֹ קָבוּעַ מְדַקְדֵּק טְפֵי יָפֶה אוּלַי יִמְצָא חֵן וְיִשְׂכְּרוּהוּ וְרַשִׁ"י גּוֹרֵס לְהֵיפֶךְ דְּשַׁמָּשׁ קָבוּעַ אֵימַת רַבּוֹ עָלָיו וּמְדַקְדֵּק. בֶּאֱמֶת אָמְרוּ הַחַזָּן רוֹאֶה הֵיכָן הַתִּינוֹקוֹת קוֹרִין אֲבָל הוּא לֹא יִקְרָא אָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל אֲבָל מְסַדֵּר הוּא רָאשֵׁי פָּרָשִׁיּוֹת אֲבָל כֻּולָּהּ פָּרָשָׁה לֹא וְהַתִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן אֲפִילּוּ כֻּולָּהּ פָּרָשָׁה מְסַדְּרִין מִפְּנֵי שֶׁאֵימַת רַבָּן עֲלֵיהֶן וְלָא אָתוּ לְאַצְלוֹיֵי בְּלֹא רְשׁוּת רַבָּן: כַּיּוֹצֵא בּוֹ לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה:
« Et il ne lira pas à la lumière de la lampe. » Rabba a dit : même (si la lampe est placée) à la hauteur de deux statures (d'homme), même à la hauteur de deux bâts (mardaot), même à dix maisons l'une au-dessus de l'autre. C'est un seul qui ne doit pas lire, mais deux lisent ; et cela vaut pour un même sujet, mais pour deux sujets, même deux ne lisent pas. Rav Houna a dit : à la lumière d'un feu de bois (medoura), même dix personnes, lire comme un seul est interdit. Rava a dit : un homme important, qui n'a pas l'habitude d'incliner la lampe en semaine, est autorisé. Il est enseigné dans une baraita : le serviteur (chamach) examine les coupes et les verres à la lumière de la lampe ; et il est enseigné dans une autre : il n'examinera pas. Pas de difficulté : l'une parle d'un serviteur permanent, l'autre d'un serviteur non permanent. Et si tu veux, dis : l'une et l'autre parlent d'un serviteur non permanent, et pas de difficulté : l'une (parle d'une lampe) à huile, l'autre d'une lampe à naphte. Ils ont demandé : un serviteur permanent avec une lampe à huile, qu'en est-il ? Rav Houna a dit : c'est la halakha, mais on ne l'enseigne pas ainsi (en public) ; Rav Yirmeya bar Abba a dit : c'est la halakha et on l'enseigne ainsi. Nous apprenons donc que, serviteur permanent ou non permanent, il examine les coupes et les verres à la lumière de la lampe, et seulement avec le naphte, qui est répugnant (on ne s'en approche pas) et donne beaucoup de lumière, de sorte qu'on n'a pas besoin d'incliner (la lampe) ; mais avec l'huile et un serviteur non permanent, c'est certainement interdit ; pour un serviteur permanent (avec l'huile), ils divergent assurément, et la halakha est : il examine, mais on ne l'enseigne pas ainsi. Telle est la méthode de Rav Alfas (le Rif), de mémoire bénie, qui pense que le serviteur non permanent est plus minutieux, dans l'espoir de trouver grâce et d'être engagé ; Rachi lit à l'inverse : le serviteur permanent a sur lui la crainte de son maître et il est minutieux. « En vérité ils ont dit : le hazan voit où les enfants lisent, mais lui-même ne lira pas. » Rabba bar Chmouel a dit : il prépare cependant les débuts des sections, mais pas la section entière. Et les enfants de l'école préparent même la section entière, parce que la crainte de leur maître est sur eux et qu'ils n'en viendront pas à incliner (la lampe) sans la permission de leur maître. « De même, le zav ne mangera pas avec la zava, à cause de l'habitude de la faute. »
💡 Explication

Fin de la discussion du folio 12b sur l'interdit de lire à la lumière de la lampe le soir de Chabbat, de peur qu'on n'incline la lampe pour raviver la flamme. La baraita de Rabban Chimon ben Gamliel semble permettre aux enfants de lire. Deux réponses : ils ne préparent que les débuts des sections (lecture brève), ou bien la crainte du maître suffit à les retenir de toucher à la lampe.

Le Roch résume toute la sougya en halakha, avec le désaccord entre le Rif et Rachi sur le serviteur (permanent ou non) le plus attentif.

2
כַּיּוֹצֵא בּוֹ לֹא יֹאכַל הַזָּב. תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: בּוֹא וּרְאֵה עַד הֵיכָן פָּרְצָה טָהֳרָה בְּיִשְׂרָאֵל, שֶׁלֹּא שָׁנִינוּ ״לֹא יֹאכַל הַטָּהוֹר עִם הַטְּמֵאָה״, אֶלָּא לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה. כַּיּוֹצֵא בוֹ: לֹא יֹאכַל זָב פָּרוּשׁ עִם זָב עַם הָאָרֶץ, שֶׁמָּא יַרְגִּילֶנּוּ אֶצְלוֹ.

« De même, le zav ne mangera pas (avec la zava). » Il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : viens et vois jusqu'où s'était répandue la pureté en Israël ! Car nous n'avons pas appris : « le pur ne mangera pas avec l'impure », mais : « le zav ne mangera pas avec la zava », à cause de l'habitude de la faute.

De même : le zav parouch (rigoureux en matière de pureté) ne mangera pas avec un zav am haarets, de peur qu'il ne l'habitue à (fréquenter) sa compagnie.

📜 Rachi (2)
פִּרְצָה גָּבְרָה כְּמוֹ וּפָרַצְתָּ יָמָּה וְקָדְמָה (בְּרֵאשִׁית כח):
Parats (s'était répandue) : s'était renforcée, comme « et tu te répandras (oufaratsta) à l'occident et à l'orient » (Berechit 28).
שֶׁלֹּא שָׁנִינוּ לֹא יֹאכַל טָהוֹר עִם הַטְּמֵאָה מִפְּנֵי הָעֶרְוָה לְפִי שֶׁלֹּא הֻוצְרְכוּ לְכָךְ שֶׁכֻּולָּן אוֹכְלִין חֻולֵּיהֶן בְּטָהֳרָה הָיוּ וְלֹא הָיוּ אוֹכְלִין עִם נְשׁוֹתֵיהֶן טְמֵאוֹת:
Car nous n'avons pas appris : le pur ne mangera pas avec l'impure : à cause de l'interdit sexuel ; parce qu'ils n'en avaient pas besoin, car tous mangeaient leurs aliments profanes dans la pureté et ne mangeaient pas avec leurs femmes impures.
💡 Explication

Le zav et la zava sont un homme et une femme atteints d'un écoulement qui les rend impurs. La michna interdit au zav de manger avec sa femme zava, à cause de l'hergel avéra (habitude de la faute) : le repas commun crée une proximité qui peut mener à une relation interdite.

Rabbi Chimon ben Elazar remarque que la michna n'avait pas besoin d'énoncer le cas d'un homme pur avec une femme impure : à cette époque, dit Rachi, tous mangeaient leur nourriture profane dans la pureté, ce cas ne se présentait donc pas. Il ajoute le cas du zav parouch, qui ne mangera pas avec un zav am haarets (négligent en matière de pureté et de prélèvements).

3
וְכִי מַרְגִּילוֹ אֶצְלוֹ מַאי הָוֵי? אֶלָּא אֵימָא: שֶׁמָּא יַאֲכִילֶנּוּ דְּבָרִים טְמֵאִין. אַטּוּ זָב פָּרוּשׁ לָאו דְּבָרִים טְמֵאִין אָכֵיל? אָמַר אַבַּיֵּי: גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַאֲכִילֶנּוּ דְּבָרִים שֶׁאֵינָן מְתֻוקָּנִין. וְרָבָא אָמַר: רֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן, אֶלָּא שֶׁמָּא יְהֵא רָגִיל אֶצְלוֹ וְיַאֲכִילֶנּוּ דְּבָרִים טְמֵאִין בִּימֵי טָהֳרָתוֹ.

Et s'il l'habitue à sa compagnie, qu'en résulte-t-il ? Dis plutôt : de peur qu'il ne lui fasse manger des choses impures.

Est-ce que le zav parouch ne mange pas (déjà) des choses impures ? Abaye dit : (c'est un) décret, de peur qu'il ne lui fasse manger des choses non préparées (dont les prélèvements n'ont pas été faits).

Et Rava dit : la plupart des amei haarets prélèvent la dîme ; mais de peur qu'il ne soit habitué à sa compagnie et qu'il ne lui fasse manger des choses impures pendant ses jours de pureté.

📜 Rachi (2)
אַטּוּ זָב פָּרוּשׁ לָאו דְּבָרִים טְמֵאִים קָאֲכִיל וַהֲלֹא כָּל מַגָּעוֹ טָמֵא:
Est-ce que le zav parouch ne mange pas des choses impures : tout ce qu'il touche n'est-il pas impur ?
מְעַשְּׂרִין הֵן וְלָא גָּזְרִי' גְּזֵירָה לִגְזֵירָה:
Ils prélèvent la dîme : et on ne décrète pas un décret pour (protéger) un décret.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר רֹוב עַם הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן וא"ת הָאָמְרִי' בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְסוֹטָה (דַּף מח.) שֶׁיּוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל גָּזַר עַל הַדְּמַאי לְפִי שֶׁשָּׁלַח בְּכָל גְּבוּל יִשְׂרָאֵל וְרָאָה שֶׁלֹּא הָיוּ מַפְרִישִׁין אֶלָּא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה בִּלְבַד וְי"ל דְּה"ק שֶׁלֹּא הָיוּ מַפְרִישִׁין כֻּולָּם אֶלָּא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה אֲבָל רֻובָּן הָיוּ מְעַשְּׂרִים וְהָא דְּחָשׁוּ הָכָא טְפֵי לְמִיעוּט מִבְּמָקוֹם אַחֵר מִשּׁוּם דְּהָוְיָא מִיעוּט דִּשְׁכִיחַ טוּבָא וְהָיוּ הַרְבֵּה נִכְשָׁלִים וּמַה שֶׁקָּשֶׁה דְּאַבַּיֵּי אַדְּאַבַּיֵּי וּדְרָבָא אַדְּרַבָּא מְפֹורָשׁ בפ"ב דִּכְתֻובּוֹת (דַּף כֹּד. וְשָׁם) גַּבֵּי חָיְישִׁינַן לְגוֹמְלִים:
Rava dit : la plupart des amei haarets prélèvent la dîme. Et si tu objectes : nous disons au dernier perek de Sota (48a) que Yo'hanan le grand prêtre a décrété sur le demai, parce qu'il avait envoyé (des émissaires) dans tout le territoire d'Israël et vu qu'on ne prélevait que la terouma guedola ; on peut répondre qu'il veut dire : tous ne prélevaient pas (tout), seulement la terouma guedola, mais la plupart prélevaient les dîmes. Et si l'on s'est davantage préoccupé ici de la minorité qu'ailleurs, c'est qu'il s'agit d'une minorité très fréquente et que beaucoup y trébuchaient. Quant à la difficulté (de la contradiction) d'Abaye avec Abaye et de Rava avec Rava, elle est expliquée au deuxième perek de Ketoubot (24a), à propos de « nous craignons les gomlim (ceux qui transmettent) ».
💡 Explication

La guemara cherche le danger concret de la fréquentation du zav am haarets. La crainte de l'impureté ne tient pas : le zav est déjà impur, et tout ce qu'il touche le devient.

Abaye : le risque porte sur les prélèvements (terouma et maasser) que l'am haarets n'aurait pas faits. Rava objecte que la plupart des amei haarets prélèvent ; interdire le repas pour cela serait une gzera legzera (décret pour protéger un décret, celui du demai). Selon lui, la crainte est que la fréquentation se poursuive après la guérison, quand le zav parouch sera redevenu pur et que la nourriture de l'am haarets le rendra impur.

🖼️ Schéma
Pourquoi le zav parouch ne mange pas avec le zav am haarets ? Première lecture : de peur qu'il ne lui fasse manger des choses impures -> mais il est déjà impur ! Abaye Décret : de peur qu'il lui fasse manger des produits dont les prélèvements (terouma, maasser) ne sont pas faits Rava La plupart des amei haarets prélèvent. Crainte : l'habitude se prolonge et il lui fait manger de l'impur quand il sera redevenu pur
Abaye et Rava : le risque réel du repas commun avec un zav am haarets.
4
אִיבַּעְיָא לְהוּ: נִדָּה מַהוּ שֶׁתִּישַׁן עִם בַּעֲלָהּ הִיא בְּבִגְדָהּ וְהוּא בְּבִגְדוֹ? אָמַר רַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: הָעוֹף עוֹלֶה עִם הַגְּבִינָה עַל הַשֻּׁלְחָן וְאֵינוֹ נֶאֱכָל, דִּבְרֵי בֵּית שַׁמַּאי. בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא עוֹלֶה וְלֹא נֶאֱכָל. שָׁאנֵי הָתָם דְּלֵיכָּא דֵּיעוֹת.

Ils ont demandé : une nidda, peut-elle dormir avec son mari, elle dans son vêtement et lui dans son vêtement ? Rav Yossef dit : viens et entends : la volaille monte avec le fromage sur la table, mais ne se mange pas (avec lui), paroles de Beit Chammai.

Beit Hillel disent : elle ne monte pas (sur la table avec lui) et ne se mange pas (avec lui). (La guemara répond :) Là, c'est différent, car il n'y a pas (plusieurs) deot (consciences).

📜 Rachi (5)
שֶׁתִּישַׁן עִם בַּעֲלָהּ בְּמִטָּה כְּגוֹן שֶׁהוּא טָמֵא דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ מִשּׁוּם טָהֳרָה אוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה שֶׁאֵין בּוֹ טָהֳרָה מִי חָיְישִׁי' לְהֶרְגֵּל עֲבֵירָה אוֹ דִּילְמָא כֵּיוָן דְּאִיכָּא הֶיכֵּרָא מִדְּכַר דְּכִירִי:
Qu'elle dorme avec son mari : dans un lit, par exemple lorsqu'il est impur, de sorte qu'il n'y a pas à craindre pour la pureté, ou à notre époque où il n'y a pas de pureté ; craignons-nous l'habitude de la faute, ou bien, puisqu'il y a un signe distinctif, ils se souviennent ?
עַל הַשֻּׁולְחָן שֶׁאוֹכֵל עָלָיו מֻותָּר לְהַנִּיחַ בְּשַׂר הָעוֹף אֵצֶל הַגְּבִינָה דְּקָסָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי בְּשַׂר עוֹף בְּחָלָב לָאו דְּאוֹרָיְיתָא וְלָא גָּזְרִי' הַעֲלָאָה אַטּוּ אֲכִילָה:
Sur la table : sur laquelle il mange ; il est permis de poser la viande de volaille à côté du fromage, car Beit Chammai pensent que la viande de volaille avec du lait n'est pas (interdite) de la Tora, et on ne décrète pas (l'interdit de) poser ensemble à cause de (celui de) manger.
וְאֵינוֹ נֶאֱכָל עִמּוֹ:
Et ne se mange pas : avec lui.
וב"ה אוֹמְרִים כו' ש"מ דְּאָסוּר:
Et Beit Hillel disent, etc. : on en déduit que c'est interdit.
דְּלֵיכָּא דֵּיעוֹת שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם שֶׁיַּזְכִּירוּ זֶה לָזֶה וה"ה נַמֵּי דְּמָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי דְּלֵיכָּא שִׁינּוּי לְהֶיכֵּרָא וּמִיהוּ דַּעֲדִיפָא נְקַט דְּאַפֵּי' דֵּיעוֹת לֵיכָּא:
Il n'y a pas (plusieurs) deot : deux personnes qui se rappellent l'une à l'autre. Et il aurait pu aussi bien répondre qu'il n'y a pas de changement servant de signe ; mais il a choisi la réponse la plus forte : il n'y a même pas (plusieurs) deot.
⚖️ Rosh (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ נִדָּה מַהוּ שֶׁתִּישַׁן אֵצֶל בַּעְלָהּ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ ת"ש וְאֶת אֵשֶׁת רֵעֵהוּ לֹא טִמֵּא וְאֶל אִשָּׁה נִדָּה לֹא קֵרַב מַקִּישׁ אִשָּׁה נִדָּה לְאֵשֶׁת רֵעֵהוּ מָה אֵשֶׁת רֵעֵהוּ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ אָסוּר אַף אִשְׁתּוֹ נִדָּה הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ אָסוּר תַּנְיָא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁקָּרָא הַרְבֵּה וְשָׁנָה הַרְבֵּה וְשִׁמֵּשׁ ת"ח הַרְבֵּה וּמֵת בַּחֲצִי יָמָיו וְהָיְתָה אִשְׁתּוֹ נוֹטֶלֶת תְּפִילָּיו וּמִחְזַרְתֶּן בְּבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת וְאוֹמֶרֶת כְּתִיב בַּתּוֹרָה כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹורֶךְ יָמֶיךָ בַּעֲלִי שֶׁקָּרָא הַרְבֵּה וְשָׁנָה הַרְבֵּה (שָׁם ע"ב) וְשַׁמָּשׁ ת"ח הַרְבֵּה מִפְּנֵי מַה מֵת בַּחֲצִי יָמָיו וְלֹא הָיָה אָדָם שֶׁהֵשִׁיבָה דָּבָר פַּעַם אַחַת נִתְאָרַחְתִּי אֶצְלָהּ אָמַרְתִּי לָהּ בִּתִּי בִּימֵי נִדּוּתֵיךְ מַהוּ אֶצְלֵיךְ אָמְרָה לִי חַס וְשָׁלוֹם וַאֲפִילּוּ בְּאֶצְבַּע קְטַנָּה לֹא נָגַע בִּי בִּימֵי לִיבּוּנִיךָ מַהוּ אֶצְלֵיךְ אָמְרָה לִי אָכַל עִמִּי וְשָׁתָה עִמִּי וְיָשַׁן עִמִּי בְּקֵירוּב בָּשָׂר וְלֹא עָלְתָה עַל דַּעְתּוֹ לְדָבָר אַחֵר אָמַרְתִּי לָהּ בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁהֲרָגוֹ שֶׁלֹּא נָשָׂא פָּנִים לַתּוֹרָה שֶׁהֲרֵי אָמְרָה תּוֹרָה וְאֶל אִשָּׁה בְּנִדַּת טֻומְאָתָהּ לֹא תִקְרַב כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר מִטָּה אַחַת הֲוַאי בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר סִינָר מַפְסִיק בֵּינוֹ וּבֵינָהּ. וְאִם יָכוֹל לְקַבֵּל חֵפֶץ מִיָּדָהּ כָּתַבְתִּי בְּפֶרֶק אַף עַל פִּי בְּסִימָן כד וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לֶאֱכֹול עִם אִשְׁתּוֹ נִדָּה בְּשֻׁלְחָן אֶחָד לְפִי שֶׁבִּימֵיהֶם הָיוּ רְגִילִים לֶאֱכֹול כָּל אֶחָד לְבַדּוֹ עַל שֻׁלְחָן קָטָן וּכְשֶׁאִשְׁתּוֹ עִמּוֹ עַל אוֹתוֹ קָטָן נִרְאֶה דֶּרֶךְ חִבָּה וְדָמֵי לְהַצָּעַת מִטָּה וּמְזִיגַת כּוֹס וְהַרְחָצַת פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁכָּל בְּנֵי הַבַּיִת אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֶחָד אֵינוֹ דֶּרֶךְ חִבָּה וְיֵשׁ שֶׁעוֹשִׂין הֶיכֵּר בֵּינֵיהֶם וְהָוֵי כְּמוֹ שְׁנַיִם שֶׁאוֹכְלִין יַחַד זֶה בָּשָׂר וְזֶה גְּבִינָה:
Ils ont demandé : une nidda peut-elle dormir près de son mari, lui dans son vêtement et elle dans le sien ? Viens et entends : « Il n'a pas souillé la femme de son prochain et ne s'est pas approché d'une femme nidda » : le verset compare la femme nidda a la femme de son prochain ; de même que pour la femme de son prochain, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit, de même pour sa femme nidda, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit. Il est enseigné à l'école d'Eliyahou : il arriva qu'un élève avait beaucoup lu (la Bible), beaucoup étudié (la Michna) et beaucoup servi les sages, et il mourut à la moitié de ses jours. Sa femme prenait ses téfilines, les faisait circuler dans les synagogues et les maisons d'étude, et disait : il est écrit dans la Tora « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » ; mon mari, qui a beaucoup lu, beaucoup étudié et beaucoup servi les sages, pourquoi est-il mort à la moitié de ses jours ? Et personne ne lui répondait. Une fois, j'étais reçu chez elle ; je lui dis : ma fille, pendant tes jours de nidda, comment se conduisait-il avec toi ? Elle me dit : à D.ieu ne plaise, il ne m'a pas touchée, même du petit doigt. Et pendant tes jours blancs (libounim), comment se conduisait-il ? Elle me dit : il mangeait avec moi, buvait avec moi et dormait avec moi en contact physique, et il ne lui venait pas à l'esprit autre chose. Je lui dis : béni soit le Makom qui l'a fait mourir, car Il n'a pas eu égard à la Tora (qu'il avait étudiée), puisque la Tora a dit : « Et d'une femme dans la nidda de son impureté tu ne t'approcheras pas. » Quand Rav Dimi vint, il dit : c'était un lit unique. En Occident (en Erets Israël), on disait : Rav Yitshak bar Yossef a dit : un tablier les séparait, lui et elle. Quant à savoir s'il peut recevoir un objet de sa main, je l'ai écrit au perek Af al pi, siman 24. Et si l'on a l'habitude aujourd'hui de manger avec sa femme nidda a une même table, c'est qu'à leur époque on avait l'habitude de manger chacun seul sur une petite table ; quand sa femme était avec lui sur cette petite table, cela paraissait un geste d'affection, semblable au fait de préparer le lit, de verser la coupe ou de laver le visage, les mains et les pieds. Mais aujourd'hui, où toute la maisonnée mange à une même table, il n'y a pas là de geste d'affection. Et certains font un signe distinctif entre eux, et c'est comme deux personnes qui mangent ensemble, l'un de la viande et l'autre du fromage.
💡 Explication

Nouvelle question (ibaya) : la nidda (femme en période d'impureté menstruelle) peut-elle dormir dans le même lit que son mari, chacun habillé ? Rachi précise qu'il s'agit d'un cas où la pureté des aliments n'est pas en jeu ; la seule question est le risque d'habitude de la faute.

Rav Yossef cite Beit Hillel, qui interdisent même de poser volaille et fromage sur la même table. La guemara réfute : à table, un seul homme mange, sans personne pour le lui rappeler ; au lit, il y a deux deot (consciences) qui se rappellent l'interdit l'une à l'autre.

5
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא דְּהֵיכָא דְּאִיכָּא דֵּיעוֹת שָׁאנֵי. דְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁנֵי אַכְסְנָייִם אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֶחָד, זֶה אוֹכֵל בָּשָׂר וְזֶה אוֹכֵל גְּבִינָה, וְאֵין חוֹשְׁשִׁין. וְלָאו אִתְּמַר עֲלַהּ אָמַר רַב חָנִין בַּר אַמֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה, אֲבָל מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה — אֲסוּרִים. וְהָנֵי נָמֵי, מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה נִינְהוּ. הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם דֵּיעוֹת אִיכָּא, שִׁינּוּי לֵיכָּא. הָכָא אִיכָּא דֵּיעוֹת וְאִיכָּא שִׁינּוּי.

C'est aussi raisonnable : là où il y a (plusieurs) deot, c'est différent. Car il est enseigné dans la fin (de la michna) : Rabban Chimon ben Gamliel dit : deux hôtes mangent à une même table, l'un de la viande et l'autre du fromage, et on ne craint rien.

(La guemara objecte :) Mais n'a-t-il pas été dit à ce propos : Rav Hanin bar Ami a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné que lorsqu'ils ne se connaissent pas, mais s'ils se connaissent, c'est interdit ? Or ceux-ci aussi (mari et femme) se connaissent !

(La guemara répond :) Comment compares-tu ? Là, il y a (plusieurs) deot mais pas de changement ; ici, il y a (plusieurs) deot et il y a un changement.

📜 Rachi (4)
שֶׁאֵין מַכִּירִין דְּלָא אָתֵי חַד לְמִשְׁקַל מִדְּחַבְרֵיהּ וּמֵיכָל:
Qui ne se connaissent pas : de sorte que l'un ne vient pas prendre de (la nourriture de) l'autre pour la manger.
אֲבָל מַכִּירִין אָסוּר וְאִשָּׁה וּבַעְלָהּ [נָמֵי] מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה וש"מ דְּאָסוּר:
Mais s'ils se connaissent : c'est interdit ; or la femme et son mari se connaissent (aussi) l'un l'autre, et on en déduit que c'est interdit.
שִׁינּוּי לֵיכָּא שֶׁאוֹכְלִין בְּדֶרֶךְ אֲכִילָה:
Il n'y a pas de changement : ils mangent de la manière habituelle.
אִיכָּא שִׁינּוּי שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לִישֹׁן אֶלָּא בְּקֵירוּב בָּשָׂר כְּדִכְתִיב שְׁאֵרָהּ כְּסוּתָהּ וְעֹונָתָהּ וְאָמַר מַר שְׁאֵר זֶה קֵירוּב בָּשָׂר שֶׁאִם אָמַר אִי אֶיפְשֵׁי אֶלָּא הִיא בְּבִגְדָהּ וְהוּא בְּבִגְדוֹ יוֹצִיא וְיִתֵּן כְּתֻובָּה בְּמַס' כְּתֻובּוֹת (פ"ד דַּף מח.):
Il y a un changement : car on n'a pas l'habitude de dormir autrement qu'en contact physique, comme il est écrit « sa nourriture, son vêtement et son temps conjugal » ; et le maître a dit : « chear » (sa chair), c'est le contact physique, car s'il dit : je ne veux pas autrement qu'elle dans son vêtement et moi dans le mien, il doit divorcer et donner la ketouba (traité Ketoubot, perek 4, 48a).
💡 Explication

La guemara tente d'appuyer la permission sur le critère des deot : deux hôtes peuvent manger viande et fromage à une même table. Mais Chmouel limite ce cas à deux hôtes qui ne se connaissent pas ; s'ils se connaissent, ils risquent de partager leur nourriture. Mari et femme se connaissent, donc la preuve semble aller vers l'interdit.

Réponse : un second critère intervient, le chinouy (changement visible par rapport à l'habitude). Deux hôtes mangent normalement ; dormir habillés est inhabituel pour des époux (Rachi cite Ketoubot 48a), et ce changement sert de rappel. Le cas des hôtes est donc plus grave et ne prouve rien pour la nidda.

6
אִיכָּא דְאָמְרִי: תָּא שְׁמַע, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: שְׁנֵי אַכְסְנָייִם אוֹכְלִין עַל שֻׁלְחָן אֶחָד, זֶה בָּשָׂר וְזֶה גְּבִינָה. וְאִתְּמַר עֲלָהּ, אָמַר רַב חָנִין בַּר אַמֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה, אֲבָל מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה — אָסוּר. וְהָנֵי נָמֵי, מַכִּירִין זֶה אֶת זֶה נִינְהוּ! הָתָם, דֵּיעוֹת אִיכָּא שִׁינּוּי לֵיכָּא. הָכָא, אִיכָּא דֵּיעוֹת וְאִיכָּא שִׁינּוּי.

Certains disent : viens et entends : Rabban Chimon ben Gamliel dit : deux hôtes mangent à une même table, l'un de la viande et l'autre du fromage. Et il a été dit à ce propos : Rav Hanin bar Ami a dit au nom de Chmouel : on ne l'a enseigné que lorsqu'ils ne se connaissent pas, mais s'ils se connaissent, c'est interdit.

Or ceux-ci aussi se connaissent ! Là, il y a (plusieurs) deot mais pas de changement ; ici, il y a (plusieurs) deot et il y a un changement.

💡 Explication

Seconde version (ika deamrei) : la même baraita est présentée directement comme une preuve de l'interdit (et non comme un appui à la permission), puis réfutée par la même distinction entre deot et chinouy.

7
תָּא שְׁמַע: לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה מִשּׁוּם הֶרְגֵּל עֲבֵירָה. הָכָא נָמֵי, דֵּיעוֹת אִיכָּא שִׁינּוּי לֵיכָּא.

Viens et entends : « le zav ne mangera pas avec la zava à cause de l'habitude de la faute ». Ici aussi, il y a (plusieurs) deot mais pas de changement.

💡 Explication

Troisième tentative, tirée de notre michna. Elle tombe pour la même raison : un repas commun ne comporte aucun chinouy.

8
תָּא שְׁמַע: ״אֶל הֶהָרִים לֹא אָכָל וְעֵינָיו לֹא נָשָׂא אֶל גִּלּוּלֵי בֵּית יִשְׂרָאֵל וְאֶת אֵשֶׁת רֵעֵהוּ לֹא טִמֵּא וְאֶל אִשָּׁה נִדָּה לֹא יִקְרָב״. מַקִּישׁ אִשָּׁה נִדָּה לְאֵשֶׁת רֵעֵהוּ: מָה אֵשֶׁת רֵעֵהוּ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ — אָסוּר, אַף אִשְׁתּוֹ נִדָּה הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ — אָסוּר. שְׁמַע מִינָּה.

Viens et entends : « Il n'a pas mangé sur les montagnes, il n'a pas levé les yeux vers les idoles de la maison d'Israël, il n'a pas souillé la femme de son prochain et il ne s'est pas approché d'une femme nidda » (Ye'hezkel 18, 6). (Le verset) compare la femme nidda a la femme de son prochain : de même que pour la femme de son prochain, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit, de même pour sa femme nidda, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit.

On en déduit (l'interdit).

📜 Rachi (2)
אֶל הֶהָרִים לֹא אָכָל בְּפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַנִּשְׂרָפִין בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף פֹּא.) מְפָרֵשׁ לֵיהּ שֶׁלֹּא נִתְפַּרְנֵס בִּזְכוּת אָבוֹת שֶׁלֹּא הֻוצְרַךְ לְכָךְ לְפִי שֶׁהוּא צַדִּיק:
Il n'a pas mangé sur les montagnes : au perek Elou hen hanisrafin, dans Sanhédrin (81a), on l'explique : il n'a pas vécu du mérite des pères, il n'en a pas eu besoin, car il est juste.
מָה אֵשֶׁת רֵעֵהוּ כו' דְּאָסוּר לָן יִחוּד מִן הַתּוֹרָה בְּקִדּוּשִׁין (פ"ד דַּף פ.) מֵאַחֶיךָ בֶּן אִמְּךָ:
De même que pour la femme de son prochain, etc. : car l'isolement (yihoud) nous est interdit par la Tora, (comme il est dit) dans Kiddouchin (perek 4, 80b), (à partir de) « ton frère, fils de ta mère ».
🗂️ Tossefot (1)
מָה אֵשֶׁת רֵעֵהוּ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ אָסוּר וְהָתָם סְבָרָא הוּא לֶאֱסֹור לְפִי שֶׁיִּצְרוֹ תּוֹקְפוֹ וּמִתְגַּבֵּר עָלָיו בְּיוֹתֵר וְרַשִׁ"י פִּי' אַפֵּי' בְּיִחוּד נָמֵי אָסוּר מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְאֵין נִרְאֶה דְּמַשְׁמַע דְּרוֹצֶה לֶאֱסֹור יִחוּד בְּנִדָּה תֵּימַהּ דְּיִחוּד דְּאָסוּר מִן הַתּוֹרָה לָא יָלְפִי' מֵאֵשֶׁת אִישׁ וְשָׁרִי בְּנִדָּה כְּדִכְתִיב סוּגָה בַּשּׁוֹשַׁנִּים (סַנְהֶדְ' פ"ד לז.) וְהוּא בְּבִגְדּוֹ וְהִיא בְּבָגְדָה דְּלָא הָוֵי אַפֵּי' בְּאֵשֶׁת אִישׁ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אָסוּר בְּנִדָּה מֵהֶיקֵּשָׁא טְפֵי הֲוָה לָן לְמֵיסַר יִחוּד מֵהֶיקֵּשָׁא וּלְמִישְׁרֵי הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ בְּלֹא יִחוּד כְּגוֹן שֶׁפֶּתַח פָּתוּחַ לִרה"ר מִסּוּגָה בַּשּׁוֹשַׁנִּים:
De même que pour la femme de son prochain, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit : là, c'est une déduction logique d'interdire, car son penchant le domine et se renforce contre lui davantage. Rachi a expliqué que même l'isolement est interdit par la Tora, et cela ne semble pas juste, car cela laisse entendre qu'il veut interdire l'isolement avec la nidda. C'est étonnant : l'isolement, interdit par la Tora, nous ne l'apprenons pas de la femme mariée, et il est permis avec la nidda, comme il est écrit « entourée de roses » (Sanhédrin, perek 4, 37a) ; tandis que « lui dans son vêtement et elle dans le sien », qui même pour la femme mariée n'est interdit que de façon rabbinique, est interdit pour la nidda par le hekech (comparaison). Il aurait été plus logique d'interdire l'isolement par le hekech et de permettre « lui dans son vêtement et elle dans le sien » sans isolement, par exemple quand la porte est ouverte sur le domaine public, (en l'apprenant) de « entourée de roses ».
💡 Explication

La preuve décisive vient d'un hekech (comparaison de deux termes juxtaposés dans un verset) : le prophète Ye'hezkel place côté à côté la femme du prochain et la nidda. Pour la femme d'autrui, dormir ensemble même habillés est évidemment interdit ; la nidda reçoit la même règle. Chema mina : la question est tranchée dans le sens de l'interdit.

Tossefot discute la nature de cet interdit et conteste l'explication de Rachi qui y rattache l'interdit d'isolement (yihoud) de la Tora.

9
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי פְּדָת: דְּאָמַר רַבִּי פְּדָת לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא קֻורְבָה שֶׁל גִּלּוּי עֲרָיוֹת בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִישׁ אִישׁ אֶל כָּל שְׁאֵר בְּשָׂרוֹ לֹא תִקְרְבוּ לְגַלּוֹת עֶרְוָה״.

Et cela contredit Rabbi Pedat, car Rabbi Pedat a dit : la Tora n'a interdit que la proximité (qui constitue) la relation interdite elle-même, comme il est dit : « Nul homme ne s'approchera d'aucune de ses proches parentes pour découvrir la nudité » (Vayikra 18, 6).

📜 Rachi (2)
וּפְלִיגָא דְּרַב יוֹסֵף דְּפָשַׁט מִדְּרָשָׁה דְּהַאי קְרָא לְאִיסּוּר אַדְּרַבִּי פְּדָת:
Et cela contredit : (l'avis de) Rav Yossef, qui a tranché par l'interprétation de ce verset dans le sens de l'interdit, contredit Rabbi Pedat.
גִּילּוּי עֲרָיוֹת תַּשְׁמִישׁ מַמָּשׁ וּשְׁאָר קֻורְבָה וְאַפֵּי' קֵירוּב בָּשָׂר מִדְּרַבָּנָן וְהִיא בְּבָגְדָה אַפֵּי' מִדְּרַבָּנָן לֵיכָּא לְמִגְזַר:
Relation interdite : la relation elle-même ; et toute autre proximité, même le contact physique, n'est interdite que par les rabbins ; et (quand) elle (est) dans son vêtement, il n'y a même pas lieu de décréter rabbiniquement.
🗂️ Tossefot (1)
וּפְלִיגָא דָּר' פְּדָת דא"ר פְּדָת לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא כוּ' תֵּימַהּ מְנָא לֵיהּ דִּפְלִיגִי דִּילְמָא מִדְּרַבָּנָן אָסוּר אַפֵּי' הוּא בְּבִגְדּוֹ וְרַשִׁ"י דְּפֵירֵשׁ כָּאן כֵּיוָן דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא לֹא אָסוּר אֶלָּא תַּשְׁמִישׁ מַמָּשׁ מִדְּרַבָּנָן לֹא אָסוּר אֶלָּא קֵירוּב בָּשָׂר לָא נְהִירָא דְּמִסְּתָמָא לָא פְלִיגִי אַמַּתְנִי' דְּלָא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה וְעוֹד וְכִי לֵית לֵיהּ דְּאֵשֶׁת רֵעֵהוּ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ אָסוּר וּמְפָרֵשׁ ר"ת דִּפְלִיגָא דָּר' פְּדָת דְּכֵיוָן דְּלָא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא קְרִיבָה שֶׁל גִּילּוּי עֲרָיוֹת בִּלְבַד א"כ אֵין לָנוּ לֶאֱסֹור וְלִגְזוֹר אֶלָּא כְּעֵין שֶׁאָסַר הַכָּתוּב דְּהַיְינוּ דֵּיעוֹת בְּלֹא שִׁינּוּי כְּגוֹן לֹא יֹאכַל הַזָּב עִם הַזָּבָה אֲבָל הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ דְּאִיכָּא דֵּיעוֹת וְשִׁינּוּי לֹא יִסְבֹּור ר' פְּדָת דְּאַפֵּי' בְּאֵשֶׁת אִישׁ הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ שָׁרִי ור"י פִּי' וּפְלִיגָא דָּר' פְּדָת כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ דְּלָא שַׁיָּיךְ לְשׁוֹן קְרִיבָה אֶלָּא בְּגִילּוּי עֲרָיוֹת מַמָּשׁ וא"כ וְאֶל אִשָּׁה נִדָּה לֹא יִקְרָב הַיְינוּ תַּשְׁמִישׁ מַמָּשׁ שׁוּב אֵין לִלְמֹוד בְּהֶיקֵּשׁ מֵאֵשֶׁת אִישׁ לֶאֱסֹור הוּא בְּבִגְדּוֹ כּוּ' לְאַפּוּקֵי לְשׁוֹן קְרִיבָה מִמַּשְׁמָעוּתוֹ וְדֹוחַק הוּא דְּהָא אֵשֶׁת רֵעֵהוּ לֹא טִמֵּא מַשְׁמַע תַּשְׁמִישׁ מַמָּשׁ וַאֲפִילּוּ הָכִי אָסְרִי' הוּא בְּבִגְדוֹ וְהִיא בְּבִגְדָהּ:
Et cela contredit Rabbi Pedat, car Rabbi Pedat a dit : la Tora n'a interdit que, etc. C'est étonnant : d'où sait-il qu'ils divergent ? Peut-être est-ce interdit rabbiniquement, même lui dans son vêtement. Et Rachi, qui a expliqué ici que, puisque la Tora n'interdit que la relation elle-même, les rabbins n'interdisent que le contact physique, cela n'est pas clair ; car vraisemblablement (Rabbi Pedat) ne s'oppose pas à la michna « le zav ne mangera pas avec la zava » ; et de plus, n'admet-il pas que, pour la femme du prochain, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est interdit ? Rabbenou Tam explique que cela contredit Rabbi Pedat ainsi : puisque la Tora n'a interdit que la proximité de la relation interdite elle-même, nous ne devons interdire et décréter qu'à la ressemblance de ce que le verset a interdit, c'est-à-dire (des cas de) deot sans changement, comme « le zav ne mangera pas avec la zava » ; mais « lui dans son vêtement et elle dans le sien », où il y a deot et changement, Rabbi Pedat pense que même pour la femme mariée, lui dans son vêtement et elle dans le sien, c'est permis. Et le Ri explique : cela contredit Rabbi Pedat, puisqu'il pense que le terme « approcher » ne s'applique qu'à la relation elle-même ; si c'est le cas, « et d'une femme nidda il ne s'approchera pas » désigne la relation elle-même, et on ne peut plus apprendre par hekech de la femme mariée l'interdit de « lui dans son vêtement, etc. », ce qui ferait sortir le terme « approcher » de son sens. Mais c'est forcé, car « il n'a pas souillé la femme de son prochain » désigne la relation elle-même, et pourtant nous interdisons « lui dans son vêtement et elle dans le sien ».
💡 Explication

Pour Rabbi Pedat, le verbe lo tikrevou (ne vous approchez pas) de Vayikra 18, 6 désigne la relation elle-même : la Tora n'interdit pas les gestes de proximité. L'interdit déduit du verset de Ye'hezkel ne s'accorde donc pas avec son avis.

Tossefot demande pourquoi l'on conclut à un désaccord, et cite deux explications : Rabbenou Tam (Rabbi Pedat n'étend les décrets qu'aux cas de deot sans chinouy) et le Ri (le terme kriva perd son sens large, et le hekech ne s'applique plus).

10
עֻולָּא כִּי הָוֵי אָתֵי מִבֵּי רַב הֲוָה מְנַשֵּׁק לְהוּ לְאַחְוָותֵיהּ אַבֵּי חָדַייְהוּ, וְאָמְרִי לַהּ אַבֵּי יְדַיְיהוּ. וּפְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ, דְּאָמַר עֻולָּא: אֲפִילּוּ שׁוּם קֻורְבָה אָסוּר, מִשּׁוּם ״לָךְ לָךְ אָמְרִי נְזִירָא סְחוֹר סְחוֹר, לְכַרְמָא לָא תִקְרַב״.

Oulla, quand il revenait de la maison d'étude, embrassait ses sœurs sur la poitrine, et certains disent : sur les mains. Et il contredit sa propre parole, car Oulla a dit : même toute proximité est interdite, à cause de (l'adage) : « Va, va, disent-ils au nazir, fais le tour, fais le tour, n'approche pas de la vigne. »

🗂️ Tossefot (1)
וּפְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ וְהוּא הָיָה יוֹדֵעַ בְּעַצְמוֹ שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי הִרְהוּר שֶׁצַּדִּיק גָּמוּר הָיָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק ב' דִּכְתֻובּוֹת ('ף יז.) דְּרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מַרְכֵּיב לַהּ אַכַּתְפֵּיהּ וּמְרַקֵּד א"ל רַבָּנַן אֲנַן מַהוּ לְמִעְבַּד הָכִי א"ל אִי דָּמְיָא לְכוֹן כִּי כְּשׁוּרָא לְחַיֵּי וְאִי לָא לָא וְהַסֵּפֶר לֹא חָשׁ לְפָרֵשׁ וּלְהַאֲרִיךְ כָּאן לָמָּה. הָיָה עוֹשֶׂה:
Et il contredit sa propre parole : il savait de lui-même qu'il n'en viendrait pas à une pensée (déplacée), car il était un juste parfait, comme nous le disons au deuxième perek de Ketoubot (17a) : Rav Adda bar Ahava la faisait monter sur ses épaules et dansait ; les rabbins lui dirent : nous, pouvons-nous faire ainsi ? Il leur répondit : si elle est pour vous comme une poutre, très bien ; sinon, non. Et le livre (la guemara) n'a pas jugé nécessaire d'expliquer et de s'étendre ici sur la raison pour laquelle il agissait (ainsi).
💡 Explication

Oulla embrassait ses sœurs en signe d'affection. Or il enseignait lui-même qu'il faut se tenir loin de toute proximité avec les femmes interdites, comme on conseille au nazir, à qui le vin est interdit, de ne pas même s'approcher de la vigne. La guemara relève la contradiction entre sa conduite et sa règle.

Tossefot : Oulla savait qu'il ne serait pas troublé, et ce comportement reste réservé à celui qui en est certain (cf. Ketoubot 17a).

11
תָּנֵי דְּבֵי אֵלִיָּהוּ: מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁשָּׁנָה הַרְבֵּה, וְקָרָא הַרְבֵּה, וְשִׁימֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הַרְבֵּה, וּמֵת בַּחֲצִי יָמָיו. וְהָיְתָה אִשְׁתּוֹ נוֹטֶלֶת תְּפִילָּיו וּמְחַזַּרְתָּם בְּבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת, וְאָמְרָה לָהֶם: כָּתוּב בַּתּוֹרָה ״כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹורֶךְ יָמֶיךָ״, בַּעֲלִי שֶׁשָּׁנָה הַרְבֵּה וְקָרָא הַרְבֵּה

Il est enseigné à l'école d'Eliyahou : il arriva qu'un élève avait beaucoup étudié (la Michna), beaucoup lu (la Bible) et beaucoup servi les sages, et il mourut à la moitié de ses jours. Sa femme prenait ses téfilines, les faisait circuler dans les synagogues et les maisons d'étude, et leur disait : il est écrit dans la Tora « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » (Devarim 30, 20) ; mon mari, qui a beaucoup étudié et beaucoup lu...

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִיד אֶחָד שֶׁשָּׁנָה הַרְבֵּה, וְקָרָא הַרְבֵּה, וְשִׁמֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הַרְבֵּה, וּמֵת בַּחֲצִי יָמָיו וְהָיְתָה אִשְׁתּוֹ נוֹטֶלֶת תְּפִלָּיו. הַקֻּושְׁיָא יְדוּעָה הֲלֹא כָּל טַעֲנָתָהּ הָיְתָה מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה וְלָמָּה נָטְלָה הַתְּפִילִּין עִמָּהּ? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אוֹמְרָהּ שָׁנָה הַרְבֵּה וְקָרָא הַרְבֵּה וְאֵין זֶה סֵדֶר הַלִּימּוּד, דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קְרָא הַרְבֵּה וְשָׁנָה הַרְבֵּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בִּמְנָחוֹת הַמַּנִּיחַ תְּפִילִּין מַאֲרִיךְ יָמִים שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ לח, טז) ה' עֲלֵיהֶם יִחְיוּ, וְכָתַבְנוּ בְּחִדּוּשֵׁינוּ דְּאַייְרֵי בְּמַנִּיחַ כָּל הַיּוֹם שֶׁעוֹשֶׂה טְפֵי מֵחִיּוּב, גַּם יָדוּעַ מ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי ג, טז) אֹרֶךְ יָמִים בִּימִינָהּ, לַמַּיְימִינִים בָּהּ אֹרֶךְ יָמִים אִיכָּא וְכָל שֶׁכֵּן עֹשֶׁר וְכָבוֹד, וְלַמַּשְׂמְאִילִים עֹשֶׁר וְכָבוֹד אִיכָּא אֹרֶךְ יָמִים לֵיכָּא. וּפֵירְשׁוּ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל מַייְמִינִים שֶׁלּוֹמְדִים תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, מַשְׂמְאִילִים שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם שְׁהִיָּיתָהּ נוֹטֶלֶת תְּפֵילָיו, דִּבְלָאו הָכִי יֵשׁ לְהָשִׁיב עַל טַעֲנַת דְּהָיָה לוֹמֵד שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ דְּהַייְנוּ בִּשְׁבִיל אֹרֶךְ יָמִים, מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ (דְּבָרִים ל, כ) כִּי הוּא חַיֶּיךָ וְאֹרֶךְ יָמֶיךָ, וְכֵיוָן שֶׁהוּא מִתְכַּוֵּין לְכָךְ הֲוָה לֵיהּ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ וּלְכָךְ לֹא הָיָה לוֹ אֹרֶךְ יָמִים, לְכָךְ הָיְתָה נוֹטֶלֶת תְּפֵילָיו שֶׁהָיָה מַנִּיחָם כָּל הַיּוֹם שֶׁיַּסְפִּיק זֶה לִזְכּוֹת לְאֹורֶךְ יָמִים מֵחֲמַת כֵּן, וְזֶהוּ הוֹכָחָה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹמֵד תּוֹרָה אֶלָּא לִשְׁמָהּ, דְּאִי מִשּׁוּם אֹרֶךְ יָמִים הָא יֵשׁ לוֹ זֶה מֵחֲמַת תְּפֵילָיו וְלָא אִצְטְרִיךְ לִלְמֹוד תּוֹרָה בִּשְׁבִיל זֶה. וְהִנֵּה רָאֲתָה בְּדַעְתָּהּ שֶׁעֲדַייִן יֵשׁ לְהָשִׁיב עַל דְּבָרֶיהָ וְלוֹמַר אוּלַי הָיָה לוֹמֵד תּוֹרָה בִּשְׁבִיל עֶשֶׂר וְכָבוֹד, דְּהַיְינוּ שֶׁיִּקְרָאוּהוּ רַבִּי וִיעַטְּרוּהוּ בִּזְהוּבִים בִּשְׁבִיל רֹוב חָכְמָתוֹ והו"ל תּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ, וּלְכָךְ לֹא זָכָה לְאֹורֶךְ יָמִים מִכּוֹחָהּ, לָכֵן נִתְחַכְּמָה לוֹמַר בְּטַעֲנָתָהּ בַּעֲלִי שֶׁשָּׁנָה הַרְבֵּה וְקָרָא הַרְבֵּה שֶׁהִקְדִּימָהּ לִימּוּד הַמִּשְׁנָה שֶׁהוּא תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לִלְמֹוד הַמִּקְרָא לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁשִּׁנָּה הַרְבֵּה וְנַעֲשָׂה תַּלְמִיד חָכָם מָארֵי דְּתַלְמוּדָא עִם כָּל זֹאת לֹא עָזַב לִימּוּד הַמִּקְרָא, שֶׁהָיָה דַּרְכּוֹ לִלְמֹוד מִקְרָא גַּם כֵּן וְאִם הוּא כָּל כַּוָּנָתוֹ בְּעֵסֶק לִימּוּדוֹ כְּדֵי לְהִתְחַכֵּם שֶׁיִּקְרָאוּהוּ רַבִּי וְיַעַטְרוּהוּ בִּזְהוּבִים לָמָּה יִלְמֹוד מִקְרָא שֶׁאֵין מוֹסִיף חָכְמָה וַחֲרִיפוּת מִן גִּרְסַת הַמִּקְרָא? וְהָיָה לוֹ לִלְמֹוד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה דַּוְקָא כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי רֹוב לִימּוּדוֹ בָּהּ יוֹסִיף חָכְמָה וְדַעַת, וְאָז מִמֵּילָא יוֹסִיף כָּבוֹד וּמָמוֹן שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ וְיַעַטְרוּהוּ בִּזְהוּבִים כְּפִי עֵרֶךְ רֹוב חָכְמָתוֹ, אֶלָּא וַדַּאי הוּא כָּל לִימּוּדוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם וְלָכֵן גַּם אַחַר שֶׁשָּׁנָה הַרְבֵּה בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה עוֹדֶנּוּ מַרְבֶּה בְּלִימּוּד הַמִּקְרָא גַּם כֵּן! וְעוֹד הוֹסִיפָהּ לוֹמַר שֶׁמֶשׁ תַּלְמִיד חָכָם הַרְבֵּה דְּגַם כֵּן זוֹ הוֹכָחָה דְּאֵינוֹ רוֹדֵף אַחַר הַכָּבוֹד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁלָּקְחָה תְּפֵילָיו כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ לָהּ אַף עַל פִּי שֶׁעָסַק בַּתּוֹרָה הַרְבֵּה לֹא הָיְתָה מַחְשַׁבְתּוֹ וְכַוָּנָתוֹ רְצוּיָה, שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם בְּקִרְבּוֹ וְלָכֵן לֹא הַגִּין עָלָיו זְכוּת הַתּוֹרָה, לְכָךְ לָקְחָה תְּפֵילָיו שֶׁהָיָה לוֹבְשָׁם כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ וְהֵם הוֹכָחָה עַל יִרְאַת שָׁמַיִם, כְּמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הָרִאשׁוֹנִים זַ"ל טַעַם תְּפִילִּין שֶׁל רֹאשׁ כְּנֶגֶד הַמּוֹחַ וְשֶׁל יָד כְּנֶגֶד הַלֵּב, כְּדֵי שֶׁנְּשַׁעְבֵּד הַמַּחֲשָׁבָה שֶׁבַּמּוֹחַ וְהַכַּוָּנָה שֶׁבַּלֵּב לַעֲבוֹדַת הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ, וְאִם כֵּן תְּפִילִּין אֵלּוּ שֶׁהָיָה מַנִּיחָם כָּל הַיּוֹם מוּכָח שֶׁלֹּא הָיְתָה מִצְוָה זוֹ אֶצְלוֹ כְּמוֹ מִצְוַת אֲנָשִׁים מְלֻומָּדָה, וּמַעֲשָׂיו יְעִידוּן שֶׁהָיָה לוֹ יִרְאַת שָׁמַיִם, וּמִמֵּילָא מַשְׁמַע דְּמַחֲשַׁבְתּוֹ וְכַוָּנָתוֹ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה הָיָה לְשֵׁם שָׁמַיִם וְרָאוּי שֶׁיָּגֵין עָלָיו זְכוּת הַתּוֹרָה לְהַאֲרִיךְ יָמִים.
« Il arriva qu'un élève avait beaucoup étudié, beaucoup lu et beaucoup servi les sages, et il mourut à la moitié de ses jours ; sa femme prenait ses téfilines. » La question est connue : toute sa plainte portait sur l'étude de la Tora, pourquoi prenait-elle les téfilines avec elle ? On peut encore demander : elle dit « il a beaucoup étudié (la Michna) et beaucoup lu (la Bible) », ce qui n'est pas l'ordre de l'étude ; elle aurait dû dire : il a beaucoup lu et beaucoup étudié. Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres ont dit dans Menahot que celui qui met les téfilines prolonge ses jours, comme il est dit (Yechayahou 38, 16) : « Hachem, par eux ils vivent » ; et nous avons écrit dans nos hidouchim qu'il s'agit de celui qui les porte toute la journée, qui fait plus que l'obligation. On connaît aussi ce que nos maîtres ont dit sur le verset (Michle 3, 16) : « la longueur des jours est dans sa droite » : pour ceux qui vont à droite avec elle, il y a longueur des jours, et à plus forte raison richesse et honneur ; pour ceux qui vont à gauche avec elle, il y a richesse et honneur, mais pas longueur des jours. Les premiers commentateurs ont expliqué : ceux qui vont à droite sont ceux qui étudient la Tora lichma (pour elle-même), ceux qui vont à gauche, ceux qui l'étudient chelo lichma (pour un autre motif). On comprend ainsi pourquoi elle prenait ses téfilines : sans cela, on pouvait répondre à sa plainte qu'il étudiait chelo lichma, c'est-à-dire en vue d'une longue vie, puisqu'il est écrit à propos de la Tora (Devarim 30, 20) « car elle est ta vie et la longueur de tes jours » ; des lors qu'il visait cela, son étude était chelo lichma, et c'est pourquoi il n'a pas eu de longs jours. Elle prenait donc ses téfilines, qu'il portait toute la journée, ce qui suffisait à lui valoir de longs jours ; c'est la preuve qu'il n'étudiait la Tora que lichma : si c'était pour la longueur des jours, il l'avait déjà par ses téfilines et n'avait pas besoin d'étudier la Tora pour cela. Puis elle vit qu'on pouvait encore répondre à ses paroles : peut-être étudiait-il la Tora pour la richesse et l'honneur, c'est-à-dire pour qu'on l'appelle Rabbi et qu'on le couronne de pièces d'or en raison de sa grande sagesse ; ce serait alors une Tora chelo lichma, et c'est pourquoi il n'a pas mérité par elle de longs jours. Elle fit donc preuve de sagesse en disant dans sa plainte : « mon mari, qui a beaucoup étudié et beaucoup lu », en plaçant l'étude de la Michna, qui est la Tora orale, avant l'étude du texte biblique, pour dire : bien qu'il ait beaucoup étudié et soit devenu un talmid 'hakham, maître du Talmud, il n'a pas abandonné pour autant l'étude du texte biblique, qu'il avait coutume d'étudier aussi. Si toute son intention dans l'étude avait été de devenir savant pour qu'on l'appelle Rabbi et qu'on le couronne de pièces d'or, pourquoi aurait-il étudie le texte biblique, dont la lecture n'ajoute ni sagesse ni acuité ? Il aurait dû étudier uniquement la Tora orale, afin que par l'abondance de son étude il ajoute sagesse et connaissance, et que par la même il ajoute honneur et richesse, qu'on l'honore et le couronne de pièces d'or à la mesure de sa grande sagesse. C'est donc certainement que toute son étude était pour le Ciel, et c'est pourquoi, même après avoir beaucoup étudié la Tora orale, il continuait à multiplier l'étude du texte biblique. Elle ajouta encore : « il a beaucoup servi les talmidei hakhamim », ce qui est aussi une preuve qu'il ne courait pas après l'honneur. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'elle prit ses téfilines pour qu'on ne lui dise pas : bien qu'il se soit beaucoup occupé de Tora, sa pensée et son intention n'étaient pas agréées, il n'avait pas de crainte du Ciel en lui, et c'est pourquoi le mérite de la Tora ne l'a pas protégé. Elle prit donc ses téfilines, qu'il portait toute la journée et qui sont une preuve de crainte du Ciel, comme l'ont écrit les premiers commentateurs : les téfilines de la tête sont face au cerveau et celles du bras face au cœur, afin que nous soumettions la pensée du cerveau et l'intention du cœur au service du Créateur, béni soit-Il. Ainsi, ces téfilines qu'il portait toute la journée montrent que cette mitsva n'était pas pour lui un commandement d'hommes appris par routine ; ses actes témoignent qu'il avait la crainte du Ciel, et il en découle que sa pensée et son intention dans l'étude de la Tora étaient pour le Ciel, et qu'il méritait que le mérite de la Tora le protège et prolonge ses jours.
💡 Explication

Début du récit de Tana devei Eliyahou, qui se poursuit au folio 13b : un élève assidu meurt jeune, et sa veuve demande où est la promesse de longue vie faite à ceux qui étudient la Tora. La suite montrera qu'il s'était montré trop proche de sa femme pendant les jours blancs (libounim), ce qui rattache le récit à la sougya de la nidda.

Le Ben Yehoyada explique deux détails : pourquoi elle montrait les téfilines (preuve qu'il n'étudiait pas pour obtenir une longue vie, et preuve de sa crainte du Ciel), et pourquoi elle cite la Michna avant la Bible (preuve qu'il n'étudiait pas pour les honneurs).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).