Shabbat 13b — La niddah jusqu'à l'immersion, l'étage de Hananya ben Hizkiya et les dix-huit décrets

Shabbat 13b

Sougya : Le daf achève le récit de l'élève mort à la moitié de ses jours : interrogée par Eliyahou, sa veuve rapporte qu'aux jours du libboun (les sept jours propres) il dormait près d'elle ; Eliyahou y voit la cause de sa mort, car la femme reste niddah jusqu'à l'immersion. Rav Dimi et les Sages d'Erets Israël atténuent le récit (lit large, ceinture séparatrice).

La Michna ouvre ensuite la liste des halakhot dites dans l'étage de Hananya ben Hizkiya ben Garon, où Beit Chammai l'emporta en nombre et où l'on décréta dix-huit choses. La Guemara établit que "ve-elou" renvoie aux décrets précédents, puis rapporte que Hananya et son groupe écrivirent la Meguilat Taanit et qu'il sauva le livre d'Ye'hezkel.

Elle commence enfin l'énumération des dix-huit décrets par la liste de ce qui rend la terouma passoule.

Nidda et libboun : jusqu'où s'étend l'interdit ? Jours de nidda 7 jours depuis la première vue (Rachi) L'élève : aucun contact Jours du libboun 7 jours propres, vêtements blancs L'élève : mange, boit, dort près d'elle Tevila immersion Lo tikrav : interdit de s'approcher jusqu'à l'immersion "bi-nidatah" : elle reste dans son état jusqu'à venir dans l'eau (Torat Kohanim, Rachi) L'erreur de l'élève Il distingue nidda et libboun R. Tam : une 1re immersion après 7 jours l'a induit en erreur Atténuations du récit Rav Dimi : un seul lit (large), sans contact Maarava : une ceinture les séparait Même ainsi : interdit, d'où la sanction
L'interdit de s'approcher de la niddah dure jusqu'à l'immersion, jours du libboun compris.
L'étage de Hananya ben Hizkiya ben Garon Hananya ben Hizkiya les Sages montent lui rendre visite 18 décrets On compte les voix : Beit Chammai majoritaire "Ve-elou" : inclut aussi épouiller et lire à la lampe 1re liste : ce qui rend la terouma passoule Meguilat Taanit Écrite par lui et son groupe jours de miracle : on ne jeûne pas Rabban Chimon b. Gamliel : nous ne suffirions pas à tout écrire Autres raisons : le fou, la chair morte et le scalpel Le livre d'Yehezkel Semblait contredire la Torah on voulait le mettre à l'écart 300 jarres d'huile, il s'isole à l'étage et résout les contradictions "Zakhour le-tov"
Les trois volets du daf liés à Hananya ben Hizkiya : les décrets, la Meguilat Taanit, le livre d'Yehezkel.
Ce qui rend la terouma passoule (1re liste des 18 décrets) Des personnes 1. Qui mange un aliment rishon 2. Qui mange un aliment cheni 3. Qui boit des liquides impurs 4. Qui entre tête et majeure partie du corps dans de l'eau puisée (après tevila) 5. Le pur sur qui tombent 3 log d'eau puisée (tête et majeure partie) 6. Le tevoul yom (immergé, avant le soir) Rachi : la Guemara objectera qu'il est déjà passoul selon la Torah Des objets 7. Le livre (tout écrit saint, Rachi) 8. Les mains (avant l'ablution) 9. Les aliments et les ustensiles rendus impurs par des liquides Rachi : sera discuté plus loin Passoul sans être tame La terouma touchée devient invalide mais ne rend pas une autre terouma passoule Question ouverte en fin de daf : quel tana dit que manger rishon ou cheni rend passoul sans rendre tame ?
La mishna de Zavim citée par la Guemara : ce qui rend la terouma passoule.
1
וְשִׁימֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הַרְבֵּה, מִפְּנֵי מַה מֵת בַּחֲצִי יָמָיו? וְלֹא הָיָה אָדָם מַחְזִירָהּ דָּבָר. פַּעַם אַחַת נִתְאָרַחְתִּי אֶצְלָהּ וְהָיְתָה מְסִיחָה כָּל אוֹתוֹ מְאֹורָע. וְאָמַרְתִּי לָהּ: בִּתִּי, בִּימֵי נִדּוּתֵךְ מָה הוּא אֶצְלֵךְ? אָמְרָה לִי: חַס וְשָׁלוֹם, אֲפִילּוּ בְּאֶצְבַּע קְטַנָּה לֹא נָגַע [בִּי]. בִּימֵי לִבּוּנִיךָ מַהוּ אֶצְלֵךְ? אָכַל עִמִּי וְשָׁתָה עִמִּי וְיָשַׁן עִמִּי בְּקֵירוּב בָּשָׂר, וְלֹא עָלְתָה דַּעְתּוֹ עַל דָּבָר אַחֵר. וְאָמַרְתִּי לָהּ: בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁהֲרָגוֹ, שֶׁלֹּא נָשָׂא פָּנִים לַתּוֹרָה. שֶׁהֲרֵי אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְאֶל אִשָּׁה בְּנִדַּת טֻומְאָתָהּ לֹא תִקְרַב״. כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: מִטָּה חֲדָא הֲוַאי. בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי: אָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף, סִינָר מַפְסִיק בֵּינוֹ לְבֵינָהּ.

... et il avait beaucoup servi les disciples des Sages ; pourquoi est-il mort à la moitié de ses jours ? Et personne ne lui répondait un mot.

(Eliyahou dit :) Une fois, j'ai été reçu chez elle et elle racontait tout cet événement. Je lui ai dit : Ma fille, aux jours de ta niddah, comment était-il avec toi ?

Elle m'a dit : À D.ieu ne plaise, il ne m'a pas touchée même du petit doigt. (Je lui ai dit :) Aux jours de tes vêtements blancs (libboun), comment était-il avec toi ?

(Elle m'a dit :) Il mangeait avec moi, buvait avec moi et dormait avec moi, avec contact des corps, et il ne lui venait pas à l'esprit autre chose. Je lui ai dit : Béni soit le Makom (l'Omniprésent) qui l'a fait mourir, car il n'a pas eu égard à la Torah ; car la Torah a dit : "Et de la femme dans la séparation de son impureté, tu ne t'approcheras pas" (Vayikra 18,19).

Quand Rav Dimi vint, il dit : c'était un seul lit. En Occident (Erets Israël), on dit : Rav Yitshak bar Yossef a dit : une ceinture (sinar) séparait entre lui et elle.

📜 Rachi (6)
וְשִׁימֵּשׁ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לְהַסְבִּירוֹ סְתוּמוֹת הַמִּשְׁנָה וְטַעְמֵיהּ וְהוּא הַנִּקְרָא תַּלְמוּד:
Et il avait servi les disciples des Sages : pour qu'ils lui expliquent les passages obscurs de la Michna et leurs raisons ; c'est ce qu'on appelle le Talmud.
נִדּוּתִיךְ כָּל שִׁבְעָה שֶׁל רְאִיָּיה רִאשׁוֹנָה:
Tes jours de niddah : les sept jours de la première vue.
לִיבּוּנַיִךְ כְּגוֹן זָבָה שֶׁסּוֹפֶרֶת שִׁבְעָה נְקִיִּים מִשֶּׁפָּסְקָה וּצְרִיכָה לִהְיוֹת לוֹבֶשֶׁת לְבָנִים לִבְדִיקָה שֶׁמָּא תִּרְאֶה וְתִסְתּוֹר סְפִירָתָהּ:
Tes jours de libboun : par exemple une zavah qui compte sept jours propres depuis qu'elle a cessé (de voir), et qui doit porter des vêtements blancs pour l'examen, de peur qu'elle voie (du sang) et annule son compte.
בְּנִדַּת טֻומְאָתָהּ וְעַד שֶׁתָּבֹא בַּמַּיִם לִטְבִילָה הִיא בְּנִדָּתָהּ דְּמִרַבֵּינַן מִתַּהְיָה בְּנִדָּתָהּ בַּהֲוָיָיתָהּ תְּהֵא עַד שֶׁתָּבֹא בַּמַּיִם בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים:
Dans la séparation de son impureté : et jusqu'à ce qu'elle vienne dans l'eau pour l'immersion, elle est dans sa niddah ; car nous déduisons de "elle sera dans sa niddah" : dans son état elle reste jusqu'à ce qu'elle vienne dans l'eau, dans le Torat Kohanim.
מִטָּה חֲדָא הֲוַאי רְחָבָה וְלֹא קֵירוּב בָּשָׂר הֲוַאי וְסָבַר דְּשָׁרֵי בְּהָכִי:
C'était un seul lit : large, et il n'y avait pas de contact des corps ; et il pensait que cela était permis ainsi.
סִינָר פורציינ"ט שֶׁהִיא חוֹגֶרֶת בּוֹ וּמַגִּיעַ מִמָּתְנַיִם וּלְמַטָּה:
Sinar : "porceint" (ceinture), dont elle se ceint, et qui va des reins vers le bas.
🗂️ Tossefot (2)
בִּימֵי לִבּוּנִיךָ מַהוּ אֶצְלֵךְ לֹא מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין נִדּוּת לְלִיבּוּן דְּהָא אָמַר ר"ע בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה יוֹצְאָהּ (לְקַמָּן שַׁבָּת דַּף סד:) הֲרֵי הִיא בְּנִדָּתָהּ עַד שֶׁתָּבֹא בַּמַּיִם אֶלָּא לְפִי שֶׁיָּדַע אֵלִיָּהוּ שֶׁכָּךְ הָיָה הַמַּעֲשֶׂה (כְּתֻובּוֹת דַּף סא. וְשָׁם) גַּבֵּי שְׁמוּאֵל מְחַלְּפָא לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ בִּידָא דִשְׂמָאלָא הַיְינוּ בִּימֵי לִיבּוּנָהּ אֵין נִרְאֶה כִּדְפֵירַשְׁתִּי ור"ת פֵּירֵשׁ שֶׁהָיוּ רְגִילִים לִטְבֹּול שְׁתֵּי טְבִילוֹת אַחַת לְסוֹף שִׁבְעָה לִרְאִיָּיתָהּ שֶׁהִיא טְהוֹרָה מִדְּאוֹרַייְתָּא בְּהַךְ טְבִילָה וְאַחַת לְסוֹף יְמֵי לִיבּוּן לְכָךְ הָיָה מֵיקֵל אוֹתוֹ הָאִישׁ וְרַשִׁ"י הָיָה נוֹהֵג אִיסּוּר לְהוֹשִׁיט מַפְתֵּחַ מִיָּדוֹ לְיָדָהּ בִּימֵי נִדּוּתָהּ וְנִרְאֶה לר"י שֶׁיֵּשׁ סֶמֶךְ מִסֵּדֶר אֵלִיָּהוּ דְּקָתָנֵי אָמַר לָהּ שֶׁמָּא הֵבֵאת לוֹ אֶת הַשֶּׁמֶן שֶׁמָּא הֵבֵאת לוֹ אֶת הַפַּךְ וּמִיהוּ הָתָם מְסַיֵּים וְנָגַע בְּיַךְ בְּאֶצְבַּע הַקְּטַנָּה וּמְפָרֵק אע"פ (שָׁם) דְּאָמַר אַבַּיֵּי מַנַּח' לֵיהּ אַפֻּומֵּיהּ דְּכוּבָא וְרָבָא מַנַּח' לֵיהּ אֲבִי סָדְיָא אֵין רְאָיָה כִּי שֶׁמָּא דַּוְקָא בִּמְזִיגַת הַכּוֹס שֶׁיֵּשׁ חִיבָּה יוֹתֵר כִּדְאָמַר הָתָם אֲבָל שְׁאָר דְּבָרִים לֹא וּמֵהָכָא דְּקָאָמַר אָכַל עִמִּי וְשָׁתָה עִמִּי יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁלֹּא הִקְפִּיד אֶלָּא עַל הַשְּׁכִיבָה:
Aux jours de ton libboun, comment était-il avec toi : ce n'est pas qu'il y ait lieu de distinguer entre niddah et libboun, puisque Rabbi Akiva a dit au chapitre Bameh icha yotsah (plus loin, Chabbat 64b) : elle reste dans sa niddah jusqu'à ce qu'elle vienne dans l'eau ; mais c'est qu'Eliyahou savait que l'événement s'était passé ainsi. Ce qui est dit (Ketoubot 61a) au sujet de Chmouel, dont l'épouse lui servait de la main gauche, à savoir que ce serait aux jours de son libboun, ne semble pas juste, comme je l'ai expliqué. Rabbenou Tam a expliqué qu'ils avaient l'habitude de faire deux immersions : l'une à la fin des sept jours de sa vue, par laquelle elle est pure selon la Torah, et l'autre à la fin des jours du libboun ; c'est pourquoi cet homme était indulgent. Rachi avait pour usage d'interdire de tendre une clef de sa main à la main d'elle aux jours de sa niddah. Il semble au Ri qu'il y a un appui dans le Seder Eliyahou, qui enseigne : il lui dit : peut-être lui as-tu apporté l'huile, peut-être lui as-tu apporté la fiole. Toutefois, là-bas il conclut : et il t'a touchée du petit doigt. Et du chapitre Af al pi (ibid.), où Abaye dit : elle la lui pose sur l'ouverture de la cruche, et Rava : elle la lui pose sur le coussin, il n'y a pas de preuve, car c'est peut-être précisément pour verser la coupe, où il y a davantage d'affection, comme on le dit là-bas, mais pas pour les autres choses. Et d'ici, où elle dit : il mangeait avec moi et buvait avec moi, il se peut qu'il (Eliyahou) n'ait été sévère que sur le fait de dormir (ensemble).
מִטָּה חֲדָא הֲוַאי וּפַלְטִי בֶּן לְיֵשׁ שֶׁנָּעַץ חֶרֶב בֵּינוֹ לְבֵינָהּ (סַנְהֶדְרִין פּ"ב דַּף יט:) אִיכָּא לְמֵימַר שֶׁרָחוֹק מִמֶּנָּה הָיָה בְּיוֹתֵר וְהָיָה פָּתוּחַ לִרה"ר שֶׁלֹּא הָיָה מִשּׁוּם יִחוּד אוֹ שֶׁמָּא סָבַר כְּשָׁאוּל שֶׁלֹּא הָיְתָה מְקֻודֶּשֶׁת לְדָוִד וּמַחְמִיר עַל עַצְמוֹ הָיָה מִלָּבֹא עָלֶיהָ:
C'était un seul lit : et Palti ben Layich, qui planta une épée entre lui et elle (Sanhédrin 19b), on peut dire qu'il était très éloigné d'elle et que (la pièce) était ouverte sur le domaine public, de sorte qu'il n'y avait pas de problème d'isolement (yihoud) ; ou peut-être pensait-il comme Chaoul qu'elle n'était pas consacrée à David, et il était sévère envers lui-même pour ne pas venir à elle.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁהֲרָגוֹ, שֶׁלֹּא נָשָׂא פָּנִים לַתּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּנָקֵיט לָשׁוֹן זֶה וְלֹא אָמַר שֶׁעָבַר עַל דִבְרֵי תוֹרָה? וְהוּא כִּי יָדוּעַ דְּתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא הַמָּסֹורֶת שֶׁקִּבְּלוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל נִקְרֵאת פָּנִים לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, וְלָכֵן אָמְרוּ עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שִׁבְעִים פָּנִים לַתּוֹרָה. וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר, לְכָךְ מִי שֶׁהוּא עָנָיו וְשָׁפָל זוֹכֶה לְכַוֵּין לְפָנִים שֶׁל תּוֹרָה, כִּי שָׁפָל רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש בַּעְיָם פ נִים ל תּוֹרָה, וְהִנֵּה כְּפִי הַקָּרָאִים דְּאָזְלִי בָּתַר פְּשַׁט הַמִּקְרָא (וַיִּקְרָא יח, יט) וְאֶל אִשָּׁה בְּנִדַּת טֻמְאָתָהּ לֹא תִקְרַב, דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּנִדַּת טֻמְאָתָהּ הָא בִּימֵי לְבוֹנָה מֻותָּר, אַךְ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל קִבְּלוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא הַפָּנִים דְּמִשּׁוּם הָכִי תִּהְיֶה בְּנִדָּתָהּ קָא מַשְׁמָע לַן בַּהֲוָוָוָייַת נִדָּתָהּ תְּהֵא עַד שֶׁתָּבֹא בַּמַּיִם. וְלָזֶה אוֹמֵר שֶׁלֹּא נָשָׂא פָּנִים לַתּוֹרָה שֶׁלֹּא לָקַח קַבָּלַת הַפָּנִים הִיא תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לְתוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהוּא הַמִּקְרָא. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ פָּנִים לַתּוֹרָה עַל הַמָּסֹורֶת שֶׁל רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, וְהוּא דְּיָדוּעַ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא בְּסוֹד חֶסֶד נִקְרֵאת מַיִם, וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] גְּבוּרָה נִקְרֵאת אֵשׁ, וְהִנֵּה אוֹתִיּוֹת תּוֹרָה בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה ת" ו ו" ו ר י"ש ה" א אוֹתִיּוֹת הַמִּילּוּי שֶׁהֵם פְּנִימִיּוּת הַפָּשׁוּט הֵמָּה אוֹתִיּוֹת 'וָי"ו אֵשׁ' רֶמֶז לְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁנִּקְרֵאת 'אֵשׁ' וְיֵשׁ בָּהּ 'שִׁשָּׁה' סְדָרִים כְּמִנְיַן וָי"ו, וְנִרְמָז אוֹת וָי"ו בְּמִלּוּי י וְ "ד כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מִסִּפְרוֹ כ"ב כְּמִנְיַן כ"ב אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה, נִמְצָא הַמָּסֹורֶת שֶׁהִיא בְּעַל פֶּה הַנִּקְרֵאת אֵשׁ נִרְמְזָה בִּפְנִימִיּוּת אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה, וז"ש לֹא נָשָׂא פָּנִים לַתּוֹרָה 'פָּנִים' דָּיְיקָא 'לַתּוֹרָה' דַּיְיקָא.
Béni soit le Makom qui l'a fait mourir, car il n'a pas eu égard à la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, (qu'il faut expliquer) pourquoi il emploie cette expression et ne dit pas qu'il a transgressé les paroles de la Torah. Il est connu que la Torah orale, qui est la tradition reçue par nos Maîtres, est appelée panim (la face) de la Torah écrite ; c'est pourquoi ils ont dit de la Torah orale : soixante-dix faces à la Torah. J'ai expliqué ailleurs, avec l'aide du Ciel, que pour cette raison celui qui est humble et bas (chafal) mérite de saisir les faces de la Torah, car chafal est formé des initiales de chivim panim la-Torah (soixante-dix faces à la Torah). Or selon les Karaïtes, qui suivent le sens simple du verset (Vayikra 18,19) "et de la femme dans la séparation de son impureté tu ne t'approcheras pas", cela signifie précisément dans la séparation de son impureté, mais aux jours du libboun ce serait permis ; mais nos Maîtres ont reçu dans la Torah orale, qui est la face, que "elle sera dans sa niddah" enseigne : dans son état de niddah elle reste jusqu'à ce qu'elle vienne dans l'eau. C'est pourquoi il dit : il n'a pas eu égard (nasa panim) à la Torah, c'est-à-dire il n'a pas pris la réception de la face, qui est la Torah orale, pour la Torah écrite, qui est le verset. Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il dit "face de la Torah" pour la tradition de nos Maîtres, car il est connu que la Torah écrite, qui est dans le sod (secret) de 'Hessed, est appelée eau, et la Torah orale, qui est le sod de Guevoura, est appelée feu. Or les lettres de Torah, écrites en plein (milouy) ainsi : tav-vav, vav-vav, rech-yod-chin, hé-alef : les lettres de remplissage, qui sont l'intérieur des lettres simples, sont les lettres "vav (vav-yod-vav), ech (feu)" ; allusion à la Torah orale, appelée feu, et qui a six ordres, selon la valeur de vav ; et la lettre vav est écrite avec un yod en remplissage, afin que sa valeur soit vingt-deux, comme les vingt-deux lettres de la Torah. Il en ressort que la tradition orale, appelée feu, est évoquée dans l'intérieur des lettres de la Torah. C'est ce qu'il dit : il n'a pas eu égard à la face de la Torah : "face" précisément, "de la Torah" précisément.
מִטָּה חֲדָא הָוְיָא. מַקְשִׁים אֲפִילּוּ הָכֵי אֵיךְ טָעָה אוֹתוֹ הַתַּלְמִיד בְּכָךְ? וּלְפִי דִּבְרֵי הָרַשְׁבָּ"א הַטַּעַם נָכוֹן כִּי דַּרְכָּם הָיָה לִטְבֹּול הַנָּשִׁים קֹודֶם שִׁבְעָה נְקִיִּים בִּשְׁבִיל טֻומְאָה וְטָהֳרָה שֶׁל מַגַּע אוֹכְלִין, וּבָזֶה טָעָה שֶׁחָשַׁב נְהִי דְּלָא מְהַנְּיָא טְבִילָה זוֹ לְעִנְיַן בִּיאָה תְּהַנֵּי לְעִנְיַן מַגָּע.
C'était un seul lit. On demande : même ainsi, comment cet élève à-t-il pu se tromper en cela ? Selon les paroles du Rachba, la raison est claire : leur usage était de faire immerger les femmes avant les sept jours propres, en vue de l'impureté et de la pureté du contact des aliments ; et en cela il s'est trompé, pensant : admettons que cette immersion ne soit pas efficace pour les rapports conjugaux, elle l'est pour le contact.
💡 Explication

Fin du récit commencé en 13a (Tana de-vei Eliyahou) : un élève qui avait beaucoup étudié meurt jeune. Eliyahou interroge la veuve : aux jours de niddah il ne la touchait pas, mais aux jours du libboun (les sept jours propres, où la femme porte du blanc pour l'examen) il dormait près d'elle. Or l'interdit lo tikrav (ne pas s'approcher) dure jusqu'à l'immersion : Rachi le tire de "bi-nidatah tihye".

Rav Dimi et les Sages d'Erets Israël réduisent la faute (lit large, puis ceinture séparatrice) ; la punition montre la gravité même de ces rapprochements. Tossefot explique l'erreur de l'élève par l'usage d'une première immersion après sept jours (Rabbenou Tam) ; le Ben Yehoyada cite une explication semblable au nom du Rachba.

🖼️ Schéma
Nidda et libboun : jusqu'où s'étend l'interdit ? Jours de nidda 7 jours depuis la première vue (Rachi) L'élève : aucun contact Jours du libboun 7 jours propres, vêtements blancs L'élève : mange, boit, dort près d'elle Tevila immersion Lo tikrav : interdit de s'approcher jusqu'à l'immersion "bi-nidatah" : elle reste dans son état jusqu'à venir dans l'eau (Torat Kohanim, Rachi) L'erreur de l'élève Il distingue nidda et libboun R. Tam : une 1re immersion après 7 jours l'a induit en erreur Atténuations du récit Rav Dimi : un seul lit (large), sans contact Maarava : une ceinture les séparait Même ainsi : interdit, d'où la sanction
Nidda, libboun, immersion : l'interdit couvre toute la période.
2
מַתְנִי׳ וְאֵלּוּ מִן הַהֲלָכוֹת שֶׁאָמְרוּ בַּעֲלִייַּת חֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה בֶּן גָּרוֹן. שֶׁעָלוּ לְבַקְּרוֹ, נִמְנוּ, וְרַבּוּ בֵּית שַׁמַּאי עַל בֵּית הִלֵּל. וּשְׁמוֹנָה עָשָׂר דְּבָרִים גָּזְרוּ בּוֹ בַּיּוֹם.

MICHNA. Et voici (ve-elou) parmi les halakhot qu'on a dites dans l'étage de Hananya ben Hizkiya ben Garon, quand on monta lui rendre visite : on compta les voix, et Beit Chammai fut plus nombreux que Beit Hillel ; et ils décrétèrent dix-huit choses ce jour-là.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' וְנִמְנוּ וְרַבּוּ בָּאוּ לְמִנְיָן וְנִמְצְאוּ שֶׁל ב"ש מְרֻובִּין:
Michna. On compta et ils furent plus nombreux : ils vinrent au décompte et ceux de Beit Chammai se trouvèrent plus nombreux.
💡 Explication

La Michna rattache les interdits précédents (ne pas épouiller ses vêtements ni lire à la lumière de la lampe) à une séance historique : dans l'aliya (étage) de Hananya ben Hizkiya, on vota et Beit Chammai fut majoritaire. On y décréta dix-huit choses, que la Guemara commence à énumérer à la fin du daf.

3
גְּמָ׳ אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: ״אֵלּוּ״ תְּנַן, אוֹ ״וְאֵלּוּ״ תְּנַן? ״וְאֵלּוּ״ תְּנַן, הָנֵי דַּאֲמָרָן. אוֹ ״אֵלּוּ״ תְּנַן, דְּבָעֵינַן לְמֵימַר קַמַּן? תָּא שְׁמַע: אֵין פּוֹלִין לְאוֹר הַנֵּר וְאֵין קוֹרִין לְאוֹר הַנֵּר, וְאֵלּוּ מִן הַהֲלָכוֹת שֶׁאָמְרוּ בַּעֲלִיַּית חֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה בֶּן גָּרוֹן. שְׁמַע מִינָּה: ״וְאֵלּוּ״ תְּנַן, שְׁמַע מִינָּה.

GUEMARA. Abaye dit à Rav Yossef : avons-nous appris "elou" (voici) ou avons-nous appris "ve-elou" (et voici) ?

Avons-nous appris "ve-elou" : celles que nous avons dites ? Ou avons-nous appris "elou" : celles que nous allons dire plus loin ?

Viens et entends : on n'épouille pas à la lumière de la lampe et on ne lit pas à la lumière de la lampe, et voici parmi les halakhot qu'on a dites dans l'étage de Hananya ben Hizkiya ben Garon. Déduis-en : nous avons appris "ve-elou".

Déduis-en.

📜 Rachi (2)
גְּמ' ה"ג וְאֵלּוּ תְּנַן הָנֵי דַּאֲמַרַן אוֹ דִּלְמָא אֵלּוּ תְּנַן הָנֵי דְּבָעֵינַן לְמֵימַר קַמַּן וְאִלּוּ קָאֵי אַדִּלְעֵיל לֹא יְפַלֶּה אֶת כֵּלָיו וְלֹא יִקְרָא לְאוֹר הַנֵּר וְאֵלּוּ מִן הַהֲלָכוֹת כו' אוֹ דִּילְמָא אֵלּוּ תְּנַן וְקָאֵי לְקַמָּן אַאֵין שׁוֹרִין דְּיוֹ:
Guemara. Nous lisons ainsi : avons-nous appris "ve-elou", celles que nous avons dites, ou peut-être avons-nous appris "elou", celles que nous allons dire plus loin ? "Ve-elou" se rapporte à ce qui précède : il n'épouillera pas ses vêtements et ne lira pas à la lumière de la lampe, et voici parmi les halakhot, etc. Ou peut-être avons-nous appris "elou", qui se rapporte à la suite : on ne trempe pas l'encre.
ת"ש דְּאַתַּרְתֵּי קָמַייְתֵי קָאֵי אֲבָל אִינָךְ לָאו מִשְּׁמוֹנָה עָשָׂר דָּבָר נִינְהוּ וּלְקַמָּן בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לְהוּ:
Viens et entends : (on en déduit) que cela se rapporte aux deux premiers (interdits) ; mais les autres ne font pas partie des dix-huit choses, et plus loin la Guemara les explique.
🗂️ Tossefot (2)
רַשִׁ"י גָּרֵיס [וְכֵן ר"ת] וְאֵלּוּ תְּנַן הָנֵי דַּאֲמַרַן וּמֵבִיא רְאָיָה דְּאוֹמֵר בַּמִּדְרָשׁ (פ' מִשְׁפָּטִים) כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר וְאֵלֶּה מוֹסִיף עַל הָרִאשׁוֹנִים אֵלֶּה פָּסַל אֶת הָרִאשׁוֹנִים וְעַל הַמִּדְרָשׁ קָשֶׁה לר"י דְּאֵלֶּה דִּבְרֵי הַבְּרִית (' בְּרִים כח) קָאֵי אַמַּה שֶׁכָּתוּב לְמַעְלָה:
Rachi lit [et de même Rabbenou Tam] : avons-nous appris "ve-elou", celles que nous avons dites ; et il apporte une preuve de ce qui est dit dans le Midrach (parachat Michpatim) : partout où il est dit "ve-ele", cela ajoute aux précédents ; "ele" écarte les précédents. Et sur le Midrach, le Ri a une difficulté : car "Ele divrei ha-berit" (Devarim 28,69) se rapporte à ce qui est écrit plus haut.
ש"מ וְאִלּוּ תְּנַן דְּלָא קָתָנֵי בָּתַר הָכִי כִּדְקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין:
Déduis-en que nous avons appris "ve-elou" : car (la baraita) n'enseigne rien après cela, comme l'enseigne notre Michna.
💡 Explication

Un seul vav change la portée de la Michna. Avec ve-elou, la formule renvoie aux interdits déjà cités (épouiller, lire à la lampe) : ils font partie des dix-huit décrets. Avec elou, elle annoncerait ceux qui suivent (tremper l'encre, etc.).

La preuve vient d'une baraita qui clôt sa liste par cette formule sans rien énumérer ensuite : elle ne peut donc que renvoyer en arrière. Selon Rachi, les interdits suivants de la Michna ne font pas partie des dix-huit.

🖼️ Schéma
Elou ou ve-elou ? "Ve-elou" (et voici) renvoie à ce qui précède : épouiller, lire à la lampe font partie des 18 décrets "Elou" (voici) annonce ce qui suit : "on ne trempe pas l'encre..." (Rachi) Preuve : la baraita finit sur la formule sans rien ajouter après elle : donc "ve-elou"
Portée de la formule : vers l'arrière (ve-elou) ou vers l'avant (elou).
4
תָּנוּ רַבָּנַן: מִי כָּתַב מְגִילַּת תַּעֲנִית? — אָמְרוּ, חֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה וְסִיעָתוֹ שֶׁהָיוּ מְחַבְּבִין אֶת הַצָּרוֹת.

Nos Maîtres ont enseigné : qui a écrit la Meguilat Taanit (le rouleau des jeûnes) ? On a dit : Hananya ben Hizkiya et son groupe, qui chérissaient (le souvenir des) détresses.

📜 Rachi (2)
מְגִילַּת תַּעֲנִית לְפִי שֶׁשְּׁאָר כָּל מִשְׁנָה וּבָרַייְתָא לֹא הָיוּ כְּתוּבִין דְּאָסוּר לְכָתְבָם וְזוֹ נִכְתְּבָה לְזִכָּרוֹן לְדַעַת יָמִים הָאֲסוּרִין בְּתַעֲנִית לְכָךְ נִקְרָא מְגִלָּה שֶׁכָּתוּב בִּמְגִלַּת סֵפֶר:
Meguilat Taanit : parce que toute autre Michna et baraita n'était pas écrite, car il était interdit de les écrire ; mais celle-ci fut écrite comme mémorial, pour connaître les jours où il est interdit de jeûner ; c'est pourquoi on l'appelle meguila, car elle est écrite dans un rouleau de livre.
מְחַבְּבִין אֶת הַצָּרוֹת שֶׁנִּגְאָלִין מֵהֶן וְהַנֵּס חָבִיב עֲלֵיהֶן לְהַזְכִּירוֹ לְשִׁבְחוֹ שֶׁל הקב"ה וְכוֹתְבִין יְמֵי הַנֵּס לַעֲשׂוֹתָן יוֹם טוֹב כְּגוֹן אִלֵּין יוֹמִין דְּלָא לְהִתְעַנָּאָה בְּהוֹן כו':
Qui chérissaient les détresses : dont ils furent délivrés ; le miracle leur était cher, pour le rappeler à la louange du Saint béni soit-Il, et ils écrivaient les jours du miracle pour en faire des jours de fête, comme : "voici les jours où l'on ne jeûne pas", etc.
💡 Explication

La Meguilat Taanit est une liste de jours de délivrance où le jeûne est interdit. Rachi souligne qu'il s'agit d'un texte de la Torah orale mis par écrit à une époque où l'écriture de la Michna et des baraitot était interdite ; d'où le nom de meguila (rouleau).

"Chérir les détresses" : garder vivant le souvenir des épreuves pour célébrer le miracle de la délivrance.

5
אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: אַף אָנוּ מְחַבְּבִין אֶת הַצָּרוֹת, אֲבָל מַה נַּעֲשֶׂה שֶׁאִם בָּאנוּ לִכְתֹּוב אֵין אָנוּ מַסְפִּיקִין.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : nous aussi, nous chérissons les détresses ; mais que ferons-nous ? Si nous venions à écrire, nous n'y suffirions pas.

📜 Rachi (1)
אֵין אָנוּ מַסְפִּיקִין לְפִי שֶׁהֵן תְּדִירוֹת. ל"א אֵין אָנוּ מַסְפִּיקִין מִלַּעֲשׂוֹת י"ט בְּכָל יוֹם:
Nous n'y suffirions pas : parce qu'elles sont fréquentes. Autre explication : nous ne suffirions pas à faire un jour de fête chaque jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַף אָנוּ מְחַבְּבִין אֶת הַצָּרוֹת, אֲבָל מַה נַעֲשֶׂה, שֶׁאִם בָּאנוּ לִכְתֹּב, אֵין אָנוּ מַסְפִּיקִין. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל לְפִי שֶׁהֵם תְּדִירוֹת. נִרְאֶה לִי כַּוָּנָתוֹ מִפְּנֵי שֶׁיִּזְדַּמֵּן לִפְעָמִים נַעֲשָׂה נֵס בְּהַצָּלָתָם בְּיוֹם י"ג אֲדָר, וְאַחַר כָּךְ עוֹד בָּא צָרָה אַחֶרֶת וְנַעֲשָׂה הַנֵּס גַּם כֵּן בי"ג אֲדָר, וְאַחַר כָּךְ עוֹד בָּא צָרָה וְנַעֲשָׂה גַּם כֵּן הַנֵּס בי"ג אֲדָר, אִם כֵּן עַתָּה בְּאֵיזֶה נֵס מֵאוֹתָם הַנִּסִּים יִתְלוּ הַשִּׂמְחָה שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם?! אִי נָמֵי לְפִי שֶׁהֵם תְּדִירוֹת כְּשֶׁבָּאִים צָרוֹת אַחֲרוֹנוֹת נִשְׁכָּחוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת, דְּלָא נֶחְשָׁבִים הָרִאשׁוֹנוֹת צָרָה לְגַבֵּי אַחֲרוֹנוֹת וְאֵיךְ נִקְבַּע עֲלֵיהֶם זִכְרוֹן הַנֵּס מֵעִיקָּרָא, ומ"ש דָּבָר אַחֵר: אֵין שׁוֹטֶה נִפְגָּע זֶה קָאֵי עַל חֶסְרוֹנוֹת הַמַּגִּיעִים לַנֶּפֶשׁ, וְאוֹמְרוֹ אֵין בְּשַׂר הַמֵּת מַרְגִּישׁ בָּאִזְמֵל קָאֵי עַל חֶסְרוֹנוֹת הַגּוּף בִּלְבַד.
Nous aussi nous chérissons les détresses, mais que ferons-nous ? Si nous venions à écrire, nous n'y suffirions pas. Rachi explique : parce qu'elles sont fréquentes. Il me semble que son intention est la suivante : il arrive parfois qu'un miracle se produise pour leur sauvetage le 13 Adar, puis qu'une autre détresse survienne et que le miracle se produise aussi le 13 Adar, puis encore une détresse et encore le miracle le 13 Adar ; dès lors, à quel miracle parmi ces miracles rattachera-t-on la joie de ce jour ? Ou encore : parce qu'elles sont fréquentes, quand viennent les dernières détresses, les premières sont oubliées, car les premières ne comptent plus comme détresse au regard des dernières ; et comment fixer sur elles le souvenir du miracle dès le départ ? Et ce qu'il dit ensuite : autre explication, le fou n'est pas blessé, se rapporte aux manques qui atteignent l'âme ; et ce qu'il dit : la chair du mort ne sent pas le scalpel, se rapporte aux manques du corps seulement.
💡 Explication

Rabban Chimon ben Gamliel partage l'attachement au souvenir des délivrances, mais le nombre des épreuves rend impossible de toutes les inscrire. Rachi donne deux lectures : les détresses sont trop fréquentes pour être notées, ou bien chaque jour deviendrait un yom tov.

6
דָּבָר אַחֵר: אֵין שׁוֹטֶה נִפְגָּע.

Autre explication : le fou n'est pas blessé.

📜 Rachi (1)
אֵין שׁוֹטֶה נִפְגָּע אֵין פֶּגַע רַע בָּא עָלָיו כְּלוֹמַר אֵינוֹ מַכִּיר בִּפְגָעָיו כָּךְ כַּמָּה נִסִּים בָּאִים לָנוּ וְאֵין אָנוּ מַכִּירִין בָּהֶן:
Le fou n'est pas blessé : aucun malheur ne lui arrive, c'est-à-dire qu'il ne reconnaît pas ses malheurs ; ainsi, bien des miracles nous arrivent et nous ne les reconnaissons pas.
💡 Explication

Deuxième raison de ne pas écrire : comme le chote (fou) qui ne perçoit pas ce qui le frappe, nous ne percevons pas les épreuves ni les miracles qui nous touchent (Rachi).

7
דָּבָר אַחֵר: אֵין בְּשַׂר הַמֵּת מַרְגִּישׁ בָּאִיזְמֵל. אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב יִצְחָק: קָשָׁה רִימָּה לַמֵּת כְּמַחַט בַּבָּשָׂר הַחַי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַךְ בְּשָׂרוֹ עָלָיו יִכְאָב וְנַפְשׁוֹ עָלָיו תֶּאֱבָל״! אֵימָא: אֵין בָּשָׂר הַמֵּת שֶׁבַּחַי מַרְגִּישׁ בָּאִיזְמֵל.

Autre explication : la chair du mort ne sent pas le scalpel (izmel). Est-ce ainsi ?

Rav Yitshak n'a-t-il pas dit : le ver est aussi pénible au mort qu'une aiguille dans la chair du vivant, comme il est dit : "Mais sa chair souffre sur lui et son âme est en deuil sur lui" (Iyov 14,22) ! Dis plutôt : la chair morte qui est dans le vivant ne sent pas le scalpel.

📜 Rachi (1)
בָּשָׂר מֵת שֶׁבַּחַי הַגָּדֵל בְּאָדָם הַחַי מֵחֲמַת מַכָּה אוֹ מֵחֲמַת כְּוִיָּה אֵינוֹ מַרְגִּישׁ בְּאִיזְמֵל כְּשֶׁחוֹתְכִין אוֹתוֹ:
La chair morte qui est dans le vivant : qui pousse sur l'homme vivant à cause d'une plaie ou d'une brûlure ; elle ne sent pas le scalpel quand on la coupe.
💡 Explication

Troisième image : l'insensibilité. La Guemara objecte par Rav Yitshak que le mort souffre des vers, preuve tirée d'Iyov. Elle corrige donc la formule : il s'agit de la chair morte dans un vivant (tissu cicatriciel, selon Rachi), insensible à la coupe. Israël, habitué aux épreuves, ne les ressent plus comme telles.

🖼️ Schéma
La chair morte et le scalpel Enoncé La chair du mort ne sent pas le scalpel Objection Rav Yitshak : le ver fait souffrir le mort (Iyov 14,22) Correction La chair morte DANS le vivant Rachi : tissu mort né d'une plaie ou d'une brûlure ; on le coupe sans douleur. Ainsi Israël, habitué aux épreuves, ne les ressent plus.
Enoncé, objection et correction sur l'image du scalpel.
8
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּרַם זָכוּר אוֹתוֹ הָאִישׁ לַטּוֹב וַחֲנַנְיָה בֶּן חִזְקִיָּה שְׁמוֹ, שֶׁאִלְמָלֵא הוּא נִגְנַז סֵפֶר יְחֶזְקֵאל, שֶׁהָיוּ דְּבָרָיו סוֹתְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה. מֶה עָשָׂה? — הֶעֱלוּ לוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי שֶׁמֶן, וְיָשַׁב בַּעֲלִיָּיה וְדַרְשָׁן.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : en vérité, que cet homme soit rappelé en bien, et Hananya ben Hizkiya est son nom ; car sans lui, le livre d'Ye'hezkel aurait été mis à l'écart (nignaz), parce que ses paroles contredisaient les paroles de la Torah. Qu'a-t-il fait ?

On lui monta trois cents jarres d'huile, il s'assit à l'étage et les interpréta (darchan).

📜 Rachi (3)
דִבְרֵי תוֹרָה כְּגוֹן נְבֵילָה וּטְרֵפָה וְגוֹ' לֹא יֹאכְלוּ הַכֹּהֲנִים הָא יִשְׂרָאֵל אוֹכְלִים וּכְגוֹן וְכֵן תַּעֲשֶׂה בְּשִׁבְעָה בַחֹודֶשׁ הֵיכָן נִרְמַז קָרְבָּן זֶה בַּתּוֹרָה:
Les paroles de la Torah : par exemple "toute nevela et terefa ... les Kohanim ne mangeront pas", ce qui implique que les Israélites en mangent ; et par exemple "et ainsi tu feras le sept du mois" : où ce sacrifice est-il évoqué dans la Torah ?
גַּרְבֵי לְמָאוֹר וְלִמְזוֹנוֹת:
Jarres : pour l'éclairage et pour la nourriture.
דְּרָשָׁן כִּדְדָרְשִׁינַן לְהָנֵי קְרָאֵי בִּמְנָחוֹת (דַּף מה.) דְּמִשּׁוּם דְּאִשְׁתְּרִי מְלִיקָה בְּחַטַּאת הָעוֹף גַּבַּיְיהוּ הֻוצְרַךְ לְהַזְהִירָם עַל מְלִיקַת חֻולִּין שֶׁהִיא נְבֵילָה:
Il les interpréta : comme nous interprétons ces versets dans Menahot (45a) : puisque la melika (mise à mort par pincement) leur avait été permise pour la hatat d'oiseau, il fallut les mettre en garde contre la melika d'un oiseau profane, qui est nevela.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בְּרַם, זָכוּר הָאִישׁ הַהוּא לַטּוֹב, וַחֲנַנְיָה בֶּן חִלְקִיָּה שְׁמוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לוֹמַר שְׁמוֹ נָאֶה לוֹ עַל חָכְמָתוֹ וּבִינָתוֹ שֶׁהָיְתָה עֶלְיוֹנָה עַל אַנְשֵׁי דּוֹרוֹ, כִּי שֶׁפַע חָכְמָה וּבִינָה בָּא מִן אוֹתִיּוֹת י"ה שֵׁם, וּלְכָךְ נִקְרָא חֲנַנְיָה אוֹתִיּוֹת 'חָנָן י"ה' וְכֵן בָּא חִלְקִיָּה ' חֵלֶק י"ה'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז חֲנַנְיָה בֶּן חִלְקִיָּה עִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה [329] שב"ט כְּמִנְיַן נִזְכַּר לְטוֹבָה [329] , וְלָזֶה אָמַר זָכוּר הָאִישׁ הַהוּא לַטּוֹב, וַחֲנַנְיָה בֶּן חִלְקִיָּה שְׁמוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר שְׁמוֹ מוֹרֶה שֶׁיִּהְיֶה נִזְכָּר לְטוֹבָה.
En vérité, que cet homme soit rappelé en bien, et Hananya ben Hilkiya est son nom. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est de dire que son nom lui convient en raison de sa sagesse et de son intelligence, qui étaient supérieures à celles des gens de sa génération ; car l'abondance de 'Hokhma et de Bina vient des lettres yod-hé, et c'est pourquoi il est appelé Hananya, lettres de "hanan yod-hé", et de même Hilkiya : "helek yod-hé". Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il y a une allusion : Hananya ben Hilkiya, avec le kollel, vaut chin-bet-têt [329], comme la valeur de "nizkar le-tova" (rappelé en bien) [329]. C'est pourquoi il dit : que cet homme soit rappelé en bien, et Hananya ben Hilkiya est son nom ; c'est-à-dire que son nom indique qu'il sera rappelé en bien.
שֶׁאִלְמָלֵא הוּא, נִגְנַז סֵפֶר יְחֶזְקֵאל, שֶׁהָיוּ דְּבָרָיו סוֹתְרִין דִּבְרֵי תוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּוַדַּאי גַּם קֹודֶם שֶׁדָּרְשׁוּ חֲנַנְיָה הָיוּ כָּל חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל מוֹדִים שֶׁאֵין בִּדְבָרָיו שׁוּם טָעוּת, כִּי הוּא נְבִיא אֱמֶת וְרַק דְּבָרָיו לֹא הָיוּ מוּבָנִים לָהֶם מִקֹּוצֶר הַמַּשִּׂיג, אַךְ הָיוּ מֻוכְרָחִים לִגְנֹוז מִפְּנֵי הַמִּינִים שֶׁהָיוּ יְרֵאִים פֶּן יַרְגִּישׁוּ בְּקֻושְׁיוֹת אֵלּוּ וְיִקְשׁוּ לָהֶם וְאֵין יוֹדְעִים לְהָשִׁיב וּבָזֶה יִסְתַּכְּנוּ, שֶׁכֵּן הָיָה דַּרְכָּם שֶׁהַמְנֻוצָּח בְּוִיכּוּחִים יִסְתַּכֵּן בְּיַד הַמְנַצְּחִים אַךְ אַחַר שֶׁדָּרְשׁוּ שֶׁנִּמְצָא בְּיָדָם תְּשׁוּבָה אָז לֹא נִשְׁאַר לָהֶם פַּחַד מִן הַמִּינִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לוֹמַר דְּאֶפְשָׁר הָיָה לַחֲנַנְיָה בֶּן חִלְקִיָּה אֵיזֶה נִיצוֹץ מִן יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה אוֹ אֵיזֶה שַׁיָּיכוּת עִמּוֹ, וּלְכָךְ מִכָּל חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל לֹא נִמְצָא מִי שֶׁיִּתְעוֹרֵר לִדְרֹושׁ דְּבָרָיו אֶלָּא הוּא, דְּהָא נִרְאֶה שֶׁאֵין דִּבְרֵי הַדְּרָשָׁה עֲמֻוקִּים מְאֹד וּבְנָקֵל הָיָה לְחַכְמֵי הַדּוֹר לְכַוֵּין וּלְהַשִּׂיג דְּבָרִים אֵלּוּ, וְרַק מִן הַשָּׁמַיִם הָיָה הַדָּבָר הַזֶּה דַּחֲנַנְיָה לְבַדּוֹ יַשִּׂיג זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמַז זֶה בְּרֵישׁ יְחֶזְקֵאל דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל א, ג) הָיֹה הָיָה דְבַר ה' אֶל יְחֶזְקֵאל וְכוּ', כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן הָיֹה הָיָה מוֹרֶה עַל שְׁנֵי הַווָּיוֹת שֶׁנִּתְהַוָּה הַסֵּפֶר, אַחַת בִּימֵי יְחֶזְקֵאל וְאַחַת בִּימֵי חֲנַנְיָה שֶׁאִלְמָלֵא הוּא הָיָה נִגְנַז וְעַתָּה נִתְחַדֵּשׁ. וְהִנֵּה מִסְפַּר יְחֶזְקֵאל בֶּן בּוּזִי הַכֹּהֵן עִם הָאוֹתִיּוֹת עוֹלֶה [329] שכ"ח כְּמִנְיַן חֲנַנְיָה בֶּן חִלְקִיָּה [328] , רָמַז שֶׁהוּא עָתִיד לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו, וּבָזֶה יוּבָן רֶמֶז הַכָּתוּב (יְחֶזְקֵאל כט, כא) בַּיּוֹם הַהוּא אַצְמִיחַ קֶרֶן לְבֵית יִשְׂרָאֵל וּלְךָ אֶתֵּן פִּתְחוֹן פֶּה בְּתוֹכָם, וְהַיְינוּ קֶרֶן [350] עוֹלֶה מִסְפַּר חֲנַנְיָה יְרֵא ה' [360] , וְעַל יְדֵי קֶרֶן הַזֶּה אֶתֵּן לְךָ פִּתְחוֹן פֶּה בְּתוֹכָם כִּי הוּא יְפָרֵשׁ דְּבָרֶיךָ הַסְּתוּמִים. וּמַה שֶׁהֶעֱלוּ לוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי שֶׁמֶן לֹא הָיָה צָרִיךְ כָּל כָּךְ וַאֲפִילּוּ לְחַד מִמֵּאָה, וְרַק הֵם חָרְדוּ חֲרָדָה גְּדוֹלָה לַעֲשׂוֹת הֲכָנָה כָּזֹאת לִכְבוֹד דִּבְרֵי הַנְּבוּאָה, וְהֶעֱלוּ שֶׁמֶן זַיִת לֶאֱכֹול כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּקַּח וְיִתְחַכֵּם, וְהוּא לֹא הֻוצְרַךְ לְכָל זֶה אֶלָּא תֵּיכֶף כְּשֶׁיָּשַׁב בָּעֲלִיָּה דְּרָשָׁן.
Car sans lui, le livre d'Ye'hezkel aurait été mis à l'écart, parce que ses paroles contredisaient les paroles de la Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que certainement, même avant que Hananya ne les interprète, tous les Sages d'Israël reconnaissaient qu'il n'y avait aucune erreur dans ses paroles, car il est un prophète de vérité ; seulement ses paroles ne leur étaient pas compréhensibles, par insuffisance de compréhension. Mais ils étaient contraints de le mettre à l'écart à cause des minim (hérétiques) : ils craignaient que ceux-ci ne remarquent ces difficultés et ne les leur opposent, et qu'ils ne sachent pas répondre et se mettent ainsi en danger, car leur usage était que le vaincu dans les disputes était en danger entre les mains des vainqueurs. Mais après qu'il les eut interprétés, ils eurent une réponse en main, et il ne leur resta plus de crainte des minim. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Hananya ben Hilkiya avait peut-être une étincelle (nitsots) du prophète Ye'hezkel, ou un lien avec lui ; c'est pourquoi, parmi tous les Sages d'Israël, il ne s'en trouva aucun pour s'éveiller à interpréter ses paroles, sinon lui. En effet, il semble que les paroles de cette interprétation ne soient pas très profondes, et qu'il aurait été facile aux Sages de la génération de les saisir ; mais cela venait du Ciel que Hananya seul le saisisse. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela est évoqué au début d'Ye'hezkel, où il est écrit (Ye'hezkel 1,3) : "Hayo haya devar Hachem el Ye'hezkel", etc. : la répétition hayo haya indique deux existences du livre, l'une aux jours d'Ye'hezkel, l'autre aux jours de Hananya, car sans lui il aurait été mis à l'écart, et maintenant il a été renouvelé. Et la valeur de "Ye'hezkel ben Bouzi ha-Kohen" avec les lettres vaut [329] chin-kaf-het (328), comme la valeur de "Hananya ben Hilkiya" [328] : allusion à ce qu'il allait expliquer ses paroles. Ainsi se comprend l'allusion du verset (Ye'hezkel 29,21) : "En ce jour, Je ferai germer une corne (keren) pour la maison d'Israël, et à toi Je donnerai l'ouverture de la bouche au milieu d'eux" : keren [350] a la valeur de "Hananya yere Hachem" [360] ; et par cette corne, Je te donnerai l'ouverture de la bouche au milieu d'eux, car il expliquera tes paroles fermées. Quant aux trois cents jarres d'huile qu'on lui monta, il n'en avait pas besoin d'autant, pas même d'une sur cent ; mais ils furent saisis d'une grande crainte et firent une telle préparation par honneur pour les paroles de la prophétie ; ils montèrent de l'huile d'olive à manger afin qu'il ait l'esprit ouvert et s'affine ; mais lui n'eut besoin de rien de tout cela : aussitôt assis à l'étage, il les interpréta.
💡 Explication

Certains versets d'Yehezkel (chap. 44-46) semblent contredire la Torah : les seuls les Kohanim sont avertis contre la nevela, un sacrifice du sept du mois inconnu de la Torah. On envisageait donc de mettre le livre à l'écart (gniza). Hananya ben Hizkiya s'isola à l'étage avec trois cents jarres d'huile (lumière et nourriture, Rachi) et résolut les contradictions par la derasha.

Exemple (Menahot 45a, cité par Rachi) : les Kohanim, à qui la melika est permise pour la hatat d'oiseau, avaient besoin d'un avertissement spécifique contre la melika d'un oiseau profane, qui est nevela.

9
וּשְׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר גָּזְרוּ. מַאי נִינְהוּ שְׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר? דִּתְנַן, אֵלּוּ פּוֹסְלִין אֶת הַתְּרוּמָה: הָאוֹכֵל אֹוכֶל רִאשׁוֹן, וְהָאוֹכֵל אֹוכֶל שֵׁנִי, וְהַשּׁוֹתֶה מַשְׁקִין טְמֵאִין, וְהַבָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בְּמַיִם שְׁאוּבִין, וְטָהוֹר שֶׁנָּפְלוּ עַל רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ שְׁלֹשָׁה לֻוגִּין מַיִם שְׁאוּבִין, וְהַסֵּפֶר, וְהַיָּדַיִם, וְהַטְּבוּל יוֹם, וְהָאוֹכְלִים וְהַכֵּלִים שֶׁנִּטְמְאוּ בְּמַשְׁקִין.

"Et ils décrétèrent dix-huit choses." Quelles sont ces dix-huit choses ? Comme nous l'avons appris : voici ce qui rend la terouma passoule (invalide) : celui qui mange un aliment rishon (au premier degré d'impureté), celui qui mange un aliment cheni (au second degré), celui qui boit des liquides impurs, celui qui entre, tête et majeure partie du corps, dans de l'eau puisée, le pur sur la tête et la majeure partie du corps duquel tombent trois log d'eau puisée, le livre, les mains, le tevoul yom (qui s'est immergé le jour même), et les aliments et les ustensiles qui ont été rendus impurs par des liquides.

📜 Rachi (7)
הָאוֹכֵל אֹוכֶל רִאשׁוֹן מִן הַתּוֹרָה אֵין אֹוכֶל מְטַמֵּא אָדָם הָאוֹכְלוֹ חוּץ מִנִּבְלַת עוֹף טָהוֹר אֲבָל נִבְלַת בְּהֵמָה לֹא כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת נִדָּה (פ"ה דמ"ב:) מִי שֶׁאֵין לוֹ טֻומְאָה אֶלָּא בַּאֲכִילָתָהּ יָצְתָה זוֹ שֶׁיֵּשׁ לָהּ טֻומְאָה קֹודֶם שֶׁיֹּאכְלֶנָּה וכ"ש אֹוכֶל רִאשׁוֹן שֶׁאֵינוֹ אַב הַטֻּומְאָה אֲבָל הֵן גָּזְרוּ בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא לְקַמָּן בְּכוּלְּהוּ וְשִׁיעוּרָן לִפְסֹול אֶת הַגְּוִיָּה בַּחֲצִי פְרָס בְּפֶרֶק יוֹם הַכִּפּוּרִים (יוֹמָא ד' פ:) וְהָתָם נָמֵי אָמַר הַנַּח לְטֻומְאַת גְּוִיָּה דְּלָאו דְּאוֹרָייְתָא וּמָצָאתִי בְּסֵפֶר עָרוּךְ מְשֻׁונֶּה טֻומְאָה זוֹ מִטֻּומְאָה דְּאוֹרָייְתָא דְּסַגִּי לָהּ בִּטְבִילָה לִתְרוּמָה דְּלָא בָּעֲיָא הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ דְּתַנְיָא בְּסִפְרֵי אֵין הָאוֹכֵל אֳוכָלִים טְמֵאִין וְלֹא הַשּׁוֹתֶה מַשְׁקִין טְמֵאִין טָמֵא טֻומְאַת עֶרֶב:
Celui qui mange un aliment rishon : selon la Torah, un aliment ne rend pas impur l'homme qui le mange, sauf la nevela d'un oiseau pur ; mais pas la nevela d'une bête, comme on le dit dans le traité Nidda (42b) : "ce qui n'a d'impureté que par sa consommation", ce qui exclut celle-ci qui a une impureté avant qu'on la mange ; à plus forte raison un aliment rishon, qui n'est pas av ha-toumah (source d'impureté). Mais ils décrétèrent ce jour-là, comme la raison en est expliquée plus loin pour chacun d'eux ; et leur mesure pour rendre le corps passoul est d'un demi-peras, au chapitre Yom ha-Kippourim (Yoma 80b), et là aussi on dit : laisse l'impureté du corps, qui n'est pas de la Torah. Et j'ai trouvé dans le livre du Aroukh : cette impureté diffère de l'impureté de la Torah en ce qu'une immersion suffit pour la terouma, sans avoir besoin du coucher du soleil, comme il est enseigné dans le Sifre : celui qui mange des aliments impurs ou boit des liquides impurs n'est pas impur d'une impureté jusqu'au soir.
וְהַבָּא לְאַחַר שֶׁטָּבַל מִטֻּומְאָתוֹ בְּמַיִם שְׁאוּבִין בּוֹ בַּיּוֹם:
Et celui qui entre : après s'être immergé de son impureté, (s'il entre) dans de l'eau puisée le jour même.
וְטָהוֹר גָּמוּר שֶׁנָּפְלוּ עַל רֹאשׁוֹ כו':
Et le pur : entièrement pur, sur la tête duquel tombent, etc.
וְהַסֵּפֶר כָּל כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים פּוֹסְלִין תְּרוּמָה בְּמַגָּעָן:
Et le livre : tous les écrits saints, Torah, Prophètes et Hagiographes, rendent la terouma passoule par leur contact.
וְהַיָּדַיִם סְתָמָן קֹודֶם נְטִילָתָן:
Et les mains : les mains ordinaires, avant leur ablution.
וּטְבוּל יוֹם וּלְקַמָּן פָּרִיךְ טְבוּל יוֹם מִדְּאוֹרַיְיתָּא הוּא:
Et le tevoul yom : et plus loin (la Guemara) objecte : le tevoul yom est (passoul) selon la Torah !
וְהָאֳוכָלִין וְהַכֵּלִים שֶׁנִּטְמְאוּ בְּמַשְׁקִין לְקַמָּן בָּעֵי לָהּ:
Et les aliments et les ustensiles rendus impurs par des liquides : plus loin on le discute.
🗂️ Tossefot (4)
אֹוכֶל רִאשׁוֹן וְאֹוכֶל שֵׁנִי אִי תְּנַן אֹוכֶל רִאשׁוֹן לְחוּד לָא הֲוָה יָדְעִינַן מִינֵּיהּ אֹוכֶל שֵׁנִי וְאִי תְּנָא אֹוכֶל שֵׁנִי הֲוָה אֲמִינָא דְּאֹוכֶל רִאשׁוֹן נָמֵי טַמּוֹיֵי מְטַמֵּא:
Aliment rishon et aliment cheni : si l'on avait enseigné seulement aliment rishon, nous n'en aurions pas déduit aliment cheni ; et si l'on avait enseigné aliment cheni, j'aurais pensé que l'aliment rishon rend même impur.
וְהַשּׁוֹתֶה מַשְׁקִין טְמֵאִים לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ רִאשׁוֹן וְשֵׁנִי דִּלְעוֹלָם מַשְׁקִין תְּחִלָּה הָווּ אע"ג דְּאַכַּתִּי לֹא נִגְזֹר כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ בְּסָמוּךְ מ"מ הָיָה בְּדַעְתָּם לִגְזֹור מִיָּד וּצְרִיכָא לְאַשְׁמְעִינַן מַשְׁקִין וְאוֹכְלִין כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ דְּהַךְ דְּמַשְׁקִין לָא שְׁכִיחַ וְאִי תְּנָא מַשְׁקִין הֵ"א דַּוְקָא מַשְׁקִין דַּחֲמִירִי אֲבָל אֹוכֶל לָא פְּסִיל כְּלָל:
Et celui qui boit des liquides impurs : premier et second degré ne s'y appliquent pas, car les liquides sont toujours au premier degré (tehila), bien que cela n'ait pas encore été décrété, comme je l'expliquerai bientôt ; néanmoins, ils avaient l'intention de le décréter aussitôt. Et il fallait enseigner à la fois les liquides et les aliments, comme on le dit bientôt : le cas des liquides n'est pas fréquent ; et si l'on avait enseigné les liquides, j'aurais pensé : seulement les liquides, qui sont plus graves, mais un aliment ne rend pas du tout passoul.
וְהַבָּא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בְּמַיִם שְׁאוּבִין וא"ת תִּיפּוֹק לֵיהּ שֶׁהוּא טְבוּל יוֹם וְי"ל דְּנָפְקָא מִינָּהּ דַּאֲפִילּוּ הֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ פּוֹסֵל עַד שֶׁיַּחֲזֹור וְיִטְבֹּול:
Et celui qui entre, tête et majeure partie du corps, dans de l'eau puisée : et si tu demandes, déduis-le de ce qu'il est tevoul yom ! On peut répondre que la différence est que, même après le coucher du soleil, il rend passoul jusqu'à ce qu'il s'immerge de nouveau.
וְטָהוֹר שֶׁנָּפְלוּ עַל רֹאשׁוֹ כּוּ' וְא"ת מ"ש דִּבְטָהוֹר לֹא גָּזְרוּ כ"א בְּנָפַל וְלֹא גָּזְרוּ נָמֵי בְּבִיאָה כְּמוֹ בִּטְבוּל יוֹם וְנִרְאֶה לר"י דִּבְטָהוֹר לֹא רָצוּ לִגְזֹור יוֹתֵר אֶלָּא דַּוְקָא בִּנְפִילָה כְּמוֹ שֶׁרְגִילִים לְהַפִּיל עֲלֵיהֶם מַיִם שְׁאוּבִים אַחַר שֶׁטָּבְלוּ בְּמַיִם סְרוּחִים כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וְהָיוּ נוֹתְנִים עֲלֵיהֶם ג' לֻוגִּים מַיִם שְׁאוּבִים [וְע"ע תּוֹסְ' גִּיטִּין מז. ד"ה רָבָא]:
Et le pur sur la tête duquel tombent, etc. : et si tu demandes pourquoi, pour le pur, on n'a décrété que sur la chute et non aussi sur l'entrée, comme pour le tevoul yom : il semble au Ri que, pour le pur, on n'a pas voulu décréter davantage que la chute, car ils avaient l'habitude de verser sur eux de l'eau puisée après s'être immergés dans une eau croupie, comme on le dit bientôt : ils versaient sur eux trois log d'eau puisée [voir aussi Tossefot Guittin 47a, s.v. Rava].
💡 Explication

Première liste des dix-huit décrets : la mishna de Zavim (5,12) sur ce qui rend la terouma passoule. Passoul signifie que la terouma touchée devient invalide sans transmettre l'impureté à une autre terouma. Plusieurs de ces cas n'ont aucune source dans la Torah (Rachi : un aliment ne rend pas impur celui qui le mange, sauf la nevela d'oiseau pur) ; ce sont des gzerot (décrets rabbiniques).

Les cas du tevoul yom et des aliments rendus impurs par des liquides posent question : la Guemara les examinera. Tossefot justifie la mention à la fois de l'aliment rishon et de l'aliment cheni, et des aliments à côté des liquides.

🖼️ Schéma
Ce qui rend la terouma passoule (1re liste des 18 décrets) Des personnes 1. Qui mange un aliment rishon 2. Qui mange un aliment cheni 3. Qui boit des liquides impurs 4. Qui entre tête et majeure partie du corps dans de l'eau puisée (après tevila) 5. Le pur sur qui tombent 3 log d'eau puisée (tête et majeure partie) 6. Le tevoul yom (immergé, avant le soir) Rachi : la Guemara objectera qu'il est déjà passoul selon la Torah Des objets 7. Le livre (tout écrit saint, Rachi) 8. Les mains (avant l'ablution) 9. Les aliments et les ustensiles rendus impurs par des liquides Rachi : sera discuté plus loin Passoul sans être tame La terouma touchée devient invalide mais ne rend pas une autre terouma passoule Question ouverte en fin de daf : quel tana dit que manger rishon ou cheni rend passoul sans rendre tame ?
Les neuf cas de la liste.
10
מַאן תְּנָא הָאוֹכֵל אֹוכֶל רִאשׁוֹן וְהָאוֹכֵל אֹוכֶל שֵׁנִי — מִפָּסֵל פָּסְלִי, טַמּוֹיֵי

Quel tana (enseigne que) celui qui mange un aliment rishon et celui qui mange un aliment cheni rendent passoul, (mais ne) rendent (pas) impur ...

📜 Rachi (2)
מַאן תְּנָא מִי הוּא הָאוֹמֵר כֵּן:
Quel tana : qui est celui qui dit cela ?
פָּסְלִי אֶת הַתְּרוּמָה וְאוֹתָהּ תְּרוּמָה לֹא תִּפְסֹול אַחֶרֶת שׁוּב בְּמַגָּעָהּ:
Rendent passoul : la terouma ; et cette terouma ne rendra plus passoule une autre par son contact.
💡 Explication

La Guemara cherche l'auteur de cette mishna : selon qui la personne qui mange un aliment impur rend seulement passoul (la terouma devient invalide sans propager l'impureté), mais ne rend pas tame ? La réponse suit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).