Sougya : Début du chapitre Rabbi Eliezer de-Mila. La michna oppose Rabbi Eliezer, pour qui les préparatifs de la mila (porter l'izmel, couper du bois, forger l'instrument) repoussent le Chabbat, à Rabbi Akiva, pour qui seul ce qui ne pouvait pas être fait la veille repousse le Chabbat.
La Guemara établit que Rabbi Eliezer exige l'izmel à découvert par amour de la mitsva (hibbouv mitsva), puis discute du nombre de témoins. Elle rapporte les usages locaux (Rabbi Eliezer, Rabbi Yossi HaGlili et la volaille au lait) et la récompense de la ville qui suivait Rabbi Eliezer.
Deux baraitot comparent les mitsvot reçues dans la joie ou en querelle, avec ou sans sacrifice de soi, ce qui amène le récit d'Elicha 'aux ailes'.
MICHNA. Rabbi Eliezer dit : s'il n'a pas apporté l'instrument [de la mila] la veille de Chabbat, il l'apporte le Chabbat à découvert ; et en temps de danger, il le couvre, devant témoins.
Le chapitre traite des makhchirei mila (préparatifs de la circoncision) un Chabbat. Pour Rabbi Eliezer, si la mila repousse le Chabbat, ses préparatifs aussi : on peut porter l'izmel même dans le domaine public.
Il exige que l'instrument soit porté megoule (à découvert). En période de persécution, où la mila était interdite par le pouvoir, on le couvre, et des témoins savent ce qu'il porte.
Et Rabbi Eliezer a dit encore : on coupe du bois pour faire du charbon, afin de fabriquer [un instrument de] fer.
Rabbi Eliezer va jusqu'au bout de sa logique : même la fabrication de l'instrument, qui implique plusieurs melakhot (couper, allumer, forger), repousse le Chabbat.
Règle générale, dit Rabbi Akiva : tout travail qu'il est possible de faire la veille de Chabbat ne repousse pas le Chabbat ; et la mila, qu'il est impossible de faire la veille de Chabbat, repousse le Chabbat.
Le critère de Rabbi Akiva : ce qui pouvait être fait avant Chabbat ne justifie pas de profaner le Chabbat. Seule la coupe elle-même, fixée au huitième jour, repousse le Chabbat. La halakha suit Rabbi Akiva (voir le Roch).
GUEMARA. Ils ont posé la question : la raison de Rabbi Eliezer est-elle l'amour de la mitsva (hibbouv mitsva), ou bien est-ce à cause du soupçon (hachad) ?
Quelle différence pratique ? Le cas où on l'apporte couvert, devant témoins.
Si tu dis que c'est à cause de l'amour de la mitsva : à découvert, oui ; couvert, non. Mais si tu dis que c'est à cause du soupçon : même couvert, c'est bien.
Qu'en est-il ?
Structure classique d'une ibbaya suivie de sa nafka mina (conséquence pratique). Les deux raisons s'accordent pour exiger l'instrument visible dans le cas simple ; elles divergent quand il est couvert mais que des témoins savent ce qu'il porte.
Il a été dit : Rabbi Levi a dit : Rabbi Eliezer ne l'a dit que pour l'amour de la mitsva. On a enseigné aussi ainsi [dans une baraita] : on l'apporte à découvert, et on ne l'apporte pas couvert ; ce sont les paroles de Rabbi Eliezer.
Rav Achi a dit : la michna aussi est précise en ce sens, car elle enseigne : 'en temps de danger, il le couvre devant témoins' ; en temps de danger, oui, hors temps de danger, non. Déduis-en que c'est à cause de l'amour de la mitsva.
Déduis-en.
Trois appuis pour hibbouv mitsva : la déclaration de Rabbi Levi, une baraita explicite, et un diyouk (lecture précise) de Rav Achi. Si l'on pouvait couvrir devant témoins en temps normal, la michna n'aurait pas limité ce cas au temps de danger.
On a enseigné dans une autre [baraita] : on l'apporte à découvert et on ne l'apporte pas couvert, ce sont les paroles de Rabbi Eliezer. Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Eliezer : on avait l'habitude, en temps de danger, de l'apporter couvert devant témoins.
Ils ont posé la question : les témoins dont il parle, est-ce lui et un autre, ou bien lui et deux [autres] ?
Le porteur de l'izmel peut-il compter parmi les edim (témoins) qui le protègent du soupçon ? Si oui, un seul autre suffit.
Viens et entends : 'en temps de danger, il le couvre devant témoins'. Si tu dis : lui et deux [autres], c'est bien.
Mais si tu dis : lui et un autre, pourquoi 'témoins' ? [Réponse :] parce qu'ils sont aptes à témoigner ailleurs.
La preuve tirée du pluriel edim est réfutée : ici on ne fait que dissiper un hachad, pas établir un fait en justice. Le mot 'témoins' désigne des personnes qui, dans un autre contexte, seraient aptes à témoigner. La question reste ouverte.
Et Rabbi Eliezer a dit encore [etc.]. Nos Maîtres ont enseigné : dans la localité de Rabbi Eliezer, on coupait du bois pour faire du charbon afin de fabriquer du fer le Chabbat ; dans la localité de Rabbi Yossi HaGlili, on mangeait de la viande de volaille au lait.
Principe du mara de-atra (autorité locale) : dans la ville d'un maître, on suit sa position même contre la majorité.
Levi arriva chez Yossef le chasseur d'oiseaux. On lui présenta une tête de paon au lait ; il ne mangea pas.
Quand il vint devant Rabbi, celui-ci lui dit : pourquoi ne les as-tu pas mis au ban (chamta) ? Il lui dit : c'était la localité de Rabbi Yehouda ben Beteira, et je me suis dit : peut-être leur a-t-il enseigné selon Rabbi Yossi HaGlili.
Levi s'abstient lui-même mais ne sanctionne pas ses hôtes : s'ils suivent l'enseignement de leur maître local, ils ne transgressent pas.
Comme nous l'avons appris : Rabbi Yossi HaGlili dit : il est dit 'vous ne mangerez aucune nevela' (Devarim 14,21) et il est dit 'tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère'. Ce qui est interdit à cause de nevela est interdit à cuire dans le lait.
La volaille, qui est interdite à cause de nevela, on pourrait penser qu'il soit interdit de la cuire dans le lait ; le verset dit : 'dans le lait de sa mère', ce qui exclut la volaille, qui n'a pas de lait maternel.
Nevela : une bête morte sans chehita valide. La juxtaposition des deux interdits dans un même verset étend bassar be-halav à tout ce qui a un statut de nevela, puis l'expression 'de sa mère' exclut la volaille. Selon les autres Sages, la volaille au lait est interdite d'ordre rabbinique.
Rabbi Yitshak a dit : il y avait une ville en Erets Israël où l'on agissait selon Rabbi Eliezer, et ils mouraient en leur temps. Plus encore : une fois, le royaume impie a promulgué un décret contre Israël au sujet de la mila, et contre cette ville il n'a pas décrété.
Deux récompenses pour cette ville : ses habitants ne mouraient pas avant leur temps, et le décret romain contre la mila ne l'a pas visée. Cela illustre la valeur du hibbouv mitsva établi plus haut.
On a enseigné : Rabban Chimon ben Gamliel dit : toute mitsva qu'ils ont acceptée dans la joie, comme la mila, ainsi qu'il est écrit : 'je me réjouis de Ta parole comme celui qui trouve un grand butin' (Tehilim 119,162), ils l'accomplissent encore dans la joie. Et toute mitsva qu'ils ont acceptée dans la querelle, comme les arayot (unions interdites), ainsi qu'il est écrit : 'Moche entendit le peuple pleurer selon ses familles' (Bamidbar 11,10), au sujet de ses familles, ils l'accomplissent encore dans la querelle : il n'y a pas de ketouba où l'on ne jette une dispute.
La manière dont une mitsva a été reçue marque durablement la manière dont elle est pratiquée. La mila est célébrée par un festin. Les arayot ont été reçues dans les pleurs, lus comme 'au sujet des familles', c'est-à-dire des proches désormais interdites ; les négociations de ketouba donnent encore lieu à des disputes.
On a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : toute mitsva pour laquelle Israël s'est livré à la mort au temps du décret du royaume, comme [le refus de] l'idolâtrie et la mila, est encore fermement tenue entre leurs mains ; et toute mitsva pour laquelle Israël ne s'est pas livré à la mort au temps du décret du royaume, comme les tefilin, est encore relâchée entre leurs mains.
Messirout nefech (se livrer à la mort pour une mitsva) : la mitsva défendue au prix de la vie reste solidement pratiquée. Les tefilin, pour lesquels on ne s'est pas sacrifié, sont restés négligés.
Car Rabbi Yannai a dit : les tefilin exigent un corps propre, comme Elicha l'homme aux ailes. Qu'est-ce que cela veut dire ?
Abayé a dit : qu'il ne laisse pas échapper de vent avec eux. Rava a dit : qu'il ne dorme pas avec eux.
Le lien avec la baraita précédente : l'exigence de gouf naki rendait les tefilin difficiles à porter en permanence. Rachi en déduit qu'on y était peu attentif, et que seul Elicha a risque sa vie pour eux.
Et pourquoi l'appelait-on Elicha l'homme aux ailes ? Parce qu'une fois, le royaume impie promulgua un décret contre Israël : quiconque met les tefilin sur sa tête, on lui percera le cerveau.
Elicha mettait les tefilin et sortait au marché. Un officier (kasdor) le vit ; il courut devant lui, et l'officier courut après lui.
Quand il arriva près de lui, [Elicha] les retira de sa tête et les tint dans sa main. Il lui dit : qu'y a-t-il dans ta main ?
Il lui dit : des ailes de colombe. Il ouvrit la main, et on y trouva des ailes de colombe.
C'est pourquoi on l'appelait l'homme aux ailes.
Elicha porte les tefilin malgré un décret passible de mort : c'est la messirout nefech dont parlait Rabbi Chimon ben Elazar. Selon Tossefot, il n'est pas allé jusqu'à déclarer qu'il s'agissait de tefilin.
Qu'y a-t-il de particulier aux ailes de colombe, pour qu'il les lui ait mentionnées, et non [les ailes] d'autres oiseaux ? Parce que l'assemblée d'Israël est comparée à une colombe, ainsi qu'il est dit : 'les ailes de la colombe couvertes d'argent, et ses plumes d'un or verdoyant' (Tehilim 68,14).
De même que la colombe, ses ailes la protègent, de même Israël, les mitsvot le protègent.
Le miracle correspond au symbole : les mitsvot sont pour Israël ce que les ailes sont pour la colombe, sa seule protection.
Rabbi Abba bar Rav Ada a dit au nom de Rabbi Yitshak : une fois, on oublia et on n'apporta pas l'izmel la veille de Chabbat, et on l'apporta le Chabbat [par les toits et par les cours]
Le récit se poursuit au daf 130b : ce passage par les toits et les cours suit l'avis de Rabbi Chimon, contre celui de Rabbi Eliezer et celui des Sages (voir le Roch sur le segment 4).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).