Sougya : Le daf poursuit le récit d'un izmel (scalpel de la mila) oublié la veille du Chabbat et apporté par les toits et les cours, <i>shelo birtson R. Eliezer</i>.
Rav Yosef objecte que ni R. Eliezer ni ses opposants ne s'accordent avec ce récit ; Rav Achi répond qu'il suit R.
Chimon, pour qui toits, cours et enclos forment un seul domaine. R.
Zeira demande alors à R. Assi si un mavoi (impasse) sans chitouf est comme une cour ; R.
Assi, d'abord silencieux, tranche ensuite par l'incident rapporté par R. Yehouda le mohel.
Enfin, la règle de Rav (4 amot seulement) est précisée par Rabba bar Avouh, et Rav Hanina Hozaa en cherche la raison.
(Ils l'ont apporté par les toits et les cours) contre la volonté de Rabbi Eliezer.
Fin de l'enseignement cité sur 130a : dans un lieu, on avait oublié d'apporter l'izmel (scalpel de la mila) la veille du Chabbat ; on l'a apporté le Chabbat par les toits et les cours, qui n'étaient pas reliés par un eirouv.
Tossefot soulève une question de principe : si l'on peut accomplir la mila sans enfreindre d'interdit de la Torah (par un chemin rabbinique), pourquoi R. Eliezer permettrait-il le domaine public ?
Rav Yosef objecte : contre la volonté de R. Eliezer ?
Au contraire, c'est R. Eliezer qui le permet !
Et si tu dis : contre la volonté de R. Eliezer, qui permet même par le domaine public, mais selon la volonté des Rabbanan, qui interdisent par le domaine public et permettent par les toits, par les cours et les enclos - le permettent-ils donc ?
N'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : de même qu'on ne l'apporte pas par le domaine public, ainsi on ne l'apporte ni par les toits, ni par les enclos, ni par les cours !
Rav Yosef attaque la formule shelo birtson R. Eliezer en deux temps. D'abord, R. Eliezer permet davantage (même le domaine public) ; ensuite, si l'on comprend que l'incident suit les Rabbanan, une baraita montre qu'ils interdisent aussi les toits, cours et enclos non unis.
Mais Rav Achi a dit : contre la volonté de R. Eliezer et de ceux qui sont en désaccord avec lui, mais selon la volonté de R.
Chimon. Car nous avons appris (dans une michna) : R.
Chimon dit : les toits, les enclos et les cours sont tous un seul domaine pour les objets qui s'y trouvaient (à l'entrée du Chabbat), et non pour les objets qui se trouvaient dans la maison.
Rav Achi résout la difficulté : l'incident suit R. Chimon. En passant par les cours, les porteurs ont montré qu'ils tenaient que les machkhirei mila (préparatifs de la mila) ne repoussent pas le Chabbat, contre R. Eliezer ; et ils ont utilisé les cours, que les opposants de R. Eliezer interdisent même pour la mila.
Pour R. Chimon, gaggot, karpifot, hatserot sont un seul domaine, à condition que l'objet s'y soit trouvé à l'entrée du Chabbat. L'izmel était dans ce cas (Tossefot).
R. Zeira demanda à R.
Assi : un mavoi (impasse) dans lequel on n'a pas fait de chitouf, peut-on transporter dans tout son espace ? Disons-nous qu'il est comme une cour : de même qu'une cour, bien qu'on n'y ait pas fait d'eirouv, on peut transporter dans toute la cour, de même ici, bien qu'on n'y ait pas fait de chitouf, on peut transporter dans tout le mavoi ?
Ou peut-être n'est-il pas semblable à une cour, car une cour a quatre murs et celui-ci n'a pas quatre murs. Ou encore : une cour a des habitants, et celui-ci n'a pas d'habitants ?
Il se tut et ne lui dit rien.
Vocabulaire : eirouv hatserot unit les maisons d'une même cour ; chitouf mevoot unit les cours qui débouchent sur un mavoi (impasse fermée par un lehi ou une kora).
Une cour sans eirouv reste un espace où l'on transporte les objets qui s'y trouvent. R. Zeira demande si le mavoi sans chitouf a le même statut. Deux raisons de distinguer : le nombre de murs (trois au lieu de quatre) et l'usage (la cour est habitée, le mavoi sert de passage). R. Assi garde le silence.
Une autre fois, il le trouva assis en train de dire : R. Chimon ben Lakich a dit au nom de R.
Yehouda ha-Nassi : une fois, on a oublié et on n'a pas apporté l'izmel la veille du Chabbat, et on l'a apporté le Chabbat ; et la chose fut difficile aux yeux des Sages : comment laisse-t-on les paroles des Sages pour agir selon R. Eliezer ?
D'une part, R. Eliezer est chammouti !
Et de plus, (entre) un seul et une majorité, la halakha suit la majorité !
R. Assi rapporte un incident : l'izmel oublié a été apporté le Chabbat, et les Sages s'en sont étonnés. Deux raisons de ne pas suivre R. Eliezer : il est chammouti, et la règle yahid ve-rabbim, halakha ke-rabbim (entre un seul et la majorité, on suit la majorité).
Le mot chammouti reçoit deux explications : mis au ban (Bavli, Bava Metsia 59b) ou disciple de Beit Chammai (Yerouchalmi, prouvé par Rabbenou Tam dans Tossefot).
Et R. Ochaya a dit : j'ai interrogé R.
Yehouda le circonciseur, et il m'a dit : c'était un mavoi dans lequel on n'avait pas fait de chitouf, et on l'a apporté de ce bout-ci à ce bout-là. (R.
Zeira) lui dit : le Maître pense donc qu'un mavoi sans chitouf, on peut y transporter dans tout son espace ? Il lui dit : oui.
Il lui dit : mais une fois je te l'ai demandé et tu ne m'as pas dit cela ! Peut-être, dans le flot (de ton étude), ton savoir t'est revenu ?
Il lui dit : oui, dans le flot (de l'étude), mon savoir m'est revenu.
Le récit se précise : l'izmel a traversé un mavoi sans chitouf, d'une extrémité à l'autre (voir le plan en haut de page). R. Zeira en déduit que R. Assi tient qu'on peut transporter dans tout ce mavoi, ce qui répond à sa question du segment 3.
R. Assi reconnaît que la réponse lui est revenue en repassant l'enseignement : agav chitfa, dans l'élan de l'étude.
Il a été dit : R. Zeira a dit au nom de Rav : un mavoi dans lequel on n'a pas fait de chitouf, on n'y transporte que sur quatre amot.
Rav semble s'opposer à la conclusion précédente : le mavoi sans chitouf est limité à quatre amot, comme une karmelit.
Abaye a dit : cet enseignement, R. Zeira l'a dit et ne l'a pas expliqué, jusqu'à ce que vienne Rabba bar Avouh et l'explique.
Car Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh au nom de Rav : un mavoi dans lequel on n'a pas fait de chitouf, si on a uni les cours avec les maisons, on n'y transporte que sur quatre amot ; si on n'a pas uni les cours avec les maisons, on peut transporter dans tout le mavoi.
Rabba bar Avouh précise la règle de Rav : tout dépend de l'eirouv à l'intérieur des cours. Si chaque cour est unie à ses maisons, le mavoi sans chitouf est limité à quatre amot ; si les cours n'ont pas d'eirouv, on transporte dans tout le mavoi. Le résultat paraît inversé de l'attente : c'est l'objet de la question suivante.
Rav Hanina Hozaa dit à Rabba : en quoi est-ce différent quand on a uni les cours avec les maisons ? (Est-ce) parce que les cours ont été détachées (de leur statut) et sont devenues des maisons ; et Rav suit sa propre opinion, car Rav a dit : le mavoi n'est pas rendu permis par un lehi et une kora, tant qu'il n'y a pas
Rav Hanina Hozaa propose la raison : pour Rav, un mavoi n'est rendu permis par lehi (montant latéral) ou kora (poutre transversale) que si des maisons et des cours y débouchent. Quand les cours sont unies à leurs maisons, elles perdent leur statut de cour (nitkou hatserot ve-naassou batim) : le mavoi n'a plus de cours qui s'y ouvrent, il n'est plus un mavoi valable et reste une karmelit (quatre amot).
La phrase se termine sur 131a. Tossefot anticipe la suite de la discussion.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).