Shabbat 130b — L'izmel apporté par toits et cours ; le mavoi sans chitouf

Shabbat 130b

Sougya : Le daf poursuit le récit d'un izmel (scalpel de la mila) oublié la veille du Chabbat et apporté par les toits et les cours, <i>shelo birtson R. Eliezer</i>.

Rav Yosef objecte que ni R. Eliezer ni ses opposants ne s'accordent avec ce récit ; Rav Achi répond qu'il suit R.

Chimon, pour qui toits, cours et enclos forment un seul domaine. R.

Zeira demande alors à R. Assi si un mavoi (impasse) sans chitouf est comme une cour ; R.

Assi, d'abord silencieux, tranche ensuite par l'incident rapporté par R. Yehouda le mohel.

Enfin, la règle de Rav (4 amot seulement) est précisée par Rabba bar Avouh, et Rav Hanina Hozaa en cherche la raison.

Apporter l'izmel le Chabbat : qui permet quel chemin ? R. Eliezer Rabbanan (ses opposants) R. Chimon Par le domaine public (rechout ha-rabim) permis : les préparatifs de la mila repoussent le Chabbat interdit interdit Par toits, cours, enclos sans eirouv (interdit de rang rabbinique) permis (à plus forte raison) interdit : les Sages maintiennent leur interdit même ici permis pour un objet qui s'y trouvait à l'entrée du Chabbat L'incident : on a apporté l'izmel par toits et cours, sans eirouv. Rav Achi : l'incident suit R. Chimon. R. Eliezer aurait permis le domaine public, et ses opposants interdisent aussi ce chemin.
Les trois positions (R. Eliezer, ses opposants, R. Chimon) et la résolution de Rav Achi.
Le mavoi (impasse) : cours, maisons, et l'incident de l'izmel MAVOÏ (impasse) - 3 murs, ouvert sur le domaine public lehi / kora domaine public Cour (hatser) 1 maison maison maison Cour (hatser) 4 maison maison maison Cour (hatser) 2 maison maison maison Cour (hatser) 5 maison maison maison Cour (hatser) 3 maison maison maison Cour (hatser) 6 maison maison maison izmel bébé Eirouv = union des maisons d'une cour. Chitouf = union des cours dans le mavoi.
Plan d'un mavoi entouré de cours et de maisons ; trajet de l'izmel d'un bout à l'autre de l'impasse (récit de R. Yehouda le mohel).
Mavoi sans chitouf : où peut-on porter ? (Rav, selon Rabba bar Avouh) Mavoi sans chitouf Les cours ont-elles un eirouv ? oui non Cours unies à leurs maisons -> seulement 4 amot dans le mavoi Cours non unies à leurs maisons -> permis dans tout le mavoi Rav Hanina Hozaa : les cours sont détachées et deviennent des maisons. Rav : un mavoi n'est permis par lehi et kora que si maisons ET cours y débouchent. Suite de la discussion : 131a
La règle de Rav expliquée par Rabba bar Avouh, et la raison proposée par Rav Hanina Hozaa.
1
שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

(Ils l'ont apporté par les toits et les cours) contre la volonté de Rabbi Eliezer.

🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן ר"א דְּשָׁרֵי אַפֵּי' ברה"ר קָשֶׁה לְרַשְׁבָּ"א הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (שַׁבָּת דַּף קלג.) כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא עֲשֵׂה וְלֹא תַעֲשֶׂה אִם אַתָּה יָכוֹל לְקַיֵּים אֶת שְׁנֵיהֶם מוּטָב כּוּ' וְהָכָא כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְקַיֵּים אֶת שְׁנֵיהֶם לַהֲבִיאוֹ דֶּרֶךְ גַּגּוֹת וַחֲצֵירוֹת וְקַרְפֵּיפוֹת אַמַּאי יָבִיאוּ אוֹתוֹ דֶּרֶךְ רה"ר וְלֵיכָּא לְמֵימַר דִּלְגַבֵּי מִילָה דְּגַלִּי רַחֲמָנָא בָּהּ דְּדָחֵי שַׁבָּת כִּדְדָרְשִׁינַן לְקַמָּן לָא אָמְרִינַן הָכִי דְּהָא לְקַמָּן גַּבֵּי בָּשָׂר אַפֵּי' בִּמְקוֹם בַּהֶרֶת יָקוֹץ כו' אָמְרִינַן כדר"ל דְּאָמַר ר"ל כָּל מָקוֹם שֶׁאַתָּה מוֹצֵא כו':
Contre la volonté de R. Eliezer, qui permet même par le domaine public : difficulté pour le Rachba. Nous disons plus loin dans notre perek (Chabbat 133a) : partout où tu trouves un commandement positif et un interdit, si tu peux accomplir les deux, c'est préférable, etc. Ici, puisqu'il est possible d'accomplir les deux en l'apportant par les toits, les cours et les enclos, pourquoi l'apporterait-on par le domaine public ? Et on ne peut pas dire que pour la mila, dont la Torah a révélé qu'elle repousse le Chabbat, comme nous l'apprenons plus loin, on ne dit pas cela : car plus loin, à propos de la chair (du prépuce) même à l'endroit d'une baheret (tache de tsaraat), on coupe, etc., nous le disons selon Reich Lakich, qui a dit : partout où tu trouves, etc.
💡 Explication

Fin de l'enseignement cité sur 130a : dans un lieu, on avait oublié d'apporter l'izmel (scalpel de la mila) la veille du Chabbat ; on l'a apporté le Chabbat par les toits et les cours, qui n'étaient pas reliés par un eirouv.

Tossefot soulève une question de principe : si l'on peut accomplir la mila sans enfreindre d'interdit de la Torah (par un chemin rabbinique), pourquoi R. Eliezer permettrait-il le domaine public ?

2
מַתְקִיף לַהּ רַב יוֹסֵף: שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר! אַדְּרַבָּה, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הוּא דְּשָׁרֵי! וְכִי תֵּימָא שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּשָׁרֵי אֲפִילּוּ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים, אֶלָּא בִּרְצוֹן רַבָּנַן דְּאָסְרִי דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים, וְשָׁרוּ דֶּרֶךְ גַּגּוֹת דֶּרֶךְ חֲצֵירוֹת וְקַרְפֵּיפוֹת — וּמִי שָׁרוּ? וְהָתַנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁאֵין מְבִיאִין אוֹתוֹ דֶּרֶךְ רְשׁוּת הָרַבִּים, כָּךְ אֵין מְבִיאִין אוֹתוֹ לֹא דֶּרֶךְ גַּגּוֹת וְלֹא דֶּרֶךְ קַרְפֵּיפוֹת וְלֹא דֶּרֶךְ חֲצֵירוֹת!

Rav Yosef objecte : contre la volonté de R. Eliezer ?

Au contraire, c'est R. Eliezer qui le permet !

Et si tu dis : contre la volonté de R. Eliezer, qui permet même par le domaine public, mais selon la volonté des Rabbanan, qui interdisent par le domaine public et permettent par les toits, par les cours et les enclos - le permettent-ils donc ?

N'a-t-on pas enseigné (dans une baraita) : de même qu'on ne l'apporte pas par le domaine public, ainsi on ne l'apporte ni par les toits, ni par les enclos, ni par les cours !

📜 Rachi (1)
דֶּרֶךְ גַּגּוֹת וְדֶרֶךְ חֲצֵירוֹת שֶׁלֹּא עֵירְבוּ זוֹ עִם זוֹ וְאִיכָּא אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן:
Par les toits et par les cours : qu'on n'a pas reliés l'un à l'autre par un eirouv, et il y a un interdit rabbinique.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִי שָׁרֵי וְהָתַנְיָא וא"ת וְלוֹקְמֵי שֶׁהֵבִיאוּ דֶּרֶךְ חָצֵר מְעֹורֶבֶת דְּהָוֵי כִּרְצוֹן חֲכָמִים וְשֶׁלֹּא כִּרְצוֹן ר"א דְּשָׁרֵי אַפֵּי' דֶּרֶךְ רה"ר וי"ל דבכה"ג לָא הֲוָה שָׁרֵי ר"א מִן רה"ר כֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לַהֲבִיאוֹ דֶּרֶךְ חָצֵר מְעֹורֶבֶת בְּהֶיתֵּר גָּמוּר א"נ לִישָּׁנָא דְּשָׁכְחוּ לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּאִי הָיְתָה מְעֹורֶבֶת לֹא ה"ל לְמֵימַר שָׁכְחוּ אֶלָּא לֹא חָשׁוּ לַהֲבִיאוֹ מע"ש כֵּיוָן דִּבְשַׁבָּת אֶפְשָׁר לַהֲבִיאוֹ בְּהֶיתֵּר גָּמוּר אֲבָל כִּי מַסִּיק בִּרְצוֹן ר"ש אָתֵי שַׁפִּיר דְּקָאָמַר שָׁכְחוּ שֶׁאִם הָיוּ נִזְכָּרִין מע"ש הָיוּ מְבִיאִין מִשּׁוּם דִּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ:
Le permettent-ils ? N'a-t-on pas enseigné : si tu demandes, qu'on établisse qu'ils l'ont apporté par une cour avec eirouv, ce qui est selon la volonté des Sages, et contre la volonté de R. Eliezer qui permet même par le domaine public. On peut répondre : dans un tel cas, R. Eliezer ne permettrait pas le domaine public, puisqu'on peut l'apporter par une cour avec eirouv, de manière entièrement permise. Autre réponse : l'expression ils ont oublié n'implique pas cela ; si la cour avait un eirouv, on n'aurait pas dû dire ils ont oublié, mais ils n'ont pas pris soin de l'apporter la veille du Chabbat, puisque le Chabbat on peut l'apporter de manière entièrement permise. Mais quand on conclut selon R. Chimon, l'expression ils ont oublié convient : s'ils s'en étaient souvenus la veille, ils l'auraient apporté, parce que les Rabbanan sont en désaccord avec lui.
💡 Explication

Rav Yosef attaque la formule shelo birtson R. Eliezer en deux temps. D'abord, R. Eliezer permet davantage (même le domaine public) ; ensuite, si l'on comprend que l'incident suit les Rabbanan, une baraita montre qu'ils interdisent aussi les toits, cours et enclos non unis.

🖼️ Schéma
L'objection de Rav Yosef, en deux temps Texte : shelo birtson R. Eliezer 1. Mais R. Eliezer le permet ! Lecture : selon les Rabbanan ? 2. Baraita : les Rabbanan interdisent aussi toits, cours et enclos
Les deux étapes de l'objection de Rav Yosef.
3
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּמַחְלֻוקְתּוֹ, אֶלָּא בִּרְצוֹן רַבִּי שִׁמְעוֹן. דִּתְנַן, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אֶחָד גַּגּוֹת וְאֶחָד קַרְפֵּיפוֹת וְאֶחָד חֲצֵירוֹת — כֻּולָּן רְשׁוּת אֶחָד הֵן לְכֵלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹכָן, וְלֹא לְכֵלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹךְ הַבַּיִת.

Mais Rav Achi a dit : contre la volonté de R. Eliezer et de ceux qui sont en désaccord avec lui, mais selon la volonté de R.

Chimon. Car nous avons appris (dans une michna) : R.

Chimon dit : les toits, les enclos et les cours sont tous un seul domaine pour les objets qui s'y trouvaient (à l'entrée du Chabbat), et non pour les objets qui se trouvaient dans la maison.

📜 Rachi (5)
שֶׁלֹּא בִּרְצוֹן ר"א וּמַחֲלֻוקְתּוֹ קָאָמַר דר"א אֲפִילּוּ בִּרה"ר שָׁרִי וְאִינְהוּ דְּאִיָּיתוֹ דֶּרֶךְ חֲצֵרוֹת גַּלִּי אַדַּעְתַּייְהוּ דְּאֵין מַכְשִׁירֵי מִילָה דּוֹחִין שַׁבָּת וְשֶׁלֹּא בִּרְצוֹן הַחֲלוּקִין עָלָיו דְּאָסְרִי דֶּרֶךְ חֲצֵרוֹת דְּהֶעֱמִידוּ חֲכָמִים דִּבְרֵיהֶם דְּאִיסּוּר שַׁבָּת אַף בִּמְקוֹם כָּרֵת:
Contre la volonté de R. Eliezer et de ceux qui sont en désaccord avec lui : il dit (contre R. Eliezer), car R. Eliezer permet même par le domaine public, et ceux qui l'ont apporté par les cours ont montré qu'ils pensaient que les préparatifs de la mila ne repoussent pas le Chabbat ; et contre la volonté de ceux qui sont en désaccord avec lui, qui interdisent par les cours, car les Sages ont maintenu leurs paroles (l'interdit rabbinique du Chabbat) même face à une faute passible de karet.
אֶלָּא בִּרְצוֹן ר"ש שֶׁמַּתִּיר אַף לִדְבַר הָרְשׁוּת:
Mais selon la volonté de R. Chimon : qui le permet même pour une chose facultative.
דִּתְנַן ר"ש אוֹמֵר אֶחָד גַּגּוֹת כו' כֻּולָּן וַאֲפִילּוּ הֵן שֶׁל בְּעָלִים הַרְבֵּה מִטַּלְטְלֵי מִזֶּה לָזֶה דְּלָא אָסְרוּ מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת אֶלָּא בָּתִּים:
Car nous avons appris : R. Chimon dit : toits, etc., tous : et même s'ils appartiennent à de nombreux propriétaires, on transporte de l'un à l'autre, car on n'a interdit (de passer) d'un domaine à l'autre que pour les maisons.
קַרְפֵּיפוֹת אִם שֶׁל בֵּית סָאתַיִם הוּא מְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ וְאִם יוֹתֵר וְלֹא הֻוקַּף לְדִירָה קָרֵי לֵיהּ רְשׁוּת אַחַת לְגַבֵּי חֲבֵירוֹ אוֹ לְגַבֵּי חָצֵר לְטַלְטֵל ב' אַמּוֹת בָּזֶה וּב' אַמּוֹת בָּזֶה לְהוֹצִיא וּלְהַכְנִיס מִזֶּה לָזֶה:
Enclos (karpifot) : s'il mesure un beit seatayim, on transporte dans tout l'enclos ; s'il est plus grand et n'a pas été entouré pour l'habitation, on l'appelle un seul domaine par rapport à son voisin ou par rapport à la cour, pour transporter deux amot dans l'un et deux amot dans l'autre, pour sortir et entrer de l'un à l'autre.
שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹכָן שֶׁכְּשֶׁקָּדַשׁ הַיּוֹם הָיוּ בְּתוֹכוֹ וְלֹא בְּתוֹךְ הַבַּיִת דְּאִילּוּ שָׁבְתוּ כֵּלִים בַּבַּיִת לָא מִיבַּעְיָא הֵיכָא דְּלָא עֵירְבוּ בְּנֵי בָּתֵּי הֶחָצֵר דַּאֲפִילּוּ מִבַּיִת לְחָצֵר לֹא יוֹצִיאוּ כְּלֵי הַבַּיִת אֶלָּא אֲפִילּוּ עֵירְבוּ וּמְטַלְטֵל מִבַּיִת לְחָצֵר לֹא יוֹצִיאוּ כְּלֵי הַבַּיִת מֵחָצֵר זוֹ לַחֲבֶרְתָּהּ שֶׁלֹּא עֵירְבוּ עִמָּהּ:
Qui s'y trouvaient : qui y étaient au moment où le jour a été sanctifié, et non dans la maison. Car si les objets se trouvaient dans la maison, inutile de parler du cas où les habitants des maisons de la cour n'ont pas fait d'eirouv, ou même de la maison à la cour on ne sort pas les objets de la maison ; mais même s'ils ont fait l'eirouv et qu'on transporte de la maison à la cour, on ne sort pas les objets de la maison de cette cour à une autre qui n'a pas fait d'eirouv avec elle.
🗂️ Tossefot (2)
בְּרָצוֹן ר"ש ה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר בְּרָצוֹן ר"מ שֶׁהֵבִיאוּ דֶּרֶךְ גַּגּוֹת מִגַּג לְגַג אוֹ דֶּרֶךְ חֲצֵרוֹת מֵחָצֵר לְחָצֵר כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף פט.) דְּאִית לֵיהּ כָּל גַּגּוֹת הָעִיר רְשׁוּת אַחַת הֵן וְכֵן חֲצֵרוֹת וְקַרְפֵּיפוֹת אֶלָּא נְקַט ר' שִׁמְעוֹן דקי"ל כְּוָותֵיהּ:
Selon la volonté de R. Chimon : il aurait pu aussi bien dire selon la volonté de R. Meir, (le cas où) on l'a apporté par les toits d'un toit à l'autre, ou par les cours d'une cour à l'autre, comme le montre le perek Kol Gaggot (Erouvin 89a) : il tient que tous les toits de la ville forment un seul domaine, et de même les cours et les enclos. Mais il a cité R. Chimon, car nous tranchons selon lui.
לְכֵלִים שֶׁשָּׁבְתוּ לְתוֹכוֹ וְכֵן הָיָה אוֹתוֹ אִיזְמֵל:
Pour les objets qui s'y trouvaient : et tel était cet izmel.
💡 Explication

Rav Achi résout la difficulté : l'incident suit R. Chimon. En passant par les cours, les porteurs ont montré qu'ils tenaient que les machkhirei mila (préparatifs de la mila) ne repoussent pas le Chabbat, contre R. Eliezer ; et ils ont utilisé les cours, que les opposants de R. Eliezer interdisent même pour la mila.

Pour R. Chimon, gaggot, karpifot, hatserot sont un seul domaine, à condition que l'objet s'y soit trouvé à l'entrée du Chabbat. L'izmel était dans ce cas (Tossefot).

4
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי זֵירָא מֵרַבִּי אַסִּי: מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ, מַהוּ לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ? מִי אָמְרִינַן כֶּחָצֵר דָּמֵי: מֶה חָצֵר, אַף עַל גַּב דְּלֹא עֵרְבוּ — מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ, הַאי נָמֵי, אַף עַל גַּב דְּלֹא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ — מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ, אוֹ דִּילְמָא: לָא דָּמֵי לְחָצֵר, דְּחָצֵר אִית לֵיהּ אַרְבַּע מְחִיצּוֹת, הַאי לֵית לֵיהּ אַרְבַּע מְחִיצּוֹת. אִי נָמֵי: חָצֵר אִית בֵּיהּ דָּיוֹרִין, הַאי לֵית בֵּיהּ דִּיּוּרִין? שְׁתֵיק וְלָא אֲמַר לֵיהּ וְלָא מִידֵּי.

R. Zeira demanda à R.

Assi : un mavoi (impasse) dans lequel on n'a pas fait de chitouf, peut-on transporter dans tout son espace ? Disons-nous qu'il est comme une cour : de même qu'une cour, bien qu'on n'y ait pas fait d'eirouv, on peut transporter dans toute la cour, de même ici, bien qu'on n'y ait pas fait de chitouf, on peut transporter dans tout le mavoi ?

Ou peut-être n'est-il pas semblable à une cour, car une cour a quatre murs et celui-ci n'a pas quatre murs. Ou encore : une cour a des habitants, et celui-ci n'a pas d'habitants ?

Il se tut et ne lui dit rien.

📜 Rachi (6)
שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ עֵירוּב דַּחֲצֵירוֹת בַּמָּבוֹי קָרֵי שִׁיתּוּף:
Dans lequel on n'a pas fait de chitouf : l'eirouv des cours dans le mavoi s'appelle chitouf.
מַהוּ לְטַלְטֵל בְּתוֹכוֹ בְּכֻולּוֹ כֵּלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹכוֹ וּלְהוֹצִיא מִן הֶחָצֵר לְתוֹכוֹ פְּשִׁיטָא לָן דְּאָסוּר וְכֵן מִמֶּנּוּ לֶחָצֵר:
Peut-on transporter : à l'intérieur, dans tout son espace, les objets qui s'y trouvaient (à l'entrée du Chabbat). Mais sortir de la cour vers le mavoi est évidemment interdit pour nous, et de même du mavoi vers la cour.
מֶה חָצֵר אע"ג דְּלָא עֵירְבוּ הַרְבֵּה בָּתִּים שֶׁבֶּחָצֵר בְּיַחַד וְאָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא מִבָּתִּים לֶחָצֵר וּמֵחָצֵר לַבָּתִּים:
De même qu'une cour, bien qu'on n'ait pas fait d'eirouv : entre les nombreuses maisons de la cour, et qu'il est interdit d'entrer et de sortir des maisons vers la cour et de la cour vers les maisons.
מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ מַה שֶּׁנִּמְצָא בְּתוֹכוֹ אוֹ בְּגָדָיו שֶׁהוֹצִיאָן מִן הַבַּיִת לְתוֹכוֹ דֶּרֶךְ מַלְבּוּשׁ פּוֹשְׁטָן וּמְטַלְטְלָן בְּכֻולּוֹ לְדִבְרֵי הַכֹּל דָּג' מַחֲלוֹקוֹת הֵן בְּעֵירוּבִין בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת לְדִבְרֵי ר' מֵאִיר גַּגִּין רְשׁוּת לְעַצְמָן וּמְטַלְטְלִין מִזֶּה לָזֶה וַאֲפִילּוּ שֶׁל בְּעָלִים הַרְבֵּה וַחֲצֵרוֹת רְשׁוּת לְעַצְמָן לְטַלְטֵל מִזּוֹ לְזוֹ בְּלֹא עֵירוּב כֵּלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹכָם אֲבָל לֹא מִגַּגִּין לַחֲצֵרוֹת וְקַרְפֵּיפוֹת רְשׁוּת לְעַצְמָן וּלְדִבְרֵי חֲכָמִים גַּגִּין וַחֲצֵרוֹת רְשׁוּת אַחַת וְקַרְפֵּיפוֹת רְשׁוּת אַחַת וּלְדִבְרֵי ר"ש כֻּולָּן רְשׁוּת אַחַת חוּץ מִן הַבָּתִּים:
On peut transporter dans toute la cour : ce qui s'y trouve, ou ses vêtements qu'il a sortis de la maison vers la cour en les portant ; il les ôte et les transporte dans toute la cour, selon tous les avis. Car il y a trois opinions en Erouvin, perek Kol Gaggot : selon R. Meir, les toits sont un domaine à part et on transporte de l'un à l'autre, même s'ils appartiennent à de nombreux propriétaires ; les cours sont un domaine à part, pour transporter de l'une à l'autre sans eirouv les objets qui s'y trouvaient, mais non des toits aux cours ; et les enclos sont un domaine à part. Selon les Sages, toits et cours sont un seul domaine, et les enclos un seul domaine. Selon R. Chimon, tous sont un seul domaine, sauf les maisons.
א"נ חָצֵר אִית בֵּיהּ דָּיוֹרִין כְּלוֹמַר עֲשׂוּיָה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהּ תָּדִיר:
Ou encore : une cour a des habitants : c'est-à-dire qu'elle est faite pour être utilisée constamment.
הַאי אֵין בּוֹ דִּיּוּרִין שֶׁהַדִּיּוּרִין בַּבָּתִּים הֵן וְהַבָּתִּים פִּתּוּחִין לַחֲצֵירוֹת וַחֲצֵירוֹת לַמָּבוֹי:
Celui-ci n'a pas d'habitants : car les habitants sont dans les maisons ; les maisons s'ouvrent sur les cours, et les cours sur le mavoi.
💡 Explication

Vocabulaire : eirouv hatserot unit les maisons d'une même cour ; chitouf mevoot unit les cours qui débouchent sur un mavoi (impasse fermée par un lehi ou une kora).

Une cour sans eirouv reste un espace où l'on transporte les objets qui s'y trouvent. R. Zeira demande si le mavoi sans chitouf a le même statut. Deux raisons de distinguer : le nombre de murs (trois au lieu de quatre) et l'usage (la cour est habitée, le mavoi sert de passage). R. Assi garde le silence.

🖼️ Schéma
La question de R. Zeira : le mavoi est-il comme une cour ? Cour (hatser) sans eirouv : on porte dans toute la cour Mavoi sans chitouf même règle ? Différences possibles 1. Murs cour : 4 murs / mavoi : 3 murs 2. Habitants cour : utilisée sans cesse / mavoi : non
Cour et mavoi : les deux différences envisagées par R. Zeira.
5
זִימְנִין אַשְׁכְּחֵיהּ דְּיָתֵיב וְקָא אָמַר, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא: פַּעַם אַחַת שָׁכְחוּ וְלֹא הֵבִיאוּ אִיזְמֵל מֵעֶרֶב שַׁבָּת, וֶהֱבִיאוּהוּ בְּשַׁבָּת, וְהָיָה הַדָּבָר קָשֶׁה לַחֲכָמִים: הֵיאַךְ מַנִּיחִין דִּבְרֵי חֲכָמִים וְעוֹשִׂין כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. חֲדָא: דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא! וְעוֹד, יָחִיד וְרַבִּים — הֲלָכָה כְּרַבִּים!

Une autre fois, il le trouva assis en train de dire : R. Chimon ben Lakich a dit au nom de R.

Yehouda ha-Nassi : une fois, on a oublié et on n'a pas apporté l'izmel la veille du Chabbat, et on l'a apporté le Chabbat ; et la chose fut difficile aux yeux des Sages : comment laisse-t-on les paroles des Sages pour agir selon R. Eliezer ?

D'une part, R. Eliezer est chammouti !

Et de plus, (entre) un seul et une majorité, la halakha suit la majorité !

📜 Rachi (3)
זִמְנִין פַּעַם אַחֶרֶת:
Une autre fois (zimnin) : à une autre occasion.
אַשִּׁכְחֵיהּ רַבִּי זֵירָא לֵר' אַסִּי:
Il le trouva : R. Zeira (trouva) R. Assi.
שַׁמּוּתִי הוּא בֵּרְכוּהוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּהַזָּהָב (בּ"מ דַּף נט:) וּבְתַלְמוּד יְרוּשַׁלְמִי מְפָ' שַׁמּוּתִי הוּא מִתַּלְמִידֵי שַׁמַּאי הָיָה:
Il est chammouti : on l'a béni (euphémisme pour : mis au ban), comme nous le disons au perek ha-Zahav (Bava Metsia 59b). Et dans le Talmud de Jérusalem, on explique : il est chammouti, il était des disciples de Chammai.
🗂️ Tossefot (1)
דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא מב"ש וְכֵן מוּכָח בַּיְּרוּשַׁלְמִי בְּמַסֶּכֶת תְּרוּמוֹת בְּפֶרֶק סְאָה תְּרוּמָה דִּתְנַן הָתָם סְאָה תְּרוּמָה טְמֵאָה שֶׁנָּפְלָה לְמֵאָה סְאִין טְהוֹרִין בֵּית שַׁמַּאי אוֹסְרִים וב"ה מַתִּירִין כו' עַד לְאַחַר שֶׁהוֹדוּ ר"א אוֹמֵר תֵּירוֹם וְתִישָּׂרֵף וְאָמַר בַּגְּמָרָא בֶּן פַּזִּי וְרַבִּי אַייְּבוּ בַּר נִגְרֵי הָווּ יָתְבִין וְאָמְרִי תָּנֵינַן אַחַר שֶׁהוֹדוּ ר"א אוֹמֵר תֵּירוֹם וְתִישָּׂרֵף מִי הוֹדָה לְמִי א"ר אַסִּי מַתְנִיתִין אָמְרָה כֵּן לְאַחַר שֶׁהוֹדוּ ר"א אוֹמֵר תֵּירוֹם וְתִישָּׂרֵף ר"א לָאו שַׁמּוּתִי הוּא הֲרֵי מַשְׁמַע דְּשַׁמּוּתִי הוּא מִתַּלְמִידֵי ב"ש דְּמִינָהּ קָא פָּשֵׁיט דב"ש הוֹדוּ לב"ה. ר"ת:
Car R. Eliezer est chammouti : de Beit Chammai. Et c'est ce que montre le Yerouchalmi, traité Teroumot, perek Sea Terouma, où nous avons appris : une sea de terouma impure tombée dans cent sea (de terouma) pure, Beit Chammai interdisent et Beit Hillel permettent, etc., jusqu'à : après qu'ils ont reconnu, R. Eliezer dit : on la prélève et on la brûle. Et la Guemara dit : Ben Pazi et R. Aibo bar Nagari étaient assis et disaient : nous avons appris après qu'ils ont reconnu, R. Eliezer dit : on la prélève et on la brûle - qui a reconnu à qui ? R. Assi dit : la michna le dit : après qu'ils ont reconnu, R. Eliezer dit : on la prélève et on la brûle ; R. Eliezer n'est-il pas chammouti ? Cela implique qu'il est chammouti, des disciples de Beit Chammai, puisque de là on établit que Beit Chammai ont reconnu à Beit Hillel. (Rabbenou Tam.)
💡 Explication

R. Assi rapporte un incident : l'izmel oublié a été apporté le Chabbat, et les Sages s'en sont étonnés. Deux raisons de ne pas suivre R. Eliezer : il est chammouti, et la règle yahid ve-rabbim, halakha ke-rabbim (entre un seul et la majorité, on suit la majorité).

Le mot chammouti reçoit deux explications : mis au ban (Bavli, Bava Metsia 59b) ou disciple de Beit Chammai (Yerouchalmi, prouvé par Rabbenou Tam dans Tossefot).

6
וְאָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: שְׁאֵילִית אֶת רַבִּי יְהוּדָה הַגּוֹזֵר וְאָמַר לִי: מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ הֲוָה, וְאַיְיתוּהוּ מֵהַאי רֵישָׁא לְהַאי רֵישָׁא. אֲמַר לֵיהּ: סְבִירָא לֵיהּ לְמָר מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ? וַאֲמַר לֵיהּ: אִין. אֲמַר לֵיהּ: וְהָא זִימְנִין בְּעַאי מִינָּךְ וְלָא אֲמַרְתְּ לִי הָכִי! דִּילְמָא אַגַּב שִׁיטְפָךְ רְהִיט לְךָ גְּמָרָךְ? אֲמַר לֵיהּ: אִין, אַגַּב שִׁיטְפָא רְהִיט לִי גְּמָרַי.

Et R. Ochaya a dit : j'ai interrogé R.

Yehouda le circonciseur, et il m'a dit : c'était un mavoi dans lequel on n'avait pas fait de chitouf, et on l'a apporté de ce bout-ci à ce bout-là. (R.

Zeira) lui dit : le Maître pense donc qu'un mavoi sans chitouf, on peut y transporter dans tout son espace ? Il lui dit : oui.

Il lui dit : mais une fois je te l'ai demandé et tu ne m'as pas dit cela ! Peut-être, dans le flot (de ton étude), ton savoir t'est revenu ?

Il lui dit : oui, dans le flot (de l'étude), mon savoir m'est revenu.

📜 Rachi (5)
וא"ר אוֹשַׁעְיָא לְאוֹתָן שֶׁהָיָה קָשֶׁה עֲלֵיהֶן מַה שֶׁשָּׁמְעוּ:
Et R. Ochaya a dit : à ceux à qui ce qu'ils avaient entendu était difficile.
שְׁאֵילִית אֶת רַבִּי יְהוּדָה הַגּוֹזֵר הַמָּל אֶת הַתִּינוֹקוֹת:
J'ai interrogé R. Yehouda ha-Gozer : celui qui circoncisait les enfants.
וְאַייְּתוּהוּ מֵהַאי רֵישָׁא שֶׁהָיָה הַתִּינוֹק בַּבַּיִת שֶׁבְּרֹאשׁ הַמָּבוֹי וְאִיזְמֵל בַּבַּיִת שֶׁבָּרֹאשׁ הָאַחֵר שֶׁכְּנֶגְדּוֹ עַד כָּאן דִּבְרֵי ר' אַסִּי:
Et on l'a apporté de ce bout-ci : l'enfant était dans une maison au début du mavoi, et l'izmel dans une maison à l'autre bout, en face. Jusqu'ici les paroles de R. Assi.
א"ל ר' זֵירָא אַלְמָא ס"ל לְמַר מִדְּאָמַר לֵיהּ לְהָא וְלָא קַשְׁיָא לָךְ בֵּיהּ מִידִי סְבִירָא לָךְ מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ:
Il lui dit : R. Zeira. Il en ressort que le Maître pense ainsi : puisque tu lui as dit cela et que cela ne te pose aucune difficulté, tu penses qu'il est permis de transporter dans tout le mavoi.
הָכִי גָּרְסִינַן וְהָא זִמְנִין בְּעַאי מִינָּךְ וְלָא אֲמַרְתְּ דִּילְמָא אַגַּב שִׁיטְפָא אָתְיָא לָךְ כְּשֶׁהָיִיתָ שָׁטוּף בְּגִרְסָתְךָ לְחַזֵּר עַל שְׁמוּעָה זוֹ דר"ל עִם מְרוּצַת גִּרְסָתְךָ אָתְיָא לָךְ הַךְ דר' אוֹשַׁעְיָא בְּהָדָא דְּאִיתְּמַר עֲלָהּ:
Nous lisons ainsi : mais une fois je te l'ai demandé et tu ne l'as pas dit ; peut-être dans le flot cela t'est-il venu : quand tu étais plongé dans ton étude, à repasser cet enseignement de Reich Lakich, avec l'élan de ton étude t'est venu cet enseignement de R. Ochaya, avec ce qui a été dit à son sujet.
💡 Explication

Le récit se précise : l'izmel a traversé un mavoi sans chitouf, d'une extrémité à l'autre (voir le plan en haut de page). R. Zeira en déduit que R. Assi tient qu'on peut transporter dans tout ce mavoi, ce qui répond à sa question du segment 3.

R. Assi reconnaît que la réponse lui est revenue en repassant l'enseignement : agav chitfa, dans l'élan de l'étude.

7
אִיתְּמַר אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ — אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת.

Il a été dit : R. Zeira a dit au nom de Rav : un mavoi dans lequel on n'a pas fait de chitouf, on n'y transporte que sur quatre amot.

💡 Explication

Rav semble s'opposer à la conclusion précédente : le mavoi sans chitouf est limité à quatre amot, comme une karmelit.

8
אָמַר אַבַּיֵּי: הָא מִילְּתָא אַמְרַהּ רַבִּי זֵירָא וְלָא פֵּירְשַׁהּ עַד דַּאֲתָא רַבָּה בַּר אֲבוּהּ וּפֵירְשַׁהּ. דְּאָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ אָמַר רַב: מָבוֹי שֶׁלֹּא נִשְׁתַּתְּפוּ בּוֹ, עֵירְבוּ חֲצֵירוֹת עִם בָּתִּים — אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת. לֹא עֵירְבוּ חֲצֵירוֹת עִם בָּתִּים — מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ.

Abaye a dit : cet enseignement, R. Zeira l'a dit et ne l'a pas expliqué, jusqu'à ce que vienne Rabba bar Avouh et l'explique.

Car Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh au nom de Rav : un mavoi dans lequel on n'a pas fait de chitouf, si on a uni les cours avec les maisons, on n'y transporte que sur quatre amot ; si on n'a pas uni les cours avec les maisons, on peut transporter dans tout le mavoi.

📜 Rachi (4)
וְלֹא פֵּירְשָׁה אֵימָתַי מֻותָּר וְאֵימָתַי אָסוּר:
Et ne l'a pas expliqué : quand c'est permis et quand c'est interdit.
עֵירְבוּ חֲצֵרוֹת שֶׁבַּמָּבוֹי עִם בָּתֵּיהֶם שֶׁבְּנֵי הַבָּתִּים מוֹצִיאִין לְחַצְרוֹתֵיהֶן שֶׁעֵירְבוּ בָּתִּים הַפְּתוּחִים לֶחָצֵר יַחַד וְכֵן בְּנֵי חָצֵר הָאַחֶרֶת אֲבָל בְּנֵי הַחֲצֵרוֹת לֹא נִשְׁתַּתְּפוּ בַּמָּבוֹי:
On a uni les cours : qui sont dans le mavoi, avec leurs maisons, de sorte que les habitants des maisons sortent (des objets) vers leurs cours, car les maisons ouvertes sur une cour ont fait l'eirouv ensemble, et de même les habitants de l'autre cour ; mais les habitants des cours n'ont pas fait de chitouf dans le mavoi.
אֵין מְטַלְטְלִין בַּמָּבוֹי אַפֵּי' כֵּלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בְּתוֹכוֹ אֶלָּא בְּד':
On n'y transporte : dans le mavoi, même les objets qui s'y trouvaient, que sur quatre (amot).
לֹא עֵירְבוּ חֲצֵרוֹת עִם בָּתֵּיהֶן שֶׁאֲסוּרִים בְּנֵי הַבָּתִּים לְהוֹצִיא מִבָּתֵּיהֶן לְחַצְרֵיהֶם:
On n'a pas uni les cours avec leurs maisons : de sorte qu'il est interdit aux habitants des maisons de sortir de leurs maisons vers leurs cours.
💡 Explication

Rabba bar Avouh précise la règle de Rav : tout dépend de l'eirouv à l'intérieur des cours. Si chaque cour est unie à ses maisons, le mavoi sans chitouf est limité à quatre amot ; si les cours n'ont pas d'eirouv, on transporte dans tout le mavoi. Le résultat paraît inversé de l'attente : c'est l'objet de la question suivante.

9
אֲמַר לֵיהּ רַב חֲנִינָא חוֹזָאָה לְרַבָּה: מַאי שְׁנָא כִּי עֵירְבוּ חֲצֵירוֹת עִם בָּתִּים — דְּנִיתְּקוּ חֲצֵירוֹת וְנַעֲשׂוּ בָּתִּים, וְרַב לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר רַב: אֵין הַמָּבוֹי נִיתָּר בְּלֶחִי וְקוֹרָה, עַד שֶׁיְּהוּ

Rav Hanina Hozaa dit à Rabba : en quoi est-ce différent quand on a uni les cours avec les maisons ? (Est-ce) parce que les cours ont été détachées (de leur statut) et sont devenues des maisons ; et Rav suit sa propre opinion, car Rav a dit : le mavoi n'est pas rendu permis par un lehi et une kora, tant qu'il n'y a pas

📜 Rachi (1)
וְנַעֲשׂוּ בָּתִּים בָּטְלוּ לְגַבֵּי הַבָּתִּים וְאֵין שֵׁם חֲצֵרוֹת עֲלֵיהֶם:
Et sont devenues des maisons : elles sont annulées par rapport aux maisons, et le nom de cours ne s'applique plus à elles.
🗂️ Tossefot (1)
נִיתְּקוּ חֲצֵרוֹת וְנַעֲשׂוּ בָּתִּים פֵּירוּשׁ וַחֲשִׁיב כְּאִילּוּ אֵין כָּאן חָצֵר כְּלָל שֶׁהֶחָצֵר נַעֲשֶׂה בַּיִת וּכְשֶׁלֹּא עֵירְבוּ חֲשִׁיבִי בָּתִּים כַּלֵּיתִנְהוּ וּמִיהוּ חָצֵר לָא חֲשִׁיב כְּלֵיתָא אע"פ שֶׁאָסוּר לְטַלְטֵל מִתּוֹכָהּ לַמָּבוֹי כֵּיוָן שֶׁאֵין דֶּרֶךְ מַפְסִיק בֵּינוֹ לַמָּבוֹי לֹא חָשׁוּב [כְּסָתוּם] אֲבָל בָּתִּים כִּסְתוּמוֹת חֲשִׁיבִי כֵּיוָן שֶׁהֶחָצֵר מַפְסִיק בֵּינָם לַמָּבוֹי וְדַוְקָא הֵיכָא דְּלָא נִשְׁתַּתְּפוּ בָּעֵינַן בָּתִּים וַחֲצֵרוֹת פְּתוּחִין לְתוֹכוֹ אֲבָל נִשְׁתַּתְּפוּ לָא בָּעֵינַן וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר דִּמְבַטְּלִי רְשׁוּת גַּבֵּי חַד דְּהַשְׁתָּא אִיכָּא בַּיִת דְּלָא חֲשִׁיב כְּסָתוּם וְלֹא אָמַר נָמֵי נִיתְּקוּ חֲצֵרוֹת כֻּולָּם כֵּיוָן דִּשְׁאָר הַבָּתִּים אֲסוּרִין בֶּחָצֵר וּפָרִיךְ בַּיִת אִיכָּא בָּתִּים לֵיכָּא וְלָא מָצֵי לְמֵימַר דְּבָטְלִי רְשׁוּת גַּבֵּי תְּרֵי שֶׁהֵם הָיוּ אוֹסְרִין זֶה עַל זֶה וְלֹא מָצֵי לְמֵימַר שֶׁהַשְּׁנַיִם עֵירְבוּ דְּהָא מִדְּקָאָמַר רַב לֹא עֵירְבוּ מַשְׁמַע לֹא עֵירְבוּ כְּלָל:
Les cours ont été détachées et sont devenues des maisons : explication : on considère qu'il n'y a ici aucune cour, car la cour est devenue maison. Et quand on n'a pas fait d'eirouv, les maisons sont considérées comme inexistantes. Toutefois, la cour n'est pas considérée comme inexistante, bien qu'il soit interdit de transporter d'elle vers le mavoi : puisqu'aucun passage ne la sépare du mavoi, elle n'est pas considérée [comme fermée] ; mais les maisons sont considérées comme fermées, puisque la cour les sépare du mavoi. Et c'est seulement quand on n'a pas fait de chitouf qu'il faut des maisons et des cours ouvertes sur le mavoi ; si on a fait le chitouf, on n'en a pas besoin. Et (la Guemara) répond : il est possible qu'ils annulent leur domaine au profit d'un seul, car alors il y a une maison qui n'est pas considérée comme fermée. Et elle ne dit pas non plus que toutes les cours ont été détachées, puisque les autres maisons restent interdites dans la cour. Et elle objecte : il y a une maison, il n'y a pas des maisons. Et elle ne peut pas dire qu'ils annulent leur domaine au profit de deux, car ceux-ci s'interdiraient l'un l'autre ; ni que les deux ont fait l'eirouv, car puisque Rav dit ils n'ont pas uni, cela implique qu'ils n'ont fait aucun eirouv.
💡 Explication

Rav Hanina Hozaa propose la raison : pour Rav, un mavoi n'est rendu permis par lehi (montant latéral) ou kora (poutre transversale) que si des maisons et des cours y débouchent. Quand les cours sont unies à leurs maisons, elles perdent leur statut de cour (nitkou hatserot ve-naassou batim) : le mavoi n'a plus de cours qui s'y ouvrent, il n'est plus un mavoi valable et reste une karmelit (quatre amot).

La phrase se termine sur 131a. Tossefot anticipe la suite de la discussion.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).